Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 157)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

16. Ecclésiastique, I, 1, 5-5, 7-10 : "

Toute sagesse vient de Dieu le souverain Seigneur ; elle a toujours été avec lui, et elle est avant tous les siècles. - Qui a pénétré la sagesse de Dieu, cette sagesse qui précède toutes choses ? - La source de la sagesse est le Verbe de Dieu au plus haut des cieux ; ses voies sont les commandements éternels. - Qui a compris la multiplicité de ses démarches ? - Le Très-Haut seul, le créateur tout-puissant, le roi fort et infiniment redoutable qui est assis sur son trône, le Dieu souverain dominateur. - C'est lui qui l'a crée dans l'Esprit-Saint, qui l'a nombrée et qui l'a mesurée. - Il l'a répandue sur tous ses ouvrages et sur toute chair, selon le partage qu'il en a fait, et il l'a donnée a ceux qui l'aiment. " p.200 fin p.201 début

17. MATTHIEU, XII, 52 : " La reine du midi s'élèvera au jour du jugement contre cette race et la condamnera, parce qu'elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et qu'il y a ici plus que Salomon. "

18. LUC, XI, 31 : " La reine du midi s'élèvera au jour du jugement contre les hommes de cette nation, et les condamnera, etc. (comme dans saint Matthieu). "

19. MATTHIEU, X, 16 : " Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. "

21. Colossiens, IV, 5-6 : " Conduisez-vous avec sagesse envers ceux qui sont étrangers à notre foi, et ménager le temps avec soin. - Que toutes vos paroles soient accompagnées de grâce et assaisonnées du sel de la discrétion, en sorte que vous sachiez répondre à chacun comme il convient. "

24. Ecclésiaste, II, 12-14 : " J'ai passé à la contemplation de la sagesse, des erreurs et de l'imprudence. Qu'est-ce que l'homme, ai-je dit, pour pouvoir se comparer au roi qui l'a créé ? - Et j'ai reconnu que la sagesse a autant d'avantages sur l'imprudence, que la lumière en a sur les ténèbres. - Les yeux du sage le conduisent ; l'insensé marche dans les ténèbres. "

25. Romains, XII, 2 : " Et ne vous conformez point au siècle présent ; mais transformez-vous en des hommes nouveaux par le renouvellement de votre esprit, afin que vous reconnaissiez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est agréable à ses yeux et ce qui est parfait. "

26. I Thessaloniciens, IV, 3 : " La volonté de Dieu est que vous soyez saints, et que vous vous absteniez de la fornication. "

28. Ecclésiastique, VI, 33-37 : " Mon fils, si vous m'écoutez avec attention, vous vous instruirez ; et si vous appliquez votre esprit à mes paroles, vous acquerrez la sagesse. - Si vous prêtez l'oreille, vous recevrez l'instruction ; et si vous aimez à écouter, vous deviendrez sage. - Trouvez-vous dans l'assemblé des vieillards, et unissez-vous de cœur à leur sagesse, afin que p.201 fin p.202 début vous puissiez écouter tout ce qu'ils vous diront de Dieu, et que vous ne puissiez perdre aucune de leurs excellentes paroles. - Si vous voyez un homme sensé, allez le trouver dès le point du jour, et que votre pied presse souvent le seuil de sa porte. - Appliquez toute votre pensé à ce que Dieu vous ordonne, et médite sans cesse ses commandements ; et il vous donnera lui-même un cœur docile ; et la sagesse que vous désirez vous sera donnée. "

30. Ecclésiaste, VIII, 1 : " La sagesse de l'homme éclate sur son visage, et le Tout-Puissant le lui change comme il lui plaît (ou selon l’hébreu, et donne à son regard plus d'assurance). "

1. S. BASILE-LE-GRAND, Constitutions monastiques, c. 15 (al. 44) : " La prudence doit être la directrice de toutes nos actions, puisque sans elle tout ce qui est bon d'ailleurs devient un vice, quand on le fait à contretemps et sans modération. Mais lorsque la raison et la prudence règlent le temps et la manière à observer dans la pratique des bonnes œuvres c'est merveille de voir combien le bon usage qu'on en fait est utile à ceux qui s'y exercent et à ceux qui en ressentent les effets (Cf. Les ascétiques ou Traités spirituels de saint Basile, trad. par God. Hermant, p. 534). "

2. Le même, Hom. in principium proverborum, quæ est duodecima inter homilias variorum argumentorum : " Il est évident qu'il faut compter parmi les plus belles vertus la prudence, qui nous fait faire la juste distinction des actions bonnes, mauvaises ou indifférentes. Mais, comme Notre-Seigneur lui-même nous fait entendre que le serpent est le plus prudent des animaux, lorsqu'il nous dit : Soyez prudents comme des serpents (MATTH., X, 16), et qu'ailleurs l'économe injuste est loué pour sa prudence (LUC, XVI, 8), il est évident qu'il y a deux sortes de prudence : l'une, qui veille à ses propres intérêts en employant la ruse pour nuire à ceux d'autrui, et c'est celle du serpent, qui met avant tout sa tête en sûreté, dès qu'il s'aperçoit qu'il y a pour lui quelque péril. Telle est aussi cette habileté qu'on apporte à soigner ses intérêts individuels, en trompant plus simple que p.202 fin p.203 début soi. Et c'était là la prudence de l'économe infidèle, prudent selon le siècle, comme le dit Notre-Seigneur. Mais la prudence véritable, c'est celle qui sait discerner ce qu'il faut faire d'avec ce qu'on doit omettre ; et celui qui la pratique exactement, ne manquera jamais à son devoir ou à la vertu, ne se laissera jamais infecter par le vice. "

3. S. BERNARD, Serm. XLIX in Cantica : " Le zèle qui n'est pas selon la science est insupportable. Là donc où il y a beaucoup de zèle, il est nécessaire qu'il y ait aussi beaucoup de discrétion (ou de prudence), parce que c'est elle qui règle et ordonne la charité. Le zèle sans la science non-seulement est toujours moins efficace et moins utile, mais il est même souvent très-dangereux. Donc, plus le zèle est fervent, le caractère véhément, la charité abondante, plus il est besoin d'une science qui veille sans cesse à modérer le zèle, à tempérer la vivacité du caractère, et à régler la charité. . . . Car c'est la discrétion qui met l'ordre dans toutes les vertus, et l'ordre produit la grâce et la beauté, et même la durée de chaque chose. C'est ce qui a fait dire au Prophète : Le jour persévère par votre ordre, en donnant à la vertu ce nom de jour. La discrétion 'est donc pas tant une vertu particulière, que la directrice et la modératrice de toutes les vertus, celle qui met l'ordre dans les affections, et qui règle toute la conduite de la vie. Sans elle la vertu dégénère en vice, et l'amour même naturel se change en des passions qui outragent, bouleversent et détruisent la nature (Cf. Sermons de saint Bernard sur le Cantique des Cantiques). "

4. THEOPHYLACTE, in caput X Matthæi : " Je veux que vous soyez doux comme des brebis, et que ce soit par-là, plus que par tout autre moyen, que vous remportiez vos victoires. Soyez donc prudents comme des serpents, et simples comme des colombes. " Il veut aussi que ses disciples soient prudents. Lors donc que vous entendrez appeler les chrétien de ce nom de brebis, n'entendez pas par-là que ce soit la stupidité qui leur soit commandée. Car la prudence leur est en même temps prescrite, pour qu'ils puissent se garder des pièges dont ils sont entourés De même en effet, qu'un serpent met sa tête à couvert, en exposant le reste de son corps aux coups de ceux qui pourraient le surprendre, ainsi le chrétien doit-il, pour obéir au commandement du divin maître, abandonner à ses persécuteurs tout ce qu'il a, et jusqu'à sa personne même, pourvu qu'il sauve p.203 fin p.204 début sa tête, qui est Jésus-Christ, et qu'il conserve la foi qu'il a en lui. De même aussi que le serpent se pelotonne dans un trou étroit pour s'y dépouiller de sa vieille peau, ainsi devons-nous marcher dans la voie étroite pour nous dépouille du vieil homme. Mais en même temps, comme le serpent est malfaisant de sa nature, Jésus-Christ nous ordonne par contre d'être simples, c'est-à-dire sincères et sans malice, et inoffensifs comme des colombes. Car ces oiseaux, lorsqu'on leur enlève leurs petits et qu'on se met à les poursuivre, retournent toujours à leurs maîtres. Soyez donc prudent comme un serpent, ne vous exposant point imprudemment à la dérision, mais faisant toutes vos actions de manière à ce qu'on ne puisse rien y reprendre.

Et soyez en même temps pour les autres comme une colombe, ne faisant de mal à personne, n'ayant même jamais la pensée d'en faire. "

5. S. JEROME, in caput X Matthæi, sur ces paroles : Estote erg prudentes, etc. : " Jésus-Christ demande ici de ses disciples, qu'ils sachent par leur prudence éviter les pièges, et par leur simplicité s'abstenir du mal. La prudence du serpent nous est proposée pour modèle à suivre, parce que cet animal sait couvrir de tout son corps sa tête même où est le siège de la vie. C'est ainsi que nous devons exposer aux persécutions notre corps tout entier, pour conserver notre foi en Jésus-Christ qui est notre chef. La nécessité d'être simples comme des colombes, nous est démontrée par la forme sous laquelle l'Esprit-Saint a voulu nous apparaître. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Soyez enfants, c'est-à-dire sans expérience, par rapport au mal (I Cor., XIV, 20). "

6. S. AUGUSTIN, Lib. quæstionum ex Matthæo, q. 8 : " Soyez donc prudents comme des serpents, en sachant vous garantir de tout mal par votre attention à mettre en sûreté votre propre chef, qui est votre foi en Jésus-Christ. Car le serpent expose tout le reste de son corps, pour soustraire sa tête aux coups de ceux qui l'attaquent. Ou bien encore, comme le serpent se ramasse dans des trous étroits pour se dépouiller de sa vieille peau et se revêtir d'une nouvelle, nous devons l'imiter en nous dépouillant du vieil homme (Ephés., IV, 22), après être entré par la porte étroite suivant le commandement que nous en a fait notre divin maître (MATTH., VII, 13). Car si son intention eût été de nous dire de nous garantir du mal en résistant aux méchants par des moyens violents, il n'aurait pas dit plus haut : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (MATTH., X, 16). Mais il a p.204 fin p.205 début voulu que nous fassions simples comme des colombes, par le caractère inoffensif de nos actions. Car les oiseaux de cette espèce ne font la guerre à aucun animal, et pas plus à ces insectes dont jusqu'aux moineaux font leur pâture, qu'à de plus grands animaux auxquels ils n'auraient pas la force de résister. Or tous les animaux, même privés de raison, forment entre eux comme une société, de même que les animaux raisonnables, c'est-à-dire les hommes, font société non-seulement entre eux, mais aussi avec les anges. Cette comparaison tirée des colombes est donc une leçon qui a pour but de nous apprendre à ne faire de mal à aucun de ceux qui, comme nous, sont doué de raison, et comme nous font partie de la société humaine. "

7. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium in Job, lib. I, c. 2 (al. 1) : " Il y en a qu'on appelle simples, parce qu'ils ignorent ce qui est juste ; mais ils sont d'autant plus éloignés de l'innocence de la vraie simplicité qu'ils sont plus incapables de pratiquer la vertu de justice ; car, n'ayant pas la prudence nécessaire pour se maintenir dans le droit chemin, leur simplicité ne saurait garantir leur innocence. C'est pourquoi saint Paul dit aux Romains : Je désire que vous soyez prudents pour le bien, et simples pour le mal (Rom., XVI, 19) ; et aux Corinthiens : Ne soyez point enfants quant à l'esprit, mais soyez-le quant à faire le mal (I Cor., XIV, 20). C'est encore pour cela que la Vérité même, en ordonnant à ses disciples d'être prudents comme des serpents, et simples comme des colombes (MATTH., X, 16), joint ensemble ces deux vertus comme également nécessaires, afin qu'en même temps que la prudence du serpent éclaire la simplicité de la colombe, la simplicité de la colombe rectifie la prudence du serpent. "

" De là vient que le Saint- Esprit n'a pas voulu paraître aux yeux des hommes sous la forme de la colombe seulement, mais aussi sous celle du feu. Car, comme la colombe marque la simplicité, le feu représente l'ardeur du zèle. Ainsi l'Esprit-Saint s'est montré aux hommes sous la figure de l'un comme de l'autre, parce que tous ceux qui en sont remplis, en conservant la douceur et la simplicité de la colombe, ne laissent pas de s'embraser du zèle de la justice contre les pécheurs (Cf. Les morales de saint Grégoire, t. Ier, p. 48). "

8. Le même, Hom. XXX in Evangelia : " Le

Saint- Esprit n'a pas paru seulement sous forme de feu, mais aussi sous forme de p.205 fin p.206 début colombe, pour faire entendre qu'il rend tout à la fois simples et ardents tous ceux qu'il remplit : simples, par leur sincérité et leur pureté, et ardents par leur ferveur et leur zèle. Car la simplicité n'est pas plus agréable à Dieu sans le zèle que le zèle ne l'est sans la vertu de simplicité. C'est pourquoi la Vérité elle-même a dit dans l’Evangile : Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes (MATTH., X, 16). Sur quoi il faut remarquer que Notre-Seigneur n'a pas voulu que ses disciples imitassent la colombe, s'ils n'imitaient en même temps le serpent, ni qu'ils imitassent le serpent sans imiter en même temps la colombe, parce qu'il veut au contraire que la prudence et l'activité du serpent animent la simplicité de la colombe, et que la candeur et la simplicité de la colombe règle et tempère l'ardente activité du serpent. C'est ce qui a fait dire à saint Paul : Ne soyez pas enfants quant à l'esprit (I Cor., XIV, 20). Voila comment il parle de cette prudence du serpent, et voici maintenant comment, immédiatement après, il nous exhorte à imiter la simplicité de la colombe : Mais soyez enfants quant à faire le mal. C'est pour cela que l’Ecriture dit du bienheureux Job : C'était un homme simple et droit de cœur (Job, I, 1). Et en effet, qu'est-ce que la prudence et la droiture de cœur sans la simplicité et la bonté, et qu'est-ce que la simplicité sans la droiture ?

Puis donc que l'Esprit-Saint recommande tout à la fois et la droiture et la simplicité, c'est avec beaucoup de raison qu'il a apparu sous la forme de feu et sous celle d'une colombe, afin que tous les cœurs qui se rendent accessibles aux mouvements de sa grâce, sachent réunit le calme de la douceur avec l'ardeur ou le zèle de la justice (Cf. Les quarante homélies de saint Grégoire sur les évangiles, traduites par le duc de Luynes). "

9. S. PROSPER (Ou plutôt Julien Pomère véritable auteur de cet ouvrage. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 130), Lib. III de vitâ contemplativâ, c. 29 : " La plupart font consister la prudence et la sagesse dans la recherche et la possession de la vérité. Je crois en conséquence qu'on ne peut pas être vraiment sage sans prudence, pas plus qu'on ne peut être prudent sans sagesse. Si donc la prudence et la sagesse ne signifient pas autre chose que la recherche et la possession de la vérité, celui qui saura par sa prudence chercher la vérité et la trouver par sa sagesse, c'est celui-là qui méritera véritablement d'être appelé prudent et sage. J'ai mis en avant cette obser- p.206 fin p.207 début vation, afin qu'on regarde comme dit de la sagesse tout ce que je dirai de la prudence, attendu que ces deux vertus sont tellement unies et entrelacées l'une dans l'autre, que l'une sans l'autre ne saurait exister, la sagesse ne pouvant pas être imprudente, ni la prudence manquer de sagesse. Si donc toute la perfection de la vie humaine consiste dans la connaissance et dans l'action, prouvons maintenant que c'est la prudence qui nous procurera la connaissance des choses, comme nous avons déjà prouvé que le mérite de nos actions résulte de la perfection en nous des vertus de tempérance, de force et de justice. La connaissance des choses, telle que nous pouvons la puiser aux sources de la prudence, nous purifiera des vices de la chair, nous rendra de plus en plus spirituels, nous fera mépriser le vain plaisir que nous offrirait une curiosité nuisible à notre âme, nous enflammera du désir de contempler la vérité, et par la science que nous obtiendrons des choses divines et humaines, nous rendra vraiment sages et prudents, sages pour prévoir les maux qui nous menacent, et prudents pour les éviter ne nous faisant tenir pour de véritables maux, que ceux dont l'effet serait de nous rendre mauvais, et ne permettant pas que nous perdions jamais rien de notre sérénité et de notre paix intérieure, parce qu'elle nous a d'avance mis en garde contre tout ce qui pourrait nous troubler ; nous faisant faire entre les biens trompeurs et les biens solides un juste discernement, et recevoir tout ce qui peut nous arriver dans ce monde, non comme l'effet du hasard ou de l'injustice, mais comme celui de la volonté ou de la permission de Dieu ; instruire ou reprendre sagement ceux qui pensent autrement que nous ; comprendre que les maladies, les afflictions et tous les autres maux de cette vie mortelle, ne sont pas toujours la punition de péchés que nous aurions commis, mais souvent aussi le simple effet de notre mortalité et de la corruption qui a présidé à notre origine ; tirer parti des adversités pour l'acquisition des vertus de force et de patience, sachant bien que, loin d'être pour nous un signe de réprobation, elles ne sont qu'un moyen d'épreuve ; ne faire enfin aucun mal aux autres, et ne pas nous en laisser faire à nous-mêmes. Voilà ce que Notre-Seigneur a voulu que nous fassions, quand il a dit : Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes : car les hommes d'un caractère simple ne savent pas circonvenir leur prochain, et les hommes prudents ne se laissent pas non plus circonvenir eux-mêmes. Que celui donc qui dans les contrats qu'il fait, ou dans les discours qu'il p.307 fin p.308 début tient, ou enfin dans toute autre chose, ne souffre pas qu'on le trompe, mais qui se permet en même temps à lui-même de tromper les autres, sache qu'il n'a point la prudence, mais qu'il en a tout au plus le masque, la vraie prudence ne consistant pas à perdre, mais consistant plutôt à sauver. Car la vertu diffère du vice en ce que le vice corrompt ce qui était sain auparavant, et que la vertu guérit au contraire ce qui était auparavant corrompu ; et par conséquent, celui qui a véritablement la vertu de prudence s'empresse de se rendre utile à tous ceux à qui il peut l'être, pour avoir le mérite de les gagner à Dieu par ce moyen ; ou, s'il succombe à la pensée d'en perdre quelques-uns ou de se réjouir de leur malheur et de leur perte, c'est qu'avant de perdre les autres, il s'est perdu lui-même, une semblable volonté étant plus pernicieuse encore pour celui qui la conçoit que pour ceux dont il voudrait faire ses victimes. "

10. Ibidem, c. 50 : " Ceux donc qui ont une fois acquis la vertu de prudence, se trouvent rapprochés de Dieu, non sans doute par un déplacement matériel, mais bien par la sainteté de leur vie ; et tant qu'ils conserveront ce don tel qu'il leur est venu de Dieu, ils ne pourront se perdre, ni par l'effet de leur propre malice, ni par la malice des autres. Mais comme la prudence de l'homme ici-bas n'a pas encore la perfection qu'elle atteindra certainement dans la vie future, ou nous ne pourrons plus être sujets à aucune erreur, les hommes les plus prudents se laissent prendre quelquefois aux attraits séduisants du vice : non que leur volonté soit dépravée par cela seul, mais par l'effet d'une de ces erreurs ou il est si facile il l'homme de tomber, et parce qu'ils n'ont pas encore acquis la prudence et la sagesse dans la même perfection que lorsqu'ils seront dans le ciel, où l'ignorance, et par-là même le péché ne leur sera plus possible. "

Question IV

Que nous enseigne l’Ecriture au sujet de la vertu de justice ? C'est la justice qui élève les nations, qui affermit les trônes. Peu de biens, mais avec la justice, vaut mieux que de grands biens avec l'iniquité. Les devoirs que la justice peut nous imposer nous sont marqués par ces paroles de l’Apôtre : Rendez à chacun ce qui lui est dû ; le tribut, à qui vous devez le tribut ; les impôts à qui vous devez les impôts ; la crainte, à qui vous devez la crainte ; l'honneur, à qui vous devez l’honneur. Ils nous sont indiqués encore par p.208 fin p.209 début l'éloge que fait le Psalmiste de cet homme pratiquant la justice et par-là même bienheureux, qui ne s'est point servi de sa langue pour tromper ; qui n'a point fait de mal à son prochain ; qui n'a point écouté les calomnies intentées à ses frères ; qui ne trompe point son prochain dans les serments qu'il lui fait ; qui ne donne point son argent a usure, et n'accepte point les présents qui lui seraient offerts pour opprimer l'innocence. On voit sans peine par le peu que nous venons de dire, que nous prenons ici ce mot de justice dans un sens plus restreint que celui où nous le prenions plus haut, lorsqu'il ne s'agissait encore que d'établir les principes généraux de la justice chrétienne.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

3. Ibid., XXI, 15, 21 : " La joie du juste est de se conformer aux jugements de Dieu ; et c'est ce que redoutent ceux qui commettent l'iniquité. - Celui qui exerce la justice et la miséricorde trouvera la vie, la justice et la gloire. "

4. Ecclésiastique, IV, 33 : " Prenez la défense de la justice pour sauver votre âme ; combattez jusqu’à la mort pour la justice, et Dieu combattra pour vous et renversera vos ennemis. "

5. Proverbes, XVI, 8, 12-13 : " Peu de biens, avec la justice, vaut mieux que de grands biens avec l'iniquité. - Ceux qui agissent injustement sont abominables au roi, parce que la justice est l'affermissement du trône. - Les lèvres du juste sont les délices des rois ; celui qui parle avec équité sera aimé. "

9. Id., XVII, 23-26 : " Quand ils furent entrés à Capharnaüm, ceux qui reçoivent le tribut des deux drachmes vinrent à Pierre, et lui dirent : Votre maître ne paie-t-il pas le tribut ? - Il leur répondit : Oui. Et comme il entrait dans le logis, Jésus le prévint et lui dit : Simon, que vous en semble ? De qui les rois de la terre reçoivent-il les tributs et les impôts ? Est-ce de leurs propres enfants ou des étrangers ? - Des étrangers, répondit Pierre. Jésus lui dit : Les enfants en sont donc exempts. - Mais pour que nous évitions de les scandaliser, allez à la mer, et jetez-y votre ligne, et le premier poisson que vous tirerez de l'eau, prenez-le, ouvrez-lui la bouche ; vous y trouverez un statère que vous prendrez, et vous le leur donnerez pour moi et pour vous. "

10. LUC, II, 1-5 : " Or, il arriva en ces jours qu'il parut un édit de César-Auguste, pour qu'on fit le dénombrement des habitants de toute la terre. - Ce premier dénombrement se fit par Cyrinus, gouverneur de la Syrie. - Et tous allaient se faire enregistrer chacun dans la ville d'où il était. - Alors Joseph partit aussi de la ville de Nazareth, qui est en Galilée, et vint en Judée à la ville de David, appelée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, - pour se faire enregistrer avec Marie son épouse qui était enceinte. "

11. Id., III, 12-14 : " Or, les publicains vinrent aussi à lui pour se faire baptiser, et lui dirent : Maître, que nous faut-il faire ? - Il leur dit : N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné. - Les soldats aussi lui demandaient : Et nous, que devons-nous faire ? Il leur répondit : N'usez ni de violence ni de fraude envers qui que ce soit, et contentez-vous de votre paye. "

12. I Timothée, V, 17-18 : " Que les prêtres qui gouvernent bien soient doublement honorés, principalement ceux qui travaillent à la prédication de la parole et à l'instruction. - Car l’Ecriture dit : Vous ne lierez point la bouche au bœuf qui foule le grain. Et celui qui travaille est digne du prix de son travail. "

15. Exode, XXII, 25 : " Si vous prêtez de l'argent à ceux de mon peuple qui sont pauvres parmi vous, vous ne les presserez point comme un exacteur impitoyable, et vous ne les accablerez point par des usures. " p.210 fin p.211 début

16. Lévitique, XXV, 35-38 : " Si votre frère est devenu fort pauvre, et qu'il ne puisse plus travailler de ses mains, et si vous l'avez reçu comme un étranger venu d'ailleurs qui ait vécu avec vous, - ne prenez point d'intérêt de ce que vous lui avez prêté et ne tirez point de lui plus que vous ne lui avez donné. Craignez votre Dieu, afin que votre frère puisse vivre chez vous. - Vous ne lui donnerez point votre argent à usure, et vous n'exigerez point de lui plus de fruits qu'il n'en aura reçu de vous. - Je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ait tiré de l'Egypte, pour vous donner la terre de Chanaan, et pour être votre Dieu. "

17. Deutéronome, XXIII, 19-20 : " Vous ne prêterez à usure à votre frère ni argent, ni grain, ni autre chose que ce soit ; - mais seulement aux étrangers. - Vous prêterez à votre frère ce dont il aura besoin, sans en tirer aucun intérêt, afin que le Seigneur votre Dieu vous bénisse en tout ce que vous ferez dans le pays dont vous devez prendre possession. "

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