Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 123)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

13. Ibidem, canon 13 : " Si quelqu'un dit que tout homme a besoin, pour obtenir la rémission de ses péchés de croire sans hésitation et avec une entière certitude que ses péchés lui sont remis, quelle que puisse être d'ailleurs sa faiblesse ou l'imperfection de ses dispositions ; qu'il soit anathème. "

14. Ibidem, canon 14 : " Si quelqu'un dit qu'un homme est absous de ses péchés et établi en état de grâce par cela seul qu'il se croit certainement absous et justifié ou qu'il n'y a de vraiment justifié que ceux qui croient l’être et que la foi qui absout et justifie n'est autre chose que cette sorte d'assurance ; qu'il soit anathème. "

15. S. JEROME, in caput IV Danielis, sur ces paroles,

Forsan ignoscet Deus delictis tuis, etc. : " Puisque Daniel lui-même, malgré la connaissance qu'il avait de l'avenir, ne s'exprimait qu'en termes dubitatifs sur les dispositions de Dieu (à l'égard de Nabuchodonosor,) ceux-là sont bien téméraires qui promettent hardiment le pardon aux pécheurs. Et cependant il faut remarquer que, si le pardon est promis à Nabuchodonosor en considération des bonnes œuvres conseillées à ce roi, il doit l'être bien plus certainement encore à ceux qui ne seraient pas aussi coupables. " .

16. S. AUGUSTIN, Tract. XXXIII in Joannem : " Que ceux qui aiment la douceur dans le Seigneur, craignent en même temps sa vérité : car il est doux, mais il est équitable aussi, selon l'expression du Prophète (Ps. XXIV, 8). Vous l'aimez parce qu'il est doux ; craignez-le donc aussi parce qu'il est équitable et juste. Sa douceur lui a fait dire : J'ai gardé le silence (Is., XLII, 14). Mais sa justice lui a fait ajouter aussitôt : Est-ce que je le garderai toujours ? Le Seigneur, dit le Prophète roi, est clément et miséricordieux. Ajoutez encore avec lui qu'il est patient ; ajoutez même qu'il est tout rempli de miséricorde mais tremblez à ce dernier mot du même Prophète : VERAX, il est véritable dans ses promesses et ses menaces ; car il jugera avec une souveraine équité les pécheurs qui auront méprisé sa patience. Est-ce que vous méprisez, dit l'Apôtre, les richesses de ma bonté, de sa patience et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ?

Mais vous, par votre endur- p.147 fin p.148 début cissement et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rom., II, 4 et suiv.). Le Seigneur est doux, il est lent à punir, il est plein de miséricorde ; mais il est juste aussi, et véritable dans toutes ses paroles. Il vous donne du temps pour vous corriger ; mais plutôt que de vous corriger, vous aimez mieux remettre d'un jour à l'autre. Vous étiez mauvais hier ? Soyez bon aujourd'hui. Vous restez mauvais encore aujourd'hui ? Au moins, soyez bon demain. Mais vous attendez toujours, et vous vous promettez beaucoup de la miséricorde de Dieu ; comme si celui qui vous a promis le pardon si vous vous repentez à la fin, vous avait également promis une longue vie. Qui vous a fait connaître ce que vous serez demain ? C'est avec raison que vous dites dans votre cœur : Quand je me serai corrigé, le Seigneur me pardonnera tous mes péchés. Nous ne pouvons nier en effet que Dieu ait promis le pardon à ceux qui se corrigent et se convertissent. Mais si vous lisez dans les prophètes que Dieu a promis le pardon aux pécheurs qui changent de vie, vous ne sauriez y lire de même qu'il vous ait promis une longue vie. "

" Il y a donc un égal danger, quoique par des raisons et des dispositions contraires, à trop espérer et à ne pas assez espérer. Quels sont ceux qui se trompent en espérant trop ? Ce sont ceux qui disent : Dieu est bon, Dieu est miséricordieux : je n'ai qu’à faire ce qu'il me plaira, qu’à agir à ma fantaisie, qu’à lâcher la bride à mes passions, qu’à contenter tous mes caprices. Pourquoi ? Parce que Dieu est miséricordieux, qu'il est bon, qu'il est doux. Voilà quels sont ceux qui courent risque de se perdre par un excès d’espérance. Ceux au contraire qui se perdent par un défaut d’espérance ou par désespoir, ce sont ceux qui, croyant leurs péchés trop énormes pour pouvoir être pardonnés même à leur repentir, et se regardant déjà comme damnés sans ressource, se disent à eux-mêmes : Je dois être damné ; pourquoi dès-lors ne pas faire tout ce qu'il me plaît ? Ainsi se conduisent en effet des gladiateurs destinés à périr dans le cirque. Leur désespoir même fait leur force ; parvenus à l'excès de leurs maux, ils n'en sont que plus à redouter pour leurs adversaires. De telles gens se perdent par le désespoir, comme les autres par la présomption. Le bon parti est donc de tenir le milieu entre les deux. On doit craindre de se perdre par présomption et d'encourir la damnation en espérant avec excès de la miséricorde divine ;

p.148 fin p.149 début mais on doit craindre également de se perdre par désespoir ou de renoncer à faire pénitence en se persuadant qu'elle serait inutile, et d'encourir ainsi cette juste sentence de la divine sagesse : Je me rirai de vous au jour de votre ruine (Prov., I, 26). Que fait donc le Seigneur pour guérir les pécheurs de l'une comme de l'autre de ces deux maladies ? A ceux qui présument, il dit : Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre (Ecclé., V, 8). Et à ceux qui se désespèrent, que dit-il ? En quelque jour que se convertisse le pécheur, j'oublierai toutes ses iniquités. "

" Dieu a donc offert le port de son indulgence à ceux qui sont en péril d’être submergé par la tempête du désespoir, comme il a laissé dans l'incertitude de la mort ceux qu'un trop facile espoir de salut met en péril, et qui se laissent tromper par l'attente d'une conversion qu'ils diffèrent d'un jour à l'autre. Vous ne savez pas quand viendra votre dernier jour (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome II, pag. 324-328). "

17. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 50, c. 10 : " Sur quoi donc se fondent ces hommes vains qui se promettent un salut chimérique tout en persévérant dans leurs désordres, puisqu'ils entendent l'Apôtre leur dire que ceux qui font ces choses ne posséderont pas le royaume de Dieu ? Ils osent se promettre le salut en dehors de ce royaume même de Dieu, et voici le langage qu'ils se tiennent à eux-mêmes, pour s'enhardir à ne pas faire pénitence et à ne rien changer dans leur genre de vie. Je ne veux pas régner c'est assez pour moi d’être sauvé. Et c'est en quoi ils se trompent, premièrement parce qu'il n'y a point de salut pour ceux qui persévèrent dans le mal. Car lorsque Notre-Seigneur a dit : Parce que l’iniquité se sera accrue, la charité de plusieurs se refroidira, mais celui-là sera sauvé qui persévère jusqu’à la fin (MATTH., XXIV, 12) ; c'est à ceux qui persévère dans la charité qu'il a promis le salut, et non à ceux qui persévèrent dans l'iniquité. . . Qui donc osera se croire sauvé par cela seul qu'il porte le nom de chrétien au lieu d'écouter avec soumission et frayeur ces paroles de l'Apôtre : Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est le même qu'un idolâtre, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours. Car c'est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les hommes rebelles à l’en- p.149 fin p.150 début seignement de la vérité. N’ayez donc rien de commun avec eux (Eph., V, 5-7). Il s'explique encore davantage sur cet article dans sa première épître aux Corinthiens : Ne vous y trompez pas, leur écrit-il ; ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui, ne seront héritiers du royaume de Dieu (I Cor., VI, 9-10). Mais voyez aussi comme l'Apôtre a soin de rendre la confiance et l’espérance du salut à ceux qui dans leur vie antérieure s’étaient rendus coupables de ces crimes : C'est, continue cet apôtre, ce que quelques-uns de vous ont été autrefois ; mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et par l'esprit de notre Dieu. Quiconque donc après son baptême reste toujours esclave de criminelles habitudes, est ennemi de lui-même s'il hésite encore à changer de vie, tandis qu'il lui en reste encore le temps, puisque, s'il lui arrive de pécher, c'est qu'il est encore vivant. Car en persévérant d'une part, comme il le fait, dans son état de péché, il s'amasse un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (Rom., II, 5). Et de l'autre, comme il est encore vivant, la patience de Dieu l'invite à la pénitence. Ainsi embarrassé dans les funestes liens de ses péchés, il refuse, ou il diffère, ou il hésite à recourir à l'Eglise et aux clefs dont elle a le maniement pour être absous dans le ciel en même temps qu'il le sera sur la terre, et il ose se promettre le salut après cette vie, en s'appuyant uniquement sur sa qualité de chrétien, sans paraître s'effrayer de cet oracle redoutable sorti de là bouche de Jésus-Christ : Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux, etc. (MATTH., VII, 21). Que dit aux Galates le même apôtre ? En faisant la même énumération des crimes qui excluent du royaume des cieux, ne les soumet-il pas à la même conclusion ? Il est aisé, dit-il, de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l’impudicité, la dissolution, l'idolâtrie, les empoisonnements, les inimités, les dissensions, les jalousies, les animosités, les querelles, les divisions, les hérésies, les envies, les meurtres, les ivrogneries, les débauches et autres choses semblables, dont je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes ne seront point héritiers du royaume de Dieu (Gal. , V, 19-21). "

48. S. ISIDORE, De summo bono, lib. II, c. 13 :

" Quelque pécheur et impie qu'on puisse être, on doit croire qu'on pourra p.150 fin p.151 début obtenir son pardon, si l'on revient à pénitence.

Car personne ne saurait douter de la bonté de Dieu ; mais c'est la perversité de ceux qui auraient d’en recueillir le bienfait, qui seule met obstacle à l'indulgence divine. Ce n'est que dans cette vie qu'on est libre de faire pénitence ; après la mort, au contraire, tout moyen de se convertir sera ôté. C'est pour cela que Jésus-Christ a dit : Il faut que je fasse les œuvres de celui qui m'a envoyé pendant qu'il est jour : la nuit vient, et ce n'est pas dans la nuit qu'on peut agir (JEAN, IX, 4). De là vient aussi ce qu'a dit le Prophète : Rendez gloire au Seigneur votre Dieu avant que les ténèbres vous surprennent (JEREM., XIII, 10), c'est-à-dire, avant que la mort éternelle ne vienne vous engloutir. Tandis que vous êtes en cette vie, rendez gloire à Dieu par votre vie pénitente. Tant que nous sommes en ce monde, la miséricorde de Dieu nous accueille du moment où elle nous voit faire des œuvres de pénitence. Au lieu que dans le siècle à venir nous n'aurons plus à travailler, mais seulement à rendre compte de nos œuvres Ce qui consomme pour l'ordinaire la perversion des méchants, c’est le temps même que la patience de Dieu leur accorde pour se corriger, parce qu'au lieu de s'en servir pour faire pénitence, ils en abusent pour pécher avec plus d'audace. Or, c'est aller de mal en pis, que d'employer à faire le mal, le temps qui n'a été accordé que pour revenir à la pratique du bien. Chacun doit, tandis qu'il le peut, se hâter de revenir à Dieu en réparant ses fautes passées, de peur que, si on refuse de le faire tandis qu'on le peut, on ne le puisse plus lorsqu'on le voudra plus tard. C'est ce qui a fait dire au Prophète : Cherchez le Seigneur, tandis qu'il peut être trouvé ;

invoquez-le, tandis qu'il est proche de vous (Is., LV, 6). Et où peut-on le trouver, si ce n'est dans cette vie, comme c'est dans cette vie qu'il est tout proche de tous ceux qui l'invoquent (Ps. CXLIV, 18) ? Car il sera loin un jour de ceux à qui il aura fait entendre ces paroles : Allez au feu éternel (MATTH., XXV, 41). Maintenant au contraire il est près de nous, sans être vu de nous ; plus lard il n'en sera plus de même, mais il ne pourra plus ni être vu, ni être trouvé. Si, lorsque quelqu'un a péché, il prend le parti de faire pénitence, et de rétracter tandis qu'il vit encore, toutes ses habitudes criminelles, il est indubitable qu’à sa mort il pourra passer à l'éternel repos. Quant à celui qui, après toute une vie de désordres, fait pénitence quand enfin il se voit en danger de mort, autant sa réprobation est douteuse, autant sa réconciliation avec Dieu p.151 fin p.152 début est incertaine. Que celui donc qui voudrait obtenir à la mort la certitude du pardon de ses péchés fasse pénitence tandis qu'il est en santé et qu'il expie ses péchés avant que la mort le surprenne. Il y en a qui se hâtent de promettre aux pénitents l'assurance de leur salut, et qui méritent par là qu'on leur applique ces paroles du Prophète : Ils guérissaient les plaies de mon peuple d'une manière honteuse, en disant : La paix, la paix, lorsqu'il n'y avait point de paix (JEREM., VI, 14). C'est donc guérir les plaies d'une manière honteuse, que de promettre la paix de la conscience au pécheur dont la pénitence est défectueuse. C'est pourquoi le Prophète dit ensuite (ibidem, 15) : Ils ont été confus, parce qu’ils ont fait des choses abominables ; confus, dis-je, non en faisant pénitence, mais en portant la peine de leur iniquité. Car autre est la confusion qu'éprouve devant son juge le coupable qui subit son châtiment, autre est celle de celui qui rougit de ses mauvaises actions et cherche à s'en corriger. Car le premier est confus, parce qu'il subit la réprimande ; le second l'est, parce que sa conscience lui reproche d'avoir mal fait. Quoique la pénitence assure le pardon des péchés, on ne doit pas cependant être sans crainte, parce que la satisfaction du pénitent a pour juge des valeurs Dieu, et non les hommes. Comme donc la miséricorde de Dieu est pour nous un abîme impénétrable, le seul parti prudent pour un pécheur est de ne point mettre de bornes à sa pénitence. Car un pénitent ne doit jamais être tout-à-fait tranquille au sujet des péchés qu'il a commis. Autrement, la sécurité engendre la négligence et la négligence, si l'on n'y prend garde, fait retomber dans les fautes qu'on a d'abord désavouées. Si, après qu'on s'est relevé par la pénitence, une imprudente sécurité occasionne de nouvelles chutes, on soupire bientôt avec une nouvelle ardeur après les plaisirs illicites qu'on s'était autrefois procurés, on retombe ainsi avec un danger nouveau dans ses perverses habitudes, et le dernier état de l'homme devient pire que le premier. "

19. S. AUGUSTIN, De perfectione justitios contra Cœlestium, resp. 19 : " Pour répondre à notre adversaire, nous disons que la sentence de l’Ecrivain sacré (Prov., XX, 8-9) finit par ces mots : Qui se glorifiera d'avoir un cœur chaste ? parce qu'elle commence par ceux-ci : Lorsqu'un roi juste sera assis sur son trône. Car quelque juste ou quelque saint que soit un homme, il doit craindre qu'il ne se trouve en lui, à son insu, quelque chose à reprendre, lorsque le roi juste sera assis sur son trône, ce roi à la connaissance p.152 fin p.153 début duquel aucun péché n’échappe, pas même ceux dont il est dit : Qui est celui qui connaît ses péchés (Ps. XVIII, 13) ? Lors donc que le roi juste sera sur son trône, qui est- ce qui se glorifiera d'avoir un cœur chaste ? Ou en d'autres termes : Qui se glorifiera d'être pur de tout péché ? A moins que ce ne soient ces hommes qui tiennent à se glorifier de leur propre justice, au lieu de le faire de la miséricorde le Dieu. "

20. Le même, Lib. de correptione et gratiâ, c. 13 (al. 40) : " Y a-t-il quelqu'un dans la grande multitude des fidèles qui, tant qu'il est sur la terre, soit assuré d’être du nombre des prédestinés ? Aussi est-il à propos que cela nous demeure caché dans cette vie, où l'enflure de l'orgueil est tant à craindre, qu'un saint Paul même recevait des soufflets d'un ange de Satan pour en être préservé (II Cor., XII, 7). C'est pour la même raison que Jésus-Christ disait à ses apôtres : Si vous demeurez fidèles à ma parole, etc. (JEAN, XV, 7), quoiqu'il fût assuré qu'ils lui demeureraient fidèles. Dieu dit de même par un prophète : Si vous voulez m'écouter et me croire, etc. (Is., I, 19), quoiqu'il sût parfaitement qui étaient ceux en qui il produirait lui-même ce bon vouloir (Philip., II, 13). L'Ecriture est pleine de textes semblables ; et il faut croire que c'est qu'il est utile aux élus d’ignorer ce secret, afin que personne ne s’élève, mais que tous ceux-là mêmes qui courent avec ardeur dans la bonne voie soient toujours dans la crainte, par l'incertitude où ils sont de parvenir au but. "

21. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 41 (Voici le jugement que Noël-Alexandre porte de cette homélie. Le commencement n'est à ses yeux qu'un fragment de quelque homélie du saint docteur. A partir ensuite de ces mots : Sed dicat aliquis (mais on dira, etc.), jusqu’à ces autres : Viste dub o liberare (voulez-vous vous tirer d’incertitude, etc.), ce serait une interpolation de quelque main maladroite, qui, en faisant l'énumération de l'ivrognerie, de la convoitise, du larcin, des paroles mauvaises, du rire immodéré, des paroles oiseuses, comme d'autant de péchés légers, les compte immédiatement après comme péchés graves : Ecce quàm levia dixi, ommia tamen gravia et pestifera.

V. NAT. ALEX., Eccl. hist. sæc. V, p. 104, édit. de

Venise) : " Celui qui aura fait une sincère pénitence et aura été délivré des liens dans lesquels il était auparavant détenu captif, en même temps que séparé du corps de Jésus-Christ, s'il vit à la suite de sa pénitence comme il aurait dû toujours vivre, et qu'il vienne à mourir après avoir été réconcilié avec Dieu, sera admis à voir Dieu, à jouir du repos éternel, à entrer en possession du p.153 fin p.154 début royaume céleste, et sera à jamais séparé de la société des démons. Mais si quelqu'un attend pour faire pénitence qu'il se voie au lit de la mort, s'il meurt ensuite après avoir été réconcilié, j'avoue que nous ne lui refusons pas ce congé qu'il nous demande, mais nous ne présumons pas pour cela qu'il fasse une bonne mort. Non, je ne présume point cela, je le confesse ; j'aurais plutôt une présomption toute différente. Le fidèle qui remplit ses devoirs dans l’état de santé quitte ce monde assuré de son bonheur. Celui qui meurt aussitôt après son baptême, est de même assuré de son salut. Celui qui fait pénitence, et qui réconcilié avec Dieu quand il est encore en santé, continue ensuite à bien vivre, est encore assuré de son bonheur. Celui qui ne fait pénitence qu’à la fin de sa vie, et qui ne se réconcilie qu'alors avec Dieu, peut se croire assuré de son salut ; pour moi, je ne l'en tiens pas assuré. Si j'en étais assuré moi-même, je le dirais, et en le disant, je donnerais la sécurité aux autres ; mais ne pouvant l'être, je puis bien donner la pénitence, mais je ne puis pas donner la sécurité. Quelqu'un me dira peut-être : Bon prêtre, tu nous dis que tu n’es pas assuré et que tu ne peux pas nous assurer nous-mêmes, si celui qui a été impénitent pendant qu'il était en santé et à qui tu donnes la pénitence au moment de sa mort, obtiendra le salut et méritera d'aller avec Jésus-Christ : Enseigne-nous donc de grâce ce que nous devons faire pour bien vivre après avoir été admis à la pénitence.

Le voici, mes frères : Abstenez-vous de l'ivrognerie, de la convoitise, du larcin, du rire immodéré, du bavardage et des paroles inutiles, dont il faudra que les hommes rendent compte au jour du jugement. Que de péchés en apparence légers, et tous cependant assez graves pour donner la mort à l'âme ! Je dis de plus : Ce n'est pas seulement après la pénitence que chacun doit s'abstenir de tous ces vices, mais c'est aussi avant la pénitence et tandis qu'on se porte bien, parce que, si l'on attend jusqu’à la fin de sa vie, on ignore si l'on pourra recevoir la pénitence elle-même, et confesser ses péchés à Dieu et à son ministre. C'est pourquoi j'ai dit qu'il fallait vivre bien avant la pénitence, et mieux encore après l'avoir reçue.

Faites bien attention à mes paroles : je vais les expliquer encore davantage, de peur que l'on ne prête quelque sentiment erroné. Est-ce à dire qu'un homme dans ces conditions sera damné ? Ce n'est pas là ce que je dis. Est-ce donc à dire qu'il sera sauvé ? Je ne le dis pas non plus. Qu'est-ce donc à dire ? C’est-à-dire que je n'en sais rien ; je ne présume p.154 fin p.155 début rien, je ne puis rien promettre, je n'en puis rien savoir. Voulez-vous sortir de cette incertitude ? Voulez-vous échapper à tout danger ? Faites pénitence tandis que vous êtes en santé. Car si vous faites une sincère pénitence dans votre état de santé, vous vous trouverez également bien disposé à votre dernier jour. Hâtez-vous de vous réconcilier, si vous le faites, vous n'avez rien à craindre. Pourquoi ? parce que vous aurez fait pénitence dans un temps où vous auriez pu pécher. Si au contraire vous ne voulez faire pénitence que lorsque vous ne pourrez plus pécher ce ne sera pas vous qui aurez quitté le péché, mais ce sera le péché qui vous aura quitté. Mais qui vous a dit, m'objecterez-vous, que Dieu ne me pardonnera pas ? Vous dites vrai : je n'en sais rien. La seule chose que je sache, c'est que je n'en sais rien. C'est parce que je n'en sais rien, que je vous accorde la pénitence. Je vous la refuserais, si je savais qu'elle devrait vous être inutile. D'un autre côté, si je savais qu'elle vous servirait, je ne prendrais point tant la peine de vous avertir et de vous effrayer. De deux choses l'une : ou vous obtiendrez votre pardon, ou vous ne l'obtiendrez pas. Je ne sais laquelle de ces deux choses sera votre partage : tenez-vous-en donc à ce qui est certain, et laissez l'incertain. "

22. Le même, Serm. III de Innocentibus (c'est le 10e de Sanctis) : " Si l'on voulait ne pas perdre la pensée du jour de sa mort, on saurait se tenir en garde contre tout péché et contre toute convoitise. Mais, parce qu'on repousse actuellement cette pensée salutaire, on rend irrémédiable pour la suite ce mal qu'on ne saurait éviter. Car le dernier jour, le jour du jugement, viendra alors quand on ne pourra plus ni faire pénitence, ni pratiquer de bonnes œuvres pour échapper à la mort éternelle, parce que telle est la peine infligée au pécheur qu'il s'oublie soi-même à la mort, pour avoir oublié Dieu pendant la vie. "

23. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. XVI Moralium in Job, c. 31 (al. 20), sur ces paroles, Usque ad inferos peccatum illius : " Que son péché aille jusqu'aux enfers, c'est-à-dire qu'il ne s'en corrige point par la pénitence avant la fin de la vie présente. Et c'est de ce péché que parle l'apôtre saint Jean, quand il dit : Il y a un péché qui va à la mort ; et ce n'est pas pour ce péché-là que je vous dis de prier (I JEAN, V, 16). Car c'est en vain qu'on demande à Dieu le pardon d'un péché, dont le coupable ne s'est point corrigé avant sa mort. C'est encore de ce pécheur que Job dit ensuite : Que la miséricorde ne se souvienne pas de lui. La miséricorde de Dieu oublie celui qui a oublié sa justice, parce p.155 fin p.156 début que le pécheur qui ne craint pas Dieu présentement comme un juste juge, ne le trouvera pas un jour miséricordieux et indulgent. Cela doit s'entendre non-seulement de ceux qui abandonnent la vraie foi, mais aussi de ceux qui l'ayant embrassée ne laissent pas de mener une vie charnelle, puisqu'il est impossible d'éviter la damnation, soit qu'on pèche dans la foi, soit qu'on pèche dans les œuvres ; car, bien qu'il y ait quelque différence dans la qualité et la mesure de la peine, il n'en est pas moins certain qu'il ne reste aucune espérance de pardon pour les péchés qui n'ont pas été effacés dans cette vie par la pénitence (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 692). "

24. S. BERNARD, in parvis sermonibus, Serm. 52

: " Je compte trois baisers : le baiser des pieds, celui des mains et celui du visage. Dans le premier moment de notre conversion, ce sont les pieds de Notre-Seigneur que nous baisons. Or, les pieds de Notre-Seigneur sont, le premier la miséricorde, et le second la vérité. Dieu imprime l'un et l'autre sur le cœur de ceux qui se convertissent, et tout pécheur vraiment pénitent les baise tous les deux. Car, s'il n'acceptait que la miséricorde sans accepter la vérité, il tomberait, par présomption. Si au contraire il acceptait la vérité sans accepter la miséricorde, il périrait par le désespoir. Si donc il veut être sauvé, qu'il se prosterne humblement au pied de la miséricorde comme au pied de la vérité, afin que celle-ci lui fasse condamner ses péchés et que celle-là lui fasse espérer son pardon. "

23. Le même, Serm. VI in Cantica : " Heureuse est l'âme, à qui le Seigneur Jésus a fait la faveur d'imprimer sur elle ses deux pieds. Vous reconnaitrez cette âme à deux signes ; car il est nécessaire qu'elle retienne l'impression des pieds divins. Ces deux signes sont la crainte et l’espérance ; celle-là lui retrace l'image des jugements de Dieu, celle-ci l'image de sa miséricorde. Le Psalmiste a dit avec raison que le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent, et qui espèrent en sa miséricorde (Ps. CXLVI, 11), puisque la crainte est le commencement de la sagesse, et, que l'espérance en est le progrès. Car quant à la perfection de la sagesse, c'est le privilège de la charité. Les choses étant ainsi, ce n'est pas un médiocre avantage, que celui qu'on retire du premier baiser, ou de celui qui s'imprime sur les pieds. Ayez soin seulement de baiser également les deux. Car si vous vous bornez à ressentir la douleur de vos péchés et la p.156 fin p.157 début crainte des jugements de Dieu, vous ne baisez encore qu'un pied, celui de la vérité et de la justice. Mais si vous savez tempérer ce sentiment de crainte et de douleur par la considération de la bonté divine, alors vous embrassez aussi le pied de la miséricorde. Au lieu qu'il ne serait pas avantageux pour vous de baiser l'un sans l'autre, parce que la pensée de la justice toute seule jette dans le gouffre du désespoir et qu'une appréciation exagérée de la miséricorde engendre une sécurité funeste. Il m'a été donné plus d'une fois à moi-même, quelque indigne que j'en fusse, de m'asseoir aux pieds du Seigneur Jésus et d'embrasser avec une vive ferveur tantôt l'un, tantôt l'autre, autant que sa bonté daignait m'en faire la faveur. Si quelquefois, le souvenir de mes péchés, me faisant perdre de vue la miséricorde, je m'arrêtais trop longtemps à me représenter la justice divine, bientôt saisi d'un sentiment indicible de frayeur en même temps que de confusion, et plongé dans d'horribles ténèbres, j'avais à peine la force, tant j'étais abattu, de m'écrier comme du fond de cet abime : Qui peut comprendre, Seigneur, l’étendue de votre colère et combien votre indignation est redoutable (Ps. LXXXIX, 11) ? D’autres fois, si me détournant du pied de la justice je m'attachais de préférence à celui de la miséricorde, je tombais tout-à-coup au contraire dans une telle négligence et une telle incurie, que mon oraison en devenait plus tiède, mon action plus lente, mon penchant à rire plus effréné, ma conversation plus indiscrète, ma conduite entière plus ennemie de la retenue. Instruit donc par ma propre expérience, je chanterai, Seigneur, devant vous, non votre seule justice ou votre seule miséricorde, mais votre miséricorde et votre justice à la fois (Ps. C, 1). Je n'oublierai jamais la justice de vos ordonnances (CXVIII, 93). Vos ordonnances, pleines à la fois de justice et de miséricorde, me tiendront lieu de cantique dans le lieu de mon exil (ibid., 54), jusqu’à ce que, la miséricorde s'élevant au-dessus de la justice, ma misère disparaisse devant ma gloire, et que je ne chante plus que vos louanges, sans ressentir désormais les pointes de la tristesse (Ps. XXIX, 13). "

26. S. AUGUSTIN, Tract. de utilitate pœnitentiæ, c. ult. : " De même que celui qui tombe dans le désespoir augmente la somme de ses péchés, de même celui qui espère son pardon peut aussi en augmenter la somme, s'il se dit, par exemple : Je ferai ce que je voudrai ; Dieu est bon ; quand je me convertirai, il me pardonnera. Dites-vous à vous-même, j'y consens : Quand je me p.157 fin p.158 début convertirai, il me pardonnera ; si vous êtes assuré de votre lendemain. L'Ecriture ne vous donne-t-elle pas cet avertissement : Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre ; car sa colère éclatera tout d'un coup, et il vous perdra au jour de la vengeance (Eccles., V, 8-9). La providence de Dieu nous a fourni les moyens d'éviter ces deux écueils : pour que nous n'augmentions pas la somme de nos péchés par le désespoir, elle nous offre le port de la pénitence ; et pour que nous ne les augmentions pas non plus par une espérance mal réglée, elle nous a rendu incertain le jour de notre mort. "

Question IV

Comment pèche-t-on contre le Saint-Esprit par désespoir ? C'est en tombant dans le défaut opposé à la présomption dont nous venons de parler, c’est-à-dire en perdant toute espérance, soit d'obtenir notre pardon de Dieu, soit de parvenir au salut éternel. C'est ainsi que Caïn pécha par désespoir comme le témoignent assez ces paroles que l'Ecriture lui met à la bouche : Mon iniquité est trop grande, pour que j'en obtienne le pardon (Gen., IV, 10-14). Judas qui trahit Jésus-Christ pécha de même par désespoir, lorsque, perdant toute espérance de son salut, il mit fin à ses jours en s’étranglant avec un lacet. Or, il n'est jamais trop tard pour que nous fassions pénitence, comme le prouve l'exemple du bon larron, qui déjà sur la croix, et n'ayant plus qu'un souffle de vie, obtint de Jésus-Christ le pardon complet de ses crimes et l'assurance de la gloire céleste.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, IV, 10-14 : " Le Seigneur dit à Caïn : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. - Maintenant donc tu seras maudit sur cette terre, qui a ouvert p.158 fin p.159 début sa bouche pour recevoir le sang de ton frère, versé par ta main. Après même que tu l'auras cultivé, elle ne te donnera pas ses fruits : tu seras fugitif et errant sur la terre. - Caïn répondit au Seigneur : Mon iniquité est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon. - Voilà que vous me chassez de dessus la terre, et je me cacherai de devant votre face, et je serai fugitif et errant sur la terre ; et le premier qui me trouvera me tuera. "

2. MATTHIEU, XXVII, 3-5 : " Cependant Judas qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, en conçut du remords, et rapporta aux princes des prêtres et aux anciens du peuple les trente pièces d'argent, - en disant : J'ai péché en livrant le sang innocent. Mais ils lui répondirent : Que nous importe ? C'est ton affaire. - Alors Judas ayant jeté cet argent dans le temple, se retira, et alla se pendre. "

3. Actes, I, 16-19 : " Il faut que ce que le Saint-Esprit a prédit dans l’Ecriture par la bouche de David, au sujet de Judas, - qui s’est fait le guide de ceux qui ont pris Jésus, soit accompli. - Il était compté comme l’un des nôtres, et il partageait notre ministère. - Et il a acheté un champ du salaire de son crime ; et bientôt s'étant pendu, il a crevé par le milieu du ventre ; et toutes ses entrailles se sont répandues. - Et cela a été connu de tous les habitants de Jérusalem en sorte que ce champ a été appelé en leur langue hacel-dama, c'est-à-dire le champ du sang. "

4. Ephésiens, VI, 17-20 : " Je vous avertis donc, et je vous conjure par le Seigneur, de ne plus vivre comme les gentils, qui suivent dans leur conduite la vanité de leurs pensées ; qui ont l'esprit plein de ténèbres, qui sont éloignés de la vie de Dieu, à cause de l'ignorance où ils sont et de l'aveuglement de leur cœur ; - qui, ayant perdu tout espoir de salut, s'abandonnent à la dissolution, et se plongent avec une ardeur insatiable dans toutes sortes d'impuretés. - Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez été instruits à l'école de Jésus-Christ. "

6. EZECHIEL, XVIII, 21-25, 27-28, 30-32 : " Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, s'il garde tous mes préceptes, et s'il agit selon l'équité et la justice, il vivra certainement ; non, il ne mourra point. - Je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il aura précédemment commises ; il vivra dans les œuvres de justice qu'il aura faites. - Est-ce que je veux la mort p.159 fin p.160 début de l'impie, dit le Seigneur Dieu, et non pas plutôt qu'il se retire de sa mauvaise voie, et qu'il vive. . . ? - Lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété où il aura été jusque-là et qu'il agira selon l'équité et la justice, il rendra par ce moyen la vie à son âme. - Comme il sera rentré en lui-même et qu'il se sera détourné de toutes ses œuvres d’iniquité il vivra certainement ; non, il ne mourra point. . . - Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités et l'iniquité ne sera plus pour vous un sujet de ruine. - Rejetez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Eh ! pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël ? - Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Revenez à moi, et vivez. "

7. Id., XXXIII, 12, 14-16 : " En quelque jour que l'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point. . . , - si, après que j'aurai dit l'impie : Tu mourras certainement, il fait pénitence de son péché et qu'il se conduise selon l'équité et la justice ; - si cet impie rend le gage qu'on lui avait confié, s’il restitue le bien qu'il avait ravi, s'il marche dans la voie des commandements qui donnent la vie, s'il ne fait rien d'injuste, il vivra certainement ; non, il ne mourra point. - Tous les péchés qu'il aura pu commettre ne lui seront point imputés : il aura fait ce qui est droit et juste, et ainsi il vivra très-certainement. "

8. I JEAN, II, 11- 12 : " Si quelqu'un pèche nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ, qui est juste ; - car c'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. "

9. Id., I, 7-9 : " Le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. . . - Si nous confessons nos péchés, il est trop fidèle et trop juste pour ne pas nous les remettre, et ne pas nous purifier de toute iniquité. "

10. JEREMIE, III, 1 : " On dit ordinairement : Si une femme, après avoir été répudiée par son mari et l'avoir quitté en épouse un autre, son mari la prendra-t-il encore ? Et n'est-elle pas à ses yeux une terre impure et souillée ? Et toi, tu t'es attachée à une multitude d'amants ; cependant, reviens-moi, dit le Seigneur, et je te recevrai. "

11. ISAIE, I, 16-18 : " Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées, cessez de faire le mal, - apprenez à faire le bien, recherchez ce qui est juste, p.160 fin p.161 début assistez l'opprimé, faites droit à l'orphelin, défendez la veuve. - Et venez, et accusez-moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l'écarlate ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme du vermillon, ils deviendront semblables à la laine la plus blanche. "

12. Psaume CXLIV, 8-9 : " Le Seigneur est bon et compatissant ; il est lent à s'irriter et riche en miséricorde. - Sa bonté se fait sentir à tous, et ses miséricordes s'étendent à toutes les œuvres de ses mains. "

13. Ecclésiastique, X VII, 20-23, 26-28

: " Dieu ouvre la voie de la justice au repentir. . . - Convertissez-vous au Seigneur, quittez vos péchés ; - offrez-lui vos prières et éloignez-vous de plus en plus de ce qui est pour vous un sujet de chute. - Revenez au Seigneur, détournez-vous de l’injustice et ayez en horreur ce que Dieu déteste, etc. - Ne demeurez point dans l'erreur des méchants ; louez Dieu avant la mort. La louange n'est plus rien pour les morts, parce qu'ils sont comme s'ils n'étaient plus. - Louez-le tant que vous vivrez ; louez-le pendant que vous jouissez de la vie et de la santé ; louez Dieu, glorifiez-vous dans ses miséricordes. - Qu'elle est grande la miséricorde du Seigneur, et sa clémence pour ceux qui se convertissent lui ! "

14. LUC, XXIII, 39-43 : " Or, l'un des deux voleurs qui étaient crucifiés avec lui, blasphémait contre lui en disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi. - Mais l'autre le reprenait en disant : N'as-tu donc aucune crainte de Dieu parce que tu es condamné au même supplice ? - Encore est-ce avec justice que nous le sommes, puisque nous portons en cela la peine de nos crimes ; mais lui, il n'a fait aucun mal. - Puis il dit à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez entré en possession de votre royaume. - Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN (Ou plutôt saint Césaire, au jugement de Noël-Alexandre et d'autres critiques. V. NAT. ALEX., Eccl. hist. sæc. V, p. 108, édit de Venise ; Sermons de saint Césaire, t. II; p. 46-49), Serm. LVIII de tempore : " Ce n'est pas celui qui aura péché, mais bien celui qui aura persévéré dans ses p.161 fin p.162 début péchés qui sera odieux et abominable aux yeux de Dieu. C'est le Seigneur lui-même qui a la bonté de nous exhorter par son prophète comme le plus tendre de tous les pères, à ne pas nous défier de sa miséricorde : Je ne veux pas la mort du pécheur, dit-il, mais qu'il se convertisse et qu'il vive (EZECHX., XXIII, 12) ; et encore : En quelque jour que t'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point (ibid.). Quelle bonté ! quel excès de miséricorde ! Quelque grande cependant que soit cette bonté, mes frères, elle ne nous sera avantageuse, qu'autant que nous ne différerons pas de nous convertir au Seigneur, et que nous n'ajouterons pas crimes sur crimes. Nous pouvons apprendre à connaître la conduite à tenir dans les infirmités de nos âmes, par celle que nous observons en cas de blessures ou de fractures qui nous atteindraient dans nos corps. Que quelqu'un se rompe le pied ou la main, ce n'est qu'avec bien de la peine qu'on le rétabli dans son premier état ; mais s'il lui arrive de se rompre encore ce pied ou cette main au même endroit une seconde et une troisième fois, ou même plus souvent, votre charité conçoit aisément quelles douleurs il lui faudra endurer pour se guérir de ces dernières blessures : à peine, après des soins bien longs et bien multipliés, pourra-t-on réussir à rétablir ces membres dans leur premier état. Il faut raisonner de même des blessures et des fractures des âmes. Que quelqu'un pèche une première ou une seconde fois, s'il ne diffère pas, s'il n’hésite pas à recourir aux remèdes de la pénitence, il recouvrera bientôt sa première santé ; mais s'il ajoute péchés sur péchés, s’il aime mieux laisser vieillir les blessures de son âme en les couvrant et les entretenant, plutôt que de travailler à les guérir en les confessant et en faisant pénitence, il est bien à craindre qu'il n'éprouve ce qu'a dit l'Apôtre : Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par la dureté et l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (Rom., II, 4-5). "

" Mais peut-être que quelqu'un, entendant ceci, pense en lui-même qu'il a commis des péchés si considérables qu’il ne peut plus mériter la miséricorde de Dieu. A Dieu ne plaise qu'aucun pécheur ait de telles pensées ! Vous faites attention, mon frère, qui que vous soyez, à la multitude de vos péchés ; eh ! que ne faites-vous aussi attention à la toute-puissance du médecin céleste ? Pensez-y donc. Dieu veut bien avoir pitié de nous, p.162 fin p.163 début puisqu'il est bon ; il le peut, puisqu'il est tout puissant : c'est donc se fermer à soi-même la porte de la miséricorde, que de croire, ou que Dieu ne veut pas, ou qu'il ne peut pas avoir pitié de nous : c'est se méfier ou de sa bonté ou de sa toute -puissance. Que personne donc, après cent péchés, après mille crimes même, ne désespère de la miséricorde de Dieu. Non, je le répète, qu'il n'en désespère pas ; qu'il se hâte cependant de se rendre Dieu favorable, qu'il ne tarde pas un instant, de crainte que, s'il s'engageait dans l'habitude de pécher, il ne puisse plus se délivrer des filets du démon, quand même il le voudrait. "

2. Le même, in PS. L : " Si quelqu'un est déjà tombé, si sa conscience lui reproche quelque crime, qu'il pèse attentivement les paroles de ce psaume ; qu'il voie, d'un côté, la grandeur de sa plaie ; mais que, de l'autre, il ne désespère pas du pouvoir du médecin. Le péché joint au désespoir est une mort assurée (Peccatum cum desperatione, certa mors). Que personne ne dise donc : Puisque j'ai fait ce mal, Dieu me condamnera infailliblement. Il ne pardonne point de si énormes crimes : pourquoi n'ajouterais- je pas péchés sur péchés ? Je m'en vais jouir de tous les plaisirs de ce monde, et me livrer à toute sorte de débauche ? Puisque j'ai perdu toute espérance de me relever, que je jouisse du moins, quant à présent, de ce que j'ai sous les yeux, si je ne puis plus espérer pour l'avenir cet autre bonheur dont je n'ai que la foi. " " Ce psaume donc (le cinquantième) servira de remède à un si grand mal ; et comme, d'un côté, il est pour ceux qui ne sont pas tombés un avertissement de veiller sur eux-mêmes, il empêchera de l'autre, ceux qui sont déjà tombés d’entrer dans le désespoir (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 650). "

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