Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 121)
15. Deutéronome, XXIII, 18 : " Vous n'offrirez point dans la maison du Seigneur votre Dieu la récompense de la prostituée, ni le prix du chien, quelque vœu que vous ayez fait, parce que l'un et l'autre est abominable devant le Seigneur votre Dieu. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. GREGOIRE DE TOURS, Lib. de gloriâ confessorum, c. 63 : " La fille de Léon, empereur des Romains, étant tourmentée de l'esprit impur et conduite pour cela dans les lieux saints, laissait échapper continuellement ce cri que lui inspirait l'esprit mauvais qui la possédait : Je ne sortirai de ce corps, qu’à la présence de l'archidiacre de Lyon ; il n'y aura que lui qui puisse m'expulser de ce lieu. L'empereur ayant entendu ces mots, dépêcha sans tarder des exprès vers les Gaules. Ceux-ci ayant trouvé l'archidiacre, se mirent à le supplier de se rendre avec eux à Rome pour visiter la fille du prince. L'archidiacre s'y refusa d'abord, en se déclarant indigne d'être l'instrument de Dieu pour les merveilles qu'il lui plairait d'opérer ; mais enfin, cédant aux exhor- p.107 fin p.108 début talions de son évêque, il se mit en route avec les envoyés. Arrivé auprès de l'empereur, il en fut reçu avec des honneurs extraordinaires. Une fois instruit de ce que souffrait la jeune princesse, il se dirigea vers la basilique de l'apôtre saint Pierre, et là, après avoir observé un jeûne de trois jours de suite accompagné de veilles et de prières, il chassa l’esprit impur du corps de la jeune fille, en invoquant sur elle le nom de Jésus-Christ et en la marquant du signe de la croix. Pour le récompenser d'avoir opéré cette guérison, l’empereur lui offrit trois cents pièce d'or ; mais cette grande âme, regardant comme rien les biens périssables de la terre, répondit au prince : " Si vous désirez m'enrichir de vos présents, accordez-m'en un qui profite à tout le pays ; faites remise de l'impôt au peuple jusqu’à trois milles au-delà de l'enceinte des murs : ce bienfait sera avantageux à tout le monde à la fois. Mais pour votre or, il ne me servirait de rien ; distribuez-le aux pauvres pour votre bonheur et celui de votre famille. " Le prince accédant à cette proposition, fit aux pauvres la distribution de l'or, et accorda au peuple la remise de tribut qui lui était demandée. De là est venue la coutume qui dure encore dans ce pays de ne payer d'impôts qu’à trois milles en dehors de la ville. Après que le saint archidiacre se fut retiré, l'empereur dit à sa suite : " Si ce ministre aime Dieu plus que l'argent, l'église du moins à laquelle il est attaché mérité d’être honoré par nos présents. " Alors il fait faire un coffret pour renfermer le livre des saints Evangiles, avec une patène et un calice d'or pur orné de pierres précieuses. Il charge un de ses confidents de porter à l'église de Lyon cet ouvrage admirablement travaillé mais le commissionnaire, arrivé aux Alpes, s'arrêta dans la maison d'un orfèvre. Celui-ci l'ayant questionné sur le sujet de son voyage, il le lui fit connaître avec confiance et simplicité sur quoi l'orfèvre lui dit : " Si vous voulez suivre mon conseil, cette affaire va nous enrichir tous les deux. " Séduit sans doute par le malin esprit, et comme on dit parmi le peuple que, quand on a l'appétit de l'or, et qu'on cherche à tromper quelqu'un, les esprits n'ont pas de peine à s'unir, l'envoyé consentit sur-le-champ à tout ce que voulut l'orfèvre. Alors notre faussaire se mit à fondre des ouvrages d'argent tout semblables, et qu'on aurait pris pour les modèles fabriqués en or, et il fixa artistement avec des clous les pièces qui avaient auparavant pour agrafes des pierreries ou des filets d'or. Il ne toucha pas cependant au calice, à cause de la solidité avec laquelle les pièces y avaient p.108 fin p.109 début été incrustées après cet échange frauduleux, le porteur poursuivit sa route et arriva à Lyon. Il fait son offrande à l'évêque qui le gratifie à son tour ; puis étant allé rejoindre l'auteur de l'imposture, il lui demande sa part dans l'or qui avait été soustrait de l'offrande ; l'orfèvre lui répond que tout n'est pas encore prêt mais il lui promet de le satisfaire quand la nuit sera venue. Après donc qu'ils eurent soupé, comme ils étaient ensemble dans la chambre où se fabriquaient les pièces voilà que tout-à-coup il se fait un tremblement de terre, et que la chambre secouée violemment tombe sur eux et les écrase. En même temps la terre s'entrouvre sous leurs pieds, et les engloutit avec leur argent, en sorte qu’après avoir poussé un cri lugubre ils descendirent tout vivants dans les enfers. Ainsi Dieu s'empressa-t-il de venger l'injure faite à son Eglise. J'ai vu moi-même bien des fois ces ouvrages dans l'église de Lyon. Que les peuples apprennent par cet exemple à ne pas envier à l'Eglise ses richesses, pas plus qu’à user de fraude dans les offrandes qu'on lui fait. Autrement, le coupable ne tarderait pas à voir éclater sur lui la justice de Dieu. "
2. Ibidem, c. 71 : " Il fut donné à la ville d'Aix un excellent athlète dans la personne de Métrias, homme d'une sainteté éminente, si l'on en croit l'histoire. Quoique de condition servile, il se montra noble par l'élévation de ses sentiments : au rapport de ceux qui ont lu le récit de son combat, quand il eut achevé ici-bas le cours de ses bonnes œuvres il se retira victorieux de l'arène, l'éclat de ses vertus ne laissant aucun doute sur la gloire et le bonheur dont il jouit dans le ciel. Du temps donc que Francon était évêque de cette église (Francon est compté pour le huitième évêque de la ville d'Aix, et n'est connu que par ce passage de saint Grégoire. Il vivait l'an 561, sous le règne de Sigebert), Childéric (Il ne faut pas confondre ce Childéric avec le roi Childéric, frère du roi Sigebert), qui était alors le premier en crédit auprès du roi Sigebert, voulut avoir sa ferme, disant qu'elle était injustement retenue par l'église d’Aix, et l’évêque fut aussitôt appelé à comparaître. Il vint en la présence du roi après avoir donné des cautions, et conjura le roi de ne pas l'obliger à se trouver à cette audience, de peur qu'il ne subît lui-même la rigueur du jugement divin. " Car je sais, dit-il, quelle est la vertu de saint Métrias qui tire promptement vengeance de quiconque entreprend d'usurper ce qui lui appartient. "
p.109 fin p.110 début Enfin les avocats plaident de part et d'autre la cause des parties. Childéric se lève lui-même, et reproche à l'évêque déjà fatigué de ses incriminations de retenir injustement les redevances attachées aux domaines du roi ; puis il le fait enlever par force du milieu de l'audience, oblige les juges restés présent à rendre contre lui une sentence qui l'exproprie de sa ferme, et le fait condamner en outre à payer une amende de trois cents écus d’or, tout le monde s’était mis pour lui, et personne n'osait rien dire contre sa volonté, ni résister à la puissance de son crédit. Enfin l'évêque condamné et dépouillé revint à sa ville, et prosterné en oraison devant le tombeau du saint, il dit après avoir récité le capitule du psaume : " On n'allumera point ici de lumières et on ne chantera plus de psaumes, que vous n'ayez, ô glorieux Saint, vengé vos serviteurs des injures qu'ils ont reçue de leurs ennemis, et que vous n'ayez fait rendre à la sainte église les choses qui lui ont été ôtées par violence. " Cela dit, il jeta en fondant en larmes des ronces et des épines aigües sur le tombeau. Et quand il fut sorti de ce lieu-là, il en ferma la porte, et sema d'autres épines à l'entrée.
Tout-à-coup le ravisseur est envahi par une fièvre violente ; il se met au lit, ne veut plus prendre ni nourriture ni boisson, et sa respiration devient de plus en plus agitée. Si l'ardeur de la fièvre lui faisait sentir la soif, il ne buvait que de l'eau, et rien davantage. Que dirai- je de plus ? Il passa une année entière dans cet état d’agitation fiévreuse ; mais sa méchante âme ne se convertit pas pour cela. Cependant il perdait de jour en jour ses cheveux et les poils de sa barbe, et bientôt il devint tout chauve, en sorte qu'on eût cru voir un cadavre exhumé du tombeau où ses poils auraient été consumés. Abattu par tous ces maux et par d'autres encore de ce genre, ce misérable se rappelle trop tard, hélas, le mal qu'il a fait, et se dit à lui-même : " J'ai péché en dépouillant l’Eglise de Dieu et en faisant outrage à un saint évêque. Allez donc, dit-il à ses gens, allez maintenant le plus vite que vous pourrez ; et après que vous aurez restitué le domaine, remettez ces six cents écus d’or sur le tombeau du saint : car j'ai une ferme espérance que, cette restitution une fois faite, la santé me sera rendue. " Ceux à qui il donnait cet ordre n'eurent pas plus tôt l'argent entre les mains, qu'ils se hâtèrent d’exécuter la commission. Ils restituèrent le domaine, et déposèrent l'argent sur le tombeau du serviteur de Dieu ; mais ils n'eurent pas plus tôt accompli ce devoir, que le malade expira à la place où il était, et ne gagna que la perte de p.110 fin p.111 début sa vie à se faire le suppôt d'une acquisition injuste. L'évêque au contraire se trouva vengé de l'ennemi de l’Eglise, comme il s'était tenu assuré de l'être par la vertu de l'athlète de Dieu (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de
3. Le même, Lib. 1 de gloriâ martyrum, c. 58 : " Comme le cœur humain ne cesse de battre pour des jouissances dont on doit rougir, un sous-diacre ayant aperçu à travers la fenêtre les vases d'argent (renfermés dans les tombeaux des martyrs Chrysanthe et Darie), songea en lui-même comment il pourrait accomplir ce que son avarice lui suggérait. La nuit étant donc venue el déjà avancée, il se leva de son lit, entra dans l'église des saints, et de l'église passa par la fenêtre dans le caveau, où en tâtant des mains au milieu de l'obscurité, il prit quelques aiguières d'argent, puis voulut se retirer avec son butin ; mais il ne fit que tourner toute la nuit, et ne put jamais retrouver l'entré par où il avait pénétré. Enfin le jour étant venu, comme la conscience qu'il avait de son crime le portait à faire tous ses efforts pour se cacher, suivant cette parole de Notre-Seigneur : Quiconque fait le mal hait la lumière, et ne paraît point à la lumière de peur que ses œuvres ne soient manifestées (JEAN, III, 20), il se cacha tout le jour dans un coin du caveau, de peur d'être aperçu. La nuit suivante, il chercha encore l'issue pour sortir, mais jamais il ne put la trouver, et il fit de même trois nuits de suite. Enfin, le troisième jour, comme il était tourmenté de la faim, il se présente à la fenêtre devant tout le peuple, et laissant l'argenterie qu'il avait enlevée, il confessa son crime, et sortit couvert de confusion, l'action qu'il avait faite ne pouvant plus échapper aux regards de toutes les personnes présentes (Cf. Ibidem, p. 60-61). "
4. Ibidem, c. 72 : " Saint Denis, évêque de Paris, a honoré sa ville de son martyre. A l'époque où le roi Sigebert vint sous les murs de cette ville avec son armée et mit en cendres la plus grande partie de ses faubourgs, un de ses principaux officiers accourut à la basilique (L'église actuelle de saint Denis n'a été bâtie que plus tard, et sous le règne de Dagobert. La basilique dont il s'agit ne pouvait donc être qu'une chapelle bâtie sur le même emplacement, ou quelque autre église de Paris bâtie sous le vocable du saint, telle que l'église de Saint- Denis-du-Pas, ou celle de Saint- Denis-de -la-Charte, etc.) de ce saint martyr, non pour y prier dévotement, mais uniquement pour y commettre quelque larcin.
p.111 fin p.112 début Comme il trouva les portes tout ouvertes, et le temple laissé sans gardiens, il prit audacieusement le poêle de soie enrichi d'or et de pierreries qui couvrait le tombeau du saint, et l'emporta avec lui. De retour au camp, il se trouva forcé de s'embarquer. Le valet qu'il avait loué à son service s'étant embarqué avec lui, en portant deux cents écu d’or suspendus à son cou, tomba tout-à-coup hors du navire sans que personne l'eût seulement touché, se noya bientôt, et ne put plus être retrouvé depuis. L'officier voyant la justice de Dieu s'exercer ainsi à son égard par la perte qu'il venait de faire de son valet et de son or, demanda sans tarder qu'on le remît à terre à l'endroit même d'où il s’était embarqué et sans perdre de temps, courut restituer le poêle qu'il avait dérobé. Mais quoiqu'il eût fait cette réparation il ne put pas voir l'anniversaire du jour où il avait commis le vol (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 112-113). "
5. Ibidem, c. 79 : " L'église d'Agde, qui se glorifie de posséder des reliques de l'apôtre saint André a été plus d'une fois illustrée par d'éclatant miracles, qui sont venus confondre les usurpateurs de ses biens. En dernier lieu le comte Gomachaire envahit une terre de la dépendance de cette église. L’évêque Léon (Léon fut le quatrième des évêques d'Agde : il vivait vers l'an 540, et n'est connu que par ce passage de saint Grégoire. Baronius n'a pas oublié d'en faire mention dans ses Annales), contristé de cet attentat, vint trouver le comte et lui dit : " Laissez, mon fils, laissez le bien des pauvres, que le Seigneur a commis à mes soins, de peur qu'il ne vous porte malheur, et que les larmes des indigents, qui ont vécu jusqu’ici de son produit, n'obtiennent votre mort de la justice divine. " Mais le comte, qui était hérétique ne tenant nul compte de cet avertissement de l'évêque retient en sa possession ce bien sacrilègement enlevé. Cependant, il vint quelque temps après à être atteint de la fièvre ; et comme il ne se sentit pas seulement tourmenté par le malaise physique, mais aussi par les remords dont il était bourrelé, il députa de ses gens auprès de l'évêque pour lui faire cette prière : " Daigne le pontife adresser pour moi des prières au Seigneur, et je lui rendrai la terre qui lui appartient. " L'évêque aussitôt pria, et le malade recouvra la santé ; et une fois guéri, il dit à ses gens : " Que pensez-vous que disent maintenant ces romains (Expression remarquable dans la bouche d'un hérétique qui s'en sert ici pour désigner les catholiques) ? Ils s'imagineront sans doute que je n'aurai p.112 fin p.113 début feu la fièvre, que parce que je leur avais enlevé leur domaine. Ce mal ne m'est pourtant arrivé que par une suite ordinaire de la condition humaine. Mais, quoi qu'ils fassent, ils n'auront point ce domaine de mon vivant. "
" En même temps il envoie un de ses officiers pour reprendre le bien qu'il avait rendu. L'évêque en ayant été informé, vint le trouver sur-le-champ et lui dit : " Est- ce que vous vous repentez du bien que vous avez fait, pour vouloir maintenant revenir là-dessus ? Ne faites point cela, je vous prie, de peur d'encourir la vengeance divine. " Le comte répondit à l'évêque : " Taisez-vous, taisez-vous, bon homme ; je vous ferai mettre à cru sur un âne, et traverser la ville dans cet équipage pour apprêter à rire à tous ceux qui vous verront dans cet état. " L'évêque, sans faire de réplique recourt à ses moyens accoutumés de défense. Il va se prosterner en oraison, passe la nuit sans se coucher, et s'occupe uniquement de gémir ou de chanter des psaumes. Le jour venu, il va aux lampes de l'église suspendues à la voûte et s'armant du bâton qu'il tenait à la main, il les met toutes en pièces en disant ces paroles : " On n'allumera point ici de cierges ni de lampes, jusqu’à ce que Dieu soit vengé de ses ennemis, et que les biens de sa maison lui aient été rendus. " Il n'eut pas plus tôt achevé ces mots, que l'hérétique ressentit de nouveau ses accès de fièvre. Et comme il se voyait à l'extrémité, il envoya dire à l'évêque : " Daigne le pontife supplier pour moi le Seigneur, et rendu à la santé je restituerai la terre usurpée et j'en donnerai encore une autre de même valeur. " L'évêque répliqua : " J'ai prié le Seigneur, et il m'a exaucé. " Le comte lui envoie une seconde députation, puis une troisième, pour le prier de se souvenir de lui dans ses prières ; mais l'évêque persiste dans sa réponse, et refuse de consentir à prier Dieu pour lui. L'hérétique voyant cela, se fait mettre sur un brancard, et porter vers l'évêque, pour le prier en sa propre personne et lui dire : Je vous rends votre domaine que je vous ai injustement ravi, et je vous en offre de plus une fois autant, ne demandant autre chose à votre sainteté sinon qu'elle prie pour moi. " Comme l'évêque ne voulait pas encore lui accorder ce qu'il lui demandait, il le contraignit de vive force d'entrer dans l'église où il n'eut pas plus tôt mis le pied, que le comte expira, et l'église recouvra le domaine qui lui avait été ravi (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 123-125). "
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6. Le même, Lib. II de gloriâ martyrum, c. 13 : " Comme le roi Théodoric entrait dans l'Auvergne, comme un torrent impétueux, pour ravager tout le pays, une partie de son armée s'étant séparée du reste, se jeta du côté de Brioude, en ajoutant foi au bruit qui courait que les habitants s'étaient réfugiés dans l'église, où ils avaient ramassé tout ce qu'ils possédaient de plus précieux. Arrivés à l'endroit, ils trouvèrent en effet qu'une multitude de personnes des deux sexes s'étaient renfermée dans l'église avec leur mobilier. Et comme on leur en refusait l'entrée, un des soldats rompit les vitres d'une fenêtre du côté de l'autel, et pénétrât par cette ouverture comme un voleur ; car celui qui n'entre pas par la porte est un voleur et un larron, dit l'Evangile (JEAN, X, 1). Ensuite il ouvrit les portes du temple, et donna passage à l'armée. Alors faisant main basse sur tout le bien des pauvres, sur les ministres de l'église eux-mêmes et sur tout le peuple renfermé dans le temple, les soldats mirent tout dehors, et se partagèrent entre eux tout ce butin à quelques pas de la ville même. Tout cela ayant été rapporté au roi, ce prince fit saisir quelques-uns des coupables, qu'il condamna à divers genres de supplices. Celui qui avait été le premier auteur de tous ces forfaits en forçant comme il l'avait fait l'entrée du temple, voulut prendre la fuite ; mais le feu du ciel tomba sur lui et le frappa de mort. On voulut l'ensevelir sous un tas de pierres ; mais le tonnerre et l'orage remit son cadavre à découvert, de sorte qu'il resta sans sépulture. Quant aux autres complices de l'attentat qui réussirent à échapper à la vengeance du roi, quand ils furent rentrés dans leur pays, ils furent livrés au démon et périrent plus misérablement les uns que les autres. Frappé de ce châtiment exemplaire, le roi fit rendre tous les objets qui avaient été enlevés de ce lieu : car il avait défendu d'exercer aucune violence dans l'espace de sept milles tout autour de l'église (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1608, t. II, p. 190-191). "
7. Ibidem, c. 14 : " Siginald, qui était fort puissant auprès du roi, s'en alla en Auvergne, par ordre du prince, avec toute sa famille. Comme il ne craignait pas de faire de tous côtés des acquêts injustes, il envahit, sous prétexte d'échange, une ferme que Tétrade (Tétrade est marqué le quinzième dans le catalogue des évêques de Bourges. Il assista en 506 au concile d'Agde, et en 511 à celui d'Orléans où il prit la qualité de métropolitain), évêque de Bourges, d'heureuse mémoire, avait p.114 fin p.115 début laissé à la basilique de Saint-Julien ; mais trois mois après cet attentat, la fièvre le prit, et perdant connaissance, il pencha la tête sur son lit. Sa femme étant inquiète de le voir en cet état fut avertie par un prêtre de le faire transporter hors de la ferme, si elle voulait sa guérison. Elle fit donc apprêter un équipage et son époux ayant été placé sur un brancard, ils n'eurent pas plus tôt franchi la limite de la ferme, qu'ils sentirent tous les deux les effets de la grâce de Dieu : l'un par la santé qu'il recouvra, l'autre par la joie qu'elle eut de le voir guéri (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 191). "
8. Ibidem, c. 15 : " Un certain Pastor Ingenuus, nommé ainsi non pas pour sa vertu, mais parce que c'était son nom appellatif, entre autres injustes usurpations qu'il commit à l'égard de la basilique du saint martyr Julien, en vint à ce point de témérité que lui inspirait sans doute l'ennemi du salut des hommes, de vouloir s'approprier et d'envahir effectivement quelques métairies de cette église, voisines de ses propres terres. Le prêtre du lieu ayant député vers lui quelques-uns de ses clercs pour l'exhorter d’entendre raison, et à se désister de sa prétention injuste, cet homme violent, comme s'il eût eu des ennemis armés à combattre, se saisit aussitôt de son carquois, et ayant mis les clercs en fuite à coups de flèches, il retint en sa possession les domaines du saint. Or, il se trouva que bientôt après devait se célébrer la fête du glorieux martyr : l'usurpateur, ne se souvenant plus des envahissements qu'il avait commis, non plus que de l'outrage qu'il avait fait aux clercs, se rendit au bourg de Brioude cinq jours avant la fête pour la célébrer avec les autres. Comme il était à table d'amis tout entier livré à la joie, tout-à-coup on vit des éclairs qui furent suivis d'un tonnerre épouvantable et les éclairs ayant redoublé, un dard de feu s'échappant du ciel vint le frapper à mort, sans qu'aucun autre que lui fût atteint. Puis, pour servir d'exemple à tout le monde, on le vit brûler vivant comme un bûcher allumé. Le peuple réuni pour la solennité fut frappé d'admiration à la vue de ce prodige et saisi de crainte, et il n'en fallut pas davantage pour l'empêcher de toucher désormais à rien de ce qui appartenait à l'église du saint. Et pour qu'on ne croie pas que ce châtiment ait été l’effet du hasard, qu'on veuille bien remarquer qu'entre toutes les personnes présentes il n'y eut de frappé que le sacrilège (Cf.
Ibidem, 192-193). "
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9. Ibidem, c. 16 : " Je dirai aussi de quelle manière le bienheureux martyr confondit l'orgueil du comte Beccon. Comme ce Seigneur commettait des exactions publiques, et que, tout fier de sa puissance, il opprimait une foule d'innocents, il lui arriva, un jour qu'il était à la chasse, de perdre un épervier à qui il avait donné l'essor. Dans le même temps un des serviteurs de la basilique de saint Julien, se trouvant en route, fit la rencontre d'un autre épervier qui semblait égaré ; cet homme était au reste le sommelier de la maison. Beccon ayant appris qu'il avait trouvé un épervier se mit à l'accuser en disant : " Cet épervier était à moi, et il me l'a dérobé. " Puis, la cupidité succédant au dépit, il fit lier et jeter cet homme en prison, avec le dessein de le faire pendre dès le lendemain. Alors le prêtre désolé se rendit en toute hâte au tombeau du saint, et lui ayant déclaré les causes de son affliction, il y prit dix écus d’or, qu'il envoya à Beccon par des amis affidés. Mais le comte, peu content de cette offre, fit serment de ne rendre au serviteur sa liberté qu’à condition qu'on lui remît trente écus d'or entre les mains. Le prêtre prit encore cette somme au tombeau du saint, et la fit passer à Beccon, qui voyant sa cupidité satisfaite, rendit enfin le serviteur. Mais le Dieu infiniment puissant, qui était avant le soleil, humilia l'oppresseur de l'innocence selon les richesses de sa bonté. Car, au bout de l'année, étant venu à la fête du saint, il entra dans le saint lieu, avec la troupe de ses gardes. Mais à peine le lecteur, qui s'était avancé pour lire l'histoire du saint martyr, eut-il ouvert le livre et prononcé dès les premières lignes le nom de saint Julien, que Beccon tomba à terre en poussant un cri effroyable, et d'une bouche émanant de sang lâcha encore plusieurs cris entrecoupés. Ses gens le prenant dans leurs bras, l'enlevèrent de la basilique et le rapporteront dans sa maison. Et ils ne doutaient pas que ce ne fût là la juste peine du traitement qu'il avait fait au serviteur de cette église. Le comte fit don au saint de tout ce qu'il avait sur lui de précieux, tant en or qu'en vêtements, et lui envoya encore beaucoup d'autres offrandes ; mais il n'en resta pas moins frappé de paralysie jusqu'au jour de sa mort (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 193-194). "
10. Ibidem, c. 17 : " Il y eut aussi un certain diacre, qui ayant quitté le service de l'Eglise, se jeta dans les finances ; et se prévalant du pouvoir que lui donnaient ses protecteurs, il p.116 fin p.117 début commettait tant de crimes, qu’à peine pouvait-il être supporté par ses voisins. Il arriva un jour, que se promenant autour des bois qui sont sur les montagnes, ou les moutons étaient menés paître par les grandes chaleurs de l’été, il songeait à reconnaître les pacages qui appartenaient au domaine public, pour en tirer les tributs accoutumés. Comme il avait déjà commis plusieurs spoliations à l'égard des particuliers, il découvrit tout-à-coup de loin des troupeaux, qui se gardaient en ce lieu-là sous le nom du martyr ; aussitôt il précipite sa marche, et comme un loup ravissant, disperse le troupeau. Les bergers effrayés et consternés avaient beau lui dire : " Ne touchez pas, s'il vous plait, à ces moutons, qui sont du domaine du saint martyr Julien ; " il leur répliquait avec moquerie : " Pensez-vous donc que Julien s'occupe à manger des béliers ? " Puis les ayant maltraités de coups, il emporta ce qu'il voulut, ne sachant pas apparemment, le misérable qu'il était, que quiconque enlève quoi que ce soit du domaine des saints, fait injure aux saints, ainsi que Notre-Seigneur l'a dit lui-même : Qui vous méprise me méprise, et qui reçoit le juste recevra la récompense du juste (LUC, X, 15 ; MATTH., X, 40). Il arriva qu’à quelque temps de là, étant allé à Brioude non par dévotion mais par cas fortuit, il fut renversé à terre devant le tombeau, et bientôt saisi de la fièvre, il se sentit oppressé d'une telle chaleur, qu'il ne pouvait ni se lever, ni appeler un valet pour le soutenir. Ses gens, voyant qu'il était plus long à revenir que de coutume, s'approchèrent de lui et lui dirent : " Comment êtes-vous si longtemps couché ici par terre ? Vous n'avez pas coutume d'être si long à vos prières, et votre dévotion était un peu plus courte. " Car on a dit de lui que, toutes les fois qu'il entrait dans une église, il s'y contentait de murmurer quelques paroles du bout des lèvres, puis en sortait sans même incliner la tête. Ses gens donc n'ayant pu tirer de lui aucune parole, on l'enleva à force de bras du lieu ou il était, et on le mit au là dans une chambre voisine. Mais comme sa fièvre augmentait toujours, il se mit à se désespérer et à crier qu'il était brûlé par le martyr. Alors, éclairé sur son état à la lumière des jugements de Dieu, il en vint à confesser les crimes que jusque-là il avait pris soin de cacher, et il priait en grâce qu'on jetât de l'eau sur lui. On lui apporta donc de l'eau dans une aiguière et on en jeta sur lui à plusieurs reprises ; à chaque fois une fumée épaisse s’éleva de son corps comme d'une fournaise. Son misérable corps devint noir comme du charbon, p.117 fin p.118 début et il s'en exhalait une telle puanteur, qu’à peine pouvait-on le supporter. Bientôt, faisant signe de la main, il donna à connaître qu'il était allégé (Indicat se esse leviorem. Cela veut-il dire qu'il était allégé et non pas plutôt qu'il avait été trouvé trop léger dans la balance ?) ; puis, comme on se retirait, il rendit l'esprit, et nous pouvons dire sans crainte quel lieu occupe maintenant un homme qui est sorti de ce monde sous le poids d'un jugement si sévère (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 195-196). "
11. Ibidem., c. 20 : " C'était la fête de saint Julien, et voilà qu'un homme du peuple voyant l'église du saint parée de ses plus beaux ornements, conçu le désir coupable d'en enlever ce qu'ensuite il ne lui serait pas possible de tenir caché. Sur la fin donc de la journée comme le peuple se retirait de l’église après les vêpres, il se blottit dans un coin, et la nuit venue, comme tout le monde était couché et que tout était enveloppé dans les ténèbres, il sortit de sa retraite, et sans rien craindre, ayant le démon pour satellite et pour instigateur de son action abominable, il se jeta d'un bond sur les balustrades du sépulcre du saint, et ayant arraché du haut une des pierres précieuses qui brillait d'un vif éclat, il fit tomber la croix par terre, puis fit un paquet des tavaïoles et des petits tapis qui pendaient tout autour de l’église contre les murailles, et le mettant sur ses épaules avec la croix qu'il tenait sa main, il se retira au même lieu d'où il était sorti : là, il déposa le paquet qu'il mit sous sa tête, et assoupi par son péché même il s'endormit. Mais sur le minuit ceux qui avaient les clefs de l'église étant venus faire leur ronde, virent scintiller dans un coin, comme une étoile, une des pierres précieuse qui ornaient la croix. Saisis d'étonnement, ils s'approchèrent avec défiance, et ayant allumé un cierge ils trouvèrent le voleur étendu avec les objets qu'il avait pris, mais qu'il n'avait pu emporter. Toute la nuit ils le tinrent sous bonne garde, et quand le matin fut venu, il leur confessa tout ce qu'il avait fait, en leur assurant qu'il s'était endormi de lassitude, parce qu'après avoir longtemps tourné dans l’église avec son fardeau, il n'avait jamais pu en trouver la porte pour en sortir (Cf. Ibidem, p. 198-199) "
12. THEODORET, Ecclesiast. Histor., Lib. III, c.
11 (al. 8) : " Les impies idolâtres, quoique certainement instruits de ces p.118 fin p.119 début laits, levèrent l'étendard de la guerre contre le souverain maître de l'univers. Le tyran (Julien) de son côté fit jeter dans son trésor les vases sacrés et condamner en même temps les portes de l’église qu'avait élevée Constantin, afin que tout accès en fût fermé à ceux qui ont coutume de s'y assembler. Cette église était occupée alors par les ariens. On vit en même temps entrer dans ce saint temple, pour en enlever les vases sacrés, et Julien préfet de l’orient, et Félix questeur du trésor royal, et Elpide intendant de la fortune privée de l'empereur, ou son comes privatus, comme disent les Romains. On dit que Félix et Elpide, qui étaient chrétiens avaient apostasié pour complaire au prince impie. Quand Julien lut dans le temple, on dit qu'il répandit de son urine contre la table sainte, et qu'il souffleta Euzoïus qui voulait l'en empêcher en lui répliquant que la Divinité ne prenait aucun souci des affaires des chrétiens. Félix frappé de la magnificence des vases sacrés que l'église devait à la libéralité de Constantin et de Constance : Voilà, s'écria-t-il avec quels vases somptueux se fait le service du fils de Marie. "
13. Ibidem, c. 12 (8 et 9) : " Mais ces monstres ne tardèrent pas à porter la peine de leurs attentats aussi insensés que criminels. Car Julien ayant été subitement atteint d'une maladie mortelle, qui lui rongeait et faisait pourrir les entrailles, périt misérablement après avoir rendu ses excréments non par les conduits naturels, mais par sa bouche même qui avait été l'instrument de ses blasphèmes On rapporte que son épouse, que recommandait la pureté de sa foi, lui dit : Cher époux vous devez bien des actions de grâces à Jésus-Christ notre Sauveur, de ce qu'il vous a montré sa puissance par ce châtiment si visible. Car vous seriez resté sans reconnaître celui à qui vous aviez la témérité de vous attaquer, si, usant de sa patience accoutumée, il ne vous avait frappé de ces maux. " Ces paroles, jointes à l'excès de son mal, lui faisant comprendre la cause de sa maladie, il supplia l'empereur de restituer à l'église les vases et les ornements qui lui avaient été enlevés ; mais il mourut sans avoir pu l'obtenir. Félix à son tour, atteint tout-à- coup d'un mal miraculeux, mourut après avoir rendu tout son sang par la bouche pendant plusieurs jours et plusieurs nuits de suite, et passa ainsi d'une mort affreuse à la mort éternelle plus affreuse encore. Voilà comment ces hommes portèrent la peine de leur impiété. "
I persecutionis Wandalicæ : " Genseric, irrité contre l'Eglise de Dieu, envoie p.119 fin p.120 début un certain Proculus dans la province Zeugitane, pour forcer tous les prêtres du Seigneur à lui livrer les livres et le reste qui servait au service divin, afin de les dépouiller ainsi habilement de leurs armes, et une fois désarmés, de se les assujettir avec moins de peine. Et comme ils déclarèrent ne pouvoir faire cette tradition, il se mit à enlever tous ces objets à force ouverte, et pour comble de sacrilège, il se faisait des chemises et des caleçons des linges dont il avait dépouillé les autels. Proculus exécuteur de ces ordres impies ne tarda pas à porter la peine de ses attentats : il mourut bientôt de la manière la plus misérable, en se mangeant la langue qu'il se coupait par morceaux avec les dents. " .
15. S. AUGUSTIN, In Ps. CXXIX : " Lorsque vous supportez les péchés de votre frère, ils ne sont point un fardeau qui vous accable. Mais si vous leur donniez votre consentement, ce ne seraient plus les péchés des autres qui vous écraseraient de leur poids ; ce seraient vos péchés à vous-même. Car tout homme qui consent aux désirs d'un pécheur, n'est plus sous le fardeau des péchés d'autrui, mais sous le poids de ses propres péchés. Le consentement que vous donnez au péché de votre frère devient le vôtre à vous-même. Et alors ne vous plaignez pas des autres comme si leurs péchés vous accablaient ; car on vous répondrait que ce ne sont pas les péchés des autres qui vous accablent, mais les vôtres. " " Vous avez vu un voleur, dit l’Ecriture, et vous avez couru avec lui (Ps. XLIX, 18). Cela veut-il dire que vous ayez couru effectivement avec ce voleur ? Nullement. Mais cela fait entendre que vous vous êtes uni de cœur et d'affection avec lui. Ce qui n'était que son crime est devenu aussi le vôtre, parce qu'il vous a plu et que vous y avez trouvé du plaisir (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 603-604). "
Question XI
Comment se rend-on coupable du péché d’autrui en prenant sa défense ?
C'est lorsqu'on prend des malfaiteurs sous sa protection, ou qu'on ne craint pas de soutenir et de répandre une doctrine perverse ou impie dont un autre est l'auteur, ou qu'on emploie ses moyens ou son industrie à procurer le succès d'une entreprise injuste.
C'est contre ces sortes de crimes que s'élève l'Esprit- p.120 fin p.121 début Saint par ces paroles foudroyantes : Malheur à vous, qui dites que le mal est bien, et que le bien est mal ; qui donnez aux ténèbres le nom de lumière et à la lumière le nom de ténèbres qui faites passer pour doux ce qui est amer, et pour amer ce qui est doux ; et quand Dieu dit encore : Vous ne vous laisserez point aller au torrent de la multitude pour faire le mal, et dans le jugement vous ne vous rendrez point à l'avis du plus grand nombre pour vous détourner de la vérité.
En voilà assez sur les péchés appelés péchés d'autrui dont on peut se rendre soi-même coupable, péchés aujourd'hui très-répandu, et commis sans scrupule par une foule de personnes, surtout parmi les grands. Et telle est la licence avec laquelle on se porte à les commettre, que la plupart de ceux qui s'y livrent ne les regardent pas même comme des péchés et n'en conçoivent aucun remords, quoiqu'ils se rendent par-là dignes devant Dieu de châtiments éternels, et non-seulement eux-mêmes mais aussi les autres qu'ils entraînent avec eux dans une perte commune. Or, toutes ces espèces de péchés peuvent être réduites comme le montre saint Basile-le-Grand, à trois principales, qui les comprennent sommairement. Car nous pouvons nous rendre complices de l'erreur ou du péché d'autrui, soit par la complicité même de nos œuvres soit seulement par la disposition de notre volonté, soit enfin par une négligence coupable, si nous manquons au devoir qui peut nous être imposé d'avertir et de corriger notre prochain. Mais de tous les péchés le plus affreux sans contredit est celui qui se commet contre l'Esprit-Saint. p.121 fin p.122 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. Id., X, 1-2 : " Malheur à ceux qui établissent des lois d'iniquité, et qui font des ordonnances injustes, - pour ne point faire justice aux faibles, pour opprimer dans les jugements les pauvres de mon peuple, pour dévorer les veuves comme leur proie, et pour gaspiller le bien des orphelins. "
3. Exode, XXIII, 2 : " Vous ne vous laisserez point entraîner à la suite de la multitude pour faire le mal, etc. (comme dans le corps de la réponse). "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. BASILE, Lib. II de Baptismo, q. 9 : Voir plus haut, question I, des péchés d’autrui, témoignage 4, page 4.
Article IV. - DES PECHES CONTRE LE SAINT-ESPRIT.
Question I
Qu’est-ce qu’un péché contre le Saint-Esprit ?
Pécher contre le Saint-Esprit, c'est rejeter avec mépris et par malice les dons et les grâces que Dieu nous offre, et qu'on a coutume d'attribuer particulièrement au Saint-Esprit, comme à la source des biens. Ce péché est si grand et de telle nature, qu'il est inexpiable, en sorte que, selon la parole de Jésus-Christ, on n'en obtient la rémission ni dans le siècle présent, ni dans le siècle à venir.
Telle est en effet la loi de la conduite de Dieu envers nous, qu'il n'accorde sa grâce ici-bas, et sa gloire dans le ciel, qu’à ceux qui détestent le péché une fois connu pour tel, et qui de plus se proposent le bien et font choix d'un état de vie honnête et selon Dieu. Or, dans ces sortes de péchés on ne sait ni ce que c'est que détester le péché, ni ce que c'est que s'attacher au bien auquel on est obligé en même temps qu'on rejette les grâces, ou les secours au moyen desquels l’Esprit-Saint a coutume de ramener les hommes à la vertu. De là vient que ceux qui sont dans de telles habitudes, ou ne répondent jamais aux grâces de Dieu, ou n'y répondent p.122 fin p.123 début que rarement et avec bien de la peine. Car on pèche alors non par une suite de la faiblesse ou de la fragilité humaine, ce qui s'appellerait pécher contre le Père et la puissance du Père, comme fit l'apôtre saint Pierre lorsqu'il renia Notre-Seigneur, ni par ignorance, ce qui s'appelle pécher contre le Fils et la sagesse du Fils, comme faisait Saul dans le temps où il persécutait l’Eglise ; mais par pure méchanceté et de dessein prémédité, ce qui est bien plus criminel, comme nous en trouvons un triste exemple dans la perversité et l'obstination des pharisiens.
Question II
Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ? On en compte six, dont voici les noms, comme on a coutume de les désigner : la présomption de la miséricorde de Dieu ou de l'impunité du péché commis, le désespoir, l’entêtement à combattre la vérité connue, l'envie qui a pour objet les avantages spirituels du prochain, l'obstination et l'impénitence. Ce qui se comprendra encore mieux, si on l'exprime de la manière suivante :
1. MATTHIEU, XII, 31-32 : " C'est pourquoi je vous dis
: Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. - Et quiconque aura parlé contre le fils de l'homme, son péché lui sera remis ; mais si quelqu'un parle contre le Saint-Esprit, son péché ne lui sera remis ni dans le siècle présent ni dans le siècle à venir. "
2. MARC, III, 28-30 : " Je vous dis en vérité que tous les péchés que les enfants des hommes auront commis, et tous les blasphèmes qu'ils auront proférés, leur seront remis ; - mais si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, il n'en recevra jamais le pardon, et il sera coupable d'un péché éternel. - Il leur dit cela, sur ce qu'ils l'accusaient d'être possédé de l'esprit impur. "
3. LUC, XII, 10 : " Si quelqu'un parle contre le fils de l'homme, son péché lui sera remis ; mais si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, cet autre péché ne lui sera point remis. "
4. MATTHIEU, XXVI, 73-74 : " Peu après ceux qui étaient là s'avancèrent et dirent à Pierre : Assurément vous êtes aussi de ces gens-là, car votre langage même vous décèle.- Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer qu'il ne connaissait point cet homme. "
5. I Timothée, I, 13 : " Moi qui était auparavant un blasphémateur un persécuteur et un outrageux ennemi de Jésus-Christ ; mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j'ai fait tous ces maux par ignorance, n'ayant point encore la foi. " p.124 fin p.125 début
6. Actes, IX, 1-2 : " Saul ne respirant encore que menaces et qu'exécution sanguinaires contre les disciples du Seigneur, vint trouver le grand-prêtre, - et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait quelques personnes de cette religion, hommes ou femmes, il les amenât prisonniers à Jérusalem. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. THOMAS d'Aquin, Summ. theol., 2a
2æ, q. 14, art. 1 : " A l'égard du péché ou blasphème contre l'Esprit-Saint, il y a trois sentiments. En effet, plusieurs anciens docteurs, savoir, saint Athanase, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Chrysostôme (S.
Athanase, Tract. partic. super illud Matth., XII, Qui dixerit verbum contra Filium hominis ; S. Hilaire, can. 12 in Matth.; S. Ambroise, in Lucam, super illud cap. XII : Qui verbum in Spiritum Sanctum dixerit ; S. Chrysostôme, Hom. XLII in Matth.
; S. Jérôme, in Matth. XII), disent qu'on pèche contre l'Esprit-Saint quand on prononce un blasphème dans lequel l'Esprit-Saint est nommé, soit qu'on entende par l'Esprit-Saint Dieu lui-même pris dans son essence, ou la Trinité entière dont chaque personne est esprit et sainteté, soit qu'on prenne ce même nom pour le nom propre de l'une des trois personnes. Et de cette manière s'explique la distinction établie dans saint Matthieu (XII, 32) entre le blasphème contre l'Esprit-Saint le blasphème contre le fils de l'homme. Car parmi les actions de Jésus-Christ, il y en avait de naturelles à l'homme, telles que celles de manger, de boire, et autres semblables, et d'autres qui requéraient la puissance d'un Dieu, comme de chasser les démons, de ressusciter les morts, et de faire d'autres prodiges, qu'il opérait par la vertu de sa divinité et par l'opération de l'Esprit-Saint, dont il étai rempli quant à son humanité. Or, les Juifs avaient premièrement blasphémé contre le fils de l'homme, en l’appelant un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie (MATTH., XI, 19). Mais ensuite ils en vinrent à blasphémer contre le Saint-Esprit, en attribuant au prince des démons les prodiges que Jésus- Christ opérait par la vertu de sa propre divinité et par l'opération de l'Esprit-Saint. Et c'est pour ce dernier fait qu'ils sont trouvés coupables d'avoir blasphémé contre le Saint-Esprit. Autre est l'interprétation de saint Augustin, qui dit dans son livre de verbis Dom., Serm. XI, c. 14,15 et 21, que le blasphème ou p.125 fin p.126 début
péché contre l'Esprit-Saint est l’impénitence finale, ce qui a lieu quand on persévère jusqu’à la mort dans le péché mortel. Or, cette sorte de blasphème ne se commet pas seulement par les paroles que profère la bouche, mais aussi par celles, ou que le cœur se dit à lui-même, ou que l'action fait entendre ; et elle se commet non par un simple acte, mais par des actes multipliés. Entendue de cette manière, la parole contre le Saint-Esprit est appelée de ce nom, parce qu'elle s'inscrit en faux contre la rémission des péchés qui s'effectue par l'Esprit-Saint, qui est l'amour du Père et du Fils. En cet autre sens, Notre-Seigneur ne faisait pas aux Juifs le reproche de pécher eux-mêmes contre l'Esprit-Saint ; car ils n'étaient pas encore réduits à l’état d'impénitence finale ; mais il les avertissait de prendre garde qu'en parlant comme ils le faisaient, ils n'en vinssent à pécher contre l'Esprit-Saint. Et c'est ainsi qu'il faut entendre ce qui est dit dans saint Marc (III, 29 et 30), où après avoir rapporté ces paroles : Quiconque aura blasphémé contre l'Esprit-Saint n'en recevra jamais le pardon, etc., l’Evangéliste ajoute : Il parlait ainsi, parce qu'ils disaient : Il est possédé de l'esprit impur.
D'autres enfin (Ce sentiment était celui de Pierre Lombard) entendent encore différemment la chose, et disent qu'on pèche ou qu'on blasphème contre l'Esprit-Saint, quand on pèche contre ce qui lui est approprié ; or, ce qui est approprié à l'Esprit-Saint, c'est la bonté, comme la puissance est appropriée au Père, et la sagesse au Fils. Ils prétendent en conséquence que pécher par faiblesse, c'est pécher contre le Père, que pécher par ignorance, c'est pécher contre le Fils ; enfin, que pécher par malice, en faisant le mal par choix, de la manière que nous avons expliquée (1a 2æ, q.
78, art. 1 et 3), c'est pécher contre le Saint-Esprit. Et c'est ce qui a lieu de deux façons différentes : 1 quand on cède au penchant de l'habitude vicieuse appelée malice ;
et en ce premier sens, pécher par malice ce n'est pas la même chose que pécher contre l'Esprit-Saint ; 2 quand on repousse et qu'on écarte par mépris ce qui aurait pu empêcher la volonté de faire choix du mal, comme quand on repousse l'espérance par le désespoir, la crainte par la présomption, et ainsi du reste, comme nous le dirons plus bas (art. suiv., et q. XX et XXI). Or les choses, quelles qu'elles soient, qui nous empêchent de faire choix du péché, sont encore des effets de l'Esprit-Saint ; et par conséquent pécher de la sorte par malice, c'est pécher contre le Saint-Esprit. "
p.126 fin p.127 début
2. Le même, ibidem, art. 2 : " Suivant la troisième acception donnée tout-à-l'heure au péché contre l'Esprit-Saint, il convient de distinguer six péchés de cette espèce, savoir : le désespoir, la présomption, l’impénitence, l’obstination, la résistance à la vérité connue, et l'envie des grâces que Dieu accorde à nos frères : péchés qu'on distingue entre eux d'après le mode de répulsion ou de mépris qu'ils supposent des choses qui peuvent empêcher l'homme de faire choix du péché. Et les choses de cette nature se rapportent, soit au jugement de Dieu, soit à ses dons, soit au péché lui-même. Car l'homme est détourné de faire choix du péché par la considération du jugement de Dieu, qui réunit la justice à la miséricorde, et par l'espérance, qui résulte de la considération de la miséricorde, dont l'office est de remettre les péchés et de récompenser les vertus.
Or, l'espérance est détruite par le désespoir (Le désespoir nous persuade qu'il nous est impossible d'obtenir le pardon de nos péchés). L'homme est encore détourné du péché par la crainte qui naît de la considération de la justice divine, dont l'office à son tour est de punir les péchés ; or, la crainte est détruite par la présomption ; quand on présume par exemple, qu'on peut obtenir la gloire sans les mérites ou le pardon sans le repentir. Maintenant, les dons de Dieu qui nous retirent du péché sont au nombre de deux : l'un est l'adhésion à la vérité connue, et cette adhésion a pour contraire la résistance a la vérité connue, comme quand quelqu'un combat contre la vérité de la foi connue de lui comme telle, afin de pécher plus librement ; l'autre est le secours de la grâce intérieure qui a pour contraire l'envie portée aux grâces que reçoivent les autres ; comme quand on porte envie non-seulement à la personne de son prochain, mais encore au progrès que la grâce de Dieu fait dans le monde. Relativement au péché considéré en lui-même, il y a deux choses qui peuvent en retirer celui qui l'a commis : l'une est le désordre et la turpitude de l'acte dont il s'est rendu coupable, considération qui d'ordinaire nous porte à nous repentir de nos péchés. Et elle a pour contraire l’impénitence, non pas celle qui consiste à rester dans le péché jusqu’à la mort, comme on l'expliquait plus haut (D'après le sentiment de saint Augustin, dont on a parlé dans l'article précédent pages 125 et 126) ; car prise dans ce sens, ce ne serait pas un péché spécial mais une circonstance du péché en quelque sorte ; ce qu'on entend ici par impénitence, c’est la résolution où quelqu'un serait de ne pas se p.127 fin p.128 début repentir. L'autre chose qui se trouve dans le péché et qui peut servir à en détourner, c’est le peu de valeur comme le peu de durée du bien qu'on y cherche, ainsi que le témoignent ces paroles de l'Apôtre (Rom., VI, 21) : Quel fruit avez-vous retiré alors des choses dont vous rougissez maintenant ? Cette dernière considération a pour effet ordinaire de nous engager à ne pas persister dans le péché ; mais cet effet même est détruit par l’obstination, qui existe dès-lors qu'on s'affermit dans la résolution de persévérer dans le mal. Le Prophète (JER., VIII, 6) parle de l'une et de l'autre de ces deux dispositions perverses, lorsqu'il dit : Il n'y a personne qui fasse pénitence de son péché en disant : Qu'ai-je fait ? voilà pour la première et lorsqu'il ajoute : Ils courent tous où leur passion les emporte, comme un cheval qui court avec impétuosité au combat : voilà pour la seconde.
"
3. Ibidem, art. 3 : " Suivant les diverses acceptions qu'on donne au péché contre l'Esprit-Saint, les manières d'expliquer comment il est irrémissible sont différentes.
En effet, si l'on entend par ce péché contre l'Esprit-Saint l'impénitence finale, on dit alors qu'il est irrémissible, parce que Dieu ne le remet en aucune manière. Car le péché mortel dans lequel l'homme persévère jusqu'à la mort n'étant pas remis en cette vie par la pénitence, ne le sera pas non plus dans l'autre. - Dans les deux autres acceptions, on le dit irrémissible non parce qu'il ne peut être remis d'aucune manière (On ne pourrait avancer, sans être hérétique, qu’il y a des fautes absolument irrémissibles. Ce serait l'erreur des novatiens, qui prétendaient que l’Eglise n'avait pas le pouvoir de remettre par l'absolution certains crimes), mais parce qu'en tant qu'on le considère en lui-même, il ne mérite aucunement d'être remis. Et cela sous deux rapports : 1 sous le rapport de la peine ; car celui qui pèche par ignorance ou par faiblesse mérite un châtiment moindre à proportion, au lieu que celui qui pèche par une malice réfléchie n'a pas d'excuse qui puisse engager son juge à diminuer son châtiment. De même, celui qui blasphémait contre le fils de l'homme dans un temps où sa divinité n'avait pas encore été révélée, pouvait avoir une sorte d'excuse à cause de l'infirmité de la chair qu'il voyait en lui, et méritait par-là même une peine moins sévère. Mais celui qui blasphémait la Divinité elle-même en attribuant au démon les œuvres de l'Esprit-Saint, n'avait pas d'excuse qui pût lui mériter quelque indulgence. C'est pourquoi, d'après l'explication qu'en donne saint Jean Chrysostôme (Hom. XLII in p.128 fin p.129 début Matth.), ce péché n'a été remis aux Juifs ni en cette vie ni en l'autre ; car ils ont souffert pour l'expier les châtiments que les Romains leur ont infligés ici-bas, et les peines de l'enfer dans l'autre vie. Saint Athanase (Tract. super illud Matth. XII, Quicumque dixerit verbum) cite aussi pour exemple leurs ancêtres qui d'abord s'élevèrent contre Moïse à cause de la disette d'eau et de pain qu'ils éprouvaient, premiers murmures que Dieu supporta patiemment, parce qu'ils avaient pour excuse l'infirmité de la chair ; mais qui ensuite péchèrent plus grièvement en blasphémant contre l'Esprit-Saint, lorsqu'ils attribuèrent à une idole les bienfaits de Dieu qui les avait tirés de l’Egypte, et qu'ils dirent : Voila, Israël, vos dieux qui vous ont tirés de la terre d'Egypte. C'est pourquoi non-seulement le Seigneur les fit punir temporellement, en permettant que vingt-trois mille d'entre eux périssent dans ce même jour ; mais encore il les menaça des châtiments à venir par ces paroles : Au jour de la vengeance je visiterai ce péché qu'ils ont commis (Exode, XXXII). - 2 On peut entendre que ce péché est irrémissible quant à la faute, comme on dit d'une maladie qu'elle est incurable en elle-même, lorsqu'elle neutralise ce qui pourrait la guérir ; par exemple, si le mal ôte à la nature toute sa force, ou s'il produit le dégoût de toute espèce d'aliments et de remèdes, quoique Dieu après tout puisse toujours guéri celui qui en est atteint. De même on dit que le péché contre l'Esprit-Saint est irrémissible de sa nature, en tant qu'il repousse les moyens par lesquels s'obtient la rémission des péchés, quoiqu'il ne soit pas un obstacle invincible à la toute-puissance et à la miséricorde de Dieu, qui guérit quelquefois en quelque sorte miraculeusement ceux qui se trouvent atteints de cette maladie spirituelle. "
4. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Moralium in Job Lib. XXV, c. 16 : " Le péché se commet en trois manières, savoir par ignorance, ou par faiblesse, ou de propos délibéré.
Le pèche commis par faiblesse est plus grand que celui qui se commet par ignorance ; mais celui qui se fait de propos délibéré est encore bien plus criminel. Saint Paul avait péché par ignorance quand il disait : Moi, qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur et un outrageux ennemi de son Eglise ; mais j'ai trouvé miséricorde parce que j'ai fait tous ces maux dans l'ignorance, n'ayant point la foi (I Tim., I, 13). "
" Saint Pierre pécha par faiblesse, lorsque la voix d'une simple fille ébranla toute la vigueur de cette foi, qu'il avait si p.129 fin p.130 début hautement confessée devant le Seigneur, et qu'il renia de bouche son Dieu, qu'il reconnaissait dans le fond de son cœur. Mais comme ces péchés d’ignorance et de faiblesse sont d'autant plus faciles à effacer que ce n'est pas d'une volonté pleine et entière qu'on les commet, saint Paul corrigea facilement par les lumières que la foi lui donna, le mal que son ignorance lui avait fait faire ; et saint Pierre raffermit bientôt par la vertu de ses larmes la racine de sa foi, devenue chancelante et comme toute desséchée par son péché. "
" Mais ceux-là péchèrent de propos délibéré, dont le Seigneur dit dans l'Evangile : Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient point de péché mais maintenant ils n'ont point d'excuse de leur péché (JEAN, XV, 22). Et un peu après : Mais maintenant ils les ont vues mes œuvres, et ils ont haï moi et mon père (JEAN, XV, 24). Or, il y a bien de la différence entre ne pas faire le bien, et haïr le docteur même qui l'enseigne ; comme il y en a aussi entre les péchés qui se font par précipitation, et ceux qui se commettent de propos délibéré.
Car il arrive quelquefois qu'on commette un péché par précipitation et qu'on le condamne ensuite par le conseil et la réflexion de la volonté. Il peut se faire qu'aimant le bien, notre faiblesse nous empêche de l'accomplir ; mais pécher de propos délibéré c'est ne pas faire le bien, ni même l'aimer. Ainsi, comme c'est quelquefois un plus grand mal d'aimer le péché que de le commettre, c'est aussi un crime bien plus énorme de haïr la justice, que de manquer la pratiquer. "
" Or, il y en a dans l'Eglise, qui non-seulement ne font pas le bien, mais qui vont même jusqu’à cet excès de combattre et de détester dans les autres la vertu qu'ils négligent de pratiquer. Ces personnes ne pèchent pas seulement par ignorance ou par faiblesse, mais avec dessein et d'une volonté délibérée puisque, s'ils avaient la volonté de faire le bien, et que ce ne fût que par faiblesse ou par impuissance qu'ils manquassent de l'accomplir, ils aimeraient au moins dans les autres ce qu'ils ne font pas. Et si seulement ils s'y portaient de volonté et par leurs désirs, ils seraient bien éloignés de le haïr dans ceux qu'ils voient le pratiquer ; mais comme, malgré la connaissance qu'ils en ont reçue ils n'en tiennent nul compte dans leur conduite personnelle et le persécutent même dans les autres, l'Ecriture dit fort bien ici, en voulant désigner les gens de ce caractère : Ils se sont comme de propos délibéré retirés de lui (JOB, XXXIV, 27) ; et p.130 fin p.131 début c'est encore pour cela qu'elle ajoute : Et ils n'ont pas voulu comprendre toutes ses voies (ibidem). Elle ne dit pas qu'ils n'ont pas la force de les entendre, mais qu'ils n'ont pas voulu les entendre, parce qu'on dédaigne souvent d'apprendre ce qu'on ne veut pas se mettre en peine de faire. Car, comme il est dit dans l’Evangile que le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui néanmoins ne se sera pas tenu prêt, et n'aura pas fait ce qu'il désirait de lui, sera battu rudement, mais que celui qui n'aura pas su sa volonté et qui aura fait des choses dignes de châtiment, sera moins sévèrement châtié, ces malheureux s'imaginent trouver dans l'ignorance un prétexte pour pécher impunément. Comme ils sont tout plongés dans le nuage épais de l'orgueil, ils ne discernent pas la différence qu'il y a entre ne pas savoir, et ne pas vouloir savoir. Ne savoir point, c'est ignorance ; mais ne pas vouloir savoir, c'est un pur orgueil. Et ils peuvent d'autant moins alléguer pour excuse l'ignorance où ils sont de la vérité qu’elle se présent à leurs yeux même malgré eux sans qu'ils puissent éviter de la connaître.
"
Question III
Quelle est la sorte de présomption qui constitue le péché contre l’Esprit-Saint ?
C'est celle qui rend l'homme confiant dans la miséricorde de Dieu au point de lui faire oublier sa justice, et qui par conséquent lui ôte là crainte de Dieu en même temps qu'elle lui inspire la hardiesse de pécher.
C'est ici le péché de beaucoup de personnes de nos jours, qui, se contentant d'avoir en Jésus-Christ une foi stérile, croupissent comme de vils animaux dans l'ordure de leurs péchés et osent non-seulement s'assurer d’eux-mêmes le salut, mais l'assurer aussi aux autres, pourvu qu'on mette sa confiance dans les mérites de Jésus-Christ et dans la grâce de Dieu appréhendée par la foi, quelque peu de soin qu'on ait d'ailleurs de produire des fruits de pénitence. C’est aux gens de cette espèce que s'adresse l’apostrophe suivante de saint Paul, ce docteur des nations dans la foi et dans la vérité : Est- ce que vous méprisez les richesses de la bonté de Dieu, de sa patience et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que sa douceur vous invite à la pénitence ?
C'est pourquoi le même apôtre, bien loin de préconiser la foi comme suffisant toute seule pour le salut, ordonne dans un autre endroit à tous les fidèles de travailler à leur salut avec crainte et tremblement ; et si d'ailleurs il recommande la foi, ce p.131 fin p.132 début n'est pas une foi oisive et morte, comme l'appelle saint Jacques, mais une foi vive et agissante, qui opère par la charité. C'est contre cet énorme péché que sont dirigées ces malédictions que nous lisons dans l'Ecclésiastique : Ne soyez point sans crainte au sujet de l'offense qui vous a été remise, et n'ajoutez pas péché sur péché. Ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande ; il aura pitié du grand nombre de mes péchés. Car son indignation est prompte, aussi bien que sa miséricorde et il regarde les pécheurs dans sa colère. C'est donc avec justice que le Prophète dit à son tour : Je chanterai, Seigneur, devant vous votre miséricorde et votre justice. Et ailleurs : La majesté du Roi éclate dans son amour pour la justice.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. JOEL, 1, 17 : " Les grains sont pourris sous la gelée qui les couvre ; les greniers ont été détruits et les magasins ruinés, parce que le froment a été frappé de stérilité par la sécheresse. "