Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 166)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

4. Le même, Lib. de sanctâ virginitate, c. 14 : " Quant à ce qui regarde les vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur. Car ne pas obtempérer à un commandement, c'est se rendre punissable. Comme donc il n'y a point de péché à se marier, puisque s'il y avait péché à cela, il y aurait un commandement qui en ferait la défense, il n'y a pas non plus de commandement qui oblige à la virginité. Mais comme la fuite ou l'expiation du péché doit amener à sa suite la vie éternelle, dans laquelle il y aura une gloire particulière réservée, non à tous les bienheureux, mais seulement à quelques-uns, qui pour l'obtenir ne devront pas s'être contentés de s'affranchir des liens du péché, mais avoir fait de plus à leur Sauveur quelque vœu excellent, qu'ils auraient pu sans crime s'abstenir de faire, mais qu'ils n'ont pu faire ni surtout acquitter sans mérite. Voici, ajoute l'Apôtre, le conseil que je donne, comme ayant obtenu de la miséricorde du Seigneur, la grâce d'être son ministre fidèle. Car je ne dois pas envier à ces personnes un conseil fidèle que je puis leur donner, moi qui ne dois pas à mes propres mérites, mais seulement à la miséricorde de Dieu la fidélité que je lui garde maintenant. Je crois donc qu'il est avantageux, à cause des nécessités de la vie présente. . . . . C'est-à-dire, pour ces personnes au sujet desquelles je n'ai pas reçu de commandement du Seigneur, mais p.323 fin p.324 début seulement un conseil à leur donner ; en un mot, pour ce qui concerne les vierges, je crois qu'il leur est avantageux à cause des nécessités de la vie présente. Car je sais la nécessité qu'engendre la vie présente pour les personnes mariées de moins s'occuper du soin des choses du Seigneur, qu'il ne leur faudrait le faire pour pouvoir prétendre à cette gloire particulière qui ne sera pas le partage de tous, ni même de tous ceux qui habiteront un jour la patrie céleste : car entre les étoiles l'une est plus éclatante que l'autre (I Cor., XV, 41). Il est donc avantageux à l’homme de ne pas se marier. "

5. Le même, Lib. II quæstionum evangelicarum, c. 19 : " L'hôtellerie (LUC, X, 34), c'est l’Eglise, ou les voyageurs peuvent réparer leurs forces pour continuer leur route vers la céleste patrie. Le lendemain dont il est question, c'est le temps qui s'écoule depuis que Notre-Seigneur est ressuscité. Les deux deniers, c'est le double précepte de la charité que les apôtres ont reçu, quand le Saint- Esprit leur a été donné, pour le promulguer chez toutes les nations ; ou bien encore, ce sont les biens promis, tant pour la vie présente que pour la vie future. Car Jésus-Christ a promis ces deux sortes de biens à quiconque quittera tout pour le suivre : Il recevra, a-t-il dit, dans le siècle présent, cent fois autant ; et dans le siècle à venir, la vie éternelle. L’hôtelier enfin, ce sont les apôtres. Ce que le Samaritain promet en sus de ce qu'il donne, c'est, ou un conseil tel que celui-ci : Pour ce qui regarde les vierges, je n'ai point reçut de commandement du Seigneur, mais voici le conseil que je leur donne : ou bien la peine que prend l'Apôtre de travailler de ses propres mains, pour n'être pas à charge à de nouveaux convertis peu affermis encore dans la foi, quoiqu'il eût le droit de vivre de l'Evangile qu'il leur prêchait. "

6. S. PAULIN de Nole, Epist IV ad Severam Sulpitium

: " Ce Samaritain, touché de compassion pour l'homme maltraité de coups à qui n'avaient pas même fait attention ceux qui avaient passé avant lui, s'approcha de lui, et le mit sur son cheval, c'est-à-dire qu'il s'unit l'humanité par son incarnation ; et l'ayant recommandé à l'hôtelier, qui représente certainement le maître des nations, pour répandre dans ses plaies l'huile de sa grâce et le vin de la passion qu'il a soufferte, il donna a l'hôtelier deux deniers, c'est-à-dire les deux testaments, pour salaire ; il guérit son malade, et promit de plus à celui qui l'avait secondé dans cette guérison des grâces abondantes et d'innombrables cou- p.324 fin p.325 début ronnes pour récompense s'il voulait en outre cueillir les fruits précieux de la virginité ; car ce conseil ajouté au précepte est ce qui nous est représenté par ce que le Samaritain promit à l'hôtelier de lui donner par surcroît à son retour. "

7. S. CYPRIEN, Serm. de.civitate Christi (Il est reconnu aujourd'hui que ce sermon n'est pas de saint Cyprien. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. IV) : " Quant à ce qui regarde les vierges, dit l’Apôtre, je n'ai pas reçu de commandement du Seigneur ; mais voici le conseil que je leur donne, comme ayant reçu de la miséricorde du Seigneur la grâce d'être son ministre fidèle. L'Apôtre demande, en vertu de l'ordre qu'en a fait le Seigneur, que les personnes mariées demeurent dans cet état ; mais quant aux vierges de Dieu, qu'elles offrent à Jésus-Christ, par surcroît de vertu, la parfaite chasteté de leur corps.

Que, de cette manière, tout ce qui a été défini par l'autorité divine demeure immuable, et que, quant aux choses laissées au choix du libre arbitre, on se détermine de préférence pour ce qu'il y a de mieux. Car, quoique le mariage soit bon et qu'il ait Dieu pour auteur, la continence vaut cependant mieux que le mariage, et la virginité est un état plus parfait encore : état dont le choix n'est ni l'effet de la nécessité, ni un acte d'obéissance mais une simple déférence à un conseil de perfection. Mais si ce conseil divin rencontre un obstacle dans des tentations qui enchaînent la liberté de l'âme et l'exposent à la tyrannie des appétits charnels, Dieu est là avec la puissance de sa grâce, et l'homme n'a point à mettre son espérance dans l'homme, ni à s'appuyer sur un bras de chair, c'est-à-dire sur ses propres forces ; il suffit que celui qui a vaincu le monde promette la victoire à ceux qui combattent à son service, et qui, vainqueurs d'eux-mêmes, font violence au ciel ; car il est écrit : Le royaume du ciel souffre violence, et ce sont ceux qui lui font violence qui l'obtiennent. "

8. S. AMBROISE, Epist. LXXXII (al. 63) ad Vercellensem

Ecclesiam, n. 35 : " Avec quel respect le saint apôtre n'a-t-il pas parlé de la virginité ? Je n'ai point, dit-il, de commandement du Seigneur, mais voici le conseil que je cous donne comme ayant obtenu miséricorde du Seigneur (I Cor., VII, 25). Il n'a point de commandement à faire ; il a un conseil à donner. Car on ne commande point ce qui est au-dessus de la loi, mais on le persuade par des conseils et des exhortations. On n'use pas ici p.325 fin p.326 début d'autorité ; on se contente de montrer les avantages : et celui qui les montre n'est pas un homme ordinaire ; c'est celui qui s'est rendu digne de la miséricorde du Seigneur. Les conseils donc de ces moines apostats (Sarmation et Barbatien) sont-ils meilleurs que ceux des apôtres ? Saint Paul dit : Je vous donne un conseil ; et ils croient qu'ils peuvent dissuader toutes les filles d'embrasser la virginité. "

Ibidem, n. 38 : " . . . . . Le conseil qui nous porte à embrasser la virginité est donc bon et utile ; mais ce serait tendre un piège que d'en faire un précepte. Le conseil invite ceux qui ont une bonne volonté ; le précepte impose une obligation à ceux mêmes qui n'en ont pas le désir.

Si quelque fille donc suit ce conseil, et qu'elle ne s'en repente pas, elle en éprouvera l'utilité ; mais si quelqu'une se repent de l'avoir suivi, elle ne saurait se plaindre de l’Apôtre ; car elle a dû, avant son engagement, juger elle-même de sa faiblesse, et elle ne doit accuser que sa propre volonté, qui l'a serrée d'un lien trop fort et d'un fardeau plus pesant qu'elle n'en pouvait porter. "

Ibidem, n. 39 : " Ainsi l'Apôtre, comme un excellent médecin qui désire conserver aux tempéraments robustes toute leur force, et procurer au moins la santé aux faibles, donne aux uns des conseils et présente aux autres un remède.

Que celui, dit-il, qui est faible mange des légumes (Rom., XIV, 8), qu'il se marie ; que celui qui est plus fort demande un aliment plus solide, qu'il tende à une plus haute vertu. Et il ajoute avec raison : Celui qui, n'étant engagé par aucune nécessité, et se trouvant pleinement le maître de faire ce qu'il voudra, prend une ferme résolution dans son cœur et juge en lui-même qu'il doit conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre. Ainsi celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie pas fait encore mieux. La femme est liée par la loi du mariage tant que son mari est vivant ; mais si son mari meurt, elle est libre. Qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur. Mais elle sera plus heureuse si elle demeura veuve, comme je le lui conseille, et je crois que j'ai en cela l’esprit de Dieu. C'est donner un conseil qui vient de l'esprit de Dieu, que de tout examiner avec soin, d'exhorter à ce qu'il y a de plus parfait, et d'indiquer ce qu'il y a de plus sûr. "

Ibidem, n. 40 : " Ce sage guide montre plusieurs chemins, en laissant à chacun la liberté de suivre celui qui lui plaira et lui conviendra le mieux, pourvu que tous aboutissent au corps de Jésus-Christ. Le chemin de la virginité est bon, mais, comme il p.326 fin p.327 début est âpre et difficile, il demande des voyageurs forts et robustes. Le chemin du veuvage est bon aussi, quoiqu'il soit moins difficile à suivre que le premier ; mais, semé qu'il est de rochers et de précipices, il demande des voyageurs plus précautionnés. Le chemin du mariage est bon encore, il est droit et uni ; mais il ne conduit au camp des saints que par un long circuit : c'est le chemin où se jette le grand nombre. La virginité a donc sa récompense, le veuvage son mérite, la chasteté conjugale elle-même a droit à la couronne. Chaque vertu a ses divers degrés d'élévation ou de progrès. "

9. Le même, Lib. de viduis : " Le mariage est un état honorable (Hébr., XIII, 4), mais la virginité est plus honorable encore ; car celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie pas fait mieux (I Cor., VII, 38). Ne réprouvons donc pas ce qui est bon, mais choisissons de préférence ce qui est meilleur. Ainsi la virginité ne nous est point imposée ; elle nous est proposée seulement comme plus avantageuse. C'est donc avec raison que l'Apôtre a dit ces paroles : Quant à ce qui regarde les vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur, mais voici le conseil que je leur donne. . . Car un commandement s'impose à des sujets, au lieu qu'un conseil se donne à des amis. Là où il y a commandement, il y a obligation ; là où il y a conseil, il y a faveur.

Le commandement a pour objet de nous rappeler à notre état naturel ; le conseil, celui de nous inviter à accepter un privilège ou une grâce. C'est pourquoi la loi a été donnée aux Juifs, et la grâce à ceux qui leur ont été substitués par prédilection ; la loi, pour rappeler à la juste observation des devoirs naturels, par la crainte des châtiments, ceux qui s'écartaient criminellement des limites fixée par la nature ; la grâce, pour inviter les élus de Dieu, tant par la considération du bien en lui-même, que par l'attrait des récompenses. Et pour mieux vous pénétrer de la différence qu'il y a entre précepte et conseil, rappelez-vous à l'esprit cet homme de l’Evangile, à qui il est d'abord ordonné de ne point commettre d'homicides, de ne point faire d'adultères de ne point porter de faux témoignages (MATTH., XIX, 18). Voilà le précepte dont la violation entraîne un châtiment.

Mais à peine cet homme a-t-il eu répond qu'il avait accompli tous ces préceptes de la loi, que le conseil lui est donné de vendre tous ses biens et de se mettre à la suite du Sauveur. Car pour ceci il n'y a rien de commandé à la rigueur ; il n’y a qu'un conseil proposé à la bonne volonté. Une chose, p.327 fin p.328 début en effet, peut nous être recommandé par deux voies différentes ou par voie de coaction, ou par voie de persuasion : par voie de coaction, comme dans ces paroles : Vous ne tuerez pas ; par voie de persuasion, comme dans ces autres : Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez. Ici donc aucun commandement n'est imposé puisque tout est abandonné à la volonté.

C'est pourquoi ceux qui se bornent à observer les préceptes, peuvent dire d'eux-mêmes : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous étions tenus de faire (LUC, XVII, 10). Mais une vierge a le droit de dire quelque chose de plus ; et de même celui qui s'est défait de tous ses biens peut tenir un autre langage et dire, comme l'Apôtre, dans l'attente de la récompense qui lui est réservée : Voilà que nous avons tout abandonné pour vous suivre (LUC, XVIII, 28). Quelle sera donc la récompense que nous en recevrons (MATTH., XIX, 27) ? Car il y en a qui se sont rendus eux-mêmes eunuques pour gagner le royaume des cieux (ibid., 12). Mais, quant à ceci, ce n'est pas commandé à tous ; c'est seulement proposé à tous. Car celui qui prescrit des devoirs doit garder la mesure dans ce qu'il prescrit, comme celui qui distribue des tâches doit observer dans cette distribution une juste équité, en ne donnant à faire à chacun que ce que chacun peut faire. Voilà pourquoi Notre-Seigneur ajoute : Qui peut comprendre ceci, le comprenne. Car le Créateur de toutes choses sait bien quelle est la diversité des dispositions de chacun de nous ; et c'est pour cela qu'au lieu de charger notre faiblesse d'obligations dont le poids nous affaiblirait encore, il se contente de stimuler le peu de forces que nous avons par l'appât des récompenses qu'il nous propose. C'est ce que savait aussi le Docteur des nations, cet excellent maitre de morale, ce guide expérimenté de nos affections, lui qui avait appris par sa propre expérience que la loi des membres résiste en nous à la loi de l'esprit, mais qu'elle cède pourtant à la grâce du Sauveur. C'est pourquoi il s'est gardé également, et d'exhorter tellement à la virginité, qu'il réduisît à rien les avantages du mariage, et de faire tellement valoir ces derniers, qu'il éteignît dans les fidèles tout désir de la virginité Mais, après avoir commencé par exalter la continence, il dit à l'incontinence quels sont ses remèdes. Il montre avant tout le prix proposé à ceux qui auront la force de suivre une plus haute vocation, mais il ne veut pourtant pas que personne tombe de défaillance dans la voie du salut ; et en louant le courage des premiers, il n'abandonne pas p.328 fin p.329 début pour cela les autres. C'est qu'il avait appris lui-même que le Seigneur Jésus avait nourri le peuple avec des pains d'orge, pour l'empêcher de tomber en défaillance sur le chemin, en même temps qu'il avait su nourrir ses apôtres de son propre corps, pour qu'ils pussent (plus facilement) atteindre le royaume des cieux. Ni Jésus-Christ lui-même n'a imposé sur ce dernier point un précepte mais il ne s'est adressé qu'à la bonne volonté ; ni l'Apôtre n'en a fait un précepte non plus, mais il s'est contenté d'en donner le conseil. Une vierge défère aux conseils, mais elle n'a point à céder à la contrainte. Ce n'est pas un précepte non plus qui est imposé aux veuves, mais un conseil qui leur est donné et qui ne leur est pas donné une fois seulement, mais répété plusieurs fois. Car l'Apôtre commence par dire : Il est avantageux à l'homme de ne toucher aucune femme (I Cor., VII, 4).

Puis il ajoute : Je voudrais que tous les hommes fussent en l'état où je suis moi-même (ibid., 7). Il dit encore :

Il leur est bon de demeurer en cet état comme j'y demeure moi-même (ibid., 8). Il dit pour la quatrième fois : A cause des nécessités de la vie présente il est avantageux à l'homme de ne point se marier (ibid., 26). Il ajoute enfin que la veuve sera plus heureuse si elle demeure veuve, comme il ne le lui conseille pas seulement lui-même, mais comme il croit avoir, pour le lui conseiller, l'esprit de Dieu (ibid., 39-40). Qui pourrait donc ne pas se laisser gagner par un tel conseiller, qui, sans mettre aucune entrave à la liberté de notre choix, se borne à proposer aux autres ce dont il connaît les avantages par sa propre expérience, et qu'il sait en même temps n'être ni facile à obtenir, ni trop dur à supporter ? Quelle est la veuve ou la vierge qui refusera d'être sainte de corps et d'esprit, quand on lui propose une récompense si supérieur à tous ses mérites une grâce si supérieure aux avantages ordinaires de la vie, un salaire enfin si supérieur à tout ce qu'on aura pu faire pour le gagner ? "

10. S. JEROME, Lib. I adversùs Jovinianum, et 11. Epist. XXII ad Eustochium, de custodiâ virginitatis, comme dans le corps de la réponse.

Question II

Combien peut-on compter de conseils évangéliques ? Ce n'est pas ici le lieu de faire l'énumération de tous. Bornons nous à dire qu'il y en a trois principaux, qui sont la pratique de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance, ainsi que les saints p.329 fin p.330 début Pères l'ont inféré des Livres saints. La pauvreté est l'état de ceux qui renoncent une fois pour toutes à tout ce qu'ils possèdent, afin de s'attacher parfaitement à Jésus-Christ, à l'exemple de saint Pierre et des autres apôtres. La chasteté est le conseil auquel obéissent ceux qui se font eux-mêmes eunuques, voluntarii spadones, comme dit Tertullien, en vue de gagner le royaume des cieux. L'obéissance est la perfection de ceux qui pour renoncer pleinement à eux-mêmes, font le sacrifice entier non-seulement de tout mauvais désir mais encore, comme nous y exhorte l'Ecriture, le sacrifice de leur propre volonté, en se soumettant complètement à la volonté de celui qu'ils se sont choisi pour supérieur, afin qu'il tienne à leur égard la place de Jésus-Christ. Jésus-Christ, ce parfait modèle de la perfection évangélique ne nous a pas seulement proposé par ses paroles la pratique de ces conseils, comme nous allons tout-à-l'heure le démontrer ; mais il nous en a donné de plus l'exemple par la sainteté de sa vie, puisqu'étant infiniment riche de lui-même il s'est fait pauvre à cause de nous, sans avoir seulement une pierre où reposer sa tête ; qu'il a voulu naître d'une vierge, et demeurer lui-même vierge, pour être dans toute la suite des siècles l'époux de toutes les personnes qui voudraient lui offrir leur virginité, et qu'enfin il a témoigné une telle estime pour l'obéissance, qu'après avoir voulu être soumis à la sainte Vierge, sa mère et même à un pauvre artisan, il s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la croix, comme il l'a témoigné lui-même par ces paroles : Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. p.330 fin p.331 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. MATHEUX, IX, 21 : " Si vous voulez être parfait, etc. - Voilà que nous avons abandonné tout, etc. " Comme à la question suivante, témoignage 1.

6. Ecclésiastique XVIII, 30-31 : " Ne vous laissez point aller à vos mauvais désirs et détournez-vous de votre propre volonté. - Si vous contentez votre âme dans ses mauvais désirs, elle vous rendra la joie de vos ennemis. "

8. II Corinthiens, VIII, 9 : " Car vous savez quelle a été la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, étant riche, s'est rendu pauvre pour l'amour de vous, afin que vous devinssiez riches par sa pauvreté. "

9. MATTHIEU, VIII, 20 : " Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux du ciel leurs nids, mais le Fils de l'homme n'a pas de lieu où reposer sa tête. "

12. MATTHIEU, XVII, 23-26 : " Arrivés à

Capharnaüm, ceux qui recevaient le tribut de deux drachmes vinrent à Pierre, et lui dirent : Votre maître ne paie-t-il pas le tribut ? - Il leur répondit : Oui. Et quand il fut entré dans le logis, Jésus le prévint et lui dit : Simon, que vous en semble-t-il ? De qui les rois de la terre reçoivent-il les tributs et les impôts ? Est-ce de leurs propres enfants ou des étrangers ? - Des étrangers, répondit Pierre. Jésus lui dit : Les enfants en sont donc exempts. Mais afin que nous ne les scandalisions pas, allez à la mer et jetez-y votre ligne, et le premier poisson que vous tirerez de l'eau, prenez-le, et ouvrez-lui la gueule ; vous y trouverez un statère que vous prendrez, et que vous leur donnerez pour moi et pour vous. "

13. Philippiens, II, 8 : " Il s'est humilié et s'est rendu obéissant jusqu’à la mort, et jusqu'ç la mort de la croix. " p.331 fin p.332 début

14. MATTHIEU, XXVI, 39-42 : " Mon Père, que ce calice, s'il est possible, s'éloigne de moi, mais néanmoins qu'il en soit non comme je veux, mais comme vous le voulez. - Il s'en alla encore prier une seconde fois, en disant : Mon Père, si ce calice peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite. "

15. Romains, V, 19 : " Car, comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l’obéissance d'un seul. "

17. Id., IV, 34 : " Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son œuvre. "

18. Id., V, 30 : " Mon jugement est juste ; car je ne cherche pas ma volonté propre, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. JEROME a donné la vie de saint Marc dans son catalogue des écrivains ecclésiastiques ; voici en particulier ce qu'il dit de la sainteté de cet évangélistes :

" Emportant avec lui l’Evangile qu'il avait composée, il se rendit en Egypte, où le premier il prêcha Jésus-Christ à Alexandrie, y fonda une église, et fit preuve de tant de science et d'une telle sainteté de vie, qu'il persuadait à tous les chrétiens de suivre en tout ses exemples. Que dirai-je de plus ? Philon, cet habile écrivain juif, témoin à Alexandrie de la sainteté de cette église naissante qui judaïsait encore, en fit l'éloge dans un ouvrage composé tout entier dans ce dessein, et comme pour en reporter la gloire à sa nation. Et de même que saint Luc nous rapporte des premiers fidèles de Jérusalem que tout était commun entre eux, Philon nous fait un récit tout semblable de ce qu'il voyait de ses yeux se passer à Alexandrie grâce aux leçons de Marc. "

Saint Jérôme s'étend encore davantage sur ce sujet, dans la notice qu'il consacre dans ce même catalogue à Philon lui-même, et que voici : " Philon, Juif d'origine et Alexandrin de naissance, issu d'une race sacerdotale, est rangé ici parmi les écrivains ecclésiastiques, pour avoir fait l’éloge des hommes de notre religion dans le livre qu'i la composé sur l’Eglise fondée par saint Marc à Alexandrie, et où il témoigne qu'on trouvait de ces fidèles non-seulement dans cette ville, mais encore dans beaucoup de provinces, et que leurs maisons étaient de vrais monastères. Ce qui fait voir que l’Eglise de ces premiers chrétiens était un tableau anticipé de la vie de ces moines qui, conformément au p.332 fin p.333 début vœu de leur profession, ne gardent la propriété de rien, en sorte qu'il n'y a parmi eux ni riches ni pauvres, qu'ils sacrifient tous leurs patrimoines au soulagement des indigents, qu'ils font de la prière et du chant des psaumes, de l'étude et des saints exercices de la pénitence l'occupation de toute leur vie, comme saint Luc rapporte que faisaient à Jérusalem les premiers fidèles. "

2. PONCE DIACRE, dans la vie qu'il a donnée de saint Cyprien : " Dans la première ferveur de sa foi, il ne vit rien qu'il pût faire de plus digne de Dieu, que de garder la continence, convaincu que le moyen pour lui de parvenir pleinement à la connaissance de la vérité était d'éteindre la concupiscence de la chair en l'écrasant sous les laborieux exercices d'une exacte chasteté. Qui se rappelle avoir jamais été témoin d'une aussi admirable perfection de vie ? Il n'était pas encore régénéré dans l'eau du baptême, et le soleil de justice n'avait pas encore éclairé de tous ses rayons ce nouveau chrétien, que déjà l'aurore qui commençait à luire d'un jour si beau dissipait de son esprit les ténèbres de l’erreur où il avait été plongé si longtemps. Mais ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est qu'ayant appris des saints Livres (MATTH., XIX) une manière de vivre plus parfaite, et qui convient bien moins à un néophyte qu'à un chrétien depuis longtemps affermi dans la foi, il saisit sans délai ce moyen qui s'offrit à lui de s’attirer toutes les grâces de son Dieu. En vendant tous ses biens pour s'en aider à soulager les pauvres, il se procura tout à la fois deux avantages : l'un, de fouler aux pieds la vanité du siècle, qui est tout ce qu'il peut y avoir de plus funeste à l'âme ; l’autre, d'accomplir ce devoir de la miséricorde, dont Dieu préfère la pratique aux sacrifices qu’on lui offrirait à lui-même et qui est au-dessus de tous les préceptes de la loi ; et par cet empressement qu'il mit il s'avancer dans la piété, il devint parfait avant d'avoir pour ainsi dire appris à l'être. "

3. S. ATHANASE, in Vitâ S. Antonii : " Après la mort de ses parents, comme il n'était encore âgé que de dix-huit ou vingt ans, laissé seul avec sa sœur qui n'était pas sortie des premières années de l'enfance, il (Antoine)

s'occupa du soin de la maison paternelle et de l'éducation de cette petite sœur qui lui restait. Mais à peine six mois s'étaient écoulés, que se rendant à l'église selon sa coutume, il rappela à son souvenir la manière dont les apôtres avaient tout sacrifié pour se mettre à la suite du Sauveur, et dont tant de fidèles, comme il est rapporté dans les Actes, avaient vendu leurs biens pour en déposer le prix aux pieds des p.333 fin p.334 début apôtres et en procurer la distribution aux indigents, enfin la grandeur des biens qui nous sont préparés dans le ciel. Il entra à l'église tout occupé de ces pensées, dans le moment même qu'on lisait ce passage de l’Evangile où Notre-Seigneur dit à un riche : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres ; puis venez, suivez-moi, et vous aurez un trésor dans le ciel (MATTH., XIX, 24). En entendant ces paroles, persuadé que la pensée qu'il en avait eue d'avance ne lui était venue que d'une inspiration divine, il s'en fit aussitôt l’application, comme si c’eût été pour lui-même qu'on en eût fait la lecture ; et rentré chez lui, il mit en vente tout ce qu'il possédait. Or, il avait trois cents palmiers d'excellent rapport ; il en fit largesse à ses voisins, pour que ni lui ni sa sœur ne pussent à l'avenir s'en mettre en peine. Il vendit tout le reste de son mobilier, et donna aux indigents le prix considérable qu'il en retira, excepté une modique somme qu'il en réserva pour sa sœur, à cause de la faiblesse de son sexe comme de son âge. Etant ensuite rentré à l'église, et y ayant entendu cette exhortation que Notre-Seigneur nous adresse à tous dans l’Evangile : Ne vous inquiétez point du lendemain, il distribua au pauvres ce qui lui restait en partage, et ne pouvant plus se souffrir dans la maison paternelle, il recommanda sa sœur aux soins de pieuses vierges d'une probité reconnue, pour qu'elle se forma elle-même sur leur exemple, et, affranchi désormais de tous la liens du siècle, il embrassa ce genre de vie si dur et si pénible qu'il mena depuis avec tant de persévérance.

"

4. S. JEROME, dans la Vie qu'il a donnée de saint

Hilarion : " Son père et sa mère étant morts, il (Hilarion) donna une partie de ses biens à ses frères et le reste aux pauvres, sans rien se réserver pour lui-même, car il craignait ce qui est rapporté 'dans les Actes des Apôtres (Act., V, 1 et suiv.) du châtiment d'Ananie et de Saphire, et il avait devant les yeux ces paroles du Sauveur : Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il a ne saurait être mon disciple (LUC, XIV, 33). " " S'étant donc ainsi dépouillé de toutes choses et armé des leçons de Jésus-Christ, il entra à l'âge de quinze ans dans cette solitude, qui s'étendant à gauche pour qui va (de la Palestine) en Egypte le long du rivage, est à sept milles de distance de Majume, où se fait tout le trafic de Gaza (Cf. Les Lettres choisies de saint Jérôme, trad. par Petit, avocat au parlement, p. 438-439). " p.334 fin p.335 début

5. S. GEORGE (Cet auteur vivait vers l'an 620 de Jésus-Christ et il paraît être le même que celui qui succéda immédiatement à saint Jean l’Aumônier. La vie de saint Chrysostôme, qu'il a composée, et dont nous donnons ici un extrait, se trouve cité aussi par saint Jean Damascène dans son ouvrage sur le culte des saintes images, livre Ier, où il a copié textuellement l’histoire que chacun peut y lire de l'image de saint Paul) patriarche d'Alexandrie, dans la Vie qu'il a donnée de saint Jean Chrysostôme : " Peu de temps après, sa bienheureuse mère vint à mourir, lui laissant en héritage beaucoup de richesses, en or, en argent, en habits précieux en terres, en esclaves, en bêtes de somme et autres biens de cette espèce. Le saint fit les funérailles de sa mère avec beaucoup de piété et avec toute la pompe convenable, et il déposa son corps dans le même tombeau où se trouvait d'avance celui de son père, conformément à la volonté qu'elle lui en avait exprimé en mourant. Puis sans perdre un moment, il fit la distribution de tout l'or aux pauvres, et en général à ceux qu'il savait dans le besoin, et partagea ce qu'il pouvait avoir de lingots entre les églises de la ville et les monastères voisins pour servir à orner les reliques des saints. Il émancipa tout ce qui lui revenait en héritage d'esclaves des deux sexes ; et enfin débarrassés de tous ces liens qui dissipaient son esprit en l'attachant au siècle, il donna à sa ville natale tout ce qui lui restait de patrimoine, pour n'avoir plus affaire avec les receveurs d'impôts. Voici la manière dont disposait de tous ses moments cet illustre défenseur de la vérité. Il passait ses jours dans un repos délicieux ; continuellement occupé de la méditation et de la lecture des saints livres, gardien vigilant de ses sens, fuyant et écartant de lui tout ce qui pouvait réveiller la sensualité en ne donnant aucun accès aux mauvaises pensées, il faisait de son corps comme un temple saint, véritable sanctuaire de la virginité et de la sainteté. Voyant bien par le témoignage que lui rendait sa conscience que malgré toute sa force d'esprit il ne pourrait, surtout à la fleur de l'âge, suffire aux embarras que donne l’administration des affaires publiques, il se mit à visiter les monastères voisins de la ville. Après s'être ainsi séparé de sa famille et de ses concitoyens, devenu comme habitant de la Jérusalem céleste, il ne brûlait plus d'autre désir que de celui d'y prendre place. C'est dans ces dispositions qu'il jeta les fondements de la vie monastique, à laquelle il se montra toujours si fidèle. "

p.335 fin p.336 début

6. S. GREGOIRE de Tours, dans son livre de la Gloire des confesseurs, c. 107 (al. 108), raconte en ces termes la vie de saint Paulin, évêque de Nole : " Il y eut un personnage vénérable par la sainteté de sa vie, appelé Paulin, issu d'une famille noble de la ville de Nole, qui avait épousé une femme de pareille vertu, appelée Tarasie, fort opulente en biens meubles comme en fonds de terre. Mais ayant entendu cette parole de l'Evangile, adressée par Notre-Seigneur à ce jeune homme qu'il reprenait pour son attachement aux richesses : Va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel ; viens ensuite et suis-moi, car il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer au royaume des cieux ; ces paroles lui touchèrent le cœur, et tout aussitôt ayant vendu ses biens, il les donna aux pauvres. S'étant donc déchargé de tout ce qui pouvait éveiller en lui la convoitise, il se sentit assez libre pour suivre partout son maître, bien persuadé qu'il s'enrichirait des trésors du ciel, à proportion qu'il se dépouillerait de tous les biens périssables de la terre. Ainsi Dieu lui fit-il la grâce de rendre possible par le fait ce que lui-même avait déclaré dans son Evangile ne pouvoir, pour ainsi dire, se faire (Ce morceau a déjà été rapporté précédemment, article de l’aumône, question III, témoignage 4, page 94). "

7. S. AMBROISE, Epist. 36 ad Sabinum episcopum, s'exprime de la manière suivante au sujet de ce même saint : " J'ai appris par des gens dignes de foi, que Paulin qui, par la grandeur de sa naissance n'a point d'égal dans l'Aquitaine, ayant vendu tous ses biens et aussi ceux de sa femme, a formé le dessein de donner aux pauvres l'argent qu'il en a amassé, de sorte que se faisant pauvre de riche qu'il était, comme s'il s'était déchargé d'un pesant fardeau, il renonce à sa maison, à sa patrie, à ses proches, pour servir Dieu avec plus de perfection. On dit qu'il a choisi pour le lieu de sa retraite la ville de Nole où, loin du bruit et du monde, il passera sa vie. "

" Son épouse, dame qui approche beaucoup de sa vertu et de son zèle, consent au dessein de son mari, et ayant cédé à d'autres la possession de ses terres, elle suit son époux, et contente de partager avec lui dans ce lieu un petit domaine, elle se dédommagera en acquérant les richesses de la religion et de la charité. Ils n'ont point d'enfants, et c'est ce qui leur a fait désirer de laisser au monde de grands exemples au lieu de descendants. "

p.336 fin p.337 début " Du moment où les grands du monde auront appris cette nouvelle, que ne diront-ils pas ? Quoi ! un homme d'une telle famille, d'une race si illustre, d'un esprit si élevé, d'une éloquence si admirable, avoir quitté le sénat, laisser s'éteindre une maison si noble et si distinguée, cela n'est pas supportable. - Et pendant qu'ils se font raser la tête et les sourcils pour pouvoir être initiés aux mystères d'Isis, ils traitent d'indigne l'action d'un chrétien qui, plus attentif que les autres à suivre les maximes de notre sainte religion, aura changé d'habit. "

" Je suis pénétré de douleur de voir que les idoles, qui ne sont que mensonge, aient des adorateurs si exacts à observer les cérémonies de leur culte, et que Jésus-Christ, qui est la Vérité, ait des serviteurs si négligents et si peu zélés que plusieurs d'entre eux rougissent de paraître plus fidèles que les autres aux règles de la religion, ne faisant pas attention aux paroles de celui qui a dit : Celui qui rougira de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père qui est dans les cieux (MARC, VIII, 38) (Cf. Lettres de saint Ambroise, p. 79-83). "

8. SULPICE-SEVERE, dans la Vie qu'il a donnée de saint Martin : " Martin ne parlait avec nous d'autres choses, que de l'obligation de renoncer aux plaisirs trompeurs de ce monde et aux occupations du siècle, pour suivre Jésus-Christ d'un pas libre et dégagé. Et il nous citait l'exemple le plus éclatant qui en ait été donné de nos jours dans la personne de Paulin, cet homme illustre qui, en se dépouillant lui-même de ses immenses richesses et se mettant ainsi à la suite de Jésus-Christ, a seul de notre temps accompli dans toute leur perfection les conseils (præcepta) évangéliques. Il ne se lassait de nous crier que c'était ce grand homme qu'il nous fallait suivre, que c'était ce grand homme qu'il nous fallait imiter, et que le siècle actuel était heureux de posséder un si beau modèle d'héroïsme de foi et de vertu, dans cet homme généreux qui, docile aux instructions de Notre-Seigneur, a, tout riche, tout opulent qu'il était, vendu tous ses biens et en a fait la distribution entière aux pauvres, rendant ainsi possible par l'exemple qu'il en donnait ce qui sans lui eût paru impossible. "

9. POSSIDIUS ou Possidonius, évêque de Calame ou Chelme, dans la Vie qu'il a donnée de saint Augustin, c. 2 : " Une fois baptisé, ne brûlant plus désormais d'amour que pour Dieu, il renonça p.337 fin p.338 début à toutes les espérances qu'il avait dans le siècle, et à toute idée de mariage, aussi bien que d'honneurs et de richesses, et résolu à ne servir que Dim, ainsi que les personnes dont il avait composé sa maison, il n'aspirait plus qu’à faire partie de ce petit troupeau auquel Notre-Seigneur adresse ces consolantes paroles : Ne craignez point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner son royaume (LUC, XII, 32-33). Vendez ce que vous avez, et donnez-le en aumônes ; faites-vous des bourses qui ne s'usent point avec le temps ; amassez dans le ciel un trésor qui ne périsse jamais, etc. Il n'avait d'autre pensée que d'exécuter ce que Notre-Seigneur nous recommande encore par ces paroles : Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; et venez, suivez-moi, etc. " Ibidem, c. 5 : " Ordonne prêtre, il établit un monastère près de l'église, et se mit à vivre avec les serviteurs de Dieu de la manière et suivant la règle indiquée par les apôtres, de sorte qu'aucun membre de cette société ne possédait rien en propre, mais que tout était commun entre eux, et que chacun en recevait selon son besoin : manière de vivre qu'il avait menée le premier, du moment où il avait quitté l'Italie pour rentrer dans son pays natal. " Ibidem, c. 31 : " Il ne fit point de testament, parce que, modèle vivant de la pauvreté chrétienne, il ne laissait rien qu'il pût léguer. "

10. S. AUGUSTIN, Epist. LXXXIX (al. 157) ad

Hilarium : " J'ai été, moi qui vous écris, fortement touché de l'amour de cette perfection que Jésus-Christ conseillait à ce riche de l’Evangile, quand il lui disait : Allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; et venez, suivez-moi. Aussi ai-je suivi ce conseil, non par mes propres forces, mais par le secours de la grâce ; et quoique je ne fusse pas riche, Dieu ne m'en tiendra pas moins compte, puisque les apôtres qui l'ont fait avant moi n'étaient pas riches non plus, et que c'est quitter le monde entier, que de quitter, et ce qu'on a, et ce qu'on pourrait désirer d'avoir. Personne ne sait si bien que moi ce que j'ai fait de progrès dans cette voie de la perfection chrétienne ; mais Dieu le sait encore mieux que moi. J’exhorte les autres, autant que je le puis, à faire la même chose ; et, par la miséricorde de Dieu, j’ai des compagnons dans ce genre de vie, qu'il lui a plu de leur inspirer par mon ministère. Mais quand nous le prêchons, c'est sans rien avancer de p.338 fin p.339 début contraire à la saine doctrine ; c'est sans condamner les autres, sans nous élever avec orgueil au-dessus d'eux (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. IV, p. 431-432). "

11. JEAN DIACRE, dans la Vie qu'il a donnée de saint Grégoire-le-Grand, c. 5 : " Quand il eut perdu son père, devenu tout-à-fait le maître de disposer de son bien, il éleva six monastères dans la Sicile, qu'il peupla d'un nombre de moines suffisant, et qu'il dota de ce qu'il fallait de terres pour suffire à l’honnête entretien de ces communautés. " Ibidem, c. 6 : " Il établit un septième monastère dans son propre palais, dans l'enceinte de la ville de Rome, près de la basilique des apôtres saint Jean et saint Paul, sur le penchant de la colline de Scaurus, et qu'il dédia sous le vocable de l'apôtre saint André. Renonçant à tout vêtement de soie, aux toges chamarrées de dorures et de pierreries et à tout riche ameublement, il en distribua le prix aux pauvres, et ainsi dépouillé de tout, il ne lui fut que plus facile d'échapper au naufrage qu'il eût pu faire dans le monde. Ayant pris l'habit monastique qu'il désirait depuis longtemps, il mena la vie religieuse de compagnie avec beaucoup de moines, d'abord sous la règle du vénérable abbé Hilarion, puis sous celle de l'abbé Maximien. Plus tard, quoiqu'il préférât la vie de simple religieux, les suffrages unanimes de la communauté l'obligèrent à en prendre à son tour le gouvernement. "

12. S. GREGOIRE de Tours, Lib. X Historia Francorum, c. 4 : " Après la mort du pape Pélage, comme l’Eglise de Dieu ne pouvait exister sans chef, tout le peuple élut le diacre Grégoire, sorti de l'ordre des premiers sénateurs. Ce personnage, formé à la piété dès sa première jeunesse, bâtit six monastères en Sicile sur ses propres terres, et un septième dans l'enclos des murs de Rome, pour la fondation desquels il donna autant de biens en fonds de terre qu'il en fallait pour la nourriture des religieux, et vendit le reste avec tout ce qu'il pouvait attendre de sa famille, et le donna aux pauvres ; et lui qui auparavant avait accoutumé de marcher par la ville en vêtement de soie et tout éclatant d'or et de pierreries, désormais vêtu d'un simple habit, se consacra au service du Seigneur, et fut choisi pour assister le pape en qualité de septième lévite (C'est-à-dire de diacre, charge par l'évêque d'administrer les biens de l'Eglise et de remplir auprès du peuple les autres fondions ecclésiastiques. V. les Œuvres de saint Grégoire de Tours, ancienne traduction déjà citée). " p.339 fin p.340 début

13. S. JEAN DAMASCENE, dans la Vie (L’authenticité de cet ouvrage, contestée et même niée par quelques-uns, n'est pas révoquée en doute par Noël-Alexandre. V. Hist.

eccles., tome VI, pag. 35, édit. de Venise) des deux soldats chrétiens Josaphat et Barlaam, c. 35, dit en parlant du roi Josaphat, fils d'Avennir, roi de l'Inde : " Le huitième jour après la mort de son père, étant rentré dans le palais, il en distribua aux pauvres toutes les richesses, de sorte qu'il ne resta plus dans le pays aucun indigent. Quelques jours seulement lui suffirent pour vider tous ses trésors ; car il n'avait qu'une crainte, celle de ne pouvoir entrer par la porte étroite à cause de tant de richesses qu'il possédait. "

Ibidem, c. 36 : " Le quarantième jour après la mort de son père, ayant à célébrer sa mémoire, il rassembla tous les magistrats, avec un grand nombre de militaires et d'hommes du peuple, et, assis sur son trône, il leur tint ce discours : " Vous le voyez, Avennir, mon père et mon roi, est mort tout comme les plus pauvres de ses sujets. Ni ses richesses, ni sa puissance, ni sa gloire, ni son fils qui est moi-même, ni ses amis, ni tous ses parents, n'ont pu le secourir et détourner de dessus lui l'exécution de cette terrible sentence ; mais il lui a fallu comparaître devant ce tribunal, sans emmener personne avec lui pour plaider sa cause, sans être accompagné d'autre chose que de ses œuvres bonnes ou mauvaises. . . . . "

" Il est donc bien temps que j'accomplisse ce que j'ai promis à Dieu. Il est bien temps, je le répète que j'entre dans la voie qu'il veut que je suive, et que je m'acquitte envers lui des vœux que je lui ai faits. Examinez donc maintenant avec moi qui vous devez choisir pour vous commander et pour être à la tête du gouvernement. "

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