Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 138)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

25. MATTHIEU, XVIII, 17-18 : " Que s'il ne les écoute pas, dites-le à l’Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous ce que serait un païen et un publicain. - En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. "

26. I Corinthiens, XIV, 37 : " Si quelqu'un croit être prophète ou spirituel, qu'il reconnaisse que les choses que je vous écrit sont des ordres du Seigneur. "

27. I Thessaloniciens, II, 13 : " C'est pourquoi aussi nous rendons à Dieu de continuelles actions de grâces, de ce qu'ayant reçu la parole de Dieu que nous vous avons prêchée, vous l'avez reçue non comme la parole des hommes, mais comme la parole de Dieu. ainsi qu'elle l'est en effet, déployant en vous sa vertu à cause de la foi que vous avez en elle. "

28. Actes, XV, 28 : " Car il à semblé bon au Saint-Esprit et à nous de ne point vous imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont nécessaires, etc. "

30. II Machabées, VI, 18-28 : " Eléazar, l'un des premiers d'entre les docteurs de la loi, homme avancé en âge et d'un visage vénérable fut pressé de manger de la chair de porc, et on voulait l'y contraindre en lui ouvrant la bouche de vive force. - Mais lui, préférant une mort glorieuse à une vie criminelle, alla de lui-même au supplice. - Considérant ce qu'il lui faudrait souffrir en cette rencontre, et s'armant d'une patience invincible, il résolut de ne point se laisser entrainer par l'amour de la vie à p.372 fin p.373 début faire rien contre la loi. - Ceux qui étaient présents, touchés d'une compassion déraisonnable à cause de l'ancienne amitié qu'ils avaient pour lui, le prirent à part et le supplièrent de se laisser apporter des viandes de l'espèce de celles dont il pouvait manger, afin de pouvoir feindre qu'il avait mangé des viandes du sacrifice, selon l'ordre du roi, - et de se sauver de la mort par ce moyen. Ils usaient envers lui de cette espèce d'humanité à cause de l'affection qu'ils lui gardaient. - Mais lui, considérant ce que demandaient de sa part un âge et une vieillesse si vénérable, ces cheveux blancs qui attestaient la noblesse de sa vie entière, cette vie enfin qu'il avait conservé innocente et sans tache depuis son enfance ; il répondit aussitôt, conformément aux prescriptions de la loi sainte établie de Dieu, qu'il préférait descendre dans le tombeau. - Car il n'est pas digne de l'âge où je suis, ajouta-t-il, d'user de cette fiction, qui serait cause que plus d'un jeune homme, s'imaginant qu'Eléazar à l'âge de quatre-vingt-dix ans, aurait passé de la vie des juifs à celle des païens, - seraient eux-mêmes trompés par cette dissimulation qui, en me conservant un faible reste de cette vie corruptible, me couvrirait d'une tache honteuse, et attirerait sur ma vieillesse l'exécration des hommes. - Hé ! quand j'échapperais maintenant aux supplices qu'infligent les hommes, je n'en pourrais pas plus me soustraire à la main du Tout-Puissant, soit pendant ma vie, soit après ma mort. - En mourant donc avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse, - et je laisserai aux jeunes gens un exemple de fermeté, par la constance et la joie avec laquelle j'aurai souffert une mort glorieuse pour le maintien nécessaire de nos lois saintes. "

31. Id., VII, 1-4 : " Or, il arriva que l'on prit aussi sept frères avec leur mère et que le roi voulut les contraindre à manger, contre la défense de la loi, de la chair de porc, en les faisant déchirer à coups de fouets et de lanières. - Mais l'un d'eux, qui était l’aîné, lui dit : Que demandes-tu et que veux-tu apprendre de nous ? Nous sommes prêts à mourir, plutôt que de violer les lois de Dieu que nous avons reçues de nos pères. - C'est pourquoi le roi irrité ordonna qu'on fit rougir sur le feu des poêles et des chaudières d'airain ; et lorsqu'elles furent toutes brûlantes - il ordonna qu'on arrachât la langue à celui qui avait parlé le premier, qu'on lui enlevât la peau de la tête et qu'on lui coupât les extrémités des mains et des pieds sous les yeux de ses frères et de sa mère, etc. . . " p.373 fin p.374 début

33. Lévitique, XXIII, 27-30 : " Le dixième jour de ce septième mois sera le jour des expiations ; il sera très-solennel et on l'appellera saint. Vous affligerez vos âmes en ce jour-là, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. - Vous ne ferez aucune œuvre servile dans toute la durée de ce jour, parce que c'est un jour de propitiation, afin que le Seigneur votre Dieu vous soit en effet propice. - Tout homme qui ne se sera point affligé en ce jour-là, sera exterminé du milieu de son peuple. - Je retrancherai encore du milieu du peuple celui qui, en ce jour-là, aura fait quelque ouvrage que ce soit. "

34. I Samuel, XIV, 24-27, 37-45 : " Alors les Israélites se réunirent, et Saül fit avec serment la protestation suivante devant tout le peuple : Maudit soit celui qui mangera avant le soir, jusqu'à ce que je me sois vengé de mes ennemis. Et tout le peuple en conséquence s'abstint de manger. - En même temps ils vinrent dans un bois où la terre était couverte de miel. - Le peuple y étant entré vit ce miel qui coulait sous ses yeux, et personne n'osa en prendre pour le porter à sa bouche, parce qu'ils craignaient tous l'effet du serment qu'avait fait le roi. - Or, Jonathas n'avait pas entendu cette protestation appuyée de serment que son père avait faite devant le peuple : c'est pourquoi, pendant la baguette qu'il avait à la main, il en trempa le bout dans un rayon de miel, et en ayant ensuite porté à sa bouche avec sa main, il sentit ses yeux reprendre une nouvelle vigueur, etc. - Saül consulta le Seigneur en ces termes : Poursuivrai-je les Philistins, et les livrerez-vous entre les mains d'Israël ? Et pour cette fois le Seigneur ne lui répondit rien. - Et Saül dit : Qu'on rassemble ici tous les principaux du peuple ; qu'on cherche, partout, et que l'on connaisse celui dont le péché retombe aujourd'hui sur nous. - Je jure par le Seigneur, qui est le sauveur d'Israël, que le coupable, fût-il mon fils Jonathas, sera irrémissiblement puni de mort. Et nul d'entre le peuple n'osa le contredire. - Saül dit donc à tout Israël : Mettez-vous tous d'un côté et mon fils Jonathas et moi nous nous tiendrons de l'autre. Le peuple répondit à Saül : Faites tout ce qui sera bon à vos yeux. - Et Saül dit au Seigneur, Dieu d'Israël : Seigneur, Dieu d'Israël, faites-nous connaître d'où vient que vous n'avez point répondu aujourd'hui à votre serviteur. Montrez si cette iniquité est en moi, ou en mon fils Jonathas, ou si elle est plutôt en votre peuple, et que nous redevenions purs à vos yeux.

Et le sort p.374 fin p.375 début tomba sur Jonathas et sur Saül et le peuple se trouva dès lors hors de péril. - Saül dit ensuite :

Jetez le sort entre moi et mon fils Jonathas. Et le sort tomba sur Jonathas. - Saül dit donc à Jonathas : Découvre-moi ce que tu as fait. Jonathas avoua tout, et dit : J'ai pris un peu de miel au bout de la baguette que j'avais à la main, et j'en ai porté à ma bouche, et pour cela voilà que je meurs. - Saül lui dit : Que Dieu m'envoie mille et mille maux, si tu ne meurs, Jonathas. - Et le peuple dit à Saül : Quoi donc ! Jonathas mourra-t-il, lui qui vient de sauver Israël avec tant de gloire ? Ce serait là commettre un crime, etc. "

35. I Rois, XIII, 15-24 : " Et le prophète qui demeurait à Béthel dit à l'homme de Dieu : Viens avec moi en ma maison pour manger du pain. - L'homme de Dieu lui répondit : Je ne puis revenir sur mes pas ni aller avec toi, et je ne mangerai point de pain ni ne boirai d'eau en ce lieu-ci ; - car c'est le Seigneur qui, en me parlant comme il a coutume de parler, m'a dit : Tu ne mangeras point de pain et tu ne boiras point d'eau en ce lieu-là, et tu ne retourneras point par le chemin par lequel tu es allé. - Cet homme lui répondit : Je suis moi-même prophète comme toi, et un ange est venu me dire de la part du Seigneur : Ramène-le avec toi en ta maison, afin qu'il mange du pain et qu'il boive de l'eau. Il le trompa ainsi, - et le ramena avec lui. L'homme de Dieu mangea donc du pain dans sa maison, et but de même de l'eau. - Et lorsqu'ils étaient à table, le Seigneur fit entendre sa parole au prophète qui l'avait ramené. Et ce prophète cria à l'homme de Dieu qui était venu de Juda, et lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Parce que tu n'as pas obéi à la parole du Seigneur, et que tu n'as point gardé le commandement du Seigneur ton Dieu, - et que tu es retourné et que tu as mangé du pain et bu de l'eau dans le lieu où il t'avait fait défense de manger du pain et de boire de l'eau, ton corps, frappé de mort, ne sera point porté au sépulcre de tes pères. - Après donc que l'homme de Dieu eut bu et mangé, le vieux prophète sella son âne pour le prophète qu'il avait ramené. - Et comme l'homme de Dieu était en chemin pour s'en retourner, un lion vint à sa rencontre et le tua, et son cadavre demeura étendu sur le chemin. L'âne se tint auprès de lui, et le lion resta auprès du cadavre. " p.375 fin p.376 début TEMOIGNAGES DES PERES.

1. Les canons dits des apôtres, canon 80 : " Si un évêque, un prêtre ou un diacre, ou tout autre ministre, s'abstient du mariage, de la chair des animaux ou de l'usage du vin non par mortification, mais par horreur pour la chose même, en oubliant que tout ce que Dieu à fait est bon, et que c'est lui qui a établi dans le genre humain la différence des sexes, en calomniant en conséquence par un affreux blasphème l'ouvrage du Créateur, qu'il rétracte sa conduite passée ou qu'il soit déposé et expulsé de l'église. Qu'il en soit de même du laïque qu'on trouvera dans le même cas. "

2. Ibidem, canon 82 : " Si un évêque, un prêtre ou un diacre, s'abstient un jour de fête de manger de la viande par horreur pour cet usage, et non simplement par mortification, qu'il soit déposé comme ayant une conscience souillée et comme étant pour le grand nombre un sujet de scandale. "

3. Le concile de Gangres, canon 2 : " Si quelqu'un condamne comme un homme dont le salut serait désespéré celui qui mange de la viande avec foi et piété, tout en s'abstenant du sang et des viandes étouffées ou immolées, qu'il soit anathème. "

4. Le concile I de Tolède, in assertione fidei

: " Si quelqu'un ose dire ou est dans cette croyance, qu'on doit avoir en exécration la chair des oiseaux ou des bestiaux, qui a été donnée en nourriture à l'homme, et s'en abstenir par ce motif, et non pas simplement par motif de pénitence, qu'il soit anathème. Si quelqu'un s'associe à l'erreur de Priscillien, ou prend à tâche d'agir dans l'administration du saint baptême autrement que ne le fait le siège de saint Pierre, qu'il soit anathème. "

5. Le concile I de Brague, canon 14 : " Si quelqu'un, partageant la doctrine de Manichée et de Priscillien, regarde comme impures les viandes que Dieu a créées pour notre nourriture, et qu'ainsi il n'ose goûter des légumes mêmes cuits avec de la viande, qu'il soit anathème. "

6. Ibidem, canon 32 (al. 31) : " Les clercs qui ne mangent point de viande mangeront au moins des herbes cuites avec de la viande, pour éviter tout soupçon d'être priscillianistes. S'ils refusent de le faire, qu'on les tienne pour excommuniés, comme suspects de cette hérésie et qu'on les dépose sur-le-champ, conformément à ce que les saints Pères ont ordonné anciennement sur ces sortes de personnes. " p.376 fin p.377 début

7. S. AUGUSTIN, Lib. XXX contra Faustum manichæum, c. 5 (Cf. S. Augustini opera, t. VIII, col. 447, édit.

des Bénédictins ; col. 685-686, édit. de Gaume) :

" Apprenez donc ce que vous avouez ne pas voir, quelle est notre pensée lorsque nous vous intentons ce reproche. Ce n'est pas que nous trouvions mauvais que vous vous absteniez de la chair des animaux, puisque cela a été pratiqué par l'ancien peuple, au moins par rapport à certaines viandes, comme vous ne vous faites pas faute de me le rappeler ; mais si les justes de l'ancienne loi en usaient ainsi, ce n'est pas qu'ils condamnassent l'usage des viandes, mais c'était en vue de quelque signification mystérieuse comme je l'ai déjà suffisamment expliqué dans les précédentes parties de cet ouvrage. Et si les chrétiens aussi, j'entends les catholiques et non les hérétiques, s’abstiennent de manger de la viande, c'est pour réprimer les révoltes de la chair et punir l'âme elle-même du consentement qu'elle a pu y donner, et non parce qu'ils regarderaient peut-être la chair des animaux comme quelque chose d'impur. Et ce n'est pas seulement de la viande qu'ils s'abstiennent ainsi ; mais ils usent de la même réserve par rapport à certaines productions de la terre, presque tous au moins pendant le carême, et quelques-uns même dans tous les temps de l'année, plus ou moins, selon ce que chacun peut ou veut en cela. Vous, au contraire, vous niez de l'ouvrage même de Dieu qu'il soit bon, et vous le déclarez impur, sous prétexte que c'est le démon qui forme la chair avec les parties les plus grossières de la matière, ouvrage, selon vous, du principe mauvais ; et partant de ce faux principe, vous avez la chair en horreur et vous la rejetez comme quelque chose d'immonde, comme un lien cruel qui retient votre Dieu enchaîné. "

" L'Apôtre, après avoir dit qu'il y aurait des hommes qui interdiraient l'usage des viandes, que Dieu à créées pour être reçues avec action de grâces par les fidèles et par ceux qui ont reçu la connaissance de la vérité, ajoute : Car tout ce que Dieu a créé est bon, et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces parce que cela est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière (I Tim., IV, 3-5). Voila les vérités que vous niez ; voilà dans quelle pensée vous vous abstenez d'aliments de cette espèce : vous les regardez comme mauvais et impurs par leur nature même, et non pas simplement par la signification qu'on peut leur donner. En cela, vous blasphémez sans aucun doute celui p.377 fin p.378 début qui les a créés, et c'est bien là suivre, comme le dit l'Apôtre, des doctrines diaboliques. Ne soyez donc point étonnés que l'Esprit-Saint ait prophétisé cela de vous si longtemps avant que vous parussiez dans le monde. "

8. Le même, Lib. de moribus manichæorum, c. 13 : " A moins peut-être que vous ne considériez comme sceau de la bouche, et en même temps comme chose digne d'admiration et de louange, la loi que vous vous êtes faite de ne pas manger de viande et de ne pas boire de vin. Mais je vous demanderai quelle est la fin que vous vous proposez dans cette pratique. Car si la fin à laquelle nous rapportons ce que nous faisons, ou en vue de laquelle nous le faisons, est non-seulement innocente, mais encore digne d'éloge, l'action même que nous ferons le sera également ; si au contraire la chose que nous avons en vue dans ce que nous entreprenons mérite le blâme, nous aurons sans aucun doute le même jugement à porter de l’entreprise elle-même. L'histoire rapporte de Catilina qu'il endurait avec courage le froid, la soif et la faim. Ainsi donc cet homme impur et sacrilège avait cela de commun avec nos apôtres. Par où donc le distinguer de ces derniers, sinon par la fin si différente de la leur qu'il se proposait ? Car s'il consentait à endurer ces tourments, c'était pour pouvoir assouvir ses passions immodérées et monstrueuses, tandis que les apôtres ne se proposaient au contraire que de les réprimer et de les assujettir à l'empire de la raison. Vous aussi, lorsque quelqu'un vante devant vous le grand nombre de vierges que l'Eglise catholique renferme dans son sein, vous avez coutume de répliquer : Quoi d’étonnant ? une mule n'est-elle pas vierge ? Langage téméraire sans doute, et qui prouve bien l’ignorance où vous êtes de la discipline de notre Eglise ; mais qui prouve en même temps que, de votre aveu, la pratique de la continence que vous garderiez vous-mêmes est chose tout-à-fait vaine, si vous ne vous proposez pas en la gardant une fin louable. Les catholiques à leur tour pourraient à bon droit comparer l'abstinence que vous pratiquez par rapport à la viande et au vin, à celle qu'observent dans le même genre quantité de quadrupèdes et d'oiseaux, de vermisseaux enfin. Mais je ne veux pas m'attirer le reproche d'imiter la témérité de votre langage. Examinons plutôt, et avant tout, quelle fin vous vous proposez en cela. Car je pense que vous convenez maintenant, que c'est à ce point de vue qu'on doit envisager ces usages. Si donc vous pratiquez cette abstinence par motif d'économie, ou pour réprimer p.378 fin p.379 début les mouvements de la concupiscence qu'ont coutume d'exciter ces sortes d'aliments et de boissons, je ne pourrai alors que vous décerner des éloges. Mais la fin que vous vous proposez est bien différente. "

9. Ibidem, c. 14 : " On doit voir maintenant quelle fin peut justifier l'abstinence de la viande et du vin. Cette fin doit être ou de réprimer le plaisir qu'on ressent particulièrement à manger de ces sortes d'aliments, et qui peut aller jusqu'à l'ivresse lorsqu'il s'agit de boissons telles que le vin ; ou en second lieu, de s'épargner des scrupules de conscience, à cause des viandes qui peuvent avoir été immolées à des idoles, ou du vin qui peut leur avoir été offert en libation ; ou en troisième lieu, par motif de charité, motif le plus louable des trois, à savoir pour ménager les scrupules des faibles qui s'abstiennent de ces aliments ou de ces boissons. Vous, au contraire, vous réputez ces choses impures, malgré ce qu'a dit l'Apôtre, que toutes choses sont pures pour ceux qui sont purs (Rom, XIV, 20), mais qu'un homme fait mal de manger de quoi que ce soit, lorsqu'en le faisant il scandalise les autres. Aussi suis-je bien persuadé que vous vous rendez coupables en usant de ces mêmes aliments, par cela même que vous les croyez impurs. Car voici ce que le même apôtre dit encore : Je sais et je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n’est commun de soi-même et n'est tel que pour celui qui le croit tel (ibib., v. 20). Car qui peut douter que ce mot, commun, est mis pour signifier quelque chose d'impur et de souillé ? "

10. Le même, in Libro contra Adimantum Manichæi discipulum, c. 14 : " Si l'Apôtre a recommandé quelquefois de ne pas manger de viande ni de boire de vin, ce n'est pas qu'il ait tenu ces choses pour impures, comme ceux-ci voudraient se le persuader, et réussissent à le faire croire à quelques gens simples qu'ils entraînent avec eux dans la même erreur ; mais comme il a pris la peine d'expliquer lui-même sa pensée, ce n'est pas à nous qu'il convient de l’interpréter ou de l'expliquer. Nous n'avons besoin que de rapporter ici tout ce passage de l'épître de l’Apôtre, pour rendre évident la raison qui l'a porté à tenir ce langage, et tout à la fois la perfidie de ces hommes qui prennent à dessein quelques passages détachés des saintes Ecritures pour tromper les simples, en leur laissant ignorer et ce qui précède ces passages et ce qui vient à leur suite dans le texte sacré et qui peut servir à déterminer la pensée de l'écrivain.

Voici donc p.379 fin p.380 début ce qu'écrivait l'Apôtre : Recevez avec charité celui qui est encore faible dans la foi, sans vous amuser à contester, etc. Qu'est-il besoin d'expliquer ces paroles pour faire comprendre quelle a été la pensée de l’Apôtre quand il écrivait ces lignes, et quelle est la malice de ceux qui prennent perfidement quelques paroles éparses dans les Ecritures, afin de s'en servir pour circonvenir les simples ? Car ce que dit l'Apôtre, c'est que tout est pur lorsqu'on le croit tel, et que tout peut devenir impur pour celui qui croit impure telle et telle chose, et qu'il faut s'abstenir d'en manger lorsqu'on ne pourrait le faire sans scandale, c'est-à-dire lorsqu'on se trouve en présence de gens assez simples pour se croire obligés de s'abstenir de toutes sortes de viandes, dans la crainte de tomber sur des viandes immolées aux idoles, et pour s'imaginer que celui qui en mange le fait en l'honneur des idoles, pour en être par conséquent tout scandalisés, bien que la viande même immolée aux idoles ne souille nullement celui qui en mange de bonne foi sans savoir qu'elle à été effectivement immolée.

Voilà pourquoi l’Apôtre défend ailleurs de faire aucune question lorsqu'on est pour acheter de la viande, ou lorsqu’étant invité par quelque infidèle on voit servies sur sa table de ces viandes que nos adversaires appellent impures, non parce qu'elles ont pu être immolées aux idoles, mais parce que c'est de la chair de quelque animal, malgré ce que dit l’Apôtre que toutes choses sont pures, que toute créature de Dieu est bonne, que tout est sanctifié par la parole et par la prière et qu'on ne doit pas moins s'en abstenir, si cela doit scandaliser quelque esprit faible. L'Apôtre, dans un autre endroit de ses épîtres, a désigné très-clairement ces esprits téméraires lorsqu'il a dit qu'il y aurait dans les derniers temps des hommes qui interdiraient le mariage, et l'usage des viandes que Dieu a créées (I Tim., IV, 1-3). Car il désigne par-là non ceux qui s'abstiennent de manger de la viande pour dompter leur concupiscence ou pour ménager la faiblesse de leurs frères, mais ceux qui regardent comme impure la viande elle-même, et qui nient que Dieu en soit le créateur. "

14. THEODORET, Epitome divinorum decretorum, c.

de abstinentiâ : " L'Eglise n'entend pas de la même manière que les hérétiques l'abstinence du vin, de la viande et d'autres choses de cette nature. Car les hérétiques prétendent qu'on doit s'en abstenir comme de choses abominables. L'Eglise au contraire n'enseigne rien de semblable ; car elle ne défend point en p.380 fin p.381 début général l'usage de ces choses, et c'est pour cela qu'elle n’inquiète pas ceux qui s'accordent la jouissance de ces biens et de ces plaisirs permis, pas plus que ceux qui se la refusent ; et ceux mêmes qui se refusent cette jouissance, si leur conscience est droite et éclairée, ne condamnent point ceux qui se la permettent. Car chacun est le maître ou de s'abstenir, ou de jouir du plaisir qu'il peut trouver à user de ces aliments. D'ailleurs la vie monastique n'est imposée à personne, et ceux qui l'embrassent ne font en cela qu'user de leur liberté. C'est ce que nous enseignent les apôtres eux-mêmes dans leurs écrits. Que celui qui mange de tout, dit saint Paul (Rom., XIV, 3), ne méprise pas celui qui ne mange pas de tout ; et que celui qui ne mange pas de tout, ne condamne pas celui qui mange de tout. Le même apôtre dit encore : Toutes les viandes sont pures ; mais un homme fait mal d’en manger, lorsqu’en le faisant il scandalise les autres (ibid., v. 20). C'est ce qui lui a fait écrire en prenant à partie les impies eux-mêmes, les paroles suivantes dans ses épîtres à Timothée : L’esprit dit expressément que, dans les temps à venir, quelques-uns abandonneront la foi, etc. (I Tim., IV, 1). Et dans celles aux Corinthiens, il va jusqu’à prescrire aux fidèles de cette Eglise naissante de manger indistinctement de tout ce qui se vendrait à la boucherie, sans s'enquérir d'où cela venait par un scrupule de conscience (I Cor., X,

25 et suiv.) ; et ceux que les infidèles inviteraient à manger chez eux, de manger sans scrupule de tout ce qu'on leur servirait, à moins que quelqu'un ne les avertisse que ces viandes avaient été immolées aux idoles. Tant cet homme divin était éloigné d’interdire l'usage de la viande. Enfin Notre-Seigneur lui-même a dit à son propre sujet : Le Fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et ils disent : Voilà un homme qui aime à faire bonne chère et à boire du vin ; il est ami des publicains et des gens de mauvaise vie (MATTH., XI, 19). Et quand il célébra la Pâque, il mangea de l'agneau avec ses disciples ; invité à des noces, non-seulement il ne défendit pas l'usage du vin, mais encore il fit un miracle pour en procurer aux conviés. L’erreur des encratites ou des abstenants est donc clairement condamné par les enseignements divins. L'Eglise de Dieu au contraire ne fait que se conformer ces enseignements en répudiant les fables des hérétiques. "

12. S. BERNARD, Serm. LXVI in Cantica : " Il me reste à réfuter ces hommes par la doctrine de l'Apôtre.

Ils s'abstiennent, comme il l'avait annoncé prophétiquement des viandes que Dieu p.381 fin p.382 début a créées pour être reçues avec action de grâces ; et ainsi ils se montrent hérétiques, non en ce qu'ils s'en abstiennent, mais en ce qu'ils le font dans des dispositions hérétiques. Car moi aussi je m'abstiens assez souvent ; mais mon abstinence a pour but d'offrir une satisfaction pour mes péchés et non de mettre en pratique une doctrine impie autant que superstitieuse. Est-ce que nous faisons à saint Paul un reproche de ce qu'il châtiait son corps et le réduisait en servitude ? Je m'abstiens de boire du vin, parce que c'est une occasion de luxure ; ou, si je me trouve faible de santé, j'en prends modérément suivant le conseil qu'en a donné saint Paul. Je m'abstiens de manger de la viande, de crainte qu'en nourrissant ma chair, elle ne nourrisse aussi mes vices. J'userai d'une certaine mesure dans le pain même que je prendrai, de peur qu'ayant l'estomac trop chargé, je ne devienne paresseux pour la prière ou que je ne m'attire de la part du Prophète le reproche de manger mon pain jusqu'à me rassasier (EZECH., XVI, 49). Je ne prendrai pas même l'habitude de boire rien que de l'eau avec excès, de peur que mon ventre distendu ne s'en trouve disposé aux appétits grossiers. L'hérétique agit autrement.

Il a horreur du lait et de tout ce qui en provient, en un mot de tout ce qui tient à la génération ; ce serait bien et tout-à-fait conforme aux principes du christianisme, s'il le faisait, non parce que ce sont des choses qui en proviennent, mais parce que ce sont des choses qui y excitent. Mais que prétend-il, en témoignant cet éloignement pour tout ce qui provient de la génération ? Une observance si marquée par rapport aux aliments me fait naître des soupçons. Toutefois, si vous avez pour la justifier l'ordonnance de quelque médecin, nous ne blâmons point ce soin que vous prenez de votre corps : car qui jamais a voulu le mal de son propre corps (Eph., V, 29) ? Seulement, qu'un tel soin ne soit pas poussé à l'excès. Ou bien encore, si c'est pour suivre les instructions des médecins des firmes qui recommandent l'abstinence, nous n'avons que des éloges à donner à cet effort de vertu qui vous porte à dompter votre chair et à réprimer vos passions. Mais si, partisan de l'erreur insensée de Manès, vous prétendez limiter les bienfaits de Dieu, le payer d'ingratitude, et vous érigeant en censeur de ses ouvrages, déclarer impur, par une témérité inouïe ce qu'il a créé et nous à donné pour être reçu de nous avec action de grâces, en un mot, si vous vous abstenez de cette sorte d'aliments comme d'un mal, bien loin d'applaudir à votre abstinence, je n'aurai que des malédictions à p.382 fin p.383 début donner à votre perversité et vos blasphèmes, et je vous appellerai impur vous-même, vous qui pensez qu'il y a quelque chose d'impur dans le monde. "

13. S. ISIDORE de Séville, Lib. I de officiis ecclesiasticis : " L'usage du vin et de la chair des animaux à été accordé à notre espèce à la suite du déluge. Car il n'avait pas été permis dès le commencement, et les premiers hommes, selon qu'il est écrit n'avaient pour nourriture que les fruits des arbres et les herbes qui portent leur graine sur la terre (Gen., I, 29). Mais plus tard, Noé reçut pour lui et ses descendants la permission de manger de la chair de toute espèce d'animaux, comme aussi celle de boire du vin. Lorsqu'ensuite Jésus-Christ a paru dans le monde, comme il est le principe et la fin, il nous a retiré à la fin des temps ce qu'il avait de même interdit au commencement des choses, en disant par l'organe de son apôtre : Il est bon de ne pas manger de viande et de ne pas boire de vin (Rom., XIV, 2). Et encore : Que celui qui est faible mange des légumes (Ibid., 21). Ce n'est donc pas parce qu'elle serait mauvaise en elle-même que la chair des animaux est défendue mais parce qu'elle favorise l'impureté charnelle ; car elle est le foyer comme l'aliment de tous les vices. Les viandes sont pour le ventre, et le ventre est pour les viandes, et un jour Dieu détruira l'un et l'autre (I Cor., VI, 13). Quant aux poissons, nous pouvons en manger, puisque Notre-Seigneur en a mangé après sa résurrection (JEAN, XXI, 10). Et ni le Sauveur ni les apôtres n'en ont jamais interdit l'usage. "

14. Le concile VI de Constantinople (C'est une erreur

: il ne s'agit ici que du concile in Trullo, dit Quini-Sexti, dont les actes n'ont jamais été approuvés par l'Eglise romaine. Voir notre Dictionnaire universel des conciles, t. Ier, col. 748-756), canon 56 : " Nous avons appris qu'en Arménie et ailleurs, quelques-uns se permettent l'usage des œufs et du fromage les samedis et les dimanches du carême. Nous avons statué en conséquence, que toute l’Eglise de Dieu répandue dans l'univers doit suivre la même règle dans l'observation de la loi du jeûne en s'abstenant des œufs et du fromage aussi bien que de la viande, parce que ces choses proviennent d'une autre dont il est ordonné de s’abstenir. Si l'on n'observe pas cette ordonnance, on devra être déposé si l'on est clerc, ou excommunié si l'on est laïque. "

15. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Epist. ad Augustinum Anglorum episcopum, comme la question précédente témoignage 11, page 327. p.383 fin p.384 début

16. S. ATHANASE, In Vitâ divi Antonii : "

Il supportait avec une force de patience incroyable le tourment de la faim et l’austérité des veilles. Il passait le plus souvent la nuit en prières, ne mangeait qu'une fois le jour après le coucher du soleil ; quelquefois même il passait deux ou trois jours sans manger, et ne rompait le jeûne qu'au quatrième. Sa réfection consistait en du pain, du sel et quelque peu d'eau. Quant au vin et à la viande, il vaut mieux ne pas en parler, puisque ce sont là des choses qu'il est commun chez les moines de s'interdire totalement. . . " " Comme Antoine vivait ainsi retiré dans des déserts et sur des montagnes inaccessibles, les moines l'ayant surpris tout occupé à prier, eurent bien de la peine à lui faire accepter, à force de supplications, et en considération de sa vieillesse, des olives, des légumes et de l'huile, qu'ils lui apportaient après avoir laissé passer quelques mois. "

17. S. JEROME, In Vitâ Pauli eremitæ

: " Un palmier pourvoyait à sa nourriture et à son habillement. Pour que personne ne soit tenté de regarder la chose comme impossible, je prends à témoin Jésus et ses saints anges, que dans cette partie du désert qui confine à la Syrie et touche au pays des Sarrasins, j'ai vu des moines dont un, pendant trente années qu'il resta renfermé dans sa cellule, ne vivait que de pain d'orge et d'eau bourbeuse ; un autre, casané dans une vieille citerne, appelée cuba par les Syriens dans le langage du pays, ne prenait chaque jour que cinq figues sèches pour réparer ses forces. Tout cela paraîtra incroyable à ceux qui refusent de croire que tout devient possible pour ceux qui croient. "

18. Le même, In Vitâ S. Hilarionis

: " Il (Hilarion) était à cette époque âgé de quinze ans. . . N'ayant pour se couvrir qu'un sac et un manteau de peau, que saint Antoine lui avait donné au moment de le congédier, ajoutez toutefois à ce vêtement une saye telle qu'en portent les gens de la campagne, il passait sa vie dans un vaste et affreux désert situé entre la mer et un marais, en ne prenant chaque jour pour nourriture que quinze figues sèches après le coucher du soleil. . . "

" De l'âge de vingt-un ans à celui de vingt-sept, il prenait pour sa nourriture les trois premières années un demi-setier de lentilles détrempées dans de l'eau froide, et les trois autres du pain sec avec du sel et de l'eau. De vingt-sept ans ensuite jusqu'à trente, il ne vivait que de l'herbe ; des champs et des racines crues de certains arbrisseaux. De l'âge de trente-un ans p.384 fin p.385 début à celui de trente-cinq, il se nourrissait avec six onces de pain d'orge et des herbes à demi-cuites sans huile pour les assaisonner. Mais comme il sentit que sa vue s'affaiblissait, et que son corps tout entier éprouvait des contractions causées par des démangeaisons continuelles et une espèce de maladie de peau, il se permit alors d'ajouter aux aliments que nous venons de dire quelque peu d'huile, et continua ensuite la pratique de la même abstinence jusqu'à la soixante-troisième année de sa vie, sans goûter d'aucuns fruits ou d'aucune sorte de légumes ou de quelque autre chose que ce soit. Sentant alors ses forces épuisées et croyant sa fin prochaine, il se refusa l'usage du pain depuis la soixante-quatrième année de son âge jusqu’à la quatre-vingtième par l'effet d'une ferveur d'esprit incroyable, qui le portait à se mettre comme de nouveau au service de son Dieu à un âge où les autres ont coutume de se relâcher. Quand il eut atteint l'âge de quatre-vingts ans, il permit qu'on lui fit de petits biscuits composés de farine et d'herbes hachées, pesant avec l'eau qu'il buvait cinq onces à peine, et il passa ainsi le reste de ses jours, ne mangeant jamais avant le coucher du soleil, et n'interrompant ses jeûnes ni les jours de fêtes ni dans ses maladies mêmes les plus graves. "

19. S. EPIPHANE, In compendiariâ verâ doctrinâ de fide catholicæ et apostolicæ Ecclesiæ : " Dans cette sainte Eglise catholique, on voit s'observer encore d'autres manières de vivre de la plus haute perfection, comme de s'abstenir de toute espèce de viandes, et de la chair des oiseaux et des poissons comme de celle des quadrupèdes, d'œuf et de fromage même sans parler d'autres austérités. Car chacun recevra sa récompense particulière selon son travail (I Cor., III, 8). Quelques-uns donc s'abstiennent de toutes ces choses à la fois ; d'autres de la chair des quadrupède seulement, en se permettant celle des oiseaux aussi bien que le reste. D'autres s'abstiennent de manger des oiseaux, et se permettent l'usage du poisson et des œufs. D'autres s'interdisent même les œufs ; d'autres ne vivent que de poisson. D'autres se refusent le poisson, et se contentent de fromage. D'autres ne se permettent pas même l'usage du fromage. D'autres encore se refusent jusqu'au pain ; d'autres renoncent à manger des fruits des arbres et de tout ce qui est cuit. "

20. Le même, Hær. LXXV contra Aërium

: " Aérius disait avec un emportement qui tenait plus du démon que de l'homme : Quelle différence y a-t-il entre un évêque t un prêtre ?. . . Le p.385 fin p.386 début jeûne, disait-il encore, ne doit être prescrit à personne. Car cela sent les observances judaïques et nous ne sommes plus sous le joug de la servitude. La loi d'ailleurs n'est pas pour les justes, mais pour les parricides et les autres criminels. Après tout, si je veux jeûner, je puis choisir de moi-même pour cela tel jour que je voudrais, et je jeûnerai à ma fantaisie. De là vient que ces sectaires affectent de jeûnes les jours de fêtes, et de ne jeûner au contraire ni le mercredi ni le vendredi. Souvent encore ils jeûnent le mercredi ; mais ce n'est point en vertu d'une loi : c'est uniquement, disent-ils, par la libre détermination de leur volonté. Dans les jours qui précèdent la Pâque, tandis que nous couchons sur la dure, que nous faisons le sacrifice de toutes les voluptés de la chair, que nous jeûnons les jours entiers, ou que nous ne prenons que des fruits secs pour toute nourriture, que nous passons tout notre temps dans les veilles et les prières sans rien négliger de ce qui, en mortifiant le corps, pourra contribuer au salut de l'âme ; eux, dès le point du jour, se livrent à la bonne chère, se gorgent de vin et de viandes, en couvrant de leurs risées, en poursuivant de leurs railleries ceux qui se font un devoir de sanctifier cette grande semaine. Car, quoiqu'ils admettent une vie de renoncement, la pratique n'en existe pas parmi eux, mais ils préfèrent la remplacer par l'abondance du manger et du boire, moins que quelques-uns ne l'adoptent par un choix tout-à-fait libre : la plupart cependant aiment mieux ne rien se refuser en fait de plaisirs de la table, comme je l'ai déjà dit. Voilà quelles sont les énormités qu'Aérius a vomies dans le monde.

" Puis, venant à réfuter cette erreur, saint Epiphane ajoute un peu plus loin : " Qui ne consent à admettre, en quelque partie que ce soit de l'univers, que le jeûne du mercredi et du vendredi est de règle dans toute l'Eglise ? S'il faut en appeler aux Constitutions apostoliques, on y verra comment ils ont réglé le jeûne du mercredi et du vendredi pour toutes les semaines de l'année, excepté les cinquante jours qui se trouvent entre Pâques et la Pentecôte comment, pour les six jours qui précèdent la Pâque, ils ont interdit toute espèce de nourriture, excepté le pain, le sel et l'eau, et comment ils ont ordonné de passer la veille entière de ce dimanche solennel (Constit. apost., c. 21). Qui doit être le mieux instruit de ces pratiques ? Est-ce ce nouveau venu, jouet de ses propres illusions, qui n'a paru que de nos jours et est même encore vivant, et non pas plutôt ceux qui ont vécu avant nous et qui ont été témoins de l'an- p.386 fin p.387 début cienne discipline, qu'ils ont reçu par tradition de leurs pères, comme ceux-ci des leurs, et comme l’Eglise entière a reçue de nos premiers pères dans la foi les traditions qu'elle conserve fidèlement jusqu’à nos jours ? Quand même les apôtres n'auraient rien dit dans leurs Constitutions du jeûne du mercredi et du vendredi, nous pourrions encore justifier cet usage par la pratique universelle. Mais leurs écrits sont là pour témoigner de cette institution dans les termes les plus précis. L'Eglise ensuite n'a pas tardé à s'y soumettre en tous lieux avec un accord unanime, longtemps avant qu’Aérius et ceux qui de son nom sont appelé aériens eussent paru dans le monde. Peut-être aussi est-ce pour cette raison que le nom d’Aérius a été donné à cet homme, dont le cœur impur semble être le réceptacle des esprits répandus dans l'air, qui lui ont inspirés la révolte contre l'Eglise. "

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