Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 136)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1. S. PIERRE CHRYSOLOGUE, évêque de Ravenne,

Serm. XLIII : " Il est trois choses, mes frères, qui soutiennent la foi, conservent la dévotion, entretiennent la vertu : la prière, le jeûne et la miséricorde. Ce que la prière demande, le jeûne l'obtient, et la miséricorde le reçoit. Là prière, la miséricorde et le jeûne sont trois choses qui n'en font qu'une, et qui se donnent réciproquement la vie. Car le jeûne est l'âme de la prière et la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne n'entreprenne de séparer ces trois choses : elles sont inséparables. Celui qui possède l'une des trois sans posséder en même temps les deux autres, est comme s'il n'en possédait aucune. Que celui donc qui prie n'omette pas de jeûner ; que celui qui jeûne n'oublie pas d'exercer la miséricorde ; qu'il exauce les supplications qui lui sont adressées, s'il désire être exaucé lui-même ; il engagera Dieu à lui prêter l'oreille, s'il prête lui-même l'oreille aux malheureux qui le supplient. Que celui qui jeûne par pénitence compatisse à celui qui jeûne par besoin ;

qu'il comprenne la faim dont souffrent ses semblables, s'il veut que Dieu comprenne celle qu'il endure volontairement lui-même ; qu'il fasse miséricorde s'il espère obtenir lui-même miséricorde ; s'il réclame l'indulgence, qu'il soit lui-même indulgent ; s'il implore ta bonté de Dieu, qu'il soit bienfaisant lui-même. O homme, appliquez-vous à former en vous-même comme un échantillon de la miséricorde que vous voulez trouver en Dieu : que votre charité pour votre prochain soit aussi empressée, aussi abondante, aussi officieuse et bienveillante que celle que vous voulez que Dieu ait pour vous. Que la miséricorde, la prière et le jeûne fassent donc pour nous auprès de Dieu l'office d'un même avocat ou d'une même plaidoirie, ou que ce soit une même prière sous trois formes différentes. Voilà, mes frères, ce qui vous ouvrira l'entrée du ciel, ce qui vous gagnera le cœur de votre souverain juge, ce qui plaidera au tribunal de Jésus-Christ à cause du genre humain, ce qui obtiendra pardon pour les pécheurs, indulgence pour les coupables. Celui qui n'aura pas ce triple patronage dans le ciel, n'a qu'à se désespérer sur la terre ; car, en même temps que c'est là ce qui met à notre disposition tous les biens célestes, c’est là aussi ce qui règle les choses d'ici-bas, ce qui nous modère dans la prospérité, ce qui nous soutient contre l'adversité, ce qui donne la mort à tous les vices, la vie à toutes les vertus, ce qui p.309 fin p.310 début rend nos corps chastes, nos cœur purs, ce qui met la tranquillité dans nos membres, la paix dans nos âmes, la subordination dans nos sens ; c'est là ce qui fait de la poitrine du chrétien comme un temple de Dieu, du chrétien lui-même un ange, de l'homme enfin, osons le dire, quelque chose de divin. C'est là en effet ce qui fit de Moïse le dieu de Pharaon (Exod., VII, 1 et suiv., XIV, 21), ce qui lui soumit tous les éléments devenus les instruments de ses victoires et de ses triomphes ; ce qui lui ouvrit la mer, en suspendit les eaux, en dessécha le lit, ce qui changea pour son peuple la rosée du ciel en un pain substantiel et nourrissant, ce qui obligea les vents à lui apporter des viandes succulentes, les nuits les plus profondes à resplendir pour son armée de tout l'éclat du jour, le soleil le plus brûlant à tempérer à son tour l'ardeur de ses rayons, les rochers les plus durs à se fondre pour son peuple altéré en sources d'eau vive : ainsi mérita-t-il d’être choisi pour révéler à la terre les lois du ciel, pour tracer le premier dans ses écrit la règle des mœurs, pour marquer les devoirs des rois et des peuples. C'est aussi par-là qu'Elie a su échapper à la mort, s'élever de la terre au ciel, devenir le concitoyen des anges, l'hôte familier de Dieu, et transporter dans les demeures céleste un corps formé de limon (II Rois, II, 11). C'est là ce qui a fait de Jean un ange revêtu de chair, un habitant du ciel vivant parmi les hommes, et lui a procuré le singulier avantage d'entendre, de voir, de toucher la Trinité entière (MARC, I, 2, 10).

Nous donc aussi, mes frères, si nous voulons être associés à la gloire de Moïse, au triomphe d’Elie, aux vertus de Jean, aux mérites de tous les saints, appliquons-nous à la prière, pratiquons le jeûne, exerçons-nous aux œuvre de miséricorde ; celui qui se rendra ces pratiques familières, qui en fera ses armes de défense, n'aura rien à craindre, valeureux soldat du Christ, ni des amorces du péché, ni des traits enflammés du diable, ni des séductions du monde, ni de la tourbe des vices, ni des convoitises de la chair, ni des attraits de la volupté, ni de tout ce qui pourrait donner la mort à son âme. Mais nous qui tous les matins à notre réveil ne savons comment se passera la journée, qui vivons au milieu des périls pour qui la variété des saisons, l’inconstance du temps, une parole qui échappe, un mouvement de la pensée, tout enfin est occasion de péché, quelle raison avons-nous qui nous empêche d'aller à l'église offrir à Dieu tous les matins les prémices de la journée, de nous assurer par la prière du matin la protection de Dieu pour chaque jour, p.310 fin p.311 début te faire au moins quelques instants la cour à notre Dieu, nous qui ne craignons pas la peine de la faire toute notre vie à des hommes ? Ce n'est pas là, mes frères consulter nos intérêts, mais c'est obéir aux suggestions de notre ennemi, qui s’apprête à nous tromper, et qui, pour mieux y réussir, nous inspire le dégoût de la prière. Quel droit a de se plaindre des adversités qui lui surviennent, celui qui dédaigne de faire des vœux pour son bonheur ? Ecoutons cet avertissement que Dieu nous donne : Priez, pour que vous ne tombiez point dans la tentation (MATTH., XXVI, 41). C'est se jeter dans la tentation, que de ne pas recourir à la prière. Le Prophète ne l'ignorait pas, quand il disait : Venez, adorons Dieu, prosternons-nous et pleurons devant le Seigneur qui nous a créés (Ps. XCIV, 6). Daigne-t-il, pensez-vous, répandre ses larmes devant le Seigneur, celui qui ne daigne pas même remuer ses lèvres pour une formule de prière ?

Si l'amour de Dieu ne suffit pas pour nous porter à le prier chaque matin, que la crainte au moins nous en fournisse le motif, et si nous ne cédons pas à l'attrait des biens pour remplir ce devoir, cédons à la perspective des maux. Le malheur des temps est pour nous, croyez-moi, l'effet du mépris que nous faisons de Dieu, et non le résultat du cours naturel des choses. Ce que notre impiété nous a fait perdre, tâchons de le regagner par le jeûne ; que le jeûne soit le glaive avec lequel nous immolions nos âmes à Dieu ; car il n'y a point de sacrifice plus agréable à Dieu que celui-là, comme nous en assure le Prophète par ces paroles : Un esprit brisé de douleur est un sacrifice digne de Dieu ; Dieu ne méprise point un cœur contrit et humilié (Ps. L, 19). O homme, offrez à Dieu votre âme en sacrifice, et que ce sacrifice revête la forme du jeûne pour que l'hostie soit sans tache, le sacrifice saint, la victime vivante, vivante pour Dieu et vivifiante pour vous-même. Refuser à Dieu un sacrifice semblable, c'est s'enlever à soi-même toute excuse, puisqu'on ne s'appauvrit en rien, on ne se dépossède au fond de rien par une telle offrande. Mais pour qu'elle soit agréable, elle doit être accompagnée de la miséricorde, le jeûne est stérile si la miséricorde ne le féconde, la miséricorde est une rosée sans laquelle le jeûne ne germe pas ; la miséricorde est pour le jeûne ce que la pluie est pour la terre. En vain le jeûne purifierait-il l’âme et le corps, détruirait les vices, produirait-il des semences de vertus : ces vertus ne produiront de fruits qu'autant que la miséricorde, comme une douce rosée, en fera monter la sève. Jeûneur, croyez-moi, votre champ manque d'engrais quand la p.311 fin p.312 début miséricorde y manque ; si vous voulez remplir vos greniers de vos récoltes, confiez la miséricorde à l’emploi de vos biens. Au lieu donc de tout perdre par vos épargnes, faites profit de tout par vos libéralités ; donnez à vous-même en donnant aux pauvres, au lieu que ces même biens que vous laisseriez à vos héritiers seraient perdus pour vous. "

2. S. LEON, Serm. I sur le jeûne du dixième mois : " Les principaux actes de la religion sont au nombre de trois, la prière, le jeûne et l'aumône ; tous les temps sont propres à la pratique de ces vertus, mais il faut redoubler de zèle à l'époque que leur a consacré la tradition apostolique.

Selon cette loi antique, le dixième mois est cette époque où nous devons exercer avec le plus de piété ces trois vertus dont je viens de vous parler. La prière nous rend la Divinité propice, le jeûne amortit la concupiscence de la chair, les aumônes effacent nos péchés et ces trois vertus réunies nous rendent de nouveau semblables à Dieu, pourvu que nous soyons toujours prêts à chanter ses louanges, et que nous veillions sans cesse à être purs de tout péché et à secourir notre prochain dans son infortune. Ces trois vertus, bien observées, renferment à elles seules tous les mérites et toute l'efficacité des autres. Elles impriment en nous les traits de la Divinité et nous unissent inséparablement au Saint-Esprit. La prière conserve la rectitude de la foi, le jeûne contribue à rendre notre vie pure, et l'aumône accoutume notre cœur à la bienfaisance. Nous jeûnerons aussi la quatrième et la sixième férie et le samedi nous célébrerons les vigiles dans l’église du bienheureux apôtre Pierre, afin qu'il daigne par son intercession donner plus de crédit à nos prières, à nos jeûnes et à nos aumônes, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. "

3. Le même, Serm. IV de jejunio decimi mensis

; voir ce passage rapporté plus bas, à la question qui suivra immédiatement celle-ci, témoignage 42.

4. S. BERNARD, in Sententiis, sect. 11 : " Il est trois choses dont doivent s'abstenir tous ceux qui ont besoin de la grâce de la justification, et qui désirent en être favorisés. La première, ce sont les œuvres de ténèbres, la seconde, ce sont les désirs de la chair ; la troisième ce sont les embarras du siècle. Il y a de même trois choses auxquelles ils doivent s'appliquer, et que Notre-Seigneur lui-même leur recommande dans son sermon de la montagne : ce sont l'aumône, le jeûne et la prière. Car l'œuvre de la justifi- p.312 fin p.313 début cation s'accomplit en nous, lorsque nous nous interdisons ce qui nous est défendu, et que nous nous portons fidèlement à tout ce qui nous est commandé. Sachons donc opposer aux œuvres des ténèbres les œuvres de miséricorde, aux désirs de la chair la pratique du jeûne, et aux embarras du siècle l'amour de Dieu et l'exercice de la prière. "

XVII : " Après cette vie sera donnée la récompense céleste, mais à ceux-là seulement qui pendant la vie présente auront travaillé à la mériter. Car on ne pourra être rassasié dans l'autre monde par la possession de la justice souveraine, qu'autant que dans celui-ci on en aura été affamé et altéré. Bienheureux, nous dit Jésus-Christ, ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés (MATTH., V, 6). Tant que nous sommes éloignés du Seigneur et ainsi hors de notre patrie, nous ne marchons qu'éclairés par le flambeau de la foi, au lieu de l'être par la claire vision du soleil des esprits (II Cor., V, 6-7) ; de là ce mot du Prophète : Le juste vit de la foi (HABAC., II, 4). La perfection de notre justice dans ce lieu de pèlerinage consiste donc à tendre d'un pas droit et d'une marche résolue vers cette justice parfaite et souveraine, dont la beauté contemplée à découvert contentera tous nos désirs en châtiant notre corps et le réduisant en servitude, en faisant l'aumône avec joie et de bon cœur, soit par le sacrifice de nos biens en faveur des pauvres, soit par le pardon des offenses commises contre nous, en nous adonnant enfin à l'exercice assidu de la prière, en même temps que, fermement attachés à la saine doctrine, nous nourrirons et ferons croître en nous la foi, l'espérance et la charité. Voilà quelle peut être présentement notre justice, affamés et altérés que nous devons être dans notre course laborieuse, de cette justice parfaite et souveraine qui nous rassasiera un jour. Aussi lisons-nous dans l’Evangile, que Notre-Seigneur, après avoir dit : Ne faites pas vos bonnes œuvre devant les hommes en vue d'attirer sur vous leurs regards (MATTH., VI, 1), pour nous détourner de nous proposer la gloire humaine pour but de nos efforts, ne nous a pas enseigné d'autres moyens de bonnes œuvres que ces trois : le jeûne, l’aumône et la prière ; en entendant par le jeûne toute sorte de mortifications corporelles, par les aumônes tous les actes de bienfaisance ou de bienveillance, tels que l'aumône proprement dite et le pardon des injures, et par la prière tous les divers exercices de religion et de piété. "

p.313 fin p.314 début

6. S. AUGUSTIN, in Ps. XLII : " Voici l'abrégé de toute la justice de l'homme en cette vie : le jeûne, l'aumône et la prière. Voulez-vous que votre prière vole et s'élève jusqu'à Dieu ? Donnez-lui pour ailes le jeûne et l'aumône (Cf. Sermons de saint Augustin, t. II, p. 386). "

7. Le même, Serm. LX de tempore : " Celui qui fait l'aumône en vue d'être loué des hommes, est comme s'il la faisait devant les hommes quand même il la ferait en secret, parce que c'est leur louange qu'il cherche en cela. Celui au contraire qui fait l'aumône uniquement par amour pour Dieu, afin que son exemple soit imité des autres à l'avantage commun, et pour que Dieu en soit loué et non lui-même fait son aumône en secret quand même il la ferait en public, parce qu'en faisant cette aumône il cherche à se procurer, non les biens qui se voient, mais ceux qui ne se voient pas, et qu'il ambitionne de recevoir non la louange des hommes, mais la récompense de Dieu même. Disons la même chose du jeûne. De ce que Notre-Seigneur a dit : Parfumez-vous la tête et lavez-vous la figure, pour que les hommes ne voient pas que vous jeûnez (MATTH., VI, 18), s'ensuit-il que nous allons contre son précepte lorsque nous ordonnons des jeûnes publics, ou que nous jeûnons à la vue du peuple et le peuple avec nous ? Il faut donc entendre par-là, qu'on ne doit pas jeûner en vue d'être loué des hommes, mais pour obtenir le pardon de nos péchés et nous concilier la miséricorde divine.

Que chacun interroge là-dessus sa conscience, et si c'est pour l'amour de Dieu seulement qu'il fait l'aumône, qu'il ne craigne pas de la faire en public, afin que ceux qui le verront puissent l'imiter. Car ces paroles qu'a dites aussi Notre-Seigneur : Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre droite, doivent être entendues dans le même sens que ce que nous venons de dire. La main droite en effet signifie l'amour de Dieu, et la gauche la vanité ou la cupidité mondaine.

Si vous faites l'aumône pour être loué des hommes, votre gauche alors fait tout, et votre droite ne fait rien. Mais si vous faites l'aumône pour que Dieu vous pardonne vos péchés et qu'il vous donne la vie éternelle, c’est alors votre main droite toute seule qui agit. Que veulent donc dire ces paroles : Que votre gauche ne sache pas ce que fait votre droite, sinon, que vous ne devez pas permettre à la vanité et à la cupidité mondaines de gâter et de perdre en vous ce que vous a fait faire l'amour de Dieu ?. . . "

p.314 fin p.315 début " Si dans vos prière vous demandez à Dieu quelqu'un des biens visibles, c'est comme si vous faisiez votre prière devant les hommes, parce que c'est ce que les hommes voient que vous demandez à Dieu. Mais si vous faites votre prière en vue d'obtenir le pardon de vos péchés et la vie éternelle, vous la faites dans le secret, quand même vous la feriez en public, parce que la chose que vous demandez à Dieu n'est pas ce que voient les hommes, mais ce qu'ils ne voient pas. Car ce qui se voit, ce sont les biens temporels ; ce qui ne se voit pas au contraire, ce sont les biens éternels (II Cor., IV, 18). "

8. Le concile de Trente, session VI, chapitre XVI : voir dans ce chapitre ce qui est dit des bonnes œuvres, passage rapporté plus haut, question II, témoignage 6, page 295.

Article II. - DU JEUNE.

Question I

Qu’est-ce que le jeûne ? Ce mot présente plusieurs significations. Le grand jeûne, le jeûne commandé à tous, c'est, dit saint Augustin, de s'abstenir de toute iniquité et des coupables voluptés du siècle. On distingue ensuite le jeûne appelé philosophique, qui est la tempérance et la sobriété dans le boire et le manger, vertu qui n'était pas inconnue des païens eux-mêmes, du moment où ils écoutaient la voix de la droite raison. Enfin il y a le jeûne ecclésiastique, qui consiste à se retrancher l'usage de la viande et à se contenter d'un unique repas en certains jours, d'après l'usage et la loi de l’Eglise. Rien de plus conforme à la piété et à l'esprit du christianisme, que le jeûne pris dans ce dernier sens, quand on s'y propose pour fin d'honorer Dieu, de dompter la chair et de la soumettre à l'esprit, de produire de dignes fruits de pénitences, de pratiquer l'obéissance ou enfin d'obtenir quelque grâce particulière de Dieu. p.315 fin p.316 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Tract. XVIII in Joannem : " Le grand jeûne, le jeûne parfait et universel, consiste à s'abstenir de l'iniquité et des plaisirs criminels du siècle en sorte que, renonçant à l’impiété et aux passions mondaines, nous vivions dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété. A quoi l'Apôtre ajoute, pour marquer quelle doit être la récompense d’un jeûne de cette nature : Dans l'attente de la béatitude que nous espérons, et de l’avènement glorieux du Dieu auteur de toute félicité de Jésus-Christ notre Sauveur (Tit., II, 12). Nous observons donc en cette vie comme un carême d'abstinence lorsque nous vivons bien, et que nous nous abstenons du péché et des plaisirs déréglés (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean, tome Ier, pag. 559). "

2. Le même, Lib. II quæstionum evangelicarum, c. 18 : " L'Ecriture nous prescrit à tous un jeûne général qui ne consiste pas seulement à s'abstenir de certains mets, mais à réprimer toute volupté ou tout désir sensuel. "

3. S. JEROME, liv. II contre Jovinien, c. 9 (al.

2) : " Dicéarque, dans ses livres d'antiquité et dans sa description de la Grèce, rapporte que, sous Saturne, c'est-à-dire au siècle d'or, quand la terre produisait tout d'elle-même, personne ne mangeait de viande, mais que tout le monde vivait des légumes et des fruits que la terre sans besoin de culture faisait sortir de son sein. Xénophon, dans ces huit volumes où il déroule la vie de Cyrus, roi des Perses, assure que ce peuple ne vivait que de farine d'orge, de cresson, de sel et de pain grossier. Le même Xénophon, Théophraste et presque tous les historiens de la Grèce nous vantent la modeste table et la frugalité des Lacédémoniens.

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" Le stoïcien Chérémon, personnage très-éloquent, raconte des anciens prêtres de l’Egypte, que, laissant de côté toutes les affaires, et tous les soins du monde, ils vivaient toujours dans le temple, contemplaient la nature des choses, la marche des astres et les causes de leurs révolutions ; n’avaient aucun commerce avec les personnes du sexe, ne voyaient, jamais leurs parents et p.316 fin p.317 début leurs proches, ni même leurs propres enfants, et cela du jour où ils avaient commencé à se consacrer au culte divin ; qu'ils s'abstenaient constamment de viande et de vin, à cause de l'évaporation et du vertige que cela aurait pu leur occasionner, mais surtout à cause des appétits libidineux qui naissent de cette nourriture et de cette boisson. Ils mangeaient rarement du pain, de crainte de se charger l'estomac ; et si parfois ils en mangeaient, alors ils mêlaient à leur nourriture de l'hysope broyée afin de corriger par l'arôme de cette plante ce que le froment leur présentait de trop substantiel. Ils n'assaisonnaient leurs légumes que d'huile, et encore en petite quantités seulement pour éviter la nausée et adoucir l'âcreté du goût. Que dire des volatiles, ajoute l'écrivain, puisqu'ils ne voulaient pas même goûter aux œufs ni au lait, par la raison, disaient-ils, que, sous une couleur différente, les œufs ne sont autre chose que des viandes à l'état liquide, et le lait rien autre chose que du sang ? Leurs lits n'étaient que des tissus de feuilles de palmiers appelées baies ; pour oreiller, ils mettaient par terre sous leurs têtes un escabeau incliné et oblique d'un côté, et ils restaient jusqu’à deux et même jusqu’à trois jours sans prendre aucune nourriture. Les humeurs que le corps contracte dans l'inaction ou par un séjour trop prolongé dans un même lieu, ils les dissipaient en observant une diète extrêmement sévère.

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" Josèphe, au second livre de la Captivité judaïque, et au dix-huitième des Antiquités, et dans ses deux volumes contre Appion, fait le tableau de trois sectes répandues parmi les Juifs, savoir celles des pharisiens, des sadducéens et des esséniens. Il exalte ces derniers par de magnifiques louanges, parce qu'ils s'abstenaient toute leur vie de femmes, de vin et de viandes, et se faisaient comme une seconde nature d'un jeûne continuel. Philon, homme très-savant, à écrit aussi un volume sur leur genre de vie. Néanthès de Cyzique, et Asclépiade de Chypre, rapportent dans leurs écrits qu’à l'époque où Pygmalion régnait en Orient, l'usage des viandes y était inconnu. Eubule, qui à écrit en plusieurs livres l'histoire de Mithra, raconte que, chez les Perses, il y a trois classes de mages, et que la première qui se compose des plus doctes et des plus éloquents, ne fait sa nourriture que de farine et de légumes. A Eleusis, on ne mange habituellement ni volailles, ni poisson, ni certains fruits. Bardesanes, philosophe babylonien, partage en deux sectes les gymnosophistes de l'Inde, et appelle les uns bragmanes, et les autres p.317 fin p.318 début samanéens. Or, ces derniers sont d'une telle continence, qu'ils ne vivent que des fruits que portent les arbres du Gange, ou du riz et de la farine qu'ils reçoivent du gouvernement, et que, quand le roi se rend auprès d'eux, il se prosterne à leurs pieds, en attribuant à la vertu de leurs prières la prospérité dont peuvent jouir ses Etats. Euripide rapporte que, dans la Crète, les prophètes de Jupiter s'abstenaient non-seulement de viande, mais encore de toutes sortes d'aliments cuits. Le philosophe Xénocrates écrit que des lois de Triptolème il n'y à d'inscrit à Athènes dans le temple d’Eleusis que ces trois préceptes : Honorer ses parents, vénérer les dieux, ne pas manger de viande. Orphée dans son poème témoigne son horreur pour ce même aliment. A notre honte, je parlerais aussi de la frugalité de Pythagore, de Socrate et d'Antisthènes si cela ne devait m'entraîner trop loin et ne demandait un ouvrage spécial. "

4. S. CLEMENR, pape et martyr, ou l'auteur des Constitutions apostoliques, livre V, chapitre 12 : Après l'Epiphanie, vous aurez à observer le jeûne du carême, qui nous rappelle l'exemple et le précepte qu'en a donnés Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce jeûne doit être célébré avant celui de Pâques qui commencera au second jour de la semaine, et finira le vendredi. Après ces jours, vous entrerez dans la sainte semaine de Pâques, et vous jeûnerez tous dans cette semaine avec crainte et tremblement, en vous occupant pendant ces jours à prier pour ceux qui se perdent. "

5. Ibidem, c. 14 : " Il nous a donc ordonné de jeûner ces six jours (qui précédent la fête de Pâques) à cause de l'impiété et de l'endurcissement des Juifs, et il nous a recommandé de pleurer le malheur qu'ils ont eu de se perdre. Car lui aussi a pleuré sur eux, de ce qu'ils avaient ignoré le temps de sa visite. Il nous à prescrit le jeûne du mercredi et celui du vendredi : le premier, à cause du jour où il à été trahi ; le second, à cause de celui de sa mort ; il a voulu de plus que le jeûne finit le septième jour au chant du coq. Il nous a ordonné de jeûner le samedi même. "

6. Ibidem, c. 17 : " Vous jeûnerez dans les jours de la Pâques, depuis le deuxième jour de la semaine jusqu'au vendredi et au samedi, en vous contentant de pain, de sel et de légumes et d'eau pour boisson. Vous vous abstiendrez de vin et de viande pendant ces jours ; car ce sont des jours de deuil, et non de fête. Le vendredi et le samedi devront être tout entiers p.318 fin p.319 début des jours de jeûne pour ceux qui en auront la force, et ils ne rompront le jeûne que dans la nuit suivante, au chant du coq. S'il y en a qui ne puissent passer deux jours de suite sans rien prendre, ils observeront au moins le jeune du samedi ; car Notre-Seigneur a dit quelque part en parlant de lui-même : Un jour viendra que l'époux leur sera enlevé, et ils jeûneront dans ces jours-là ; or, les jours dont nous parlons sont ceux où il à été arrêté par les juifs perfides, où il à été crucifié et mis au nombre des scélérats. "

7. Ibidem, c. 18 : " C'est pourquoi nous vous avertissons de jeûner pendant ces jours, comme nous aussi nous avons jeûné jusqu'au soir, lorsqu'il nous a été enlevé. Les autres jours avant le vendredi, vous jeûnerez jusqu’à la neuvième heure, ou jusqu'au soir, où vous pourrez prendre de la nourriture, et chacun fera là-dessus comme il pourra. "

8. Ibidem, c. 19 : " Après la Pentecôte, vous passerez dans la joie la première semaine ; mais vous jeûnerez la semaine suivante ; car il est juste de se réjouir du don de Dieu, et de jeûner après ces jours de joie. Moïse et Elie, en effet, ont jeûné quarante jours, et Daniel pendant trois semaines entières s'est abstenu de mets délicats, et de viande comme de vin. Et Anne, demandant Samuel, disait : Je n'ai bu ni vin ni rien qui puisse enivrer, et je répandrai mon âme devant le Seigneur (I Rois, I, 15). Les Ninivites, en jeûnant trois jours et trois nuits, détournèrent de dessus eux la colère de Dieu. Esther aussi, Mardochée, Judith, triomphèrent par le jeûne des insultes que leur faisaient les impies, c'est-à-dire Aman et Holopherne. David disait de son côté : Mes genoux se sont affaiblis par le jeûne, et faute d'huile ma chair à été toute changée (Ps. CVIII, 24). Vous aussi, donnez le jeûne pour appui à vos prières auprès de Dieu. Après la semaine consacrée tout entière au jeûne vous devrez jeûner encore tous les mercredis et tous les vendredis, et ce que vous vous retrancherez par le jeûne à vous-mêmes vous le donnerez aux pauvres. "

9. S. ISIDORE de Séville, Lib. I de ecclesiasticis officiis, c. 36 : " Les Ecritures sacrées nous marquent quatre temps pour les jeûnes, jours où l'on accompagnera d'abstinence et de larmes de componction les prières qu'on offrira au Seigneur ; et quoiqu'il convienne de prier tous les jours et de faire tous les jours pénitence, on devra cependant vaquer davantage au jeûne et à la pénitence dans les temps que nous venons de dire. Le premier p.319 fin p.320 début de ces jeûnes est celui de la Quadragésime, qui a eu ses premiers modèles, comme nous l'apprennent les livres de l'Ancien-Testament, dans Moïse, dans Elie, et comme nous l'apprend l'Evangile, dans Notre-Seigneur, qui a jeûné le même nombre de jours, nous montrant par-là que L’Evangile n'est point en désaccord avec la loi et les prophètes. Car la loi a son représentant dans Moïse et les prophètes ont le leur dans Elie, et Notre-Seigneur a voulu se montrer placé entre les deux sur la montagne où eut lieu sa glorieuse transfiguration, pour nous rendre plus sensible à cette vérité exprimée par l'Apôtre, que la loi et les prophètes-lui ont rendu témoignage (Rom., III, 21). Mais à quel temps de l'année conviendrait-il mieux de fixer l'observance quadragésimale qu'à celui qui approche le plus de celui de la passion de Notre-Seigneur, puisqu'elle à pour objet de signifier l'état laborieux de cette vie, qui demande de notre part aussi la continence, ou le jeûne que nous devons observer par rapport aux plaisirs séduisants du monde, en nous contentant de la manne pour toute nourriture, c'est-à-dire des instructions spirituelles et célestes. D’un autre côté, ce nombre de quarante figure la vie à venir, en ce que le nombre dix, symbole de la perfection, indique par-là même notre parfaite félicité ; le nombre sept à son tour représente la créature qui s'attache à son Créateur et le nombre trois (complément de sept) indique la Trinité dans l'unité, prêchée aujourd'hui dans tout l'univers. Et comme le monde a ses quatre points cardinaux, qu'il résulte du mélange des quatre éléments (La chimie moderne à réformé ces idées), et que chaque année se partage en quatre saisons, le nombre dix se prend quatre fois et forme ainsi le nombre quarante, dont la signification symbolique est qu'il faut s'abstenir, par une sorte de jeûne spirituel, des séductions qu'offrent pour les sens les quatre saisons de l'année en vivant dans la continence et la chasteté. L’observance du jeûne des quarante jours fait encore allusion à un autre mystère. La loi de Moïse en effet prescrivait à tout le peuple d'offrir au Seigneur son Dieu la dîme et les prémices de tous les biens. Or, l'esprit de cette loi étant que nous rapportions à Dieu le commencement et la fin de toutes nos actions, le nombre quarante désignait admirablement l'acquittement complet de cette dîme spirituelle. Car une année entière se compose de trente-six jours répétés dix fois : retranchant donc des quarante jours les jours de dimanche p.320 fin p.321 début où l'on ne jeûne pas, il nous reste trente-six jours (Il parlait par ce passage que l'usage de jeûner avant le premier dimanche de carême n'était pas encore établi en Espagne au septième siècle) où nous allons dans les églises offrir à Dieu la dîme de toute l'année par l'offrande que nous lui faisons avec joie des prémices de nos actions. Sans doute, comme l'observe Cassien (Collat ., XXI, c. 29), les parfaits ne se contentent pas d'observer cette loi de quarante jours de jeûne qui d'ailleurs n'est pas faite pour eux, et vont bien au-delà d'un nombre aussi restreint dans les jeûnes qu'ils s'imposent. Mais ce nombre à été déterminé par les chefs des Eglises, particulièrement pour ceux qui sont engagés tout le temps de l'année dans le tourbillon des plaisirs et des affaires du monde, afin que cette nécessité légale en quelque sorte les oblige à penser à Dieu au moins pendant ces jours, et à lui consacrer la dîme de toute l'année que sans cela ils seraient exposés à dissiper tout entière à leur propre usage. "

Ibidem, c. 37 : " Le second jeûne est celui qui commence après la Pentecôte, conformément à ce qu'a prescrit Moïse par ces paroles : Vous compterez sept semaines depuis le jour que vous aurez mis la faucille dans la moisson, etc. (Deut., XVI, 9 et suiv.).

Ibidem, c. 38, le saint docteur traite ici du jeûne du septième mois.

Ibidem, c. 39 et 40. Ces deux chapitres ont pour objet le jeûne des calendes de novembre et de février.

Ibidem, c. 41 : " Le jeûne de trois jours (comme apparemment celui des Quatre-Temps) a pour type celui des Ninivites, qui condamnant leurs propres désordres, s'adonnèrent tout entiers pendant trois jours à la pratique du jeûne et de la pénitence et se couvrant de sacs comme des criminels, forcèrent Dieu en quelque sorte à leur faire miséricorde. "

Ibidem, c. 42 : " Outre ces temps marqué pour les jeûnes solennels, le sixième jour de chaque semaine est encore consacré au jeûne par quelques-uns en mémoire de la passion de Notre-Seigneur ; plusieurs même y ajoutent le samedi, parce que c'est le jour ou il à été enseveli, de peur qu'en se livrant ce jour-là à la joie, on ne paraisse accorder aux Juifs ce que Jésus-Christ leur a retiré par sa mort.

On ne doit au contraire jamais jeûner le dimanche, pour montrer à tout le monde la joie que doit causer la résurrection de Notre-Seigneur, et surtout pour agir p.321 fin p.322 début conformément à la règle suivie par le siège apostolique. Dans tout le temps qui s'écoule entre Pâques et la Pentecôte, quoique la tradition des Eglises soit de ne pas y pratiquer le jeûne on ne doit pas empêcher cependant les moines ou les clercs qui voudraient le faire, puisque nous lisons de saint Antoine, de saint Paul (ermite) et de plusieurs autres pères de ces temps-là, qu'ils jeûnaient même en ces jours, et ne rompaient le jeûne que le dimanche. Et comment blâmer cette ferveur de pénitence et ne pas plutôt en faire l'éloge ? Le jeûne est une chose sainte, une occupation céleste, la porte du royaume des cieux, le type de la vie future ; et en l'observant saintement, on s'unit à Dieu, on se sépare du monde, on devient tout spirituel. Le jeûne extermine les vices, humilie la chair, triomphe des pièges du démon. "

Ibidem, c. 43 : " De ces observances, comme de beaucoup d'autres encore, qui se pratiquent dans l'Eglise de Dieu, les unes nous sont recommandées dans les Ecritures canoniques, d'autres ne nous sont connues que par tradition ; avec cette différence que celles qui sont usitée dans le monde entier doivent avoir été instituées, soit par les apôtres eux-mêmes, soit par l'autorité péremptoire des conciles : telles sont les solennités de la passion de Notre-Seigneur, de sa résurrection et de son ascension au ciel, et de la descente du Saint-Esprit, qui se célèbre chaque année à leurs jours marqués, et les autres solennités qui peuvent être d'usage dans toute l'étendue de l’Eglise. Au lieu que les autres pratiques qui ne s'observent que dans certains pays à l'exclusion des autres, telles que le jeûne du samedi, la communion quotidienne, l'offrande journalière du saint sacrifice, qui dans d'autres pays ne se fait que le samedi et le dimanche, et dans d'autres le dimanche seulement, et autres semblables, ont pour auteurs les pasteurs particuliers de certaines Eglises, et la plus sage discipline à observer à cet égard est de se conformer l'usage établi dans l'Eglise particulière où l'on se trouve pour le moment. Car ce qui n'est ni contre la foi ni contre les mœurs doit être tenu pour indifférent et par-là même doit être observé par égard pour ceux avec qui on vit, de crainte que la diversité d'observances n'engendre des schismes. "

10. RABAN MAUR, de institutione clericorum, lib. II, c. 17 : " Le jeûne est une chose sainte, etc. " C'est le passage du chapitre 42 du livre 1 de saint Isidore de ecclesiasticis officiis, cité plus haut.

Ibidem, c. 18, le saint archevêque marque la distinction à établir p.322 fin p.323 début entre un jeûne et ce qui s'appelait alors une station.

" Quelques-uns, dit-il, distinguent entre un jeûne et une station. Car un jeûne est l'abstinence pratiquée un jour quelconque, non en vertu d'une loi, mais par notre seule volonté, une station au contraire est la même abstinence pratiquée dans les jours ou dans les temps fixés par une loi : dans les jours fixés par une loi, disons-nous, comme le jeûne de la quatrième et de la sixième férie prescrit d’après une loi ancienne, à laquelle font allusion ces paroles que l’Evangile met dans la bouche du pharisien : Je jeûne deux fois la semaine (JEAN, XVIII, 12) ; dans les temps fixés par une loi, comme les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois ; ou comme ces jours dont parle l’Evangile, où l'époux a été enlevé du milieu de ses amis ; ou comme le jeûne quadragésimal qui s'observe en tous lieux, en vertu de l'institution apostolique, aux approches de la passion de Notre-Seigneur. " Ibidem, c. 19, Raban Maur rapporte au sujet des jeûnes du quatrième du cinquième du septième et du dixième mois, les commentaires de saint Jérôme sur le prophète Zacharie. " Mais, ajoute-t-il, comme ces jeûnes ont été célébrés plutôt sous l'ancienne loi que sous la nouvelle, nous en parlerons seulement en passant, et pour ne pas paraître les omettre tout-à-fait, puisque le prophète Zacharie en a fait mention ; mais nous nous arrêterons principalement aux jeûnes institués dans la loi nouvelle. "

Ibidem, c. 20 : " Le premier de ces jeûnes est celui de la quadragésime, etc. " C'est la copie mot pour mot du chapitre 36 du livre 1 de ecclesiasticis officiis, rapporté précédemment, témoignage 9, page 319.

Ibidem, c. 21 et 22, le savant écrivain traite du jeûne de la Pentecôte et des jeûnes du neuvième et du dixième mois.

Ibidem, c. 23 : " Outre ces jeûnes il en est d'autres qui s'observent régulièrement, tels que celui de tous les vendredis, pratiqué par les fidèles en mémoire de la passion de Notre-Seigneur ; et celui du samedi, que plusieurs aussi observent en mémoire de sa sépulture et que nous trouvons établi dans les décrets du pape Innocent, de peur qu'en se livrant ce jour-là à la joie, on ne paraisse accorder aux Juifs ce que Jésus-Christ leur à retiré par sa mort.

Il est d'ailleurs certain que les apôtres passèrent ces deux jours-la dans la tristesse, en se tenant cachés par la crainte qu'ils avaient des juifs, et par conséquent il n'est pas douteux qu'ils n'aient jeûné pendant ce temps : et cette règle p.323 fin p.324 début doit être également observée toutes les semaines, parce que nous ne devons jamais nous lasser de célébrer la mémoire d’un si grand jour. Si l'on disait qu'il n'y a qu'un samedi dans toute l'année où l'on doive ainsi pratiquer le jeûne, on devrait donc dire aussi qu'il n'y a qu'un dimanche à célébrer dans toute l'année, savoir, celui de Pâques, et qu'un vendredi qui serait celui qui précède immédiatement la fête de Pâques. "

Ibidem, c. 24 : " II y a de plus quatre samedis, en quatre mois différents, où sont établis des jeûnes particuliers, et les offices de ces jours se composent d'un plus grand nombre d'oraisons et de leçons. Ce sont les jeûnes du premier samedi du mois de mars ; du second samedi du quatrième mois, ou du mois de juin ; du troisième samedi du septième mois ou de septembre, et du quatrième samedi du dixième mois, c'est-à-dire de décembre. Le premier de ces jeûnes se célèbre à l'entrée du printemps concurremment avec celui du carême ; c'est le mois appelé par les Juifs celui des fruits nouveaux. Le second, ou celui de juin, a lieu après la Pentecôte et à l’entrée de l'été, temps marqué chez le peuple juif pour l'offrande des prémices qui consistaient en pains faits avec le froment nouvellement récolté, et ce jour-là était tout entier un jour de repos pour tout le monde. Le troisième est celui du septième mois ou de l'entrée de l'automne, mais qui dans la loi ancienne était tout entier consacré à Dieu par diverses solennités, telles que le jour des expiations, conformément à cet ordre que Dieu avait donné à Moïse : Le dixième jour de ce septième mois sera le jour des expiations : il sera très-célèbre et il s'appellera saint ; vous affligerez vos âmes en ce jour-là, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. Vous ne ferez aucune œuvre servile dans tout ce jour, parce que c'est un jour de propitiation, afin que le Seigneur votre Dieu vous devienne favorable. Tout homme qui ne se sera point affligé en ce jour-là, périra du milieu de son peuple, etc. (Lévit., XXIII, 27 et suiv.). En ce même mois était la scénopégie ou la fête des tabernacles. Car c'était le quinzième jour de ce mois que les anciens célébraient cette solennité, qui durait sept jours. Le livre d'Esdras fait bien voir que les anciens jeûnaient en ces jours-là. Après que les enfants d'Israël, rapporte cet historien sacré, furent rentrés à Jérusalem et qu'ils eurent célébré avec une grande pompe la fête des tabernacles, ils s'assemblèrent, étant dans le jeûne, révolus de sacs et couverts de terre. . . , et ils se présentèrent devant le Seigneur, et ils confessèrent leurs péchés et les iniquités de leurs pères ; et se levant sur leurs p.324 fin p.325 début pieds, ils lisaient dans le livre de la loi du Seigneur leur Dieu quatre fois le jour, et ils bénissaient et adoraient quatre fois la nuit le Seigneur leur Dieu (II ESD., IX, 1-3). Le quatrième jeûne, qui est celui de la quatrième semaine du dixième mois, précède la fête de la Nativité de Notre-Seigneur : on y annonce dans les leçons la prochaine venue du Sauveur, afin que les fidèles instruits par ce moyen, et saintement préparés par la prière en même temps que par le jeûne attendent avec une douce espérance la naissance du divin Rédempteur. Le mercredi et le vendredi qui précèdent chacun de ces quatre samedis dans la même semaine, doivent être également consacrés au jeûne, comme le prouvent assez les oraisons et les leçons marquées pour la messe à dire ces jours-là, ainsi que les exemples suivis de temps immémorial par nos pères. Les décrets du pape Gélase nous montrent aussi que c'est dans ces mêmes jours que doivent se faire les ordinations ; car voici le texte de ces décrets : " Les ordinations des prêtres et des diacres ne devront se faire qu'en certains temps et à certains jours, savoir, aux jours de jeûne du quatrième du septième et du dixième mois, ainsi que le samedi de la première semaine de carême et celui de la mi-carême, et non point avant le soir de chacun de ces jours. " Les offices de ces quatre samedis sont appelés vulgairement les douze leçons, parce que les leçons qu'on y lit et les psaumes qu'on y chante, réunis ensemble, font le nombre douze, et que ces psaumes peuvent fort bien être appelés leçons puisqu'ils sont comptés parmi les Ecritures canoniques. "

Ibidem, c. 25 : " Chacun peut en outre multiplier à son gré ses jeûnes ou prolonger son abstinence, pourvu qu'il s'attache avant tout à observer les jeûnes prescrits dont nous venons de parler, et que pratique religieusement en tous lieux la sainte Eglise apostolique. Chacun doit aussi observer scrupuleusement les jeûnes que l'évêque du lieu peut prescrire par une loi générale imposée à tous ses diocésains, soit dans un temps d'affliction, soit pour remercier Dieu de quelque grâce, parce qu'on pècherait en n'observant pas ces jeûnes ordonnés par des lois ; mais si à ces jeûnes obligatoires pour tous, on veut ensuite en ajouter de particuliers, on aura droit à une récompense particulière pour cette œuvre de surérogation.

Nous lisons en effet de quelques saints qu'ils étendaient leurs jeûnes à deux et à trois jours de suite, et quelquefois à la semaine entière et de plusieurs qu'ils ne buvaient ni vin ni boisson, capable d'enivrer, on qu'ils se con- p.325 fin p.326 début tentaient de pain sec et de légumes ; d'autres, qu'ils ne mangeaient jamais de viande ; d'autres, qu'ils ne mangeaient pas même de pain, mais qu'ils ne soutenaient leur corps qu'avec quelques figues sèches. On pourrait imaginer encore plusieurs autres sortes d'abstinence. Mais en s'abstenant d'un mets ou d'une boisson quelconque, on doit prendre garde avant tout de souiller son âme par la pensée secrète qu'on aurait de condamner, à l'exemple des Juifs, quelque chose que ce soit de ce que Dieu à créé, en disant : telle chose est bonne, telle autre est mauvaise ; tel animal est pur, tel autre est impur. Que celui qui serait tenté de penser ainsi, se rappelle cette parole de l'Apôtre : Tout ce que Dieu à créé est bon, et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâce (I Tim., IV, 4) ; aussi bien que cette autre parole : Un homme fait mal de manger d'une viande, lorsqu'en le faisant il scandalise les autres (Rom., XIV, 20). "

11. IVES de Chartres (parte IV decretorum, c. 25)

cite ces paroles extraites du décret du pape saint Télesphore, le septième après saint Pierre, adressé à tous les évêques (Ce prétendu décret est rejeté comme apocryphe ; mais il est ancien, et sert à constater les pratiques du temps où il à été produit pour la première fois. Il paraît du reste contredire cet autre décret, qui est le 24e du premier concile d’Orléans, tenu l'an 511 : Id à sacerdotibus omnibus decretum est, ut ante Paschæ solemnitatem, non quinquagesima, sed quadragesima teneatur : " Tous les évêques ont décidé d'un commun accord qu'il fallait observer, non une quinquagésime (ou cinquante jours de jeûne), mais la quadragésime avant la solennité de Pâques.

" Cf. LABBE, Conc., t. IV, col. 1408) : " Sachez que nous et les autres évêques réunis autour de ce siège apostolique, avons ordonné qu'à partir de sept semaines avant Pâques, tous les clercs appelés à avoir Dieu pour partage devront s'abstenir de viande ; car leurs jeûnes doivent surpasser en austérité ceux des autres fidèles, autant qu'ils leur sont supérieurs eux-mêmes par leur vocation. Qu'en conséquence tant que dureront les sept semaines dont il s'agit, les clercs devront s'abstenir de viande comme de tout ce qui flatte la sensualité, et vaquer la nuit et le jour au chant des hymnes sacrés, aux veilles et aux prières. "

Ibidem, c. 26 : " Ives de Chartres cite la lettre (également apocryphe) de saint Calixte, pape et martyr, le quinzième après saint Pierre, à Benedictus, son frère dans l'épiscopat : " Le jeûne que vous savez qui s'observe chez nous trois fois l'année s’observera désormais quatre fois au lieu de trois, parce qu'il convient p.326 fin p.327 début de le faire autant de fois que l'on compte de saisons dans chaque année. "

Ibidem, c. 28, se trouve cet extrait de la lettre (authentique) d'Innocent I à Decentius, évêque d'Eugubie, c. 4 : " Une raison prépondérante nous impose l'obligation de jeûner le samedi. Car si nous fêtons le dimanche, à cause de la résurrection de Notre-Seigneur, non-seulement le jour anniversaire de Pâques, mais encore toutes les semaines de l'année, et si nous jeûnons tous les vendredis en mémoire de la passion de Notre-Seigneur, nous ne devons pas négliger de faire de même le samedi, qui se trouve comme un intermédiaire placé entre un jour de tristesse et un jour de joie. Il est d'ailleurs indubitable que les apôtres ont été dans la tristesse pendant ces deux jours, où ils se sont tenus cachés à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs. Et il n'est pas douteux non plus qu'ils ont jeûne ces deux jours-là, puisque c'est encore une tradition de l’Eglise de ne pas célébrer les saints mystères pendant ce temps. Si l'on prétend après cela qu'il ne faut jeûner que ce seul samedi, il faudra donc aussi ne fêter le dimanche et ne jeûner le vendredi qu'une fois dans l'année. "

Ibidem, c. 29, se lit cet autre extrait d'une lettre de saint Grégoire-le-Grand à saint Augustin, évêque des Anglais : " Enfin, que les prêtres, les diacres et tous les autres ministres de l’Eglise, à quelque degré de dignité qu'ils soient élevés, se soumettent à jeûner à partir de la quinquagésime, pour faire quelque chose au-delà de ce qui est de stricte obligation pour tous les chrétiens, et paraître surpasser les laïques en piété, comme ils les surpassent par l'éminence de leur ordre. . . Or, c'est une conséquence naturelle, qu'en même temps que nous nous abstenons ces jours-la de manger de la chair des animaux, nous nous interdisions aussi tout ce qui provient des animaux, comme le lait, le fromage, les œufs. "

Ibidem, c. 31, nous lisons cet extrait du concile d'Elvire, c. 23 : " Le concile est d'avis que le jeûne ou l'abstinence soient observés chacun des mois de l'année, excepté les deux mois de juillet et d'août à cause de la chaleur de la saison. "

Ibidem, c. 32, se trouvent citées ces paroles de saint Apollonius : " On ne doit pas manquer d'observer les jeûnes prescrits de la quatrième et de la sixième férie, à moins de quelque grande nécessité, parce que c'est à la quatrième férie que Judas forma le projet de livrer son maître, et à la sixième que le p.327 fin p.328 début Sauveur a été mis en croix. . Celui donc qui sans nécessité manquerait au jeûne prescrit pour chacun de ces jours, paraîtrait ou livrer le Sauveur avec celui qui l'a trahi, ou le mettre en croix avec ceux qui l'ont crucifié. " Ibidem, c. 33, extrait du concile de Sélingstadt rapporté plus haut à l'article des commandements de l'Eglise, question XIV, témoignage 16, tome II, page 108.

Ibidem, c. 34, autre extrait d'une lettre de saint Grégoire-le-Grand, ou du livre des XL homélies, homélie 16 : " On doit mettre tout le soin possible à bien garder le carême, et n'y rompre le jeûne à moins d'infirmité que le dimanche, parce que ces jours-là sont comme la dîme de l'année à partir donc du premier dimanche du carême jusqu'au dimanche de Pâques, on compte six semaines qui font quarante-deux jours. Mais comme il faut retrancher de ces jours les six dimanches, où l'on ne jeûne pas, il ne reste plus que trente-six jours de jeûne. Par conséquent, puisque l'année a trois cent soixante-cinq jours, et que nous jeûnons trente-six de ces jours-là, c'est la dime de l'année que nous offrons à Dieu ; mais pour faire de plus le nombre complet de quarante jours, que notre Sauveur à consacré par le saint jeûne auquel il s'est soumis lui-même, nous ajoutons quatre jours de supplément, savoir la quatrième férie (le mercredi des cendres) mise en tête de ces jours de jeûne puis la cinquième, la sixième et le samedi suivants. Sans l'addition de ces quatre jours, nous n'aurions pas quarante jours d'abstinence. Le Dieu Tout-puissant nous fait aussi un devoir de lui donner la dime de tous nos biens. Ainsi donc, pour acquitter exactement cette dîme, prenons aussi la dîme de l'année et pendant ces jours purifions-nous de nos péchés en les confessant, en exerçant sur nous-mêmes la correction, en jeûnant en passant les nuits en prière, en faisant, l'aumône, et décimons notre propre corps (par toutes ces pratiques de mortification), pour pouvoir célébrer la Pâque avec le calme d'une bonne conscience.

"

Ibidem, c. 35 et 57, extraits du concile de Mayence, rapporté plus haut à l'article des commandements de l'Eglise, question XIV, témoignage 14 et 15, tome II, page 108.

Ibidem, c. 40, extrait d'un concile d'Orléans, c. 6 (Nous n'avons pu trouver ce canon dans les actes qui nous restent des divers conciles d'Orléans, à moins qu'il ne s'agisse du canon 27 du premier concile d’Orléans tenu l'an 511, qui ordonne à peu près la même chose, mais avec bien moins de détails et en des termes différents) :

p.328 fin p.329 début " Comme les peuples des Gaules, en punition de leurs péchés, se voyaient assaillis en tous lieux par des loups enragés, sans pouvoir trouver remède à ce redoutable fléau les évêques des Gaules se rassemblèrent, dit-on, dans la ville de Vienne l'an 474, et ordonnèrent en commun qu'on observât un jeûne de trois jours. Et alors le Seigneur ayant arrêté le fléau dans sa miséricorde, l'usage est passé en coutume pour les années suivantes de jeûner de même avant l'ascension par toute la Gaule. Sanctifions donc, nous aussi, ces jours avec zèle et piété, en nous interdisant l'usage de la viande, et en humiliant nos âmes, afin que non-seulement nous échappions à la rage des loups, mais que nous triomphions de plus des attaques des esprits immondes, espèce de loups invisibles plus redoutables encore que les premiers. Que personne pendant ces jours ne se couvre d'habits précieux puisque nous devons au contraire pleurer nos péchés dans le sac et sur la cendre. Qu'on interdise ces excès de bouche, si communs parmi le peuple. Que personne ne fasse de voyages à cheval pendant ces jours-là, mais que tous au contraire ne marchent que nu-pieds. Que les femmes ne se permettent pas de danser, mais qu'elles chantent plutôt en commun le Kyrie eleison, et qu'elles implorent d'un cœur contrit la miséricorde de Dieu pour leurs péchés, pour le maintien de la paix, pour la cessation des fléaux, pour la conservation des fruits de la terre, et pour les autres nécessité : car ces jours sont des jours d'abstinence et non de joie. " (Voir Greg. Turon., hist. Francorum, lib. II, c. 54).

Ibidem, c. 42, extrait d'un concile d'orange, c.

2 (Ce canon ne se trouve pas plus que le précédent) : " Le samedi saint, c'est-à-dire la veille de Pâques, personne, si ce n'est les enfants et les infirmes, ne rompra le jeûne avant l'entrée de la nuit. " Ibidem, c. 45, extrait d'un concile de Châlon-sur-Saône, c. 5 (Ce canon ne se trouve pas plus que les 2 précédents) : " Plusieurs qui croient observer la loi du jeûne se mettent à manger en carême dès qu'ils ont entendu sonner la neuvième heure. Mais qu'ils sachent bien que ce n'est pas jeûner que de manger avant l'office de vêpres. On doit en effet se rendre à la messe avec empressement, et ne toucher à aucun mets qu'on ne l'ait entendue aussi bien que l'office de vêpres, et après avoir fait des aumônes. Que si la nécessité empêche quelqu'un d'assister à la messe, qu'il prie du moins en particulier, p.329 fin p.330 début et ne rompe le jeûne qu'à l'heure où il peut penser que les vêpres sont achevées. " (Burchard de Worms, comme on le verra plus bas, attribue ce canon au pape saint Silvère). Ibidem, c. 49, extraits des décrets du pape Eusèbe c. 3 (C'est une pièce sans autorité) : " Les jeûnes ordonnés dans L’Eglise par les pasteurs ne doivent pas être rompus sans une légitime nécessité. " Ibidem, c. 50, autre extrait de ces décrets, c. 2 : " S'il survient une famine, ou quelque peste, ou quelque intempérie de l'air, ou toute autre calamité, on doit aussitôt recourir à la miséricorde de Dieu par des jeûnes des aumônes et des prières. "

12. Burchard, évêque de Worms, Decretorum lib. XIII, c. 1, cite comme Ives de Chartres le passage de saint Grégoire sur l’observance quadragésimale rapporté au témoignage précédent. Ibidem, c. 2 et 4 ; c'est la même chose que les chapitres 35 et 37 d'Ives de Chartres. Ibidem, c. 5, citation du concile de Gangres, comme au chapitre 58 d'Ives de Chartres : ce canon du concile de Gangres sera rapporté à la question qui va suivre celle-ci, témoignage 76. Ibidem, c. 7, sur le jeûne des rogations, extrait du concile d'Orléans, c. 6, comme dans Ives de Chartres, c. 40. Ibidem, c. 9, sur le samedi saint, citation du concile d'orange, c. 2, comme dans Ives de Chartres, c. 42. Ibidem, c. 12, citation d'un décret du pape saint Silvère, c. 1; c'est le passage donné plus haut par Ives de Chartres pour être un canon du concile de Châlon. Ibidem, c. 16, citation d'un concile d'Orléans, c. 1 (Ce canon ne se trouve pas dans les actes des conciles d'Orléans que nous avons pu consulter) : " Les prêtres, en faisant au peuple les annonces des fêtes, doivent en même temps les avertir d'observer religieusement le jeûne des vigiles. " Ibidem, c. 17, citation d'un décret du pape Eusèbe ; c'est le même que le décret apocryphe cité par Ives de Chartres, et rapporté plus haut. Ibidem, c. 18, citation d'un prétendu décret du pape Libère, c. 2 ; c'est le même que celui attribué au pape Silvère par Ives de Chartres, c. 50, et rapporté plus haut.

13. S. CYPRIEN, de jejuniis et tentationibus Christi

(Ce sermon n'est pas de S. Cyprien, mais plutôt d'Arnold ou Arnould de Bonneval qui vivait du temps d’Adrien IV. v. Nat. Alex. hist. eccles.

III sæc., p. 32, édit. de Venise) : " Au p.330 fin p.331 début moyen du jeûne la sentine des vices est mise à sec, la pétulance est abattue, la concupiscence est affaiblie, les voluptés prennent la fuite, le volcan des passions s'éteint et ne porte plus le ravage et la désolation autour d'elles. Le jeûne employé avec discrétion suffit pour dompter toutes les révoltes de la chair, et nous délivre de la tyrannie des appétits grossiers. Le jeûne met aux entraves les mouvements désordonnés et réprime les désirs qui sans lui n'auraient pas de frein. Le jeûne quand l'humilité l'accompagne, inspire aux serviteurs de Dieu le mépris du monde. Le jeûne purifie, sanctifie la chair, et prévient à corruption que son trop d'embonpoint ne manquerait pas d'engendrer. Le jeûne trouve ses délices dans les Ecritures, son plaisir dans la contemplation, sa force dans les grâces qu'il obtient, son aliment dans le pain céleste. Ce fut le jeûne qui donna à Daniel la vertu d'interpréter les songes, et aux trois jeunes hommes la grâce de sortir sans aucun mal de la fournaise ardente. Moïse en conversant quarante jours sur la montagne avec Dieu, obtint, grâce au jeûne la familiarité de ses entretiens, et l'avantage d'être choisi pour promulgateur de sa loi. Elie, en jeûnant le même nombre de jours dans le désert, se vit récompensé d’égales faveurs.

L'utilité du jeûne est devenue évident surtout dans le christianisme, et l'exemple qu'en ont donné les premiers a bientôt été suivi de la multitude. Nous ne connaissons dans l'histoire aucun homme à miracles, qui n'ait dû au jeûne ce don éminent, nous ne voyons pas que rien ait été fait de grand, sans que le jeûne en ait posé la base. Tous ceux qui ont voulu obtenir quelque faveur de Dieu, ont recouru au jeûne comme à la prière et c'est en passant les nuits dans les larmes et sous le cilice qu'ils ont imploré la bonté divine. Et le succès a été immanquable, du moment où prosternée aux pieds de Dieu, l'humilité des suppliants a pu lui offrir le sacrifice d'un cœur contrit ; Dieu s'est approchés de ceux qui l'invoquaient, a tendu sa main à ces misérable naufragés et les à secourus dans leur affliction. "

14. S. ATHANASE, Lib. de virginitate sive de meditatione

: " Observons le jeûne avec amour : car le jeûne, la prière et l'aumône, nous formeront à eux trois un puissant rempart ; ils sauvent l'homme de la mort. Car au lieu que c'est pour avoir mangé malgré la défense que Dieu lui en avait faite, qu'Adam a été chassé du paradis, ce sera par le jeûne et par l'obéissance que pourra y rentrer quiconque le voudra. Faites de cette vertu l'ornement de votre personne, vierge de Jésus-Christ, et vous p.331 fin p.332 début serez sûre de plaire à votre divin époux.

Car les personnes de votre sexe qui s'attachent au monde, et qui pour plaire aux hommes se couvrent d'or et de pierres précieuses, et imbibent leurs vêtements de parfums et de senteurs, ne sauraient plaire à Dieu par de tels moyens. Jésus-Christ ne vous demande rien de semblable : un cœur pur, un corps chaste et maté par l'abstinence, voilà tout ce qu'il demande de vous. Si quelques-uns viennent vous dire de ne pas multiplier vos jeûnes de peur de vous affaiblir, ne suivez pas leur conseil, ne les écoutez même pas ; car c'est l'ennemi de votre âme qui les inspire. Rappelez-vous ce qui est écrit au sujet de Daniel et des trois jeunes hommes faits captifs par Nabuchodonosor, roi de Babylone, et des autres jeunes gens qui étaient avec eux ; de l'ordre que le roi leur donna de manger des mets de sa table et de boire de son vin ; du refus que firent Daniel et les trois jeunes hommes de se souiller en acceptant cette nourriture, et de la réponse qu'ils firent à l'eunuque chargé de les nourrir : Donnez-nous, lui dirent-ils, de ce que la terre produit, et nous en mangerons (DAN., I, 4 et 9). L'eunuque leur dit à cela : Je crains le roi mon Seigneur, qui a ordonné qu'on vous servît des viandes et du vin de sa table ; car s'il voit vos visages plus maigres que ceux des autres jeunes hommes de votre âge, vous serez cause que le roi me fera perdre la vie. Mais ils lui répliquèrent : Eprouvez, je vous prie, vos serviteurs pendant dix jours, et ne nous donnez pendant tout ce temps que de ce que nous vous avons demandé. Et il ne leur donna que des légumes à manger et que de l'eau à boire ; après quoi il les introduisit chez le roi, et leur visage parut meilleur et dans un embonpoint tout autre que celui de tous les jeunes hommes qui mangeaient des viandes du roi. "

" Vous voyez quels sont les effets du jeûne, comment il guérit les maladies, détruit les humeurs vicieuses, chasse les démons, éloigne les pensées mauvaises, fait que l'esprit est davantage à lui-même, purifie le cœur, sanctifie le corps, et met l'homme en état de s'approcher du trône de Dieu. Et de crainte que vous ne vous imaginiez que tout ce que je viens de dire se trouve dit au hasard, vous avez dans l’Evangile le témoignage de Jésus-Christ lui-même, à qui ses disciples avaient fait cette demande : Seigneur, dites-nous par quel moyen peuvent être chassés les esprits impurs ; et qui leur fit celle réponse : Cette sorte de démon ne peut être chassée que par la prière et par le jeûne (MATTH., XVII, 18-20). Ceux donc, quels qu'ils soient, qui sont tourmentés par l'esprit p.332 fin p.333 début impur, n'ont qu'à se rappeler cette réponse, et qu'à employer ce remède c'est-à-dire, qu’à faire usage du jeûne, et aussitôt l'esprit impur, que le jeûne n'accommode pas, se trouvera trop à l'étroit et prendra la fuite. Car rien n'attire les démons comme la crapule, l'état d’ivresse et l'oisiveté. Grande au contraire est la vertu du jeûne : il engendre les plus grandes actions. Car d'où vient que la puissance des miracles est donnée aux hommes, que Dieu opère par leur ministère les plus étonnants prodiges, et la guérison de toutes sortes de maladies, sinon de la pratique de la mortification de l'humilité et de l'austérité de vie ? Le jeûne en effet est la vie des anges, et celui qui le pratique mérite une place parmi ces célestes esprits. Et ne pensez pas, ma sœur, que le jeûne consiste simplement dans une certaine abstinence : car il ne suffit pas pour jeûner véritablement, de se priver de nourriture ; pour avoir le mérite du jeûne devant Dieu, il faut s'abstenir en outre de toute action mauvaise (Cf. S. Athanasii opera, t. II, p. 113-114, édition des Bénédictins, Paris, 1698).

"

15. S. CHRYSOSTOME, Hom. I in Genesim : " En voyant votre empressement à vous rendre en cette église, je sens s'augmenter aussi le mien, tant est vif le désir que j'éprouve d'entre moi-même en part de cette joie spirituelle, en même temps que de vous annoncer l'ouverture de la sainte quarantaine, remède si propre à guéri nos âmes de toutes leurs misères.

Car notre maître à tous voulant, comme un père compatissant, nous laver des souillures contractées dans toute la suite de notre vie, en a trouvé le moyen dans le jeûne salutaire auquel il vous invite par ma bouche. Que personne donc n'affecte un air chagrin ; que personne ne tombe dans la tristesse, etc. . . Car ce temps sera vraiment pour nous un temps de fête qui procurera le salut à nos âmes, qui nous apportera la paix et la concorde, qui bannira toute image séductrice des plaisirs trompeurs de cette vie : plus de clameurs bruyantes, plus de rassemblements tumultueux, plus rien de cet appareil sanglant de chairs d'animaux étalées sur les boutiques ou dépecées dans les cuisines ; partout au contraire la tranquillité, le calme, la charité, la joie, la douceur, la paix et mille autres avantages précieux. . . "

" Je voudrais vous voir purifiés de tout ce qui a pu vous souiller jusqu'ici, et affranchis de toute affection pour les plaisirs grossiers de la table, embrasser de tout cœur cette chaste épouse p.333 fin p.334 début que j'appelle l'abstinence, et, qui sera pour vous la mère de tous les biens, de la pudicité et de toutes les vertus : elle fera votre bonheur, en même temps qu'elle achèvera de vous guérir de vos maux spirituels. Car si les médecins ont coutume de prescrire à ceux qui leur demandent de corriger en eux quelque humeur vicieuse, de commencer par s'imposer une diète absolue, pour que l'effet de leurs remèdes ne soit pas neutralisé par la nourriture qu'ils prendraient, mais qu'il ait toute sa vertu, en exerçant seul son action ; à combien plus forte raison, si nous voulons que ce remède spirituel, qui est le jeûne produise en nous ses heureux effets, devons-nous purifier nos dispositions, et ne pas nous charger de vin ou d'aliments quelconques qui nous feraient perdre tous les fruits que nous aurions à recueillir de cette observance ! "

" Tandis que l'excès du boire et du manger est pour le genre humain le principe de mille maux, le jeûne et la sobriété est une source intarissable d'ineffables biens. Aussi, dès le moment de la création de l'homme, Dieu qui savait que c'était là le remède le plus opportun pour le salut de nos âmes, donna avant tout le reste ce commandement à notre premier père : Mangez de tous les fruits des arbres du paradis ; nais ne mangez point du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal (Gen., XVI, 17). Dire : Mangez ceci, ne mangez pas cela, c'est déjà préfigurer le jeûne . . . "

" Après avoir cité les exemples de Moïse d'Elie, de Daniel, des Ninivites, et de Jésus-Christ lui-même, le grand orateur ajoute : " Après vous avoir démontré par l'exemple de Notre- Seigneur lui-même comme par celui de ses serviteurs les plus fidèles, combien est grande la vertu du jeûne et combien sont nombreux les avantages que vous pouvez en retirer ; maintenant donc que vous en êtes instruits, je supplie votre charité de ne pas vous y refuser par une lâcheté inexcusable, ni de vous attrister non plus de vous y voir obligés, mais de vous en réjouir plutôt et de tressaillir même de joie en vous rappelant ces paroles de l'Apôtre : Encore que dans nous l'homme extérieur se détruise, l'homme intérieur néanmoins se renouvelle de jour en jour (II Cor., IV, 16). Car soyez convaincus que le jeûne est la nourriture de l'âme, et de même que la nourriture matérielle soutient et fortifie le corps, de même aussi le jeûne accroit les forces de l'âme, lui prête l'agilité, et comme des ailes, pour s'élever vers le ciel, pour ne plus s’occuper que des choses d'en haut, et n'avoir p.334 fin p.335 début désormais que du mépris pour tous les plaisirs d'ici-bas. Et de même que les navires les plus légers sont ceux qui parcourent avec le plus de rapidité la vaste étendue des mers, et que ceux au contraire qu'on charge d'une trop forte cargaison sont le plus exposés à faire naufrage ; ainsi le jeûne en nous spiritualisant de plus en plus, nous met plus en état de traverser rapidement la mer de ce monde, de porter toutes nos pensées vers le ciel et vers les biens qui nous y sont réservés, de regarder comme rien les choses présentes et de ne pas plus nous y attacher qu'à des ombres ou à de simples rêves (Cf.

S. Joannis Chrysost. opera, t. IV, p. 1-5, édit. de Montfaucon ; pag. 3-9, édit de Gaume). "

16. Le même, Hom. II in Genesim : " Le jeûne est ce qui procure le calme à nos âmes, ce qui honore la vieillesse, ce qui forme la jeunesse, ce qui affermit l'âge mûr, le plus bel ornement en un mot de tous les âges et de toutes les conditions. Voyez en effet : aujourd'hui plus de clameurs ni de tumultes, plus rien de tout cet attirail de cuisiniers et de bouchers ; plus rien, dis-je, de tout cela, et cette ville entière présente l'aspect d'une vierge décente et réglée dans ses démarches (Cf. Ibidem, pag. 8, édit. de Montfaucon ; pag. 11, édit. de Gaume). "

17. Le même, Serm. I de jejunio (Nous n'avons pu trouver ce discours dans les œuvres complètes de S. Chrysostôme, édit. de Gaume) : " Voici le temps de propitiation, sachons le mettre à profit ; c'est le temps de nous décharger du fardeau de nos péchés, ne négligeons pas cette grâce ;

mais avant de jeûner par rapport aux aliments, commençons à le faire par rapport aux péchés. Le jeûne présente des avantages sans nombre pour ceux qui aiment à se les approprier. N'envisagez pas uniquement la peine ; envisagez aussi la récompense. Si le cultivateur n'avait pas en vue la récolte que doivent lui rapporter ses semailles, il ne sèmerait jamais ; autrement, quelle serait sa folie de dissiper à travers les champs les grains recueillis dans ses greniers ! Mais c'est l'espérance de récolte plus qu'il ne sème qui lui donne le courage de semer. Le jeûne afflige la chair, il est vrai, mais il fait les délices de l'âme. De ces deux parties qui composent notre être, laquelle donnerez-vous la préférence ? Si l'âme accepte le jeûne, c’est qu'elle l'aime mieux que d'être malheureuse dans l'éternité, et d'ailleurs elle trouve dans le jeûne un aliment plus convenable à sa dignité, plus approprié à sa nature. Ne refusons donc pas de nous sou- p.335 fin p.336 début mettre à la loi du jeûne ; d'autant plus que, bien loin de nuire au corps lui-même, le jeûne lui sert de remède. Car, en jeûnant on arrête le flux d'humeurs dont le corps est incommodé, et on le débarrasse de son excès d'embonpoint, en même temps qu'on présente à l'âme défaillante l’aliment qui réparera ses forces. Ne pensez pas que le jeûne ne puisse offrir que de modiques avantages. Si Adam s'était abstenu seulement de manger d'un fruit, s'il avait jeûné par rapport à ce fruit, la mort aurait reçu son coup mortel, ou pour mieux dire, elle n'eut jamais paru, étant ignorée jusque-là. Voyez donc, si Adam avait usé de cet antidote, le genre humain ne serait composé que d'êtes immortels. Oh ! qu'il a fallu que la grâce fût puissante, pour réparer comme elle l'a fait les maux que l'intempérance d'Adam avait causés à sa race ! En voyant combien cette abstinence nous a été funeste, vous pouvez juger combien son contraire, qui est le jeûne ou l'abstinence par rapport aux choses d'ailleurs permises ; doit nous être utile. "

L'auteur de ce discours cite ensuite les exemples de Moïse, de Jésus- Christ et de Daniel ; puis, venant à parler du prophète qui, pour s'être arrêté à manger malgré la défense que Dieu lui en avait faite, fut dévoré par un lion, il fait cette remarque : " Trois prodiges se trouvaient là rassemblés. Le prophète étant mort trahissait par-là même la désobéissance dont il était coupable ; à côté de ce cadavre, le lion témoigna par ce qu'il venait de faire son obéissance à l'ordre de Dieu ; et près de là l'ânesse du prophète qui restait sans rien craindre de la part du lion, et sans recevoir non plus aucun mal de lui, faisait bien voir que le lion n'était pas accouru pour assouvir sa faim, mais pour punir le coupable de n'avoir pas jeûné conformément à l'ordre qu'il en avait reçu. "

" Le jeûne est une imitation de la vie des anges autant que le comporte notre nature, un acte de mépris des choses d'ici-bas, une école de prières, un aliment pour l'âme, un frein pour la bouche, un calmant pour la fièvre de la concupiscence. Ceux qui jeûnent le savent bien, et ceux qui ont seulement essayé de le faire ne l'ignorent pas non plus. Le jeûne réprime les voluptés, apaise la fureur, calme la colère tempère les mouvements naturels, aiguise la raison, purifie le cœur, allège le poids de la chair, met en fuite les illusions de la nuit, corrige de l'ivresse, délivre des maux de tête, donne au visage un teint ravissant et des traits célestes. Quand on jeûne, on a naturellement le geste p.336 fin p.337 début composé, la langue libre, la raison saine ; on ne connait point ce rire dissolu si commun dans l'ivresse ; les passions sont contenues, et l'âme maîtresse d’elle-même goûte la joie de son bien-être. L'homme extérieur n’est plus rien, l'homme intérieur est tout. L'ivresse nous ôte le sentiment des maux qu'elle nous cause ; le jeûne nous donne la conscience de ceux dont il nous délivre. Car celui qui est en état de jeûne en même temps qu'il se connaît lui-même connaît ce qui peut lui être contraire ; tandis que celui qui est en état d’ivresse ignore, et ce qu'il est lui-même, et quels sont les avantages dont le jeûne serait pour lui la source. Pourquoi des prêtres, fils d'Aaron, furent-ils mis à mort ? N'est-ce pas pour avoir goûté au vin dans l’exercice de leur ministère (Lévit., X, 9) ? A quoi s'obligeaient les Nazaréens ? N'était-ce pas à s'abstenir du vin et de toute boisson capable d'enivrer (Nomb., VI, 3-20) ? Daniel et ses jeunes compagnons de captivité préféraient de simples légumes à la table somptueuse du roi Nabuchodonosor (DAN., I, 8). Daniel jeûne six semaines entières et c'est pour avoir réprimé en lui la sensualité qu'il mérite d’être surnommé l'homme de désir (DAN., X, 3). Et comment jeûna-t-il, non, comme faisaient ses compatriotes, pendant la courte durée d'un seul jour, mais pendant trente-six semaines ? C'est qu'il préfigurait la discipline actuelle de l’Eglise. Il a dit de lui-même : Je ne mangeais pas de pain délicatement préparé.

D'autres boivent quelquefois pour leur plaisir. Le vin et la viande, poursuit Daniel, n'entrèrent pas dans ma bouche. L'Eglise ne pratique pas un autre jeûne que celui-là. Admirez dans cet homme de l'ancienne loi ces mœurs toutes chrétiennes. C'est que si, parmi les hommes d'alors, les imparfaits pouvaient tout au plus figurer les saints de la loi nouvelle, les forts du moins, tels que les prophètes, devaient les représenter en réalité.

Le jeûne a obligé Dieu à révoquer quelques-uns de ses arrêts. Car Dieu avait dit : Ninive sera détruite ; et cependant cette ville ne fut pas détruite. C'est que les Ninivites jeûnèrent et échappèrent par ce moyen à leur ruine. "

" Jeûnez, parce que vous avez péché, jeûnez pour ne plus pécher ; jeûnez pour recevoir, jeûnez pour conserver les dons que vous avez reçus. Car telles sont les diverses classes dans lesquelles le jeûne peut être réparti. L’un qui sait qu'il a péché jeûne pour échapper, en se châtiant lui-même, au châtiment qu'il lui faudrait subir ailleurs. Jeûnons, nous, pour prévenir les révoltes de la concupiscence. Vous voyez dans cet exemple comment le p.337 fin p.338 début jeûne est provoqué par le péché, c’est parce qu'on à péché qu'on a recours au jeûne pour y trouver sa conversion en même temps que l'expiation de ses fautes. D'autres jeûnent sans avoir péché, non pas, par conséquent, pour se délivrer de péchés commis, mais pour s'empêcher d'en commettre. Un autre jeûne pour obtenir une grâce ; et c'est ainsi que Moise jeûne pour recevoir la loi. Un autre enfin jeûne pour ne pas perdre les grâces qu'il a reçues. L'Eglise, par exemple, jeûne par ce motif, en reconnaissant tout ce qu'elle doit à Jésus- Christ ; et elle jeûne afin que, crucifiée avec lui, souffrant avec lui, elle soit aussi glorifiée avec son Sauveur. Nous jeûnons alors, non pour pleurer sur le sort de notre Dieu, car il vit éternellement avec son Père mais pour reconnaître tout ce que nous devons à sa grâce, ou si nous pleurons à cause que les Juifs l'ont crucifié, ce n'est pas sa mort que nous déplorons, mais le crime des Juifs qui l'ont fait mourir : car pour lui, il est ressuscité d'entre les morts, il est dans la gloire dont il était d’avance en possession avec son Père. Engendré par son Père de toute éternité, il est aussi avec lui de toute éternité. Nos larmes insulteraient la victoire que Jésus a remportée mais nous devons néanmoins jeûner en songeant à nos propres besoins, et en faisant nos efforts pour prendre part à ses souffrances. "

18. Le même, Serm. II de jejunio : " Puis donc que le jeûne est pour nous un rempart contre nos ennemis, et nous aide à repousser le joug de la servitude qu'ils nous feraient subir, qu'il assure en un mot notre liberté, comment douteriez-vous encore que le jeûne ne soit pour nous la condition préalable de tous les biens ? Et si le jeûne à été commandé dans le paradis même à cause des avantages sans nombre qu'il renferme, il doit être encore bien plus nécessaire hors de ce lieu qu'habitait l'innocence. Si, avant que nous eussions été blessés, s’était déjà pour nous un utile remède, nous devons nous empresser bien davantage d'y recourir maintenant que nous sommes blessés, pour nous guérir de nos blessures. Enfin, si ce bouclier nous était nécessaire même avant le combat pour résister aux plaisirs sensuels, nous devons nous en armer avec bien plus de soin maintenant que nous y sommes engagés. "

19. S. BASILE-LE-GRAND, Hom. I de laudibus jejunii

: " Les vers qui se multiplient dans les intestins des enfants ne peuvent en être chassés que par d'amers médicaments : ainsi le jeûne, quand il est vraiment digne de ce nom, attaque le péché jusque p.338 fin p.339 début dans le fond de notre cœur et lui donne la mort. . . .

. Tout ce qui porte le caractère de l'antiquité a droit à notre respect. Respectez la vieillesse du jeûne. Il est si ancien qu'il a commencé avec le premier homme : c'est dans le paradis terrestre qu'il à été établi. Le premier précepte donné à Adam fut celui-ci : Vous ne mangerez point du fruit de l'arbre de la science du bien et mal. Ces paroles, vous ne mangerez pas, sont une loi de jeûne et d'abstinence. Si Eve l'eût observé fidèlement nous ne serions pas aujourd'hui obligés de nous y soumettre. Car ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais bien ceux qui sont malades. Nous avons été blessés par le péché : c'est à la pénitence à guérir nos blessures.

Or, sans le jeûne, la pénitence est vaine et stérile.

La terre maudite ne produira pour vous que des ronces et des épines. Vous êtes condamné à vivre dans la tristesse, et non destinés à vous livrer aux plaisirs. Il faut satisfaire à Dieu par le jeûne. La vie même du paradis terrestre était une image du jeûne, non-seulement en ce que l'homme, qui était semblable aux anges et partageait en quelque sorte leur nature, n'avait que peu de besoins, mais aussi parce qu'il n'avait point encore imaginé dans cet heureux séjour tout ce qu'il inventa par la suite pour satisfaire ses appétits déréglés aux dépens de la raison, tel que l'usage du vin et de la chair des animaux. - Puisque c'est notre infidélité à la loi du jeûne qui nous à bannis du paradis, jeûnons donc pour y rentrer. "

Un peu plus loin, saint Basile, appelant les Ecritures en témoignage de la vertu du jeûne : " C'est le jeûne dit-il, qui enfante les prophètes, qui nourrit les forts, qui donne la sagesse aux législateurs ; c'est le jeûne qui est le rempart de l'âme, la sauvegarde du corps, l'armure du guerrier, l'exercice de l'athlète : il éloigne la tentation, consacre la piété, accompagne la sobriété, produit la chasteté. Dans les combats il enflamme le courage, dans la paix il conserve le repos. Il sanctifie le nazaréen, il perfectionne le prêtre, qui ne peut sans témérité s'approcher du saint ministère, s'il ne s'est préparé par le jeûne, non-seulement dans la loi nouvelle, où il s'agit de célébrer de si redoutables mystères, mais encore dans la loi ancienne, où les sacrifices n'étaient que des figures. . . Enfin, tous les saints de tous les siècles, comme vous pourrez vous en convaincre, se sont affermis par le jeûne dans la voie qui conduit à Dieu. . . Le jeûne éteignit les flammes de la fournaise et brisa la dent des lions. Le jeûne p.339 fin p.340 début ouvre à la prière l’entée du ciel, et lui prête des ailes pour s’élever jusqu’à Dieu.

Le jeûne est le soutien des familles, le père de la santé, le maître de la jeunesse, l'ornement des vieillards, l'ami des voyageurs, le gardien de la foi conjugale. . . Le jeûne n'est pas seulement utile pour l'avenir ; il est avantageux pour notre corps même dans la vie présente. . . Voulez-vous fortifier votre âme ? domptez la chair par le jeûne. C'est le sens de ce passage où l'Apôtre nous dit : Qu'à mesure que l'homme extérieur se corrompt, l'homme intérieur se renouvelle. Et de cet autre : Plus je m'affaiblis, plus je me fortifie. . . Le jeûne est notre armure dans les combats contre les démons ; car ce genre d'ennemis ne peut être chassé que par la prière et le jeûne.

Tels sont les nombreux avantages que le jeûne nous procure. La satiété au contraire est un premier pas dans la voie de l'impudicité. La bonne chère, l’excès du vin, la délicatesse exquise et la variété des aliments, ne tardent pas à provoquer le réveil de toutes les passions brutales. Alors l'homme dans son délire ressemble à un coursier qui court et qui hennit après les cavales. L'ivresse confond les sexes, et intervertit l'ordre établi par la nature ; tandis que le jeûne entretient, même dans le mariage, une sage et chaste modération, prévient l'excès des plaisirs permis, et conseille aux époux de s'en interdire momentanément l’usage, pour se livrer sans trouble à la prière. - Gardez-vous cependant de faire consister le jeûne dans la seule abstinence des viandes ; le jeûne véritable consiste à s'abstenir du vice. Rompez tous les liens qui vous attachent à l'iniquité. Pardonnez au prochain tout le mal qu'il vous fait ; remettez-lui sa dette. Ne jeûnez pas pour lui susciter des procès et des querelles. Vous ne mangez pas de chair, il est vrai, mais vous dévorez votre frère ; vous vous abstenez de vin, mais vous vous permettez de lui faire tort. Vous attendez le soir pour prendre de la nourriture, mais vous passez tout le jour devant les tribunaux. Malheur à ceux qui sont ivres, non de vin, mais de colère. Car la colère est l'ivresse de l'âme ; comme le vin, elle rend l'homme insensé. "

20. Le même, homélie 2 : " Si l'huile rend les athlètes plus souples, le jeûne fortifie celui qui s'exerce la piété. Ainsi donc, tout ce que vous ôtez au corps tourne à l'avantage de l'âme et l'affermit dans la vie de la grâce ; car ce n'est pas la vigueur du corps, mais la force de l'âme et la patience dans les afflictions, qui nous assurent la victoire contre les ennemis invisibles. Le jeûne est utile en tout temps à ceux qui se l'imposent volon- p.340 fin p.341 début tairement, puisque les démons n'osent tenter aucun effort contre celui qui l'observe, et que les anges préposés à notre garde protègent surtout ceux dont il a purifié l'âme ; mais son utilité est plus incontestable encore dans ces jours où il est annoncé par tout l'univers. Il n'est point de pays, ni sur le continent, ni au milieu des mers, point de ville, point de peuple, même aux extrémités du monde, où la loi du jeûne n'ait été proclamée. Les soldats, les voyageurs, les navigateurs, les marchands, tous l’ont entendu publier avec la joie la plus vive. Que nul d'entre vous ne s'exclue donc lui-même du nombre de ceux qui jeûnent, c'est-à-dire de tout le genre humain, de tous les âges, de toutes les conditions. Chaque église a ses anges chargés d’en faire le recensement. . . "

" Le jeûne conserve la santé de l'enfance, inspire la modestie aux jeunes gens, et attire le respect à la vieillesse. Un vieillard parait plus vénérable quand il honore ses cheveux blancs par l’abstinence. Le jeûne est l'ornement qui convient le mieux aux femmes, et le frein le plus puissant contre la fougue de l'âge et l’excès de la santé ; le jeûne est le protecteur de la fidélité conjugale et le gardien de la virginité.

Tels sont les avantages particuliers que le jeûne apporte aux familles qui l'observent. Voyons maintenant quelle est son influence sur la société. En un moment il fait régner le calme dans le sein d'une ville, d'une nation tout entière, il impose silence à toutes les clameurs, assoupit les querelles, bannit les procès. . . Pauvres, recevez le jeûne comme un ami et un commensal. Esclaves, recevez-le comme une trêve passagère aux travaux perpétuels de votre servitude. Riches, recevez-le comme un remède au mal que l'abondance vous a fait, comme un moyen de ranimer en vous, par le changement de régime le goût des aliments que l'habitude vous fait paraitre maintenant insipides. Que votre santé soit florissante ou ruinée, recevez-le comme le gardien ou le père de la santé. Interrogez les médecins, ils vous diront que rien n'est plus dangereux pour le corps que l'excès même du bien- être. Aussi les plus habiles s'attachent-ils à remédier à cet excès par le jeûne de peur que la nature épuisée ne succombe sous le poids de l'embonpoint. . . Mais pour que le jeûne soit méritoire, il ne suffit pas de s'abstenir de l'usage des viandes ; il est une autre sorte de jeûne plus agréable à Dieu. Le véritable jeûne consiste à s'abstenir du vice, à contenir sa langue, à réprimer sa colère, à dompter ses passions, à s'interdire la médisance, le p.341 fin p.342 début mensonge, le parjure. Voilà les privations qui constituent le jeûne véritable. "

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