Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 169)
48. Le même, lib. X, epist. 22 ad Joannem subdiaconum
Ravennæ : " J’ai appris que Constantius se permettait d'avoir de l'argent en propre, preuve évidente qu'il n'a pas l'esprit de la vie monastique. . . . . Ne manquez donc point de dire à notre frère (Marinianus), qui est aussi notre collègue dans l'épiscopat, de donner tous ses soins à ce que ce désordre cesse dans ce monastère, où il est fomenté par quatre ou cinq moines incorrigibles jusqu'ici : car si les moines se réservent quelque chose en propre, il ne pourra y avoir parmi eux ni paix ni charité. Eh ! qu'est-ce que l'état de moine, sinon la profession du renoncement au monde ? Comment donc montrent-ils qu'ils renoncent au monde ou qu'ils le méprisent, ceux qui, jusque dans le monastère où ils ont été reçus font voir en eux la passion de l'or ? "
49. GENNADE, Lib. de ecclesiasticis dogmatibus, c. 71 : " On fait bien de distribuer aux pauvres, etc. ; " comme dans le corps de la réponse.
50. S. AMBROISE, Lib. I officiorum, c. 30 : " Dieu n'est pas avare, pour qu'on puisse supposer qu'il demande beaucoup de nous. Heureux sans doute celui qui quitte tout pour le suivre ; mais heureux aussi celui qui garde ce qu'il possède pour en faire part de bon cœur à ses semblables. Enfin les deux deniers de la veuve ont eu plus de prix aux yeux de Jésus-Christ que les somptueuses offrandes des riches, parce qu'elle donna tout ce qu'elle possédait, tandis que les riches n'avaient donné là qu'une p.392 fin p.393 début faible partie de leur superflu. La bonne ou la mauvaise volonté fait donc la richesse ou la pauvreté des dons, et en fixe la valeur. Du reste, le Seigneur ne demande pas que nous fassions à la fois le sacrifice de tout notre avoir, mais seulement que nous sachions en faire l'emploi ; à moins que nous ne soyons dans la même disposition qu'Elisée, lorsqu'il tua ses bœuf et en nourrit les pauvres de la contrée (I Rois, XIX, 21), pour n'être plus retenu par aucun soin domestique et pouvoir se mettre sans distraction à l'école d'Elie. "
" Il faut aussi recommander la libéralité qui consiste à secourir ses proches lorsqu'ils sont dans le besoin. En effet, il est plus convenable que vous secouriez vous-même des parents qui auraient honte d'implorer la pitié étrangère et de faire à d'autres le récit de leurs malheurs. Mais n'allez pas jusqu'a les enrichir avec des biens qui peuvent vous servir à soulager ceux dont le besoin est réel : car c'est la raison, et non la partialité qui doit vous guider dans vos largesses. Vous ne vous êtes pas voué à Dieu pour enrichir votre famille, mais pour vous assurer la vie éternelle par vos bonnes œuvres, et pour racheter vos péchés par des actes de miséricorde.
Vos parents croient-ils par hasard vous demander peu de chose ? C'est votre récompense qu'ils tendent à vous enlever ; c'est le fruit de votre vie tout entière. Et ils penseraient pouvoir le faire sans injustice ? Votre famille vous accuse de lui refuser de l'enrichir, et elle voudrait vous frustrer de la vie éternelle (Ce passage a déjà été rapporté précédemment, chapitre I des bonnes œuvres, question VII, témoignage 9, pages 164-165) ? "
51. S. JEROME, contre Vigilance, c. 5 : " Lorsque Vigilance prétend que ceux qui usent de leurs biens, et qui peu à peu partagent aux pauvres les fruits de leurs possessions, font mieux que ceux qui, vendant leurs possessions, répartissent tout en une seule fois, ce n'est pas moi qui répondrait, c'est le Seigneur qui lui dira : Si tu veux être parfait, va et vends tout ce que tu possèdes et donnes-en le prix aux pauvres ; viens ensuite et suis-moi. Il parle à qui veut être parfait, à qui abandonne avec les apôtres son père, sa barque et ses filets. Le degré de perfection que tu nous vantes n'est que le second ou le troisième ; nous l’admettons aussi, mais en sachant bien que le premier est préférable à celui-là. "
52. Ibidem, c. 6 : " Il ne faut pas que ta langue de vipère ni p.393 fin p.394 début ta morsure cruelle aillent détourner de leur genre de vie les moines, eux que tu attaques, et dont tu dis : Si tous s'enferment et vivent dans la solitude, qui donc fréquentera les églises ? qui donc gagnera les hommes du siècle ? qui donc pourra exhorter les pécheurs à la vertu ? De cette manière en effet, si tous, d'après toi, sont insensés, qui donc pourra être sage ? La virginité alors ne saurait être approuvé : car si tout le monde est vierge, il n'y aura pas de mariages ; le genre humain périra, les vagissements d'enfants au berceau ne se feront plus entendre ; les accoucheuses mendieront faute de salaires, et seul et tout transi de froid, Vigilance dormira dans sa couchette. La vertu est rare, et peu de gens la convoitent. Plût à Dieu que tous fussent au contraire ce qu'est le petit nombre, dont il est dit : Beaucoup d'appelés et peu d'élus. Les prisons seraient vides (Œuvres choisies de saint Jérôme, etc., trad. par Collombet, tome VIII, p. 192-195). "
53. S. PROSPER, Lib. II de vitâ contemplativâ, c. 9 : " Celui qui a fait le sacrifice de ses propres biens, en quittant ou vendant tout ce qu'il a pour en donner le prix aux pauvres, s'il vient être préposé au gouvernement de l’Eglise, devient le dispensateur de tout ce que l'Eglise possède. Enfin, comme vous le savez mieux que moi, saint Paulin vendit les biens immenses qu'il possédait et en donna le prix aux pauvres ; mais, devenu évêque, il ne dissipa pas de même les biens de l'Eglise : il se contenta d'en être le fidèle dispensateur. Par-là, il a montré suffisamment, et qu'on doit, si l'on veut être parfait, sacrifier ses propres biens, et qu'on peut, sans en être moins parfait, maintenir pour l'avantage commun des fidèles la possession des biens de l'Eglise. Qu'est-ce qu'a fait saint Hilaire ? Ne s'est-il pas défait de tous ses biens, dont il a laissé une partie à ses parents et a donné le prix de l'autre partie aux pauvres ? Et cependant, une fois devenu évêque de l'église d'Arles, grâce à l'excellence de ses mérites, non-seulement il a maintenu la possession des biens qui dès-lors appartenaient à cette église, mais il les a grossis encore de beaucoup d'autres dont il a accepté les legs de la libéralité des fidèles. "
54. S. AUGUSTIN, Lib. de bono conjugali, c. 8 :
" Ceux-là faisaient bien, qui employaient leurs richesses à nourrir Jésus-Christ et ses disciples ; mais ces autres firent encore mieux, qui abandonnèrent tout ce qu'ils avaient pour s'attacher sans embarras à tous les pas du divin Maître. " p.394 fin p.395 début
Question IV
Quels passages de l’Ecriture contiennent en particulier le conseil de la chasteté ?
La chasteté se trouve conseillée en particulier tant dans l’Evangile que dans les écrits des apôtres. Par exemple, nous voyons dans l'Evangile Jésus-Christ faire l'éloge de ces eunuques d'un genre nouveau, qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue de gagner le royaume des cieux. Et afin que nous ne prissions pas pour un précepte ce qui n'était au fond qu'un conseil, Notre-Seigneur s'est empressé d'ajouter : Qui peut comprendre ceci, le comprenne. Parole qui, comme l'explique très-bien saint Jérôme, renferme une exhortation de notre divin chef, engageant ceux qui combattent sous ses étendards à remporter le prix de la chasteté, car c'est comme s'il eût dit : Que celui qui se sent la force de combattre, combatte en effet, remporte la victoire et obtienne le triomphe. Or, celui-là en a la force, à qui elle est donnée d'en-haut, et elle l'est, comme l'enseigne le même Jérôme, à tous ceux qui la demandent, qui en ont la volonté et qui travaillent à l'acquérir. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et on ouvrira a celui qui frappe. Si les saintes Ecritures promettent une récompense à la chasteté en général, elles en assignent une toute particulière à la virginité. Car ceux, nous disent-elles, qui ne se sont pas souillés avec les femmes, mais qui sont demeurés vierges, pour prix de leur pureté sans tache sont admis près du trône de Dieu, et chantent un cantique nouveau en présence de Dieu et de l'Agneau divin, qu'ils suivent partout où il va.
L'Apôtre a dit aussi dans les termes les plus clairs : Il est avantageux à l'homme de ne toucher aucune femme ; comme il a dit encore : Quant à ce qui regarde les vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur ; mais voici le conseil que je donne comme étant le fidèle ministre du Seigneur, par la miséricorde qu'il m'en a faite : Je crois donc qu'il est avantageux, à cause des fâcheuses nécessités de la vie présente, qu'il est, dis-je, avantageux à l'homme de ne point se marier. Voici de plus le conseil qu'il donne au sujet des personnes réduites à l'état de veuvage : Que la veuve se marie à qui elle voudra ; mais elle sera plus heureuse, si elle demeure veuve comme je le lui conseille : et je crois que j'ai aussi l'esprit de Dieu.
p.395 fin p.396 début Saint Ambroise fait un beau commentaire de ces paroles et d'autres semblables de l’Apôtre : " On loue avec justice, dit-il, une femme vertueuse ; mais on lui préfère sans hésiter de saintes vierges, selon ce qu'a dit l’Apôtre : Celui qui marie sa fille fait bien ; celui qui ne la marie pas fait encore mieux. Celle-ci pense aux choses de Dieu ; celle-là aux choses du monde. L'une est gênée par les liens du mariage ; l'autre est dans une pleine liberté. L'une est sous la loi, l'autre sous la grâce. Le mariage est bon : par lui on a trouvé le moyen de se donner des successeurs et de multiplier le genre humain ; mais la virginité est de beaucoup meilleure : par elle on acquiert l'héritage du royaume du ciel, et l'on trouve une riche succession de mérites. La femme mariée a fait passer dans le monde les soins et les inquiétudes ; la vierge nous a apporté la paix et le salut. " Tel est sur ce sujet le langage de saint Ambroise.
Or, cette vertu de chasteté demande de celui qui s'adonne à sa pratique, qu'il veille avec soin et persévère à se conserver pur de toute souillure ou de toute volupté charnelle, et qu'il passe toute sa vie dans le célibat, pour être vraiment saint de corps et d'esprit, en vue de plaire à Jésus-Christ, son divin modèle. C'était la pensée de l’Apôtre, lorsqu'il disait : Celui qui n'étant engagé par aucune nécessité, et se trouvant dans un plein pouvoir de faire ce qu'il voudra, prend une ferme résolution dans sou cœur, et juge en lui-même qu'il doit conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre.
p.396 fin p.397 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, XIX, 9-12 : " Or, je vous déclare que quiconque renvoie sa femme, si ce n'est pour cause de fornication, et en épouse une autre, commet un adultère et que celui qui épouse une femme renvoyée par son mari commet aussi un adultère. - Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de l'homme par rapport à la femme, il n'est pas avantageux de se marier. - Il leur dit : Tous ne sont capables de cette résolution mais ceux-là seulement qui en ont reçu le don. - Car il y a des eunuques sortis tels du sein de leur mère ; il y en a qui ont été faits tels par les hommes, - et il y en a qui se sont eux-mêmes faits eunuques en vue du royaume des cieux. Qui peut comprendre ceci le comprenne. "
2. ISAIE, LVI, 3-5 : " Que quiconque ne dise point : Je ne suis qu'un tronc desséché. - Car voici ce que le Seigneur dit aux eunuques : Ceux qui gardent mes jours de sabbat, qui embrassent ce qui me plaît et qui demeurent fermes dans mon alliance, - je leur donnerai dans ma maison et dans l'enceinte de mes murailles une place avantageuse, et un nom qui leur sera meilleur que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui ne périra jamais. "
3. Sagesse, VIII, 24 : " Et comme je savais que je ne pouvais avoir la continence si Dieu ne me la donnait, et c'était déjà un effet de la sagesse de savoir de qui je devais recevoir ce don, je m'adressai au Seigneur, je lui fis ma prière et je lui dis de tout mon cœur, etc. "
4. MATTIEU, XVII, 7-8 : " Demandez, et on vous donnera
; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. - p.397 fin p.398 début Car quiconque demande reçoit ; et celui qui cherche trouve ; et l'on ouvrira à celui qui frappe. "
5. LUC, XI, 9 : " Je vous dis de même : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. "
6. Sagesse, III, 13-15 : " Heureuse la femme stérile qui n'a rien qui la souille, et qui a conservé sa couche pure et sans tache : elle en recevra la récompense, lorsque Dieu visitera les âmes saintes. - Heureux l'eunuque dont la main n'a point commis l’iniquité, et qui n'a point nourri en lui-même de pensée criminelle contre la loi de Dieu, parce que sa fidélité recevra un don précieux et une part très-brillante dans la maison du Seigneur. - Car le fruit des œuvres de justice est plein de gloire, et la racine de la sagesse n'est point sujette à périr. "
7. Sagesse, IV, 1-2 : " Combien est belle la race chaste, lorsqu'elle est jointe avec l'éclat de la vertu ! Sa mémoire est immortelle ; elle est en honneur devant Dieu et devant les hommes. - Lorsqu'on l'a sous les yeux, on se porte à l'imiter, et on la regrette lorsqu'elle s'est retirée. Elle triomphe et est couronnée pour jamais comme victorieuse, après avoir remporté le prix dans les combats pour la chasteté. "
9. MATTHIEU, XIII, 8, 23 : " Une autre (partie de la semence), tomba dans une bonne terre, et elle porta du fruit, quelques grains rendant cent pour un, d'autres soixante, et d'autres trente. - Enfin, celui qui reçoit la semence dans une bonne terre est celui qui écoute la parole, la retient et porte du fruit, en rendant cent, soixante, ou trente pour un. "
10. Id., XXII, 30 : " Après la résurrection, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel. "
11. LUC, XX, 34-36 : " Jésus leur répondit
: Les enfants de ce siècle épousent des femmes, et les femmes des maris. - Mais pour ceux qui seront jugés dignes d'avoir part à la gloire de ce siècle futur et de la résurrection des morts, ils ne se marieront plus et n'épouseront plus de femmes. - Car alors ils ne pourront plus mourir, parce qu'ils seront semblables aux anges, et qu'étant enfants de la résurrection, ils seront enfants de Dieu. "
12. Apocalypse, XIV, 1-4 : " Je regardai encore
: et je vis l’Agneau debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent qua- p.398 fin p.399 début rante-quatre mille personnes qui avaient son nom et le nom de mon père écrits sur le front. - J’entendis alors une voix qui venait du ciel, semblable au bruit que font de grandes eaux et de grands éclats de tonnerre, et cette voix que j'entendis était comme le son de plusieurs joueurs de harpes qui touchent leurs harpes. Ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait chanter ce cantique, que ces cent quarante-quatre mille qui ont été achetés de la terre. - Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes, parce qu'ils sont vierges ; ceux-là suivent l'Agneau partout où il va. "
13. Psaume, XLIV, 11-16 : " Ecoutez, ma fille, ouvrez les yeux, et ayez l'oreille attentive ; oubliez votre peuple et la maison de votre père - Et le roi sera épris de vos charmes ; c'est lui qui est le Seigneur votre Dieu, et il sera adoré de tous (autrement suivant l'hébreu, il est votre maître, prosternez-vous devant lui). - Et les filles de Tyr vous offriront des présents : tous les riches d'entre le peuple vous offriront leurs humbles prières (autrement suivant l'hébreu, brigueront la faveur de vos regards). - Elle est cette auguste princesse, toute resplendissante dans son intérieur, sa robe est brochée d'or, et orné de broderies. - Les vierges seront présentées au roi après elle ; ses compagnes seront amenées devant lui. "
14. I Corinthiens, VII, 1-40 : " Quant aux choses au sujet desquelles vous m'avez écrit, je vous dirai qu'il est avantageux à l’homme de ne toucher aucune femme. - Néanmoins, pour évite la fornication, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari. - Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et la femme à son mari ce qu'elle lui doit elle-même. - Le corps de la femme n'est point en sa puissance, mais en celle du mari : de même le corps du mari n'est point en sa puissance, mais en celle de la femme. Ne vous refusez point l'un à l’autre ce devoir,' si ce n'est du consentement de l'un et de l'autre pour un temps, afin de vous exercer à l'oraison ; et ensuite vivez ensemble comme auparavant, de peur que le démon ne prenne sujet de votre incontinence pour vous tenter. - Au reste, ce que je vous dis, c'est par condescendance, et non par commandement. - Car je voudrais que tous fussent en l'état où je suis moi-même ; mais chacun a son don particulier selon qu'il le reçoit de Dieu, l’un d'une manière et l'autre d'une autre. - Quant aux personnes qui ne sont point mariées ou qui sont p.399 fin p.400 début veuves, je leur déclare qu'il leur est bon de demeurer en cet état, comme j'y demeure moi-même. - Que s'ils sont trop faibles pour garder la continence, qu'ils se marient : car il vaut mieux se marier, que de brûler. - Quant à ceux qui sont déjà mariés, ce n'est pas moi, mais le Seigneur qui leur fait ce commandement : Que la femme ne se sépare point de son mari. - Que si elle s'en sépare, qu'elle demeure sans se marier, ou qu'elle se réconcilie avec son mari ; et que de même le mari ne quitte point sa femme. - Pour ce qui est des autres, ce n'est pas le Seigneur, mais moi qui leur dis, que si un fidèle a pour femme une infidèle, et qu'elle consente à demeurer avec lui, il ne doit point se séparer d'avec elle ; et que si une femme fidèle a un mari qui soit infidèle, et qu'il consente à demeurer avec elle, elle ne doit point se séparer d'avec lui. Car le mari infidèle est sanctifié par la femme fidèle et la femme infidèle est sanctifiée par le mari fidèle ; autrement vos enfants seraient impurs, au lieu que maintenant ils sont saints, etc., etc. - Quant aux vierges, je n'ai point reçu de commandements du Seigneur ; mais voici le conseil que je donne comme étant fidèle ministre du Seigneur, par la miséricorde qu'il m'en a faite. - Je crois donc qu'il est avantageux, à cause des fâcheuses nécessités de la vie présente, qu'il est, dis-je, avantageux à l'homme de ne point se marier. - Etes-vous lié avec une femme ? Ne cherchez point à vous délier. N'êtes-vous point lié avec une femme ? Ne cherchez point de femme. Que si vous épousez une femme, vous ne péchez pas ; et si une fille se marie, elle ne pèche pas non plus. Mais ces personnes souffriront dans leur cœur des afflictions et des peines. Or, je voudrais vous les épargner. Voici donc, mes frères, ce que j'ai à vous dire : Le temps est court ; et ainsi, que ceux mêmes qui ont des femmes soient comme n'en ayant point ; - et ceux qui pleurent, comme ne pleurant point ; ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant point ; ceux qui achètent comme ne possédant point ; - enfin, ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant point : car la figure de ce monde passe. - Pour moi, je désire de vous voir dégagé de soins et d'inquiétudes. Celui qui n'est point marié s'occupe du soin des choses du Seigneur, et de ce qu'il doit faire pour plaire à Dieu. - Mais celui qui est marié s'occupe du soin des choses du monde, et de ce qu'il doit faire pour plaire à sa femme ; et ainsi il se trouve partagé. - De même une femme qui n'est point mariée, aussi bien qu'une vierge, s'occupe du soin des choses du Seigneur, afin d'être sainte p.400 fin p.401 début de corps et d'esprit ; mais celle qui est mariée s'occupe du soin des choses du monde, et de ce qu'elle doit faire pour plaire à son mari. - Or, je vous dis ceci pour votre avantage : non pour vous tendre un piège, mais uniquement pour vous porter à ce qu'il y a de plus saint, et qui vous donnera un moyen plus facile de prier Dieu sans empêchement. Que si quelqu'un croit qu'il y ait pour lui du déshonneur à ce que sa fille passe la fleur de son âge sans être mariée, et qu'il juge à propos de la marier, qu'il fasse ce qu'il voudra ; il ne pèchera point si elle se marie. - Mais celui qui, n'étant engagé par aucune nécessité et se trouvant dans un plein pouvoir de faire ce qu'il voudra, prend une ferme résolution dans son cœur et juge en lui-même qu'il doit conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre - Ainsi, celui qui marie sa fille, fait bien ; et celui qui ne marie pas la sienne fait encore mieux. - La femme est liée à la loi du mariage, tant que son mari est vivant ; mais si son mari vient mourir, elle redevient libre : qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur. - Mais elle sera plus heureuse, si elle demeure veuve comme je le lui conseille, et je crois que j'ai aussi en cela l'esprit de Dieu. "
15. Judith, VIII, 4-6 : " Il y avait déjà trois ans et demi que Judith était demeurée veuve. - Elle s'était fait au haut de sa maison une chambre secrète où elle demeurait enfermée avec les filles qui la servaient. - Et ayant un cilice sur les reins, elle jeûnait tous les jours de sa vie hors les jours de sabbat, les premiers jours du mois et les fêtes de la maison d'Israël. "
16. Ibidem, XV, 9-11 : " Joacim, grand pontife, vint en même temps de Jérusalem à Béthulie avec tous les anciens pour voir Judith, - qui sortit elle-même au-devant de lui ; et ils la bénirent tous d'une voix en lui disant : Vous êtes la gloire de Jérusalem ; vous êtes la joie d'Israël ; vous êtes l'honneur de notre peuple. - Car vous avez agi avec un courage mâle, et votre cœur s'est affermi, parce que vous avez aimé la chasteté, et qu'après avoir perdu votre mari, vous n'avez point voulu en épouser d'autres. C'est pour cela que la main du Seigneur vous a fortifiée et que vous serez bénie éternellement. "
17. LUC, II, 36-37 : " Il y avait aussi une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser, qui était fort avancée en âge, et qui n'avait vécu que sept ans avec son mari après l'avoir épousé étant vierge. - Elle était alors veuve, âgée de quatre-vingt-quatre ans, et elle demeurait sans cesse dans le p.401 fin p.402 début temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et dans les prières. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. JEROME, in caput LVI Isaiæ ; ce passage a été rapporté plus haut, article du sacrement de mariage, question V, témoignage 22, tome III, page 339.
2. Le même, Lib. I adversùs Jovinianum, c. 7, réfute ainsi l'hérétique Jovinien, qui disait que les vierges, les personnes mariées et les veuves, du moment où elles étaient baptisées, avaient toutes le même mérite devant Dieu, supposées qu'elles fussent égales quant au reste : " Notre-Seigneur, interrogé par les pharisiens, qui lui demandaient pour le tenter s'il était permis à un homme de renvoyer sa femme, comme semblait le permettre la loi de Moïse leur répondit que la chose n'était pas permise. Là-dessus ses disciples lui dirent : Si la condition d'un homme est telle avec sa femme, il n'est pas avantageux de se marier (MATTH., XIX, 10 et suiv.). Et il leur répondit : Tous ne sont pas capables de cette résolution, mais ceux-là seulement à qui il a été donné d'en-haut. Car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère, il y en a que les hommes ont faits eunuques, et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume des cieux. Qui peut comprendre ceci le comprenne. Il est aisé de voir pourquoi l'Apôtre a dit : Pour ce qui concerne les vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur (I Cor., VII, 28). C'est que Notre-Seigneur avait dit avant lui : Tous ne sont pas capables de cette résolution, mais ceux-là seulement à qui il a été donné d'en-haut. Qui peut comprendre ceci, le comprenne. Il propose le prix de la lutte ; il invite à entrer dans la carrière ; il tient en sa main la couronne de la virginité ; il nous montre une fontaine d'eau pure, et il nous crie : Que celui qui a soif vienne et boive (JEAN, VII, 37) ; que celui qui peut comprendre comprenne. Il ne nous dit pas, Buvez bon gré mal gré ; courez, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas ; mais : Celui qui voudra et qui pourra courir et boire, c'est celui-là qui vaincra et qui sera rassasié.
C'est pourquoi Jésus-Christ affectionne d'autant plus les vierges, que ce qu'elles donnent elles le donnent de leur plein gré et sans que la chose leur ait été commandée. Et il y a plus de mérite à offrir ce qu'on n'est pas tenu de donner, qu'à payer une dette exigée de nous. Les apôtres, envisageant les obligations du mariage, s'écrient : Si telle est la condition de l’homme avec sa femme, il n'est pas avan- p.402 fin p.403 début tageux de se marier. Notre-Seigneur goûtant leur réflexion : Vous avez raison, leur dit-il, de croire qu'il n'est pas à propos pour celui qui a en vue le royaume des cieux, de s'unir à une épouse ; mais l'entreprise est difficile, et tous ne sont pas capables de cette résolution : ceux-là seulement le sont, à qui il a été donné. Il y a des eunuques dont la difformité n'est qu'un jeu de la nature, d'autres en qui elle est l'effet de la brutalité des hommes ; pour moi, les eunuques que j'aime, ce sont ceux que la nécessité n'a pas faits tels, mais leur volonté seule. Ceux-là, je les reçois avec tendresse dans mon sein, pour s'être faits eunuques uniquement en vue de gagner le royaume du ciel, et n'avoir pas voulu rester ce que la nature les avait faits, afin de mieux me servir. Méditons aussi ces expressions : Qui se sont faits eunuques pour gagner le royaume des cieux. Si ceux qui se sont faits eunuques doivent avoir pour récompense le royaume des cieux, ceux au contraire qui ne se sont pas faits eunuques ne peuvent pas usurper la place de ceux qui se sont résignés à ce sacrifice. Que celui, ajoute-t-il, qui peut le comprendre, le comprenne. C'est le privilège d'une puissante foi et d'une grande vertu, que d'être pour Dieu un temple saint, que de s'offrir à lui tout entier en holocauste, que d'être enfin, comme le dit l’Apôtre, saint de corps et d'esprit. Ce sont ces eunuques qui, se regardant eux-mêmes comme des bois arides à cause de leur stérilité, s'entendent dire par la bouche d'Isaïe qu'ils ont dans le ciel une place toute préparée qui leur vaudra mieux que des enfants sans nombre. Ils ont leur type dans l'eunuque Abdmelech dont il est parlé dans Jérémie, et dans cet eunuque de la reine Candace dont il est parlé dans les Actes des Apôtres, et qui a prouvé la virilité de son âme par l'énergie de sa foi. C'est à eux qu'adressent ses lettres de Clément, successeur de l'apôtre Pierre, et dont fait mention saint Paul dans ses épîtres, et presque toutes ses paroles ont pour objet l'éloge de la virginité ; et il a été imité par beaucoup d'hommes apostoliques, de martyrs, et d'autres hommes aussi célèbres par leur sainteté que par leur éloquence, ainsi que le témoigne leurs écrits. "
3. S. BASILE, Lib. de verâ virginitate ;
le passage dont il s'agit a été rapporté plus haut, article du Mariage, question V, témoignage 23, tome III, pages 340 et suiv.
58 : " Et il y en a, a dit Jésus-Christ, qui se sont faits eunuques pour gagner le royaume des cieux. Quels sont donc ces eunuques, sinon les généreux p.403 fin p.404 début apôtres, les saints moines, et à leur suite les vierges ; Jean et Jacques, fils de Zébédée, qui sont restés vierges toute leur vie, et qui cependant ne se sont pas faits eunuques par une violence qu'ils auraient exercé contre eux-mêmes ; qui n'ont pas non plus contracté de mariages, mais qui ont servi dans cette armée en qualité de volontaires, et ont admirablement mérite la couronne promise à la victoire dans ce combat ? Après ces derniers, que de milliers de personnes ont embrassé la vie solitaire, et ont fait éclater la gloire de la virginité dans tant de communauté d'hommes et de femmes ? Ils se sont interdit le commerce des femmes, et ont parcouru avec honneur la carrière d'une parfaite pureté. Nous trouvons de même Elie dans l'Ancien-Testament. Et lorsque Paul écrit les paroles suivantes : Je le dis à ceux qui ne sont pas mariés, il est avantageux pour eux de demeurer comme moi dans cet état ; mais s'ils ne peuvent se contenir, qu'ils se marient ; comment donc est-il resté lui-même dans le célibat ? C'est qu'il s'était fait lui-même eunuque, et beaucoup depuis l'ont imité, et ont suivi ce conseil dans toute son étendue. Mais comment un eunuque peut-il contracter un mariage, s'il ne saurait se contenir suffisamment ? N'importe ; qu'ils contractent mariage, pour qu'ils ne brûlent pas d'un feu impur. Voyez-vous qu'il ne parle pas d'une mutilation de membres, mais de la continence volontaire ? "
5. S. AUGUSTIN, Lib. de sanctâ virginitate, c. 24 et 28 ; ces passages ont été rapportés plus haut, article du Mariage, question V, témoignage 24 et 25, tome III, pages 341-342.
8. S. CYPRIEN, Tract. de disciplinâ et habitu virginum : " La première loi donnée à l'homme lui enjoignait de croître et de multiplier ; la seconde est venue ensuite lui conseiller la continence. Quand le monde, à sa première formation, était encore vide et désert, il fallait que la fécondité lui donnât des habitants, et que l'homme naquît de l'homme pour peupler l'univers. Aujourd'hui que ce but est rempli, ceux qui peuvent garder la continence, eunuques volontaires, mutilent spirituellement leurs corps, pour arriver au royaume céleste. Notre-Seigneur ne le commande pas, mais y exhorte ; et ce n'est pas une nécessité qu'il nous impose, c'est un choix qu'il laisse à notre liberté. Mais p.404 fin p.405 début comme il y a ; ainsi qu'il le dit, plusieurs demeures dans la maison de son Père, il nous signale les meilleures et les plus désirables, et c'est à celles-là que vous voulez parvenir, vous qui ne retranchez les désirs de la chair qu'afin d'obtenir dans le ciel une plus belle récompense. "
9. ORIGENE, Tract. VII in caput XIX Matthæi, passage rapporté précédemment, article du mariage, question V, tome III, témoignage 32, page 343.