Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 124)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. VIII Moralium in Job, c. 14 (al. 13) : " On peut entendre par ce mot d'enfer le désespoir du pécheur, dont parle David quand il dit : Qui, dans l’enfer, célébrera vos louanges (Ps. VI, 6) ? et dont il est écrit ailleurs : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péché, il méprise tout (Prov., XVIII, 3). Or, quiconque se laisse aller au péché donne la mort à son âme en abandonnant la vie de la justice ; mais celui qui après le péché est accablé de plus sous le poids du désespoir, n’est-il pas, déjà mort qu'il est, enseveli pour ainsi dire dans l'enfer ? C'est donc avec beaucoup de raison qu'il p.163 fin p.164 début est dit ici : Comme les nuées se dissipent et passent, de même celui qui descend aux enfers n'en remonte plus. Parce que, quand le désespoir accompagne le péché, il ne reste plus aucune voie de retour à la justice. Et le cœur de chacun de ceux qui s'abandonnent au désespoir est fort justement comparé à une nuée puisqu'il est obscurci par les ténèbres de l'erreur, et comme condensé sous la multitude de ses péchés ; mais ce sont des nuées qui se dissipent et passent, puisqu'elles s’évanouiront infailliblement au grand jour du jugement dernier (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. 1er, p. 752). "

4. S. ISIDORE, Lib. II de summo bono, c. 14 : "

On s'approche de Dieu ou l'on s'éloigné de lui, non par la distance des lieux, mais par la nature bonne ou mauvaise de ses affections. Car ce n'est pas par le mouvement des pieds, mais par la direction morale des actes que peut s'effectuer ce rapprochement ou cet éloignement. Commettre une action criminelle quelconque, c'est la mort de l'âme ; dédaigner de faire pénitence et rester dans l’état de péché, c’est descendre dans l'enfer après qu'on est mort. Pécher donc, c'est mourir ; désespérer de son salut, c'est descendre en enfer. C'est pourquoi l’Ecrivain sacré a dit : Lorsque le méchant est parvenu, au plus profond abîme du péché il méprise tout (Prov., XVIII, 5). Souvent le démon tente de désespoir ceux qu'il voit disposés à faire pénitence en les frappant vivement de l'énormité de leurs crimes, afin que, perdant tout espoir d'en obtenir le pardon, ils se découragent dans le bien, après n'avoir pu être amené à persévérer dans le mal. Mais le pénitent doit se mettre en garde contre les pièges que lui tend son astucieux ennemi, et, tout en craignant la justice de Dieu pour les crimes dont il se sent coupable, conserver la confiance en sa miséricorde. Dieu se réjouit plus de la conversion d'une âme dont le salut paraissait désespéré, que d'une autre qui n'aurait jamais été perdue, de même que le retour de l'enfant prodigue, qui était mort et puis revenu la vie, qui avait été perdu et puis retrouvé fut pour son père le sujet d'une grande joie. C'est ainsi que Dieu et ses anges se réjouissent beaucoup plus au sujet de celui qui sort d'un grand péril que courait son âme, que pour un autre qui n'a jamais fait l'expérience du péché. Car, autant on est affligé d’une perte qu'on a subie, autant on se réjouit d’avoir retrouvé la chose perdue, comme nous voyons dans l'Evangile le berger transporté de joie, quand il peut rapporter dans son ber- p.164 fin p.165 début cail, en la chargeant sur ses épaules, la brebis qu'il a enfin retrouvée. Personne ne doit désespérer de son pardon, quand même il ne se convertirait qu'à la fin de sa vie. Car Dieu juge chacun de nous d'après l'état où nous nous trouvons à la fin, et non d'après un passé qui n'est plus. Cette vérité nous est signifiée par cet article de la loi (Exode, XXXIV, 20), qui prescrivait d'offrir une brebis pour le premier-né d'une ânesse, ce qui voulait dire qu'il fallait faire succéder au dérèglement de la vie antérieure l'innocence au moins des derniers jours. De là vient aussi que la loi ordonne d'offrir la queue de la victime, c'est-à-dire la fin de sa vie qu'on doit consacrer à la pénitence. Plusieurs, soutenus de la grâce d'en haut, reviennent à Dieu par la pénitence dans leurs derniers jours, s'appliquant à expier par des larmes continuelles tout le mal qu'ils ont commis, et faire oublier à force de bonnes œuvre les mauvaises qu'ils ont pu faire : or, c'est avec justice que Dieu leur pardonne les péchés de leur vie passée parce qu'ils se gardent bien de se les pardonner à eux-mêmes. C'est donc surtout la fin qu'il faut considérer dans la vie de l'homme, parce que Dieu n'a pas égard à ce que nous avons pu être autrefois, mais à ce que nous serons à notre dernier jour.

"

5. S. CHRYSOSTOME, Hom. II in Ps. L (Cette homélie, au jugement de D. Montfaucon comme de Fronton-le-Duc, n'est pas de saint Chrysostôme. Cf. S. Chrys. opera, tome V, pag. 585-587, édit. de Montfaucon ; pag. 711-713, édit de Gaume) : " Chose étonnante et tout-à-fait nouvelle ! Ceux qui tenaient pour ainsi dire le sceptre de l'impiété deviennent les prémices des nouveaux fidèles. Comme l'univers était tout entier livré à l'égarement, que les uns étaient sous l'empire de l'infidélité, les autres dans le judaïsme et sous la loi du péché ; le Sauveur a inauguré sa venue en appelant à lui les prémices de tous ces pécheurs, afin que personne désormais n'ait à désespérer de son salut. Etes-vous infidèle ? Rappelez-vous les mages. Etes-vous ravisseur du bien d'autrui ? Rappelez-vous le publicain. Etes-vous impur ? Rappelez-vous la femme pécheresse. Etes-vous coupable de quelque meurtre ? Rappelez-vous le bon larron. Etes-vous prévaricateur ? Rappelez-vous Paul, qui de blasphémateur est devenu apôtre ; qui de persécuteur est devenu évangéliste, qui d'adultère est devenu ami de l'époux ; qui d'ivraie est devenu froment ; qui de loup est devenu pasteur ; qui d'un plomb vil est devenu de l'or ; qui de pirate est p.165 fin p.166 début devenu pilote ; qui de dévastateur de l’Eglise est devenu ministre de l'Eglise ; qui, après avoir porté le ravage dans la vigne du Seigneur, a été chargé de sa plantation et de sa culture, et après avoir fait ses efforts pour renverser le temple, a été appelé à travailler à sa construction. Voyez donc, d'un côté cet excès de malice, de l'autre, cette perfection de vertu ; d'un côté, cette méchanceté du serviteur, de l'autre, cette bonté du maître. Ne me dites pas : Je suis un blasphémateur, ne me dites pas : Je suis un persécuteur, ne me dites pas : Je suis souillé d'impuretés. Je vous ai mis sous les yeux l'exemple d'un homme qui a été tout cela. Vous pouvez chercher votre asile dans tel port qu'il vous plaira. Choisissez le Nouveau-Testament, choisissez l'Ancien ; dans le Nouveau vous avez saint Paul, dans l'Ancien vous avez David. Ne m'alléguez ni prétextes, ni subterfuges. Avez-vous péché, faites pénitence. Auriez-vous péché mille fois, faites pénitence autant de fois. Voilà le remède que je ne cesserai de vous offrir, et qui suffira seul pour vous guérir de tous vos maux. Je n'ignore pas dans quel découragement, quel désespoir, la conscience de leurs crimes jette les pécheurs. Ils ont à côté d'eux le démon qui leur dit en aiguisant ses armes : Toute la jeunesse est maintenant déshonorée, c’en est fait de ta vie entière. Tu as commencé par devenir impudique, puis tu t'es souillé de brigandages et de larcins, de parjures et de blasphèmes. Quelle espérance peux-tu avoir encore d'être sauvé ? Tu es perdu, sans ressource. Ne songe donc plus qu’à jouir au moins des avantages de la vie présente. Voilà ce que vous dit le démon ; mais moi, je vous dirai tout le contraire. Vous êtes perdu, dites-vous ; mais vous pouvez encore vous sauver. Vous vous êtes couvert d'impuretés ; mais vous pouvez reprendre la pratique de la continence. Vous êtes devenu adultère ; mais vous pouvez vous convertir. Vous êtes tombé mais vous pouvez vous relever. Votre repentir est faible ; mais l'indulgence de Dieu est grande. Vous êtes coupable de meurtre ; faites-en pénitence. Vous avez convoité le bien d'autrui ; dites à Dieu : J'ai péché. Vous vous êtes blessé ; recourez aux remèdes. Tant qu'il vous reste un souffle de vie, fussiez-vous arrivé à votre dernier jour, étendu sur votre lit de mort, poussant le râle de l'agonie, sur le point de quitter la scène de ce monde, témoignez à Dieu votre repentir. Les moments, si courts qu'ils soient, qui vous restent laissent toujours une libre carrière à la bonté divine. . . Qu'est-ce que le péché si on le compare à la bonté de Dieu ? Ce n'est qu'une toile p.166 fin p.167 début d'araignée. Le vent n'a qu’à souffler, pour que cette toile soit emportée. Que Dieu veuille seulement, et il ne restera du péché aucune trace. Si je parle ainsi, ce n'est pas pour vous autoriser dans votre lâcheté, mais pour vous inspirer de l'ardeur et relever votre espérance. Ne désespérez jamais, ô homme ; mais désespérez de celui qui désespère de lui-même. "

6. S. BERNARD, Serm. 5 in Natali Domini : " C'est à bon droit que Dieu est appelé le père des miséricordes (II Cor., I, 3), lui qui a pour attribut de compatir et de pardonner. Quelqu'un dira peut-être : Comment la miséricorde est-elle son attribut, si ses jugements sont un abîme sans fond ? Aussi ne disons-nous pas que toutes ses voies ne soient que miséricorde ; mais elles sont en même temps miséricorde et vérité.

Il n'est pas moins juste que miséricordieux, celui dont la justice et la miséricorde sont à la fois l'objet des chants du Psalmiste (Ps. C, 1). Il est bien vrai qu'il fait miséricorde à qui il veut, et qu'il endurcit qui il veut (Rom., IX, 18) ; mais quand il fait miséricorde, il prend sa miséricorde dans son propre fonds, au lieu que, lorsqu'il juge et qu'il condamne, c'est nous qui l'y forçons en quelque sorte, si bien que sa miséricorde semble lui naître du cœur tout autrement que sa sévérité.

Ecoutez-le vous dire : Est-ce que je veux la mort de l’impie, et non pas plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive (EZECH., XVIII, 17) ? C'est donc bien à propos que nous l'appelons, non le père des condamnations et des vengeances, mais le père des miséricordes, non-seulement parce qu'il est plus naturel a un père de faire miséricorde que de se livrer à son courroux, et que Dieu a pitié de ceux qui le craignent comme un père de ses enfants ; mais surtout parce qu'il trouve en lui-même la cause et le principe de sa bonté et en nous au contraire le principe et la cause de ses jugements et de ses vengeances. "

7. Le même, Serm. II super Cantica : " Si

Caïn avait été retenu par ce frein, jamais le désespoir ne l'eût porté à dire : Mon péché est trop grand pour que j'en obtienne le pardon (Gen., IV, 13). A Dieu ne plaise ! car la bonté de Dieu est plus grande que la malice du plus grand pécheur. "

8. S. AUGUSTIN, Lib. I Retractationum, c. 19 :

" Il ne faut désespérer d’aucun pécheur tant qu'il est en cette vie ; et du moment où il n'y a pas à désespérer de quelqu'un, il y a de la prudence à prier pour lui. "

9. Le même, Lib. de correptione et gratiâ, c. 15 (al. 46) : " Il faut donc que les supérieurs fassent des réprimandes charitables p.167 fin p.168 début aux frères soumis à leur conduite, en variant la correction selon la diversité des fautes, de sorte qu'elles soient plus ou moins sévères, selon que les fautes sont plus ou moins considérables. Car l'excommunication même prononcée par un jugement épiscopal, et autrement appelée condamnation, anathème, qui est la plus grande des peines que l'Eglise puisse imposer, peut, si Dieu le veut, devenir un moyen très-salutaire pour la conversion de celui qui en est atteint. Nous ne savons aujourd'hui ce qui arrivera demain ; il ne faut donc jamais désespérer de personne, tant que la mort ne l'a pas enlevé. On ne peut pas non plus s'opposer à Dieu, et empêcher qu'il ne regarde un excommunié dans sa miséricorde, qu’il ne lui donne des sentiments de pénitence, qu’il n'accepte de sa part le sacrifice d'un esprit humilié et d'un cœur brisé de douleur, qu'il ne le délie des liens de l'excommunication, quoique justement prononcé et qu'il ne fasse grâce à celui que les hommes ont condamné (Cf. Livre de la correction et de la grâce, dans les Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 395-396). "

10. Le même, Serm. CLXXXI de tempore, c.

16 (Ce sermon, au jugement de Noël- Alexandre et des docteurs de Louvain, ne paraît pas être de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist.

eccl., sæc V, p. 108, édit de Venise) : " Jamais Dieu ne rebute le repentir, si ce repentir est humble et sincère ; il l'accueille au contraire avec joie et empressement, et il n'a rien plus à cœur que de réintégrer le pécheur repentant dans son premier état ; et ce qui surpasse tout le reste, si ce pécheur ne peut accomplir toute la pénitence que sembleraient exiger ses crimes, il se contente d'obtenir de sa part une satisfaction légère et de courte durée, et non-seulement il l'accepte, mais encore il ne la laisse pas sans récompense. C’est ce que me semble indiquer Isaïe par ces paroles qu'il met dans la bouche de Dieu parlant au peuple juif : Tes péchés ont été la cause que je t’ai quelque peu affligé et que j’ai que j'ai un moment détourné ma face de toi, et tu t'en es affligé et tu as marché l'air abattu, et aussitôt je t’ai consolé (Is., LIV, 7-8). Avec ces exemples de pénitence sous les yeux, gardons-nous bien de persévérer dans le mal, ou de désespérer d'obtenir le bienfait de notre réconciliation avec Dieu, mais disons plutôt : Nous aussi, retournons à notre Père, et approchons-nous de Dieu. Croyez-moi, jamais il ne détournera son visage de celui qui reviendra à lui. Car il a dit lui-même : Je suis un Dieu qui se tient proche de ses créatures et non un Dieu qui ne p.168 fin p.169 début se tienne que de loin (Deus appropians ego sum, et non Deus de longè. Nous n'avons pu trouver ces mots dans Isaïe dont il est dit ici qu'ils sont extraits. On trouve, il est vrai, presque ces mêmes paroles dans Jérémie (XXIII, 23) ; mais elles y présentent dans cet endroit un sens tout différent). Il a dit encore par le même prophète : Vos iniquités ont fait une séparation entre vous et Dieu (Is., LIX, 2). Si donc ce sont les péchés qui nous séparent de Dieu, faisons disparaître cet obstacle, pour que rien ne nous empêcher de nous unir à lui. Car Dieu nous a créés, ou tirés du néant, pour nous conférer les biens éternels et nous rendre héritiers du royaume des cieux. Non, ce n'est pas pour nous dévouer aux feux éternels de l'enfer qu'il nous a mis dans ce monde. Le royaume des cieux a été fait pour nous ; l'enfer l'a été pour le démon. Montrons par l'Evangile qu'il en est ainsi : Notre Seigneur dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde (MATTH., XXV, 54). Il dira au contraire à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges. Si donc l'enfer a été préparé pour le diable, et le royaume des cieux pour l'homme dès le commencement du monde, tout ce que nous avons à craindre, c'est de nous exclure nous-mêmes des biens éternels en persistant obstinément dans le mal. Car tant que nous sommes en cette vie, quelques péchés que nous ayons le malheur de commettre, nous pouvons tout effacer par la pénitence. Mais quand nous serons une fois sortis de ce monde, nous aurons beau nous repentir alors, nous ne retirerons aucun avantage de notre repentir, et en vain grincerons-nous les dents, en vain verserons-nous des pleurs et ferons-nous éclater nos gémissements, en vain nous répandrons-nous en supplications et en prières, personne ne nous écoutera, personne ne viendra à notre secours, personne n'approchera seulement son doigt pour étendre une goutte d'eau sur notre langue altérée (LUC, XVI, 24), et nous ne recevrons d'autre réponse que celle-ci que le mauvais riche reçu d'Abraham : Un grand abîme est creusé pour jamais entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes. "

11. S. LEON- LE-GRAND, Epist. XCI ad Theodorum Forojuliensem

: " Il est de toute importance et de toute nécessité qu'on obtienne par les prières des prêtres le pardon de ses péchés avant le dernier jour. Quant à ceux qui implorent la grâce de la p.169 fin p.170 début pénitence et aussitôt après celle de la réconciliation dans une nécessité urgente et lorsqu'ils sont surpris par le danger, il ne faut ni leur interdire la pénitence ni leur refuser la réconciliation, parce que nous ne pouvons assigner ni bornes ni limites à la miséricorde divine, qui ne fait jamais attendre le pardon au repentir véritable, comme Dieu lui-même nous l'atteste par ces paroles de son Prophète (Cùm conversus ingemueris, salvus eris. Ces paroles ne se trouvent ni dans l'endroit cité ici d'Ezéchiel, ni quelque part ailleurs que ce soit dans la Vulgate ; mais elles n'ont pas d'autre sens que le passage indiqué du Prophète. On pourrait peut-être encore mieux y voir le sens de ces paroles d'Isaïe (XXX, 15) d'après la Vulgate : Si vous revenez à moi, et si vous demeurez en paix, vous serez sauvés) : Du moment où vous serez revenu à moi par un repentir sincère vous serez sauvés (EZECH., XXXIII, 12). Et ailleurs : Soyez le premier à vous accuser de vos iniquités, et Dieu vous les pardonnera (Is., XLIII, 26, d'après les Septante). Et encore : Le Seigneur est plein de miséricorde, et on trouve en lui une rédemption abondante (Ps. CXXIX, 7). Nous ne devons donc pas nous montrer difficiles dans la dispensation des dons de Dieu, ni être insensibles aux larmes et aux gémissements de ceux qui s'accusent eux-mêmes, puisque nous faisons profession de croire que ce sentiment même de repentir vient de l'inspiration de Dieu, suivant ce que dit l'Apôtre : Dans l'espérance que Dieu pourra leur donner un jour (à ceux qui résistent à la vérité) l'esprit de pénitence, pour la leur faire connaître, et qu'ainsi ils sortiront des pièges du diable, qui les tient captifs pour en faire ce qu'il lui plait. "

12. Le concile de Trente, session XIV, chapitre 7 : "

Il entre dans la nature même des droits de Dieu que la réserve des péché n'ait pas lieu seulement pour la police extérieure, mais qu'elle ait son effet dans le for même de la conscience. Cependant, pour que cette discipline ne soit l'occasion de la perte d'aucun pécheur, l'Eglise a toujours observé le pieux usage de lever toute réserve de péchés à l'article de la mort ; et par conséquent tous les prêtres indistinctement peuvent absoudre dans cette circonstance toute espèce de pénitents, de quelques péchés et de quelques censures que ceux-ci puissent être liés. Mais, hors de là, tout ce qu'ont à faire les prêtres qui n'ont pas le pouvoir d'absoudre des cas réservés, c’est d'engager les pénitents à s'adresser aux légitimes supérieurs pour que ceux-ci puissent leur en accorder l'absolution. " p.170 fin p.171 début

Question V

Quand est-ce que l’on pèche contre le Saint-Esprit en résistant à la vérité ? C'est quand on combat la vérité en matière de foi ou de piété, non par ignorance, mais de dessein formé et par malice, pour porter atteinte par-là à la croyance catholique. Ce péché a été celui des pharisiens, que l’Evangile nous montre tout occupés à décrier, en dépit de la vérité et de leur propre conscience, tant la personne de Jésus-Christ que sa doctrine, et d'étouffer le témoignage que lui rendaient les apôtres, sans autre mobile pour agir de la sorte qu'une haine forcenée et aveugle. On peut ranger dans la même catégorie ceux dont le Prophète dit qu'ils sont assis dans la chaire de pestilence ; ceux que saint Pierre appelle de faux docteurs qui introduisent de pernicieuses hérésies, ceux enfin que saint Paul nous désigne sous les noms d'hérétiques, d'hommes corrompus dans l'esprit et pervertis dans la foi, qui suivent des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques, qui sont hors de la voie du salut et se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement. On peut encore compter comme de ce nombre l'imposteur Elymas, à qui saint Paul adressa publiquement, et avec une vigueur vraiment digne d'un apôtre, ce reproche mérité : O homme, plein de toute sorte de tromperie et de malice, enfant du diable, ennemi de toute justice, ne cesserez-vous jamais de pervertir les voies droites du Seigneur ? C'est à cette même classe qu'il faut rapporter le blasphème contre l'Esprit-Saint, péché que Notre-Seigneur Jésus-Christ reproche sévèrement aux Juifs, et qu'il représente comme le plus condamnable de tous. Et plût à Dieu que ce péché ne se commît plus de nos jours ! Car ceux-là aussi blasphèment contre l'Esprit-Saint, qui profitent de toute occasion pour enfreindre insolemment les canons dictés par l'esprit de Dieu, ou pour en faire la critique, ou pour applaudir à ceux qui les critiquent ou les enfreignent. Une présomption aussi coupable est vraiment une sorte de blasphème contre l'Esprit-Saint. p.171 fin p.172 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. Id., XV, 4-5 : " Alors des scribes et des pharisiens de Jérusalem s'approchèrent de Jésus et lui dirent : - Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne lavent pas leurs mains lorsqu'ils prennent leurs repas. - Mais Jésus leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu ? etc. "

3. Id., XXI, 37-41, 43-46 : " Enfin il leur envoya son fils, en disant : Au moins respecteront-ils mon fils. - Mais les vignerons, voyant le fils, dirent entre eux : C'est ici l'héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. - Et s'étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. - Lors donc que le maître de la vigne sera venu, comment traitera-t-il ces vignerons ? - Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables et il louera sa vigne à d'autres vignerons, etc. . . - Les princes des prêtres et les pharisiens, ayant entendu ces paraboles de Jésus virent bien que c'était d'eux qu'il parlait. - Et voulant se saisir de lui, ils craignirent le peuple, parce que celui-ci regardait Jésus comme un prophète. "

4. Id., XXII, 15-16, 18-19 : " Après cela, les pharisiens s'étant retirés, tinrent conseil entre eux sur la manière dont ils pourraient surprendre Jésus dans ses paroles. - Et ils envoyèrent leurs disciples avec des hérodiens lui dire : Maître, nous savons que vous êtes vrai dans tout ce que vous faites, et que vous enseignez la voie du Dieu dans la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit, etc. - p.172 fin p.173 début Jésus connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ? - Montrez-moi la pièce d'argent du tribut, etc. "

5. JEAN, VII, 41-43, 47-52 : " Quelques autres disaient

: C'est le Christ. Mais d'autres disaient : Est-ce que le Christ viendra de Galilée ? - L'Ecriture ne dit-elle pas que le Christ viendra de la race de David, et de la petite ville de Bethléem d'où était David ? - Et ainsi le peuple était divisé à son sujet, etc. - Les Pharisiens répliquèrent aux archers : Etes-vous donc séduits vous aussi ? - Y a-t-il un seul des sénateurs et des pharisiens qui ait cru en lui ? - Car pour cette populace qui ne sait ce que c'est que la loi, ce sont des gens maudits. - Nicodème, l'un d'entre eux, et le même qui était venu trouver Jésus pendant une nuit, leur dit : - Notre loi permet-elle de condamner un homme sans l'avoir auparavant entendu, et s'être informé de ce qu'il a fait ? - Ils répondirent et lui dirent : Est-ce que vous êtes aussi galiléen ? Lisez les Ecritures, et apprenez que nul prophète n'a été suscité de Galilée. "

6. Id., XII, 10-14, 19 : " Cependant les princes des prêtres délibérèrent s’ils ne feraient pas mourir aussi Lazare, - parce qu'un grand nombre de juifs les quittaient à cause de lui, et croyaient en Jésus. - Les pharisiens se dirent donc les uns aux autres : Vous voyez que nous n'obtenons rien ? voilà tout le monde qui le suit. "

7. Actes, IV, 16-17 : " Que ferons-nous à ces gens-ci ? Car ils ont fait un miracle qui est connu de tous les habitants de Jérusalem, cela est évident et nous ne pouvons le nier. - Mais pour empêcher que le bruit ne s'en répande davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de prononcer désormais ce nom devant qui que ce soit. "

9. Psaume I, 1 : " Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des impies, qui ne se fixe point dans la route des pécheurs et qui ne s'assied point dans la chaire de pestilence. "

40. II Pierre, II, 1-3 : " Or, comme il y a eu de faux prophètes parmi le peuple, il y aura aussi parmi vous de faux docteurs qui introduiront de pernicieuses hérésies, et qui, renonçant au Seigneur qui les a rachetés attireront sur eux-mêmes une prompte ruine. - Plusieurs les suivront dans leurs principes pervers, et à cause d'eux la voie de la vérité sera exposée au blasphème. - Leur avarice, en vous séduisant par des discours p.173 fin p.174 début artificieux, fera un trafic de vos âmes ; mais le jugement qui les menace depuis longtemps s'avance à grand pas, et la main qui doit les frapper n'est pas endormie. "

11. Tite, III, 10-11 : " Fuyez celui qui est hérétique, après lui avoir donné un ou deux avertissements, - sachant qu'un tel homme est perverti, et qu'il pèche, étant condamné par son propre jugement. "

12. II Timothée, III, 8-9, 13 : " Comme

Jannès et Mambrès résistèrent à Moïse, ceux-ci de même résistent à la vérité. Ce sont des hommes corrompus dans leur esprit, et pervertis dans la foi. - Mais le progrès qu'ils feront aura ses bornes ; car leur folie sera reconnue de tout le monde, comme le fut alors celle de ces magiciens. . . - Mais les hommes méchants et les imposteurs se fortifieront de plus en plus dans le mal, étant dans l'erreur, et y faisant tomber les autres. "

13. I Timothée, IV, 1-2 : " Or, l'Esprit dit ouvertement, que dans la suite des temps quelques-uns abandonneront la foi, en suivant des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques, -enseignées par des imposteurs pleins d'hypocrisie, dont la conscience sera noircie de crimes, etc. "

15. MATTHIEU, XII, 31 : " Je vous déclare que tout autre péché et tout autre blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. LEON, Epist. X ad Flavianum, c. 1, dit en parlant d'Eutychès : " N'est-ce pas le comble de l'injustice, que de se complaire dans l'impiété au mépris des conseils des sages et des docteurs ? Ils se rendent coupables de ce péché ceux qui, ne pouvant franchir les obstacles qui les empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, ne s'empressent pas de recourir aux écrits des prophètes, aux épîtres des apôtres et à l'autorité de l’Evangile, mais ne consultent qu'eux-mêmes. Ils enseignent l’erreur, parce qu'ils ne se sont pas faits disciples de la vérité. En effet, quelle étude peut-il avoir faite des pages sacrées de l'Ancien et du Nouveau-Testament, celui qui ne comprend pas même les premières lignes du symbole ? Ce vieillard ne sait p.174 fin p.175 début point encore par cœur ces vérités que les chants des hommes régénérés font retentir par tout l'univers (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l'Eglise, t. XIV, p. 232-233.). "

2. S. AUGUSTIN, de Genesi ad litteram, lib. VII, c. 9 : " Les hérétiques lisent les Ecritures comme nous, et ils ne sont hérétiques, que parce que, faute de les entendre dans leur vrai sens, opposent avec opiniâtreté leur fausse manière de les entendre à l'Eglise catholique qui seule en a l'exacte intelligence. "

3. Le même, Tract. XVIII in Joannem : " Car toutes les hérésies et tous les dogmes erronés qui sont comme des pièges où les âmes se prennent et tombent de là dans l'abîme ont pour cause ordinaire l’Ecriture mal entendue, et la téméraire audace avec laquelle on soutient sa fausse interprétation. De sorte, mes frères, qu'il faut douter avec beaucoup de précaution et de prudence ce que notre faiblesse d'intelligence nous rend incapables de comprendre, et avoir toujours cette règle sûre devant les yeux, de nous nourrir avec action de grâces des vérités que nous trouvons dans les livres saints conformes à ce que la foi nous en enseigne, et d'attendre l'intelligence des autres où nous n'apercevons pas la même conformité, sans suspendre pour cela notre foi sur ces vérités mêmes c'est-à-dire, de croire toujours fermement que cela est bon et vrai, en attendant que Dieu nous fasse la grâce de le comprendre mieux (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome Ier, pag. 585-586). "

4. Le même, De utilitate credendi, c. 1 :

" Si je regardais comme une même chose, cher Honorat, d'être hérétique et d'ajouter foi aux hérétiques, je n’aurais qu’à laisser en repos sur cette question et ma langue et ma plume. Mais comme ce sont là deux choses fort différentes, puisqu'un hérétique est à mon sens celui qui invente ou adopte des opinions fausses et nouvelles, en vue de quelque intérêt temporel, et particulièrement en vue de se faire un nom ou d'acquérir de l'autorité et que celui qui ajoute simplement foi aux hérétiques est un homme qui se laisse séduire par certaines apparences de vérité ou de piété. "

5. Le même, Cité de Dieu, liv, XVIII, c. 54 : Ceux donc qui, au sein de l'Eglise de Jésus-Christ, débitent quelque doctrine malsaine et contagieuse, s'ils opposent à l'autorité qui veut les redresser et les guérir une résistance obstinée ; si, loin de se rétracter de leurs dogmes pernicieux et mortels, ils persistent à les défendre, ils deviennent hérétiques, sortis de l'Eglise, ils p.175 fin p.176 début sont rangés par elle parmi les ennemis qui servent à l’éprouver. Ils sont un mal, et ils servent néanmoins aux vrais catholiques, membres de Jésus-Christ, Dieu tirant le bien même des méchants et toutes choses contribuant au bien de ceux qui l'aiment. "

6. Ibidem, liv. XXI, c, 25 : " (Ceux qui promettent le salut éternel aux chrétiens apostats ou séparés de l'unité) ne voient-ils pas combien il est intolérable et contraire à la saine doctrine d'assurer que ces apostats de l’Eglise catholique, auteurs d’hérésies détestables, devenus hérésiarques, sont dans de meilleures conditions que ceux qui, n'ayant jamais été catholiques, se sont laissés prendre à leurs pièges. Hérésiarques, ce qui leur épargne l'éternité dé supplices, c'est le baptême reçu dans l'Eglise catholique, c'est le sacrement du corps de Jésus-Christ reçu jadis dans le vrai corps de Jésus-Christ. Eh quoi ! un déserteur de la foi, de transfuge devenu persécuteur n’est-il pas plus odieux que celui qui ne saurait trahir ce qu'il n'a jamais professé (Cf. La Cité de Dieu, traduct. nouvelle par L. Moreau, tom. III, pag. 176-177 et 437-438) ? "

7. S. DAMASE (Cette décrétale n'est pas authentique. V. LABBE, Conc., t. II, col. 862 et 863, édit. de Paris), cité par Gratien, causà XXV, q. 1, c. Violatores : " Ceux qui violent les canons de propos délibérés sont jugés sévèrement par les saints Pères, et condamnés par l’Esprit-Saint qui a dicté ces saintes règles. Car ceux-là blasphèment contre l’Esprit-Saint, qui profitent de toute occasion, etc. " Le reste comme à la fin du corps de la réponse.

Question VI

En quels cas l’envie que l’on porte aux grâces que d’autres reçoivent est-elle un péché contre l’Esprit-Saint ? C'est lorsque l’on conçoit un profond sentiment de chagrin et de tristesse de voir quelqu'un de nos frères comblés des dons de Dieu, ou faire des progrès dans la pratique des vertus. Un péché de cette nature semble tenir moins encore de la malice de l'homme que de celle de Satan, qui ne saurait souffrir dans les hommes l'acquisition et surtout le progrès des grâces de Dieu, et qui, à cause de cela, non-seulement se fait l'accusateur de ses frères mais encore est l'implacable ennemi de Dieu et de tous les gens de bien, cherchant sans relâche à faire des victimes, comme un lion rugissant qui ne se donne pas de repos. p.176 fin p.177 début Aussi était-ce de vrais fils de Satan que ces juifs, qui enviaient aux gentils la grâce de l'Evangile dont ceux-ci à leur tour commençaient à être favorisés, comme nous le lisons dans les Actes des apôtres.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Sagesse, II, 24-25 : " La mort est entré dans le monde par l'effet de l'envie du diable ; - et ceux qui se rangent de son parti deviennent ses imitateurs. "

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