Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 118)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

17. Lévitique, XXIX, 17 : " Vous ne haïrez point votre frère en votre cœur, mais vous le reprendrez publiquement, de peur que vous ne péchiez vous-même à son sujet. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. BERNARD, Serm. de Nativitate S. Joannis Baptistæ

: " Que personne parmi vous, mes frères, ne flatte les vices ; que personne ne dissimule les péchés. Que personne ne dise : Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? Que personne ne voie d'un œil indifférent l'ordre s'altérer, la discipline s'affaiblir. Car c'est consentir au mal, que de garder le silence quand on peut élever la voix, et nous savons que le même châtiment est réservé à ceux qui font le mal et à ceux qui y consentent. "

2. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Pastoral, 2e partie, chapitre IV (On trouvera ce même passage répété dans la lettre de saint Jean de Constantinople (Lib. I, Epist. 24)) : " Les évêques doivent savoir garder le silence avec discrétion et ne parler que pour dire des choses utiles, de telle sorte qu'ils ne fassent jamais connaître ce qui doit être ignoré et qu'ils ne s'obstinent point à taire ce qu'il serait utile de divulguer ; car de même qu'une parole imprudente peut induire les hommes en erreur, de même aussi un silence gardé mal à propos entretient dans l'ignorance ceux qu'on pourrait instruire par un mot. Il arrive souvent que des évêques imprévoyants, dans la crainte de perdre la bienveillance des hommes, n'osent leur donner avec franchise des avertissements utiles ; ils n'ont pas le courage de dire la vérité, ils ne gouvernent pas leur troupeau comme de vrais pasteurs ; ils ressemblent à des mercenaires ; en se cachant p.54 fin p.55 début ainsi dans leur silence, c'est comme s'ils fuyaient quand le loup approche. C'est à ces pasteurs que Dieu adresse ces paroles par l'organe d'un prophète (Is., LVI, 40) : Ce sont des chiens muets qui ne sauraient aboyer. Il s'en plaint encore par ces paroles d'un autre prophète (EZECH., XIII, 5) : Vous ne vous êtes point présentés sur la brèche et vous n'avez point élevé de rempart devant la maison d'Israël afin de tenir ferme dans le combat au jour du Seigneur. Monter sur la brèche c'est parler librement contre les puissances du siècle pour la défense du troupeau ; et tenir ferme dans le combat au jour du Seigneur, c'est résister aux efforts des méchants, en soutenant avec ardeur les intérêts de la justice. En effet, ne peut-on pas dire qu'un pasteur abandonne son poste, quand il garde le silence et qu'il craint de faire entendre des paroles sages et utiles ? Mais celui qui a le courage d'exposer sa vie pour la défense de son troupeau, s'oppose comme une muraille aux ennemis de la maison d'Israël. C'est de ces pasteurs lâches, qui abandonnent leur peuple, que le Seigneur a dit encore (THREN., II, 9) : Ces prophètes n'ont eu que des visions folles et mensongères ; ils ne t’ont pas ouvert les yeux sur tes iniquités pour te porter au repentir. Les docteurs de la loi sont souvent appelés prophètes dans l'Ecriture sainte, parce qu'en enseignant combien sont fragiles les biens de ce monde, ils découvrent la solidité des biens futurs. Dieu dit qu'ils ont eu des visions mensongères parce que, n'osant blâmer la conduite du pécheur, ils l'entretiennent dans ses vices par une fausse sécurité qui le trompe, et ils n'osent lui ouvrir les yeux sur ses iniquités, en gardant le silence tandis qu'ils devraient l'exciter à la pénitence.

Les réprimandes du pasteur sont semblables à une clef qui ouvre ; car de justes reproches font reconnaître des fautes que celui qui les a commises ignore souvent lui-même. C'est pourquoi Paul a dit (Tite, I, 9) : Qu'il soit fortement attaché aux maximes qui sont conformes à la foi et à la doctrine de Jésus- Christ afin qu'il soit en état d'enseigner la saine doctrine et de convaincre ceux qui la contredisent. C'est aussi ce qui a fait dire au prophète Malachie (II, 7) : Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science, et on recherchera de sa bouche la connaissance de la loi, parce qu'il est l'ange du Seigneur des armées. Et le prophète Isaïe donnait cet avertissement de la part de Dieu à tous les pasteurs (LVIII, 1) : Crie, crie sans cesse, que ta voix retentisse comme la trompette. En effet, quiconque se charge du sacerdoce, prend les fonctions de héraut ; il marche pour ainsi dire devant le juge terrible qui p.55 fin p.56 début doit le suivre, et il annonce son arrivée. Si donc un prêtre ne fait point annoncer la parole divine, héraut muet, comment pourra-t-il s'acquitter de ses fonctions ? Le Saint-Esprit descendit en forme de langues sur les premiers pasteurs de l'Eglise, pour montrer que ceux qu'il remplit de ses dons doivent s'empresser de les communiquer. Dieu ordonna à Moïse d'attacher des sonnettes à la robe dont le prêtre devait être revêtu lorsqu'il entrait dans le tabernacle, pour lui rappeler qu'il devait annoncer la vérité et ne point provoquer par son silence la colère du souverain juge, qui a les yeux fixés sur lui ; car il est écrit (Exode, XXVIII, 35) : Et on entendra le bruit qu'il fera avec ses sonnettes, soit lorsqu'il entrera dans le lieu saint en la présence du Seigneur, soit lorsqu'il en sortira, et à cette condition, il ne mourra point. Un prêtre qui sort et qui entre sans qu'on l'entende, c'est-à-dire qui poursuit son chemin sans prêcher la vérité, sera puni de mort, parce que son silence allume la colère du juge invisible. "

3. S. AUGUSTIN, Epist. CIX (al. 211), ad Monachas

: " Si vous remarquez dans quelqu'une d'entre vous de ces regards effrontés, avertissez-la sans délai pour empêcher le mal d'empirer, et l'étouffer dès sa naissance. Que si, quoiqu’avertie, elle retombe, soit sur-le-champ, soit dans quelque autre occasion, celle qui s'en aperçoit doit en faire le rapport, afin qu'on puisse y apporter remède. Mais il faut pour cela qu'elle fasse préalablement remarquer ce qui se passe à une ou deux de ses sœurs pour que, se trouvant convaincue par la bouche de deux ou trois témoins, la coupable puisse être punie comme elle le mérite. Et ne pensez pas qu'on puisse vous accuser de malignité lorsque vous ferez de ces sortes de rapports : vous seriez coupables au contraire, si, pouvant guérir vos sœurs en les déférant, vous les laissiez périr faute de rompre le silence à leur sujet. Si une de vos sœurs avait sur son corps une plaie qu'elle voudrait tenir cachée de peur qu'on n'y portât le scalpel, ne serait-ce pas une cruauté à vous de n'en rien dire, et n'y aurait-il pas au contraire de la charité à la faire connaître ? A combien plus forte saison ne devez-vous pas découvrir les plaies de leurs âmes, qu'il est incomparablement plus dangereux de laisser s'envenimer que celles du corps ?. . . " " Ce que je viens de dire de cette espèce de fautes, doit s'observer exactement pour toutes les autres, et il faut garder le même ordre pour les découvrir et les arrêter dès leur naissance, c'est-à-dire, déférer, convaincre et punir les coupables, ce qui doit se p.56 fin p.57 début faire avec beaucoup de haine pour le mal lui-même mais toujours avec beaucoup de charité pour les personnes (Cf. Lettres de saint Augustin, t. VI, p. 46-48). "

4. Le même, Lib. L, Homiliarum, Hom. 7 :

" Si vous voulez bien y faire attention, vous verrez, mes frères, que non-seulement les évêques, mais encore tous les prêtres et tous les ministres de l'Eglise, occupent des postes fort critiques pour leur salut. Car, c'est à eux que l'Esprit-Saint adresse cette injonction : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette ; annoncez au peuple les crimes qu'il a commis, et à la maison de Jacob ses prévarications (Is., LVIII, 1). Et cette autre encore : Si vous ne reprochez pas au pécheur son iniquité, je vous redemanderai son sang (EZECH., III, 18). C'est d'eux aussi que l'Apôtre disait aux fidèles : Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis à leur autorité, car ce sont eux qui veillent pour le bien de vos âmes, comme devant en rendre compte (Hébr., XIII, 7). Si chacun de vous, mes frères, peut à peine soutenir le compte qu'il aura à rendre de sa propre conduite au jour du jugement, que sera- ce des prêtres à qui le souverain juge redemandera les âmes de tous ceux qu'ils auront eus à gouverner ? A la vue donc du péril où nous sommes, priez pour nous, afin que par notre attention à procurer l'aliment spirituel au troupeau qui nous est confié, nous méritions pour le dernier jour un témoignage favorable. Observez avec attention ce que j'ai la volonté de vous dire, si je puis, avec le concours de vos prières, trouver mon appui dans celui dont la pensée seule m'inspire de la crainte. Entre autres instructions qui s'adressent aux évêques, l'Apôtre dit qu'ils doivent être capables d'exhorter selon la saine doctrine, et de convaincre ceux qui s'y opposent (Tite, I, 9). C'est là un grand honneur, mais en même temps un grand fardeau. J'espérerai toutefois de la miséricorde de Dieu que, touché des prières que vous lui ferez pour nous, il nous délivrera du piège des chasseurs, et de la parole âpre et piquante (Ps. XC, 3). Car il n'y a rien qui ralentisse plus le zèle des ministres de Dieu à reprendre les contradicteurs, que la crainte d'en être repris soi-même ou d'essuyer leur critique. En redoutant outre mesure les détractions, les railleries, les insultes des hommes superbes, en appréhendant de leur part quelque atteinte à notre bonheur d'ici-bas et à nos biens temporels, il peut arriver que nous prêchions avec moins de force qu'il ne faut les vérités éternelles.

Et c'est ainsi que la peur de nous voir dépouillé par le crédit p.57 fin p.58 début des méchants de quelque avantage de la vie présente, peut nous faire négliger le soin d'appliquer des remèdes convenables à leurs maux spirituels. Il est donc à craindre que nous n'ayons à rendre au jour du jugement un compte sévère, tant pour nous que pour ceux à qui nous n'aurons pas osé parler durement par un effet de notre affection pour les biens terrestres. "

5. S. PROSPER (Ou plutôt Julien Pomère, auteur de l’ouvrage cité ici), Lib. 1 de vitâ contemplativâ, c. 20 : " Quant à ce que dit l'Apôtre, que nous devons servir de modèle aux fidèles, qu'en sera-t-il, si celui qui est chargé d'encourager les bons et de reprendre les méchants, en même temps qu'il présente aux bons des exemples à imiter dans la régularité de sa vie, n'ose pas élever la voix pour réprimer les méchants ? Car si le prêtre est particulièrement obligé de bien vivre, c'est, si je ne me trompe, pour qu'il n'anéantisse pas l'effet de ses paroles par une conduite toute opposée en faisant le contraire de ce qu'il recommande publiquement, ou en osant prêcher une doctrine différente de celle qu'il pratique. S'il agit autrement, il n'aura aucun succès auprès de ceux qui connaîtront sa manière de vivre, parce qu'il est préposé à l’Eglise de Dieu non-seulement pour servir d'exemple aux autres par une vie régulière, mais encore pour représenter avec courage aux pécheurs leur triste état, leur montrer le châtiment qui leur est réservé s'ils s'endurcissent, la gloire qui les attend s'ils se convertissent ; ne désespérer du salut d'aucun, n'en rebuter aucun, pleurer sur ceux qui refusent de s'amender, à l'exemple de l'Apôtre qui disait : Je crains d'être obligé d'en pleurer plusieurs, qui étant déjà tombés en plusieurs dérèglements, n'en ont point fait pénitence (II Cor., XII, 21) ; comme il disait encore : Qui est faible, sans que je m'affaiblisse avec lui ? Qui est scandalisé sans que je sois embrasé de zèle ? (II Cor., XI, 29) ? Persuadé donc que, s'il a de la partialité pour les riches et les puissants, de la complaisance enfin pour ceux qui vivent dans le désordre, il les perdra et se perdra lui-même avec eux, il ne doit négliger, ni de mener une vie sainte pour le bon exemple, ni d'instruire les fidèles pour l'acquit de la charge qui lui est confiée dans la certitude où il est qu'il ne lui servira de rien de mener lui-même une vie irréprochable s'il n'en a pas moins à répondre de la perte des âmes, tandis qu'un autre qui ne serait point obligé d'enseigner à ses semblables la voie du salut, n'aurait du moins en se perdant à être puni que p.58 fin p.59 début pour le mal qu'il aurait fait lui-même. Mais celui à qui la prédication de l’Evangile a été confiée aurait beau vivre saintement ; s'il rougit ou s'il craint de reprendre ceux qui mènent une vie criminelle, il périra avec ceux que son silence aura laissé se perdre. Et de quoi lui servira-t-il de n'avoir pas de péchés personnels à expier, s'il doit porter la peine des péchés des autres ? Ou je me trompe fort, ou c'est là ce que le Seigneur a voulu dire par ces paroles adressées figurément au prophète Ezéchiel : Fils de l'homme, je vous ai établi comme sentinelle sur toute la maison d'Israël (EZECH., III, 17; XXXV, 2-7). Et nous ne devons pas regarder comme une expression indifférente qu'il appelle le prêtre du nom de sentinelle ; car de même qu'une sentinelle doit se placer dans un lieu élevé pour que sa vue puisse embrasser plus d'objets, de même le prêtre doit se proposer ce qu'il y a de plus sublime, et s'élève au-dessus de tous les autres par sa sainteté et par sa science, pour pouvoir instruire avec fruit ceux qu'il a sous sa conduite. Voyons maintenant ce que Dieu va dire au Prophète : Vous écouterez la parole de ma bouche, et vous leur annoncerez ce que vous aurez appris de moi (EZECH, III, 17). Car le prêtre ne doit dire que ce qu'il a appris dans les livres saints, que ce que Dieu peut lui avoir inspiré et non ce qu'il aurait découvert par des moyens purement naturels. Vous leur annoncerez de ma part, lui dit-il. De ma part, et non de la vôtre ; ce sommes paroles que vous répéterez. Vous n'aurez point à vous glorifier de ce que vous aurez dit comme du produit de votre propre génie, c’est de ma part que vous l'aurez annoncé. Mais écoutons ce qu'il va annoncer. Si, lorsque je dirai à l’impie, Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas ce que je vous aurai dit, et si vous ne lui parlez pas afin qu'il se détourne de la voie de son iniquité et qu'il vive, l'impie mourra dans son impiété, mais je vous redemanderai son sang (EZECH., III, 18). Quoi de plus explicite, de plus clair que ces paroles ? Si vous ne parlez pas à l'impie pour qu'il se garde de son impiété et qu'ainsi il vienne à périr, je vous redemanderai son sang ; c'est-à-dire, si vous ne lui représentez pas ses péchés, si vous ne l'en reprenez pas, afin qu'il se convertisse de son impiété et qu'il vive, je livrerai aux flammes éternelles, et vous-même qui ne l'aurez pas repris, et lui que vous aurez autorisé à pécher par votre silence. Quel est le cœur de bronze ou de rocher qui ne s'effraierait à cette pensée ? Quel est l'esprit si incrédule que cette pensée ne rendrait croyant ? "

p.59 fin p.60 début

6. S. ISIDORE, Lib. III de summo bono, c. 44 :

" Tous les temps ne conviennent pas à l'instruction, selon cette maxime de Salomon, qu'il y a temps de se taire comme il y a temps de parler (Eccles., III, 7). Sans se laisser dominer par la crainte, mais par une discrétion que leur commandent les dispositions perverses des méchants, les bons doivent quelquefois s'abstenir d'enseigner à ces premiers les prescriptions de la loi. Quelquefois les docteurs de l'Eglise, malgré l'ardeur de la charité dont ils sont embrasés, s'imposent à eux-mêmes le silence, parce qu'ils ne voient personne qui les écoutent ainsi que le déclare le Prophète par ces paroles (JEREM., XIII, 19) : Les villes du Midi sont fermées, et il n'y a personne qui les ouvre. Que celui qui est chargé de l'instruction des autres sache au besoin dissimuler les fautes qu'il voit commettre, lorsqu'il ne croit pas pouvoir obtenir sur-le-champ qu'on s'en corrige. Car s'il peut faire cesser le mal et qu'il le dissimule néanmoins, il devient coupable comme s'il y donnait son consentement. "

7. Ibidem, c. 45 : " Ceux à qui est confiée la mission d'enseigner remplissent une fonction périlleuse, lorsqu'il s'agit pour eux de s'élever contre des contradicteurs de la vérité et c'est à ceux-là que s'adressent ces paroles du Prophète, qui nous font envisager l'accomplissement d'un tel devoir comme le plus haut degré de la justice chrétienne : Montez sur une haute montagne, vous qui annoncez l’Evangile à Sion (Is., XL, 9) ; c'est-à-dire que le prédicateur de l'Evangile doit autant surpasser les autres par son mérite qu'il les surpasse par son rang. En conséquence, pour que la crainte ne lui fasse pas négliger l'office de l'enseignement, qu'il fasse attention à ces paroles : Vous donc, ceignez vos reins, allez promptement, et dites-leur tout ce que je vous commande. N'appréhendez point de paraître devant eux, parce que je ferai que vous n'en aurez aucune crainte (JEREM., I, 17). Ces mêmes paroles nous font voir que c'est un don de Dieu que d’être exempt de crainte. Celui qui fait acception des personnes, et qui craint de dire la vérité à celui qui a la puissance en main, se rend gravement coupable devant Dieu. Trop de prêtres en effet tiennent la vérité cachée dans la crainte de s'attirer l’animadversion des hommes puissants. Et c'est se rendre criminel, que de se laisser détourner de son devoir, comme de celui d'enseigner la vérité par la crainte ou par les menaces. Mais le principe, hélas, de cette crainte, c'est ou que l'on est dominé par l'amour des commodités du siècle, ou qu'on est soi- p.60 fin p.61 début même impliqué dans quelque honteux désordre.

Beaucoup de pasteurs des églises, dans la crainte de perdre les bonnes grâces de la puissance séculière ou de s'attirer de fâcheuses inimitiés, ne reprennent point les pécheurs et déclinent le devoir de s’élever contre les oppresseurs des pauvres, et ils oublient qu'ils auront à rendre compte du dépôt de la vérité qui leur est confié et de ce silence qu'ils gardent devant un peuple qu'ils sont obligés d'instruire. Lorsque les pauvres sont opprimés par les hommes puissants, les bons prêtres prennent hautement la cause des premiers, et sans craindre de se faire des ennemis, ils reprennent ouvertement les oppresseurs des pauvres, réprouvent leurs actes, les séparent de la communion des fidèles, et se mettent peu en peine du mal qu'ils peuvent en essuyer : car le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (JEAN, X, 11). De même qu'un pasteur vigilant défend ses brebis contre les bêtes féroces, ainsi le ministre de Dieu doit être plein de sollicitude pour le troupeau de Jésus- Christ et empêcher que l'ennemi n'y porte ses ravages, que la persécution n'y jette le désordre et que les pauvres ne soient mis en danger par la cupidité des hommes puissants. Les mauvais pasteurs au contraire ne se mettent pas en peine de leurs brebis, mais ils font comme ces mercenaires dont parle l’Evangile, et qui prennent la fuite quand ils voient le loup approcher. Car c'est comme s'ils fuyaient, que de se taire devant la force, et de n'oser résister aux méchants. "

8. Ibidem, c. 46 : " Les prêtre porteront la peine de l'iniquité de leurs peuples, s'ils négligent, soit de les guérir de leur ignorance, soit de les corriger de leurs vices, ainsi que le Seigneur le déclare par son prophète : Je vous ai donné pour sentinelle à la maison d'Israël.

. . Si vous ne parlez pas à l'impie afin qu'il se détourne de son impiété, il mourra dans son iniquité, mais je vous redemanderai son sang (EZECH., XXXIII, 17, 18). C'est ainsi que le grand-prêtre Héli a été condamné à cause des désordres de ses fils, qu'il reprenait cependant, mais moins sévèrement qu'il ne devait. Les prêtres doivent faire attention aux désordres de leurs peuples, et examiner la conduite de chacun avec une prudente sollicitude, conformément à cet avertissement que le Seigneur donnait à Jérémie (VI, 27) : Je vous ai établi sur ce peuple pour le mettre à la dernière épreuve, pour sonder leurs voies et leurs désirs et pour les connaître. Les prêtres doivent discuter avec soin la conduite de ceux qui leur sont soumis, pour les corriger de leurs vices et faire la conquête de leurs âmes. Mais autant il convient p.61 fin p.62 début de reprendre ceux qui pèchent, autant il importe de ne pas blesser ceux qui remplissent leurs devoirs. Les prêtres doivent exercer leur sollicitude sur ceux qu'ils voient se perdre, afin de les ramener au bien s'il est possible, ou s'ils les trouvent incorrigibles, de les séparer à temps du reste des fidèles. Ceux-là surtout encourent un reproche sévère qui, prenant à tâche en quelque sorte d'abuser les pécheurs, non-seulement ne leur font pas de réprimandes, mais les flattent encore dans leurs désordres, selon ce que dit le Prophète (Is., IX, 16) : Alors ceux qui appellent ce peuple heureux se trouveront être des séducteurs et ceux qu'on flatte de ce bonheur se trouveront avoir été conduits dans le précipice. Le pécheur qui ne profite pas de l'avertissement qui lui a été donné en secret, doit être repris publiquement, afin que sa plaie, que n'a pu guérir un palliatif discret, puisse être cautérisée par ce violent remède. Une réprimande secrète n'est pas ce qui convient pour la répression d'un désordre public. Ceux qui font le mal en plein jour doivent être repris de même afin que cela serve à corriger avec eux ceux qui déjà se seraient portés à les imiter. Et c'est ainsi que la correction exercée à l'égard d'un seul peut profiter à l'amendement d'un grand nombre. Car il vaut beaucoup mieux qu'un seul soit condamné pour que tous les autres soient sauvés, que d'exposer par de timides ménagements pour un seul le salut de tous. La sévérité de la réprimande doit être mesurée sur le besoin spirituel des délinquants. S'il est besoin d'assaisonner la correction de quelques paroles amères, il faut au moins que la charité règne toujours au fond du cœur. On peut reprendre durement ceux qu'on est chargé d'instruire, sans se dépouiller pour cela de l'affection qu'on a pour eux. Ceux qui ne peuvent supporter la correction taxent d'orgueil ceux qui l'exercent, et ce qui n'est qu'exactitude dans les pasteurs fidèle paraît aspérité aux méchants, dont l'esprit mal disposé ne sait qu'interpréter en mal les intentions les plus pures. "

9. S. JEROME, in Ezechielis caput III, sur ces paroles, Si dicente me ad impium, etc. : " On s'expose à un grand danger, quand on retient dans le silence les oracles de Dieu par l'un de ces trois motifs : la crainte, la nonchalance et l'adulation. C'est ce qui a fait dire a Isaïe (VI, 5) : Malheur à moi, parce que je me suis tu. Les paroles qui suivent d'Ezéchiel : Pour vous, vous aurez délivré votre âme, ont quelque rapport avec celles-ci de l'Apôtre : Si l'ouvrage de quelqu'un est brûlé, il en souffrira la perte, il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais ce sera comme en passant p.62 fin p.63 début le feu (I Cor., III, 15), qui éprouvera la sentinelle placée pour avertir, soit qu'elle se trouve innocente de la mort de l'impie qui se sera perdu, soit qu'elle s'en trouve coupable. Car l'ouvrage qui appartient proprement au maître, c'est le salut de son disciple. Et il est bon d'observer qu'un juste peut tomber, et qu'un pécheur au contraire, qu'instruit un maitre habile, peut rentrer dans la bonne voie. Les bonnes actions ont donc toujours besoin d'un maître qui les encourage, de peur que celui qui s'y est d'abord porté ne vienne à tomber, et à se retirer du sentier de la vertu. "

10. Le même, in caput XXXIII, sur ces paroles,

Terra cùm induxero, etc. : " Nous apprenons de là qu'un homme, quelque pécheur et quelque impie qu'il soit, s'il consent à écoute les paroles d'un maître et qu'il fasse pénitence, peut être guéri de son impiété et qu'un maître au contraire peut se perdre s'il manque au devoir qui lui est imposé d'instruire, soit par la crainte qu'il aurait d'encourir une disgrâce, soit par le désespoir qu'il concevrait du salut du pécheur ; car alors il serait coupable de la perte de celui qui aurait pu être délivré et échapper à la mort, s'il avait été averti de se relever de sa chute ; qu'ainsi l'un et l'autre reste toujours libre, l'un de se taire ou de parler, l'autre d’écouter la voix du maitre et de se sauver en faisant ce qui lui est prescrit, ou de mépriser l’avertissement qui lui est donné et de consommer sa perte par suite de ce mépris dont il se rend coupable. "

" Par cette sentinelle du pays de la Judée, on peut entendre ou un roi, ou un prophète. Par une sentinelle de l’Eglise, il faut entendre ou un évêque ou un prêtre, parce que l'un et l'autre est élu par le peuple, et que connaissant les Ecritures, et par elles les choses à venir, ils peuvent avertir le peuple et reprendre ceux qui font mal. Il est donc fort à craindre que nous n'entrions dans cette charge sans avoir les vertus nécessaires, et qu'après avoir été élevé en dignité par le peuple, nous ne nous abandonnions à la négligence et à la paresse, ou ce qui serait encore pire, que nous attachant à mener une vie sensuelle et voluptueuse, nous ne semblions avoir recherché des honneurs plutôt qu'accepter un ministère.

Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et il a lavé les pieds de ses disciples, pour montrer que le devoir des maîtres est de purifier les disciples de leurs souillures et de les corriger de leurs vices. Et ne nous pressons pas trop d'objecter : A quoi servira p.63 fin p.64 début d'enseigner, si celui qu'on enseigne refuse de faire ce qu'on lui dit ? Car chacun sera jugé d'après ses propres dispositions ou d'après la manière dont il aura rempli ou négligé son devoir : vous, si vous ne parlez pas ; lui, s'il dédaigne de vous écouter. C’est au sujet des maitres négligents que Salomon a énoncé cette maxime : Si la sagesse demeure cachée et que le trésor ne soit pas visible, quel fruit tirera-t-on de l'un et de l'autre (Ecclé., XX, 32). L'Evangile nous fait entendre quelque chose de semblable, lorsqu'il nous enseigne que, si quelqu'un est un sujet de scandale pour le moindre de ceux qui croient en Jésus- Christ, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules qu'un âne tourne, et qu'on le jetât dans la mer (MARC, IX, 41), au lieu d'être nuisible à d'autant plus de fidèles qu'il peut occuper dans l'Eglise une place plus élevé. "

11. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Hom. XI super Ezechielem

: " Si, lorsque je dirai à l’impie, Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas ce que je vous dis, et si vous ne lui parlez pas, afin qu'il se détourne de la voie de son impiété et qu'il vive ; l'impie mourra dans son iniquité mais je vous demanderai son sang (Ezech., III, 18). Que faut-il remarquer, que faut il penser sur ces paroles, sinon que ni l'inférieur ne doit imputer sa perte à son supérieur, ni celui-ci se croire innocent, lorsque l'inférieur, faute d'entendre ou d'écouter la parole de vie, se perd lui-même par sa propre faute ? Car l'impie, par cela même qu'il est impie, mérite la mort. D'un autre côté, la sentinelle doit lui indiquer le chemin de la vie, et le reprendre de son impiété. Que s'il se tait au contraire, l'impie mourra bien dans sa propre iniquité parce que c'est son impiété même qui lui aura mérité d'être privé du bienfait des avertissements que la sentinelle lui avait donnés, mais Dieu redemandera son sang à la sentinelle elle-même, parce que celui-ci aura été son meurtrier, en l'abandonnant par son silence à son funeste sort. On voit par-là combien la liaison est étroite entre les péchés des inférieurs et ceux de leurs supérieurs, puisque, lors même que l'inférieur pèche par sa propre faute, le supérieur n’en est pas moins, par le seul fait de son silence, jugé digne de mort. Faites donc réflexion et considérez attentivement, mes frères, que si vos pasteurs ne sont pas ce qu'ils doivent être, ce sera votre condamnation à vous-mêmes, qui n'aurez pas mérité d'en avoir de plus dignes. Et si de votre côté vous ne remplissez pas vos devoirs, ce sera notre condamnation à notre tour, pour ne nous être pas opposés p.64 fin p.65 début suffisamment vos désirs aveugles. Ainsi donc, en vous abstenant de faire le mal, vous nous rendez service autant qu’à vous-même ; comme de notre côté nous vous rendons service en même temps qu’à nous-même, quand nous blâmons sans détour ce qui nous déplaît en vous. Oh ! qu'il remplissait bien le devoir de la correction envers les peuples qui lui étaient confiés celui qui pouvait dire : Je suis pur et innocent du sang de vous tous, parce que je n'ai point reculé devant le devoir de vous annoncer toutes les volontés de Dieu (Act., XX, 28) ! C'est que, s'il ne les leur eût pas annoncées, il n'eût pas été pur de leur sang ; au lieu qu'il en est resté pur, parce qu'il a pris à cœur de leur annoncer toutes les volontés divines. Cette parole même de l'Apôtre est ce qui nous accuse, nous confond et nous condamne, nous qui, en vertu même de notre qualité de prêtres, ajoutons, prêtres indignes que nous sommes, à nos fautes personnelles la responsabilité de celles des autres, et nous rendons coupables d'autant de meurtres spirituels, que nous laissons mourir de nos ouailles par notre indifférence et notre silence. Si par ces paroles, Je vous redemanderai son sang, le Prophète entend parler de la mort corporelle, cela même doit augmenter nos craintes pour le cas ou nous garderions un silence coupable ; car si l'on doit être si sévèrement puni pour n'avoir pas empêché la mort d'un homme qui tôt ou tard doit mourir, que sera-ce de n'avoir pas empêché la mort d'une âme qui aurait pu vivre éternellement, pour peu que des paroles de correction lui eussent été adressées ? Mais il est encore mieux d'entendre sous ce nom de sang les pécheurs eux-mêmes. C'est ainsi qu'un illustre pénitent disait en gémissant sur certains péchés de la chair dont sa conscience lui faisait le reproche : O Dieu de mon salut, délivrez-moi du sang que j'ai répandu (Ps. L, 16). Dieu redemandera donc le sang de celui qui meurt à la sentinelle négligente, parce que le péché de l'inférieur devient le crime du supérieur, si ce dernier en est la cause par son silence. Il doit donc faire en sorte, lors même que son subordonné viendrait à mourir, de s’ôter la responsabilité de sa mort. Qu'il soit vigilant, qu'il ne prenne pas de repos, qu'il fasse au mal qui se commet une guerre de tous les instants, qu'il se conforme en tout point à ces paroles de l'Ecriture : Courez de tous côtés, hâtez-vous et réveillez votre ami : ne laissez point aller vos yeux au sommeil, et que vos paupières ne s'assoupissent point (Prov., VI, 3-4). De là vient qu'il est encore ajouté dans cet endroit de la prophétie : Que si vous annoncez la vérité à l'impie, et qu'il ne se convertisse point de p.65 fin p.66 début son impiété et ne quitte point sa voie impie, il mourra dans son iniquité ; mais pour vous, vous aurez délivré votre âme (EZECH., III, 19). Car alors celui que vous avez sous votre conduite meurt sans responsabilité de votre part, puisque vous vous serez opposé à tout ce qui l'aura fait mourir. Il faut aussi observer avec attention quelles sont les choses que doit prêcher le pasteur obligé de remplir la fonction de sentinelle. Elles se réduisent à deux, la foi et les œuvres. Car il est dit ici : Si vous annoncez la vérité à l'impie, et qu'il ne se convertisse point de son impiété et ne quitte point sa voie impie, l'impiété est ici la même chose que l'incrédulité, et la voie impie la même chose que les mauvaises actions. Un pasteur doit donc prendre à tâche, premièrement d'inspirer la foi, secondement de persuader la pratique des bonnes œuvres. Mais puisque nous en sommes venus à parler du devoir d'exhorter dans les pasteurs, disons en peu de mots dans quel ordre et avec quelle prudence ils doivent parler aux peuples confiés à leurs soins. Ils doivent examiner ce qu'ils ont à dire, à qui ils ont à le dire, pourquoi, comment et avec quelle étendue ils ont à parler. Un discours qui pécherait par quelqu'un de ces endroits, manquerait d'à-propos par cela seul. Car il est écrit : Si votre offrande est régulière mais que le partage que vous en ferez ne le soit pas, vous serez tenu pour coupable (Lévit., II, 4. et suiv.). Or, pour que l'offrande soit régulière il faut que la chose qu'on fait soit bonne, et qu'elle soit faite avec une bonne intention. Mais le partage que nous en ferons ne serait pas régulier, si nous n'apportions pas dans la bonne action que nous ferions la discrétion nécessaire.

Souvent les mêmes paroles qui rappellent un pécheur à son salut, font à un autre une blessure mortelle. De là vient que le même apôtre qui donne à Tite ce sévère avertissement : Reprenez avec une pleine autorité (Tite, II, 15), dit en termes plus doux à Timothée : Reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les supporter et de les instruire (II Tim., IV, 2). D'où vient cette différence de langage à l’égard de ces deux disciples, sinon de ce que l’Apôtre connaissait l'un d'un caractère plus modéré, l'autre d'un zèle plus ardent ? c'est pourquoi l'Apôtre recommande au premier le zèle, et au second au contraire la patience, de peur qu'en s'emportant au-delà des justes bornes, il ne blessât plutôt que de guérir les âmes qui lui étaient confiées. "

12. S. CHRYSOSTOME, Hom. VI in epistolam ad Philippenses

: " Je voudrais n'avoir à vous parler que du royaume céleste, du p.66 fin p.67 début repos qu'on y goûte, de la félicité dont on y jouit, des verts pâturages qui y récréent la vue. Car c'est là que se vérifient ces paroles du Psalmiste (Ps. XXII, 2) : Il m'a conduit le long d'une onde calme et pure, et a fixé ma tenté au milieu de verts pâturages.

Je voudrais vous parler de ce lieu fortuné où il n'est plus question ni de deuil, ni de douleur, ni de gémissements ; je voudrais vous faire part du plaisir d’être avec Jésus-Christ, si toutefois on peut trouver quelque expression qui puisse en donner une idée, si même ce bonheur n'est pas au-dessus de toute idée comme de toute expression. N'importe, je voudrais vous en parler de la manière dont j'en suis capable. Mais que ferais-je en cela? Ce n'est pas à celui que consume une fièvre brillante qu'il est à propos de parler d'un royaume à conquérir ; il faut avant tout lui indiquer les moyens de recouvrer la santé. Comment parler d'honneurs à celui qui est sous le coup d'une sentence infamante, ou de récompenses à celui qui n'attend que son dernier supplice ? Ce qu'il lui faut avant tout, c'est la révocation de la sentence qui le condamne, c'est la remise de la peine dont il est menacé. S'il n'obtient pas cela, à quoi lui servira le reste ? Si j'insiste sur ce point, c'est afin de vous amener plus vite à passer plus avant. Car Dieu nous menace de l'enfer, afin que personne de nous n'y tombe, et que tous nous parvenions au royaume des cieux. Nous de même, nous vous rappelons sans relâche les supplices éternels, pour vous engager à mériter plutôt l'éternelle récompense, pour pénétrer vos cœurs de crainte et les disposer ainsi à se tourner vers le bien. Ne vous offensez donc pas de la gravité de mes paroles. Car ces paroles graves que je vous adresse devront avoir pour effet de rendre vos âmes agiles à fuir le péché.

Le fer est un métal pesant, un marteau est un outil fort lourd ; et néanmoins ils servent à faire des vases précieux d'or ou d'argent, et les redresser quand ils sont faussés en quelque manière : si ce marteau n'avait pas cette pesanteur, il ne pourrait pas non plus avoir cette vertu. C'est ainsi que la gravité de nos paroles a pour but de régler vos esprits. Ne cherchons donc point à en détourner l’effet, et ne redoutons pas les blessures qu'elles peuvent nous faire. De telles blessures sont faites à dessein, non de meurtrir et de déchirer, mais de redresser et de guérir. Nous savons, grâce à Dieu, la manière de mesurer nos coups pour ne pas briser le vase, mais simplement pour le polir, pour le rendre droit, pour le mettre en état de servir au souverain maître et de paraître brillant et parfait dans ses proportions au dernier jour, afin qu'il n'ait pas p.67 fin p.68 début alors à être jeté dans l'étang de feu. Car si nous n'avons soin de vous purifier dans la vie présente, il faudra de toute nécessité que vous soyez purifiés dans le feu éternel, puisqu'il est vrai que le jour du Seigneur se révélera par le feu (I Cor., III, 13). Il vaut mieux sans doute pour vous souffrir quelques instants de l'amertume de nos paroles, que de ressentir pendant toute l'éternité l'ardeur de ces flammes (Cf. S. Joann. Chrys. opera, t. XI, p. 243, édit. de Montfaucon). "

13. S. AUGUSTIN, Serm. XV de verbis Domini : "

Ces enfants indisciplinés qui redoutent le châtiment, me supplient en disant : Pardonnez-moi, j'ai péché. Je pardonne, et cet enfant pèche encore, Pardonnez, me dit-il de nouveau ; je lui pardonne encore. Il pèche une troisième fois : Pardonnez-moi, me dit-il. Je lui pardonne une troisième fois. Il pèche une quatrième fois : qu'il subisse donc enfin son châtiment. Mais quoi, me dit-il, est-ce soixante-dix fois que je vous ai fatigué de mes offenses ? Mais si le châtiment ne doit se montrer qu'après un si grand nombre de fautes, c'en est fait de la discipline, et le mal restant impuni règnera en toute sécurité. Que faire donc? User de remontrances, et châtier même au besoin, mais pardonner la faute, et n'en pas garder de ressentiment dans le cœur. C'est pourquoi le Seigneur a ajouté : Du fond de vos cœurs (MATTH., XVIII, 15-21), afin que, si la charité même fait un devoir d'user de sévérité, la douceur soit toujours le sentiment qui domine dans le cœur. Car quelle bonté plus grande que celle du médecin qui applique le fer et le feu sur une plaie ? Le malade pleure au moment de se voir opérer, et il se laisse opérer : on le taille, on le brûle ; il en frémit, mais il laisse faire. Ce n'est pas de la cruauté, tant s'en faut, que cette fermeté du médecin. Il sévit contre le mal, mais pour guérir le malade, puisqu'il le perdrait au contraire, s'il gardait des ménagements. Je vous donne cette instruction, mes frères pour nous exciter les uns les autres à aimer du fond du cœur ceux-mêmes de nos frères qui ont le malheur de pécher. Ne nous dépouillons point à leur égard des sentiments de charité et reprenons-les selon leur besoin, de crainte que le relâchement de la discipline n'accroisse celui des mœurs et que nous ne devenions coupables devant Dieu, pour n'avoir pas obéit à cet avis de l'Apôtre. Ce principe est incontestable, pourvu que dans son application nous sachions distinguer les temps. Si le péché est secret, exercez la correction en secret.

p.69 fin p.70 début Si le péché est public et notoire, reprenez en public, pour que celui qui est repris s'améliore et que tous les autres soient remplis de crainte. "

14. Le même, Serm. 16 : " Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le en lui parlant seul à seul (MATTH., XVIII, 15). Si vous négligez de le faire, vous en devenez pire. En vous offensant, il s'est blessé lui-même ; il est votre frère et vous ne soignez pas sa blessure ? Vous le voyez périr, et vous ne vous en mettez pas en peine ? Vous vous rendez plus coupable en gardant le silence, que lui en vous accablant d'injures. Lorsqu'il arrive à quelqu'un de pécher contre nous, soyons en peine moins de nous que de lui-même. Il est glorieux d'oublier une injure ; mais en oubliant l'injure qui vous a été faite, n'oubliez pas la blessure que votre frère s'est faite à lui-même. Reprenez-le donc en lui parlant seul à seul, en ayant en vue sa correction, et en lui épargnant la honte. Car peut-être la honte le porterait-elle à vouloir justifier sa faute, et alors en voulant le corriger, vous le rendriez pire. Reprenez-le donc en lui parlant seul à seul. S'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère, puisqu'il se serait perdu si vous ne l'aviez fait. Etudiez bien ces paroles : Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le en lui parlant seul à seul. Pourquoi ? Parce qu'il a péché contre vous. Que signifie, il a péché contre vous ? Vous savez qu'il a péché, mais comme c'est en secret qu'il a péché contre vous, cherchez aussi le secret pour le reprendre. Car si vous êtes le seul qui sachiez qu'il a péché contre vous, et que vous vouliez le reprendre devant tout le monde, vous ne le corrigez pas alors, mais vous le trahissez. Il faut donc reprendre devant tout le monde les péchés commis devant tout le monde, et en secret ceux qui l'ont été en secret. Distinguez les temps, et dans l’Ecriture tout s'accorde. Voilà comment il faut agir, et non-seulement lorsqu'il s'agit d'offenses commises contre nous-mêmes mais encore quand il s'agit de toute autre faute commise en secret, et dont nous sommes les seuls qui en ayons connaissance ; nous devons ne les reprendre ou ne les relever qu'en secret, de peur qu'en rendant cette correction publique, nous ne manquions à celui qui en est l'objet. "

Question IX

Quand est-ce que nous nous rendons coupables par connivence du péché d’autrui ?

Cela nous arrive toutes les fois que nous laissons se commettre p.69 fin p.70 début impunément ou même s’aggraver un mal que nous pourrions et devrions réprimer ou punir, en usant de nos moyens ou de notre autorité.

C'est le péché que commettent les magistrats qui portent le glaive sans en faire usage, et qui ne sont ministres de Dieu que de nom, ne se mettant point en peine de réprimer ceux qui commettent le crime ou excitent des séditions. Tel fut le péché du roi Saül dans l'acte de clémence dont il usa contre la volonté de Dieu, en épargnant les Amalécites ennemis de son peuple. Ce fut aussi le péché du roi Achab, qui en faisant grâce à Bénadad, roi de Syrie, s'attira cette terrible menace du prophète : Voici ce que dit le Seigneur : Parce que vous avez laissé échapper de vos mains un homme digne de mort, votre vie répondra pour la sienne, et votre peuple pour son peuple. A ce péché peut s'appliquer encore cet avis que l'Apôtre donnait aux Corinthiens : Retranchez ce méchant du milieu de vous. Ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour aigrir toute une masse de pâte ? Purifiez-vous du vieux levain. En second lieu, ce même péché est celui que commettent les pères et mères de famille, les maîtres et les précepteurs, lorsqu'ils gâtent par des ménagements pusillanimes ceux qu'ils sont chargés d’instruire et de former, et que par leur négligence et leur mollesse ils les laissent se jeter dans un péril évident de perdre leurs âmes. C'est ainsi que nous lisons que les deux fils d'Héli achevèrent de se pervertir par l'effet de l'excessive indulgence de leur père qui porta en conséquence le terrible châtiment de sa faiblesse.

On peut encore rapporter à cet objet le péché qu'on a coutume d'appeler omission de la correction fraternelle, et qui consiste à ne pas avertir ou à ne pas reprendre quand on le doit. Car Jésus-Christ veut que nous reprenions une fois, deux fois ou même trois celui que nous voyons pécher autant de fois, afin de gagner notre frère s'il consent à nous écouter. D'autres, il est vrai, distinguent ce péché d’omission de celui de connivence, et font de l'un et de l'autre deux espèces particulières.

p.70 fin p.71 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, XIII, 3-5 : " Voulez-vous ne point craindre les puissances ? Faites le bien, et alors elles vous en loueront. - Car le prince est le ministre de Dieu pour vous pousser au bien ; mais si vous faites le mal, vous avez raison de craindre, parce que ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée ; car il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance, en punissant celui qui fait de mauvaises actions. - Il est donc nécessaire de vous soumettre à elles, non-seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par un devoir de conscience. "

2. Sagesse, VI, 1-11 : " La sagesse est plus estimable que la force, et l'homme prudent vaut mieux que le courageux. - Ecoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. - Prêtez l'oreille, vous qui gouvernez les peuples, et qui vous complaisez dans la multitude de vos sujets. - La puissance vous a été donnée par le Seigneur et la force par le Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, et scrutera vos pensées. - Car étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas jugé équitablement ; vous n'avez pas gardé la loi de la justice, et vous n'avez pas marché selon la volonté de Dieu. - Il vous apparaîtra soudain et dans un appareil effrayant ; car un jugement très-rigoureux est réservé à ceux qui règnent. - On fait miséricorde aux petits ; mais les puissants seront puissamment tourmentés. - Celui qui est le maître de tous ne fera acception de personne, et ne respectera la grandeur de qui que ce soit, parce qu'il a fait les grands comme les petits, et qu'il a également soin de tous. - Mais les plus puissants doivent s'attendre à subir le compte le plus rigoureux. - C'est donc à vous, ô roi, que j'adresse ces paroles, afin que vous appreniez la sagesse, p.71 fin p.72 début et que l'ayant apprise, vous vous gardiez d'en déchoir. Ceux-là seront justifiés qui auront fait justement les actions de justice ; et ceux qui auront écouté mes leçons auront répondre. "

3. Psaume II, 10-13 : " Vous donc, ô rois

! comprenez maintenant ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. - Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en lui avec une sainte frayeur. - Embrassez la pure doctrine, de peur que le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne perdiez pour toujours la véritable voie. - Dans peu sa colère s'allumera, etc. "

4. I Samuel, XV, 9-11, 20-24 : " Mais Saül, et le peuple avec lui, épargna Agag ; il réserva ce qu'il y avait de meilleur dans les troupeaux de brebis et de bœufs dans les béliers dans les meubles, les habits ; et généralement tout ce qui avait quelque valeur, ils ne voulurent point le détruire mais ils détruisirent ce qui était de vil prix. - Le Seigneur adressa alors sa parole à Samuel, et lui dit : - Je me repens d'avoir fait roi Saül, parce qu'il m'a délaissé et qu'il n'a pas exécuté mes ordres. . . - Et Saul dit à Samuel : Au contraire, j'ai écouté la voix du Seigneur ; j'ai marché dans la voie dans laquelle il m'avait envoyé, j’ai amené prisonnier Agag, roi d'Amalec, et j'ai porté le ravage dans Amalec. - Mais le peuple a pris dans le butin des brebis et des bœufs comme prémices de l'anathème pour les immoler au Seigneur votre Dieu à Galgala. - Samuel lui répondit : Sont- ce des holocaustes et des victimes que le Seigneur demande, et ne demande-t-il pas plutôt qu'on obéisse à sa voix ? L'obéissance vaut mieux qu'une offrande de victimes, et la docilité a plus de prix que la graisse des béliers. - Car la résistance et la prévarication est comme un péché de magie, et l'attache à sa propre opinion est une idolâtrie. Parce que vous avez rejeté la parole du Seigneur, le Seigneur vous rejette du poste de roi que vous occupez. - Saül à Samuel : J'ai péché en transgressant les ordres du Seigneur et vos propres instructions, pour avoir craint le peuple et obéi à ses clameurs. "

5. Juges, XX, 11-20, 43-48 : " Ainsi tout ce qu'il y avait d'Israélites en état de porter les armes s'assemblèrent contre cette ville comme un seul homme, n'ayant tous qu'un même esprit et une même résolution. - Et ils envoyèrent des ambassadeurs vers toute la tribu de Benjamin, pour leur dire : Pourquoi une action si détestable s'est-elle commise parmi vous ? - Donnez-nous les hommes de Gabaa qui se sont rendus coupables de ce crime infâme, afin qu'ils meurent et que le mal soit banni p.72 fin p.73 début d’Israël. Les Benjamites ne voulurent point écouter la voix de leurs frères, les enfants d'Israël. - Et les enfants de Benjamin vinrent de toutes les villes s'assembler à Gabaa pour aller combattre contre les enfants d'Israël. - Et ils se comptèrent vingt-cinq mille hommes (26 000 selon l'hébreu) de la tribu de Benjamin, portant les armes, outre ceux de Gabaa, - qui étaient sept cents hommes, très-vaillant, sachant se battre de la main gauche comme de la droite, et si habiles à lancer des pierres avec la fronde, qu'ils auraient pu atteindre même un cheveu, sans que la pierre jetée se fût tant soit peu détournée de son but. - Les enfants d'Israël autres que ceux de Benjamin, se comptèrent de leur côté au nombre de quatre cent mille hommes, sachant tirer l'épée et tous hommes de guerre. - Et s'étant mis en marche, ils vinrent à la maison de Dieu (à Silo), où ils consultèrent le Seigneur, et lui dirent : Qui marchera à la tête de notre armée pour combattre les enfants de Benjamin ? Le Seigneur leur répondit : Que Juda marche à la tête de vous tous. - Et les enfants d'Israël se levèrent dès le point du jour, et vinrent asseoir leur camp près de Gabaa. - Et s'avançant de là pour combattre les enfants de Benjamin, ils commencèrent à assiéger la ville. . . - Il arriva que les Benjamites, ayant leurs ennemis en tête et en queue, furent taillés en pièces sans que rien arrêtât un si grand carnage, et jonchèrent toute la route de leurs cadavres jusque près de la ville de Gabaa, du côté qui regarde l'orient.

- Dix-huit mille hommes furent tués en ce même lieu, tous hommes de guerre et très-vaillants. - Ce qui restait des Benjamites, voyant la défaite de leurs frères s'enfuirent dans le désert pour gagner le rocher appelé Remmon. - Mais comme ils étaient tous dispersés dans cette fuite, l'un d'un côté et l'autre d'un autre, ceux d'Israël en tuèrent cinq mille de plus. - Et s'étant avancé plus loin, ils en tuèrent encore deux mille. - Ainsi vingt-cinq mille hommes de la tribu de Benjamin furent tués en cette journée en divers endroits, tous gens de guerre et très-vaillants. De sorte que tous ceux de cette tribu qui purent s'échapper ne montaient plus qu’à six cents hommes, et ils se tinrent retranchés sur le rocher de Remmon pendant quatre mois. - Les enfants d'Israël, à la suite du combat, firent passer au fil de l'épée tout ce qui se trouva de reste dans la ville, depuis les hommes jusqu'aux bêtes et livrèrent aux flammes toutes les villes et les villages de Benjamin. "

6. Nombres, XXV, 1-8 : " Israël stationna à Sétim, et voilà p.73 fin p.74 début que le peuple se mit à commettre la fornication avec les filles de Moab. - Elles appelèrent les Israélites à leurs sacrifices, et ils mangèrent de la chair des victimes qui y avaient été immolées et ils adorèrent leurs dieux. - Et Israël épousa le culte de Béelphégor ; et la colère du Seigneur s'enflamma contre Israël. - Et le Seigneur dit Moïse : Prends tous les chefs du peuple, et pends-les à des potences à la face du soleil, et la colère du Seigneur se détournera de dessus le peuple même. - Moïse dit alors aux juges d'Israël : Que chacun de vous tue ceux de ses proches qui ont épousé le culte de Béelphégor. - Et voilà qu'un des enfants d'Israël entra dans la tente, etc., - Et Phinées, fils d'Eléazar, fils lui-même du grand-prêtre Aaron, vit cela ; et il se leva du milieu de la foule, et ayant saisi un glaive, etc. ; - Et la plaie qui s'étendait sur les enfants d'Israël cessa aussitôt. "

7. I Rois, XX, 35-39, 42 : " Alors un des enfants des prophètes dit de la part du Seigneur à un de ses compagnons : Frappez-moi, etc. - Et lorsque le roi fut passé, il cria après lui et lui dit : Votre serviteur est sorti pour combattre, etc. . . - Voici ce que dit le Seigneur : Parce que vous avez laissé échapper, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

8. I Corinthiens, V, 6-13 : " Ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour aigrir toute une masse de pâte ? . . . - Mais pour vous, retranchez ce méchant du milieu de vous. "

10. Deutéronome, XIII, 1-18 : " S'il s'élève au milieu de vous un prophète ou quelqu'un qui dise qu'il a eu une vision, et qui vous prédise quelque chose d'extraordinaire et de prodigieux, - et que ce qu'il aura prédit arrive en effet ; s'il vous dit en même temps : Allons, suivons les dieux étrangers que vous n'avez point connus jusqu’à ce jour, et servons-les ; - vous n'écouterez point les paroles de ce prophète ou de ce débiteur de songes, parce que le Seigneur votre Dieu vous éprouvera alors, pour qu'on sache si vous l'aimez de tout votre cœur et de toute votre âme. - Mettez-vous à la suite du Seigneur votre Dieu ; craignez-le, gardez ses commandements, écoutez sa voix, servez-le et attachez-vous à lui seul. - Mais que ce prophète ou cet inventeur de songes soit puni de mort, parce qu'il vous aura parlé pour vous faire déserter le culte du Seigneur votre Dieu, qui vous a tirés de l'Egypte et rachetés de la maison de servitude, et pour vous détourner de la voie que le Seigneur votre Dieu vous a p.74 fin p.75début ordonné de suivre ; et vous exterminerez ainsi le mal du milieu de vous. - Si votre frère, le fils de votre mère, ou votre fils ou votre fille, ou la femme même qui reçoit vos embrassements, ou votre ami que vous aimez comme votre vie, vous donne clandestinement ce conseil : Allons et servons les dieux étrangers que vous ignoriez, vous et vos pères, - de ces dieux de toutes les nations qui vous environnent, soit de près soit de loin, depuis un bout de la terre jusqu’à l'autre bout de la terre ; - ne vous laissez point aller à ses discours et n'y prêtez point l'oreille, et que la compassion ne vous porte point à l'épargner ou à lui donner retraite ; - mais tuez-le aussitôt, que votre main lui donne le premier coup de mort, et que votre exemple soit suivi de tout le peuple. - Qu'il périsse accablé de pierres, pour avoir cherché à vous faire déserter le culte du Seigneur votre Dieu, qui vous a tiré de l'Egypte, de ce séjour de servitude, afin que tout Israël, au bruit de ce châtiment, soit saisi de crainte, et qu'il n'y ait plus personne qui entreprenne rien de semblable. - Si dans quelqu'une des villes que le Seigneur votre Dieu vous aura donnée pour demeures, vous entendez dire à quelques-uns, - que des enfants de Bélial sont sortis du milieu de vous et ont perverti les habitants de leur ville, en leur disant : Allons, et servons les dieux étrangers que vous avez ignorés jusqu'ici ; - recherchez avec soin la vérité de la chose ; et après l'avoir connue, si vous trouvez que ce qu'on vous a dit soit certain et que cette abomination ait été commise, - vous ferez passer aussitôt au fil de l'épée les habitants de cette ville, et vous la détruirez avec tout ce qui se trouvera, jusqu'aux animaux. - Vous amasserez aussi au milieu des places publiques tous les meubles qui pourront s'y trouver, et vous les brûlerez avec la ville ; vous consumerez tout en l'honneur du Seigneur votre Dieu, en sorte que cette ville demeure éternellement ensevelie sous ses ruines, et qu'elle ne soit jamais relevée. - Et il ne demeurera rien dans vos mains de cet anathème afin que le Seigneur votre Dieu détourne de dessus vous sa colère, qu'il ait pitié de vous, et qu'il vous multiplie, comme il l'a juré à vos pères, - tant que vous écouterez la voix du Seigneur votre Dieu, et que vous observerez tous les commandements que je vous impose aujourd'hui, en faisant tout ce qui est agréable aux yeux du Seigneur votre Dieu. "

11. Ibid., XVII, 12-13 : " Mais celui qui s'enflant d'orgueil ne voudra pas obéir au commandement du pontife qui en ce p.75 fin p.76 début temps-là sera le ministre du Seigneur votre Dieu, ou bien à la sentence du juge, sera puni de mort, et vous exterminerez le mal du milieu d'Israël ; - afin que tout le peuple entendant ce jugement soit saisi de crainte, et qu’à l'avenir nul ne s'enfle d'orgueil. "

12. Ibid., XVIII, 20-22 : " Si un prophète corrompu par son orgueil entreprend de parler en mon nom, et de dire des choses que je ne lui aie point ordonné de dire ; ou s'il parle au nom de dieux étrangers, il sera puni de mort. - Que si vous dites secrètement en vous-mêmes : Comment pourrai-je discerner les paroles que le Seigneur n'aura point dites ? - Voici le signe qui vous sera donné : si ce que ce prophète aura prédit au nom du Seigneur n'arrive point, ce ne sera point le Seigneur qui lui aura parlé, mais ce prophète qui l'aura inventé dans l'orgueil de son cœur, et vous ne craindrez point les menaces de ce prophète. "

13. I Rois, XVIII, 19-24, 38-40 : " Elie dit à

Achab : envoyez maintenant vers Israël ; faites assembler autour de moi tout le peuple sur le Mont-Carmel les quatre cent cinquante prophètes de Baal s'y trouvent, ainsi que les quatre cents prophètes du bois sacré, que Jésabel nourrit des mets de sa table. - Achab envoya donc quérir tous les enfants d'Israël et il assembla les prophètes sur la montagne du Carmel. - Elie s'approchant de tout le peuple, lui dit : Jusqu’à quand boiterez-vous des deux côtés ? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le ; ou si c'est Baal, suivez-le lui seul : et le peuple ne lui répondit pas un seul mot. - Elie dit encore au peuple : Je suis demeuré tout seul d'entre les prophètes du Seigneur, au lieu que les prophètes de Baal sont au nombre de quatre cent cinquante. - Qu'on nous donne deux bœufs ; qu'ils en choisissent un pour eux, et que l'ayant coupé par morceaux, ils le placent sur du bois sans mettre de feu en dessous ; et moi je prendrai l'autre bœuf, et le plaçant aussi sur du bois, je ne mettrai pas non plus de feu en dessous. - Invoquez le nom de vos dieux, et moi j'invoquerai le nom de mon Seigneur ; et que le Dieu qui déclarera par le feu qu'il aura exécuté les vœux qu'on lui aura faits soit reconnu pour le véritable Dieu. Tout le peuple répondit :

Cette proposition est juste, etc. . . . . - Et le feu du Seigneur tomba, et dévora l'holocauste, le bois et les pierres, la poussière même et l'eau qui était dans la rigole autour de l'autel.

- Et tout le peuple le vit, et tous se prosternèrent le visage contre terre, et dirent : C'est p.76 fin p.77 début Jéhovah qui est le Dieu suprême, c'est Jéhovah qui est le véritable Dieu. - Alors Elie leur dit : Prenez les prophètes de Baal, et qu'il n'en échappe pas un seul. Et le peuple s'étant saisi d'eux, Elie les mena au torrent de Cison, où ils furent mis à mort. "

14. Ephésiens, VI, 4 : " Et vous, pères, ne provoquez point l'indignation de vos enfants contre vous ; mais ayez soin de bien les élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. "

15. Hébreux, XII, 7-8 : " Car quel est l'enfant qui ne soit point châtié par son père ? - Ou si vous n'étiez point châtiés tandis que tous les autres l’ont été, vous seriez donc des bâtards, et non des enfants légitimes. "

16. Proverbes, XIII, 18-21 : " Misère et ignominie à celui qui repousse la correction ; celui au contraire qui se soumet à la réprimande sera élevé en gloire. - C'est haïr son fils que de lui épargner les verges ; celui qui aime son enfant, s'applique à le corriger. "

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