Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 108)
11. Ibidem, c. 4 : " Les riches mangent le pain d'autrui plutôt que le leur, puisqu'ils vivent d'usurpations, et grossissent leurs revenus à force d'empiètements. O riches, vous ravissez aux pauvres tout ce qui peut leur rester ; vous avez beau faire, vous souffrez de la pauvreté plus encore qu'eux-mêmes. Les pauvres, il est vrai, n'ont pas de quoi manger ; mais vous, quoique vous ayez tout moyen de vous satisfaire, vous vous privez, vous et les autres, de nourriture. Ainsi ai-je connu un riche avare qui, toutes les fois qu'il allait à la campagne, avait grand soin de calculer combien il lui faudrait de pain pour la durée de son séjour, et de n'apporter avec soi que les plus petits, pour en dépenser moins. Il craignait d'ouvrir son grenier fermé à clef, pour ne pas s'exposer à diminuer ses provisions. Un pain était d'avance assigné pour chaque jour, et ce pain était à peine ce qu'il fallait pour apaiser sa faim. On m'a dit aussi que si l'on venait à lui servir un œuf, il se plaignait qu'on eût empêché par-là un poulet de naître. J'écris ceci à dessein, pour que vous appreniez à connaître la justice de Dieu, qui venge par vos jeûnes les larmes des pauvres. "
12. Ibidem, c. 6 : " Quel est l'ouvrier si habile qui ait jamais pu ajouter la durée d'un jour à la vie d'un homme ? Quel est le p.438 fin p. 439 début riche, que ses possessions aient sauvé de l'enfer, ou qui ait pu obtenir à force d'argent d'être délivré de ses maladies ? Non, nous le déclare l'Ecrivain sacré (LUC, XII, 15), la longueur de la vie de l'homme ne dépend point de l'abondance de ses richesses. Et encore : Les trésors de l'iniquité ne serviront de rien ; mais l'injustice délivrera de la mort (Prov., X, 2). C'est à bon droit que le Prophète s'écrie : Si les richesses vous viennent en abondance, n'y mettez point l’affection de votre cœur (Ps. LXI, 11). Car de quoi me serviront-elles, si elles ne peuvent me délivrer de la mort ? C'est ici-bas qu'on les acquiert ; c'est ici-bas qu'on les laisse. C'est donc moins un patrimoine réel, qu'un songe héréditaire. C'est pourquoi le même prophète a dit avec raison à ce sujet : Tous les riches ont dormi leur sommeil ; et à leur réveil, ils n’ont rien trouvé dans leurs mains de toutes leurs richesses (Ps. LXXV, 6). C'est-à-dire qu'ils n'en ont rien trouvé dans leurs œuvres, parce qu'ils ont refusé d'en faire part aux pauvres. Un riche, qu'est-ce autre chose, qu'un gouffre qu'aucunes richesses ne peuvent remplir ? C'est l'avertissement qu'en donne le Prophète : Celui qui aime l'argent n'en aura jamais assez (Eccles., V, 9). Il ajoute un peu plus loin (v. 15, 16, selon les Septante) : C'est là vraiment une maladie bien funeste : il s'en retournera comme il est venu ; de quoi lui serviront donc ses richesses, pour lesquelles il se sera épuisé en vains efforts ? Tous les jours de sa vie il a mangé dans les ténèbres, dans un embarras de soins, dans la misère et le chagrin. La condition d'esclave est cent fois préférable. Toujours il est dans les embarras, toujours dans les chaînes : jamais il n'est libre, parce qu'il reste toujours engagé dans le crime. Il semble même que les bienfaits de la nature ne soient pas pour lui ; il ignore la succession régulière de l'état de sommeil et de l'état de veille ; il ne sait point goûter la douceur des repas, par la raison qu'il ne peut les faire sans dépense. Sans cesse de nouveaux désirs le tourmentent ; il est continuellement aux aguets pour empiéter sur le bien d'autrui ; l'envie le dévore, tout retard le fatigue, la stérilité des récoltes le désespère, leur abondance le jette dans d'autres inquiétudes. "
13. Le même, ibidem, c. 7 : " L'avare ne compte pour biens que ceux qui s'évaluent avec de l'argent. Mais accordons-lui qu'il n'y ait pas d'autres biens que ceux-là. Pourquoi donc de ces biens faites-vous des maux, tandis que tout votre soin devrait être plutôt de changer le mal en bien ? Car voici ce qui est écrit : Faites-vous des amis de l’argent d'iniquité (LUC, XVI, 9). On peut dire ainsi de beaucoup de choses que ce sont des biens p.439 fin p.440 début pour celui qui sait en user, et des maux au contraire pour celui qui ne sait pas en faire un bon usage. Il a répandu ses biens avec libéralité sur les pauvres ; sa justice demeure éternellement (Ps. CXI, 9). Quel bien mérite mieux ce nom, que celui au moyen duquel vous constituez Dieu votre débiteur en le distribuant aux pauvres, pour qu'il vous rende avec intérêt ? Oui, ce sont des biens, si vous ouvrez vos greniers et faites part à vos frères des fruits de votre justice, vous faisant ainsi vous-même le pain des pauvres, la ressource des indigents, l'œil des aveugles, le père des orphelins. Mais vous, vous réservez pour vous seul, que dis-je ? vous vous refusez vous-même ce que Dieu a voulu qui fût le partage de tous. Il vous serait vraiment plus profitable, si vous le partagiez avec les autres. Car les bienfaits ont coutume de profiter à leurs auteurs, et les libéralités remontent toujours à leur source. "
14. Ibidem, c. 8 : " Vous vous imaginez avoir encore bien des années à vivre ? Insensé, cette nuit même on vous redemandera votre âme (LUC, XII, 20). L'Evangile dit avec raison : cette nuit. Car ce n'est que pendant la nuit que peut être redemandée l'âme de l'avare, cette âme qui entre tout d'abord dans les ténèbres et qui ne sort pas des ténèbres. Il est nuit en tout temps pour un avare. "
15. Le même, Lib. I de Caïn et Abel, c. 8 : " Que dirai-je de l'avarice, cet insatiable désir d'amasser de l'argent, cette passion de l'or, qui, plus elle accapare, plus se croit dans le besoin ? Portant envie à tout le monde, jamais contente d'elle-même, pauvre au sein de l'abondance, elle amoindrit par ses soucis et ses chagrins les biens qu'elle ne cesse d'accumuler. Elle ne met aucune borne à ses rapines, parce qu'elle n'en connaît aucune à ses désirs. Elle allume dans le cœur une flamme tellement ardente, qu'elle ne diffère de la volupté qu'en ce que celle-ci brûle l'amour pour des formes vivantes, et celle-là au contraire pour un mal inanimé. Elle bouleverse les éléments, elle sillonne les mers, elle creuse la terre, elle fatigue le ciel de ses vœux, elle s’inquiète du beau temps comme de la pluie, elle n'est jamais contente du produit de ses récoltes, elle reproche à la terre son peu de fécondité. Mais c'est là une maladie de l'âme, et non un état de santé pour elle. Enfin voici ce qu'en a dit l'Ecclésiaste (V, 12) : Il y a une maladie bien fâcheuse que j'ai vue sous le soleil : des richesses conservées avec soin pour le tourment de celui qui les possède. L'Ecrivain sacré avait dit plus haut (V, 9, selon les Septante) : Celui qui aime l’argent p.440 fin p.441 début n'en aura jamais assez, et il ne cessera jamais d'acquérir.
Si vous voulez des trésors, cherchez-en d'invisibles et de spirituels, que vous trouverez dans le ciel, et non dans les entrailles de la terre. Soyez pauvre d'esprit, et vous serez riche, quel que soit d’ailleurs votre patrimoine : car, en quelque abondance que l'homme soit, sa vie ne dépend point des biens qu'il possède (LUC, XII, 15), mais de sa vertu et de sa foi. Ce sont là les richesses qui vous feront vraiment riche, puisqu'alors vous le serez aux yeux de Dieu. "
16. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. XXXI Moralium, c.
31 (al. 20) : " L'avarice est suivie de la trahison, de la tromperie, de la fausseté, du parjure, de l'inquiétude, de la violence, de la dureté, de l'insensibilité aux maux d'autrui (Cf. Les Morales de saint Grégoire-le-Grand, t. IV, p. 459). "
17. S. CHRYSOSTOME, Hom. VII in Joannem : " Il n'est pas possible qu'un homme fortement attaché aux biens de la vie présente s'occupe sérieusement d'obtenir ceux qui nous sont réservés dans le ciel ; mais celui qui travaille à se procurer les uns doit nécessairement renoncer aux autres. Car vous ne pouvez servir Dieu et l’argent, nous a dit la Vérité même ; puisque celui qui s'attache à l'un doit naturellement haïr l'autre. Et c'est ce que nous crie aussi l'expérience de tous les jours ; car ceux qui prennent en pitié la passion des richesses sont ceux qui ont pour Dieu un véritable amour, tandis que ceux qui n'ont que de l'admiration pour elles sont ceux aussi qui témoignent à Dieu le plus d'indifférence. Une âme en effet qui s'est éprise une fois de l'amour des richesses fera et dira immanquablement bien des choses qui offenseront Dieu, puisqu'elle est sous la puissance d'un maître qui fait et ordonne tout le contraire de Dieu. Veillez donc et soyez sur vos gardes, et en vous rappelant de quel maître vous êtes les serviteurs, n'ayez d'autre ambition que de posséder un jour son royaume : pleurons, gémissons sur le passé, sur le malheur que nous avons eu de servir Mammon ; rejetons pour toujours de dessus nous le joug pesant et intolérable que cette passion infernale impose à ses esclaves, et portons avec constance celui de Jésus-Christ, ce joug léger et facile à porter : car Jésus-Christ ne demande de nous rien d'insupportable comme ce que Mammon exige de ses adorateurs. En effet, tandis que Mammon demande que l'on se fasse l'ennemi de tous, Jésus-Christ nous ordonne au contraire d'aimer tout le monde, de donner à tout le monde le baiser de paix. Mammon nous collant p.441 fin p.442 début pour ainsi dire à la poussière (car l'or n'est pas autre chose), ne nous laisse respirer ni jour ni nuit ; Jésus-Christ au contraire nous débarrasse de ce soin inutile et insensé et nous ordonne d'amasser des trésors dans le ciel, non du produit d'injustices commises à l'égard du prochain, mais de celui de nos bonnes œuvres. Mammon, après bien des peines et des sueurs essuyées à son service, ne fera rien pour nous assister lorsqu'un jour nous serons condamnés à d'horribles tourments pour avoir suivi ses lois, mais il augmentera plutôt l'ardeur des flammes qui feront notre supplice ; Jésus-Christ au contraire ne laissera pas sans récompense même un verre d'eau froide que nous aurons donné en son nom, mais il nous en fera recevoir le prix avec usure. Quelle serait donc notre folie, de dédaigner le service d'un maître si bon, si libéral, pour nous attacher à un tyran qui ne nous en saurait aucun gré, et qui ne pourrait nous être d'aucun secours ni dans ce monde ni dans l'autre ? Encore son impuissance à nous protéger ou à nous défendre contre les tourments ne serait-elle pas pour nous le seul mal à craindre ; mais il nous attirerait lui-même une infinité de maux, comme je le disais tout-à-l'heure. Car la plupart de ceux qui sont dans l'enfer, s'y trouvent condamnés pour avoir servi l'argent, pour avoir aimé l'or, et n'avoir pas secouru ceux qui étaient dans le besoin. Afin donc de nous préserver d'un pareil malheur, répandons nos biens avec libéralité, donnons aux pauvres avec sagesse, épargnons à notre âme, et les soucis d'ici-bas, et les tourments de l'éternité. Travaillons pour le ciel ; au lieu de biens périssables, amassons des trésors que rien ne puisse nous enlever, des trésors que nous emportions avec nous dans les cieux, des trésors qui nous défendent contre les dangers, qui nous fassent trouver grâce auprès de notre juge. Ainsi puissions-nous nous le rendre favorable et dès à présent et en ce dernier jour, et jouir dans une paix parfaite des biens préparés dans les cieux à ceux qui l'aiment comme il mérite d'être aimé (Cf. S. Joannis Chrys. opera, t. VIII, p. 51-52, édit.
de Montfaucon ; pag. 58-60, édit. Gaume). "
Question V
Qu’est ce que la luxure, et quels sont les désordres qu’elle produit dans l’âme ?
La luxure est le désir déréglé des voluptés charnelles. Elle engendre naturellement l'aveuglement de l'esprit, l'irréflexion, p.442 fin p.443 début l'inconstance, la précipitation, l'amour de soi-même, la haine de Dieu, l'attache excessive à la vie, l'horreur de la mort et du jugement à venir, enfin le désespoir par rapport à la félicité éternelle.
C'est contre ce péché, qui fait perdre la raison aux sages, et qui rend l'homme semblable à la brute, que saint Paul s'est élevé dans ce passage d'une de ses épîtres : Fuyez la fornication.
Quelque autre péché que l'homme commette, il le commet hors de son corps ; au lieu que la fornication est un péché que l'homme commet contre son corps même. C'est pourquoi il dit ailleurs sur ce même sujet : Qu'on n'entende pas même parler parmi vous de fornication, ni de quelque impureté que ce soit, ni d'avarice, comme en effet on ne doit point entendre parler de ces choses parmi les saints. Qu'on n'entende point non plus de paroles déshonnêtes ou folles, ou bouffonnes, ce qui ne convient pas à votre vocation ; mais qu'on entende plutôt parmi vous des paroles d'actions de grâces. Et il y a de quoi s'étonner que des chrétiens ne meurent pas de honte, quand ils se souillent ainsi en présence de Dieu et de ses anges, après que leurs corps, tous leurs membres, ont été consacrés dans le baptême comme des temples purs à l'Esprit-Saint et à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce qui a fait dire encore au même apôtre : Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit, qui réside en vous et vous a été donné de Dieu, et que vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes ? Il dit encore : Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ? Prendrai-je donc les membres de Jésus-Christ pour en faire ceux d'une prostituée ? Il tire de là cette conclusion : Vous avez été acheté à un grand prix. Glorifiez donc Dieu, et portez-le dans votre corps. Car Dieu jugera les fornicateurs et les adultères. p.443 fin p.444 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. II Rois, XI, 14-15 : " Le lendemain matin, David envoya à Joab, par Urie même, une lettre conçue en ces termes : - Placez Urie, dans la bataille, au lieu où le péril sera le plus grand ; et puis abandonnez-le, pour qu'il soit atteint par les ennemis et qu'il périsse. "
7. II Timothée, III, 1-4 : " Sachez que dans les derniers jours il viendra des temps fâcheux : - il y aura des hommes amoureux d'eux-mêmes, avares, etc., - intempérants, - et amis de la volupté plus que de Dieu. "
8. Psaume XX, 9-12 : " Que votre main s'appesantisse sur tous vos ennemis : que votre droite atteigne tous ceux qui vous haïssent. - Au jour de la vengeance, vous les livrerez à un feu dévorant ; l’Eternel, dans son courroux, les engloutira : ils seront la proie des flammes. - Vous ferez disparaître leurs rejetons de dessus la terre, et leur postérité d'entre les enfants des hommes, - parce qu'ils ont formé des complots contre vous, etc. "
9. JACQUES, IV, 4 : " Ne savez-vous pas que l'amour de ce monde est une inimitié contre Dieu, et que par conséquent quiconque veut être ami de ce monde se rend ennemi de Dieu ? "
10. Ephésiens, IV, 19 : " Ayant renoncé à toute espérance de salut, ils s'abandonnent à la dissolution, et se plongent avec une ardeur insatiable dans toutes sortes d'impuretés. "
11. I Rois, XI, 1-5, 7 : " Cependant le roi Salomon se passionna pour plusieurs femmes étrangères pour la fille de Pharaon, etc. - Salomon conçut donc pour elles une passion très ardente. - Il eut sept cents femmes qui étaient comme des reines, et trois cents qui étaient comme ses concubines ; et ces femmes pervertirent son cœur. - Il était déjà vieux, lorsque ces femmes lui corrompirent le cœur pour lui faire suivre des dieux étrangers ; p.444 fin p.445 début son cœur n'était point parfait devant le Seigneur son Dieu, comme avait été le cœur de David son père. Mais Salomon servait Astarthé, déesse des Sidoniens, Chamos, dieu des Moabites, et Moloch, l'idole des Ammonites. - En ce même temps, Salomon bâtit un temple à Chamos, idole des Moabites, sur la montagne qui était vis-à-vis de Jérusalem et à Moloch, idole des enfants d'Ammon, etc. "
12. Ecclésiastique, XIX, 2-3 : " Le vin et les femmes font tomber les sages mêmes et jettent dans l'opprobre les hommes sensés. - Celui qui s'attache aux prostituées perdra toute honte : il sera la pâture des teignes et des vers ; il deviendra un grand exemple, et son âme sera retranchée du nombre des vivants. "
14. I Corinthiens, VI, 9-10 : " Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, - ni les impudiques, ni les abominables, etc., ne seront héritiers du royaume de Dieu. "
13. Ephésiens, V, 8 : " Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, autre espèce d'idolâtres, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ notre Dieu. "
16. Galates, V, 19-21 : " Or, il est aisé de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la dissolution, etc. - Sur quoi je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes ne seront point héritiers du royaume de Dieu. "
17. Apocalypse, XXI, 8 : " Mais pour ce qui est des lâches apostats et des incrédules, des exécrables et des homicides, des fornicateurs et des empoisonneurs, des idolâtres et de tous les menteurs, leur partage sera l'étang brûlant de feu et de soufre, qui est la seconde mort. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. PROSPER (Ainsi que nous l'avons observé, l'ouvrage cité ici est plutôt de Julien Pomère), Lib. III de vitâ contemplativâ, c. 6 : " La plupart des hommes sont portés à la luxure par l'excès des viandes et du vin ; d'autres sont entraînés dans l'impudicité par le consentement qu'ils donnent aux mauvaises pensées ; quelques-uns, pour manquer à l'engagement qu'ils ont pris de vivre dans la chasteté, n'attendent, pour ainsi dire, que l'occasion de le faire ; d'autres p.445 fin p.446 début encore, en se mettant sous le joug du péché impur, ne font autre chose que suivre les exemples qu'ils ont sous les yeux. D'autres enfin sont excités à l'impureté par les paroles déshonnêtes qu'ils entendent, s'ils ne montrent eux-mêmes l'impureté de leur cœur par celles qu'ils prononcent : ils commencent par s'échapper à dire des paroles trop libres ou par y prêter l'oreille ; peu à peu le mal s'augmente, et perdant le peu de pudeur qui leur restait, ils font consister leur savoir-vivre à violer les lois de la modestie, et à tenir sans honte des propos orduriers. Car chacun parle volontiers de ce qu'il aime, et écoute avec plaisir ce qui fait l'objet habituel de ses pensées. . . . . Les propos qu'ils tiennent sur les femmes alimentent leurs mauvais désirs. Et d'un autre côté, ce sont ces désirs mêmes qui font qu'ils tiennent volontiers ces propos ou qu'ils les écoutent. Car jamais ils ne se permettraient de telles conversations, si leurs désirs n'étaient d'avance corrompus ; et ce sont moins les mauvais discours qui les corrompent, qu'ils ne servent à montrer la corruption de leur cœur. Et pour qu'on ne m'accuse pas de me livrer ici à une critique atrabilaire, qu'on sache que si les anciens interdisaient à la jeunesse la lecture de la Genèse, d'une partie des prophéties d'Ezéchiel (Voir sur ce sujet le commentaire du saint Jérôme sur Ezéchiel, liv. I), du Cantique des cantiques, et d'autres livres semblables, c'est parce qu'il y est question de génération, comme de certains actes et de certaines femmes dont les noms seuls présentent du danger. Et cependant ces noms mêmes, en même temps qu'ils sont historiques, peuvent nous figurer des vertus ; car comme plusieurs parmi elles plaisaient à leurs maris par la pureté de leur vie, et aux étrangers par la beauté de leurs formes sans que leur pudeur en souffrit d'atteinte, ainsi la vertu rend ceux qui la pratiquent l'objet de l'admiration de tous, et même de ceux qui y sont le plus étrangers. De là vient que les gens même les plus vicieux préfèrent dans leur estime la vertu au vice : car autre est la maladie de leur volonté, autre est le jugement, de leur conscience. Mais de crainte que, dans un âge où la chair a tant d'empire, on ne prît dans un sens charnel des choses qui ont besoin d'être entendues spirituellement, sans se mettre en peine de penser aux vertus que ces femmes figuraient, et qu'on n'y trouvât ainsi une occasion de ruine, il a été prudent d'interdire à la jeunesse ces lectures qui, prises dans un sens charnel, peuvent devenir aussi mortelles à l'âme, qu'elles sont salutaires quand elles sont entendues dans p.446 fin p.447 début leur sens spirituel. On a volontiers à la bouche les noms des objets qui allument des désirs dans le cœur ; et si, retenu par la honte, on ne commet pas extérieurement l'action coupable dont on a la pensée, on peut être innocent aux yeux des hommes, mais on ne l'est plus au jugement de Dieu. "
2. S. ISIDORE, Lib. II de summo bono, c. 39 : "
Qu'on n'impute ses chutes qu'à soi-même quand on se laisse vaincre par la volupté, car si un orgueil secret ne s'était premièrement emparé de l'âme, la passion n'aurait pas ensuite exercé ses ravages. Les démons aiment surtout à voir commettre à leurs victimes les péchés de luxure et d'orgueil, et si les autres vices servent à se les rendre favorables, c'est principalement par ces derniers qu'on obtient leur prédilection. C'est surtout au moyen de ces deux vices, je veux dire l'orgueil de l'esprit et la lubricité de la chair, que le démon maintient sa domination sur le genre humain. "
" Celui qui a soin de réprimer la délectation que cause la pensée voluptueuse, n'en vient point à donner son consentement à la volupté. Car celui-là se garde bien de faire le mal, qui ne consent pas même à en nourrir la pensée. Avant que l'adultère se consomme par l'action extérieure, il s'est déjà commis dans l'âme par la pensée. Commencez par bannir la fornication de votre mur, et elle ne se produira pas par des actes réels. De là cette parole du Prophète (Voici comme Sacy traduit ces paroles, qui appartiennent, partie au verset 11, et partie au verset 12 : Couvrez-vous de sacs, pleurez vos enfants. La traduction littérale me paraît impossible en français) : Accingite lumbos vestros super ubera vestra (Is., XXXII, 11), c'est-à-dire, retranchez de votre cœur les passions qui ont leur siège dans les reins. Nam cor sub uberibus est, non in lumbis. La licence de la volupté ne connaît aucunes bornes. Car une fois que le cœur s'est laissé corrompre, et que cédant aux tentations de la chair il s'est abandonne à la fornication, il en vient aisément sous l'impulsion du démon à commettre également tout autre crime ; et après avoir dépassé les bornes de la pudeur, il fait succéder les crimes aux autres, et finit par donner dans les derniers excès. Les voluptés charnelles ont moins d’attrait pour celui qui s'y abandonne une première fois, qu'après qu'on en a fait l'expérience, et la fornication plaît moins la première fois qu'elle est commise, que lorsqu'on s'en est fait une habitude, et à la fin ses fausses douceurs ôtent presque le pouvoir d'y renoncer à ceux qui les ont tant de fois goûtées. C'est ainsi que l'habitude du péché, quand elle est contractée, pousse p.447 fin p.448 début à le commettre de nouveau par une pente en quelque sorte irrésistible, et que les sens révoltés contre le joug de la loi refusent d'en reconnaître désormais l'empire. Entre les sept autres vices, la fornication est ce qui rend l'homme le plus criminel, parce qu'en souillant sa chair il profane le temple de Dieu, et fait des membres de Jésus-Christ les membres d'une prostituée (I Cor., VI, 15). Le genre humain est plus fortement assujetti au pouvoir du démon par le crime de l'impureté que par tout autre vice. Les démons, sachant bien que le don de la chasteté fait la beauté de l'âme, et égale l'homme aux anges, du rang desquels ils sont eux-mêmes déchus pour satisfaire la haine qu'ils nous portent, font entrer la volupté dans nos sens, et par-là dans notre âme, et en nous faisant perdre le goût des choses célestes, nous mettent sous leur empire et nous entraînent avec eux dans l'enfer. Lorsque les démons nous sollicitent à commettre la fornication par l'attrait du plaisir, inspirons-nous de la crainte des jugements de Dieu, représentons-nous l'ardeur des flammes de l'enfer ; car le moyen de surmonter une peine à subir, c'est de présenter pour alternative une peine plus grande. Et de même qu'un clou en chasse un autre, ainsi la pensée du feu éternel doit éteindre l'ardeur de la passion impure. "
3. S. GREGOIRE, Lib. XXXI Moralium, c. 31 (al.
20) : " La luxure est suivie de l'aveuglement de l'âme, de l'irréflexion, de l'inconstance, de la précipitation, de l'amour de soi-même, de la haine de Dieu, de l'attache à ce monde, et de l'aversion pour une autre vie où l'on voit bien qu'on n'a rien à prétendre (Cf. Les Morales de saint Grégoire-le-Grand, t. IV, p. 459). "
4. S. JEROME, in caput IV Osæa : " La fornication, le vin et l'ivresse ôtent l'intelligence : car de même que l'ivresse fait que l'homme qui y tombe n'est plus maître de soi-même, ainsi la fornication ou la volupté trouble la raison, affaiblit l'esprit, et rend l'homme semblable aux brutes, en lui faisant fréquenter sans honte les lieux de prostitution les plus infâmes. "
5. S. AMBROISE, Lib. I de Caïn et Abel, c.
5 : " L'ivresse est un foyer d'impureté par les vapeurs qu'elle soulève dans les entrailles, et par le feu qu'elle y allume. L'impureté pousse tous les crimes, en ne permettant pas à l'âme d'être un instant en repos. Elle l'agite la nuit, elle la tourmente le jour ; elle coupe le sommeil, elle rend inhabile aux affaires, elle trouble la raison, elle ôte la réflexion, elle jette l'inquiétude dans l'esprit, elle cause p.448 fin p.449 début à ceux qui sont déjà tombés de nouvelles chutes, elle tend ses pièges à la chasteté, elle allume ses feux dans les cœurs qui auparavant lui étaient le plus étrangers, et plus on lui cède, plus elle devient impérieuse. Elle fait succéder les péchés aux péchés, les crimes aux crimes, et ne s'éteint qu'à la mort de l'objet qui l'enflamme. C'est pourquoi l'Apôtre nous dit : Fuyez la fornication (I Cor., VI, 18), afin que par une prompte fuite nous puissions nous soustraire aux exigences de cette terrible maîtresse, et nous affranchir de son honteux esclavage. " Le même, de Noe et arcâ, c. 9 : " Rien n'asservit l'homme aussi misérablement que la volupté et autres passions semblables, qui mettent l'âme comme sous le joug des crimes les plus énormes, en sorte qu'ayant perdu la liberté de l'innocence, on ne peut plus se relever de son abjection. "
6. S. CHRYSOSTOME, Hom. XVIII in Epist. I ad Corinthios, c. 5 (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, tome X, page 154, édition de Montfaucon ; page 180, édit. Gaume) : " Vous êtes, nous dit l'Apôtre, les membres de Jésus-Christ ; vous êtes le temple de l'Esprit-Saint : ne vous faites donc pas les membres d'une prostituée, car ce n'est pas pour lors à votre propre corps que vous faites outrage, mais au corps de Jésus-Christ. En parlant ainsi, l'Apôtre nous fait voir quelle est la bonté du Sauveur de faire de notre corps le sien, et nous engage en même temps à nous soustraire à un funeste esclavage. Car si votre corps ne vous appartient pas, vous n'avez pas le droit de le déshonorer ; bien moins encore, s'il appartient à Jésus-Christ, et s'il est le temple de l'Esprit-Saint, pouvez-vous avoir le droit de le profaner ? Eh quoi ! Si vous envahissiez la maison d'un particulier pour y faire des choses inconvenantes, vous mériteriez les plus sévères châtiments : voyez donc de quels supplices vous vous rendriez digne, en faisant du temple de votre roi le repaire d'un brigand. Pénétré de ces vérités, révérez celui qui habite en vous : c'est l'Esprit-Saint lui-même ; respectez celui avec qui vous avez contracté une union si intime, et qui n'est autre que Jésus-Christ. "
7. S. AUGUSTIN, Lib. de decem chordis, c. 10 :
" Gardez-vous bien de vous dire à vous-même, quand vous voulez commettre quelque action impure ; je ne suis marié à personne, je fais ce que je veux, puisqu'en cela je ne manque à personne de fidélité. Vous savez à quel prix vous avez été acheté ; vous savez ce que p.449 fin p.450 début vous mangez ; ce que vous buvez, ou pour mieux dire, quel est celui que vous mangez et que vous buvez. Ne commettez pas la fornication. Ne me dites pas : C'est dans une maison publique que je fais cela ; c'est une prostituée, une courtisane que je fréquente, et je ne viole pas en cela le précepte qui défend l'adultère, puisque je ne suis pas marié, et qu'ainsi je ne fais injure à personne. Je ne viole pas davantage cet autre précepte qui nous défend de désirer la femme d'autrui. C'est une fille publique que je vais voir ; quelle est la loi qui me défende de le faire ? "
" Ainsi donc la créature vous est plus chère que votre Créateur ? En quoi, dites-vous, fais-je outrage à Dieu ? En vous corrompant vous-même. Eh ! comment se fait-il qu'en me corrompant moi-même, je fasse outrage à Dieu ? Comme on vous ferait outrage, à vous, en voulant lapider votre portrait, encore bien que ce portrait ne se trouve suspendu au mur de votre maison que pour satisfaire en vous un vain amour-propre, et qu'il soit privé de la faculté de sentir, de voir et d'entendre. Et pourtant, si quelqu'un lapidait ce portrait inanimé, ne penseriez-vous pas que ce serait à vous-même qu'il ferait injure ? Au contraire, lorsque vous souillez en vous l'image de Dieu qui est vous-même en vous permettant des fornications et d'autres actes impudiques, vous vous justifiez en disant que vous n'avez pas violé la femme d'un autre, que vous n'avez pas manqué de fidélité à une épouse et vous ne considérez pas quel est celui dont vous avez déshonoré l'image par ces sales actions ! . . . "
" Le Seigneur du monde exige de votre obéissance que vous ne détruisiez pas son temple, qui est vous-même, en vous abandonnant à des voluptés criminelles. Ces paroles sont-elles de moi ? Ecoutez l'Apôtre : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le perdra. Voyez-vous de quoi il vous menace ? Vous ne permettriez pas que votre maison fût violée, pourquoi violez-vous le temple de Dieu ? "
8. Le même, Serm. XVI de verbis Domini, c.
10 : " Voyez maintenant ce que vous faites du temple de Dieu. Si vous commettiez de propos délibéré un adultère dans l'enceinte d'une église, quel crime surpasserait le votre ? Or, vous êtes vous-même le temple de Dieu. Vous êtes son temple quand vous entrez, vous êtes son temple quand vous sortez ; vous emportez son temple avec vous quand vous vous en retournez dans votre maison ; vous le rapportez avec vous, lorsque vous revenez de p.450 fin p.451 début votre maison à l’Eglise. Prenez garde à ce que vous faites ; prenez garde d'offenser celui qui habite ce temple, de peur qu'il ne vous abandonne, et que vous ne tombiez en ruine. Ne savez-vous pas, vous dit l'Apôtre (et c'est de la fornication qu'il parle ici, afin que vous ne regardiez pas comme rien les péchés dont le corps est l'instrument), ne savez-vous pas que vos corps sont le temple de l’Esprit-Saint qui habite en vous et que vous avez reçu de Dieu, et qu'ainsi vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes ? Car vous avez été achetés à un grand prix. Si vous traitez votre corps sans respect, considérez à quel prix vous avez été évalué. "
9. S. JEROME, in caput V Epistolæ ad Ephesios, sur ces paroles, fornicatio autem et omnis immunditia, etc. : " S'il n'avait existé un philosophe cynique pour enseigner que toute volupté charnelle, toute impureté corporelle, quelle qu'en soit la cause ou l'occasion, est permise quand elle peut se faire, et si plusieurs sages de ce siècle n'avaient également adopté cette pudibonde et monstrueuse doctrine, jamais le saint Apôtre écrivant aux Ephésiens n'aurait, en parlant de la fornication, parlé aussi de toute autre espèce d'impureté, et en parlant d'impureté, parlé également de l'avarice, en entendant par ce mot, non le désir immodéré des richesses, mais cette autre sorte d'avarice dont nous avons parlé plus haut sur ces autres paroles de l’Apôtre : Ne supergrediatur, et avarus fraudet in negotio fratrem suum ; parce qu'en effet elle est insatiable, et qu'elle ne recule devant aucune turpitude. Sicut decet sanctos, comme il convient à des saints, ajoute-t-il. Celui-là donc ne saurait être appelé saint, qui, même sans commettre de fornication proprement dite, s'abandonne à quelque impureté, à quelque plaisir honteux. Maintenant, par ce mot, STULTILOQUIUM, paroles folles, je crois qu'il ne faut pas se borner à entendre des paroles dites pour faire rire en racontant des choses honteuses, ou pour plaire davantage en simulant la simplicité. "
10. S. AMBROISE, in caput IV Lucæ : " La volupté est la plus violente et la plus brûlante de toutes les fièvres ; mais lorsque son ardeur est passée, le remords de la conscience se fait sentir, on se repent de ce qu'on a fait, et on rougit de se voir coupable de choses si honteuses. Alors on s'effraie à la pensée de Dieu ; on voudrait se cacher, mais la chose est impossible. Alors on essaie de rejeter sa faute sur la chair et sur le démon en accusant l'une d'être un cloaque de vices, et l'autre d'être l'auteur de tout le mal. Quoi qu'on fasse, le crime est manifeste ; rien n'est caché p.451 fin p.452 début aux yeux de Dieu, et les feuilles du figuier, je veux dire les vêtements dont on se couvre et la contenance qu'on affecte, ne sauraient lui dérober la connaissance des désordres secrets qu'on a commis. On s'inquiète du jugement qu'on aura à subir, et on dit en soi-même : Que ne puissent les montagnes tomber sur moi ! dans quelles fentes de rochers pourrai-je me cacher, lorsqu'il viendra briser la terre (Apoc., VI, 16) ? Alors la chair engendre dans l'âme du coupable des ronces et des épines, c'est-à-dire, des inquiétudes et des chagrins, et cette agitation qui est l'effet inévitable des convoitises de la chair. Car les voluptés corporelles sont comme des clous qui tiennent l'âme attachée à la terre, et qui l'empêchent, à moins d'une grâce particulière de Dieu, de s'élever là-haut, d'où elle est descendue.
Ainsi reste-t-elle enchaînée par ses actes mêmes, après qu'elle s'est laissé prendre aux appâts des plaisirs mondains. "
12. S. GREGOIRE, Lib. XVI Moralium, c. 31 (al.
20) : " On peut encore entendre la chair par ce nom de vers (les vers sont toute sa douceur, Job, XXIV, 29) ; d'autant mieux qu'il est dit ensuite : L'homme est pourriture, et le fils de l'homme n'est qu'un vermisseau (ibid., XXV, 6). Et en ce sens, ces paroles : Les vers sont toute sa douceur, témoignent quel est l'aveuglement d'un homme qui s'abandonne aux voluptés. En effet, qu'est-ce que la chair, autre chose que de la pourriture et des vers ? Et ceux que possèdent des désirs sensuels, qu'aiment-ils autre chose que ce qui n'est également que ver et pourriture ? Les sépulcres font assez voir ce que c'est au fond que la chair. Quel père si affectionné, quel ami si fidèle qu'il puisse être, voudrait seulement toucher à l'objet de sa tendresse, devenue la proie d'une fourmilière de vers ? "
" Lors donc que l'on conçoit pour la chair des désirs illégitimes, on doit se représenter quelle elle sera lorsque l'âme en sera sortie, et l'on comprendra ce que c'est véritablement que ce que l'on aime. Car rien n'est plus efficace pour réprimer la rébellion des désirs charnels, que de penser à ce que devient après la mort ce qu'on aime avec tant d'ardeur durant la vie. En réfléchissant en effet sur cette corruption à laquelle la chair est inévitablement sujette, on reconnaît sur-le-champ que concevoir pour la chair des désirs illégitimes, c'est s'attacher à la pourriture. C'est donc avec grande raison qu'il est dit ici de l'impudique que les vers font toute sa douceur, puisque celui qui brûle d'un désir impur pour cette chair corruptible, n'aspire p.452 fin p.453 début par le fait à jouir que de ce qui sera un jour la proie infecte des vers (Cf. Les Morales de saint Grégoire, etc., t. II, p. 693-694). "
Question VI
Qu’est ce que l’envie et, quels en sont les principaux effets ? L'envie est une tristesse qu'on ressent du bien d'autrui, ou le dépit qu'on éprouve du bonheur qui arrive aux autres, soit qu'il s'agisse de nos supérieurs, parce qu'on ne voudrait pas les avoir au-dessus de soi ; soit qu'il s'agisse de nos inférieurs, parce que nous craignons qu'ils ne nous égalent ; ou de nos égaux, parce que nous ne voudrions pas être égalés par eux. Ainsi l'a enseigné saint Augustin. L'envie amène à sa suite la haine, les rapports désavantageux, la détraction, la joie qu'on ressent du malheur des autres, et le chagrin qu'on éprouve au contraire de leur bonheur. C'est ainsi que nous lisons que Caïn a porté envie à son frère Abel, et Saül à David son gendre, qui lui était destiné pour successeur. Ce détestable vice, outre l'opposition qu'il renferme avec la charité et l'humanité, rend les hommes semblables aux démons mêmes. Car c'est par l'envie que nous a portée le diable, que la mort est entrée dans le monde, et ceux-là l'imitent, qui sont ses partisans. L'Apôtre a donc bien raison de nous avertir en ces termes : Ne nous laissons point aller à la vaine gloire, en nous mortifiant les uns les autres, et nous portant mutuellement envie.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. I Jean, III, 11-12, 15 : " Le précepte qui vous a été annoncé et qui a retenti à vos oreilles dès le commencement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres, - n'imitant pas Caïn, qui s'était fait l'enfant du malin esprit, et qui tua son frère. p.453 fin p.454 début Et pourquoi le tua-t-il ? Parce que ses propres œuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient conformes à la justice. - Tout homme qui hait son frère est homicide. "