Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 167)
14. JEAN, patriarche de Jérusalem, dans la Vie qu'il a composée de saint Jean Damascène : " Ayant sous les yeux ces deux maximes du Sauveur, dont la première nous recommande de vendre nos biens et d'en donner le prix aux pauvres, l'autre, de faire pour Dieu le sacrifice de tout, il ne perdit pas un moment pour se conformer soit à la première de ces maximes, de peur que le moindre retard ne lui créât un obstacle qu'il ne pût vaincre, soit à la seconde, dans la crainte que, s'il abandonnait ses biens sans aucune précaution ils ne devinssent une source de procès et de démêlés entre les gens de sa famille, chacun alléguant à sa manière les droits qu'il prétendrait y avoir. Il p.340 fin p.341 début prit donc pour règle ces deux maximes à la fois, et ayant partagé sur-le-champ une partie de ses biens entre les pauvres, les prisonniers, les esclaves qu'il avait et à qui il rendit la liberté, et les personnes de sa famille, et consacré l'autre partie aux temples du Seigneur, nu désormais et dépouillé de tout, à l’exception de ses vêtements les plus nécessaires, il sortit de ce monde comme il y était entré, dans la nudité que je viens de dire. Puis il prit le chemin de Jérusalem, et après avoir visité et vénéré ces saints lieux, il se retira dans la solitude comme un cerf altéré d'une soif divine, et entra dans la laure de saint Sabas, accompagné de Côme, qui, imbu des même principes que lui et formé à la même école, avait voulu partager non-seulement les fatigues de son voyage, mais aussi l'exécution de son dessein. Vous eussiez dit deux taureaux animés d'une ardeur égale, et également empressés de se mettre sous le même joug, le joug de Jésus-Christ. "
15. EUSEBE de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, c. 16, rapporte l'extrait suivant du livre du Juif Philon sur la vie contemplative ou sur la piété des chrétiens d'Alexandrie formés par saint Marc : " Après avoir jeté dans leurs âmes le fondement de la piété par la tempérance à laquelle ils se vouent, ils s'empressent d'élever sur cette pierre fondamentale l'édifice de toutes leurs autres vertus. " - " Nous sommes persuadés, ajoute Eusèbe, qu'un témoignage si clair et si fort rendu par Philon, ne peut se rapporter qu'aux chrétiens de son temps. Que si quelqu'un s'obstinait cependant à résister à de pareils témoignages, qu'il se rende au moins attentif à d'autres preuves encore plus évidentes et qu'on ne peut trouver nulle part ailleurs que dans la vie des chrétiens attachés aux maximes de l'Evangile, et que, vaincu par leur évidence irréfragable, il renonce enfin à son obstination et à son incrédulité.
Car Philon rapporte de ces hommes, que les femmes aussi partageaient le genre de vie des hommes dont il parle ici, et que bon nombre d'entre elles gardaient la virginité jusqu’à une extrême vieillesse, de sorte, ajoute-t-il, que sans contrainte qui les y oblige, comme cela se pratique pour bien des prêtresses grecques et idolâtres, mais par le libre mouvement de leur volonté, elles embrassent la chasteté avec le plus grand zèle et la conservent avec tout le soin possible, par le désir incroyable qui les consume d'atteindre la perfection de la sagesse. Passant ainsi leur vie à cette sublime recherche, elles professent un généreux mépris de tous les plaisirs qui peuvent p.341 fin p.342 début flatter les sens, heureuses, se croient-elles, si elles réussissent à enfanter, non de ces fruits périssables et caducs qui résultent de l'union passagère des sexes, mais des fruits immortels et qui ne périront jamais, tels enfin qu'il n'y a qu'une âme enflammée de l'amour divin qui puisse les produire. "
16. NICEPHORE, Historiæ ecclesiasticæ lib.
II, c. 16, rapporte, d'après Platon, les mêmes particularités qu'Eusèbe des chrétiens d'Alexandrie. "
17. TERTULLIEN, à sa femme, liv. 1, c. 6 : " Combien qui, d'un consentement mutuel, eunuques volontaires, s'affranchissent des obligations du mariage pour mieux conquérir le ciel ! Si l'on embrasse la continence dans le mariage, à combien plus forte raison faudra-t-il se l'imposer quand la mort l'a rompu, etc. (Cf. Les Pères de l'Eglise, trad. par M. de Genoude, t. VII, p. 628) "
18. S. BASILE, in regulis brevioribum, q. 96 :
" L'Apôtre ayant dit : De sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voudriez, il n'y a rien de si dangereux en toute sorte d'affaires, que de laisser chacun se conduire par lui-même et agir par sa propre volonté ; au contraire, il faut s'en tenir de bon cœur à tout ce que le supérieur juge à propos d'ordonner, quand même ce serait une chose qui choquerait notre inclination. "
19. S. JEROME, Lettre XXII à la vierge Eustochium, c. 1 : " Si je vous écris ceci, chère Eustochium, ma souveraine (car je dois appeler ma souveraine l'épouse de mon maître) c'est afin de vous donner à comprendre, dès le début, que je ne veux point ici faire l'éloge de la virginité que vous avez jugée excellente et que vous avez embrassé, etc. " Et, c. 6 : " Je voudrais que vous n'eussiez point de liaisons avec les femmes mariées ; je voudrais que vous ne fréquentassiez pas les personnes de qualité ; je ne voudrais pas que vous vissiez souvent ce que vous avez méprisé pour vous consacrer à l'état virginal. Si une femme du commun se fait d'ordinaire un mérite d'avoir pour mari un juge ou un homme constitué en quelque dignité ; si les courtisans se hâtent d'accourir auprès d'une impératrice, pourquoi compromettez-vous la gloire de votre époux ? Pourquoi vous empressez-vous autour de la femme d'un homme mortel, vous l'épouse de Dieu ? Apprenez à montrer en ceci un saint orgueil ; sachez que vous êtes au-dessus d'elles. "
20. S. AMBROISE, Lib. I de virginibus : " C'est bon droit que la virginité a emprunté du ciel son genre de vie, puisque c'est p.342 fin p.343 début dans le ciel qu'elle a trouvé son époux.
S'élevant par-delà les nues et la vaste étendue de l'air, au-dessus des chœurs des anges et de toute l'armée des astres, elle va trouver le Verbe de Dieu dans le sein même du Père, et s'attache a lui de toute la tendresse de son cœur. Eh ! qui est-ce qui ayant une fois trouvé un si grand bien, pourrait jamais s'en détacher ? Votre nom est comme un parfum broyé, dit à son divin époux l'épouse des Cantiques ; c'est pourquoi les jeunes filles vous ont aimé, et vous ont attiré à elles (Cant., I, 2). Enfin c'est un autre que moi qui a dit (MATTH., XXII, 30), que celles qui ne contracteront pas de mariages seront comme des anges de Dieu dans le ciel. Que personne ne soit donc étonné de ce qu'on les compare aux anges, puisqu'elles sont les épouses du Dieu des anges. Qui pourra nier que la virginité soit venue du ciel, si l'on fait attention qu'on n'en trouve sans peine des exemples sur la terre, que depuis que Dieu y est descendu et qu'il a pris un corps terrestre ? C'est alors seulement qu'une vierge a conçu dans son sein, et que le Verbe s'est fait chair, pour que la chair à son tour s'élève jusqu'à Dieu. "
" Ce qu'une femme désire surtout quand elle pense au mariage, c'est de pouvoir se glorifier de la beauté de son époux, et par-là même les personnes mariées doivent confesser leur infériorité par rapport aux saintes vierges, qui seules ont le droit de dire à leur époux : Vous êtes le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur vos livres (Ps. XLIV, 3). Quel est cet époux ? Ce n'est point un homme attaché à quelque vile profession, ou fier de posséder quelques biens périssables, mais celui qui a son trône fondé dans les siècles des siècles et à qui font leur cour les filles des rois. La reine s'est tenue à votre droite, revêtue d'un habillement d'or, et environnée de divers ornements. Ecoutez donc, ma fille, ouvrez les yeux, et ayez l'oreille attentive ; et oubliez votre peuple et la maison de votre père. Alors le roi concevra de l'amour pour votre beauté ; car c'est lui qui est votre Dieu (Ps. XLIV, 10-12). Et remarquez combien l'Esprit-Saint vous assure d'avantages par le témoignage des saintes Ecritures : c'est un royaume, c'est de l'or, c'est toute sorte de beauté. Un royaume, ou parce que vous êtes l'épouse du roi éternel, ou parce que, douce d'un courage invincible, vous ne vous laissez point enchaîner par la volupté mais que vous régnez sur elle comme une reine. C'est de l'or, parce que comme cette matière a d'autant plus de prix, qu'elle est davantage éprouvée par le feu, ainsi la vierge sanctifiée par l'esprit divin, acquiert à son contact une beauté incomparable.
p.343 fin p.344 début Et quant à cette beauté même, que peut-on en dire de plus, que c'est ce qui la rend digne de l'amour de son roi, des éloges de son juge, et qui rend Dieu lui-même jaloux de se la consacrer, toujours épouse, toujours libre des liens du mariage, de sorte que ni son amour n'a de fin, ni sa pudeur ne reçoit d'atteinte ? C'est là certainement une beauté à laquelle il ne manque rien. "
21. Le même, Serm. XC (Ce sermon, attribué communément à saint Ambroise, paraît suspect à Noël-Alexandre pour une raison qui ne me semble pas d'une grande force (V. NAT. ALEX., Hist. eccles., t. IV, p. 327). Le style tout seul du passage cité ici devrait, à ce qu'il me semble, suffire pour le revendiquer au saint docteur. Voici au reste la raison alléguée par Noël- Alexandre : c'est qu'il est dit dans ce sermon que sainte Agnès fut égorgée tandis que, dans le livre Ier des berges du même saint docteur, nous lisons qu'elle eut la tête tranchée : Sermo nonagesimus, in quo describitur passio beatæ Agnetis, in dubium non immerit vocatur, ex eo qu d narret guttur sanctæ virginis gladio fuisse perfossum, cùm Ambrosius, lib, I de Virginibus, caput ipsi gladio amputatum asserat. " Stetit, oravit, cervicem inflexit " (inquit ille). At nonagesimus secundus, etc. Le lecteur en croira-t-il ses yeux ?), parlant du martyre de la vierge sainte Agnès : " Eloignez-vous de moi, dit Agnès au fils du préfet, parce qu'un autre amant avant vous s'est rendu maître de mon cœur ; il m'a offert des bijoux plus précieux que les vôtres ;
il a mis à mes doigts l’anneau qui est le gage de sa fidélité, et il vous surpasse de beaucoup en mérite et en noblesse ; il m'a orné de bracelets d'un prix inestimable. Il a suspendu à ma main droite et à mon cou des pierreries du plus grand prix. Il a attaché à mes oreilles des diamants d'une beauté ravissante ; il m'a fait toute une ceinture d'émaux des plus brillants. Il m'a marqué de son chiffre, et je ne puis admettre un autre amant que lui. Il m'a revêtu d'une robe toute chargée de broderies en or, et il a posé sur mes épaules des colliers sans nombre. Il m'a fait voir ses trésors auxquels je ne trouve rien à comparer, et il m'a promis de me les donner, si je lui suis fidèle. Je ne pourrais donc sans lui faire injure en regarder seulement un autre, en abandonnant celui à qui je me trouve lié par tous les liens de l'amour : celui dont la noblesse, la puissance, la beauté, l'amour et la grâce ne trouvent rien de comparable ; lui qui m'a déjà préparé ma couche, et dont la voix a pour mon cœur les charmes les plus doux. Le miel et le lait ont déjà découlé pour moi de ses lèvres. Déjà j'ai reçu ses chastes embrassements ; déjà mon corps s'est uni au sien, et son sang s'est infiltré jusque dans mes joues. p.344 fin p.345 début Il a pour mère une vierge, et pour père celui qui ne connaît pas de femme. Les anges sont ses ministres ; le soleil et la lune admirent sa beauté ; sa seule haleine rend la vie aux morts ; son simple toucher guérit les malades ; ses richesses sont inépuisables ; sa puissance n'est sujette à aucun caprice du sort. C'est à lui seul que j'ai promis ma foi : je veux la lui garder, en me dévouant toute entière à le servir.
Son amour me donne de la chasteté, son contact me purifie, et c'est mon union avec lui qui fait que je suis vierge. Son mariage avec moi ne sera pas stérile, j'aurai de lui des enfants dont l'enfantement ne me causera aucune douleur, et ma fécondité ne fera que croître de jour en jour. " A ces paroles, le jeune insensé, transporté par une passion aveugle, etc. La bienheureuse Agnès refuse de consentir à ses désirs et proteste que rien ne la déterminer à violer l'alliance contractée par elle avec son premier époux. Et comme le père du jeune homme disait à son tour que, comme il était revêtu lui-même de la charge de préfet, aucun parti ne pouvait être préférable à celui qu'il offrait à la martyre, la curiosité cependant le poussa à demander quel pouvait donc être cet époux dont Agnès vantait tant la puissance. Alors il lui fut répondu par un de ses parasites qu'Agnès était chrétienne depuis sa première enfance, et qu'elle était tellement dupe de certaines opérations magiques usitées parmi les chrétiens qu'elle se donnait le Christ pour époux. "
Question III
En quels endroits de l’Evangile Jésus-Christ nous donne-t-il le conseil de la pauvreté volontaire ?
C'est à la suite de cet endroit de l’Evangile de saint Matthieu où sont énumérés les commandements de Dieu, au sujet desquels Notre-Seigneur Jésus-Christ di ces paroles, qui s'adressent à tout le monde sans exception : Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. Puis il donne le conseil d'embrasser la pauvreté volontaire, en s'exprimant de manière à bien faire voir qu'il laissait chacun libre de s'y conformer : Car voici les termes dont il s'est servi : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un, trésor dans le ciel : et venez, suivez-moi. Par ces paroles Notre-Seigneur ne conseille pas seulement d'embrasser la pauvreté mais il excite à le faire, et pour que nous nous y portions plus volontiers, il nous fait valoir la gran- p.345 fin p.346 début deur de la récompense que nous aurons à recevoir en échange. Car il promet à celui qui voudra se faire pauvre en quittant tout pour lui, de lui procurer un trésor dans le ciel, le centuple en ce monde et la vie éternelle dans l'autre : avantages que les riches auront tant de peine à obtenir.
C'est ce genre de pauvreté que pratiquaient et dont faisaient profession les apôtres, dont Pierre ne faisait qu'interpréter les sentiments unanimes quand il disait à Jésus-Christ avec tant d'assurance : Vous voyez que nous avons tout quitté pour vous suivre.
A la suite des apôtres nous apparaissent les chrétiens de l’Eglise naissante, qui, comme l'atteste saint Luc, vendaient ce qu'ils avaient pour en consacrer le prix à l'utilité commune, de sorte qu'aucun d'eux ne possédait plus rien en propre, tout ce qui pouvait rester à chacun étant également devenu le bien de tous.
Tel est aussi le caractère du genre de pauvreté dont nous parlons ici : d'être un renoncement volontaire et parfait à tout ce qu'on peut posséder et à tout droit de propriété qu'on pourrait y prétendre.
Et c'est ici que trouve son application cette maxime célèbre et si fort goûtée des anciens : " On fait bien d'employer le produit de ce qu'on possède à soulager les indigents ;
on fait mieux de tout abandonner à la fois pour se mettre à la suite du Sauveur, et c'est se rendre libre de toute sollicitude que de savoir être pauvre avec Jésus-Christ. "
p.346 fin p.347 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, XIX, 16-29 : " Et voilà qu'un jeune homme s'approchant de lui, lui dit : Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour gagner la vie éternelle ? - Jésus lui répondit : Pourquoi me demandez-vous ce qui est bon ? Il n'y a que Dieu qui soit bon. Au surplus, si vous voulez entrer dans la vie, garde les commandements. - Et cet homme lui dit : Quels commandements ? Jésus lui répartit : Vous ne tuerez point, vous ne commettrez point d'adultères vous ne déroberez point, vous ne porterez pas de faux témoignages. - Honorez votre père et votre mère et aimez votre prochain comme vous-même. - Le jeune homme lui dit : J'ai gardé tous ces commandements dès ma jeunesse ; que me reste-t-il encore à faire ? Jésus lui dit : Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous possédez, et donnez-en le prix aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez, et suivez-moi. - Le jeune homme ayant entendu ces paroles, s'en alla tout triste : car il possédait de grands biens. - Alors Jésus dit à ses disciples : En vérité, je vous le dis, il est bien difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. - Et je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau (à un câble, suivant certains exemplaires grecs), de passer par le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. - Ses disciples ayant entendu ces paroles, en furent saisis d'étonnement, et ils disaient : Qui donc pourra être sauvé ? Jésus les regardant, leur dit : Cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu. - Pierre prenant alors la parole, lui dit : Voici que nous avons tout quitté, et que nous nous sommes mis à votre suite ; quelle sera donc notre récompense ? - Jésus leur répondit : Je vous dis en vérité, que pour vous qui m'avez suivi, lorsqu'au temps de la régénération le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Et quiconque aura quitté pour moi sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. "
2. LUC, XVIII, 17-30 : " Alors un des principaux du pays vint lui faire cette demande : Bon maître, que faut-il que je fasse pour obtenir la vie éternelle ? - Jésus lui répondit : Pourquoi m'appelez-vous bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. - Vous savez p.347 fin p.348 début les commandements : Vous ne tuerez point ; vous ne commettrez point d'adultères ; vous ne déroberez point ; vous ne porterez point de faux témoignages ; honorez votre père et votre mère. J'ai gardé, lui dit l'autre, ces commandements dès ma jeunesse. - Jésus l'ayant entendu, lui dit : Une chose vous manque encore ; vendez ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez, et suivez-moi. - Mais lui, ayant entendu ceci, devint tout triste, parce qu'il était fort riche. - Et Jésus le voyant triste, dit là-dessus : Qu'il est difficile à ceux qui ont de grandes richesses d'entrer dans le royaume des cieux ! - Il est plus facile à un chameau (al. à un câble) de passer par le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. - Ceux qui l'écoutaient lui dirent : Qui donc peut être sauvé ? - Jésus leur répondit : Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. - Alors Pierre lui dit : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté pour vous suivre. - Jésus leur répondit : Je vous le dis en vérité, personne ne quittera pour le royaume de Dieu, ou sa maison, ou son père, ou sa mère, ou ses frères, ou sa femme, ou ses enfants, - qu'il ne reçoive dès ce monde bien davantage, et dans le siècle à venir la vie éternelle. "
3. MARC, X, 17-30 : " Et comme il s'avançait dans la voie publique, un jeune homme accourant, fléchit les genoux devant lui, et lui dit : Bon maitre, que dois-je faire pour acquérir la vie éternelle ? - Jésus lui dit : Pourquoi m'appelez-vous bon ? Il n'y a que Dieu qui soit bon. - Vous savez les commandements : Ne commettez point d'adultères ; ne tuez point ; ne dérobez point ; ne portez point de faux témoignages ; n'usez point de fraude ; honorez votre père et votre mère. - Le jeune homme lui répondit : Maître, j'ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. - Jésus l'ayant regardé, conçut de l'affection pour lui, et lui dit : Il vous manque une chose : allez, vendez ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez et suivez-moi. - Mais cet homme, attristé par ces paroles, s'en alla tout chagrin, parce qu'il avait de grandes richesses. - Alors Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : Qu'il est difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! - Les disciples étaient étonnés de ce discours ; mais Jésus leur dit de nouveau : Mes enfants, qu'il est difficile à ceux qui se confient dans leurs richesses d'entrer dans le royaume de Dieu - Il est plus aisé à un chameau (al. à un p.348 fin p.349 début câble) de passer par le trou d'une aiguille, qu’à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. - Ses disciples s'étonnaient encore plus, et se disaient les uns aux autres : Qui peut donc être sauvé ? - Mais Jésus, les regardant, leur dit : Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu : car tout est possible à Dieu. - Alors Pierre prenant la parole, lui dit : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi. - Jésus lui répondit : Je vous le dis en vérité, personne ne quittera pour moi et pour l’Evangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses terres, - que présentement dans ce siècle même, il ne reçoive au centuple des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, des terres, au milieu même des persécutions, et dans le siècle à venir la vie éternelle. "
5. LUC, VI, 20 : " Jésus levant les yeux sur ses disciples, leur dit : Bienheureux vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu vous appartient. "
7. Actes, IV, 32-37 : " Or, toute la multitude des nouveaux fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme : nul ne considérait ce qu'il possédait comme lui appartenant en particulier, mais tout était commun entre eux. - Les apôtres rendaient témoignage avec une grande force à la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la grâce était abondante dans tous les fidèles. - Et il n'y avait point de pauvres parmi eux, parce que tous ceux qui possédaient des fonds de terre ou des maisons les vendaient, et en apportaient le prix, - qu'ils déposaient aux pieds des apôtres, et on le distribuait ensuite à chacun selon son besoin. - Joseph, surnommé par les apôtres Barnabé, c'est-à-dire fils de consolation, qui était lévite originaire de l'île Chypre, -vendit aussi un champ qu'il avait, et en apporta le prix qu'il mit aux pieds des apôtres. "
8. Actes, II, 44-45 : " Tous ceux qui croyaient vivaient unis entre eux et possédaient tout en commun. - Ils vendaient leurs terres et leurs biens, et en distribuaient le prix à tous, selon que chacun en avait besoin. "
9. Ibid., V, 1-11 : " Alors un homme nommé
Ananie, et Saphire sa femme, vendirent ensemble un fonds de terre ; - et cet homme ayant retenu, de concert avec sa femme, une partie du prix qu'il en avait reçu, apporta le reste et le mit aux pieds p.349 fin p.350 début des apôtres : - Mais Pierre lui dit : Ananie, comment Satan vous a-t-il tenté, jusqu'à vous faire mentir au Saint-Esprit, et détourner une partie du prix de ce fonds de terre ? - Ne demeurait-il pas toujours à vous, si vous aviez voulu le garder ; et après même l'avoir vendu, le prix n'en était-il pas encore à vous ? Pourquoi donc avez-vous formé ce dessein dans votre cœur ? Ce n'est pas aux hommes que vous avez menti ; c'est à Dieu. - Ananie, en entendant ces paroles, tomba et expira sur-le-champ ; et tous ceux qui en entendirent parler furent saisis d'une grande crainte. - Alors des jeunes gens se mettant en mouvement enlevèrent le corps, et l'ensevelirent. - Environ trois heures après, sa femme entra sans rien savoir de ce qui s'était passé. - Et Pierre lui dit : Femme, dites-moi : avez-vous vendu pour un tel prix votre fonds de terre ? Elle lui répondit : Oui, nous l'avons vendu pour ce prix. - Alors Pierre lui dit : Pourquoi vous êtes-vous ainsi accordés ensemble pour tenter l'esprit du Seigneur ? Voilà près de la porte ceux qui viennent d'enterrer votre mari, et qui vont aussi vous emporter. - Au même moment, elle tomba à ses pieds, et elle expira. Et quand les jeunes gens furent entrés, ils la trouvèrent morte : et l'ayant emportée, ils l'enterrèrent auprès de son mari. - Et cet événement répandit une grande frayeur dans toute l’Eglise, et parmi tous ceux qui en entendirent parler. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. JEROME, ad Heliodorum, epist. I : " Mais quoi, me direz-vous, est-il donc impossible de demeurer dans les villes sans cesser d'être chrétien ? Vous n'êtes pas, mon frère, sur le même pied que les autres. Ecoutez ce que dit le Fils de Dieu : Si vous vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous possédez, et donnez-en le prix aux pauvres, puis venez, et suivez-moi (MATTH., XIX, 21). Vous avez fait vœu de tendre à la perfection : car lorsque vous avez abandonnés le siècle, et que vous vous êtes fait eunuque pour le royaume des cieux, vous vous êtes engagé en même temps à mener une vie parfaite. Or, un parfait serviteur de Jésus-Christ ne doit point avoir d'autres possessions que Jésus-Christ même, ou, s'il possède quelque autre chose avec lui, il cesse d'être parfait. Que s'il n'est pas dans cet état de perfection qu'il a promis à Dieu, il n'a pu faire cette promesse sans mensonge, et la bouche qui profère le mensonge donne la mort à l’âme (Sag., I, 11). De tout cela je conclus que, si vous êtes parfait, vous ne devez plus p.350 fin p.351 début désirer les biens de la terre, et que, si vous ne l’êtes pas, vous avez trompé Dieu. Après que l'oracle évangélique nous a dit de sa voix divine et tonnante : Vous ne sauriez servir deux maîtres à la fois (MATTH., VI, 24), ose-t-on bien faire mentir Jésus-Christ, en prétendant servir tout à la fois et Dieu et l'argent ? Ce divin Sauveur nous a dit si souvent : Si quelqu'un veut s'attacher à moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive (ibid., XVI, 24) ; et l'on se flatte de pouvoir le suivre avec le pesant fardeau des richesses ? Celui qui dit qu'il croit en Jésus-Christ doit imiter Jésus-Christ dans sa conduite (I JEAN, II, 6). " " Vous ne manquerez pas de me répondre que vous ne possédez plus rien. Mais si cela est, que ne combattez-vous donc, puisque ce détachement universel vous rend si propre au combat (Cf. Les Lettres de saint Jérôme, trad. par D. Guill. Roussel, tome Ier, pag. 10-11) ? "
2. Le même, in caput XIX Matthæi, sur ces paroles, Si vis perfectus esse, etc. : " Vouloir être parfaits, c'est une chose abandonnée à notre libre arbitre. Toutefois, dès là que nous voulons l’être, c'est pour nous une nécessité de vendre ce que nous avons ; et non d'en vendre seulement une partie, comme faisaient Ananie et Saphire, mais de vendre le tout, et après qu'on l'a vendu, d'en donner tout le prix aux pauvres, et de s'amasser ainsi un trésor dans le royaume des cieux. Et ce n'est pas encore là assez pour la perfection, si après ce sacrifice absolu qu'on aura fait de toutes ses richesses, on ne s'attache à la suite du Sauveur, c'est-à-dire, si après avoir fui le mal on ne se met à la poursuite du bien. Car il est plus facile de se défaire de sa bourse que de la volupté. Il en est beaucoup qui abandonnent leurs richesses sans suivre pour cela le Sauveur. Suivre le Sauveur, c'est imiter ses exemples et marcher sur ses traces. " Ibidem, sur ces paroles, Ecce nos reliquimus omnia, etc. : " Quelle confiance dans cet apôtre ! Pierre n'était qu'un simple pécheur ; jamais il n'avait été riche ; le travail de ses mains et les modiques ressources de sa profession étaient tous ses moyens de subsistance : et pourtant il ose dire : Nous avons tout quitté. Et comme ce n'est pas encore assez faire que de quitter tout, il ajoute ce qui met le comble à la perfection du sacrifice : Et nous nous sommes mis à votre suite. Nous savons fait ce que vous avez p.351 fin p.352 début
demandé de nous ; que nous donnerez-vous donc en récompense ? Jésus leur répondit : Je vous dis en vérité, que vous qui m'avez suivi, etc. Il ne leur dit pas simplement : Vous qui avez tout quitté ; car c'est là ce qu'avaient fait avant eux, et le philosophe Cratès, et tant d'autres qui ont fait un généreux mépris des richesses ; mais il leur dit : Vous qui m'avez suivi ; ce qui est en effet le propre des apôtres et des fidèles. " Ibidem, sur ces paroles, Et omnis qui reliquerit domum, etc. : " Cet endroit de l'Evangile revient à cet autre où nous lisons ces paroles : Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu séparer l'homme d'avec son père, la mère d'avec sa fille, la belle-mère d'avec sa bru, et l'homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison (MATTH., X, 34-36). Ceux donc qui pour rester fidèle à Jésus-Christ et au devoir de prêcher l'Evangile, auront renoncé à toutes leurs attaches, à toutes les richesses et à tous les plaisirs du siècle en recevront le centuple, et posséderont la vie éternelle. "
3. Le même, à Démétriade sur la virginité, lettre VIII, c. 7 : " C'est atteindre au comble de la vertu et à la perfection des apôtres que de vendre tout, d'en répartir le prix aux pauvres, et, ainsi devenu léger et dégagé, de s'envoler vers les cieux avec le Christ. A nous, à vous plutôt, a été confiée une sage dispensation ; en ceci du reste, chaque âge, chaque individu a la liberté de faire ce qu'il lui plaît. Si vous voulez être parfait, est-il dit. Je ne force point, je ne commande point ; mais je propose la palme, je montre les récompenses ; c'est à vous de choisir, si vous voulez être couronné dans la lutte et dans le combat. Et voyez combien sagement s'exprime la Sagesse ! Vendez ce que vous possédez. A qui fait-elle ce commandement ? A celui à qui il a été dit : Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez ; vendez, non une partie, mais tout ; et après que vous aurez tout vendu, donnez-en le prix. A qui ? Non pas aux riches, non pas à vos proches pour satisfaire les caprices de leur luxe ; mais aux indigents pour soulager leur misère. Que celui à qui vous donnerez soit prêtre, qu'il soit parent ou allié, ne considérez en lui autre chose que sa pauvreté.
Que les entrailles de ceux qui ont faim vous louent, et non pas les festins opulents des hommes de bonne chère. "
" Lorsque le sang du Sauveur était encore tout fumant, et que la foi naissante des premiers chrétiens n'avait encore rien perdu de sa première ferveur, tous les fidèles comme nous le lisons au p.352 fin p.353 début livre des Actes, vendaient leurs héritages, et, pour faire voir combien l'on doit mépriser les richesses de la terre, ils en mettaient le prix aux pieds des apôtres ; puis on le distribuait à tous en proportion des besoins. Mais Ananie et Saphire, timides dispensateurs, ou plutôt cœurs doubles, furent condamnés pour cela même ; car, après avoir fait vœu de consacrer leur héritage au Seigneur, ils ne laissèrent pas d'en conserver quelque chose, comme leur appartenant en propre, au lieu qu'il appartenait tout entier à celui à qui ils l'avaient consacré ; se réservant ainsi une partie d'un bien qui ne leur appartenait plus, apparemment par précaution contre le besoin, comme si, avec le trésor de la foi, on pouvait craindre de manquer jamais. Aussi reçurent-ils sur l'heure le châtiment de leur prévarication, non par le prononcé d'une sentence, mais par une punition exemplaire. Car enfin, ce ne fut pas l'apôtre saint Pierre qui prononça contre eux l'arrêt de mort, comme Porphyre a l'injustice de l'avancer ; il ne fit que dénoncer aux coupables le jugement de Dieu, que l'inspiration prophétique lui avait fait voir tout prêt à fondre sur eux, afin que le châtiment de leur infidélité fût une leçon pour tous les siècles. "
" Depuis que vous vous êtes vouée à une perpétuelle virginité, ce qui était à vous n'est plus à vous ; ou plutôt c'est bien vous, puisque c'est devenu la propriété du Christ. Il est vrai que votre aïeul et votre mère tant qu'elles vivront, gouverneront ces biens comme il leur plaira ; mais si elles meurent, si elles s'endorment du sommeil des saintes (et je sais qu'elles souhaitent que vous leur surviviez), vous alors, devenue plus mûre avec l'âge, plus grave dans vos volontés, plus forte dans vos desseins, vous ferez ce qu'il vous plaira, ou plutôt ce que le Seigneur ordonne, persuadée que vous devez être, que vous ne posséderez véritablement que ce que vous aurez consacré à de bonnes œuvres (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, etc., trad. par Collombet, tome V, p. 358-363).
"
4. Le même, ad Hedibiam epist. CL, q. 1 :
" Vous me demandez comment on peut devenir parfait, et de quelle manière doit vivre une veuve qui n'a point d'enfants. C'est la question qu'un docteur de la loi faisait à Jésus-Christ : Maître, lui disait-il, que faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle ? Le Seigneur lui répondit : Savez-vous les commandements ? Quels commandements, p.353 fin p.354 début lui répliqua le docteur ? Jésus lui dit : Vous ne tuerez point ; vous ne commettrez point d'adultères ; vous ne déroberez point ; vous ne ferez point de faux témoignages ; honorez votre père et votre mère et aimez votre prochain comme vous-même. Le docteur lui ayant répondu : J'ai gardé tous ces commandements dès ma jeunesse, Jésus-Christ ajouta : Une chose vous manque encore : si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres ; puis venez, et suivez-moi (LUC, XVIII, 28). "
" Pour répondre donc à la question que vous me proposez, je me servirai des propres paroles de Jésus-Christ. Si vous voulez être parfaite, portez votre croix, suivez le Sauveur, et imitez saint Pierre, qui disait : Vous voyez, Seigneur, que nous avons tout quitté pour vous suivre ; allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres, et suivez le Sauveur. Jésus-Christ ne dit pas : donnez-le à vos enfants, à vos frères à vos parents, à qui, quand bien même vous en auriez, vous seriez toujours obligée de préférer le Seigneur ; mais : donnez-le aux pauvres, ou plutôt à Jésus-Christ, que vous secourez dans la personne des pauvres ; qui, tout riche qu'il était, s'est fait pauvre pour l’amour de nous, et qui dit de lui-même dans le psaume trente-neuvième : Pour moi, je suis pauvre et dans l'indigence, et le Seigneur prend soin de moi. . . "
" Les apôtres représentent à Jésus-Christ qu'ils ont abandonné tout ce qu'ils possédaient et ils ne craignent pas de demander la récompense que mérite ce parfait détachement. Le Seigneur leur répond : Quiconque abandonnera pour mon nom sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle (MATTHX., IX, 29). Quel bonheur d'avoir Jésus-Christ lui-même pour débiteur, et de recevoir de lui un trésor infini pour le peu qu'on a quitté, des biens éternels pour des biens passagers, des biens durables et solides pour de fragiles et périssables richesses qui nous échappent malgré nous ! "
" Que si une femme veuve, surtout si elle est de qualité, a des enfants, elle ne doit pas les laisser dans l'indigence ; mais il est juste aussi qu'elle ait sa part des biens qu'elle leur laisse. Elle doit premièrement prendre soin des intérêts de son âme, et la regarder comme l'un de ses enfants. Elle doit partager avec eux le bien qu'elle leur donne, et non pas le leur abandonner tout entier ; ou plutôt elle doit le partager entre Jésus-Christ et ses enfants. Vous me direz peut-être que cela est bien difficile, et p.354 fin p.355 début qu'on ne peut traiter ses enfants de cette manière sans révolter la nature, et sans combattre les sentiments les plus tendres qu'elle inspire. Mais le Seigneur vous répond : Que celui qui est capable de cette résolution la prenne (MATTH., XIX, 12) ; il vous dit : Si vous voulez être parfaits, allez, vendez tout ce que vous possédez, etc. Il ne vous fait point une loi de cette perfection ; il vous laisse la liberté de prendre là-dessus tel parti qu'il vous plaira. Voulez-vous être parfaite et vous élever au comble de la vertu ? Imitez les apôtres, vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres, et suivez le Seigneur. Séparée de toutes les créatures et dépouillée de tout ce que vous possédiez au monde, suivez la croix débarrassée de tout et n'ayez qu'elle en partage. Ne voulez-vous point être parfaite, et vous contentez-vous de demeurer au second degré de la vertu ? Abandonnez tout ce que vous avez, donnez-le à vos enfants et vos parents : on ne vous fait point un crime de ce que vous vous bornez à ce qu'il y a de moins parfait, pourvu que d'ailleurs vous tombiez d'accord que c'est avec justice qu'on vous préférez celle qui tend à la perfection. "
" Vous ne manquerez pas de me dire qu'une vertu si sublime n'appartient qu'aux hommes et aux apôtres, mais qu'il est impossible qu'une femme de qualité, qui a besoin de mille choses pour se soutenir dans son état, vende tout ce qu'elle possède. Ecoutez donc ce que dit l'apôtre saint Paul : Je n'entends pas que les autres soient soulagés et que vous soyez surchargés ; mais que pour ôte l'inégalité, votre abondance supplée à leur pauvreté, afin que votre pauvreté soit aussi soulagée par leur abondance (II Cor., VIII, 13). C'est pour cela que Jésus-Christ nous dit dans l'Evangile : Que celui qui a deux robes en donne une à celui qui n'en a point (LUC, III, 6). . . . . "
" Ananie et Saphire méritèrent d'être condamnés par l'apôtre saint Pierre, parce qu'ils s'étaient réservé une partie de leur bien par une timide prévoyance.
Est-ce donc un crime, me direz-vous, que de ne pas donner tout son bien ? Non, mais l'apôtre les punit de mort parce qu'ils avaient menti au Saint-Esprit, et qu'en se réservant ce qui leur était nécessaire pour vivre, en même temps qu'ils affectaient de renoncer parfaitement à toutes les choses de la terre, ils ne cherchaient que l'approbation et la vaine estime des hommes. Au reste, il nous est libre de donner ou de ne pas donner ; mais celui qui pour être parfait renonce à tous les biens de la vie présente, doit s'attendre à voir p.355 fin p.356 début un jour sa pauvreté récompensée par la possession des biens éternels (Cf. Lettres de saint Jérôme, trad. par D. Roussel, t. IV, p. 4-13). "
5. Le même à Pammachius, pour le consoler de la mort de Pauline son épouse, lettre XXVI, c. 3 : " Nous avons quitté peu de chose, et nous possédons de grandes richesses. Le Christ nous acquitte au centuple ce qu'il nous a promis. Isaac avait déjà semé le premier dans ce champ, lui qui, disposé au sacrifice de sa vie, sut longtemps avant l’Evangile porter la croix évangélique. Si vous voulez être parfait, nous dit Notre-Seigneur, allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres, et suivez-moi. Si vous voulez être parfait : toujours les grandes choses sont à la libre volonté de ceux à qui elles sont proposées. De là vient que l'Apôtre ne commande point la virginité, parce que le Seigneur, parlant de ceux qui se sont faits eunuques pour gagner le royaume du ciel, ajoute aussitôt : Que celui qui peut comprendre, comprenne ; car (Rom., IX, 16) cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Si vous voulez être parfait : on ne vous impose pas de nécessité, c'est afin que vous ayez tout le mérité de la bonne volonté.
Si donc vous voulez être parfait, et vous rendre semblable aux prophètes, aux apôtres au Christ, vendez, non pas une partie de votre bien, de peur que la crainte de l'indigence ne vous soit une occasion d'infidélité et que vous ne périssiez avec Ananie et Saphire ; mais vendez tout ce que vous possédez puis, quand vous aurez tout vendu, donnez-en le prix aux pauvres, et non pas aux riches, non pas aux puissants. Donnez au pauvre de quoi subvenir à ses nécessités et non pas au riche de quoi augmenter ses trésors. "
6. Ibidem, c. 4 : " C'est une sorte de sacrilège que de donner le bien des pauvres à des gens qui ne sont pas pauvres. Mais cependant, pour s'élever au comble de la perfection et acquérir une vertu consommée, il ne suffit pas de mépriser les richesses, de distribuer tout son bien, ni de rejeter ce que l'on peut et perdre et retrouver en un moment. Cratès de Thèbes a fait cela ; Antisthène a fait cela ; beaucoup d'autres en ont usé de même, que nous savons avoir été fort vicieux d'ailleurs. Un disciple du Christ doit faire quelque chose de plus que le philosophe du monde, cet animal de gloire, ce vil esclave de la faveur et des applaudissements populaires. Il ne suffit pas que vous méprisiez p.356 fin p.357 début les richesses, si vous ne suivez le Christ. Or, celui-là suit le Christ, qui abandonne le péché et embrasse la vertu.
Nous savons que le Christ est la sagesse même. Voilà ce trésor qui naît dans le champ des Ecritures, cette pierre précieuse pour laquelle on donne beaucoup de bijoux. Que si vous aimez une femme captive, c'est-à-dire la sagesse du siècle, et que vous soyez épris de sa beauté, coupez-lui les cheveux, et le charme de ses cheveux, l’ornement de ses paroles, aussi bien que ses ongles, désormais privée de vie ; portez le ciseau sur tout cela. Lavez-lui le corps avec ce nitre dont parle le Prophète (JEREM., II, 22), puis prenez votre repos avec elle, et dites : Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite me serre de ses étreintes (Cant., II, 6).
Alors cette captive vous donnera de nombreux enfants, et de moabite qu'elle était elle deviendra israélite. Le Christ est notre sanctification, ou le principe de la sainteté, sans laquelle personne ne verra la face de Dieu. Le Christ est notre rédemption ; il est en même temps notre rédempteur et le prix de notre rachat. Le Christ est tout, afin que ceux qui ont tout quitté pour le Christ retrouvent tout en lui, et puissent dire hautement : Le Seigneur est mon partage (Ps. LXXII, 26) (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, etc., trad. par Collombet, tome III, p. 304-309). "
7. S. BASILE, in regulis fusiùs disputatis, interrog. 9 : " Notre-Seigneur ayant dit : Vendez ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres, et vous vous serez acquis un trésor dans à ciel (MATTH., XIX, 20) ; et ayant dit encore : Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône (LUC, XII, 33). Je conclus de là qu'un homme qui dans cette vue quitte ce qu'il a, ne doit point traiter avec mépris ou indifférence la disposition de son bien temporel, mais qu'il doit peser exactement toutes choses en emportant avec lui ce qu'il possède, pour en user à l'avenir avec beaucoup de piété comme d'un bien consacré à Dieu, et le distribuer saintement, ou par lui-même, ou par le ministère de ceux qu'il aura choisis après une longue épreuve, et qu'il aura reconnus devoir en être de bons et fidèles dispensateurs, par le témoignage sensible que lui en aura rendu leur conduite antérieure ; et il doit être convaincu que c'est une manière d'agir très-dangereuse que de laisser des richesses à ses parents, ou de les faire distribuer indifféremment par toutes sortes de personnes, sans discernement et sans choix. Car si celui qui a l'intendance des trésors du p.357 fin p.358 début prince n'est pas exempt de reproche, lorsque par sa négligence il laisse perdre ce qu'il pouvait conserver, quand même il n'aurait rien retenu pour lui-même des deniers publics, quel terrible jugement ne doivent point attendre de la part de Dieu ceux qui auront été lâches et négligents à procurer le bon emploi des biens qu'ils lui auront eux-mêmes consacrés ? Ne seront-ils pas jugés comme coupables, et pourront-ils échapper à l'application de cette sentence prononcé par le Prophète : Maudit est l’homme qui fait l'œuvre de Dieu négligemment (JEREM, XLVIII, 10). "
8. S. JEAN DAMASCENE, in historiâ duorum Christi militum Barlaam et Josaphat, c. 15 : " Josaphat lui dit : Ce renoncement universel que vous me recommandez si fort, un genre de vie si austère, est-ce une pratique ancienne et qu'on puisse inférer de la doctrine des apôtres, ou bien n'est-ce pas une institution toute moderne, imaginée pour arriver à un état de vie plus parfait ? Le vieillard lui répondit : " La loi que je vous propose n'est point, à Dieu ne plaise, d'invention nouvelle, mais bien d'ancienne tradition. Car voici ce que Notre-Seigneur a dit à un riche qui lui demandait ce qu'il avait à faire pour obtenir la vie éternelle et qui se vantait en même temps d'avoir accompli tout ce qui était écrit ans la loi : Il vous reste une chose à faire, c'est de vous en aller vendre tout ce que vous avez et de le donner aux pauvres, et vous aurez un trésor amassé dans le ciel ; et venez, portez votre croix et me suivez. Ces paroles attristèrent celui à qui elles s'adressaient, car il était fort riche. Jésus le voyant donc triste et abattu dit à son sujet : Qu’il est difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume des cieux ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu’à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. Instruits par cette divine leçon, tous les saints se sont particulièrement appliqués à se délivrer de cet embarras des richesses, et par le sacrifice qu'ils ont fait de tous leurs biens en faveur des pauvres, ils se sont acquis des richesses éternelles ; ils ont porté leur croix ; ils ont suivi Jésus-Christ, et tandis que les uns, comme je l'ai déjà dit, ont souffert courageusement le martyre, les autres ont embrassé la vie monastique, autre espèce de martyre qui ne le cède en rien, quant à la perfection de ce genre de vie, à la première. Soyez donc bien convaincu que cette institution a pour auteur notre Dieu ou notre souverain roi, et pour but de procurer à ceux qui l'embrassent les biens éternels. Puis donc, reprit Josaphat, que ce genre de vie est si avantageux et de date si ancienne, pourquoi y a-t-il aujourd'hui si p.358 fin p.359 début peu de personnes qui songent à l’embrasser ? Le vieillard répondit : Cette institution a toujours compté, et compte encore aujourd'hui beaucoup de partisans. Mais beaucoup d'autres aussi hésitent à l’embrasser, et s'arrêtent pour ainsi dire en chemin. Car il y en a peu, comme le dit Notre-Seigneur, qui consentent à marcher par la voie étroite, et beaucoup au contraire qui suivent la voie large (MATTH., VII, 14). Car, quand on est une fois épris de l'amour des richesses, et esclave des vices dont les plaisirs sont la source, ou bien encore quand on est possédé de la passion de la gloire, il est à peine possible de se déprendre de ces sortes de liens, parce qu'on s'est mis de gaieté de cœur sous la tyrannie d'un maître étranger qui veut tout le contraire de ce que Dieu ordonne, et qui retient comme dans les chaînes ceux qu'il a asservis. L'esprit de l'homme, en effet, quand il a eu le malheur de désespérer son salut, lâche la bride à ses passions les plus brutales et se précipite dans tous les excès. "
9. S. CHRYSOSTOME, Homélie sur ces paroles de l'épître aux Romains, c. XVI, v. 3 : Salutate Priscam et Aquilam : " En disant : Si vous voulez être parfait, Notre-Seigneur fait voir que ce n'est qu'un conseil et une simple exhortation qu'il a l'intention d'adresser. Or, donner un conseil, ce n'est pas la même chose que faire une loi. Car celui qui fait une loi tient de toutes manières à ce qu'elle soit observée. Celui au contraire qui conseille ou qui exhorte laisse à celui qui l'écoute la liberté d'en faire ce qu'il voudra, et par conséquent le laisse maître de ce qu'il aura à faire. C'est pour cela que Jésus-Christ ne dit pas simplement : Allez, vendez ce que vous avez ; mais il dit : Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, voulant faire voir par-là que la chose est remise à la décision de notre volonté. "
10. Le vénérable BEDE, in caput XVIII
Lucæ : " Nous ne devons pas croire que ce seigneur ait menti en disant (MARC, X, 47 et suiv.) qu'il avait observé tous les points de la loi, mais il n'a plutôt fait que déclarer quelle avait été jusque-là sa manière de vivre. Car s'il s'était rendu en cela coupable de mensonge, l'évangéliste saint Marc n'aurait pas ajouté ces mots : Jésus ayant jeté la vue sur lui, le prit en affection. "
" Et il lui dit : Il vous manque une chose : allez, vendez tout ce que vous avez, etc. ; car Dieu aime ceux qui observent tous les points de la loi, quelque peu relevés que puissent paraître ces points ; mais il n'en montre pas moins à ceux qui ont le désir de p.359 fin p.360 début devenir parfaits ce qu'ils ont à faire, bien que la loi garde là-dessus le silence. "
" Vendez tout ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; et venez, suivez-moi. Quiconque veut être parfait, doit vendre ce qu'il a ; et non pas seulement une partie de ce qu'il a, comme le faisaient Ananie et Saphire, mais tout ce qu'i la ; et quand il l'a vendu, en donner tout le prix aux pauvres, et s'amasser de cette manière un trésor dans le ciel. Et cela même ne suffit pas encore pour la perfection, si, après ce sacrifice qu'on a fait de ses richesses, on ne se met à la suite du Sauveur, c'est-à-dire si, après avoir évité le mal, on ne s'attache à la pratique du bien. Car il est plus facile de faire le sacrifice de sa bourse que celui de sa volonté (On voit que le vénérable Bède n'a guère fait ici que copier saint Jérôme. Voir plus haut, témoignage 2, page 351. Seulement, Bède dit voluntas, peut-être par suite de quelque mépris ou de quelque erreur de copiste, là ou saint Jérôme avait dit voluptas. Au reste, l'un comme l'autre est également vrai). "
11. Le même, in caput X Marci : " Nous ne devons pas croire que cet homme ait fait cette demande à Jésus-Christ pour le tenter, comme l’ont pensé quelques-uns, ou qu'il ait menti en disant qu'il avait observé tous les points de la loi ; mais il faut croire plutôt qu'il a déclaré simplement quelle avait été là-dessus sa manière de vivre. Car, s'il s'était rendu coupable de mensonge ou de dissimulation en disant ces paroles, l’Evangile n'eût pas dit que Jésus-Christ conçut pour lui de l’affection en considérant les dispositions de son cœur. Dieu aime en effet ceux qui gardent les points même les moins relevés de sa loi ; mais il n'en montre pas moins à ceux qui ont le désir de la perfection ce que la loi avait gardé sous silence : Car je ne suis pas venu, a-t-il dit lui-même, pour détruire la loi, mais pour l'accomplir. Or, cet accomplissement entier de la loi exige l'observation de ce qui est dit ensuite : Allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres ; puis venez, et suivez-moi (On voit que ce passage n'est guère autre chose encore que la répétition du précédent). "
12. THEOPHYLACTE, in caput XVIII Lucæ : "
Après que le jeune homme eut dit qu'il avait observé tous ces points dès sa jeunesse, Notre-Seigneur lui indiqua la pauvreté comme ce qu'il y a de principal dans la pratique des vertus. Voyez combien p.360 fin p.361 début cette loi répond à la dignité de la vie chrétienne. Vendez tout ce que vous avez. Vendez-le, dit-il ; car si vous vous en réservez quelque chose, vous en devenez l'esclave. Et distribuez le prix de cette vente, non à des parents riches d'avance, mais aux pauvres. Ce mot même de distribution indique qu'il ne faut pas la faire au hasard, mais avec discernement. Et comme n chrétien doit joindre encore d'autres vertus à cet amour de la pauvreté, Notre-Seigneur ajoute : Puis venez, suivez-moi, c'est-à-dire, soyez mon disciple aussi dans le reste, et suivez-moi toujours, et non pas aujourd'hui pour m'abandonner demain. . . " " Après que le riche eut entendu qu'il aurait à abandonner ses richesses, il devint triste. C'est ce qui a donné occasion à Notre-Seigneur de dire, en employant une belle figure, combien il est difficile à des riches d'entrer dans le royaume des cieux. Il ne dit pas que la chose soit impossible, il dit seulement qu'elle est difficile. Car il n'est pas impossible que ces gens-là se sauvent, puisqu'ils peuvent toujours se défaire de leur argent et gagner ainsi le ciel. Mais cela est difficile. Car les richesses sont comme une glu tenace, et une fois qu'on y est pris, on a peine à s'en détacher. "
Ibidem : " Ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu. Car ceux qui n'ont qu'une âme de boue, ou qui ne portent leurs désirs que sur les choses de la terre, comme nous l'avons déjà dit, ne peuvent pas se sauver. Mais cela est possible à Dieu, c'est-à-dire à celui qui suit les inspirations de Dieu, et qui s'attache, en invoquant son secours, à observer sa loi et les instructions qu'il nous a données en particulier sur la pauvreté. Alors la chose devient possible. Il suffit que nous le voulions, et Dieu nous donnera la force de l'exécuter. Ou bien encore, si nous savons surmonter cette faiblesse ordinaire aux riches, et que nous cherchions à nous faire des amis avec cet argent d'iniquité, cet argent même contribuera à nous sauver, et nous serons reçus dans les tabernacles éternels. Il vaudrait mieux. sans doute faire l'abandon de tout. Mais si nous n'en avons pas le courage, partageons du moins nos biens avec les pauvres, et ce qui auparavant nous était impossible nous deviendra possible. Il nous serait impossible à la vérité de nous sauver sans rien quitter ; mais Dieu est assez miséricordieux pour se contenter d'une portion de nos biens, et de l'usage convenable que nous ferons du reste. "
13. S. JEROME, in caput XIX Matthæi, sur ces paroles : p.361 fin p.362 début Centuplum accipiet : " Quelques-uns, à l'occasion de cette sentence de Jésus-Christ, supposent un règne de mille ans après la résurrection et pendant lequel on recevrait le centuple de tout ce qu'on aura abandonné après quoi on entrerait en possession de la vie éternelle. Ces personnes-là ne voient pas apparemment que, lors même qu'une promesse de ce genre n'aurait rien que de convenable dans tout le reste, elle renfermerait du moins une clause honteuse en ce qui regarde les femmes, puisqu'il s'ensuivrait que celui qui en aurait quitté une seule pour mieux servir le Seigneur, en recevrait cent, pour cette seule qu'il aurait quittée dans le siècle à venir. Voici donc le sens de ces paroles : Celui qui aura quitté les biens sensibles pour l'amour du Sauveur, recevra en récompense les biens spirituels, qui seront tellement supérieurs à ceux qu'il aura quittés, qu'il semblera en avoir reçu le centuple même. C'est ce qui a fait dire l'Apôtre, qui n'avait quitté lui-même qu'une maison et peut-être quelques champs : Etant comme n'ayant rien, et possédant néanmoins tout (II Cor., VI, 10). "
14. EUTHYME, in caput XIX Matthæi : " Saint
Marc et saint Luc, s'exprimant là-dessus en termes plus clairs, disent que ce centuple promis sera pour le siècle présent, et la vie éternelle pour le siècle à venir. Le centuple, c'est-à-dire une multiplicité indéfinie, ou beaucoup davantage, comme le dit saint Luc (XVIII, 50). Mais comment recevra-t-on ainsi multipliés dans le siècle présent, les biens qu'on aura quittés ? Comment ? de la manière que les ont reçu les apôtres, les martyrs et tous les autres justes. Considérez en effet que les portes de tous les fidèles leur étaient ouvertes ; qu'ils s'étaient acquis de nouveaux frères et de nouvelles sœurs, et tous voués à la sainteté ;
des pères aussi, qui les choyaient, avaient soin d'eux et compatissaient à toutes leurs souffrances, car c'est là ce que des enfants ont droit d'attendre de leurs pères ; des mères également qui leur rendaient les mêmes devoirs ; des épouse mêmes, c'est-à-dire des femmes pieuses, qui les servaient et veillaient à leurs intérêts comme le font des épouses à l'égard de leurs époux ; des enfants enfin, dans tous leurs disciples. De plus, toutes les terres que possédaient les fidèles étaient devenues comme les leurs ; et ce qu'il y a de plus admirable, c'est qu'ils jouissaient de tous ces avantages au milieu même des persécutions, comme l'a ajouté saint Marc (X, 30), c'est-à-dire, au milieu des persécutions qu'ils avaient à endurer de la part des ennemis de la foi. On peut en p.362 fin p.363 début tendre encore, par cette multiplicité de biens, le don de guérir des diverses maladies, le don de prophétie et tous les autres semblables. "
15. S. ANSELME, in, caput XIX Matthæi : "
Voici comment il faut entendre ce passage : Celui qui renoncera aux biens sensibles, recevra en retour les biens spirituels. Car le nombre centenaire convient aux choses célestes, puisque pour compter ce nombre on passe de gauche à droite (Saint Anselme veut apparemment parler ici de la direction que prend la main pour tracer la lettre C, qui représente cent. Saint Anselme, et Bède avant lui, comme on le verra plus bas, témoignage 19, ont emprunté au reste cette idée saint Jérôme, dont le témoignage sera rapporté à la question IV du conseil de la chasteté, qui vient après celle-ci), et que comme la gauche se rapporte aux biens temporels, la droite a plutôt rapport aux biens éternels. Le chiffre C qui tend vers la droite est donc propre à signifier les biens célestes. Ce que Notre-Seigneur ajoute, et il possédera la vie éternelle est une explication de ce qu'il vient de dire, à moins qu'on n'aime mieux entendre par ce centuple la volonté de ne rien posséder. "