Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 120)
48. MATTHIEU, XVIII, 15-17 : " Si votre frère a péché contre vous, allez, et reprenez-le entre vous et lui seul ; s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. - Mais s'il ne vous écoute point, prenez avec vous une ou deux personnes, afin que p.81 fin p.82 début tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins. - Que s'il ne les écoute pas, dites-le à l’Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AMBROISE, Serm. VIII in Psalmum CXVIII, v.
2 : " Il y a une compassion qui est juste, et une autre qui ne l'est pas. Une preuve de cette vérité, c'est qu'il est écrit dans la loi au sujet d'un certain coupable : Vous n'aurez pas compassion de lui (Deut., XIX, 15, 21). Et nous lisons de même dans les livres des Rois, que Saül se rendit coupable en épargnant Agag, roi de l'armée ennemie, malgré la défense que Dieu avait faite de lui conserver la vie. Si quelqu'un faisait grâce à un brigand, en se laissant toucher par les supplications de ses enfants et par les larmes de son épouse quoiqu'il le vît disposé à reprendre le cours de ses brigandages, ne serait- ce pas livrer à la mort une foule d'innocents, que de mettre ainsi en liberté celui qui méditerait une foule d'assassinats ? S'il répugne à verser son sang ou à le tenir enchaîné, au moins pourquoi lui rendre sa pleine liberté ? Pourquoi, s'il ne peut lui ôter la volonté d’exercer ses brigandages, ne lui en ôte-t-il pas du moins la faculté, en recourant pour le faire aux moyens les plus doux ? Enfin, que placé entre un accusateur et un accusé, qui tous les deux mettent leur vie également en péril : l'accusateur, s'il ne prouve pas son accusation ; l'accusé s'il se trouve convaincu par son accusateur ; un juge, au lieu de juger selon la justice, condamne l'accusateur, malgré les preuves qu'il a fournies, par compassion pour l'accusé coupable, ou condamne l'innocent, malgré la fausseté de l'accusation, par compassion pour l'accusateur, on ne saurait appeler juste une compassion de ce genre. Car la facilité du pardon est une amorce qui invite le pécheur à pécher encore. Je dis cela, pour qu'on sache qu'il faut régler les actes de miséricorde sur la parole de Dieu et sur la raison. Si un médecin, ayant à traiter une plaie gangrenée, et obligé par les règles de son art de retrancher les parties gâtées pour conserver les parties saines, cède aux larmes du malade, et se borne à lui appliquer des palliatifs là où il devrait employer le fer, n'est-ce pas là une compassion funeste, que celle qui, pour épargner une douleur d'un instant ou une incision légère perd le corps tout entier et tarit les sources de la vie ? "
2. ORIGENE, Hom. IX in Jeremiam : " Un juge doit avoir en p.82 fin p.83 début vue de procurer la tranquillité à la ville et la paix au peuple dont il a le gouvernement. Si l'on présente à son tribunal un brigand d'une taille avantageuse, parvenu à toute la force de son âge, et qu'en même temps se présentent aussi sa mère, les cheveux épars, pour supplier qu'on ait pitié de sa vieillesse, et son épouse, les yeux en larmes, pour demander qu'on lui conserve la vie de son époux et ses jeunes enfants à la veille de devenir orphelins, que fera le juge ? Aura-t-il, ou non, pitié du brigand ? Que réclame en ce cas l'intérêt commun ? Si le juge se laisse toucher, le meurtrier se couvrira bientôt de nouveaux forfaits ; si au contraire il se montre inflexible, un homme mourra, mais tout le peuple sera sauvé. De même, si Dieu épargnait toujours les pécheurs, et que par compassion pour eux il ne les punît pas, comme leurs péchés le mériteraient, qui ne s'en autoriserait pour pécher davantage ? Quel est le méchant qui, n'étant plus retenu comme on l'est présentement par la crainte des supplices, ne profiterait de toutes les occasions qui se présenteraient à lui pour assouvir ses passions et se précipiter dans le vice ? Nous pouvons en acquérir la preuve par ce qui se passe dans l’Eglise. Que quelqu'un vienne à pécher et qu'après cela il demande la communion ; si on lui accorde ce qu'il demande, cette indulgence tourne au détriment de tous les autres, et la barrière est ouverte à tous les désordres. Si au contraire le juge, consultant la prudence, et ne se laissant point amollir par la pitié, pas plus qu'il n'obéit à une dureté impitoyable, mais agissant dans l'intérêt de tous sans animosité contre aucun, voit la ruine du peuple entier dans le pardon qu'il accorderait à un seul, il n'est pas douteux qu'il ne mette hors de l’Eglise ce seul coupable, pour procurer le salut de tous les autres. Observez maintenant un médecin : s'il s'abstient de couper dans une plaie ce qui a besoin d'être coupée, ou d'y brûler ce qui a besoin d'être brûlé pour épargner les douleurs qui sont la suite de semblables opérations, n’est-il pas vrai que le mal augmentera, et que la contagion gagnera de plus en plus ? Si au contraire le médecin ne craint pas de porter le fer et le feu dans la plaie, il prendra en cela les intérêts de son malade, tout en ayant l'air de le traiter sans pitié. De même que l'aveuglement du peuple juif a profité au salut de tous les gentils, ainsi le châtiment infligé à quelques-uns sert au salut de tous les autres. "
3. S. JEROME, Epist. ad Riparium adversùs Vigilantium
: " Je m'étonne que le saint évêque, dans le diocèse duquel on dit qu'il p.83 fin p.84 début (Vigilance) exerce les fonctions de prêtre, souffre ses emportements, qu'il ne se serve pas de la verge apostolique, et de la verge de fer, pour briser ce vase inutile, et qu'il ne livre pas cet homme à la mort de la chair, afin de sauver son âme (I Cor., V, 6). Qu'il se rappelle cette parole : Quand tu voyais un larron, tu courais avec lui, et tu te mettais de part avec les adultères (Ps. XLIX, 18) ; et ces autres : Dès le matin, j'exterminais tous les pécheurs de la terre, afin de bannir de la cité du Seigneur tous ceux qui commettent l'iniquité (C, 8) ; et ces autres encore : N'ai- je pas haï, Seigneur, ceux qui vous haïssaient, et n'ai- je pas séché de douleur à la vue de vos ennemis ? Je les haïssais d'une haine parfaite (Ps. CXXXVIII, 20).
"
" Je vous confesserai ma douleur : je ne puis de sang-froid entendre un tel sacrilège. Car j'ai lu tout ce qui est dit du poignard de Phinées et de l'austérité d’Elie, du zèle de Simon le Chananéen de la sévérité de Pierre faisant tomber morts à ses pieds Ananie et Saphire, et de la fermeté de Paul qui frappa de cécité à tout jamais le magicien Elymas, parce qu'il résistait aux desseins du Seigneur. Ce n'est pas être cruel que de prendre les intérêts de Dieu.
De là vient qu'il est dit dans la loi : Si ton frère ou ton ami, ou ta femme qui repose sur ton sein, voulait te détourner de la vérité, que ta main soit sur eux, et tu ôteras le mal du milieu d'Israël (Deut., XIII, 6-8). "
4. S. AUGUSTIN, in Ps. L : " Pour vous, mes frères, tâchez dans ce déluge de maux, et dans cette détestable corruption de mœurs de régler chrétiennement vos familles : élever bien vos enfants ; conduisez sagement vos maisons. Comme il est de notre devoir de vous instruire ici dans l'église, il est du vôtre aussi de veiller sur vos familles, pour qu'un jour vous puissiez rendre un bon compte à Dieu de ceux qui vous sont assujettis. Dieu aime la règle, il aime l'ordre. C'est une indulgence bien fausse et bien criminelle, que celle qui consiste à lâcher la bride aux péchés. C’est bien sans avantage véritable, c’est bien à son grand malheur qu'un fils libertin trouve de la douceur dans son père pour trouver plus tard en Dieu une juste sévérité. Et alors ce ne sera pas seulement ce fils déréglé qui en éprouvera les effets ; ce sera aussi ce père trop indulgent qui l'aura perdu par sa mollesse. Car de quoi lui aura-t-il servi de n'avoir pas péché par lui-même, de n'être pas tombé dans les mêmes crimes que son fils, s'il n'a pas eu soin en même temps d'arrêter son fils, et de réprimer ses désordre ? Veut-il par cette douceur faire croire à son fils qu'il p.84 fin p.85 début ferait les mêmes choses que lui-même si sa vieillesse ne lui en ôtait la force ? Si le péché ne vous déplaît pas dans votre fils, c'est qu'il vous plairait dans vous-même et ce n'est que la vigueur de l'âge qui vous manque, et non pas le goût du crime. Mais surtout, mes frères, veillez sur ceux de vos enfants qui sont fidèles, et que votre foi a amené aux eaux sacrées du baptême. Peut -être que votre fils déréglé méprisera vos avis, ou vos réprimandes ou vos châtiments ; pour vous, remplissez le devoir de votre état, Dieu lui fera rendre compte du sien (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 678-679). "
6. S. CHRYSOSTOME, Orat. I (al. 2) contra Judæo
: " De même que nous reprochons aux Juifs d'être violateurs de la loi, de même et à bien plus forte raison nous devons vous trouver coupables, si vous faites société avec les violateurs de la loi, ou si, pouvant vous opposer à ce qu'elle soit violée vous ne vous y opposez pas cependant. Car ne me dites pas : Qu'ai- je de commun avec cette personne ? C'est un étranger et un inconnu. Du moment où c'est un fidèle, un homme qui participe avec vous aux mêmes mystères, qui se réunit avec vous dans la même église, il doit vous être plus cher qu'un frère ou que tout autre parent. De même donc que non-seulement les voleurs, mais aussi ceux qui peuvent empêcher le vol et qui ne l’empêchent pas, sont condamnés à subir le même châtiment, ainsi non-seulement ceux qui commettent l'impiété, mais encore ceux qui peuvent la réprimer et qui, soit par faiblesse, soit par lâcheté, ne la réprime pas, doivent être également punis. Celui qui enfouit son talent, le rendit assurément tout entier à son maître ; il n'en fut pas moins puni, pour ne l'avoir pas fait valoir (MATTH., XXV, 28). Vous de même, quand vous vous conserveriez pur de tout vice, si vous ne faites pas en outre valoir votre talent, si vous ne rappelez pas dans la voie du salut ceux de vos frères qui se perdent, vous vous perdrez avec eux (Cf. D. Joan. Chrysost. contra Judæos, homil. VI, græcè nunc primùm editæ, Augustæ, 1602, p. 70-71). "
7. S. AUGUSTIN, Lib. II Retractat., c. 5 : " J'ai composé deux livres qui ont pour titre commun : Contre le parti de Donat. J'ai dit dans le premier de ces livres, que je n'aimais pas à voir p.85 fin p.86 début ramener les schismatiques à l'unité par des moyens violents et avec l'aide de la puissance séculière. Tel était en effet mon sentiment à cette époque, parce que je n'avais pas encore l'expérience des excès auxquels se portent ces fanatiques quand on les laisse impunis, ni des heureux changements que peut opérer en eux l'exact maintien de la discipline. "
8. Le même, Epist. 48 (al. 93) ad Vincentium
: " On ne trouve point dans l’Evangile, dites-vous, ni dans les écrits des apôtres, qu'ils aient jamais eu recours aux rois de la terre contre les ennemis de l’Eglise. Il est vrai ; mais c'est parce que cette prophétie : Ecoutez, rois de la terre, instruisez-vous, vous qui jugez les peuples, et servez le Seigneur avec crainte (Ps. II, 10-11), n'était pas encore accomplie. C'était encore le temps de ce qui est marqué au commencement de ce même psaume : Pourquoi les nations frémissent-elles ? Pourquoi les peuples forment-ils de vains desseins ? Les rois et les princes de la terre se sont assemblés, et ont comploté contre le Seigneur et contre son Christ (Ps. II, 1-2). Mais si, comme nous n'en saurions douter, les événements que nous rapportent les prophètes sont des figures des choses à venir, nous voyons dans un même roi la figure de l'état où se trouvait l'Eglise au temps des apôtres, et de celui ou elle est présentement. Quand Nabuchodonosor forçait les saints et les justes d'adorer son idole, sous peine d’être jeté dans la fournaise, il figurait ce qui s'est passé au temps des apôtres et des martyrs ; et quand, après avoir reconnu le vrai Dieu, il ordonna que tous ceux à qui il arriverait, dans toute l'étendue de son royaume, de blasphémer le Dieu de Sidrach, de Misach et d’Abdenago, seraient punis à proportion de la grandeur de ce crime, il figurait ce qui se passe aujourd'hui. Ainsi les premiers temps de ce roi représentaient les temps de ces rois infidèles, sous qui les chrétiens ont souffert ce que les impies seuls peuvent mériter et la fin de son règne représente le temps des princes devenus chrétiens sous qui les impies souffrent ce qu'on faisait autrefois souffrir aux chrétiens. . . "
" Nous pouvons vous produire non-seulement des particuliers, mais des villes entières, qui, de donatistes qu'elles étaient autrefois, sont catholiques aujourd'hui, et détestent le crime diabolique de leur ancienne séparation. Or, elles ne seraient point catholiques sans ces lois qui vous irritent, et qui ont été portées par les empereurs, à commencer par Constantin devant qui les auteurs de votre schisme avaient accusé Cécilien, jusqu’à ses p.86 fin p.87 début derniers successeurs aujourd'hui sur le trône, qui ont confirmé le jugement de celui que vous aviez vous-mêmes pris pour juge, en préférant son tribunal à celui des évêques. "
" C'est par ces exemples que mes collègues m'ont fait revenir à leur sentiment. Car ma pensée était autrefois qu'on ne devait forcer personne à revenir à l'unité de Jésus- Christ ; qu'il ne fallait point employer pour cela d'autres armes que les discours et les raisons, et qu'autrement, de ceux que nous connaissions jusque-là pour hérétiques déclarés, nous ne réussirions à faire que de faux catholiques. Mais après avoir résisté à leurs raisonnements, je me suis enfin rendu à l'expérience : on m'a représenté l'exemple de la ville où je suis, qui était autrefois toute donatiste, et que la crainte des lois des empereurs a fait revenir à l'unité catholique ; de sorte qu’à voir la manière dont elle déteste actuellement votre opiniâtreté, on ne croirait pas qu'elle eût jamais partagé le même entêtement. On m'a cité beaucoup d'autres villes ou a été tenu le même résultat. . . "
" Pourquoi les rois de la terre qui servent Jésus-Christ ne feraient-ils pas des lois pour Jésus- Christ ? "
Saint Augustin avait dit dès le début de cette lettre à Vincent : " Les donatistes étant aussi turbulents qu'ils le sont, je suis persuadé qu'il est fort à propos de les réprimer par l'autorité des puissances établies de Dieu. Car nous avons la joie d'en voir plusieurs revenir par ce moyen à l'unité catholique. . . . . "
" Si un homme voyait son ennemi prêt à se précipiter, par le transport d'une fièvre chaude, ne serait-ce pas lui rendre le mal pour le mal, que de le laisser faire, plutôt que de l'en empêcher en le liant au besoin ? Pourtant ce frénétique ne prendrait cet office de bonté et de charité que pour un outrage et pour l'effet de la haine ; mais s'il revenait en santé, il verrait bien que plus ce prétendu ennemi lui aurait fait violence, plus il lui aurait rendu service. . . . . "
" En mettant en usage tout à la fois la terreur et l'instruction, afin que l'une rompe les chaîne de l'habitude, tandis que l'autre dissipe les ténèbres de l'erreur, on a la consolation que nous éprouvons présentement d’en voir un grand nombre rentrer dans la voie du salut, et rendre grâces à Dieu en le bénissant avec nous, de ce qu'ayant, selon sa promesse, fait plier les rois de la terre sous le joug de Jésus-Christ, il se sert d'eux pour guérir les malades, et faire marcher les faibles et les boiteux. "
" Tous ceux qui nous épargnent ne sont pas pour cela nos p.87 fin p.88 début amis, pas plus que tous ceux qui nous châtient ne sont nos ennemis. Les blessures que nous fait un ami valent mieux que les caresses affectées d’un ennemi (Prov., XXVII, 6).
La sévérité de ceux qui nous aiment nous est plus salutaire que la douceur de ceux qui nous trompent (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. II, pag. 311, etc.). "
9. Le même, Epist. L (al. 185) ad Bonifacium
: " Le médecin paraît importun au frénétique qu'il lie, et le père à un enfant indocile qu'il châtie.
Ce n'est néanmoins que l'amour qui fait agir l'un et l'autre ; et ce serait une fausse douceur et une véritable cruauté à l'un et à l'autre, que de laisser périr l’un son malade, et l'autre son fils, plutôt que de leur faire de la peine. . . " " Comme les lois que les princes font contre la vérité pour le mensonge servent à éprouver les gens de bien, et à leur faire mériter des couronnes, quand ces derniers soutiennent la bonne cause jusqu'au bout ; de même, celles que les princes font pour la vérité contre le mensonge servent à réprimer les entreprises de ceux qui sont dans l'erreur, et à ramener ceux d'entre eux qui ont encore quelque reste de sens et de droiture. Ainsi, tandis que ceux qui refusent d'obéir aux lois que les puissances font contre la vérité de Dieu acquièrent une grande récompense, ceux qui refusent d'obéir à celles qu'elles font pour cette même vérité, s'attirent de terribles supplices. Aussi voyons-nous que l’Ecriture blâme les princes qui ont laissé subsister les institutions contraires à la loi de Dieu, et qu'elle loue au contraire ceux qui ont fait servir leur autorité à les prohiber et à les abolir. "
" Ceux qui refusèrent d'obéir aux lois sacrilèges par lesquelles Nabuchodonosor, encore idolâtre, ordonna qu'on adorât l'idole qu'il avait fait dresser, signalèrent leur piété et leur foi. Mais ensuite ce même roi, converti par un miracle de la toute-puissance de Dieu, ordonna, par une loi louable et sainte, que quiconque blasphémerait le vrai Dieu, c'est-à-dire le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdenago, périrait avec toute sa maison. . . "
" Les vrais martyrs sont ceux dont Jésus-Christ parle quand il dit : Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Ceux donc qui souffrent persécution pour l'iniquité, et pour un schisme sacrilège qui divise l'unité de Jésus-Christ, n'ont point de part à cette gloire, mais ceux-là seulement qui souffrent pour la justice. Car Agar n'a-t-elle pas été persécutée par Sara ? Cependant celle qui persécutait était sainte, et celle qui souffrait p.88 fin p.89 début persécution était méchante. . . .
Quand ces gens-là, pour nous empêcher de recourir aux justes lois des puissances contre les attentats de leur impiété, viennent nous dire que les apôtres n'ont jamais rien demandé de semblable aux rois de la terre, ils ne prennent pas garde que l'état de l'Eglise était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui, et que chaque chose vient en son temps. Car, où étaient alors les princes qui crussent en Jésus-Christ, et qui fussent en état de faire des lois pour son service et en faveur de la piété contre l'impiété ? On en était encore à l'accomplissement de ce qui est exprimé par cette parole du Prophète : Pourquoi les nations se soulèvent-elles en frémissant ? Pourquoi forment-elles de vains complots ? Pourquoi les rois de la terre se sont-ils levés et délibèrent-ils ensemble contre l’Eternel et contre son Christ ? Et le temps de ce qui suit un peu plus bas dans le même psaume : Comprenez, rois de la terre ; ouvrez les yeux, vous qui jugez le monde ; servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement, n'était pas encore arrivé. Or, comment est-ce que les rois servent le Seigneur avec crainte, sinon en défendant et en punissant avec une sainte sévérité ce qui se fait contre ses lois ? Car autre est le service qu'ils rendent à Dieu comme hommes, et autre celui qu'ils lui rendent comme rois. En tant qu'hommes, ils le servent en vivant en vrais fidèles mais en tant que rois, ils ne le servent qu'en établissant et en faisant observer avec fermeté des lois justes, qui tendent à faire accomplir le bien, et à empêcher le mal. C'est ainsi qu’Ezéchiel servit Dieu en abattant les temples des idoles et les bois qui leur étaient consacrés et en démolissant les autels qu'on leur avait bâti sur des montagnes contre la défense de Dieu. C'est ainsi que Josias l'a servi, en se conduisant de même. C'est ainsi que le roi de Ninive l'a servi, en forçant tout son peuple à se mettre en devoir de l'apaiser. C'est ainsi que Darius l'a servi, en autorisant Daniel à briser les idoles, et en faisant jeter aux lions les ennemis de ce saint prophète. C'est ainsi que Nabuchodonosor l'a servi, en défendant, comme nous l'avons vu, et sous des peines terribles, de blasphémer le Dieu de Daniel. Les rois ne servent donc Dieu, en tant que rois, que lorsqu'ils font pour son service, ce qu'il n'y a que des rois qui puissent faire. "
" Comme donc, au temps des apôtres, les rois, bien loin de servir le Seigneur, formaient encore de vains projets contre lui et contre son Christ, afin que tout ce qui avait été prédit par les prophètes fût accompli, leurs lois, au lieu de défendre l’impiété p.89 fin p.90 début ne pouvaient que porter les hommes à la commettre.
Car ainsi le demandait l'ordre des temps, et que les Juifs, en croyant rendre service à Dieu, missent à mort ceux qui prêchaient Jésus-Christ, selon la prédiction de Jésus-Christ même, et que les nations se soulevassent contre les chrétiens et que la patience des martyrs triomphât des uns et des autres. Mais présentement que cette prédiction du Prophète : Tous les rois de la terre adoreront, et toutes les nations le serviront, a commencé à s'accomplir, ne faudrait-il pas avoir perdu le sens pour dire aux princes : " Ne vous mettez pas en peine si l'on attaque ou si l'on révère dans votre royaume l’Eglise de celui que vous adorez ? Quoi ! ils auront soin de faire vivre les hommes selon les lois de l’honnêteté et de la pudeur, sans que personne ose leur dire que cela ne les regarde pas, et on osera leur dire que ce n'est pas eux à prendre connaissance si dans leurs états on suit les lois de la véritable religion, ou si l'on s'abandonne à l'impiété et au sacrilège ? Eh ! si, dès là que Dieu a donné à l'homme le libre arbitre, le sacrilège doit lui être permis, pourquoi punira-t-on l'adultère ? L'âme qui viole la fidélité qu’elle doit à son Dieu est-elle donc moins criminelle que la femme qui viole celle qu'elle doit à son mari ? Et, quoiqu'on doive punir moins sévèrement les hommes des péchés qu'ils commettent par ignorance contre la religion, faut-il pour cela la leur laisser renverser impunément ? "
" Il vaut mieux sans doute porter les hommes au culte de Dieu par des instructions et des remontrances, que de les y contraindre par le châtiment ou par la crainte. Mais, bien que ceux qui se laissent mener par ces voies de douceur vaillent mieux que les autres à qui ces moyens ne suffisent pas, on ne doit pas pour cela abandonner ces derniers à eux-mêmes, car l'expérience nous a appris et nous fait voir encore tous les jours qu'il a été utile et salutaire à plusieurs d'être forcés par la crainte et même par le châtiment, et que c'est ce qui les a poussés à s'instruire, ou même à suivre et à pratiquer ce que la parole de vérité leur avait déjà appris.
"
Puis donc que Jésus-Christ même a fait violence à saint Paul pour le forcer à croire, que ces gens-ci ne disent plus, comme ils font : Il est libre à chacun de croire ou de ne pas croire ; qu'ils considèrent ce qui s'est passe dans ce grand apôtre, que Jésus-Christ n’a instruit qu'après l'avoir forcé et qu'il n'a consolé qu'après l'avoir frappé. Il est même remarquable que ce même apôtre, qu’un châtiment sensible et corporel a forcé d'em- p.90 fin p.91 début brasser et de suivre l'Evangile, a plus fait lui seul, pour ce même Evangile, que tous ceux qui n'avaient été appelés que par l'attrait des paroles de Jésus-Christ et que sa charité est devenue d'autant plus parfaite, et a d'autant mieux chassé la crainte, que la crainte qui l'avait forcé et qui avait servi d'entrée à la charité, avait été plus vive et plus forte. "
" Pourquoi donc l’Eglise n'emploierait-elle pas la force pour faire rentrer dans son sein les enfants qu'elle a perdus, puisque ces malheureux enfants ne craignent point de l'employer pour faire périr les autres ? "
" Maximien, évêque catholique de Bagaye, demanda justice et protection à l'empereur, non tant pour se venger, que pour mettre son église à l'abri de pareilles insultes ; et s'il y avait manqué, on aurait eu plutôt sujet de l'accuser de négligence que de le louer d'une patience semblable. Et ne voyons-nous pas que saint Paul pour l'intérêt de l'Eglise, plutôt que pour la conservation de sa propre vie, fit savoir au tribun le complot que les Juifs avaient formé de l'assassiner, ce qui obligea le tribun de le conduire avec bonne escorte, de crainte qu'ils ne lui eussent dressé des embûches dans le chemin ? Ne voyons-nous pas que le même apôtre dans une autre occasion, eut recours aux lois romaines qui défendaient de mettre à la question et de flageller un citoyen romain, et qu'en déclarant qu'il l'était, il se garantit de l'outrage qu'on voulait lui faire ? Ne voyons-nous pas enfin que, pour éviter d’être remis entre les mains des Juifs, qui voulaient le faire mourir, il implora la protection de l'empereur, tout infidèle qu'il était celui-ci : montrant assez par-là aux ministres de Jésus-Christ ce qu'ils auraient à faire dans les besoins de l'Eglise, lorsqu'ils auraient des empereurs chrétiens ? " " Qu'ils se souviennent qu’Absalom ayant été tué malgré tout le soin que David avait pris de recommander aux siens de lui sauver la vie, afin d'avoir lieu d'exercer envers lui sa clémence paternelle, s'il fût venu à résipiscence et la maison de David n'ayant pu avoir la paix que par la mort de ce fils ingrat qui lui faisait la guerre, ce prince si débonnaire ne pouvait plus faire autrement que de pleurer la perte de son fils, et d'adoucir néanmoins sa douleur en voyant la paix rétablie dans son royaume. Il en est de même de l'Eglise catholique. "
" La multiplication des maux oblige à multiplier les remèdes (Cf. GUILLON, t. XXII, p. 315)
p.92 fin p.93 début
10. Le même, Epist. CCIV (al. 173) ad Donatum presbyterum Donatistam : " Vous trouvez mauvais qu'on vous fasse violence pour vous faire rentrer dans la voie du salut ; mais avez-vous oublié avec quelle violence vous avez entraîné un grand nombre des nôtres dans l'erreur ? "
" On sait bien que, comme ce n'est que la mauvaise volonté qui damne les hommes, il n'y a que la bonne volonté qui puisse les sauver ; mais l'amour que nous devons avoir pour eux nous permet-il de les abandonner à leur mauvaise volonté ? N'est- ce pas une cruauté que de la laisser sans frein, et ne doit-on pas, autant qu'on peut, empêche les hommes de faire le mal, et les forcer à faire le bien ? "
" S'il faut toujours abandonner la mauvaise volonté à sa liberté naturelle, pourquoi tant de fléau et tant d'aiguillons si sensibles pour forcer les Israélites, malgré leurs murmures et leur opiniâtreté, à pousser leur marche jusqu’à la terre promise ? "
" Vous ne prenez pas garde qu'autrefois l'Eglise était comme une plante qui ne fait encore que de sortir de terre, et qu'on ne voyait pas en elle jusque-là l'accomplissement de cette prophétie : Tous les rois de la terre l'adoreront, et toutes les nations le serviront. C'est ce qui s'accomplit de jour en jour à vos yeux, et à mesure que l'Eglise va croissant, elle agit toujours avec plus d'autorité ; elle ne se contente pas de convier à bien faire, elle y force. Voilà ce que Jésus-Christ a voulu nous faire entendre dans un temps ou, sans que sa puissance lui fît défaut, il a voulu d'abord signaler son humilité. Et c'est ce qu'il nous fait voir clairement dans cette parabole (Lue, XIV) du festin, où après que les conviés eurent refusé de venir, le maître dit à un de ses serviteurs : Allez dans les rues et dans les places de la ville, et faites entrer ici les pauvres, les estropiés et les aveugles ; après quoi celui qui avait reçu cet ordre du maître étant revenu lui dire que tout était exécuté et qu'il y avait encore des places vides, le maître lui dit : Allez le long des haies et des grands chemins, et forcez à entrer tous ceux que vous rencontrerez, afin que ma maison se remplisse. Remarquez donc que, quand il n'est question que des premiers, Jésus-Christ ne dit pas, forcez-les d'entrer, mais, faites-les entrer ; parce que ceux-là marquent les commencements de l'Eglise, qui devait s'élever peu à peu, jusqu’à ce qu'elle en vint au point de pouvoir user de contrainte. Et c'est parce qu'après qu'elle se serait affermie, étendue et fortifiée, il serait temps de mettre la p.93 fin p.94 début force même en usage pour faire entrer les hommes au festin de l'éternité, que l’Evangile dit que le père de famille, averti que ce qu'il avait commandé était fait, et qu'il y avait encore de la place de reste, ordonna qu'on allât le long des haies et des grands chemins, et qu'on forçât d'entrer tous ceux qu'on rencontrerait. "
" Comme donc vous êtes tout hérissés d’épines pour ainsi dire, par les cruauté et les violences que vous exercez contre les nôtres, vous êtes de ceux que l'on trouve dans les haies, et qu'on force d'entrer (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. V, p. 5-18). "
11. Le même, Tract. XI in Evangelium Joannis
: " Quand il plaît à Dieu d'exciter le zèle des puissances contre les hérétiques et les schismatiques qui déchirent l'Eglise, qui blasphèment contre le baptême de Jésus-Christ et l'anéantissent en le réitérant, cette conduite ne doit surprendre personne : c’est Agar que Dieu livra à Sara pour en être châtié (Gen., XVI, 8-9). Qu'Agar rentre donc en elle-même et que, suivant le conseil que l'ange lui donna lorsqu'elle se plaignit à lui dans le désert, elle s'humilie et retourne à sa maîtresse car Dieu ne lui fait infliger des châtiments que pour la faire revenir. Et plaise à Dieu qu'elle prenne ce parti ! Car si elle le prend, ses enfants seront dans le cas de ceux que Jacob eut de ses servantes, et ils partageront l'héritage de leur père avec leurs autres frères, comme firent les enfants de Jacob. "
" Y a-t-il de quoi s'étonner que les puissances temporelles qui font profession de reconnaître Jésus- Christ s’élèvent contre ces brouillons détestables qui voudraient détruire l’Eglise après s'en être séparé ? N'y aurait-il pas au contraire sujet de craindre à ceux qui sont dépositaire ici-bas du pouvoir de Dieu, pour le jour où ils auront à lui en rendre compte, s'ils n'en faisaient pas un semblable usage, puisque le devoir des princes chrétiens est de s'appliquer à maintenir en paix pendant leur règne l'Eglise leur mère, qui les a engendrés selon l'esprit ? Nous lisons dans les prophéties de Daniel (III, 91), que Nabuchodonosor ayant vu les trois jeunes hébreux dans la fournaise chanter les louanges de Dieu du milieu des flammes, sans qu'elles leur fissent de mal, s'en étonna d’abord ; et que bientôt, frappé de la grandeur de ce prodige, et y découvrant la majesté de Dieu qui les protégeait, il dit en lui-même : Je ferai un édit par lequel je défendrai à p.93 fin p.94 début toutes les nations assujetties à mon empire de blasphémer contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d’Abdenago, sous peine pour ceux qui y contreviendront de la perte de leur vie, et de la destruction entière de leurs maisons (DAN., III, 9). Que si ce roi, qui n'était ni juif, ni circoncis, et qui était assez impie pour se faire adorer, a fait une loi si sévère pour empêcher qu'on ne blasphémât contre le Dieu d'Israël, parce qu'il avait été assez puissant pour protéger ces trois jeunes hébreux dans la fournaise, peut-on trouver mauvais que des rois chrétiens fassent des lois sévères pour empêcher qu'on n'anéantisse le baptême de Jésus-Christ, qui non-seulement a garanti les trois jeunes hébreux du feu de la fournaise, mais les a délivré des flammes éternelles aussi bien que les rois et les peuples qu'il a rachetés. Car c'est par lui, mes frères, que ces trois jeunes hébreux ont été délivrés du feu de la fournaise. D'où vient donc qu'il a laissé périr les enfants Machabées ? Est-ce qu'il n'était pas leur Dieu et leur protecteur, aussi bien que celui de ces trois jeunes hommes ? Il l'était sans doute ; aussi les a-t-il délivrés par une protection moins visible, mais non moins puissante, en leur donnant la force de se laisser brûler, plutôt que de rien faire contre les prescriptions de la loi judaïque. Et s'il a délivré les trois jeunes hommes par un miracle évident, il a couronné invisiblement les Machabées. Autre miracle qui marque d'autant mieux la puissance de celui qui l'opère, que le bonheur d'être soustrait aux flammes éternelles l’emporte sur celui d’échapper aux bûchers qu'allument des tyrans. Si donc, parce que Dieu avait délivré des flammes ces trois jeunes hébreux, le roi Nabuchodonosor s'est cru obligé de lui rendre gloire, en publiant un édit dans son empire, qui condamnait à mort tous ceux qui oseraient blasphémer contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdenago, et à la destruction leurs maisons entières ; comment des rois chrétiens, qui, sans avoir besoin d'exemples étrangers, reconnaissent avoir été eux-mêmes délivrés par Jésus-Christ des flammes éternelles, bien plus à redouter que celles qui épargnèrent les trois hébreux, verraient-ils sans s'émouvoir l'outrage que font à leur Dieu ces rebaptisants, lorsque le chassant, pour ainsi dire, des cœurs dont il est le maître, ils contraignent des chrétiens à dire qu'ils ne sont pas chrétiens ? Il leur plaît de persécuter leurs frères, et ils trouvent mauvais qu'on leur fasse essuyer le même traitement. Et cependant, notez la différence du mal qu'ils font aux catholiques, d'avec celui qu'on leur fait si justement souffrir. Ils tuent les p.94 fin p.95 début âmes, et la peine qu'on leur inflige n'affecte que leurs corps ; ils donnent la mort éternelle à ceux qu'ils séduisent et ils n'ont à se plaindre eux-mêmes que de supplices temporels dont on les menace (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome Ier, p.
386-390). "
12. S. BERNARD, Serm. LXVI super Cantica canticorum
: " Il vaut assurément beaucoup mieux que les hérétiques soient réprimés par le glaive, je veux dire par celui qui a droit de le porter, plutôt que de leur laisser répandre au loin leur erreur. Car le prince est le ministre de Dieu pour exécuter ses vengeances, en punissant celui qui fait de mauvaises actions (Rom, XII, 4). Quelques-uns s'étonnaient de voir (les hérétiques condamnés) marcher à la mort, non-seulement sans résistance, mais même avec joie ; ceux qui s'en étonnent ne considèrent pas assez quelle est la puissance du démon non-seulement sur les corps, mais même sur les âmes dont il s'est une fois emparé. Ne faut-il pas plus de résolution pour se donner la mort à soi-même que pour la recevoir d'un autre sans murmure ? Or, une expérience assez fréquente nous fait voir que le démon a pu inspirer cette résolution à plusieurs, qui ont mis fin à leurs jours, ou en se jetant à l'eau, ou en s'étranglant eux-mêmes. Enfin, qui ne sait que Judas s'est pendu, sans doute parce que le démon lui avait inspiré de le faire ? Je regarde cependant comme un acte plus forcené et plus étonnant celui qu'il lui avait inspiré de livrer son divin maître que celui dont il s'agit ici de s'être pendu lui-même. Il n'y a donc point à établir de similitude entre la constance des martyrs et l'obstination de ces hérétiques, parce que le mépris de la mort était l’effet de la piété dans les premiers, et de l'endurcissement dans les seconds. "
13. S. JEREMIE, in caput V Epistolæ ad Galatas
: " Une étincelle est quelque chose de bien faible et de presque imperceptible ; mais quelque faible qu'elle soit, si elle trouve un foyer et tant soit peu d'aliment, elle pourra incendier des villes et des forêts entières. Le levain aussi, dont l'Evangile s'est servi dans un autre sens comme d'un sujet de parabole, paraît une chose de rien ; et cependant mêlez-le avec de la farine, il communiquera sa vertu à la masse entière. Ainsi encore les mauvaises doctrines commencent par un seul, puis infectent deux ou trois premiers, puis insensiblement la gangrène se répand dans p.95 fin p.96 début tout le corps de la société, et comme dit le proverbe, une seule brebis galeuse suffit pour gâter tout le troupeau. C'est pourquoi il faut éteindre l'étincelle dès qu'elle commence à paraître, écarter sur-le-champ le levain du reste de la pâte, retrancher les chairs putréfiés, séquestrer du reste du troupeau la brebis galeuse, si l'on veut prévenir soit l'incendie d'une maison, soit la fermentation d'une masse de pâte, soit la gangrène pour le corps entier, soit la corruption et la perte de tout un troupeau. Arius n'était à Alexandrie qu'une étincelle ; mais cette étincelle, pour n'avoir pas été tout de suite étouffée, embrasa l'univers entier de sa flamme. "
14. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. XII, Epist. XXXI, ad
Felicem episcopum Siciliæ : " Il vaut mieux en condamner un seul pour mettre tous les autres en sûreté que d'exposer par ménagement pour un seul le salut de tous. On ne s'étonnera pas que cette règle soit observée parmi les hommes, lorsqu'on réfléchira qu'on la pratique même à l'égard des animaux, parmi lesquels on a soin de mettre ceux qui sont atteints de quelque maladie à part de ceux qui sont sains, de crainte que la maladie des premiers ne soit contractée par les seconds. "
16. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. IV Dialogorum, c. 18 : " Quoique nous devions croire que tous les enfants baptisés entrent dans le royaume du ciel s'ils viennent à mourir à cet âge de première enfance, nous ne devons pas croire pour cela que tous ceux d'entre eux qui peuvent déjà parler entrent dans le royaume céleste, parce qu'il y a de ces enfants à qui l'entrée de ce royaume est fermée par leurs parents, ou par la mauvaise éducation qu'ils en reçoivent. Citons pour exemple un petit enfant de cette ville, âgé, je crois, pour l'époque dont je parlerai tout-à-l'heure, d'environ cinq ans : son père fort connu ici, avait pour lui une affection trop tendre qui l'empêchait de le reprendre quand il faisait mal ; de sorte que cet entant, dès qu'il se trouvait contrarié en quelque chose, avait pris l'habitude de blasphémer le saint nom de Dieu. Cet enfant donc fut atteint, il y a trois ans, d'une maladie mortelle, et bientôt il toucha sa fin. Et comme son père le tenait dans ses bras, l'enfant voyant venir à lui les esprits malins, comme me l'ont attesté ceux qui étaient présents, se mit à s’écrier en jetant des regards d'effroi : Mon père, défendez-moi ; mon père défendez-moi. Après avoir crié de p.96 fin p.97 début même, il détourna le visage, pour se soustraire, s'il l'eût pu, aux esprits malins en se réfugiant entre les bras de son père. Son père lui demandant alors ce qu'il voyait qui lui causait tant de frayeur, l'enfant ajouta : Ce sont des Mores qui sont venus, et qui veulent m'enlever. Puis aussitôt il blasphéma le saint nom de Dieu, et ensuite rendit l'âme. Dieu en effet, voulant faire voir pour quel crime, dont son père avait négligé de le corriger pendant sa vie, il le livrait à de tels bourreaux, permit que cet enfant retombât dans ce même crime au moment où il allait mourir, et qu'après avoir exercé la patience divine par ses blasphèmes proférés dans l'état de santé, il servît désormais d'exemple de la justice divine par la mort qui lui arriva, le dernier blasphème qu'il proféra dans ce moment indiquant suffisamment à son père la faute que ce dernier avait commise en négligeant le soin de l'âme de son enfant, pour le livrer, devenu déjà grand pécheur malgré la faiblesse de son âge, aux feux de l'enfer. "
17. S. CHRYSOSTOME, Hom. IX in I Epistolam ad Timotheum
: " Ce n'est pas une œuvré d'un léger mérite, que de consacrer à Dieu les enfants qu'on a reçu de Dieu. Car une grande récompense est réservée aux parents assez heureux pour fonder l'éducation de leurs enfants sur des bases solides, comme ils doivent s'attendre à un châtiment sévère s'ils négligent ce devoir. Nous voyons en effet que le grand-prêtre Héli n'a dû qu’à ses enfants le malheur dont il fut frappé. Il devait les reprendre, et il les reprit en effet, mais sans employer la sévérité nécessaire ; et pour avoir craint de leur faire de la peine, il les perdit et se perdit avec eux. Faites attention à ceci, père qui êtes ici pour m'entendre : élevez vos enfants avec beaucoup de soin dans l'observation des préceptes et des enseignements du Seigneur. Un jeune homme est comme un animal indompté : il a besoin d'être entouré de précepteurs, d’instituteurs, de maîtres et de gouverneurs sans nombre. Et Dieu veuille qu'au moyen de toutes ces précautions vous réussissiez à le contenir ! Car il est comme un coursier qui ne connaît pas le frein, ou plutôt comme un animal sauvage. Si donc nous lui traçons dès le premier âge les limites qu'il ne devra jamais dépasser, nous n'aurons pas besoin après cela de beaucoup de peine pour l'engager à s'y tenir ; car l'habitude toute seule lui tiendra dès lors lieu de loi. Ne permettons à ceux de cet âge aucun plaisir qui puisse leur être funeste ; n'ayons point pour eux p.97 fin p.98 début de molle indulgence ; mais attachons-nous surtout à les conserver dans la modestie : car rien ne nuit à cet âme comme le défaut contraire. . . Ne leur épargnons ni les exhortations, ni les avertissements, ni les réprimandes, ni les menaces, et quand un de ces moyens se trouvera us&, passons à un autre. Considérons la jeunesse comme un dépôt de prix qui nous est confié.
Qu'elle soit donc l'objet de notre sollicitude, et faisons tous nos efforts pour qu'elle ne nous soit pas enlevée par l'ennemi des hommes. Mais, hélas, notre conduite à cet égard est précisément le contre-pied de ce qu'elle devrait être. Pour rendre un champ fertile, nous nous résignons à tous les sacrifices : nous avons soin de le mettre entre les mains d'un homme fidèle, nous usons de discernement pour faire choix d'un bon muletier, d'un sage économe, d’un homme d'affaires qui soit entendu ; et ce que nous avons de plus précieux, un fils, nous ne nous occupons pas de lui trouver un maître qui sache le conserver dans l'innocence. Et pourtant ce fils est ce que nous pouvons posséder de plus précieux, et tous nos autres biens n'ont de prix pour nous que par rapport à celui-là. C'est pour nos fils que nous amassons du bien ; quant à nos fils eux-mêmes, nous mettons en eux en quelque sorte notre fin dernière. Ne soyez donc plus si inconséquent : formez avant tout l'esprit et le cœur de votre fils, et ne songez qu'après cela à lui procurer le reste. Car si son âme est esclave du vice, à quoi lui serviront toutes ses richesses ? Qu'elle soit au contraire douée de vertu, elle n'aura rien à redouter même de la pauvreté. Voulez-vous le laisser riche après votre mort ? Apprenez-lui à être homme de bien. Car il pourra de cette manière amasser des richesses ; ou s'il n'y réussit pas, il ne sera pas plus à plaindre pour cela que ceux qui en auront amassé. Si au contraire il se conduit mal, vous auriez beau lui laisser des millions en héritage, vous ne lui laisseriez pas pour cela un gardien qui le préserverait de ses excès, mais vous auriez rendu sa condition pire que celle de ceux qu'on voit réduits à la plus extrême indigence.
Car là pauvreté est plus avantageuse que les richesses pour tous les enfants dont l'éducation est vicieuse. En effet, elle les retient même malgré eux dans le sentier de la vertu ; au lieu que les richesses ne laissent pas même à ceux qui le voudraient la faculté de rester vertueux, mais elles les séduisent, les aveuglent, leur causent des égarements et des maux sans nombre. Mères qui m'écoutez, prenez un soin particulier de vos filles : cette occupation sera pour vous un travail facile.
p.98 fin p.99 début Veillez attentivement à ce qu'elles gardent la maison. Avant tout, formez-les à la piété, la modestie, au mépris des richesses et des pompes frivoles. Alors vous pourrez songer à leur procurer d'honnêtes mariages. Car en leur donnant cette éducation vertueuse, vous ne les sauverez pas seulement elles-mêmes, mais vous sauverez aussi les hommes assez heureux pour les épouser et non-seulement leurs époux, mais aussi leurs enfants ; et non seulement leurs enfants, mais encore leurs petits- enfants. Car la racine étant bonne, tous les rejetons en seront prospères, et vous recevrez la récompense de tout ce bien à la fois. En faisant l’éducation d'une seule âme, persuadons-nous donc que nous travaillons en même temps pour plusieurs. Car une vierge qui quitte la maison paternelle pour prendre le là nuptial, est comme un athlète qui sort de l'enceinte où il s'est exercé pour descendre dans l'arène ; elle doit posséder d'avance l'art de gouverner une maison, pour devenir comme un bon levain qui communiquera sa vertu à toute la masse. Que les jeunes hommes aussi se fassent remarquer par leur pudeur, leur modestie et leur chasteté, afin de mériter les louanges et de Dieu et des hommes. Qu'ils apprennent à réprimer leurs convoitises, à pratiquer la frugalité, à être économes, officieux et soumis. Ainsi seront-ils pour leurs parents une source d'avantages sans nombre ; ainsi tout se rapportera-t-il à la gloire de Dieu et à notre salut (Cf. Opera S. Joann. Chrysost., tome XI, pag. 897-898, édit. de Montfaucon). "
Question X
Qu’est-ce que se rendre complice par participation du péché d’autrui ? On se rend complice par participation du péché d'autrui, lorsqu'on consent à partager le profit avec des voleurs ou des ravisseurs ; lorsque, de complicité avec d'autres, on revendique ou on retient une part dans un bien qu'on sait être injustement acquis ou du moins ne pas nous appartenir ; enfin, lorsqu'on ne craint pas de s'enrichir des dépouillés d’autrui. Ce péché est aussi celui qui semble être désigné par ces expressions du Psalmiste, courir avec les voleurs, prendre part aux crimes des adultères. C'est encore ce péché qu'Isaïe reprochait au peuple juif en ces termes : Vos princes sont des infidèles ; ils sont les compagnons des p.99 fin p.100 début voleurs ; tous aiment les présents ils ne cherchent que le gain et l'intérêt. C’est le même péché, bien que plus criminel encore, que commettent ceux qui font commerce de l'infamie d'autrui, tels que les maîtres de maisons de prostitution, ou qui osent donner asile à des voleurs, ou d'autres gens mal noté ou dangereux, pour mettre en sûreté leurs personnes ou leur butin.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Tobie, II, 19-21 : " Pour ce qui est d'Anne, sa femme
(de Tobie), elle allait tous les jours faire de la toile, et apportait pour vivre ce qu'elle pouvait gagner du travail de ses mains. - Il arriva donc qu'ayant reçu un jour un chevreau, elle l'apporta à la maison. - Et son mari l'ayant entendu crier, dit : Prenez garde que ce chevreau n'ait été dérobé, rendez-le à ceux à qui il est, parce qu'il ne nous est pas permis de manger ni même de toucher rien qui ait été dérobé. "
2. Proverbes, I, 10-11, 13-15 : " Mon fils, si les pécheurs cherchent à vous séduire, ne vous laissez point prendre à leurs caresses. - S'ils vous disent : Venez avec nous, dressons des embûches pour répandre le sang, etc.; - nous trouverons toutes sortes de biens et de choses précieuses ; nous remplirons nos maisons de riches dépouilles - entrez en société avec nous ; n'ayons tous qu'une même bourse : - Mon fils, n'allez point avec eux, détournez vos pas de leurs sentiers. "
3. Ibid., XXIX, 24 : " Celui qui s'associe avec un voleur est ennemi de sa propre vie ; il entend qu'on le prend à serment, et il ne le décèle point. "
4. Nombres, XVI, 25-30 : " Moïse se leva donc et se dirigea vers Dathan et Abiron, et les anciens d'Israël le suivirent ; - et il dit au peuple : Retirez-vous des tentes de ces hommes impies, et ne touchez rien qui soit à eux, de peur que vous ne soyez p.100 fin p.101 début enveloppés dans la peine de leurs péchés. - Lorsque tous se furent retirés des environs de leurs tentes, Dathan et Abiron en sortirent aussi, et se tinrent à l'entrée de leurs pavillons, avec leurs femmes, leurs enfants et toute leur troupe. - Alors Moïse dit : Vous reconnaîtrez à ceci que c'est le Seigneur qui m'a envoyé pour faire tout ce que vous voyez, et que ce n'est point moi qui l'ai imaginé de mon propre chef. - Si ces gens-ci meurent d'une mort ordinaire aux hommes, et qu'ils soient visités comme les autres ont coutume de l'être, ce n'est point, j'y consens, le Seigneur qui m'a envoyé ; - mais si le Seigneur fait par un prodige nouveau que la terre, ouvrant ses abîmes les engloutisse, etc. "
5. Ecclésiastique, V, 1 : " Ne vous appuyez pas sur des richesses iniques, et ne dites point : J'ai tout ce qu'il me faut pour vivre ; car tout cela ne vous servira de rien au temps de la vengeance et des profondes ténèbres. "
6. II Chroniques, XX, 35-37 : " Après cela,
Josaphat, roi de Juda, fit alliance avec Ochosias, roi d'Israël dont les œuvres étaient très-impies. - Et ils convinrent ensemble d'envoyer une flotte à Tharsis, et ils firent construire des vaisseaux à Asiongaber. - Et Eliézer fils de Dodaü de Maréa, prophétisa à Josaphat, et lui dit : Parce que vous avez fait alliance avec Ochosias, Dieu a renversé vos desseins, et vos vaisseaux ont été brisés, de sorte qu'ils n'ont pu aller à Tharsis. "
7. JOSUE, VII, 20-26 : " Et Achan répondit à
Josué et lui dit : Il est vrai que j'ai péché contre le Seigneur Dieu d'Israël, et voici ce que j'ai fait : - J'ai vu parmi les dépouilles un manteau d'écarlate de bonne qualité et deux cents sicles d'argent, avec une règle d'or de cinquante sicles, et je me suis passionné pour ces objets, et je les ai pris, et les voilà cachés en terre au milieu de ma tente, comme aussi l'argent dans une fosse que j'y ai faite. - Et Josué envoya des exprès qui coururent à la tente d'Achan, et voilà qu'ils trouvèrent tout ce qui y était caché, avec l'argent au même lieu qu'il avait dit. - Et ayant tiré toutes ces choses hors de sa tente, ils les portèrent à Josué, et à tous les enfants d'Israël, et les jetèrent devant le Seigneur. - Or, Josué et tout Israël qui était avec lui ayant pris Achan, fils de Zaré, et l'argent, et le manteau et la règle d'or, avec ses fils et ses filles, ses bœufs, ses ânes, ses brebis, sa tente même et tout ce qui était à lui, les conduisirent en la vallée d’Achor. - Et Josué lui dit : Parce que tu nous as jetés dans le trouble, que le Seigneur te jette p.101 fin p.102 début aussi dans le trouble en ce jour-ci. Et tout Israël le lapida ; et tout ce qui avait été à lui fut consumé par le feu. - Et ils amassèrent sur lui un grand monceau de pierres, qui se voit encore aujourd'hui. Ainsi la fureur du Seigneur se calma ; et ce lieu fut appelé et s'appelle encore aujourd'hui la vallée d'Achor. "
8. DANIEL, V, 1-7, 17, 20-28, 30-31 : " Le roi Balthasar donna un grand festin à mille de ses grands, et chacun y buvait selon sa force. - Le roi étant donc déjà plein de vin, commanda qu'on apportât les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor, son père, avait enlevés du temple de Jérusalem, pour boire dedans, lui et ses femmes et ses concubines, et les grands de sa cour. - On apporta donc aussitôt les vases d'or et d'argent qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem, et le roi but dedans avec ses femmes et ses concubines et les grands de sa cour. - Ils étaient tout occupés à boire et à chanter les louanges de leurs dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre. - En ce moment même on vit paraître des doigts, et comme la main d'un homme qui écrivait vis-à-vis du candélabre, sur la muraille de la salle du roi : et le roi voyait le mouvement des doigts de la main qui écrivait. - Et le visage du roi fut tout changé et son esprit fut saisi d'un trouble violent ; ses reins perdirent toute leur force, ses genoux s'entre - choquaient. - Le roi poussa donc un grand cri, pour qu'on fît venir les mages . . . . . - Daniel, répondant, dit au roi : Que vos dons soient pour vous, et que d'autres reçoivent de vos mains les présents de votre maison : je ne laisserai pas de vous lire cette écriture et de vous dire ce qu'elle signifie. . . - Quand le cœur de Nabuchodonosor, votre père, se fut enflé, et que son esprit se fut endurci dans son orgueil, il fut expulsé du trône, et destitué de sa royauté et sa gloire lui fut ôté. - Il fut mis à part des enfants des hommes ; son cœur devint semblable à celui des bêtes ; sa demeure fut avec les ânes des forêts ; et il mangea l'herbe des champs comme les bœufs, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu’à ce qu'il reconnût que le Très-Haut a un souverain pouvoir sur les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît. - Et vous, Balthasar, qui êtes son fils, vous-même n'avez point humilié votre cœur, quoique vous sussiez toutes ces choses ; - mais vous vous êtes élevé contre le maître du ciel ; vous avez fait apporter devant vous les vases d'or de sa maison sainte, et vous avez bu dedans, vous, vos femmes et vos concubines, avec p.102 fin p.103 début les grands de votre cour ; vous avez en même temps décerné vos louanges à vos dieux d'argent, d'or, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n'entendent et ne sentent point ; et vous n'avez point rendu gloire au Dieu qui tient en sa main le souffle de votre vie et toutes vos voies. C'est pourquoi Dieu a envoyé de son trône le doigt de la main qui a gravé ces caractères. - Or, voici ce qui est écrit : Mané, Thécel, Pharès ; - en voici l'explication : Mané, Dieu a compté votre règne et il en a marqué la fin.
- Thécel, vous avez été pesé dans la balance, et on vous a trouve trop léger. - Pharès, votre royaume a été divisé et donne aux Mèdes et aux Perses. - La même nuit Balthasar, roi des Chaldéens, fut tué : - et Darius, qui était Mède, lui succéda dans la royauté à l'âge de soixante-deux ans. "
9. II Machabées, III, 5-15, 23-31, 35-40
: " Simon, qui avait l'intendance du temple, voyant qu'il ne pouvait vaincre Onias, alla trouver Apollonius, fils de Tharsée, qui commandait en ce temps-là dans la Célésyrie et dans la Phénicie.
- Il lui rapporta que les richesses du temple de Jérusalem étaient immenses et ramassées dans un trésor ; que cet argent était destiné pour les besoins de l'Etat, et non pour la dépense des sacrifices, et qu'il était facile de le faire passer entre les mains du roi. - Apollonius ayant donné en conséquence avis au roi des grandes sommes d'argent déposés dans le temple, le monarque fit venir Héliodore, qui était son premier ministre, et l'envoya avec ordre de faire enlever tout cet argent. - Héliodore partit aussitôt, en apparence pour visiter les villes de Célésyrie de Phénicie, mais dans la réalité pour exécuter le projet du roi. - Et lorsqu'il fut arrivé à Jérusalem, après avoir été reçu dans la ville par le grand-prêtre avec toutes sortes d'égards, il lui déclara l'avis qu'on avait donné au roi au sujet de cet argent, et le véritable objet de son voyage, et il demanda si ce qu'on lui avait dit était véritable. - Alors le grand-prêtre lui représenta que cet argent était déposé dans le temple pour la subsistance des veuves et des orphelins ; - qu'une partie même de cet arpent, dont l'impie Simon lui avait parlé, appartenait à Hircan-Tobie, homme qui jouissait d'une très-grande considération ; et que toute cette somme consistait en quatre cents talents d'argent et en deux cents talents d'or ; - qu'au reste il était absolument impossible de tromper ceux qui avaient cru ne pouvoir mieux assurer leur argent qu'en le mettant en dépôt dans un temple vénéré de toute p.103 fin p.104 début la terre pour sa sainteté. - Mais Héliodore insistant sur les ordres qu'il avait reçu du roi, répondit qu'il fallait, à quelque prix que ce fût, que cet argent fût porté au roi. - Il entra donc dans le temple au jour marqué pour mettre son dessein à exécution, et toute la ville était remplie d'une vive crainte. - Les prêtres, avec leurs robes sacerdotales, se prosternaient au pied de l'autel, et, les yeux élevés vers le ciel, ils invoquaient celui qui a fait une loi de garder fidèlement les dépôts confiés, etc. - Héliodore poursuivait son dessein, debout avec ses gardes à la porte du trésor.
- Mais l’esprit du Dieu tout-puissant se manifesta alors d'une manière éclatante, en sorte que tous ceux qui avaient osé obéir à Héliodore, renversé par une vertu divine, furent tout d'un coup saisis d'une frayeur qui les mit tout hors d'eux-mêmes. - Car ils virent paraître un cheval, sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifiquement, et qui fondant avec impétuosité sur Héliodore, le frappa de plusieurs coups avec ses deux pieds de devant ; et celui qui était monté dessus semblait avoir des armes d'or. - Deux autres jeunes hommes parurent en même temps, pleins de force et de beauté, brillants de gloire et richement vêtus, et se tenant aux deux côtés d’Héliodore, ils le fouettaient chacun de son côté et le frappaient sans relâche. - Héliodore tomba donc tout d'un coup par terre, enveloppé d'obscurité et de ténèbres ; alors on le mit dans une litière et on l'emporta hors du temple. - Ainsi cet homme qui était entré dans le temple, précédé d'un grand nombre d'archers et de gardes, était emporté sans que personne pût le secourir, tant la vertu de Dieu s'était fait connaître manifestement. - Cette vertu divine le réduisit à demeurer couché par terre, sans voix et sans aucune espérance de vie. - Les Juifs au contraire bénissaient le Seigneur de ce qu'il relevait la gloire de sa maison ; et le temple qui ne présentait auparavant que frayeur et tumulte, retentit alors de chants d'allégresse et de cris de joie, en reconnaissance de cette manifestation de la toute-puissance divine. - Bientôt quelques-uns des amis d'Héliodore se mirent à supplier Onias de vouloir bien invoquer le Très-Haut pour qu'il donnât la vie à cet homme qui allait rendre le dernier soupir. . . . - Héliodore ayant offert à Dieu un sacrifice, et fait des vœux et de grandes promesses à celui qui lui avait accordé la vie, rendit grâces à Onias, alla rejoindre ses troupes, et retourna vers le roi. - Et il rendait témoignage à tout le monde de ces œuvres du grand Dieu, qu'il avait vues de ses p.104 fin p.105 début yeux. - Et comme le roi lui demanda qui il croyait qu'il lui convînt d’envoyer encore à Jérusalem, il lui répondit : Si vous avez quelque ennemi, ou quelqu'un qui ait formé des desseins sur votre royaume, envoyez-le en ce lieu, et vous le verrez revenir déchiré de coups, si toutefois il en échappe ; car il y a vraiment dans ce temple une vertu divine. - Celui qui habite dans le ciel y est lui-même présent et en est le protecteur, et il frappe et perd ceux qui s'y introduisent pour faire du mal. - Voilà le traitement que subit Héliodore et la manière dont le trésor fut conservé ".
10. II Machabées, V, 13-21 : " Antiochus osa même entrer dans le temple, ce lieu le plus saint de toute la terre, ayant pour guide Ménélaüs, l'ennemi des lois et de sa patrie. - Et prenant dans ses mains criminelles les vases sacrés que les autres rois et les villes avaient placés en ce lieu saint pour en être l'ornement et la gloire, il les maniait indignement et les profanait. - Ainsi Antiochus s'égarait-il dans ses vaines pensées, et il ne considérait pas que si Dieu faisait éclater pour un peu de temps sa colère contre les habitants de cette ville, c'était à cause de leurs péchés et que c'était pour cela qu'un lieu si saint avait été exposé à cette profanation. - Car autrement, s'ils n'avaient été coupables de plusieurs crimes, ce prince, à l'exemple d'Héliodore qui avait été envoyé par le roi Séleucus pour piller le trésor, aurait été fouetté comme lui au moment de son arrivée, et puni efficacement de son audace. - Mais Dieu n'a pas choisi le peuple à cause du temple ; il a choisi au contraire le temple à cause du peuple. - Voila pourquoi ce lieu a été associé au peuple dans ses maux, comme il lui sera aussi associé dans ses succès ; et après avoir été quelque temps abandonné à cause de la colère du Dieu tout-puissant, il sera de nouveau élevé à la plus haute gloire, lorsque le Dieu souverain se réconciliera avec son peuple. - Antiochus ayant donc emporté du temple dix-huit cents talents, s'en retourna promptement à Antioche. "
11. Ibid., IX, 4-16 : " Antiochus, transporté de colère, s'imaginait qu'il pourrait se venger sur les Juifs de l'outrage que lui avaient fait ceux qui l'avaient mis en fuite. - C'est pourquoi il commanda à celui qui conduisait son char de presser ses chevaux, et de hâter son voyage, poursuivi qu'il étai lui-même par la vengeance du ciel pour cette parole insolente qu'il avait dite, qu'arrivé à Jérusalem il ferait de cette ville le tombeau commun de tous les Juifs. - Mais le Seigneur, le Dieu d'Israël p.105 fin p.106 début qui voit tout, frappa ce prince d'une plaie incurable et invisible : car il n'eut pas plus tôt proféré cette parole, qu'une douleur cruelle et d'affreux tourments déchirèrent ses entrailles. - Et ce fut avec justice, puisqu'il avait lui-même déchiré les entrailles des autres par un grand nombre de tourments nouveaux, bien que cela même ne le fît pas encore renoncer à sa malice. - Plein d'orgueil, et ne respirant que feu et flammes contre les Juifs, il commanda qu'on précipitât son voyage ; mais dans l'impétuosité de sa course, il tomba de son char, et tout son corps fut froissé et ses membres meurtris. - Ainsi, celui qui tout-à-l’heure croyait, dans son orgueil satanique, pouvoir commander même aux flots de la mer, et peser dans sa balance les montagnes les plus hautes, se trouva à l'instant humilié jusqu’à terre, porté mourant dans une litière, et manifestant à tous dans sa personne la toute-puissance de Dieu par ce spectacle même. - Car on voyait des vers sortir du corps de cet impie, comme d'une source ; et tout en conservant la vie au milieu de tant de douleurs, ses chairs lui tombaient par pièces en répandant dans toute l'armée une infection que personne ne pouvait supporter. - Et celui qui naguère s'imaginait qu'il pourrait atteindre jusqu'aux étoiles du ciel ne pouvait plus trouver de serviteurs à cause de l’odeur insupportable qui s’exhalait de son corps. - Il commença donc alors à rabattre de cet orgueil dont il était possédé, et à reconnaître le peu qu'il était, ses douleurs redoublant à chaque moment sous le fouet inexorable de la vengeance divine. Ainsi ne pouvant plus lui-même souffrir la puanteur de ses plaies, il dit : Il est juste que l'homme soit soumis à Dieu, et que celui qui est mortel ne s'égale pas au Dieu souverain. - Mais en parlant ainsi, c’était en vain qu'il priait le Seigneur, de qui il ne devait point obtenir miséricorde. - Et celui qui se hâtait auparavant d'aller à Jérusalem pour la raser jusqu'au niveau du sol, et pour n'en faire qu'un vaste charnier de corps morts entassés les uns sur les autres, promettait maintenant de la rendre libre, - et d’égaler aux Athéniens ces même Juifs qu'il avait jugés indignes de la sépulture, et de qui il avait dit qu'il donnerait leurs corps en proie aux oiseaux du ciel et aux bêtes farouches, et qu'il exterminerait jusqu’à leurs plus petits enfants. - Il s'engageait aussi à orner de dons précieux le saint temple qu'il avait pillé depuis peu, à y augmenter le nombre des vases sacrés, etc. "
12. I Machabées, VI, 10-13 : " Il appela donc tous ses amis p.106 fin p.107 début et leur dit : Le sommeil s'est éloigné de mes yeux, mon cœur est tout abattu, et je me sens défailli par le chagrin que j'éprouve. - Et j'ai dit dans mon cœur : A quelle affliction suis-je maintenant réduit et en quel abîme de tristesse me vois-je plongé, moi qui étais auparavant si heureux et si aimé au milieu de la puissance qui m'environnait ! - Je me souviens à présent des maux que j'ai faits dans Jérusalem d'ou j'ai emporté tous les vases d'or et d'argent qui s'y trouvaient, et fait enlever sous des prétextes frivoles ceux qui habitaient la Judée. - Je reconnais donc que c'est pour cela que tous ces maux sont tombés sur moi ; et voilà qu'affligé d'un horrible mal, je meurs misérablement dans une terre étrangère. "
13. Psaume XLIX, 16-48 : " Mais Dieu a dit au pécheur, etc. - Si tu voyais un voleur, tu courais t'associer avec lui, et tu prenais part aux crimes des adultères. "
14. ISAIE, I, 23-25 : " Vos princes sont des infidèles et les compagnons des brigands. Ils aiment les présents, tous tant qu'ils sont, et ils ne cherchent que le gain et l'intérêt. Ils ne font point justice à l'orphelin, et la cause de la veuve n'a point d'accès auprès d'eux. - C'est pourquoi le Seigneur, le Dieu des armées, le fort d'Israël a dit : Hélas ! je déchargerai ma colère sur ces rebelles, et je me vengerai de mes ennemis. - Et j'étendrai ma main sur toi, Jérusalem, etc. "