Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 109)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2. Romains, I, 28-30, 32 : " Dieu les a livré à leur sens dépravés, en sorte qu'ils ont fait des actions indignes de l'homme, - remplis de toute sorte d'injustice, etc., envieux, meurtriers, querelleurs, trompeurs, pleins de malignités, semeurs de faux rapports, - calomniateurs, ennemis de Dieu, superbes, etc. - Et quoiqu'ils connussent bien la justice de Dieu, ils n'ont pas compris que ceux qui font ces choses sont dignes de mort : et non-seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font. "

4. Ibid., XXIV, 17-18, 21-22 : " Ne vous réjouissez point quand votre ennemi sera tombé, ou, s'il vient à heurter, que votre cœur ne tressaille point de joie ; - de peur que le Seigneur, qui en serait témoin n'en soit indigné, et que sa colère ne se détourne de votre ennemi pour tomber sur vous. - N'ayez point de commerce avec les médisants : - car le malheur s'appesantira tout d'un coup sur eux ; eh ! qui pourra comprendre la profondeur de la plaie qu'ils se seront causée ? "

5. Ecclésiaste, IV, 3-5 : " J'ai considéré tous les travaux des hommes, et j'ai reconnu que leurs projets sont exposés à l'envie : et en cela donc vanité et soins superflus. "

6. Genèse, IV, 3-5 : " Longtemps après, il arriva que Caïn offrit au Seigneur des fruits de la terre. - Abel offrit aussi des premiers-nés de son troupeau, et ce qu'il avait de plus succulent ; et le Seigneur regarda avec complaisance Abel et ses dons. - Mais il ne regarda point de même Caïn, ni ce que celui-ci lui avait offert. C'est pourquoi Caïn entra dans une très-grand colère, et son visage en fut tout abattu, etc. "

8. I Rois, XVIII, 7-1 1, 29 : " Les femmes, dans leurs danses et dans leurs chansons, se répondaient l'une à l'autre, en disant : Saül en a tué mille, et David en a tué dix mille. - Cette parole mit Saül dans une grande colère, et lui déplut étrangement. Elles ont adjugé, dit-il, dix mille trophées à David, et à moi mille seulement ; que lui manque-t-il après cela que d'être roi ? - Depuis ce jour-là Saül ne regarda plus David d'un œil amical. p.454 fin p.455 début - Saül ayant sa lance à la main, - la poussa contre David, dans le dessein de le percer d'outre en outre contre la muraille ; mais David se détourna, et évita le coup par deux fois, etc. - Et l'aversion de Saül pour David s'accrut de jour en jour. "

1. S. CYPRIEN, de l'envie et de la jalousie : "

Un examen approfondi convaincra le chrétien qu'il n'est pas de fléau contre lequel il doive se prémunir avec plus de précaution que l'envie et la jalousie, s'il ne veut pas qu'en poursuivant son frère de sa haine, il sente le glaive perfide se retourner inopinément contre lui-même. . . Quel fléau, frères bien-aimés, que celui qui a pu faire tomber un ange, précipiter si bas une majesté si haute, et tromper celui qui nous a trompés ! Dès-lors l'envie s'est déchaînée sur la terre ; s'attachant en aveugle à l'instrument de sa perte, l'homme obéit au maître de la perdition, trop docile imitateur de ses exemples, ainsi qu'il est écrit : La mort est entrée dans le monde par l'envie du démon. Ceux qui marchent sous ses étendards sont donc ses imitateurs. "

" Que cette contagion soit facilement contenue dans des limites droites, ou n'apparaisse que sous une seule forme, ne vous l'imaginez pas ; elle se multiplie et se répand au loin. L'envie est la racine de tous les maux, la source des désastres, la pépinière des crimes, la matière de toutes les fautes. De là découle la haine, de là découle l'animosité. C'est l'envie qui allume la cupidité, en montrant cet homme qui ne sait pas se contenter de ce qu'il possède un voisin plus opulent que lui. C'est l'envie qui éveille les fureurs de l'ambitieux, en lui montrant les honneurs et les dignités d'un rival ; c'est l'envie qui, obscurcissant notre intelligence, et régnant en souveraine sur notre cœur, y anéantit la crainte de Dieu, nous inspire l'indifférence et le mépris pour les enseignements de Jésus-Christ et nous dérobe la pensée du jugement dernier. Par elle l'orgueil s'enfle, la cruauté s'emporte, l'infidélité prévarique, l'impatience se débat, la discorde se déchaîne, la colère bouillonne.

Une fois asservi à cette domination étrangère, plus de frein qui contienne, plus de gouvernail qui dirige ! On brise le lien de la paix du Seigneur ; on viole tous les devoirs de la charité fraternelle ; on corrompt la vérité par un mélange adultère ; on déchire l'unité ; on s'emporte jusqu'au p.455 fin p.456 début schisme et à l'hérésie en décriant les prêtres, en portant envie aux évêques, en se plaignant de n'avoir pas été élu de préférence à eux, ou bien en refusant d'obéir à un chef. . .

Ne pouvant s'arracher aux étreintes de la jalousie, on est toujours haletant, et comme enfermé, le jour et la nuit, dans un cercle d'angoisses. Les autres passions du moins ont un terme, et sont apaisées par la consommation du crime. . . Le meurtre commis, le meurtrier s'arrête ; la possession du butin convoité suffit à la rapacité du brigand. L'envie seule ne connaît point de bornes, fléau indestructible, péché immortel. . . "

" Infortuné que déchire l'aiguillon de la jalousie, à toi de voir jusqu'à quel point tu peux nuire à ton ennemi et lui devenir redoutable ; mais tu es à toi-même un bourreau mille fois plus cruel. Quel que soit l'objet de ta haine, il pourra se dérober à tes pièges et à tes attaques.

Pour toi, jamais tu ne saurais te fuir ; va où il te plaira, tu portes ton ennemi avec toi-même ; il s'agite au fond de ton cœur ; tu nourris au-dedans de toi un germe de mort ; tu te garrottes de liens inextricables. Esclave d'un pouvoir qui t'a subjugué, rien ne pourra briser les fers de ta servitude.

Encore un coup, poursuivre de son animosité le serviteur que Dieu prend sous sa protection, haïr le prochain parce qu'il est heureux, mal toujours vivant ! calamité sans remède ! "

" Voilà pourquoi, mes bien-aimés, le Sauveur, pour nous prémunir contre ce péril et empêcher que la malveillance, jalouse des heureux succès du prochain, ne précipitât l'homme dans les filets de la mort, répondit à ses disciples qui lui demandaient qui était le plus grand parmi eux, que celui d'entre eux qui aurait été le plus petit serait le plus grand (LUC, IX, 48). Par-là il coupait jusque dans sa racine et détruisait tout sujet de rivalité, de dissension et d'envie. Ces passions honteuses sont interdites au disciple de Jésus-Christ ; à quoi lui serviraient les disputes au sujet de la prééminence ? Il sait par quelle voie il réussit à plaire ; c'est par les abaissements de l'humilité qu'il s'élève au faite de la gloire. D'ailleurs, l'apôtre Paul, exhortant ceux qui, éclairés des lumières de la foi, sont sortis des ténèbres de la nuit de ce siècle, à marcher constamment dans les œuvres de lumière, leur donne cet avertissement (Rom., XIII, 12)

: La nuit est déjà avancée, et le jour approche ; quittons donc les œuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de lumière. Conduisons-nous avec décence comme on tient à le faire en plein jour, au lieu de nous perdre dans la débauche et les festins, dans les impudicités et les dissolutions, dans les querelles p.456 fin p.457 début et les jalousies. Si les ténèbres se sont retirées de votre esprit, si la nuit et ses vapeurs grossières se sont dissipées, si enfin un jour pur a réjoui vos sens, si vous avez commencé d'être un enfant de lumière, accomplissez les œuvres de Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ est notre jour, notre lumière. Pourquoi vous précipiter dans les ténèbres de l'envie ? Pourquoi retourner au démon auquel vous aviez renoncé ? Pourquoi enfin devenir un autre Caïn ? "

2. S. BASILE, Homélie sur l'envie (c'est la 11e de ses homélies sur divers sujets) : " Point de passion plus pernicieuse que l'envie. Elle nuit moins encore à ceux qu'elle attaque qu'à celui qui l'éprouve et qui trouve en elle son bourreau domestique. L'envie mine et consume ceux dont elle s'empare, comme la rouille ronge le fer. On dit que les vipères ne sortent du ventre de leur mère qu'en le déchirant (Il est aussi parlé dans l'Hexaemeron, ou ouvrage des six jours (par le même Père) de ce fait des vipères qui est reconnu pour faux par les naturalistes. Note de l'abbé Auger) ; c'est ainsi que l'envie dévore l'âme qui lui donne entrée. L'envie est une douleur que l'on conçoit de la prospérité d'autrui. Voilà pourquoi l'envieux n'est jamais sans tristesse, ni sans une secrète amertume. Le champ du voisin promet une abondante récolte ; sa maison est pleine de biens ; tout lui réussit à souhait ; ses jours paraissent tissus de fleurs : autant d'aspects qui désolent l'envieux et sont pour lui des sources de chagrin ; autant de traits qui viennent à la fois percer ce malheureux cœur que tout blesse, que tout afflige. Celui-ci se fait remarquer par la force du corps, par la souplesse de ses membres : l'envieux s'en afflige. Celui-là présente des formes plus aimables : autre sujet de peine. Tel se distingue de la foule par les qualités de son esprit ; tel autre acquiert de la considération par la sagesse de sa conduite et son éloquence ; on le cite comme modèle ; ou bien, on vantera ses richesses, le noble usage qu'il fait de son opulence s'épanchant libéralement dans le sein des pauvres ; son nom retentit en tous lieux avec le récit de ses bienfaits : tout cela, pointes déchirantes qui s'enfoncent profondément dans l'âme de l'envieux. "

" Est-il une passion plus dangereuse que celle dont nous parlons ? C'est le poison de la vie, le fléau de la nature, l'ennemi de Dieu et de ses grâces. N'est-ce pas l'envie qui a poussé le démon à déclarer la guerre à l'homme, guerre par laquelle il s'est attaqué à Dieu même ? Ne pouvant souffrir les grands avantages p.457 fin p.458 début dont Dieu avait comblé l'homme, il s'est tourné contre l'homme, parce qu'il ne pouvait se venger de Dieu. Caïn a suivi la même conduite : c'est le premier disciple du démon, de qui il a appris l'envie et le meurtre, ces deux attentats dont l'un est une suite de l'autre, et que saint Paul réunit en disant : Ces hommes qui ne respirent que l'envie et le meurtre (Rom., I, 29). Qu'a donc fait Caïn ? S'étant aperçu que Dieu comblait Abel de grâces plus particulières, il en conçut de la jalousie, et pour se venger de l'auteur de ces grâces, il fit périr celui qui en était l'objet. Comme il ne pouvait s'attaquer à Dieu personnellement, il s'en prit à son frère et le tua. Mes frères, fuyons l'envie, ce maître d'impiété, ce père de l'homicide, ce destructeur de la nature, cet ennemi des liens si doux du sang et de la parenté, ce vice le plus absurde et le plus déraisonnable. "

" O homme, pourquoi t'affliger, puisque tu ne souffres aucun mal ? Pourquoi faire la guerre à celui qui possède quelques avantages sans t'avoir causé aucun tort ?. . . "

" Celui-là donc était sage, qui ne permettait pas même de manger avec un envieux (Prov., XXIII, 6), faisant entendre en même temps tout autre commerce par celui de la table qu'il nommait. On a soin d'éloigner du feu les matières inflammables : c'est ainsi que nous devons nous retirer, autant que possible, de toute liaison avec les envieux, et nous mettre hors d'atteinte de leurs traits. Car on ne peut être en butte à l'envie, qu'autant qu'on a avec elle des rapports plus ou moins prochains, selon cette parole de Salomon : La jalousie de l'homme vient de son compagnon (Ecclé., IV. 4). Non, sans doute, le Scythe ne porte pas envie à l’Egyptien, mais à quelqu'un de sa nation ; comme aussi, dans la même nation, ce ne sont pas les inconnus qui causent de la jalousie, mais ceux-là seulement avec qui l’on a quelques rapports, par exemple, les voisins, les personnes de la même profession et du même âge, les proches parents, les frères ; et en général, comme la nielle est la maladie propre du blé, ainsi l'envie est le vice qui altère l'amitié. La seule chose qu'on puisse louer dans l'envie, c'est que plus elle est violente, plus elle tourmente celui qu'elle possède. Les traits qu'on lance avec impétuosité sur un corps extrêmement dur, rejaillissent contre celui qui les a poussés : ainsi les mouvements de l'envie, sans nuire à ceux qu'elle attaque, sont des coups portés à l'envieux. Quel est l'homme qui, par sa tristesse, a diminué les avantages de son prochain ? Mais il se déchire lui-même et se consume. . . "

p.458 fin p.459 début " Vous n'avez pas horreur d'admettre en vous une passion par laquelle vous deviendrez l'ennemi de ceux qui ne vous ont fait aucun mal, l'ennemi de Dieu même, de la bonté par essence, et qui est incapable d'envie ? "

" Fuyons le plus odieux des vices, ce vice inventé par le démon lui-même, cette semence de l'ennemi, ce venin de l'antique serpent, ce gage d'un supplice éternel, ce titre d'exclusion du royaume céleste, cet obstacle à la piété, ce chemin de l'enfer. Le visage seul de l'envieux décèle le mal intérieur qui le consume. Ses yeux sont desséchés et obscurcis, ses joues pendantes, son sourcil refrogné ; son âme agité et troublé est incapable de discerner la vérité.

Il ne sait ni louer une action vertueuse, ni applaudir à une éloquence forte et brillante, ni admirer ce qui est le plus digne de notre admiration. . . "

" Que devons-nous donc faire pour empêcher la passion de l'envie de s'emparer de notre cœur ou pour l'en bannir si elle y était entrée ? Premièrement, nous ne devons pas trop estimer les avantages humains, l'opulence, la gloire, la santé : car notre félicité ne consiste pas dans des biens périssables, mais nous sommes appelés à la possession de biens éternels. Ainsi, il ne faut porter envie, ni au riche pour ses richesses, ni à l'homme puissant pour l'étendue de son autorité, ni aux personnes robustes pour la bonne constitution de leur corps, ni à l'orateur habile pour son éloquence. Ces avantages, qui sont des instruments de la vertu quand on en use comme il faut, ne font pas le bonheur par eux-mêmes. Celui qui en abuse est à plaindre : il ressemble à un homme qui tournerait volontairement contre lui-même une épée qu'il aurait prise pour se défendre de l'ennemi. . . . . "

" Si l'on s'élève par la pensée au-dessus des choses humaines, si l'on n'envisage que ce qui est vraiment beau et louable, on n'aura garde de croire qu'aucun des biens périssables et terrestres soit capable de rendre heureux. Or, un homme qui est tellement disposé que les plus grands avantages du monde ne le touchent pas, ne sera jamais dominé par l'envie. "

" Si vous désirez vivement la gloire, si vous voulez vous distinguer de tout le monde, sans pouvoir même vous contenter de la seconde place (car c'est là une autre source d'envie), détournez votre ardeur, comme on ferait le cours d'un fleuve, vers la possession de la vertu. Ne soyez jaloux, ni d'amasser de grandes richesses, ni d'acquérir la gloire du monde. Ces avantages ne dépendent pas de vous. Soyez juste, sage, prudent, courageux, p.459 fin p.460 début patient dans les disgrâces que vous suscitera votre piété. Par-là, vous vous sauverez vous-même, et vous posséderez une gloire plus solide avec de plus solides biens. La vertu dépend de nous ; nous pouvons être vertueux, si nous voulons nous en donner la peine ; au lieu qu'il n'est pas toujours en notre pouvoir d'être possesseurs d'amples richesses, d'une grande puissance et d'une figure avantageuse (Homélies, etc., de saint Basile, traduites par l'abbé Auger, pag. 76-86). "

3. Le même, homélie sur quelques passages de l'Ecriture (c'est la 21e de ses homélies sur divers sujets) : " L'envie est plus particulièrement que les autres le vice du diable. C'est un mal qu'on ne saurait assez redouter, et qui repousse tout moyen de guérison. Ceux qui ont mal à la tête ou à quelque autre partie de leur corps, peuvent découvrir leur mal au médecin ; mais celui qui est tourmenté de l'envie, que dira-t-il ? Dira-t-il : Le bien qui arrive à mon prochain c'est ce qui cause mon mal ? Cela est en effet bien vrai ; mais tout le monde rougira de l'avouer. Qu'est-ce, dites-moi, qui vous afflige ? Est-ce votre mal à vous, ou le bien qui arrive à autrui ? Certes, votre mal est incurable. Nous apaisons les chiens en leur donnant à manger ; mais l'envieux, au contraire, en l'obligeant par nos bienfaits nous ne faisons que le rendre pire. Car, insensible aux biens qu'il a reçus, il s'attriste de ce qu'il vous voit assez heureux pour pouvoir le soulager dans ses besoins. Prenez donc bien garde de tomber ici dans les pièges du diable. C'est par l'effet de son envie que vous vous trouvez banni du paradis terrestre. Ne l'imitez pas ; n'ayez aucun commerce avec lui. Il est doublement votre ennemi, et pour vous avoir dès le commencement fait perdre le paradis terrestre, et pour vouloir maintenant empêcher votre retour. "

4. S. CHRYSOSTOME, Hom. XLI V au peuple d’Antioche

(Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, etc., tome VIII, pag. 214-215, édit. de Montfaucon ; pag. 247-248, édit. Gaume. C'est l'homélie XXXVII, al. XXXVI, sur l'Evangile de saint Jean) : " De même qu'il arrive souvent à des fous de tirer l'épée contre eux-mêmes, ainsi les envieux, en ne visant qu’une chose, qui est de nuire à ceux dont ils envient le bonheur, sacrifient à cette passion leurs propres intérêts. Pires que les bêtes féroces qui ne se portent à nous attaquer que lorsque la faim les y force ou que nous les provoquons nous-mêmes, les envieux, au con- p.460 fin p.461 début traire, lorsqu'on leur fait du bien, traitent souvent en ennemis leurs propres bienfaiteurs. Ils sont donc plus intraitables que les animaux les plus féroces, semblables aux démons, ou peut-être même pires que ces derniers. Car si ceux-ci nous font une guerre implacable, au moins ne cherchent-ils pas à se détruire entre eux ; et c'est en faisant une semblable observation que Jésus-Christ ferma la bouche aux juifs, qui l'accusaient de chasser les démons par la vertu de Belzébuth. Mais les envieux ni ne respectent la communauté de nature qu'ils ont avec les autres, ni ne s'épargnent eux-mêmes. Car, avant de nuire aux autres, ils se nuisent à eux-mêmes les premiers, en remplissant leurs âmes, sans que rien les y force, de trouble et de tristesse. Pourquoi, en effet, ô homme, séchez-vous de dépit de voir les avantages dont est favorisé votre prochain ? Affligeons-nous, je le veux, de nos maux ; mais ne nous affligeons pas de la prospérité des autres.

C'est pourquoi ce péché ne peut admettre aucune excuse. Le fornicateur peut alléguer l'ardeur de sa passion, le voleur son indigence, le meurtrier la colère dont il est transporté : prétextes frivoles et déraisonnables, je l'avoue, mais enfin prétextes qui peuvent se nommer. Mais vous, quelle cause alléguerez-vous, dites-moi ? Vous ne pouvez en dire aucune, que votre méchanceté seule qui n'a pas de bornes. Car si nous devons aimer nos ennemis mêmes, quel sera donc notre crime de haïr même nos amis ? Et si en aimant ceux que nous aimons, nous ne faisons rien de plus que ce que font les païens, quelle justification pourront trouver ceux qui cherchent à nuire à ceux qui ne leur font aucune injustice ? Ecoutez ce que dit saint Paul : Quand même je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me servira de rien (I Cor., XIII, 3). Or, personne qui ne voie que la charité est détruite partout où règne l'envie. Cette passion est pire que la fornication et l’adultère. Car le mal de l'adultère s'arrête à celui qui le commet, au lieu que le fléau de l'envie détruit des Eglises entières, et porte ses ravages dans tout l'univers. L'envie est la mère du meurtre ; car c'est elle qui a porté Caïn à tuer son frère comme elle a armé Esaü contre Jacob, les fils de Jacob contre leur frère Joseph, le démon enfin contre tous les hommes. Vous, vous ne tuez pas, il est vrai, mais vous commettez d'autres excès plus criminels que le meurtre même, faisant des vœux pour que votre frère perde tout crédit, lui tendant de tous cotes des pièges, lui faisant perdre le prix de tous ses travaux endurés pour la vertu. Ce p.461 fin p.462 début n'est donc pas à lui, mais à celui qu'il sert que vous faites la guerre ; c'est celui-là que vous outragez, et dont vous sacrifiez la gloire à la votre propre. Et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que vous regardez ce péché comme léger, tandis qu'il est le pire de tous. Quand même vous pratiqueriez des aumônes, des veilles et des jeûnes vous n'en seriez pas moins chargé de crimes devant Dieu, si vous portez envie à votre frère. En voici une preuve mémorable : Un des fidèles de Corinthe se rendit un jour coupable d'inceste ; mais il n'en fut pas plutôt repris, qu'il se corrigea. Caïn devint jaloux d'Abel, et sa maladie devint incurable, et quoique Dieu l’invita tous les jours à se guérir de cet ulcère, son mal ne fit que s'aigrir, jusqu'à ce qu'il en vint à commettre son fratricide. Ainsi cette dernière passion engendre plus de maux que l'autre dont je viens de parler, et elle est bien difficile à guérir, si l'on n'y apporte une continuelle application. Prenez donc soin d'en extirper jusqu'aux racines, bien persuadé qu'autant nous offensons Dieu en nous affligeant des avantages de nos frères autant nous lui sommes agréables et nous nous rendons dignes de ses récompenses en nous réjouissant de ce qui leur arrive d'heureux. C'est pourquoi saint Paul nous exhorte à nous réjouir avec ceux qui se réjouissent et à pleurer avec ceux qui pleurent (Rom., XII, 15), afin que le mal comme le bien nous soit également profitable. Convaincus en conséquence que, quand même nous n'aurions rien à souffrir personnellement, il nous suffira, pour partager un jour les couronnes de ceux qui auront souffert, d'avoir compati à leurs souffrances, bannissons de nos cœurs tout sentiment d'envie, et affermissons en nous la charité (Ce qui suit paraît appartenir à quelque autre homélie qu'à la dix-huitième des homélies de saint Chrysostôme sur l'Evangile de saint Jean. Je dirai la même chose du passage cité plus bas de l'homélie dite quarante-cinquième au peuple d'Antioche). "

" L'envie est un mal dangereux, et d'autant plus dangereux qu'il se cache sous de belles apparences. Elle a fait fondre sur le monde un déluge de maux. C'est elle qui fait retentir les tribunaux d'une multitude de procès qui alimente l'avarice, l'ambition et la vaine gloire. C'est elle qui met le siège aux villes, qui multiplie les pirates sur toutes les mers, qui remplit le monde de guerres et d'assassinais, qui cause la ruine du genre humain. Quelque mal que vous puissiez nommer, il a l'envie pour racine. L'envie a étendu ses ravages jusque dans nos p.462 fin p.463 début églises, et combien de maux n'a-t-il pas déjà produits ! L'envie engendre l'avarice, sème partout le désordre, et pervertit la justice même. . . . "

" Pleurons donc sur ceux que travaille cette maladie ;

car leur sort menace d'être des plus funestes. Celui qui appellerait l'envie la fille du diable, le fruit, ou pour mieux dire, la racine de la vaine gloire, ne serait pas bien loin de la vérité. Car ces deux vices rentrent l'un dans l'autre et s'engendrent mutuellement. "

5. Le même, Hom. XLV au peuple d'Antioche

: " Telle est la malice de l'envie qu'elle nuit à celui qui s'y abandonne avant de nuire aux autres, et qu'elle le ronge de la même manière que les vers rongent le bois qui les a engendrés : elle consume son âme par les chagrins qu'elle lui cause, en même temps qu'en dépit d'elle-même elle favorise l'élévation de ceux qu'elle voudrait renverser. Car il ne faut pas s'arrêter à ce que peuvent essuyer d'abord ceux que l'envie choisit pour ses victimes ; il faut considérer aussi leur fin, et on verra alors que la malice des envieux ne sert qu'à procurer à ceux qu'elle poursuit une gloire plus éclatante. Ceux-ci en effet s'attirent le secours de Dieu, et jouissent des faveurs du ciel ; au lieu que les envieux ne pouvant y prétendre, sont exposés à de terribles revers : avant même de succomber à leurs ennemis de dehors, ils sont à demi vaincus par le chagrin qui les consume, et ressemblent à ces malheureux qui, pour apaiser la faim qui les dévore se rongent les mains de leurs propres dents. Pénétré de ces vérités, fuyons un fléau aussi funeste, et faisons tout ce qui dépend de nous pour n'en ressentir jamais les atteintes. Car ce vice est le plus pernicieux de tous, et il causerait plus que tout autre la perte de nos âmes. L'envie a le démon pour auteur, et c'est ce qui a fait dire à un de nos écrivains inspirés, que c'est par l'effet de l'envie du démon que la mort est entrée dans le monde (Sag., II, 24). "

6. S. PROSPER (ou plutôt Julien Pomère),

Lib. III de vitâ contemplativâ , c. 8 : " L'envieux, qui fait son tourment du bien qui arrive aux autres, semble n'être poussé par aucune convoitise dans ce que l'envie le porte à faire, mais céder uniquement aux inspirations de l'orgueil. Cependant, si vous approfondissez le mal dont il est tourmenté, vous trouverez qu'il est possédé à la fois, et du désir de perdre celui à qui il porte envie, et du vice de l'orgueil dont il est dominé, et qui le rend inconsolable de voir qu'on p.463 fin p.464 début lui préférer un heureux concurrent. Qui pourra dire combien grand est le crime de l'envieux, à qui sa haine pour ses semblables fait maudire les bienfaits divins dans ceux qu'il en voit favorisés, tandis qu'il devrait les aimer d'autant plus au contraire, qu'ils le méritent davantage par l'excellence de leurs vertus ? L'envieux a, par l'effet d'un juste châtiment, autant de bourreaux, que l'objet de son envie peut avoir de panégyriques. Car celui-ci n'est objet d'envie que par les mérites qu'il possède comme l'envieux n'est atteint de ce qui fait son mal qu'en punition de ses péchés (Siquidem invidiosum facit excellentia meriti, invidum pœna peccati) ; et quel est l'homme qui pourra guérir une maladie invisible comme celle-là, dont le siège est au fond de l'âme ? "

7. Ibidem, c. 6: " Nous ferons voir, s'il plaît à Dieu, comment les mérites des personnes qui vivent saintement deviennent une matière de péchés pour ceux qui leur portent envie, et combien est pernicieux ce vice qui change le bien en mal, en poussant ceux qui en sont atteints, tantôt à refuser de croire le bien qu'on leur dit des autres, tantôt, quand ils se voient dans l'impuissance de le nier, à l'interpréter du moins en mauvaise part. Tout mal, quelque faux qu'il soit, qu'on leur dit des personnes qui font profession de vertu, ils le croient sur-le-champ comme s'ils en avaient été eux-mêmes témoins, et ils se fâchent contre ceux qui entreprennent de leur en démontrer la fausseté. Ils supposent ceux à qui ils portent envie coupables de tous les vices ; s'ils les voient réussir, ils en sont consternés ; ils cachent en eux-mêmes leur haine, la nourrissent en secret pour leur tourment ; mécontents, quand les autres réussissent, ils triomphent quand ils les voient tomber dans quelque faute. Les malheurs des gens de bien font leur joie, comme leurs succès leur douleur la plus amère ; ils se font sans sujet leurs ennemis, et sont dans une crainte continuelle de laisser voir la malice de leur cœur ; toujours dans les soupçons toujours dans la défiance. Amis du démon, ennemis d'eux-mêmes, odieux à tout le monde, ils se chagrinent de ce qui devrait faire leur joie, et se réjouissent de ce qui devrait les affliger : jamais ils ne sont ce qu'ils devraient être. Ils sèment la discorde entre les amis, ou s'il s'est élevé entre ces derniers une discorde passagère, ils font tout ce qu'ils peuvent pour la rendre éternelle. Ils jettent à force de mensonges le discrédit sur les gens p.464 fin p.465 début de bien ; ils louent dans les plus parfaits les défauts qu'ils peuvent leur trouver, pour faire douter de leurs vertus mêmes. Ils feignent des sentiments d'amitié, pour perdre plus sûrement ceux dont ils ont réussi à surprendre la confiance. Tous les jours des soupçons nouveaux viennent nourrir leurs sentiments haineux. Ils font la joie des démons dont ils imitent les actes, autant qu'ils affligent les saints, qui, pénétrant leurs intentions perfides, voient en eux des ennemis à travers leurs démonstrations d'amitié. Pudiques dans leurs paroles, impudiques dans leurs actions ; habitués à violer les secrets, comme à tenir secret le mal qu'ils commettent ; prompts à croire le mal, ils se refusent obstinément à croire le bien. Pleins de corruption, remplis de duplicité, ennemis des vertus, dépravés dans leurs meurs, toujours aux aguets pour abuser de la simplicité de ceux avec qui ils vivent. Ces caractères, et d'autres semblables, suffisent pour faire voir que tous les envieux sans exception sont foncièrement ennemis des gens de bien. Mais ne perdez pas de vue, je vous prie, qu’après avoir trouvé dans le bien qui arrive aux autres un premier châtiment, les envieux seront encore bien plus sévèrement châtiés par le mal qu'ils s'attirent eux-mêmes. Qu'est-ce qui pourra rendre bons ceux que le bien même ne sert qu'à rendre plus mauvais ? ou quel bon usage pourront faire du mal qui leur arrivera, ceux qui ne savent en faire qu'un mauvais du bien qui leur est fait ? L'envieux fait encore un mauvais usage des biens, en ce sens que privé pour lui-même de tous les biens qu'il maudit dans les autres, et abandonné à lui-même, il fera son propre supplice. Et par qui pourra être soulagé celui qui, en se livrant à une basse envie, est à lui-même son bourreau ? En quoi pourra trouver son salut celui qui, par le mauvais usage qu'il fait des biens, trouve sa perte dans ce qui devrait le sauver ? "

8. S. ISIDORE de Séville, De summo bono lib.

III, c. 25 : " Le chagrin que cause la vue du bonheur d'autrui est un premier châtiment pour celui qui s'y abandonne. Car la prospérité des gens de bien fait le supplice des envieux. Autant les hommes vicieux triomphent des chutes que peuvent faire les bons, autant ils sont humiliés de les voir rester fidèles et persévérer dans la bonne voie. L'envieux est un suppôt du démon par suite de l'envie duquel la mort est entrée dans le monde. Il en est de même de l'orgueilleux ; il s'inspire du démon, dont il est écrit : Il ne voit rien que de haut et de sublime ; c'est lui qui est le roi de tous les enfants d'orgueil (JOB, XLI, 25). Il n'est point de vertu qui n'ait p.465 fin p.466 début l'envie pour adversaire. Il n'y a que le malheur qui n'excite pas l'envie ; car personne n'est tenté d'envier le sort des malheureux, dont la vue ne peut éveiller en nous d'autre sentiment que celui de la pitié. Beaucoup voudraient imiter les bons, en même temps que les succès de ces derniers les font sécher de chagrin. De là il arrive que leur mal ne se guérit pas, que l'envie leur pervertit au contraire le sens de plus en plus, et que tous leurs efforts conspirent à détourner les bons de la droite voie.

Que les bons ne soient pas scandalisés quand ils voient les méchants réussir ; mais qu'ils considèrent surtout à quoi devra aboutir cette prospérité. Les envieux rendent aux vertus qu'ils persécutent le même service que Satan rendit autrefois au saint homme Job. Jaloux de le voir prospérer, il lui suscita d'affreux malheurs. Mais, en croyant le renverser par ce moyen, il ne fit que lui donner occasion d'accroître ses mérites et de fournir dans sa personne le modèle accompli d'une patience invincible. Les envieux cherchent de même quelque endroit attaquable dans la vie des gens de bien pour pouvoir les diffamer et ternir l'éclat de leur vie, comme les Sodomites cherchaient la porte de la maison de Loth, pour jeter de l'opprobre sur la vie de ce juste. Mais frappés d'un subit aveuglement, ils ne touchaient que les murs, sans pouvoir trouver la porte. C'est ainsi que les envieux ne peuvent, en dépit de leur malignité, apercevoir dans les bons que les murs, c'est-à-dire leurs vertus qu'ils dissimulent, et qu'ils cherchent en vain à trouver en eux des vices, qui seraient comme la porte par où ils entreraient pour flétrir leur réputation. "

9. S. AUGUSTIN, Lib. XI de Genesi ad litteram, c. 14 : " Comme l'orgueil est l'amour (désordonné) qu'on a de sa propre excellence, et que l'envie est la haine de la félicité d'autrui, il est aisé de voir ce qui doit en résulter. C'est que celui qui aimera avec passion sa propre excellence portera envie, soit à ses égaux qu'il voudrait voir au-dessous de lui, soit à ses inferieurs qu'il craindra de voir lui être égalés, soit à ses supérieurs, qu'il sera fâché de voir au-dessus de lui. L'orgueil est donc la source de l'envie, et non l'envie celle de l'orgueil. "

10. S. PROSPER, in sententiis ex Augustino decerptis, sententiâ 292 : " Comme l'orgueil est l'amour (désordonné) qu'on a de sa propre excellence, et que l'envie est la haine qu'on porte à la félicité d'autrui, etc. " C'est la répétition mot pour mot du passage tout-à-l'heure cité de saint Augustin.

11. S. GREGOIRE, Lib. XXXI Moralium, c. 31 (al.

20) : p.466 fin p.467 début " L'envie engendre la haine, les médisances secrètes, les détractions publiques, la joie qu'on ressent des disgrâces de son prochain, comme le chagrin qu'on éprouve de sa prospérité (Cf. Les Morales de saint Grégoire, etc., t. IV, p. 459). "

12. S. GREGOIRE de Nysse, in Vitâ Moysi :

" L'envie est l'avant-courrière de tous les maux, la mère de la mort, la porte d'entrée du péché, la racine de tous les vices, le principe de nos douleurs, la source des calamités, la cause de la désobéissance de nos premiers parents, l'entremetteuse de l'ignominie jetée sur notre race. C'est l'envie qui nous a expulsés du paradis terrestre ; l'envie qui nous a fait perdre nos droits à goûter des fruits de l'arbre de vie. L'envie, dirai-je encore, est un aiguillon de mort, un poignard caché dans le sein, le fléau de notre nature, une bile empestée, un ulcère volontaire, une flèche acérée, un clou enfoncé dans l'âme, une flamme qui dévore le cœur, un feu qui brûle les intestins. Celui qui s'en laisse dominer est malheureux, bien moins encore de ses propres maux que des biens dont il voit jouir les autres ; ou, s'il est heureux, ce n'est pas de son propre bonheur, mais du malheur d'autrui : car autant la prospérité des autres l'attriste, autant leurs adversités lui causent de joie. On dit que les milans se nourrissent de cadavres, et que les baumes précieux les font mourir, sans doute parce que leur nature a de l'affinité avec les chairs corrompues. C'est ainsi que l'envieux se consume de chagrin quand il voit ses égaux prospérer et qu'au contraire, s'il leur survient quelque malheur, il s'en empare aussitôt pour déchirer leur réputation, pour la mettre en pièces et la livrer en proie à la malignité du public. "

13. S. JEROME, in caput V Epistolæ ad Galatas

: " Gardons- nous bien de confondre l'envie avec l'émulation. Car l'émulation peut se prendre en bonne part, lorsqu'elle n'est que l'ardeur dont on s'inspire pour le bien. L'envie au contraire s'afflige de la félicité d'autrui, et elle peut se rencontrer, ou dans celui qui craint de voir les autres l'égaler lui-même, ou dans celui qui s'afflige de se voir lui-même surpassé par les autres. Un contemporain a ingénieusement traduit un vers grec par le distique suivant : Justius invidiâ nihil est, quæ protinùs ipsum Auctorem rodit, excruciatque animum. Rien de plus juste que l'envie, qui fait avant tout le tourment de celui qui la nourrit dans son sein. " Saint Cyprien a composé aussi un livre excellent intitulé De p.467 fin p.468 début zelo et livore (en voir un extrait, n 1). Quand on l'aura lu, on restera convaincu que l'envie est une œuvre de la chair. "

14. S. GREGOIRE, Pastoral, 3e partie,

1e (al. 10) conseil : " Faites comprendre aux envieux l'aveuglement de ces hommes que les succès de leur prochain découragent et que l'élévation de leurs semblables jette dans l'abattement. . . Quoi de plus malheureux que de se faire du spectacle de la félicité d'autrui un sujet de tourment et une occasion de perversité ? Tandis que, s'ils aimaient leurs frères, ils jouiraient du bonheur de ceux-ci, comme si c'était le leur propre. Car tous les fidèles sont comme les membres d'un même corps, dont les fonctions à la vérité sont diverses, mais qui, par le lien commun qui les unit, n'en conspirent pas moins à la même unité ; de sorte qu'on peut dire que le pied voit par l'œil, que les yeux marchent par les pieds, que la bouche entend par les oreilles, que les oreilles à leur tour parlent et répondent par la langue, que les mains se nourrissent par l'estomac, et que ce dernier saisit la nourriture par les mains. Ainsi donc, l'ordre que nous admirons dans l'économie du corps humain, doit se faire remarquer de même dans nos actions sociales, et il y aurait de la honte pour nous à ne savoir pas nous imiter nous-mêmes. Les vertus des autres deviennent en quelque sorte notre bien si nous les aimons, quand même nous ne pourrions pas les pratiquer personnellement, et il en est de même pour eux de nos propres vertus. Que les envieux se pénètrent donc bien de l'excellence de la charité, qui nous fait participer aux travaux de nos frères sans même que nous nous donnions la peine d'y coopérer directement. . . "

" Faites savoir aux envieux que, s'ils se laissent dévorer par la jalousie, il ne restera rien de bon en eux ; car il est écrit (Prov, XIV, 30) : Le bon état du cœur vivifie la chair de l'homme tout entier ; l’envie au contraire met la putréfaction jusque dans la moelle de ses os. Car, que signifient la chair et les os, si ce n'est le fort et le faible de nos actions ? "

15. S. AUGUSTIN, Serm. 83 de tempore (Ce prétendu sermon de saint Augustin est, au jugement de Noël-Alexandre, un gâchis (farrago) composé en partie du discours de saint Cyprien de zelo et livore, en partie de la lettre de Pelage à Démétriade, partie du livre de saint Ambroise sur Joseph, c. 5, partie enfin du sermon de saint Augustin sur Suzanne et sur Joseph) : " De même que la rouille ronge le fer, ainsi l'envie ronge et consume l'âme qui en est possédée. Et de même qu'on rapporte au sujet des Vipères, p.468 fin p.469 début que pour éclore elles déchirent le ventre de leur mère, ainsi de sa nature l'envie déchire et tourmente l'âme qui en a conçu le sentiment. Ne peut-on pas encore comparer à la teigne qui s'attache aux vêtements cette fureur de déprécier les dons de Dieu dans ceux qui s'en trouvent favorisés, de jeter un mauvais vernis sur les vertus de ses semblables, de se faire de la gloire d'autrui un sujet de peine et de supplice, et de se donner des bourreaux qui déchirent l'âme comme avec un peigne de fer ? Nul mets n'est assez exquis au goût de l'envieux ; nul breuvage ne peut lui plaire. Sans cesse il soupire, il se plaint, il gémit jour et nuit, son esprit est obsédé de pensée qui ne lui laissent pas de repos. Plus celui à qui il porte envie multiplie ses succès, plus la flamme qui dévore le cœur de l'envieux étend ses ravages : la pâleur est dans ses traits, le tremblement dans ses lèvres, l'agitation dans tous ses membres. Celui que poursuit l'envieux pourra peut-être se dérober à ses morsures ; mais l'envieux ne pourra s'échapper à lui-même. Quelque part qu'il aille, il y portera avec lui son ennemi, son mal renfermé dans son cœur. "

16. S. BERNARD, Serm. XXIV, super Cantica : " Que mon âme ne prenne jamais part aux conseils des envieux ; car Dieu les a en haine, selon cette parole de l'Apôtre : Les détracteurs sont détestés de Dieu (Rom., I, 50). Voyez dans les Psaumes comme Dieu confirme cette sentence : Je poursuivais celui qui médisait en secret de son prochain (Ps. C, 3). Et à cela rien d'étonnant, puisqu'on sait que ce vice, plus encore que tous les autres, est opposé à la charité qui est Dieu, ainsi que vous pouvez vous en convaincre par vous-même. Quiconque commet la détraction fait voir avant tout qu'il manque de charité ; ensuite, que se propose-t-il par ses détractions, sinon d'inspirer à ceux qui l'écoutent la haine ou le mépris des personnes dont il dit du mal ? La langue médisante blesse donc la charité dans le cœur de tous ceux à qui elle s'adresse ; que dis-je ? autant qu'il est en elle, elle la fait mourir ou l'éteint dans leur cœur, et non-seulement dans le cœur de ceux qui sont présents, mais encore de tous ceux à qui la parole maligne sera rapportée par ceux qui l'auront entendue. Voyez-vous maintenant comment une langue médisante peut sans peine et en quelques instants infecter des milliers d'âmes ? C'est pourquoi le Prophète dit des personnes de cette espèce : Leur bouche est remplie de malédiction et d'amertume ; leurs pieds courent avec vitesse pour répandre le sang (Ps. XIII, 3). Avec autant de vitesse sans doute que peut courir leur parole. Un seul parle, p.469 fin p.470 début et il ne prononce qu'un mot ; et ce simple mot entendu par une multitude, donne en un instant la mort à un égal nombre d'âme. Et en effet, un cœur qui déborde du fiel de l'envie ne peut mettre sur la langue que des paroles amères, suivant cette sentence de Notre-Seigneur, que la bouche parle de l'abondance du cœur (MATTH., XII, 34). Ce mal se produit de plusieurs manières : les uns vomissant le mal qu'ils ont à dire, sans façon et comme il leur vient à la bouche ; les autres cherchant à couvrir d'un voile de retenue affectée la parole maligne qu'ils ne peuvent s'empêcher de répandre. Vous les voyez pousser d'abord quelques soupirs, puis lentement et gravement, d'un air de tristesse, les sourcils renfrognés, d'une voix plaintive, lâcher la médisance qu'ils rendent d'autant plus plausible, qu'ils se donnent l'air de ne le faire que malgré eux, et plutôt pour gémir que pour se réjouir du mal du prochain. J'en suis bien fâché pour lui, dit l'un, car je l'aime bien, et j'ai essayé vainement de le corriger de ce défaut. Un autre de dire : Je savais bien qu'il était sujet à ce vice, et s'il n'avait tenu qu'à moi, personne n'en aurait rien su ; mais puisque la chose est maintenant connue, je ne saurais nier la vérité ; je le dis à contrecœur, la chose est telle qu'on la dit. Et d'ajouter : C'est un grand malheur ; car il a de fort bonnes qualités, mais pour ce point, il faut avouer qu'il est inexcusable (Cf. Sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, tome Ier, pag. 274-275). "

17. Le même, Serm. XLIX, in Cantica : " En nous mesurant nous-mêmes à nous-mêmes, nous voyons par notre propre expérience combien est rare cette vertu qui consiste à ne pas porter envie à la vertu d'autrui, à s'en réjouir plutôt, et à s'en réjouir d'autant plus, que l'on considère qu'elle surpasse davantage la sienne propre. . . Et comment puis-je faire des progrès, me demanderez-vous, moi qui porte envie aux progrès de mon frère ? Vous le pourrez en désavouant ces sentiments d'envie que vous pouvez éprouver en y refusant votre consentement. Quelquefois il n'y a que la passion qui ait besoin d'être guérie, sans que l'action même doive être condamnée. Ayez soin seulement de ne pas acquiescer à ce que la passion demande, en méditant l'iniquité dans votre lit, en nourrissant votre mal en vous-même, en vous mettant à la poursuite de l'innocent, en calomniant le bien qu'il fait, en le dépréciant, en le dénaturant, en l'entravant p.470 fin p.471 début de tous vos moyens. Si vous ne consentez à rien de tout cela, le péché qui habite en vous sans qu'alors vous le commettiez vous-même (Rom., VII, 17), ne nuira point à vos progrès, ou aux efforts que vous ferez pour vous élever à un plus haut degré de perfection. Il n'y a donc point de damnation pour celui qui ne fait pas de ses membres des instruments d'iniquité, de sa langue un instrument de détraction, de ses autres organes autant d'instruments de mort ou de ruine ; mais qui gémit en lui-même de se voir ainsi disposé, qui fait l'humble aveu de ce penchant vicieux qu'il trouve comme passé dans sa nature, qui ne cesse de prier et d'agir pour s'en voir enfin délivré, et qui, ne pouvant en venir à bout, en devient plus doux par rapport aux autres, et plus humble par rapport à lui-même. "

18. Le même, Serm. de triplici custodiâ manûs, linguæ et cordis : " Peuvent-ils être vivants devant Dieu, ces détracteurs que Dieu déteste, que la Vie déteste ? La Vie s'enfuit de ceux qu'elle hait, et ceux dont la vie s'enfuit doivent mourir nécessairement. Ne doit-il pas mourir aussi, celui qui avale le poison que lui présente la langue du détracteur, cette mauvaise conseillère qu'il a la faiblesse d'écouter ? En effet, il perd insensiblement par ce moyen la vie de l'amour, et, sans qu'il s'en aperçoive, le sentiment de la charité fraternelle se refroidit en lui. Peut-être encore celui qui aura été l'objet de la détraction en aura-t-il connaissance ; car les paroles ont un vol rapide, et la détraction passant de bouche en bouche, il est difficile que dans ses progrès elle ne parvienne pas jusqu'aux oreilles de celui à qui elle s'attaque particulièrement.

En l'apprenant, il se trouvera scandalisé ; il éprouvera un sentiment pénible, et la charité s'éteindra en lui d'autant plus facilement, qu'elle semblait auparavant vivre davantage. Il se dira à lui-même : Si cette malédiction me fût venue de mon ennemi, je l'aurais assurément supportée : car alors celui qui l'entend se tient prudemment sur ses gardes, et celui aussi qui en est l'objet, s'il est sage, veille sur lui-même le premier pour ne pas avaler le poison, le second pour ne pas se laisser troubler. Mais cette langue médisante, en surprenant la simplicité de l'un, en blessant la charité qu'elle doit à l'autre, leur donne à tous les deux la mort en se la donnant à elle-même.

Quelle est la vipère dont le venin soit aussi dangereux que celui que distille cette langue, qui d'un seul coup donne la mort à trois victimes ? quelle est la lance ou l'épée qui soit autant à redouter que ce glaive à triple tranchant ? La langue, dit le Palmiste (Ps. LVI, 5), est p.471 fin p.472 début un glaive acéré. Ne craignez pas de dire qu'une pareille langue est plus cruelle que la lance même qui perça le côté de Notre-Seigneur. Car c'est aussi son corps, ou un de ses membres qu'elle perce, et elle perce non un membre inanimé, mais un membre vivant auquel elle donne la mort. Plus malfaisante que les épines mêmes qu'une soldatesque insolente lui mit sur la tête en forme de couronne ; plus mortelle que les clous que les juifs déicides enfoncèrent dans ses pieds et dans ses mains adorables. Car s'il n'avait préféré à son corps de chair ce membre spirituel que déchire actuellement la langue médisante, jamais il ne se serait dévoué pour ce dernier à la mort, et à la mort de la croix. Et nous dirons encore : C'est une parole légère ? Ce que laisse échapper la langue de l'homme, cet organe si faible, si tendre, ne saurait avoir d'importance ? C'est une parole légère, c'est-à-dire qu'elle vole légèrement, mais la blessure qu'elle fait est grave ; son passage est rapide, mais les suites de son passage sont funestes, elle pénètre aisément dans l'âme, mais il n'est pas si aisé de l'en faire sortir ; il ne faut qu'un instant pour la dire, mais il faut plus d'un instant pour l'oublier ; elle vole sans peine, aussi viole-t-elle sans peine la charité. "

19. S. CHRYSOSTOME, Hom. XLI (al. 40) in Matthæum

(Cf. Opera sancti Joannis Chrysostomi, t. VII, p. 440-442, édition de Montfaucon ; pag. 496-497, édit. de M. Gaume ; Homélies, etc., de saint Jean Chrysostôme, trad. par l’abbé Auger, t. IV, p. 197-201) : " On peut dire que l'envie est le plus détestable de tous les vices. Car le fornicateur trouve du moins quelque satisfaction dans son crime, et un instant lui suffit pour le commettre ; l'envieux au contraire se punit et se tourmente lui-même avant tous les autres, et son crime est un mal qui ne connaît pas de relâche. Comme le pourceau trouve son plaisir dans la fange, et les démons dans notre perversion, ainsi l'envieux trouve le sien dans ce qui peut affliger ses frères. S'il leur survient quelque mal, c'est alors qu'il respire et jouit du repos : il compte leurs calamités au nombre de ses bonnes fortunes, et leurs avantages au contraire parmi ses plus cruelles disgrâces ; et ce qu'il a en vue, c'est bien moins le bonheur qui peut lui arriver à lui-même, que le malheur qu'il voudrait voir arriver à son prochain. Ne faudrait-il pas lapider et exterminer les envieux comme des chiens enragés, comme des démons malfaisants, comme des furies cruelles (Ce mouvement oratoire aurait besoin d'être adouci, comme la demande que les apôtres firent à leur maître et qui leur attira le reproche suivant de sa bouche divine : Nescitis cujus spiritûs estis) ; ces hommes p.472 fin p.473 début qui, ennemis communs de leurs semblables, se nourrissent des misères d'autrui comme certains insectes se repaissent d'ordures ? Au moins avons-nous compassion des bêtes lors même que nous les égorgeons ; mais vous, quand vous voyez qu'il arrive du bien à votre frère, vous en devenez furieux, vous frémissez de rage et vous pâlissez. Y a-t-il rien de pire qu'une pareille fureur ? Aussi, tandis que les fornicateurs et les publicains ont pu trouver place dans le royaume des cieux, les envieux en ont été bannis, quoiqu'ils en parussent d'abord les héritiers légitimes.

Les enfants du royaume, dit l'Evangile (MATTH., VIII, 12), seront jetés dehors. Les premiers, en quittant leurs désordres, ont reçu d'en haut des biens qu'ils n'espéraient pas ; les seconds ont perdu ceux dont ils se trouvaient d'avance en possession. Et cela devait être sans doute, puisque l'envie fait d'un homme un démon et d'un démon quelque chose de pire encore. C'est l'envie qui a causé le premier homicide dans le monde ; c'est l'envie qui a étouffé les sentiments de la nature, qui a souillé la terre d'un sang innocent, et qui plus tard l'a fait s'entrouvrir pour dévorer vivants Coré, Dathan et Abiron, avec tout le peuple que ces factieux avaient entraîné dans leur parti. "

" On dira peut-être qu'il est aisé de parler contre l'envie, mais qu'il faudrait indiquer les moyens de s'en guérir. Comment donc pourrons-nous nous préserver d'un mal si funeste ? Ce sera si nous considérons que, comme il n'est pas permis aux adultères d'entrer dans l'église, il ne le doit pas être non plus aux envieux. . . "

" L'homme le plus dominé par l'envie se croit en assurance, s'il a pratiqué quelque jeûne et fait quelque légère aumône ; il ne croit pas être fort coupable, lorsqu'il s'est abandonné à la plus furieuse et la plus criminelle de toutes les passions. Je vous le demande, qu'est-ce qui a rendu Caïn le meurtrier de son frère, et Esaü le persécuteur du sien ? Qu'est-ce qui a aigri Laban contre Jacob, et les enfants de Jacob contre leur frère Joseph ? qu'est-ce qui a soulevé Coré, Dathan et Abiron contre Moïse ? qu'est-ce qui a fait murmurer contre lui son frère Aaron et sa sœur Marie ? qu'est -ce qui a suscité contre nous le démon lui-même ? "

" Considérez encore, que vous vous nuisez beaucoup plus qu'à celui à qui vous portez envie, et que vous vous percez vous-même de l'épée dont vous voulez le frapper.

Quel mal, dites-moi, Caïn a-t-il fait à Abel ? Il ne l'a fait passer que plus vite, quoique contre sa volonté, à une vie bienheureuse ; tandis qu'il s'est plongé lui- p.473 fin p.474 début même dans un gouffre de maux. En quoi Esaü a-t-il nui à Jacob ? Jacob n'est-il pas devenu riche et comblé de toutes sortes de prospérités, au lieu qu'Esaü, après avoir prémédité la perte de son frère, s'est vu réduit à errer en vagabond dans un pays étranger, privé de l'héritage et de la bénédiction paternelle ? quel tort a fait à Joseph cette envie de ses frères qui les avait poussé à tramer même sa mort ? ne se sont-ils pas vus réduits par la famine aux derniers abois, tandis que Joseph régnait sur toute l'Egypte ? Ainsi, plus vous portez envie à votre prochain, plus vous lui procurez d'avantages. Dieu, qui voit tout, prend en main la défense de l'innocent persécuté et se plaît à l'élever et à le combler de gloire, en même temps qu'il vous punit vous-même avec rigueur. "

20. S. GREGOIRE, Lib. V Moralium, c. 35 (al. 24)

: " L'envie fait mourir les petits (JOB, V, 2) ; car nous ne portons envie qu'à ceux que nous croyons mieux partagés que nous en quelque point. Celui-là donc est vraiment petit, qui se laisse consumer par l'envie, puisqu'il se rend témoignage à lui-même qu'il est inférieur à celui dont la supériorité le tourmente. C'est pour cela que l'artificieux ennemi du premier homme conspira sa chute par esprit d'envie : c'est que, déchu lui-même de la béatitude, il voyait que l'homme le surpassait par l'avantage de l'immortalité. "

" C'est pour cela aussi que Caïn se porta à commettre un fratricide : il ne pouvait souffrir que Dieu, rejetant le sacrifice qu'il lui offrait, lui préfère son frère en recevant plus favorablement son offrande ; de sorte qu'ayant pris en aversion celui qu'il voyait mieux partagé que lui, il lui arracha la vie, pour ne l'avoir plus sous les yeux. "

" C'est pour cela qu'Esaü en vint à persécuter son frère avec fureur ; c'est qu'ayant perdu la bénédiction qui appartenait à l'aîné et qu'il avait cependant vendue lui-même pour un si vil prix, il gémissait en son cœur de se voir au-dessous de celui qu'il surpassait par le droit primitif de sa naissance. "

" C'est pour cela que les frères de Joseph le vendirent à des marchands Ismaélites : c'est qu'ayant appris le mystère qui lui lavait été révélé, ils voulurent l'empêcher de s'élever au-dessus d'eux-mêmes en s'opposant à sa future grandeur. "

" C'est pour cela que Saül persécuta si cruellement David, jusqu'à vouloir le percer d'une lance qu'il lui darda de sa propre main : c'est qu'il appréhendait que celui qu'il voyait croître de jour en jour par ses hauts faits, ne finit par s'élever au-dessus de lui. "

p.474 fin p.475 début " Il est donc vrai de dire que celui qui se laisse consumer d'envie est très-petit, puisque, s'il ne s'estimait lui-même inférieur à son prochain, il ne concevrait aucun chagrin des avantages d'autrui. "

21. Le même, Ibidem, c. 34 (al. 24) : " Mais il faut remarquer ici, qu'encore bien que l'antique ennemi de l'homme nous infiltre son venin par tous les péchés qu'il nous pousse à commettre, c'est particulièrement pour celui-ci que ce serpent infernal épuise en quelque sorte sa malice, en vomissant contre nous de tout l'effort de son gosier le plus mortel de ses poisons. Aussi l'Ecriture dit-elle que la mort est entrée dans le monde par l'effet de l'envie du démon (Sag., II, 24). Et en effet, quand la malignité de ce vice a une fois infecté le cœur, l'extérieur même témoigne avec quelle violence l'âme est agitée. Le teint devient pâle ; les yeux s'enfoncent dans leurs orbites; l'âme est toute en feu ; tandis que les membres sont glacés, on a le cœur possédé de rage, on grince des dents malgré soi, et en même temps que la haine qui se fortifie de plus en plus se cache dans les plus secrets replis de l'âme, cette plaie invisible lui fait sentir l'aiguillon d'une douleur inconnue. "

" En cet état on ne ressent aucune joie du bien qu'on possède soi-même, parce que, tourmenté de la félicité d'autrui, on se trouve obsédé par le chagrin qu'on éprouve ; et plus le prochain fait monter haut l'édifice de son élévation, plus l'envie pousse dans l'âme de celui qui s'en fait l'esclave des racines profondes. De sorte que pendant que les autres font tous les jours de nouveaux progrès, l'envieux tombe de plus bas en plus bas, et sa chute est si funeste, que tout ce qu'il semblait d’ailleurs posséder de bien se trouve enveloppé dans la même ruine. "

" Quand une fois en effet l'envie a infecté une âme, elle consume en elle tout le bien qu'elle y rencontre. C'est ce qui a fait dire à Salomon : Le bon état du cœur est la vie de la chair ; l'âme au contraire est la putréfaction des os (Prov., XIV, 50). Car, que signifie la chair, sinon ce qu'il y a en nous de plus délicat ; et que signifient les os, sinon ce qu'il y a en nous de plus fort ?. . . Que celui donc qui veut se préserver parfaitement du vice de l'envie, n'ait d'ambition que pour posséder un jour cet héritage que ne saurait amoindrir le nombre des cohéritiers ; qui seul suffit pour tous, et que chacun possède en entier ; qui semble même s'étendre à mesure que se multiplie le nombre de ceux qui le reçoivent en partage. . . Mais, comme c'est être petit p.475 fin p.476 début que de désirer les biens de la terre, et que c'est au contraire être grand que de n'avoir d'ambition que pour ceux du ciel, on peut encore entendre assez bien ces paroles, L’envie fait mourir celui qui est petit, en ce sens qu'il ne meurt de cette maladie funeste que ceux qui sont encore faibles et imparfaits dans leurs désirs (Cf. Les Morales de saint Grégoire, etc., t. Ier, p. 526-350). "

22. Le même, Ibidem, lib. XXIX, c. 3 (al.

4) (Cf. Ibidem, t. IV, p. 161) : " Supposons quelqu'un dont le cœur soit rongé d'une envie secrète contre son frère, et qui ne cherche que l'occasion de le supplanter ; de quel corps sera-t-il membre, sinon de celui dont il est écrit : La mort est entrée dans le monde par l'envie du démon (Sag., II, 24) ? "

23. S. AUGUSTIN, Lib. de sanctâ virginitate, c. 31 : " A la suite de l'orgueil vient l'envie, qu'il engendre naturellement, et qui lui fait toujours cortège. Ces deux vices, je veux dire l'orgueil et l'envie, ont le démon pour chef. "

Question VII

Qu’est ce que la gourmandise, et quels vices particuliers entraîne-t-elle à sa suite ? La gourmandise est un amour déréglé du boire et du manger. Elle entraîne à sa suite la gaieté folle, le bavardage, la bouffonnerie, la lubricité, l'affaiblissement des sens et l'abrutissement de l'intelligence. Mais quoi de plus dégradant pour l'homme, que de se ravaler au-dessous des bêtes, qui se bornent à satisfaire leurs besoins naturels ; tandis que le gourmand, en se rendant comme l'esclave de son ventre, de ses appétits gloutons ou de sa passion pour le vin, dissipe sa fortune, ruine sa santé, s'attire des maladies sans nombre, et compromet jusqu'à sa vie ? Car rien de plus vrai que la parole du Sage (Ecclé., XXXVII, 33-34) : L'excès des viandes cause des maladies. . . L'intempérance en a tué plusieurs ; l'homme sobre au contraire prolonge ses jours. C'est pourquoi Notre-Seigneur nous avertit de prendre garde à nous, de peur que nos cœurs ne s'appesantissent par l’excès des viandes et du vin. Saint Paul nous dit à son tour, pour nous détourner de l'ivrognerie (Ephés., V, 18) : Ne vous laissez point aller aux excès du vin, d'où naissent les dissolutions. Et ailleurs (I Cor., VI) : Les ivrognes ne p.476 fin p.477 début possèderont point le royaume de Dieu. C'est pour cela aussi que le Prophète fait entendre contre les buveurs ces terribles menaces (Is., V, 22) : Malheur à vous qui êtes puissants à boire le vin, et vaillants à vous enivrer.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. JOB, XXI, 12-13 : " Ils portent des tambours et des pithares, et dansent au son des instruments. - Ils passent leurs jours dans les plaisirs, et en un moment ils descendent dans les enfers. "

4. Ephésiens, V, 3-4 : " Qu'on n'entende pas même parler parmi vous de fornication, ni de quelque impureté que ce soit, ni d'avarice, comme il convient à des saints. - Qu'on n'entende ni paroles déshonnêtes, ni grossières plaisanteries, ni folle gaieté, ce qui ne conviendrait pas à votre vocation ; mais plutôt, qu'on n'entende parmi vous que des paroles d'actions de grâces. "

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