Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 125)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. I PIERRE, V, 8 : " Soyez sobres, et veillez ; car le démon votre ennemi tourne autour de vous, comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer. "

4. Actes, XI, 2-3 : " Lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem, les fidèles circoncis disputaient contre lui, - et lui disaient : Pourquoi êtes-vous entré chez des hommes incirconcis ? et pourquoi avez-vous mangé avec eux ? "

5. Ibid., XIII, 44-46 : " Le sabbat suivant, presque toute la ville s'assembla pour écouter la parole de Dieu. - Mais les Juifs, voyant ce concours de peuple, furent remplis de colère, et ils contredisaient avec blasphème toutes les paroles de Paul. - Alors Paul et Barnabé leur dirent hardiment, etc. "

6. Genèse, IV, 4-5 : " Le Seigneur regarda favorablement Abel et ses présents ; - mais il ne regarda point Caïn, ni ce que celui-ci avait offert. C'est pourquoi Caïn entra dans une très-grande colère, et son visage en fut tout abattu. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. I de Serm. Domini in monte, c. 43 : " C'est, à mon avis, un péché qui va jusqu’à la mort, que de se faire l'ennemi de ses frères après avoir été instruit de la vérité de Dieu par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et d'être jaloux de la grâce qui les a réconciliés avec Dieu. Au lieu que p.177 fin p.178 début le péché ne va pas à la mort, si, sans cesser d'aimer son frère, on lui refuse par quelque faiblesse d'esprit un service qu'on devrait lui rendre. C'est pour cela que Notre-Seigneur a dit sur la croix : Mon Père pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font (LUC, XXII, 54) ; car la grâce de l'Esprit n'avait pas été communiquée à ces misérables pour leur faire contracter avec Notre-Seigneur les liens d’une fraternité sainte ; et nous voyons dans les Actes des apôtres saint Etienne prier pour ceux qui le lapidaient, parce que ceux qui le lapidaient n'avaient jamais été jusque -là disciples de Jésus-Christ et ne résistaient pas par conséquent à une grâce qui leur eût été communiquée. D’un autre côté, saint Paul ne prie pas pour Alexandre, sans doute parce que ce dernier étant déjà au nombre des fidèles, avait péché mortellement en se laissant aller à l'envie contre celui dont il était le frère. Quant à ceux qui, sans manquer mortellement à la charité, n’avaient fait que succomber à une crainte pusillanime, il prie pour qu'ils en obtiennent le pardon. Car voici ses paroles : Alexandre l’ouvrier en cuivre m’a fait essuyer bien des maux : le Seigneur lui rendra selon ses œuvres : gardez-vous de lui, parce qu'il a fortement combattu la doctrine que nous enseignons. L'Apôtre dit ensuite quels sont ceux pour qui il prie : La première fois, ajoute-t-il, que j'ai défendu ma cause, personne ne m'a assisté, et tous m'ont abandonné : je prie Dieu de ne pas le leur imputer (II Tim., IV, 14-16). "

2. Ibidem, c. 44 : "Pécher contre le Saint-Esprit, c'est peut-être se rendre par malice et par envie l'ennemi de la charité fraternelle après qu'on a reçu la grâce de l'Esprit-Saint, péché que Notre-Seigneur déclare n’être pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. On demandera peut-être à cette occasion si les Juifs ont péché contre le Saint-Esprit, quand ils ont dit que Notre-Seigneur chassait les démons au nom de Béelzébuth prince des démons, ou si ces paroles n'ont pas plutôt offensé Notre-Seigneur lui-même, puisque Jésus-Christ dit ailleurs à leur sujet et en voulant parler de lui-même : S'ils ont appelé le père de famille Béelzébuth, combien plutôt traiteront-ils de même ses domestiques (MATTH., X, 25) ? Ou bien dira-t-on que, comme ils ne pouvaient parler de cette manière que par le principe d'une envie des plus violentes, en même temps qu'ils commettaient une énorme ingratitude pour les bienfaits qui leur étaient accordés dans ce moment-là même, cette envie seule dont ils brûlaient suffisait, quoiqu'ils n'eussent jamais été disciples de p.178 fin p.179 début Jésus-Christ, pour les rendre coupables du péché contre l'Esprit-Saint ? Les paroles de Notre-Seigneur, en effet, ne décident pas cette question. Car quoiqu'il ait dit dans ce même endroit : Quiconque aura parlé contre le fils de l'homme en obtiendra le pardon, mais si quelqu'un vient à parler contre le Saint-Esprit, ce péché ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans l’autre (MATTH., XII, 32), on peut croire qu'il a voulu inviter par-là ceux qui l'écoutaient à recevoir la grâce, et quand ils l’auraient reçue, à ne plus pécher de la même manière qu'ils l'avaient fait jusque-là. Car tant qu'ils ne l'avaient pas reçue, s'ils parlaient mal du Fils de l'homme, ce péché pouvait leur être pardonné, pourvu qu'ils se convertissent, qu'ils embrassassent la foi, et qu’ils reçussent le Saint-Esprit ; mais si, après avoir reçu cette grâce, ils portaient envie à quelqu'un de leurs frères et résistaient à la grâce même qu'ils avaient reçue, ce péché ne pouvait plus leur être pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. Car, s'il les avait regardé comme condamné sans espoir de pardon, il n'aurait pas pris la peine de les avertir comme il le fit en ajoutant : Ou dites que l'arbre est bon, et que le fruit est bon aussi ; ou dites que, l'arbre était mauvais, le fruit aussi en est mauvais (ibidem, 35). Ces paroles donc, Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent, doivent s'entendre de manière qu'on admette néanmoins qu'il y a certains péchés de nos frères pour lesquels l'obligation de prier n'existe plus, si nous ne voulons pas, par un effet de notre ignorance et contre la nature de la chose, mettre les divines Ecritures en contradiction avec elles-mêmes. "

3. Le même, Lib. I Retractationum, c. 49

: "Ailleurs (savoir Lib. 1 de serm. Domini in monte, c. 43), j’ai défini de la manière suivante le péché à la mort, dont saint Jean a dit que ce n'était pas pour ce péché-là qu’il engagerait à prier : " C'est, à mon avis, un péché qui va jusqu’à la mort, que de se faire l'ennemi de ses frères après avoir été instruit de la vérité de Dieu par la grâce de Jésus-Christ et d'être jaloux de la grâce qui les a réconciliés avec Dieu. " En disant que c'était là mon avis, j'ai marqué suffisamment que je ne l’assurais pas ; mais j'aurais dû ajouter que cela ne peut être vrai que pour le cas où l'on mourrait dans cette perverse disposition d'esprit, puisqu'il ne faut désespérer d'aucun pécheur tant qu'il est en cette vie, et que, du moment où il n'y a pas à désespérer de quelqu'un, il y a de la prudence à prier pour lui. " p.179 fin p.180 début

Question VII

Quelle est l’espèce d’obstination qui constitue un péché contre l’Esprit-Saint ? C'est celle qui oppose une résistance inflexible aux sages avertissements qu'on lui adresse, sans qu'aucune raison puisse l'amener à modifier en rien ses dispositions criminelles. Ce fut bien là le péché du roi Pharaon, qui, tant de fois averti par Moïse et successivement atteint de si terribles fléaux où se montrait visiblement le doigt de Dieu, n'en persista pas moins dans ses desseins tyranniques, et mourut victime de son obstination. L'obstination des Juifs n'est pas moins connue, et saint Etienne l'a dépeint sous ses vraies couleurs dans ce reproche qu'il leur en a fait : Têtes dures, hommes incirconcis de cœur et d'oreilles vous résistez toujours au Saint-Esprit. Ceux-là leur ressemblent aujourd'hui, qui, s'attachent à des sectes nouvelles, ne veulent ni entendre ni consentir à lire les enseignements catholiques, comme ces aspics dont l'oreille se ferme à une douce mélodie, et semblent dire à quiconque leur propose la saine doctrine de l’Eglise : Retirez-vous de nous, nous ne voulons pas connaître vos voies. Ce qui n'est autre chose, que de s'amasser, comme dit saint Paul, un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu. Car, comme Salomon l'enseigne aussi, l’homme qui méprise avec une tête endurcie celui qui le reprend, sera tout-à-coup atteint d'un mal dont personne ne pourra le guérir. p.180 fin p.181 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JEREMIE, V, 2-5 : " S'il en est qui jurent par moi, en disant : Vive le Seigneur, ils me prennent faussement à témoin. - Seigneur, vos yeux regardent la vérité, vous les avez frappés et ils n'ont point gémi : vous les avez brisé de coups, et ils n'ont point voulu se soumettre au châtiment ; ils ont rendu leur front plus dur que la pierre, et ils n'ont pas voulu revenir à vous. - Et moi, je disais : Il n'y a peut-être que les pauvres qui sont sans sagesse, qui ignorent la voie du Seigneur et les ordonnances de leur Dieu. - J'irai donc trouver les princes du peuple, et je leur parlerai ; car ceux-là sans doute connaissent la voie du Seigneur et les ordonnances de leur Dieu. Et voila qu'eux aussi ont brisé tous ensembles le joug du Seigneur et ont rompu ses liens. "

2. Id., VIII, 4-6 : " Tu leur diras : Voici ce que dit le Seigneur : Est-ce que celui qui tombe, ne se relèvera pas, et que celui qui s'est détourné du droit chemin, n'y rentrera jamais ? - Pourquoi donc ce peuple de Jérusalem s'est-il détourné de moi avec une aversion si opiniâtre ? Ils se sont attachés au mensonge, et n'ont pas voulu revenir. - Je les ai considérés et je les ai observés ; il n'y en a pas un qui parle selon la justice, qui fasse pénitence de son péché en disant : Qu'ai- je fait ? Tous s'enfoncent dans leurs voies, comme un cheval impétueux court au combat. "

4. ZACHARIE, VII, 9-12 : " Voici ce que dit le Seigneur des armées : Jugez selon la vérité et que chacun exerce la miséricorde et la charité envers son frère - N'opprimez ni la veuve, ni l'orphelin, ni l'étranger ni le pauvre, et que nul ne forme dans son cœur de mauvais desseins contre son frère. Mais ils n'ont pas voulu se rendre attentifs à ma voix ; ils m'ont tourné le dos, et ils ont endurci leurs oreilles pour ne pas m'entendre. - Ils ont rendu leur cœur dur comme le diamant, pour ne point écouter la loi, ni les paroles que le Seigneur des armées leur avait adressée par son Esprit et par la voix des prophètes des premiers temps. C'est pourquoi une grande colère, allumée au souffle du Seigneur Dieu des armées a éclaté contre eux. " p.181 fin p.182 début

5. Genèse, XLIX, 5-7 : " Simon et Lévi tous les deux frères ; la fraude les a faits des instruments de violence. - Mon âme n'est point entrée dans leurs conseils, mon cœur ne s'est point uni à leur troupe, quand dans leur fureur ils ont tué des hommes, quand dans leur vengeance, ils ont renversé une ville. Maudite soit leur colère parce qu'elle a été persévérante, maudite soit leur colère parce qu'elle a été cruelle ; je les diviserai dans Jacob, et je les disperserai au milieu d'Israël. "

7. Psaume LVII, 5-7 : " Leur fureur est semblable à celle d’un serpent irrité, à celle de l'aspic qui ferme l'oreille, - et qui n'écoute plus la voix de celui qui veut le charmer, ni les accents de l'enchanteur le plus habile. - Dieu brisera dans leurs bouches leurs dents meurtrières ; il brisera les mâchoires de ces lions féroces. "

8. JOB, XXI, 7, 12-15 : " Pourquoi donc les impies vivent-ils

? Pourquoi sont-ils élevés et affermis dans l'abondance ? . . . - Ils ont la harpe et les timbales à la main, et ils dansent au son des instruments. - Ils passent leurs jours dans les plaisirs ; et en un moment ils descendent dans les enfers. - Ils ont dit à Dieu : Retirez-vous de nous, nous ne voulons point connaître vos voies. - Qu'est-ce que le Tout-puissant, pour nous obliger à le servir ? Et que nous reviendra-t-il de le prier ? "

9. Romains, II, 4-6 : " Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience, et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite la pénitence ? - Et cependant, par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, - qui rendra à chacun selon ses œuvres. "

10. Proverbes, XXIX, 1 : " L'homme qui méprise avec une tête dure, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Enchrid. ad Laurentium, c. 83 :

" Quant à ceux qui, ne croyant pas que l’Eglise ait le pouvoir de remettre les péchés, méprisent une si grande faveur de la bonté de Dieu, et terminent leur vie dans le refus opiniâtre de faire pénitence, ils se rendent coupables du péché que Jésus-Christ déclare irré- p.182 fin p.183 début missible, et qui outrage l'Esprit-Saint par la vertu duquel Jésus-Christ remet les péchés (Cf. Le Manuel de saint Augustin, parmi ses Traités choisis, t. II pag. 421-422). "

2. Le même, in Ps. LVIII, Conc. 1 : " N'ayez point de compassion de ceux qui commettent l'iniquité. Ceci peut s'entendre de deux manières, ou en ce sens que Dieu ne laisse aucun péché impuni, ou en cet autre qu'il y a une sorte de péché pour lesquels les coupables ne trouvent en Dieu aucune miséricorde. Disons un mot de chacune de ces deux manières d’expliquer le Psalmiste. "

" Il faut nécessairement que tout péché, petit ou grand, soit puni, ou par Dieu qui s'en venge, ou par l'homme qui s'en repent : car on peut dire d'un homme qui se repent, qu'il se punit lui-même. Si nous voulons trouver grâce auprès de Dieu, punissons nous-mêmes nos péchés. Il est impossible que Dieu ait compassion de ceux qui commettent l'iniquité en flattant leurs vices, ou en ne faisant rien pour les détruire. Il faut de deux choses l’une : ou qu'il vous en punisse, ou que vous vous en punissiez vous-même. Voulez-vous que Dieu ne vous punisse pas ? Punissez-vous vous-même. "

" Ce qui est constant, c'est que vous avez fait une chose qui ne peut demeurer impunie. Punissez-vous donc plutôt vous-même, afin de faire ainsi ce qui est marqué dans le psaume (XCIV, 2) : Prévenons par une humble confession de nos fautes le regard de notre juge. Que veulent dire ces paroles : Prévenons son regard ? Cela veut dire : Avant qu'il s'arrête lui-même à considérer vos péchés pour les punir, prévenez-le en les confessant et en vous en punissant vous-mêmes. Qu'il ne trouve rien en vous qu'il soit obligé de punir ; car en vous punissant vous-mêmes d'un acte d'injustice, vous faites un acte de justice. Et Dieu aura pitié de vous, parce qu'il vous trouvera occupé à faire ce qui est juste, c'est-à-dire, qu'il verra que vous haïssez en vous ce qu'il peut y haït lui-même : et ainsi vous commencerez à plaire à Dieu, en punissant en vous ce qui lui déplaît. Car enfin le péché ne saurait demeurer impuni, et cette parole aura toujours son accomplissement : N'ayez point de compassion de ceux qui commettent l'iniquité. "

" Passons maintenant à l'autre sens que l’on peut donner à ce langage du Prophète. Il est une sorte d’iniquités pour laquelle on ne saurait trouver miséricorde auprès de Dieu. Vous deman- p.183 fin p.184 début derez quelle est cette iniquité ? C'est la prétention qu'on aurait de prendre la défense de ses propres péchés.

Quand quelqu'un soutient ses péchés, il commet une iniquité énorme, puisqu'il soutient alors et défend ce que Dieu déteste. Et voyez combien cela est déraisonnable combien cela est injuste. Si l’homme fait quelque chose de bon, il veut qu'on le lui attribue ; s'il fait quelque chose de mauvais, il le rejette sur Dieu. Car ce qu'il y a de pire, c'est que les hommes, pour se justifier de leurs excès, osent en accuser Dieu même. "

" Que voulons-nous dire par-là ? C'est qu'il n'y a personne assez hardi pour oser dire que l'adultère, par exemple, soit une bonne chose, que l'homicide soit une bonne chose, que le mensonge, que le parjure soient des choses louables ; non, il n'y a personne qui ose dire cela. Car ceux-mêmes qui commettent ces crimes sont les premiers à les détester quand les autres s'en rendent coupables à leur égard. Ainsi vous ne trouverez point d'âme si corrompue, si étrangère à l'humanité ou aux sentiments gravés dans le cœur de tous les enfants d'Adam, qui puisse, comme je l'ai dit, approuver l'adultère, la tromperie, les rapines et le parjure. "

" Que font donc ces personnes pour se défendre de ces crimes ? Elles disent : Si Dieu l'avait voulu, je n'aurais pas commis ce péché. Comment voulez-vous que je m'oppose à ma destinée (Cf. Sermons de saint Augustin, t. III, p. 263-266) ? "

3. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Hom. XI super Ezechielem

: " Les jugements du Tout-Puissant sont sévères. Après avoir longtemps attendu le pécheur à revenir à lui, il le punit de ses délais et de ses refus en lui donnant lieu de faire de nouvelles chutes encore plus funestes que les premières. Car tout péché qui n'est pas promptement effacé par la pénitence est, ou péché simplement dit, ou cause de péché, ou peine du péché. En effet, le péché le premier commis est ce que j'appelle le péché simplement dit. S'il n'est pas promptement réparé par le repentir, Dieu par un juste jugement permet que l'âme pécheresse tombe encore dans quelque péché nouveau, et qu'ainsi, pour ne s'être pas purifié par les larmes de la pénitence, elle entasse malheureusement faute sur faute. Le péché donc qui n'est pas effacé par la pénitence est tout à la fois péché et cause de péché, puisqu'il en résulte que le pécheur s’engage de plus en plus profondément dans l'abîme du vice. Mais ce nouveau péché qui est la suite d'un p.184 fin p.185 début premier non réparé est donc tout à la fois péché et peine du péché, puisqu'il est l'effet d'un aveuglement de plus en plus grand, punition d'une faute précédente, en sorte que le seul progrès dans le mal est déjà un supplice pour le pécheur. Or, il arrive quelquefois qu'un seul et même péché soit en même temps péché, cause de péché et peine du péché.

. . "

" Considérons avec crainte la manière dont un Dieu tout-puissant et souverainement juste, lorsqu'on a provoqué sa colère par de premiers crimes, permet qu'on s'aveugle jusqu’à en commettre de nouveaux. C'est en ce sens que Moïse a dit : La mesure des iniquités des Amorrhéens n'est pas encore remplie (Gen., XV, 16). David a dit de même : Laissez-les amasser iniquité sur iniquité et qu'ils n'entrent point dans votre justice (Ps. LXVIII, 28). Un autre prophète a dit encore : Les outrages, le mensonge, l'homicide, le larcin et l'adultère se sont Répandus comme un déluge et on a commis meurtre sur meurtre (Os, IV, 2), mot à mot, le sang a touché le sang. Car le sang touche le sang, quand un péché vient s'ajouter à un autre péché de telle manière qu'aux yeux de Dieu, l'âme est comme ensanglantée par cet amas d'iniquités dont elle se couvre. L'apôtre saint Paul a dit de même : Qu'ils comblent la mesure de leurs péchés (I Thess., II, 16). Dieu dit à saint Jean par le ministère de l’Ange : Que celui qui fait l'injustice la fasse encore, que celui qui est souillé se souille encore (Apoc., XXII, 11).

C'est encore pour cela que le Seigneur dit dans le passage même que nous expliquons : Si le juste abandonne sa justice et qu'il commette l'iniquité, je mettrai devant lui une pierre d'achoppement (EZECHI., III, 20). C'est comme s'il disait en termes plus explicites : Parce qu'il n'a pas voulu voir, en se laissant toucher par le repentir, l'abîme où il est tombé, je lui donnerai lieu, en l'abandonnant par un juste jugement, de tomber encore dans un autre abîme. Quand Dieu dit qu'il mettra une pierre d'achoppement devant celui qui abandonne sa justice, cela ne veut pas dire qu'il le pousse au péché, mais seulement qu'il n'a pas la volonté de l'en délivrer, de même qu'il avait dit de Pharaon : J'endurcirai son cœur (Exode, IV, 24, et VII, 3). Car Dieu n'endurcit pas à proprement parler le cœur de celui qui pèche mais c'est pour dire qu'il ne le délivre pas de son endurcissement. Dieu, en effet, dans sa miséricorde nous laisse le temps de faire pénitence ; mais lorsque nous abusons de cette patience qu'il nous montre pour ajouter à nos fautes anciennes des fautes nouvelles, lui à son tour emploie p.185 fin p.186 début à nous frapper le temps qu'il avait ménagé paternellement pour nous pardonner, afin que, pour n'avoir pas voulu se convertir en temps favorable, le pécheur aggrave ses maux avec ses crimes à l'occasion même de ce qui lui en aurait procuré la délivrance, s'il avait voulu se convertir. De là vient qu'il est écrit : Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (Rom., II, 4-5). C'est donc en abusant de la bonté de Dieu que le réprouvé s'amasse un trésor de colère pour le jour de la colère, parce qu'en employant à pécher le temps qui lui est donné pour faire pénitence, il fait du remède qui lui est offert un moyen d'augmenter son mal. Dieu voyant ainsi la chose même destinée à la guérison du pécheur ne servir qu’à accroître sa maladie, change à son tour sa bonté en sévérité et frappe d'autant plus fort, que sa patience a attendu plus longtemps. Et puisque l'homme refuse de s'éloigner du mal pour vivre de la véritable vie, il croîtra dans le mal, mais cessera pour y trouver la mort. "

4. S. BERNARD, Lib. I de Consideratione ad Eugenium

Pontificem maximum : " Ne cherchez pas à savoir ce que c'est qu'un cœur endurci ; car si vous n'en êtes pas effrayé, je vous dirai que c'est le vôtre. Il est tel, celui qui n'a pas horreur de lui-même parce, qu'il est insensible. Ne vous arrêtez pas à mes paroles ; interrogez Pharaon : il vous apprendra qu'un homme au cœur endurci n'a jamais fait son salut, à moins que Dieu, dans sa miséricorde " ne lui ait, suivant les paroles du Prophète (EZECH., XXXVI, 26), arraché son cœur de pierre pour lui en donner un de chair. " - Qu'est-ce donc qu'un cœur endurci ? C'est celui qui n'est point brisé par la componction, touché par la pitié, ému par la prière ; qui ne cède point aux menaces et résiste aux châtiments ; celui qui est ingrat envers ses bienfaiteurs, perfide dans ses conseils, cruel dans ses jugements, effronté dans le péché, téméraire dans le danger, inhumain pour ses frères, audacieux à l'égard des choses divines, oubliant le passé, négligeant le présent et sans prévoyance pour l'avenir ; c'est celui qui ne conserve du passé que le souvenir de ses injures ; qui ne profite point du présent et ne s'occupe de l'avenir que pour préparer sa vengeance ; et pour comprendre en peu de mots toutes les mauvaises qualités de cet horrible monstre, c'est celui qui n'a ni crainte de Dieu ni considération pour les hommes. " p.186 fin p.187 début

5. Le même, in Serm. de conversione ad Clericos, c. 4 : " Quelqu'un s'étonnera peut-être de ces paroles du Psalmiste : Celui qui aime l'iniquité hait son âme (Ps. X, 6). Et moi, je dis qu'il hait de plus son propre corps. Car n'est-ce pas le haïr que de travailler d'un jour à l'autre à le précipiter dans l'enfer, et de lui amasser un trésor de colère dans la dureté et l'impénitence de son cœur pour le jour de la colère ? Au surplus, cette haine du pécheur pour son corps et son âme est plutôt dans les effets que dans le sentiment. C'est dans le même sens qu'un frénétique hait son propre corps, lorsque, tout hors de lui-même il cherche à s’ôter la vie. Or, y a-t-il frénésie plus forcenée que l'impénitence du cœur et que la volonté obstinée de pécher ? C'est bien là s'arracher la vie de ses propres mains, et se ronger la chair de ses propres dents, au moins dans le sens spirituel. "

6. S. AUGUSTIN, Quæst. XVIII super Exodum

: " Pharaon ne pouvait imputer qu’à lui-même cette disposition de son cœur qui le portait à abuser de la patience de Dieu pour se montrer de plus en plus impie envers lui, au lieu de s'en servir pour se corriger. Quant aux événements qui se sont succédés et qui ont mis en évidence l'opposition de son cœur pervers à tous les ordres de Dieu ; qui ont donné à l'écrivain sacré l'occasion de dire que son cœur s'était endurci, c'est-à-dire, qu'au lieu de céder docilement, il résistait à outrance ; on doit les attribuer à la Providence divine, qui disposait les choses de manière à faire subir a ce cœur endurci son juste châtiment, et à en faire pour les autres une leçon salutaire. Si l'acquisition de quelques richesses est offerte en perspective comme le fruit d'un meurtre, n'est-il pas vrai qu'une considération semblable affectera un avare autrement qu'un autre pour qui l'argent aurait peu d'attrait ; que le premier sera engagé par-là à commettre le crime, et le second à l'éviter ? Cependant, l'un pas plus que l'autre n'aura été le maître d’avoir ou de n'avoir pas cette perspective. C'est ainsi que les occasions se présentent aux hommes méchants indépendamment de leur volonté et n'en sont pas moins exploitées par eux au profit d'une perversité qui est l'effet de leur dérèglement volontaire. Il est bon d'examiner si ce mot, J'endurcirai, ne pourrait pas aussi s'expliquer de cette manière : Je montrerai combien il est endurci. "

7. Ibidem, Quæst. XXIV : " Et Pharaon vit que le fléau s'était ralenti, et son cœur s'appesantit, et il ne les exauça point, ainsi que le Seigneur l'avait ordonné. Nous voyons ici que ce qui endurcit le p.187 fin p.188 début cœur de Pharaon, ce ne fut pas seulement que ses magiciens faisaient des prodiges semblables à ceux de Moïse, mais aussi qu'il était épargné par la patience de Dieu. Car, selon que les cœurs des hommes sont bien ou mal disposés, la patience de Dieu présente aux uns la facilité de faire pénitence et aux autres celle de résister à Dieu et de persévérer dans le mal : toutefois ce n'est pas par elle-même qu'elle n'a pas de bon résultat dans ce dernier cas, mais, comme nous l'avons déjà dit, par l'effet de la perversité du cœur humain. C'est ce que l'Apôtre nous fait entendre par ces paroles : Ignorez-vous que la patience de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par votre endurcissement et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rom., II, 4-5). Ailleurs encore, après avoir dit : Nous sommes en tout lieu la bonne odeur de Jésus-Christ (II Cor., II, 15), il ajoute : Soit à l'égard de ceux qui se sauvent, soit à l'égard de ceux qui se perdent. Il ne dit pas qu'il soit la bonne odeur de Jésus-Christ pour ceux qui se sauvent, et une mauvaise odeur pour ceux qui se perdent, mais seulement qu'il est la bonne odeur de Jésus-Christ. Ceux qui se perdent, se perdent donc en respirant cette bonne odeur même, à cause, comme nous l'avons dit, de la disposition particulière de leur cœur qui a besoin de la grâce pour être purifié par le changement de la volonté en bien, et ce ne sera qu'alors que les jugements de Dieu leur seront aussi désirables qu'ils leur sont maintenant à craindre. "

8. Le même, Serm. LXXXVIII (Ce sermon ne paraît pas à Noël-Alexandre être digne de saint Augustin, ni s'accorder pour la doctrine avec la manière dont nous avons vu plus haut, témoignage 6, que cet habile docteur a cherché d’expliquer l'endurcissement de Pharaon. Mais il faut se rappeler ici que Noël-Alexandre était thomiste outré, et opposant à la bulle Unigenitus. Cf. Hist. eccles. sæc. V, p. 106, édit de Venise) de tempore : " Avant tout, croyez fermement que Dieu n'abandonne jamais personne, que celui-ci ne l'abandonne le premier. Car, que quelqu'un ait péché grièvement une fois, deux fois, trois fois, Dieu l'attendra encore, comme il le dit lui-même par le Prophète que sa volonté est que le pécheur se convertisse et revienne à la vie (EZECH., XXXIII, 11). Mais si l'homme persiste dans ses péchés, alors de la multitude de ses péchés naît le désespoir, et du désespoir l’endurcissement. On commence par se mettre peu en peine des péchés qu'on a p.188 fin p.189 début commis d'abord, parce qu'ils sont légers ; mais, à mesure qu'on en augmente le nombre, on s'habitue à en commettre de plus grands, et ceux-ci, à force de s'accumuler, vous entraînent au fond de l'abîme. Alors s'accomplit cette parole de l'Ecriture : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péché, il méprise tout (Prov., XVIII, 3). C'est à cette sorte de personnes que l’Apôtre adresse ce reproche : Ignorez-vous que la patience de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par votre endurcissement et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère (Rom., II, 4-5). C'est au sujet d'un endurcissement de cette espèce que nous lisons dans un autre endroit : Un cheval indompté devient intraitable, et l'enfant abandonné à sa volonté devient insolent (Ecclé., XXX, 8). L'Ecriture, parlant du soin que les parents doivent prendre de corriger leurs enfants, dit encore : Châtiez votre fils avec la verge pendant qu’il est enfant, de peur qu'il ne s'endurcisse, qu'il ne veuille plus vous obéir, et que votre âme ne soit percée de douleur (Ecclé., XXX, 12). Je vous ai rapporté ces témoignages des Ecritures, afin de vous faire comprendre que l'endurcissement n'est pas l'effet de la puissance de Dieu qui y pousserait le pécheur mais plutôt un abus de son indulgence : et ainsi Pharaon s'est endurci, non par quelque effet de la puissance de Dieu, mais par une suite de sa patience. Enfin, n'est-il pas vrai qu’à chaque fois que Dieu le frappa de quelque nouvelle plaie, il témoigne du regret et du repentir ? Chaque fois au contraire que Dieu suspendit ses coups à son égard et lui pardonna, il se laissa de nouveau emporter par l'orgueil. Croyez donc fermement, et gravez bien cette vérité dans vos cœurs que toutes les fois que Dieu disait : J'endurcirai le cœur de Pharaon, il ne voulait faire entendre autre chose, sinon qu'il suspendait par rapport à lui ses plaies et ses fléaux et qu'il lui donnait lieu de s'endurcir par l'indulgence dont il usait à son égard. Mais quelqu'un dira peut-être : Pourquoi Dieu l'a-t-il endurci en l'épargnant comme il l’a fait ? Pourquoi écartait-il ses fléaux de lui ? A cette question, voici ce que je répondrai avec confiance : Dieu a fait cesser tant de fois les fléaux qu'il envoyait à Pharaon, parce que ce roi, à cause du nombre et de l'énormité de ses péchés ne méritait pas d'être corrigé comme un enfant l'est par son père mais plutôt d’être endurci comme un étranger ou un ennemi.

Car tels étaient ses crimes commis jusque -là, tel avait été son mépris sacrilège pour le vrai Dieu, qu'on voyait en lui l'accomplissement de ce que dit l'Esprit-Saint de tous les gens de ce caractère : Ils sont p.189 fin p.190 début exempts des peines des humains, et à l'abri des coups qui frappent les autres hommes. Aussi, ils se parent de leur orgueil comme d'un collier ; l'iniquité les enveloppe comme un vêtement ; leur criminelle arrogance naît de l’excès de leur embonpoint (Ps. LXXII, 5-7). Voilà comment s'endurcissent ceux qui ne méritent pas que Dieu les châtie pour leur amendement. L'Ecriture dit au contraire de ceux dont la miséricorde divine prévient l'endurcissement : Dieu frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants (Hébr., XII, 6). Et de même : Je reprends et châtie ceux que j’aime (Apoc., III, 49). Et encore : Le Seigneur châtie celui qu'il aime (Prov., III, 42). C'est aussi de cet endurcissement que parle le prophète lorsqu'il dit à Dieu, en représentant dans sa personne le peuple entier : Pourquoi avez-vous endurci notre cœur au point que nous avons perdu votre crainte (Is., LXIII, 17) ? Ce qui veut dire sans doute que Dieu les avait abandonnés en sorte qu'ils ne songeaient plus à se convertir à lui. Prophétie dont nous voyons l'accomplissement dans le peuple juif, en punition de tant de sacrilèges dont ce peuple s'est rendu coupable. Que personne donc ne soit assez téméraire pour blâmer ou inculper la justice divine à l'exemple des païens ou des manichéens, mais que chacun croie sans hésiter que, si Pharaon s'est endurci, ce n'est pas que Dieu ait forcé en cela sa volonté, mais que ç’a été l'effet de sa propre perversité et de cet orgueil indomptable qui lui a fait mépriser à tant de reprises différentes les préceptes divins. Que signifient ces paroles, J’endurcirai son cœur, sinon : Ma grâce s’éloignera de lui, et dès-lors sa propre méchanceté l'endurcira ? Et pour rendre la chose plus évidente, empruntons une similitude aux choses matérielles. De même que dans les jours d'hiver la glace se fond à la chaleur du soleil, et se reforme aussitôt que le soleil s'est retiré, ainsi la charité de plusieurs se refroidit par l’effet du péché et se ranime à la chaleur de la miséricorde divine, à cette chaleur dont il est écrit : Il n'y a personne qui puisse se soustraire à sa chaleur (Ps. XVIII, 7). Ce que nous voyons s'être encore accompli dans la personne de Pharaon, qui s'endurcissait et se révoltait contre Dieu toutes les fois que les fléaux cessaient de le frapper, et qui recourait aux supplications et aux prières, toutes les fois que la main de Dieu s'appesantissait sur lui de nouveau. "

9. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Moralium lib. XXXI, c.

11 (al. 7) : " Il est dit dans l’Ecriture que Dieu avait endurci le cœur de Pharaon ; non qu'il eût lui-même produit cet endurcissement p.190 fin p.191 début dans le cœur de ce roi impie ; mais parce qu'en punition de ces crimes, il n'avait pas jugé à propos d'amollir sa dureté en lui inspirant le sentiment de sa crainte (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 388). "

10. Ibidem, Lib. XI, c. 5 (al. 4) : " Dieu dit à Moïse, en parlant de Pharaon : J'endurcirai son cœur (Exode, VI et XII) Il est dit de Dieu, qu'il endurcit par sa justice les cœurs des réprouvés, puisqu'il ne les amollit pas par sa grâce ; et il enferme un homme comme dans une étroite prison, lorsqu'il le laisse dans les ténèbres de ses péchés (Cf. Ibid., t. II, p. 235). "

11. S. BERNARD, Serm. XLII super Cantica : " Si j'use de correction et que je fasse pour cela ce qui est en moi, mais que la correction elle-même frustre de son effet, ne fasse pas ce qui est en elle ou ce que je me suis proposé en la faisant, et qu'au lieu de toucher ceux à qui elle s'adresse, elle revienne vers moi comme une flèche qui retourne à celui qui l'a jetée, quels pensez-vous que doivent être alors les sentiments de mon âme ? Ne dois-je pas être alors chagrin, attristé ? Et pour employer ici les expressions du Maître qui suppléeront à la stérilité de mon propre langage, je me trouve alors pressé des deux côtés, sans savoir que choisir (Philip., I, 22-23), ou de me complaire en ce que j'aurai dit, puisqu'après tout je n'aurai fait que mon devoir, ou de me repentir de l'avoir dit, puisque je n'aurai pas obtenu l’effet que j'aurais voulu. Car j'aurais voulu abattre l’ennemi de mon frère, arracher celui-ci à son esclavage, et bien loin d'obtenir ce succès, je lui aurai occasionné tout le contraire. J'aurai blessé son âme, je l'aurai rendu plus coupable, puisque à ses péchés antérieurs il aura ajouté le mépris de la correction. Ils ne veulent pas t'écouter, me dit Dieu par son prophète (EZECH., III, 7), parce qu'ils ne veulent pas m’écouter moi-même. Voyez donc quelle est la majesté qui aura été offensé en telle circonstance. Ne pensez pas, ô vous qui aurez méprisé ma remontrance, que ce soit moi seul que vous ayez méprisé ; car c'est le Seigneur qui vous parlait par ma bouche. Et ce que Dieu a dit au Prophète, il l'a dit aux Apôtres : Qui vous méprise me méprise (LUC, XI, 16). Je ne suis ni prophète ni apôtre et pourtant, j'ose le dire, je remplis la fonction des prophètes et des apôtres, et quelque loin que je sois de les égaler en mérites, je partage leur sollicitude. Je me trouve, bien qu'à ma grande p.191 fin p.192 début confusion et avec bien du danger pour mon âme, assis sur la chaire de Moïse, tout en reconnaissant que je n'ai rien de ses vertus, et que je ne suis point favorisé des mêmes grâces. Mais quoi ? cette chaire n'a-t-elle plus droit au respect, parce qu'elle est occupée par un indigne ? Eh ! quand même ce seraient des scribes et des pharisiens qui y seraient assis, faites toujours ce qu'ils disent, c'est Jésus-Christ qui vous l'ordonne.

Souvent même l'impatience se joint au mépris tellement que non-seulement la personne réprimandée ne se met nullement en peine de se corriger, mais qu'elle s'indigne même contre celui qui la reprend, comme le ferait un frénétique qui repousserait la main da qui repousserait la main du médecin. Prodigieux degré de malice ! On s’irrite contre la main qui guérit, et on ne s’indigne pas contre la main qui blesse. Vous n'ignorez pas quelle est cette main qui tire des flèches dans l’obscurité contre ceux qui ont le cœur droit (Ps. X, 3), qui a décoché contre vous-même un trait mortel ; et vous ne vous indignez pas contre cette main ennemie ! et vous vous emportez contre moi, qui ne désire que votre guérison ! Mettez-vous en colère vous, dit le Psalmiste, et ne péchez pas (Ps. IV, 5). Si c'est contre le péché que vous vous mettiez en colère, non-seulement vous ne péchez pas en cela, mais vous effacez même vos fautes passées. Mais au lieu d'agir de la sorte, vous entretenez votre péché en repoussant ce qui en serait le remède, vous y en ajoutez un nouveau en vous livrant à une colère coupable, et vous entassez sans mesure péché sur péché.

Quelquefois encore l'impudeur vient se joindre au reste, en sorte que non-seulement on repousse impatiemment la correction, mais qu'on cherche de plus à justifier effrontément la faute qui en fait le sujet. Parvenu à ce degré, le mal est irrémédiable. Vous avez pris le front d’une femme débauchée, disait un jour Dieu à son peuple ; vous n'avez point voulu rougir (JEREM., III, 5). Il ajoutait : J’ai retiré de dessus vous le zèle que j'avais de votre salut ; je me tiendrai en paix, et je ne me mettrai plus en colère contre vous (EZECH., XVI, 42). Ces seules paroles me font trembler. Comprenez-vous combien il est dangereux, combien c'est un mal effrayant, que de chercher à justifier ses fautes commises ? Dieu a dit encore : Je reprends et châtie ceux que j'aime (Apoc., III, 19). Si donc on renonce à vous reprendre, c'est qu'on aura cessé de vous aimer. Vous ne serez plus digne d’être aimé du moment où vous serez jugé indigne d'être repris. Jamais, croyez-moi, Dieu n'est plus en colère contre nous, que lorsqu'il cesse de nous témoigner sa colère. Faisons p.192 fin p.193 début grâce à l'impie, dit-il encore, et il n'apprendra point à être juste (Is., XXVI, 10). Non, je ne veux point d'une grâce semblable. Une miséricorde de ce genre est plus à craindre pour moi que la colère la plus terrible ; car elle a tous les caractères d'une justice inexorable. Il vaut beaucoup mieux pour moi suivre le conseil du Prophète, et songer à me corriger, de peur qu'enfin le Seigneur ne se mette en colère et que je ne périsse hors de la voie de la justice (Ps. II, 12). Mettez-vous, je vous prie, en colère contre moi, ô vous le Père des miséricordes ; mais que ce soit de cette colère qui remette dans la voie celui qui s'en est écarté et non de cette autre colère qui l'en éloigne pour toujours. La première est celle qui nous parle un langage sévère mais paternel ; la seconde se tait et dissimule, mais n'en est que plus à redouter. Car ce n'est pas lorsque j'ignore, mais bien plutôt lorsque je sens que vous êtes irrité contre moi, que je me dis à moi-même que vous me pardonnerez ; car lorsque vous serez en colère vous vous souviendrez de votre miséricorde (HABAC., III, 2). O Dieu, disait le Psalmiste, vous avez usé envers eux de miséricorde, lors même que vous punissiez en eux tout ce qui pouvait vous déplaire (Ps. XCVIII, 8). C’est de Moïse, d’Aaron et de Samuel qu'il dit ces paroles, et il appelle miséricorde en Dieu la sévérité avec laquelle il reprenait en eux ce qui pouvait lui déplaire. Allez donc maintenant, et bannissez toute espérance d'obtenir miséricorde de Dieu, vous qui voudriez justifier vos désordres et qui vous plaignez de la correction. N'est-ce pas là appeler mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ? Que peut-il naître cette damnable impudeur autre chose que l'impénitence, mère du désespoir ?

Car qui se repentira jamais de ce qu'il croit être une bonne action ? Malheur à ceux-là, dit le Prophète (Ecclé., XXXI, 7). Oui, malheur, et malheur éternel ! Ce sont deux choses bien différentes, que quelqu'un soit tenté par sa propre concupiscence qui l’emporte et qui l'attire dans le mal (JAC., I, 14), ou qu'il se porte de lui-même à faire le mal qu'il envisage comme un bien, et que, dupe volontaire d'une sécurité trompeuse, il coure à la mort comme il courrait il la vie (Cf. Sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, p.5-7). "

p.193 fin p.194 début

Question VIII

Quand y a-t-il péché d’impénitence ? C'est lorsqu'au lieu d'expier ses péchés, comme on le devrait, par une pénitence salutaire, on ne cesse d'en commettre de nouveaux, avec le dessein formé de ne jamais en faire pénitence. Nous pouvons dire des pécheurs de cette espèce, qui non contents de l'être actuellement, veulent encore le rester toujours, que leur vie et leur mort sont également affreuses, puisqu'ils semblent dire, sinon par leurs paroles, au moins par toute leur conduite : Nous avons fait pacte avec la mort, nous avons contracté alliance avec l'enfer. C'est d’eux encore que nous pouvons appliquer ces paroles de saint Jean : Il y a un péché qui va à la mort, et ce n'est pas pour ce péché-là que je dis que vous devez prier. Voilà ce que nous avions à dire au sujet des péchés contre l'Esprit-Saint, péché des plus graves, et que Dieu ne remet jamais à celui qui les commet, ou qu'il ne remet du moins qu'avec beaucoup de peine. C'est pourquoi nous devons multiplier nos efforts pour nous en préserver nous et notre prochain, conformément à ces avertissements de nos écrivains sacrés : Prenez garde de contrister ou d’éteindre l'esprit de Dieu : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœur : Que personne de vous ne tombe dans l'endurcissement en se laissant séduire par le péché : Le cœur sera accablé de maux à la fin de sa vie. Passons maintenant à ces péchés qui, comme on dit, crient jusqu'au ciel, et qui ne le cèdent guère en énormité à ceux que nous venons de passer en revue. p.194 fin p.195 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. ISAIE, XXVIII, 14-18 : " Ecoutez donc la parole du

Seigneur, hommes railleurs, qui dominez sur mon peuple à Jérusalem. - Nous avons fait, dites-vous, un pacte avec la mort ; nous avons contracté une alliance avec l'enfer ; lorsque les maux se déborderont comme des torrents, ils ne viendront point jusqu’à nous, parce que nous avons mis notre confiance dans le mensonge, et le mensonge sera notre asile. "

3. Id., III, 8-9 : " Car Jérusalem touche à sa ruine, et Judas est déchu de sa grandeur, parce que leurs paroles et leurs œuvres se sont élevées contre le Seigneur, et ont offensé les yeux du Très-Haut. - L'impudence même de leur visage rend témoignage contre eux ; ils ont publié hautement leur péché comme Sodome, au lieu de l'ensevelir dans le silence. Malheur à eux, parce que leurs maux sont la juste peine de leurs crimes. "

4. Psaume LI, 1, 7 : " Pourquoi te glorifies-tu dans le mal, toi qui par l'abus de ta force, déshonore le Tout-puissant ? . . . Aussi le Tout-Puissant consommera pour jamais ta ruine ; il te saisira, et t'arrachera de ta demeure, il extirpera ta race de la terre des vivants. "

5. Proverbes, II, 11-15 : " Le bon conseil vous gardera, et la prudence vous conservera, - en vous garantissant des pièges tendus dans le chemin, et de la perfidie des hommes à double langage ; - qui abandonnent le droit sentier, pour s'enfoncer dans des voies ténébreuses ; - qui se réjouissent quand ils trouvent l'occasion de faire le mal, et qui tressaillent de joie à la vue des succès du crime ; - qui suivent des voies détournées et marchent dans des chemins tortueux. "

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