Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 165)
8. MATTHIEU, XI, 12 : " Or, depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume du ciel se prend par violence, et ce sont les violents qui l'emportent. "
9. LUC, XVI, 46 : " La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean ; depuis ce temps-là le royaume de Dieu est annoncé, et chacun peut faire violence pour y entrer. "
10. JACQUES, I, 12 ; comme dans le corps de la réponse.
Question III
Qu’y a-t-il principalement à observer sur cette doctrine des béatitudes ?
On doit observer, premièrement, qu'il y a entre elles des degrés distincts, comme l'indiquent, et leur nombre, et l'ordre même dans lequel elles sont énoncées.
Il est bon de remarquer ensuite que chacun de ces degrés renferme deux parties corrélatives dont l'une est l'acte ou le mérite de la vertu qui fait l'objet de cette béatitude, ou, pour mieux dire, la béatitude même de la vie présente ; l'autre est la récompense éternelle que mérite pour le ciel la pratique de cette vertu, et qu'on peut appeler par conséquent la béatitude de la vie future. Or, si la première de ces deux parties présente aux fidèles quelque chose de pénible et de difficile à pratiquer, la seconde, qui consiste dans la récompense offerte, et qui, à chacun de ces degrés, est donnée pour pendant à la première, leur offre de bien grandes consolations, et est bien propre à adoucir les peines, les travaux et les sueurs auxquels doivent s'attendre tous ceux qui veulent combattre au service de Jésus-Christ ; car il n'y aura de couronnés que ceux qui auront combattu selon la loi des combats ; chacun recevra son salaire à proportion de son travail, et ne recueillera que ce qu'il aura semé, comme l'enseigne dans tous ses écrits le Docteur des nations. C'est pourquoi Notre-Seigneur p.304 fin p.305 début Jésus-Christ, avant de se présenter comme un juge terrible à la vue de l'univers entier, nous invite, tous tant que nous sommes, à nous préparer à sa venue par cette puissante exhortation : Bientôt je viendrai, et j'ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres. Quiconque sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône. Béatitude souveraine et absolue, et qui durera toute l'éternité. Combien est fausse au contraire l'opinion que le monde se forme de la béatitude ou du bonheur ! et combien d'hommes sont dupes et victimes tout la fois de cette fausse opinion qu'ils s'en sont formés ! Car ceux que le monde considère comme heureux, ce sont les riches, les puissants du siècle, les hommes qui sont partout prônés, vantés, qui regorgent des biens de la fortune, qui vivent dans la mollesse et au sein des plaisirs. Mais Jésus-Christ dit au contraire : Malheur à tous ces heureux du monde ! Et Isaïe leur crie de sa voix libre et fière : O mon peuple, ceux qui vous disent heureux vous séduisent, et ils rompent le chemin par où vous devez marcher. Heureux donc est le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu, c'est-à-dire, dont la vie vertueuse et sainte est un perpétuel hommage rendu à son souverain maître.
p.305 fin p.306 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. Hébreux, X, 23 -27, 30-31, 33-37 : "
Demeurons fermes et inébranlables dans la profession que nous avons faite d'espérer ce qui nous a été promis, puisque celui qui nous en a fait la promesse est fidèle ; - et regardons-nous les uns les autres pour nous animer à la charité et aux bonnes œuvres, - ne nous éloignons point de nos assemblées comme quelques-uns ont accoutumé de faire, mais nous exhortant les uns les autres, d'autant plus que vous voyez que le jour approche. - Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y aura plus désormais de victime nouvelle à immoler pour nos péchés ; mais il ne nous restera plus qu'une attente terrible du jugement, et le feu vengeur destiné à dévorer les ennemis de Dieu. - La vengeance m'est réservée, et je saurai l'exercer, dit le Seigneur. Et ailleurs : Le Seigneur jugera son peuple. - C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. - Ne perdez donc pas la confiance que vous avez, et qui doit être suivie d'une grande récompense. - Car la patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous puissiez obtenir l'effet de ses promesses. - Encore un peu de temps, et celui qui doit venir viendra, et il ne tardera point. "
3. Actes, XVII, 30-31 : " Mais Dieu, voulant en finir avec ces temps d'ignorance, fait maintenant annoncer à tous les hommes, et en tous lieux, qu'ils fassent pénitence ; - parce qu'il a arrêté un jour ou il doit juger le monde selon la justice, par celui qu'il a destiné à en être le juge ; volonté dont il a donnée à tous les hommes une preuve certaine en le ressuscitant d'entre les morts. "
5. MATTHIEU, XIX, 28-29 : " Jésus leur répondit
: Je vous dis en vérité, que pour vous qui m'avez suivi, lorsqu'au temps de la régénération le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez assis aussi sur douze trônes, et que vous jugerez les douze tribus d'Israël. - Et quiconque aura quitté pour moi sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. " p.306 fin p.307 début
6. LUC, XXII, 28-30 : " Vous êtes toujours demeurés fermes avec moi dans mes tentations ; - et moi, en retour, je vous prépare une royauté comme mon Père m'a préparé la mienne ; - afin que vous mangiez et que vous buviez ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. "
7. Ecclésiaste, II, 1-11 : " J'ai dit en mon cœur : Allons, goûtons toutes sortes de délices, et jouissons des biens ; et j'ai reconnu que tout cela même n'était que vanité. - J'ai convaincu le rire de folie, et j'ai dit à la joie : Pourquoi me séduis-tu si vainement ? - J'ai pensé en moi-même que je ferais bien de retirer ma chair des plaisirs du vin, pour porter mon esprit à la sagesse et me garantir de la folie, jusqu’à ce que j'eusse reconnu ce qui est utile aux enfants, des hommes, et ce qu'ils doivent faire sous le soleil pendant les jours de leur vie. - J'ai élevé des ouvrages magnifiques ; j'ai bâti pour moi des maisons, et j'ai planté des vignes ; - j'ai fait des jardins et des vergers, et je les ai remplis d'arbres de toute espèce. - J'ai creusé des réservoirs, pour arroser les plants des jeunes arbres. - J'ai eu des serviteurs et des servantes, et un grand nombre d'esclaves nés dans ma maison, et de grands troupeaux de bœuf et de brebis, plus que n'en ont jamais eu tous ceux qui ont été avant moi dans Jérusalem. - J'ai entassé l'argent et l'or, les richesses des rois vaincus et des provinces ; je me suis procuré des musiciens et des musiciennes, tout ce qui fait les délices des enfants des hommes ; j'ai amassé des coupes et des vases pour verser le vin ; - et j'ai surpassé en richesses tous ceux qui ont été avant moi dans Jérusalem, et la sagesse est toujours demeurée avec moi. - Je n'ai rien refusé à mes yeux de tout ce qu'ils ont désiré ; j'ai permis à mon cœur de jouir de toutes sortes de plaisirs, et de prendre ses délices dans tout ce que j'avais préparé, et j'ai cru que mon partage était de jouir ainsi de mes travaux. - Mais tournant ensuite les yeux vers tous les ouvrages que mes mains avaient faits et tous les travaux auxquels j'avais pris une peine si inutile, j'ai reconnu qu'il n'y avait en tout cela que vanité et affliction d'esprit, et que rien n'est stable sous le soleil. "
8. Ibid., V, 9-10 : " L'avare n'aura jamais assez d'argent, et celui qui aime les richesses n'en recueillera point de fruits. Cela donc est encore vanité. - Là où sont de grandes richesses, là se portent beaucoup de personnes qui les dévorent. Et que p.307 fin p.308 début revient-il de plus à leur possesseur, que de voir des trésors devant ses yeux ? "
9. Id., XI, 8-10 : " Si un homme vit beaucoup d’années, et que pendant tout ce temps-là il soit dans la joie, il doit se souvenir de ce temps de ténèbres et de cette multitude de jours qui, une fois venus, convaincront de vanité tout le passé. - Réjouis-toi donc, jeune homme, en ta jeunesse ; que ton cœur soit dans l'allégresse tant que dure ton premier âge ; marche dans les voies que ton cœur préfère et où se complaisent tes yeux ; mais sache que pour toutes ces choses Dieu t'appellera en jugement. - Bannis la colère de ton cœur et le mal de ta chair ; car la jeunesse et le plaisir ne sont que vanités. "
10. Psaume CXLIII, 11, 17 : " Délivrez-moi et retirez-moi d'entre les mains des enfants de l'étrangers, dont la bouche profère le mensonge, et dont la droite est un instrument d'iniquité - Nos fils, disent-ils, sont comme de jeunes plantes dans la vigueur de leur jeunesse. - Nos filles égalent en beauté les sculptures qui ornent les angles d'un palais. - Nos greniers sont pleins, et regorgent de provisions. - Nos brebis multiplient par milliers, et leur multitude couvre nos places. - Nos bœufs sont gras et forts. - Nous n'avons ni à réparer les brèches de nos cœurs, ni à quitter nos foyers ; jamais nos places ne retentissent de cris d'alarme. - Heureux, dit-on, le peuple qui jouit de tous ces biens. Mais plus heureux le peuple qui a pour Dieu le Seigneur de toutes choses ! "
11. Sagesse, II, 1-9 : " Les impies ont dit dans l'égarement de leurs pensées : Le temps de notre vie est court et plein d'ennuis ; l'homme après sa mort n'a plus de biens à attendre, et on ne connaît personne qui soit revenu des enfers. - Car nous sommes nos de rien, et après la mort nous serons comme si nous n'avions jamais été. Le souffle de nos narines est une fumée et notre âme est comme une étincelle qui agite notre cœur. - Qu'elle vienne à s'éteindre, notre corps ne sera plus que poussière et notre esprit se dissipera comme un air léger, notre vie disparaîtra comme un nuage qui passe ; elle s'évanouira comme la nuée qui fuit aux rayons du soleil, et que sa chaleur fait tomber. - Notre nom s'oubliera avec le temps, sans qu'il reste aucun souvenir de nos actions parmi les hommes. - Car le temps de notre vie n'est qu'une ombre qui passe, et après la mort il n'y a plus de retour, le sceau est posé, et personne n'en revient. - Venez donc, jouissons des biens présents hâtons- p.308 fin p.309 début nous d'user des créatures pendant que nous sommes jeunes. - Enivrons-nous des vins les plus généreux ; parfumons-nous d'huile de senteur, et ne laissons point passer la fleur de l'âge. - Couronnons-nous de roses avant qu'elles se flétrissent, qu'il n'y ait point de prés où notre intempérance ne se signale. - Que nul d'entre nous ne soit étranger à nos plaisirs ; laissons partout des traces de nos voluptés, puisque c'est là notre sort et notre partage. "
12. LUC, VI, 24-26 : " Malheur à vous, riches, parce que vous avez votre consolation. - Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. - Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous serez réduits aux pleurs et aux larmes. - Malheur à vous lorsque les hommes vous applaudiront ; car c'est ainsi qu'en usaient leurs pères à l'égard des faux prophètes. "
13. ISAIE, V, 8-13, 18-24 : " Malheur à vous qui joignez maison à maison, et qui étendez vos champs sans mesure ! Voulez-vous donc être les seuls qui habitiez la terre ? - Mes oreilles ont tout entendu, dit le Seigneur des armées ; oui, je le jure, ces vastes palais seront laissés sans habitants. - Dix arpents de vigne ne rapporteront qu'une mesure ; la terre ne rendra plus que la dixième partie de la semence qu'on lui aura confiée. - Malheur à vous qui dès le matin vous plongez dans les excès de la table, et ne cherchez jusqu'au soir qu’à vous gorger de liqueurs qui mettent le feu dans vos entrailles ! - Le luth et la harpe, les flûtes et les tambours, et les vins de tous pays font l'ornement de vos festins ; vous ne considérez pas ce que le Seigneur peut faire, vous êtes sans souci par rapport aux œuvres de ses mains. - Mon peuple est sans intelligence, et c'est pourquoi il sera emmené captif : la faim consumera les plus grands d'Israël et tout le peuple périra dans les ardeurs d'une soif brûlante. - Malheur à vous qui traînez comme une chaîne une longue suite d'iniquités et comme les traits d'un char des péchés sans fin ; - vous qui dites : Qu'il se hâte, que ce qu'il doit faire arrive bientôt, afin que nous le voyions ; que les desseins du Saint d'Israël s'accomplissent au plus tôt, afin que nous, en reconnaissions la vérité.
- Malheur à vous qui appelez le mal un bien, et le bien un mal ; qui donnez aux ténèbres le nom de lumière et à la lumière le nom de ténèbres, qui faites passer pour doux ce qui est amer, et pour amer ce qui est doux! - Malheur à vous qui êtes sages vos propres yeux, et qui vous confiez dans votre prudence ! - Malheur à vous qui êtes p.309 fin p.310 début puissants à boire du vin, et vaillants à vous enivrer. - Qui pour des présents justifiez l'impie, et qui ravissez à l'innocent la justice de sa cause ! - C'est pourquoi, comme le chaume est dévoré par la flamme, ainsi ce peuple sera séché jusque dans ses racines, et ses rejetons seront réduits en poussière parce qu'il a foulé aux pieds la loi du Seigneur des armées et qu'il a blasphémé la parole du saint d'Israël, etc. "
14. Id., LXV, 12-14 : " Je vous ferai passer tous l'un après l'autre au fil de l'épée, parce que je vous ai appelés, et que vous n'avez point répondu ; j'ai parlé, et vous n'avez point entendu ; vous avez fait le mal devant mes yeux, et vous avez voulu tout ce que je ne voulais point. - C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur Dieu : Mes serviteurs mangeront, et vous souffrirez la faim ; mes serviteurs boiront, et vous souffrirez la soif. - Mes serviteurs se réjouiront, et vous serez couverts de confusion ; mes serviteurs feront entendre dans le ravissement de leurs cœurs des cantiques de louanges, et vous éclaterez en cris dans l'amertume de vos âmes, et en de tristes hurlements dans le déchirement de vos esprits. "
15. AMOS, VI, 1, 3-6 : " Malheur à vous qui vivez en Sion dans l'abondance de toutes choses ; qui mettez votre confiance dans la montagne de Samarie, grands qui êtes les chefs des peuples, qui entrez avec une pompe fastueuse dans les assemblées d'Israël ; vous qui êtes réservés pour le jour de l'affliction, et qui êtes à la veille d'être asservis à un roi barbare ; - qui dormez sur des lits d'ivoire, et vous étendez mollement sur votre couche ; qui mangez les agneaux les plus délicats et les génisses les plus grasses ; - qui accordez vos voix avec le son de la harpe, et qui croyez imiter David en vous servant comme lui d'instruments de musique ; - qui buvez le vin à pleines coupes, et vous parfumez des huiles de senteur les plus précieuses, et qui êtes insensibles à l'affliction de Joseph ! C'est pourquoi, etc. "
17. Psaume XXXII, 12 : " Heureuse la nation dont le Seigneur est le Dieu ; heureux le peuple qu'i la choisi pour son héritage. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AMBROISE, in caput VI Lucæ : " Venez,
Seigneur Jésus, enseignez-nous l'ordre et la suite de vos béatitudes. Car ce n'est pas au hasard que vous avez placé au premier rang des heureux p.310 fin p.311 début les pauvres d'esprit, au second ceux qui sont doux, au troisième ceux qui pleurent. . . "
" Votre divin maître vous mène jusqu'au bout, qui est le martyre ; c'est là qu'il vous montre la palme de ses béatitudes. Remarquez donc bien cet ordre qu'il suit. Il faut avant tout que vous soyez pauvres d'esprit : car l'humilité de l'esprit constitue les richesses de la vertu. Si vous n'êtes pas pauvre, vous ne pourrez être doux. Celui qui est doux est apte à pleurer sur les maux de la vie présente. Celui qui pleure sur les maux d'ici-bas est tout disposé à désirer un meilleur avenir. Celui qui recherche les biens d'en-haut, se défait sans peine de ceux d'ici-bas, pour trouver dans les premiers une juste indemnité. Celui qui fait miséricorde purifie son cœur en la faisant. Car qu'est-ce que purifier son âme, sinon la laver de ses souillures ? Et c'est l'aumône, comme nous l'enseignent les livres saints, qui délivre de la mort et qui efface les péchés (Tob., XII, 9). Vient ensuite la patience, qui perfectionne la charité. Enfin, celui qui souffre persécution, présente dans les adversités qu'il trouve au bout de sa carrière l'épreuve la plus sûr de sa vertu, et n'a plus qu'à attendre la couronne promise à tout athlète qui aura combattu avec constance. Quelques-uns veulent que ce soient là autant de degrés de vertus, par lesquels nous pouvons nous élever des moindres d'entre elles à celles dont le mérite est supérieur. "
" Enfin, de même qu'il y a gradation dans les vertus, il y en a aussi dans les récompenses. Car c'est bien plus grand d'être fils de Dieu, par exemple, que de posséder la terre ou que d'être consolé. Mais comme nous trouvons ici le royaume des cieux assigné pour récompense, et à la première béatitude, et à la dernière également, est-ce que la récompense doit être égale pour les commençants et pour les parfaits ? Ou n'y a-t-il pas là plutôt une instruction mystique, pour nous apprendre que le royaume des cieux promis comme le premier est celui auquel l'Apôtre fait allusion par ces paroles, Je désire d'être délivré des liens du corps et d’être avec Jésus-Christ (Philip., I, 23) ?
Voilà en effet le premier royaume qu'obtiendront les saints, lorsqu'ils seront emportés dans les nuées pour aller au-devant du Seigneur au milieu de l'air, (I Thess., IV, 16). Car la multitude de ceux qui sont morts ressuscitera un jour, les uns pour la vie éternelle, les autres pour un opprobre éternelle (DAN., XII, 2). Le premier royaume des cieux offert aux saints consistera donc pour eux à être délivrés des liens de leurs corps, et le second, à être avec Jésus-Christ p.311 fin p.312 début après leur résurrection. Dans ce royaume des cieux même, vous trouverez diverses demeures, plus élevées les unes que les autres ; car quoique ce soit le même royaume pour tous, tous cependant n'y apporteront pas des mérites égaux Après la résurrection, vous trouvant délivrés des liens de la mort, vous commencerez par entrer en possession de votre propre terre. Redevable de votre délivrance à la croix du Sauveur, si toutefois vous avez su vous soumettre à son joug, vous trouverez de la consolation dans cette mise en possession de la terre ; cette consolation vous donnera de la joie, et cette joie vous attirera le regard bienveillant de la divine miséricorde. Or, Dieu appelle celui à qui il fait miséricorde ; et celui qui est appelé tourne ses regards vers celui qui l'appelle ; celui qui est admis au bonheur de voir Dieu devient par-là même son fils d'adoption ; enfin, celui qui est enfant de Dieu doit entrer en héritage de tous les biens de son céleste royaume. C'est ainsi que le royaume de Dieu est à la fois pour ceux qui commencent, mais à un degré inférieur, et pour ceux qui ont atteint la perfection, mais au degré le plus élevé. Dans ce monde même, je vois beaucoup de gens qui appartiennent à l'empire romain ; mais n'est-il pas vrai que ceux-là ont une part plus abondante aux avantages de l'empire, qui approchent le plus près de la personne de l'empereur ? "
2. S. AUGUSTIN, in Ps. XXXII, conc. II : " Tous les hommes veulent être heureux, et leur dérèglement consiste en ce qu'ils veulent être méchants et en même temps n'être pas malheureux : et quoique la misère soit inséparable du désordre, leur perversité les porte non-seulement à vouloir être méchants sans pour cela être malheureux, ce qui n'est pas possible, mais de plus à vouloir être méchants pour ne pas devenir malheureux. Que veux-je dire par ces paroles : les hommes veulent être méchants pour ne pas devenir malheureux ? "
" Voici ce que je vous prie de considérer dans tous ceux qui font le mal, et qui veulent toujours être heureux. Un homme fait un larcin : vous en demandez la cause ? c'est la faim, c'est la nécessité, il se fait donc méchant pour ne pas devenir malheureux ; et c'est parce qu'il se fait méchant qu'il n'en devient que plus misérable. C'est donc pour éviter la misère et se procurer le bonheur, que les hommes se portent à tout ce qu'ils font, soit en bien, soit en mal : ce qui fait voir que toujours ils cherchent à être heureux. Qu'ils vivent bien ou qu'ils vivent mal, c'est toujours le bonheur qu'ils cherchent ; mais ce qu'ils p.312 fin p.313 début cherchent tous, tous ne l'obtiennent pas également.
Car tous veulent être heureux ; mais il n'y aura à l'être que ceux qui auront voulu être justes. Et voila qu'on veut être heureux pour se voir en état de faire le mal. D'où veut-on alors tirer son bonheur ? Des richesses, de l'argent, de l'or, de grandes possessions, de maisons magnifiques, du nombre des valets, d'une pompe toute séculière, des honneurs futiles et éphémères ; c'est en possédant quelque chose qu'on espère être heureux. Cherchez donc ce qu'il faut posséder pour l'être : car une fois heureux, vous voudrez mieux sans doute que tant que vous restez misérable ; et il est impossible que ce qui est moins que vous vous rende plus heureux que vous n'êtes. Vous êtes homme ; tous ces biens que vous souhaitez pour être heureux, sont au-dessous de vous. L'or, l'argent, et tous ces biens matériels dont vous ambitionnez l'acquisition, la possession, la jouissance, sont moins que ce que vous êtes. Vous êtes plus que tout cela, vous valez mieux que tout cela. Et en voulant être heureux, vous voulez devenir quelque chose de mieux que vous n'êtes, puisque vous vous trouvez malheureux. Car il vaut mieux certainement être heureux, que d’être malheureux. Vous voulez valoir mieux que vous ne valez maintenant, et vous allez pour y réussir à la recherche d'objets qui valent beaucoup moins que vous. Tout ce que vous rechercherez ici-bas est au-dessous de vous. Quels sont les souhaits ordinaires que les hommes font à leurs amis ? Quels sont les vœux qu'ils forment en leur faveur ? Puissiez-vous, leur disent-ils, aller toujours de mieux en mieux ; puisse l'amélioration de votre état mettre le comble à notre joie. En parlant de la sorte, on souhaite à son ami ce qu'on se souhaite à soi-même. "
" Recevez donc ce conseil d'ami. Vous voulez améliorer votre sort, je le sais ; c'est ce que nous savons et voulons tous. Cherchez donc à acquérir ce qui est meilleur que vous, pour devenir par sa possession meilleur que vous n'êtes. "
" Maintenant jetez vos regards sur le ciel et sur la terre : que toutes ces beautés corporelles ne captivent pas tellement votre admiration, que vous cherchiez à y trouver votre bonheur. Ce bonheur que vous cherchez est en vous-même. Vous voulez être heureux : cherchez en vous-même ce qu'il y a de meilleur, du plus capable de vous rendre heureux. Vous êtes composé de deux substances, qui sont l'âme et le corps ; mais votre âme valant mieux que votre corps, c'est elle aussi qui pourra l'améliorer le rendre meilleur ; et c'est le corps qui doit dépendre de l'âme. p.313 fin p.314 début C'est donc par votre âme que votre corps pourra devenir meilleur ; c'est parce que votre âme aura pratiqué la justice, que votre corps pourra devenir immortel. Car ce n'est que par la glorification de l'âme que le corps peut obtenir l'incorruptibilité, c'est par ce qu'il y a de plus noble en nous, que ce qui l'est moins peut être élevé en gloire. Si donc le bien de votre corps dépend de votre âme, parce qu'elle-même a plus de valeur que lui, lorsque vous cherchez votre véritable bien, cherchez ce qui a plus de valeur que votre âme. "
" Qu'est-ce que votre âme ? Prenez garde qu'en méprisant votre âme, en la prenant pour quelque chose de vil et d'abject, vous ne vous attachiez à des choses plus viles qu'elle, comme si ces choses pouvaient la rendre heureuse. Dans votre âme est l'image de Dieu : l'esprit de l'homme est capable de cette divine image. Il l'a reçue mais en se dégradant à commettre le péché, il l'a toute défigurée. Pour la remettre en état, celui-là même est venu qui l'avait d'abord formée :
car c'est par le Verbe que tout a été fait (JEAN, I, 3), et c'est par le Verbe aussi que cette divine image a été imprimée en nous. Le Verbe lui-même est venu, pour nous dire par son apôtre (Rom., XII, 2) : Qu'il se fasse en vous une transformation par le renouvellement de l'esprit. Il ne nous reste donc maintenant qu’à chercher quelle est la chose dont la valeur surpasse celle de votre âme. Mais cette chose que peut-elle être, si ce n'est Dieu ? Vous ne trouvez rien dans toutes les choses créées qui surpasse en valeur celle de votre âme, puisque, lorsqu'elle aura sa dernière perfection, elle sera égale aux anges. Mais au-dessus des anges il n'y a que le Créateur. Elevez-vous vers lui. N'allez pas vous décourager ; gardez-vous de dire : C'est beaucoup pour moi. Il est peut-être plus difficile pour vous d'obtenir cet or que vous convoitez. Quelque désir que vous ayez de l'obtenir, vous pourrez n'y parvenir jamais ; au lieu que pour posséder Dieu, il vous suffira de le vouloir. Vous ne pensiez pas encore à lui, et il est venu à vous ; votre volonté vous éloignait de lui, et il vous a appelé, vous vous êtes alors tourné vers lui, et il a fait entrer la crainte dans votre âme ; frappé de terreur, vous lui avez confessé vos offenses, et il vous a consolé. Celui qui vous a donné tout jusqu'à l'existence, qui fait luire le soleil, tomber la pluie, mûrir les moissons, sourdir l'eau des fontaines pour votre bien et celui de vos semblables, quelque méchants même qu'ils puissent être, qui leur donne comme à vous la vie, la santé, tant d'autres p.314 fin p.315 début biens, vous en réserve un autre qu'il ne veut donner qu'à vous. Et quel est ce bien qu'il vous réserve, sinon lui-même ? Demandez, si vous le pouvez, quelque chose de plus grand. Dieu se réserve lui-même à vous. Avare, pourquoi cherchez-vous dans le ciel ou sur la terre de quoi satisfaire votre avarice ? Celui qui a lait le ciel et la terre vaut mieux que tout ce qu'il a fait ; et c'est lui que vous êtes appelé à voir, que vous êtes destiné à posséder. Vous voyez une propriété, et vous aspirez aussitôt à en devenir le possesseur ; vous dites : Qu'il est heureux celui à qui appartient cette propriété. Combien d'autres tiennent le même langage en voyant cette même propriété. Ils peuvent soupirer pour l'avoir, s'agiter pour l'avoir ; en deviennent-ils pour cela les possesseurs ? C'est la cupidité en eux qui parle, l'iniquité qui rie ; mais vous ne devez pas désirer le bien de votre prochain (Deut., V, 21). Vous dites : Heureux celui à qui est cette propriété, cette maison, ce champ.
Faites taire l'iniquité et écoutez la vérité.
"
" Heureuse est la nation dont. . . Vous savez déjà ce que je veux dire. Désirez-le donc afin de le posséder, et c'est alors seulement vous serez heureux. Il n'y aura que cela qui puisse vous rendre contents ; cela seul qui est plus que vous pourra vous élever au-dessus de vous-mêmes. Ce qui est plus que vous, c'est Dieu, c'est celui qui vous a fait. Heureuse est la nation dont le Seigneur est le Dieu. C'est là ce qu'il vous faut aimer, ce qu'il vous faut posséder ; et vous n'avez qu'à le vouloir, et vous le posséderez par-là même sans qu'il vous en coûte d'argent pour en acquérir la possession (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. Ier, p. 553-557). "
5. Le même, in Ps. CXVIII : " Ce psaume, dès le premier mot, nous invite au bonheur, qui est ce que tout le monde désire. Car peut-il se trouver, et y a-t-il jamais eu, ou y aura-t-il jamais quelqu'un qui ne désire pas d'être heureux ? Pourquoi donc exhorter ici à une chose à laquelle chacun est assez porté de soi-même ? On n'exhorte que pour exciter la volonté. Pourquoi donc se mettre en peine de nous faire vouloir ce que nous ne pouvons pas nous empêcher de vouloir, sinon parce que, encore bien qu'il soit vrai que tous soupirent après le bonheur, il y en a beaucoup néanmoins qui ne savent pas le moyen d'y parvenir ? C'est ce que veut nous enseigner le Psalmiste, quand il dit : Heureux ceux qui sont purs et sans tache dans la voie (Ps. CXVIII, 1) qu'ils ont p.315 fin p.316 début à suivre. C'est comme s'il vous disait : Je sais ce que vous voulez ; vous désirez d'être heureux. Si donc vous voulez l'être, conservez-vous sans tache. Tous veulent être heureux ; mais il en est peu qui veuillent cette pureté de vie sans laquelle cependant on n'arrive point au bonheur. On ne peut être pur et sans tache que dans la voie : et cette voie, c'est la loi du Seigneur. Aussi n'est-ce pas sans sujet que l'on vous dit : Heureux ceux qui sont purs et sans tache dans la voie, qui marchent dans la loi du Seigneur. Cette exhortation nous était nécessaire. On nous fait voir ainsi, malgré l'indifférence que montrent à cet égard tant de gens, quel bonheur c'est que de marcher pur et sans tache dans la voie, qui est la loi du Seigneur. Qu'on fasse donc pour être heureux, comme tout le monde le désire, ce que beaucoup pourtant refusent de faire. C'est un si grand bien que d'être heureux, que tous, bons et méchants, le désirent et le veulent. Et ce n'est pas merveille que les bons fassent le bien en vue d'être heureux ; mais ce qui doit donner, c'est que les méchants fassent le mal également en vue de l'être. Un voluptueux, un homme perdu de débauche, ne s'abandonne à ses infâmes plaisirs que pour y trouver une espèce de félicité, et il se croit malheureux lorsqu'il ne peut posséder ce plaisir brutal ; au lieu qu'il ne craint pas de se dire le plus heureux des mortels, s'il peut en obtenir la jouissance. Un avare n'amasse du bien, et souvent par les voies les plus criminelles, que pour être heureux. Un vindicatif, qui veut à quelque prix que ce soit répandre le sang de ses ennemis ; un ambitieux, qui aspire avec tant d'ardeur à dominer sur les autres ; un envieux, qui aime à se repaître de la misère d'autrui ; un homme de sang, qui ne songe qu'été assouvir sa cruauté, tous ceux-là cherchent dans leurs crimes, quels qu'ils soient, une sorte de bonheur. Ce sont donc ces esprits égarés, ce sont ces aveugles qui prétendent trouver le bonheur dans ce qui n'est que misère, qui sont invités à rentrer dans la voie par ce divin avertissement : Heureux ceux qui sont purs et sans tache dans la voie, qui marchent dans la loi du Seigneur. Comme si le Prophète leur disait : Ou allez-vous insensés, vous courez sans le savoir a là mort. Ce n'est pas par le chemin que vous suivez, que vous parviendrez là où vous voulez parvenir. Car sans doute vous désirez d'être heureux ; mais le chemin où vous vous précipitez avec tant d'ardeur est plein de misère, et conduit à une misère plus grande encore. Ce n'est pas par le chemin du mal que vous parviendrez été obtenir un si grand bien.
Si vous désirez vraiment p.316 fin p.317 début d'être heureux, venez de ce côté, entrez dans cette voie. Renoncez à toutes ces voies perverses, à vous qui ne pouvez faire autrement que de vouloir votre bonheur. C'est en vain que vous vous fatiguez pour atteindre un but où vous ne trouveriez que corruption. On ne vous dit pas : Heureux ceux qui s'égarent dans les sentiers du vice, qui marchent dans les voies corrompues du siècle ; mais on vous dit : Heureux ceux qui sont purs et sans tache dans la voie, qui marchent dans la loi du Seigneur. "
Le même, sur le verset 3 du même psaume :
" Comment donc sont heureux ceux qui examinent avec soin les ordonnances de Dieu, puisque les impies eux-mêmes peuvent aussi les examiner ? Quel est l'homme, si impie qu'on le suppose, qui ose dire que les impies sont heureux ? Ils ne sont donc heureux qu'en espérance comme l’Evangile appelle heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, non à cause des maux présents qu'ils souffrent, mais à cause du royaume du ciel qui en sera la suite, Parce que le royaume des cieux est à eux. On appelle de même heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, non à cause de cette faim et de cette soif qu'ils endurent présentement mais à cause de ce qui en sera la suite : Parce qu'ils seront rassasiés ;
comme on appelle encore heureux ceux qui pleurent, non parce qu'ils pleurent, mais à cause de ce qui viendra après : Parce qu'ils seront dans les ris. C'est de la même manière que l'on dit ici : Heureux ceux qui examinent avec soin ses ordonnances et qui le cherchent de tout leur cœur, non parce qu'ils sont actuellement occupés de cette recherche, mais parce qu'ils trouveront plus tard ce qui en est l'objet. Car ils ne le cherchent pas avec froideur et négligence, mais de tout leur cœur (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 137-142 "
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CHAPITRE V. DES CONSEILS EVANGELIQUES.
Question I
Qu’appelle-t-on conseils évangéliques ?
On appelle conseils évangéliques les pratiques qui, sans être précisément nécessaire à notre salut, nous sont cependant suggérés et conseillés par Jésus-Christ comme autant de moyens de nous sauver plus sûrement et avec moins de peine.
Il faut donc retenir avec soin la distinction que l'Ecriture établit entre les préceptes et les conseils, et entendre par ceux-là les choses dont l'observation est rigoureusement nécessaires et par ceux-ci les choses qu'on est libre d'omettre, quoiqu'on soit invité à les observer comme favorables à la parfaite observation des préceptes mêmes. C'est ce qui faisait dire à l’Apôtre, proposant aux fidèles la pratique du célibat : Quant aux vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur, mais voici le conseil que je donné comme étant fidèle ministre du Seigneur, par la miséricorde qu'il m'en a faite.
A cela revient ce que dit saint Augustin avec tant de précision : " Autre chose est le conseil, autre chose le précepte. Il y a conseil de garder la virginité, de s'abstenir de vin et de viandes, de vendre tous ses biens et d'en donner le prix aux pauvres ; mais il y a précepte pour chacun d'observer la justice, de se détourner du mal et de faire le bien. " Saint Augustin a dit encore : " Celui qui, se rendant à l'invitation de la grâce, aura fait volontiers ce qui n'est que de conseil, n'en aura que plus de gloire ; mais celui qui n'aura pas accompli ce qui est de précepte ne pourra échapper au châtiment, s'il ne le prévient par le repentir. "
Saint Ambroise n'enseigne pas autre chose que saint Augustin, lorsqu'il dit : " On ne fait pas un précepte de ce qui est au-dessus de la loi ; mais on se contente d'en donner le conseil, en faisant voir la sûreté qui se trouve dans sa pratique. " Saint Ambroise dit encore : " Le conseil invite, mais laisse libre ; le précepte commande, et s'impose à la volonté. " p.318 fin p.319 début Saint Jérôme n'avait pas non plus une autre doctrine, comme le font bien voir les paroles suivantes de ce saint : " Le conseil laisse maître de le suivre ou de ne le suivre pas celui à qui il est donné ; le précepte ôte cette liberté et fait à celui à qui il s'impose une nécessité d'obéir. Mais, ajoute dans un autre endroit le saint docteur, il y a plus de mérite à faire ce qu'on fait de son plein gré et sans y être obligé. "
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. I Corinthiens, VII, 25-40 : " Quant aux vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur ; mais voici le conseil que je donne, etc. - Cependant elle sera plus heureuse si elle demeure veuve, comme je le lui conseille. "
4. LUC, X, 38 : " Le lendemain, il tira deux deniers, qu'il donna à l'hôte et lui dit : Ayez soin de cet homme ; et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour. "
5. I Corinthiens, IX, 11-19 : " Si nous avons semé en vous des biens spirituels, est-ce trop que nous recueillions un peu de vos biens temporels ? - Si d'autres usent de ce pouvoir à votre égard, pourquoi n'en userions-nous pas plutôt qu'eux ? Cependant p.319 fin p.320 début nous n'avons point usé de ce pouvoir, et nous souffrons au contraire toutes sortes d'incommodités pour n'apporter aucun obstacle à l'Evangile de Jésus-Christ. - Ne savez-vous pas que les ministres du temple mangent ce qui est offert dans le temple, et que ceux qui servent à l'autel ont part aux oblations de l'autel ? - Ainsi le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent l’Evangile vivent de l’Evangile. Pour moi, néanmoins, je n'ai usé d'aucun de ces droits ; et, maintenant encore, je ne vous écris point ceci afin qu'on en use ainsi envers moi, puisque j'aimerais mieux mourir que de souffrir que quelqu'un me fit perdre cette gloire.
Car si je prêche l'Evangile, ce n'est point pour moi un sujet de gloire, puisque je suis obligé nécessairement à ce ministère ; et malheur à moi si je ne prêche pas l'Evangile. Si je fais cette œuvre de bon cœur, j'en aurai la récompense ; mais si je ne la fais qu’à regret, je n'aurai d'autre mérite que de m'acquitter de l'emploi qui m'a été confié.
- En quoi trouverai-je donc un sujet de récompense ? En prêchant de telle sorte l’Evangile, que je le prêche gratuitement, sans user du droit que j'ai dans la prédication de l’Evangile. C'est pour cela qu'étant libre à l'égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, pour gagner à Dieu plus de monde. "
6. MATTHIEU, XXVI, 6-8, 10-13 : " Or, comme Jésus-Christ était à Béthanie en la maison de Simon le Lépreux, - une femme vint à lui avec un vase d'albâtre plein d'un parfum de grand prix, qu'elle lui répandit sur la tête lorsqu'il était à table. - Ce que ses disciples voyant, etc. Mais Jésus sachant ce qu'ils disaient, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Ce qu'elle vient de faire pour moi est une bonne œuvre. Car vous aurez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m'aurez pas toujours. Et lorsqu'elle a répandu ce parfum sur mon corps, elle l'a fait en vue de ma sépulture. - Je vous le dis en vérité : Partout ou sera prêché cet Evangile dans tout le monde, on racontera à la louange de cette femme ce qu'elle vient de faire. "
7. MARC, XIV, 6-9 : " Mais Jésus leur dit : Laissez-la faire : pourquoi lui causez-vous de la peine ? Elle vient de faire à mon égard une bonne œuvre. Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet Evangile dans tout le monde, on racontera à la louange de cette femme ce qu'elle vient de faire. "
8. I Rois, VIII, 17-18 : " Mon père avait voulu bâtir une maison au nom du Seigneur Dieu d'Israël ; - mais le Seigneur p.320 fin p.321 début dit à David mon père : Quand vous avez formé dans votre cœur le dessein de bâtir une maison à la gloire de mon nom, vous avez bien fait de former en vous-même cette pensée. "
9. Genèse, VIII, 20-21 : " Or, Noé dressa un autel au Seigneur ; et prenant de tous les animaux et de tous les oiseaux purs, il les lui offrit en holocauste sur cet autel. Et l'odeur en fut agréable au Seigneur, et il dit : Je ne répandrai plus ma malédiction sur la terre à cause des hommes. " 10, Nombres, VI, 1-3 : " Le Seigneur parla encore à Moïse et lui dit : Parlez aux enfants d'Israël et dites-leur : Lorsqu'un homme ou une femme auront fait vœu de se sanctifier, et qu'ils auront voulu se consacrer au Seigneur, ils s'abstiendront de vin et de tout ce qui peut enivrer ; ils ne boiront point de vinaigre fait de vin, ou de tout autre breuvage, ni rien de ce qui se tire des raisins. Ils ne mangeront point de raisins nouvellement cueillis, ni de raisins secs. "
1. S. AUGUSTIN, Serm. LXI de tempore (Le style de ce sermon fait voir qu'il n'est pas de saint Augustin. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 105) : " Autre chose est un conseil, autre chose un précepte, c'est une chose de conseil, par exemple, que de garder la virginité, comme de s'interdire l'usage du vin et de la viande, de vendre tout ce qu'on a et d'en donner le prix aux pauvres. Ce sont des choses de préceptes au contraire que d'observer la justice, de s'éloigne de ce qui est mal et de faire ce qui est bien. Enfin, voici ce que l’Evangile nous dit de la virginité : Que celui qui peut le comprendre le comprenne (MATTH., XIX, 12). Mais pour ce qui regarde la justice, l'Evangile ne dit pas : Que celui qui peut comprendre comprenne ; l'Evangile dit : Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu (MATTH., VII, 19). Celui qui aura fait volontiers ce qui ne lui aura été que conseillé n'en aura que plus de gloire ; celui qui n'aura pas accompli ce qui est de précepte et qui n'aura pas fait pénitence de sa négligence ne pourra, échapper au châtiment. "
2. S. AUGUSTIN, Enchirid ad Laurentium, c. 121
(al. 34,32) : " Tous les commandements que Dieu fait aux hommes, celui-ci, par exemple : Vous ne commettrez point d,'adultère (Exod., XX, 14) ; tout ce qu'il propose comme conseil sans en faire une loi, p.321 fin p.322 début comme lorsqu'il est dit qu'il est avantageux à l'homme de n'avoir point de femme (I Cor., VII, 4) ; tout cela est bien fait, quand on le rapporte à l'amour de Dieu, et à l'amour du prochain pour Dieu, et dans cette vie et dans l'autre (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 477). "
3. Le même, Lib. I de adulterinis conjugiis ad
Pollentium, c. 14 : " Il y a bien des choses qui doivent se faire, non par motif d'obéissance à la loi, mais par le libre mouvement de l'amour ; et ce que nous faisons ainsi sans que rien nous y oblige et de notre plein gré a beaucoup plus de mérite devant Dieu.
De là vient que le Sauveur, après avoir fait voir qu'il n'était point obligé de payer le tribut, l'a payé cependant (MATTH., XVII, 26), pour ne pas scandaliser ceux pour le salut desquels il s'était revêtu de notre nature. Nous voyons de plus par la manière dont l'Apôtre nous parle de ces sortes de bonnes œuvres combien elles ont de prix à ses yeux, lorsqu'il dit : Etant libre à l'égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, pour gagner à Dieu plus de monde (I Cor., IX, 19). Un peu plus haut, il avait dit : N'avons-nous pas droit d'être nourris à vos dépens ? N'avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme qui soit notre sœur en Jésus-Christ, comme font les autres apôtres, et les frères de Notre-Seigneur, et Céphas ? Serions-nous donc seuls, Barnabé et moi, qui n'aurions pas le pouvoir d'agir de cette manière ? Qui est-ce qui va jamais à la guerre à ses propres dépenses ? Qui est-ce qui plante de la vigne et n'en mange point du fruit ? ou qui est celui qui mène paître un troupeau et qui n'en mange point du lait (I Cor., IX, 4 et suiv.), etc.? Il dit de même ailleurs, au sujet des aliments : Tout m'est permis, mais tout ne me convient pas. Tout m'est permis, mais je ne me rendrai point esclave de qui que ce soit. Les viandes sont pour le ventre, et le ventre est pour les viandes, et un jour Dieu détruira l'un et l'autre (I Cor., VI, 12-13). Il dit encore ailleurs à ce même sujet : Tout m'est permis, mais tout ne m'est pas expédient. Tout m'est permis, mais tout n'édifie pas. Que personne ne cherche sa propre satisfaction, mais plutôt le bien des autres (I Cor., X, 22 et s.). Et pour faire voir de quoi il voulait parler, il ajoute : Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous enquérir d’où cela vient par un scrupule de conscience. Et cependant il dit ailleurs : Je préférerai ne manger jamais de chair en toute ma vie, pour ne pas scandaliser mon frère (I Cor., VIII, 13). Et ailleurs encore : Ce n'est pas que toutes les viandes ne soient pures ;
p.322 fin p.323 début mais un homme fait mal d'en manger, lorsqu'on le faisant il scandalise les autres (Rom., XIV, 20). Dire, Tout m'est permis, c'est la même chose que de dire : Toutes les viandes sont pures. Et ajouter, Mais tout n'est pas expédient, c'est la même chose qu'ajouter, Mais un homme fait mal d'en manger, lorsqu'en le faisant il scandalise son frère. Il nous montre par ces paroles que les choses permises en elles-mêmes, c'est-à-dire qui ne nous sont défendues par aucun précepte divin, doivent se faire ou s'omettre suivant l'avantage qui peut s'y trouver, non en vertu d'une loi formelle qui en fasse un devoir, mais en vertu de ce que conseille la charité. C'est ce qui nous est figuré par ce surplus de dépenses que promet de rendre à son retour à l'hôte à qui il vient de remettre son homme blessé le charitable Samaritain, après que sa compassion pour cet homme le lui a fait apporter dans l'hôtellerie. C'est pour cela que nous disons que ces sortes de choses ne nous sont pas prescrites par la loi divine, quoique le Seigneur nous engage à les faire pour l'amour de lui, nous faisant comprendre par-là qu'elles lui sont d'autant plus agréables que l'offrande en est plus volontaire. "