Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 126)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

6. I JEAN, V, 16 : " Si quelqu'un voit son frère commettre un de ces péchés qui ne vont point à la mort, qu'il prie, et Dieu donnera la vie à ce pécheur, si son péché ne va point à la mort. Le péché commis va-t-il à la mort ? ce n'est pas pour ce péché-là que je dis que vous devez prier. "

7. Ephésiens, IV, 30 : " Ne contristez point l'Esprit de Dieu, cet Esprit-Saint par lequel vous avez été marqué comme d'un sceau pour le jour de la rédemption. "

9. Psaume XCIV, 8-9 : " Aujourd'hui, si vous écoutez sa p.195 fin p.196 début voix, il vous dit : N'endurcissez point vos cœurs - comme firent vos pères à Mériba, comme ils firent au jour des murmures dans le désert. "

10. Hébreux, III, 7-14 : " Aujourd'hui donc, comme le dit le Saint-Esprit, si vous écoutez sa voix, - n'endurcissez pas vos cœurs, comme autrefois vos pères à Mériba, au jour des murmures dans le désert, - lorsqu'ils me mirent à l'épreuve, qu'ils me tentèrent, et furent témoins de mes œuvres. - Pendant quarante années cette race a provoqué mon dégoût. Le cœur de ce peuple, disais- je, est toujours dans l'égarement ; ils n'ont point connu mes voies. Aussi leur ai- je juré dans mon courroux, que jamais ils n'entreraient dans le lieu de repos que je leur avais destiné. - Prenez garde, mes frères, que quelqu'un de vous ne tombe dans un dérèglement de cœur et dans une incrédulité qui le sépare du Dieu vivant. - Mais exhortez-vous chaque jour les uns les autres, pendant que dure ce temps appelé aujourd'hui, de peur que quelqu'un de vous, séduit par le péché, ne tombe dans l'endurcissement. - Car nous sommes devenus participants de Jésus-Christ pourvu que nous conservions inviolablement jusqu’à la fin le principe du nouvel être qu'il a mis en nous. "

11. Ecclésiastique, III, 27-29 : " Le cœur dur aura une fin malheureuse, et celui qui aime le péril y périra- Le cœur qui s'engage dans deux voies différentes ne réussira point, et l'âme corrompue y trouvera un sujet de chute. - Le cœur rebelle sera accablé par les douleurs, et le pécheur ajoutera péché sur péché. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Serm. XI de verbis Domini : " C'est contre ce don gratuit (celui de la rémission des péchés), contre cette grâce de Dieu que s'élève le cœur impénitent. L’impénitence est donc un blasphème contre le Saint-Esprit, un péché qui ne sera remis ni dans le siècle présent ni dans le siècle futur. C'est contre l'Esprit-Saint en effet contre cet Esprit qui confère au baptême la vertu d’effacer tous les péchés, et qui a été communiqué à l’Eglise afin que les péchés qu'elle pardonne soient pardonnés de Dieu même ; c'est contre cet Esprit que profère ce blasphème, ou qu'entretient en lui-même cette pensée impie un homme que la patience de Dieu invite à la pénitence et qui ne s'en amasse pas moins dans la dureté et l'impénitence de son p.196 fin p.197 début cœur un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres. Cette impénitence donc, car nous pouvons appeler de ce même nom et le blasphème et les paroles dites contre le Saint-Esprit, qui ne seront jamais pardonnées, cette impénitence, dis- je, contre laquelle se sont élevés et le Précurseur et le Messie lui-même, en disant l'un et l'autre : Faites pénitence car le royaume des cieux approche (MATTH., III, 2 ; IV, 17) ; contre laquelle enfin Notre-Seigneur non-seulement a prêché dès le début de sa mission, mais encore a prédit à ses disciples qu'ils prêcheraient eux-mêmes dans tout l'univers, lorsqu'il leur a dit après sa résurrection : Il fallait que le Christ souffrît, et qu'il ressuscitât le troisième jour d'entre les morts, et qu'on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations en commençant par Jérusalem (LUC, XXIV, 26, 46-47) : cette impénitence ne sera remise ni dans le siècle présent ni dans le siècle à venir, parce que la pénitence au contraire obtient dans ce monde une rémission qui aura toute sa valeur dans le monde à venir. Mais on ne peut assurer de personne qu'il soit impénitent à ce point, tant qu'il vit sur la terre. Car on ne doit pas désespérer celui que la patience de Dieu invite à la pénitence, et qu'il laisse encore en cette vie, ne voulant pas, comme il le dit lui-même la mort de l'impie, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Cet homme est aujourd'hui païen ; que savez-vous s'il ne sera pas demain chrétien ? Il est aujourd'hui un juif infidèle ; que savez-vous s'il ne croira pas demain en Jésus-Christ ? Il est hérétique aujourd'hui ; que savez-vous s'il ne sera pas catholique demain ? Aujourd'hui il est schismatique ; demain ne sera-t-il pas en communion avec son évêque ? Et ces hommes que vous voyez s'attacher à des opinions perverses, et que vous croyez perdus à jamais, ne viendront-ils point faire pénitence avant de mourir, et par-là même à obtenir la vie éternelle ? Mettez donc à profit cet avertissement de l’Apôtre : Ne jugez de rien avant le temps (I Cor., IV, 5). Car ce blasphème irrémissible contre l'Esprit-Saint, et par lequel nous entendons non toutes sortes de blasphèmes, mais seulement l'endurcissement d'un cœur impénitent ainsi que nous avons essayé de le démontrer, on ne peut affirmer de personne dans cette vie qu'il en soit coupable. . . "

" Si une parole dite contre le Fils de l'homme obtient son pardon, et qu'une autre dite contre l'Esprit-Saint n'obtienne pas p.197 fin p.198 début le sien, ce n'est pas à dire que dans la Trinité le Saint-Esprit soit plus grand que le Fils, ce qu'aucun hérétique même n'a jamais osé prétendre, mais c'est que celui qui résiste à la vérité et qui blasphème contre la vérité qui est Jésus-Christ après que cette vérité, c'est-à-dire le Verbe fait chair et qui a conversé parmi nous, qui n'est autre que le Fils de l'homme ou Jésus-Christ lui-même a été prêché partout avec tant d'éclat, s'il ne dit pas cette parole d'un cœur impénitent contre l'Esprit-Saint, au sujet duquel il a été dit : Celui qui ne renaît pas de l’eau et de l'Esprit, et encore : Recevez l'Esprit-Saint, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, je veux dire, si cet homme vient à se repentir, il recevra des-lors rémission de tous ses péchés, et par-là même de celui qu'il a commis en parlant contre le Fils de l'homme, parce qu'à son péché d'ignorance, ou de révolte ou de blasphème, il n'a pas ajouté le péché d’impénitence contre le don de Dieu et contre la grâce de régénération ou de réconciliation qui se confère dans l'Eglise par la vertu de l'Esprit-Saint. "

2. Le même, Epist. L (al. CLXXXV), ad

Bonifacium comitem : " Qu'ils comprennent donc que tout péché commis contre le Saint-Esprit n'est pas irrémissible, mais seulement quelques-uns de ceux qu'on peut commettre contre lui. Car de même que, quand Jésus-Christ a dit que, s'il ne fût pas venu, les Juifs auraient été sans péché, il n'a pas voulu faire entendre qu'ils auraient été absolument exempts de tout péché, eux qui étaient coupables de tant de péchés énormes mais qu'ils auraient été purs d'un certain péché sans lequel tous les autres auraient pu leur être remis, et qui consistait à n'avoir pas cru en lui, quoiqu'il fût venu dans le monde et qu'il eût vécu au milieu d'eux (puisque s'il ne fût pas venu, il est certain que les Juifs n'auraient pas eu ce péché) ; de même quand il a dit qu'il n'y avait pas de pardon pour celui qui aurait péché ou parlé contre le Saint-Esprit, il n'a pas voulu faire entendre que tout péché contre le Saint-Esprit fût irrémissible, mais seulement un certain péché entre ceux-là. Et quel est ce péché ? Un endurcissement de la volonté qui subsiste jusqu’à la mort, et qui fait qu'on s'obstine à ne pas vouloir chercher la rémission des péchés dans l'unité du corps de Jésus-Christ qui seul est vivifié par l'Esprit-Saint. Car il y a une connexité nécessaire entre ces deux choses ; et de là vient qu'après que Jésus-Christ eût dit à ses apôtres, Recevez le Saint-Esprit, il ajouta tout de suite : Les péchés seront remis à p.198 fin p.199 début à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (JEAN, XX, 22-23).

" C'est donc pour ceux qui jusqu’à leur dernier moment auront repoussé le don de la grâce ; qui se seront obstinés à lui résister et de manière ou d'autre s'en seront éloignés sans retour ; c'est pour ceux-là, dis- je, qu'il n'y aura de pardon ni dans ce monde ni dans l'autre. Car ce péché est si grand, qu'il empêche à lui seul le pardon de tout le reste. Mais aussi, pour assurer qu'un homme en est coupable, faut-il attendre qu'il ne soit plus du nombre des vivants ; puisque, tant qu'il nous reste un souffle de vie, la patience de Dieu, comme dit l’Apôtre (Rom., II, 4), nous invite à la pénitence.

Que si, malgré toutes ces industries de la grâce, un homme persiste à demeurer dans le mal, et que, comme saint Paul ajoute ici même, il s'amasse par la dureté et l'impénitence de son cœur un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, il n'y aura plus de pardon pour lui, ni dans ce monde, ni dans l'autre. Il ne faut donc pas désespérer de ceux dont nous parlons, puisqu'ils sont encore en vie ; mais eux de leur côté qu'ils se gardent bien de chercher l'Esprit-Saint hors de l'unité du corps de Jésus-Christ (Cf. Lettres de saint Augustin, t. V, p. 103-105). "

3. Le pape GELASE I, in Tomo de anathematis vinculo

: " Le Seigneur a dit que ceux qui pècheraient contre l'Esprit-Saint n'obtiendraient la rémission de leur péché ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir. Combien ne connaissons-nous pas de ces pécheurs, comme sont tous les hérétiques, de quelque secte qu'ils soient, ariens, ou eunomiens, ou macédoniens qui en revenant à la foi catholique, ont obtenu en ce monde le pardon de leur blasphème et l'espérance pour l'autre qu'il leur sera également pardonné. Ce qui n'empêche pas d'être vraie la sentence de Notre-Seigneur, et ce qui n'en atténue aucunement la force, puisqu'elle ne doit s'appliquer qu’à ceux qui persévèrent dans leur disposition criminelle, et non à ceux qui la rétractent et s'en corrigent. On doit expliquer de même ce passage de l'apôtre saint Jean : Il y a un péché qui va à la mort, ce n'est pas pour ceux-là que je dis que vous devez prier. Ce péché va à la mort pour ceux qui y persévèrent mais non pour ceux qui en quittent la malheureuse habitude. Car il n'est aucun péché pour lequel l’Eglise n'interpose ses prières ou dont elle n'ait p.199 fin p.200 début reçu du ciel le pouvoir d'absoudre ceux qui y renoncent et en font pénitence, puisqu'il lui a été dit : Tout ce que vous remettrez sur la terre sera remis dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Qui dit tout, n'excepte rien ; pourvu toutefois qu'on prenne ces mots dans leur vrai sens, en ne leur donnant d'autre étendue que celle qu'ils doivent avoir. . . "

" Observons que ceux mêmes qui blasphèment contre le Saint-Esprit, de quelque manière que ce puisse être, s'ils reviennent à résipiscence et s'en corrigent, obtiendront leur pardon, et dans ce siècle, et dans le siècle à venir, et que cela n'empêche pas la vérité de ce qu'a dit Jésus-Christ et qu'il faut entendre du cas seulement où ceux qui pèchent de cette manière persévèrent dans leur funeste habitude, mais non de celui où ils prendraient le parti de s'en corriger. Mais tant qu'ils y persévèrent, ils n'ont point à attendre de pardon, ainsi que l'a déclare le Sauveur. S'ils changent au contraire, alors ils ne sont plus ces hommes à qui leur péché ne sera jamais remis, et par conséquent ils pourront en obtenir la rémission, tant dans ce siècle que dans l'autre. Autrement, ce serait donc en vain, ce qu’à Dieu ne plaise, que l'Eglise leur accorderait le bienfait de la réconciliation. Mais comme ce n'est pas une vaine autorité que celle de l’Eglise, il faut bien entendre la chose de cette manière tout en conservant leur vérité aux paroles de Notre-Seigneur. "

4. S. AUGUSTIN, Lib. de correptione et gratiâ, c. 12 : " Il y a un péché qui va à la mort, et ce n'est pas pour ce péché que je vous dis de prier (I JEAN, V, 16). Il est vrai que saint Jean n'ayant pas expliqué ce qu'il entend par ce péché, on peut donner à ses paroles beaucoup d'interprétation différentes Pour moi, je pense et j'ose dire que ce péché qui va la mort consiste à abandonner sans retour et jusqu'à la mort la foi qui opère par l'amour (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 375). "

5. Le même, Lib. I Retractationum, c. 19

; comme plus haut, q. VI, témoignage 3, page 179. p.200 fin p.201 début

Article V. - DES PECHES QUI CRIENT JUSQU’AU CIEL.

Question I

Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient jusqu’au ciel ? Ce sont ceux qui présentent par-dessus tous les autres une malice notable et manifeste, et qui attirent particulièrement la colère et les vengeances de Dieu sur ceux qui les commettent. On en compte quatre de cette espèce d'après l’Ecriture, savoir : l'homicide volontaire, la sodomie, l'oppression des pauvres et le refus du salaire dû aux ouvriers.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, IV, 9-11 : " Le Seigneur dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il lui répondit : Je n'en sais rien. Suis- je donc le gardien de mon frère ? - Le Seigneur lui répartit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. - Tu seras donc désormais maudit sur cette terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère versé par ta main. "

2. Ibid., XVIII, 20-21 : " Le Seigneur ajouta ensuite

: Le cri qui s'élève de Sodome et de Gomorrhe devient de plus en plus fort, et l’iniquité de ces villes s'est aggravée à l'excès. - Je descendrai, et je verrai si leurs œuvres répondent à ce cri qui est venu jusqu’à moi ; je saurai s'il en est ainsi, ou si cela n'est pas. "

3. Exode, XXII, 21-27 : " Vous n'attristerez et n'affligerez point l'étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d'Egypte. - Vous ne ferez aucun tort, soit à la veuve, soit à l'orphelin. - Si vous les offensez en quelque chose, ils crieront vers moi, et j'écouterai leurs cris. - Et ma fureur s'allumera contre vous, et je vous ferai périr par l'épée et vos femmes deviendront veuves et vos enfants orphelins. - Si vous prêtez de l'argent à ceux de mon peuple qui sont pauvres parmi vous, vous ne les presserez point comme ferait un exacteur impitoyable, et vous ne les accablerez point d'usures. - Si votre prochain vous a donné son habit pour gage, vous le lui p.201 fin p.202 début rendrez avant le coucher du soleil. - Car c'est le seul habit qu'il ait pour couvrir son corps, et il n'en a point d'autre pour mettre sur lui quand il dort : s'il crie vers moi, je l'exaucerai, car je suis miséricordieux. "

4. Deutéronome, XXIV, 40-45 : " Lorsque vous redemanderez à votre prochain quelque chose qu'il vous doit, vous n'entrerez point dans sa maison pour en emporter quelque gage ; - mais vous vous tiendrez dehors, et il vous donnera lui-même ce qu'il aura. - S'il est pauvre, le gage qu'il vous aura donné ne passera pas la nuit chez vous ; mais vous le lui rendrez aussitôt avant le coucher du soleil, afin que, dormant dans son vêtement il vous bénisse et que vous soyez trouves justes devant le Seigneur votre Dieu. - Vous ne refuserez point à l'indigent et au pauvre ce que vous lui devez, n'importe qu'il soit votre frère, ou que sorti d'un pays étranger il demeure avec vous dans votre pays et dans votre ville ; - mais vous lui rendrez le même jour le prix de son travail avant le coucher du soleil, parce qu'il est pauvre, et qu'il n'a que cela pour tous moyens de vivre, de peur qu'il ne crie contre vous vers le Seigneur, et que cela ne vous soit imputé à péché. "

5. JACQUES, V, 14 : " Mais vous, riches, etc. - Sachez que le salaire que vous dérobez aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs crie contre vous, et que leur cri est monté jusqu'aux oreilles du Dieu des armées. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 80

(al. 24 et 21) : " Des péchés très-grands et très-énormes de leur nature ne sont plus regardés que comme légers, ou même comme exempts de tout mal, dès qu'une fois ils sont tournés en coutume et devenus communs ; jusque-là même que, loin de les cacher, on ne rougit pas de les publier et de s'en faire gloire. C'est cet excès d'aveuglement qu'indique l'Ecriture, lorsqu’elle dit : On loue le pécheur et on lui applaudit dans les convoitises auxquelles il s'abandonne, et on comble de bénédictions celui qui commet des injustices (Ps. IX, 24). Ces sortes de péchés autorisées par la coutume sont appelés un cri dans les livres saints : c'est l'expression dont Dieu se sert dans le prophète Isaïe en parlant aux Juifs figurés par une vigne ingrate et infidèle : J’ai attendu qu'elle fit des actions d’équité, et elle n'a fait que des iniquités ; au lieu de pratiquer la justice, sa conduite n’est qu'un cri, c’est-à-dire qu'elle était criante p.202 fin p.203 début (Is., V, 7). C'est encore ainsi que le Seigneur s'exprime au livre de la Genèse : Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus. Ce qui signifie que non-seulement les actions qui se commettaient dans ces villes infâmes n'y étaient pas punies ; mais de plus, qu'elles étaient presque générales, et avaient pour ainsi dire passé en loi. Nous voyons de même de notre temps plusieurs désordres, quoique moins énorme que ceux-là, tellement passés en usage, que nous n'oserions pas excommunier un laïque ni même dégrader un clerc, qui en serait coupable. C'est pourquoi expliquant, il y a quelques années l’épître aux Galates, quand je fus arrivé à cet endroit où l'Apôtre dit : Je crains pour vous que mes travaux parmi vous n'aient été infructueux (Gal., IV, 11), je ne pus m'empêcher de m'écrier : " Malheur aux péchés des hommes ! Nous n'avons plus horreur que de ceux qui sont rares et monstrueux. Mais pour les péchés communs et ordinaires, ces péchés pour l'expiation desquels Jésus-Christ a versé son sang, quoiqu'ils soient assez énormes pour fermer les portes du royaume de Dieu à ceux qui s'en rendent coupables, nous nous familiarisons en quelque sorte avec eux, à force de les voir se commettre. Nous sommes comme contraints de les tolérer tous ; et, à force de les tolérer, nous nous trouvons en danger de les commettre nous-mêmes. Et Dieu veuille encore que nous ne fassions pas tous ceux que nous ne pourrons pas empêcher ! " Mais c'est à moi à voir si l'excès de ma douleur m'a fait dire en cette occasion quelque parole de trop (Cf. Manuel de saint Augustin, dans ses Traités choisis). "

XXX : " Les voleurs m'ont assailli. Ceux qui sont parvenus, au moyen d'obscures intrigues, à des honneurs qu'ils ne méritaient pas, et que les justes seuls devraient posséder, qui avaient pour demeure les trous des rochers, c'est-à-dire qui cherchaient à justifier leurs dispositions perverses, et en couvraient la malice à l'aide de certains passages obscurs de nos livres saints : ils criaient entre les arbres, leurs péchés étaient rendus manifestes, malgré les efforts qu'ils faisaient pour les cacher au moyen de cette obscurité des Ecritures représentée par l'ombrage que forment des branches d'arbres. De là cette manière de parler de l’Ecriture : Le cri de Sodome s'est élevé jusqu’à moi (Gen., XVIII, 20-21). Il en est de même de plusieurs autres endroits de nos livres saints, ou ce mot de cri est mis pour signifier des péchés notoires, de sorte p.203 fin p.204 début qu'un péché simplement conçu dans l'esprit y est désigné sous le nom de parole, verbum, comme il l'est sous celui de cri, clamor, quand il se produit au dehors par quelque acte réel. "

3. Le même, Lib. I locutionis de Genesi, c. 60 : " Le Seigneur dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe est monté à son comble, et leurs crimes sont parvenus au dernier degré d'énormité. L’Ecriture a coutume d'appeler cri les crimes commis avec tant d'impudeur et de licence, que ni la honte ni la crainte n'empêche plus celui qui les commet de les rendre publics. "

4. Le même, Quæst V super Exodum :

" Et maintenant voici que le cri des enfants d'Israël s'est élevé vers moi ; non sans doute comme le cri de Sodome, expression qui dans ce dernier passage signifiait des crimes commis sans crainte et sans pudeur. "

5. S. GREGOIRE- LEGRAND, Pastoral, 3e partie,

32e conseil : " Celui qui fait parade de ses désordres commet le crime avec d'autant plus d'audace, qu'il le croit chose permise, et cet aveuglement le plonge chaque jour plus profondément dans l'abîme. C'est là ce qui faisait dire au prophète Isaïe : Ils ont rendu comme Sodome leur péché public, et ils n'ont pas eu soin de le cacher (Is., III, 9). Sodome aurait en effet caché ses crimes, si elle eût eu en péchant quelque reste de crainte ; mais, comme elle n'était plus retenue par aucun frein, et qu'elle s'abandonnait à ses désordres sans remords et sans honte, elle ne se mettait plus en peine de chercher les ténèbres pour les cacher. Aussi est-il marqué dans la Genèse, que le cri de Sodome et de Gomorrhe s’était multiplié. C’est-à-dire, que l'action du péché est comme une voix qui se fait entendre ; mais quand on en vient à commettre le crime avec une audace qui ne garde plus de mesure, alors ce n'est plus une simple voix, c'est un cri et une sorte de clameur (Cf. Pastoral de saint Grégoire, trad. par P. - Ant. de Marsilly, page .320-321). "

6. Le même, in Psalmum secundum pænitentialem

: " Que par ce mot cri il faille entendre un certain péché, c’est ce que fait voir l’Ecriture lorsqu’elle dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'est élevé vers moi. Et encore : Je descendrai, et je verrai si leurs œuvres répondent à ce cri qui est venu jusqu'a moi. Car le péché dont la voix seulement se fait entendre, c'est le péché simplement en action ; au lieu que celui dont le cri se fait entendre en outre, c'est le péché qui se commet avec une liberté effrénée. p.204 fin p.205 début

Question II

De quelles vengeances l’Ecriture nous dit-elle que Dieu poursuit l’homicide volontaire ? Des vengeances les plus terribles, comme Dieu le fait voir par ce vif reproche qu'il adresse à Caïn, le premier de tous les homicides : Qu'as-tu fait ? lui dit-il (Gen., IV, 10-11). La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Maintenant donc tu seras maudit sur la terre. Et ailleurs, Dieu prononce cette sentence sévère : Quiconque aura répandu le sang de l'homme, sera puni par l'effusion de son propre sang ; car l’homme a été créé à l’image de Dieu. Cela s'accorde avec ce que dit de son côté le Prophète-royal : Les hommes sanguinaires et trompeurs n'arriveront point jusqu’à la moitié de leurs jours (Ps. LIV, 24). Car ce crime est des plus grands, en même temps qu'il fait au prochain le plus grave de tous les torts, en lui ôtant la vie sans avoir pour le faire aucune légitime autorité. C'est pourquoi Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit aussi : Tous ceux qui s'armeront de l'épée périront par l'épée.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, IV, 8-16 : " Or, Caïn dit à son frère Abel : Allons dehors. Et lorsqu'ils furent dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. - Et le Seigneur dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il lui répondit : Je n'en sais rien : suis- je le gardien de mon frère ? - Le Seigneur lui répartit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. - Maintenant donc tu seras maudit sur cette terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère versé par ta main. - Après même que tu l'auras cultivée, elle te refusera ses fruits, tu seras fugitif et errant sur la terre. - Caïn répondit au Seigneur : Mon iniquité est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon. - Voilà que vous me rejetez de dessus la face de la terre, p.205 fin p.206 début et je fuirai de votre présence et je serai fugitif et errant sur la terre ; - et le premier qui me trouvera, me tuera. - Le Seigneur lui répondit : Il n'en sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Caïn sera puni sept fois davantage. Et le Seigneur mit un signe sur Caïn, afin que ceux qui le trouveraient s'abstinssent de le tuer. - Caïn s’étant retiré de devant la face du Seigneur, s'enfuit et s'en alla habiter la terre située à l'orient d'Eden. "

2. Id., IX, 5-6 : " Je vengerai votre sang, cet aliment de votre vie, de toutes les bêtes comme de tous les hommes qui l'auront versé ; je redemanderai au frère le sang de son frère ; et quiconque aura répandu le sang d'un homme, son sang à lui-même sera répandu, car l'homme a été créé à l'image de Dieu. "

3. Exode, XXI, 12-15 : " Si quelqu'un frappe un homme dans le dessein de le tuer, qu'il soit puni de mort. - Quant à celui qui ne lui aura point dresse d’embûches mais entre les mains duquel Dieu l'aura fait tomber, je vous marquerai un lieu où il pourra se réfugier. - Si quelqu'un tue son prochain de dessein prémédité dans des embûches qu'il lui aura dressées, vous l'arracherez de mon autel pour le faire mourir. - Celui qui aura frappé son père ou sa mère sera puni de mort. "

5. Nombres, XXXV, 16-34 : " Si quelqu'un frappe avec le fer, et que celui qui aura été frappé meure de sa blessure, il sera tenu pour coupable d'homicide, et puni de mort. - S'il jette une pierre, et que celui qui l'aura frappé vienne à mourir, il sera puni de la même manière. - Si celui qui aura été frappé avec du bois meurt des suites du coup qu'il aura reçu, sa mort sera vengée par l'effusion du sang de celui qui l'aura frappé. - Le parent de la victime tuera l'homicide ; il le tuera aussitôt qu'il l'aura rencontré. - Si un homme pousse celui qu'il hait, ou jette quelque chose contre lui par un mauvais dessein, ou si étant son ennemi, il le frappe de la main, et que ce dernier en meure, il sera coupable d'homicide ; et le parent du mort pourra tuer le meurtrier dès qu'il l'aura rencontré. - Mais si c'est par hasard, sans haine, - et sans aucun mouvement d'inimitié, qu'il ait fait quelqu'une de ces choses, - et que cela ait été prouvé devant le peuple, après que la cause du meurtre aura été débattu entre lui et le parent du mort, - il sera délivré comme innocent d'entre les mains de celui qui demanderait vengeance, et il sera ramené par sentence dans la ville ou il se p.206 fin p.207 début serait réfugié et il y demeurera jusqu’à la mort du grand-prêtre qui, à cette époque, aura été sacré de l'huile sainte. - Si le meurtrier est trouvé hors des limites des villes destinées pour les bannis, et qu'il soit tué à cette occasion par celui qui poursuit la vengeance du sang répandu, celui-ci ne sera point censé coupable ; - car le fugitif devait se tenir dans la ville jusqu’à la mort du pontife. Mais quand le grand-prêtre sera mort, le meurtrier pourra s'en retourner dans son pays. - Ceci sera observé comme une loi constante dans tous les lieux où vous pourrez habiter. - On ne punira l'homicide, qu'après avoir entendu les témoins. Nul ne sera condamné sur le témoignage d'un seul. - Vous ne recevrez point d'argent de celui qui se trouvera coupable de sang répandu ; mais il mourra irrémissiblement. - Les bannis et les fugitifs ne pourront rentrer d'aucune manière dans leur ville avant la mort du grand-prêtre, - de peur que vous ne souilliez la terre où vous habiterez, et qu'elle ne demeure impure par l'effusion du sang innocent : car elle ne peut être purifié que par le sang de celui qui aura versé le sang de l'autre. - C'est ainsi que votre terre ne sera point souillée et que je continuerai de demeurer avec vous ; car c'est moi le Tout-Puissant, qui veux habiter au milieu des enfants d'Israël. "

6. Deutéronome, XIX, 4-13 : " Voici la loi sur l'homicide fugitif à qui on devra conserver la vie : Si quelqu'un vient à frapper ton prochain par mégarde et qu'il soit prouvé qu'il n'avait aucune haine contre lui quelques jours auparavant, - mais qu'il s'en était allé avec lui dans une forêt simplement pour couper du bois, et que le fer de sa coignée, comme il s'en servait pour couper du bois, s'est échappé de ses mains, et en se détachant du manche a frappé son ami et l'a tué, il se retirera dans l'une de ces trois villes, et sa vie y sera en sûreté ; - de peur que le plus proche parent de celui dont le sang aura été répandu, se laissant emporter par la douleur, ne le poursuive et ne l'atteigne en mettant à profit la longueur du chemin, et qu'il ne le tue sans qu'il ait mérité la mort, puisqu'il ne paraît pas que ce dernier aurait eu jusque-là aucune haine contre la victime de l'accident. - C'est pourquoi je vous ordonne de choisir ces trois villes à des distances égales de l'une à l'autre. - Mais lorsque le Seigneur votre Dieu aura étendu vos limites, comme il l'a promis à vos pères avec serment, et qu'il vous aura donné toute la terre qu'il leur a promise, - si toutefois vous gardez ses ordonnances, et que vous fassiez ce que p.207 fin p.208 début je vous prescris aujourd'hui, qui est d'aimer le Seigneur votre Dieu, et de marcher dans ses voies en tout temps, vous ajouterez trois autres villes à ces premières et vous en doublerez ainsi le nombre, de peur qu'on ne répande le sang innocent dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donnera à posséder, et que cette tache ne retombe sur vous. - Mais si quelqu'un, haïssant son prochain, cherche l'occasion de le surprendre et de lui ôter la vie, et que se jetant sur lui il le frappe et le tue, si ensuite il s'enfuit, dans l'une de ces villes, - les anciens de cette ville l'enverront prendre, et l'ayant tiré du lieu où il aura cherché un asile, ils le livreront entre les mains du parent de celui dont le sang aura été répandu et il sera puni de mort. - Vous n'aurez point pitié de lui, et vous ôterez du milieu d'Israël le crime commis par l'effusion du sang innocent, et ce sera pour vous un bien. "

7. I JEAN, III 15 : " Tout homme qui hait son frère, est homicide. Or, vous savez que nul homicide ne possède en soi le principe de la vie éternelle. "

9. MATTHIEU, XXVI, 82 : " Alors Jésus lui dit :

Remettez votre épée dans le fourreau ; car tous ceux qui se serviront de l'épée périront par l'épée. "

10. Apocalypse, XIII, 10 : " Celui qui aura réduit les autres en captivité y sera réduit lui-même ; celui qui aura tué avec le glaive, périra par le glaive. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le concile d'Ancyre, c. 22 : " Ceux qui se seront rendus volontairement coupables de meurtre, devront se soumettre à la pénitence pour le reste de leurs jours. On les admettra néanmoins à la communion à la fin de leur vie. Quant à ceux qui seront devenus homicides par l'effet du hasard, et non de leur volonté, l'ancienne règle ne les recevait, il est vrai, à la communion qu'après sept années de pénitence, en suivant les degrés établis. Le concile, aujourd'hui plus indulgent, réduit la durée de cette pénitence à cinq années. "

Tous les livres