Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 170)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

12. S. GREGOIRE de Nazianze, in dictum illud Evangelii,

Cùm consummasset Jesus hos sermones : " Tous ne sont pas capables de cette résolution, mais il n'y a que ceux à qui cette grâce a été accordée d'en-haut. Ne donnez point à ces paroles un sens hérétique, n'introduisez point des natures différentes, les unes terrestres, d'autres spirituelles, et d'autres tenant le milieu entre les deux premières On voit des gens qui ont le cœur et les sentiments si gâtés, qu'ils croient que les uns sont absolument désespérés, que les autres seront absolument sauvés, que d'autres enfin seront ce que le voudra le penchant qui les porte soit au vice, soit à la vertu. J'avoue que parmi les hommes les uns ont de meilleures dispositions que les autres ; mais ces dispositions naturelles ne suffisent pas pour acquérir la perfection. La raison se sert de ces dispositions pour agir, comme on se sert d'un caillou pour faire du feu, en le frappant avec l'acier. " " Lorsque vous lisez dans l'Ecriture : Il n'y a que ceux à qui cette grâce a été accordée d'en-haut, ajoutez qu'elle a été accordée à ceux qui ont bonne volonté et de bonnes dispositions ; il faut attacher le même sens à ces paroles de saint Paul : Cela ne dépend donc point de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Romains, IX, 16). Il y en a d'assez présomptueux pour s'attribuer à eux-mêmes tout le mérite de leurs bonnes œuvres sans reconnaissance pour la grâce du Créateur, de qui leur vient ce qu'ils ont de bon ; l'Apôtre leur apprend par ce passage qu'on ne peut avoir une bonne volonté sans le secours de Dieu, ou, pour parler plus juste, qu'on ne peut pas même avoir la volonté de s'acquitter de son devoir, sans une grâce toute particulière de la bonté de Dieu ; la vertu ne dépend donc pas seulement de celui qui veut, ni de celui qui court ; il faut p.405 fin p.406 début aussi que la miséricorde de Dieu les soutienne.

De sorte que, comme la volonté même dépend de Dieu, c'est à bon droit qu'on lui attribue tout ce que nous faisons de bien. . . . . "

" A ces paroles : Il n'y a que ceux à qui cette grâce a été accordé d’en-haut, ajoutez :

Qui en sont dignes ; que mon Père a rendus tels, et qui y ont contribué de leur côté. . . . "

" Le mariage est bon et honnêtes mais je n'ai garde de le mettre au-dessus de la virginité, qui ne serait pas quelque chose de grand, si elle ne l’emportait sur d'autres déjà bonnes elles-mêmes. Vous qui êtes engagé dans les liens du mariage, ne vous chagrinez pas de ce que je vous dis ; il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. . . . . "

" Que les femmes mariées soient aussi à Jésus-Christ, je le veux ; mais les vierges lui appartiennent entièrement. Que les premières ne s'attachent pas au monde sans réserve mais que les autres n'y tiennent par aucun côté. Les vierges ont choisi un état qui les rapproche des anges ; qu'elles n'aient plus de commerce avec la chair et la matière, comme il pourrait leur arriver de le faire, même en continuant d'ailleurs à vivre dans le célibat. . . . "

" Que peut-on trouver de plus grand que de se mettre au-dessus des faiblesses de la chair, tout en vivant dans la chair (Cf. Sermons de saint Grégoire de Nazianze, p. 86-87). . . . . ? "

13. Le concile de Trente, session XXIV, c. 9 : " Si quelqu'un ose dire que les clercs engagés dans les ordres sacrés, ou les réguliers qui ont fait profession solennelle de garder la chasteté peuvent contracter mariage, et qu'une fois contracté, ce mariage est valide, malgré la loi ecclésiastique ou le vœu qui les lie ; et que de soutenir le contraire, ce n'est autre chose que condamner le mariage ; que tous ceux enfin qui, quand même ils auraient déjà fait vœu de chasteté, ne se sentent pas en avoir le don, peuvent se marier à leur gré, qu'il soit anathème, puisque Dieu ne refuse point ce don à ceux qui le lui demandent comme il faut, et qu'il ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. "

14. S. CYRILLE de Jérusalem, Catechesi IV illuminatorum

: " Ecoutez en particulier ce que j'ai à dire de la continence de ceux qui font profession de passer leur vie dans la solitude, ou des vierges qui mènent une vie semblable à celle des anges. O p.406 fin p.407 début mes frères, quelle belle couronne vous est réservée ! Gardez-vous bien de vous dessaisir de cette haute prérogative pour un plaisir de rien. Ecoutez ce que dit l’Apôtre : Y aurait-il parmi vous quelque impur fornicateur, qui, comme Esaü, voulût vendre pour un repas son droit d'aînesse (Hébr., XII, 16) ? Mais vous, dont les noms se trouvent inscrits dans nos registres saints, comme de gens qui font profession de continence, prenez garde de vous en faire effacer par quelque fornication qu'il vous arriverait de commettre. Mais d'un autre côté, si vous vous adonnez avec ardeur à la pratique de la continence, ne vous enflez pas pour cela d'orgueil contre ceux qui sont engagés dans le mariage ; car eux aussi sont purs. Que le mariage soit traité de tous avec honnêteté, a dit l'Apôtre à ce sujet, et que le la nuptial soit sans tache (Hébr., XIII, 4). Eh quoi ! Ignorez-vous que c'est à un mariage que vous devez votre naissance ? Si c'est de l'or que vous possédez, vous ne devez pas pour cela déprécier l'argent. "

15. Le même, Catechesi XII illuminatorum

: " Adorons Jésus-Christ né d'une vierge, et que les vierges reconnaissent les avantages de leur état. Que les solitaires aussi sachent bien comprendre toute la gloire qui est attachée à la pratique de la chasteté, car c'est là un mérite que nous pouvons aussi revendiquer. Le Sauveur a demeuré neuf mois dans les entrailles d'une vierge. Si cette vierge est si vénérée des fidèles pour neuf mois qu'elle a possédé le Sauveur dans son sein, nous le mériterons bien davantage en le possédant toute notre vie. Nous tous, jeunes gens et jeunes filles, vieillards et enfants, avançons avec la grâce de Dieu dans la carrière de la chasteté, ne nous livrant point à l’intempérance, mais ne nous occupant que de louer le nom du Seigneur. Gardons-nous bien de méconnaître la gloire de la chasteté : c'est une couronne digne des anges, c'est une perfection au-dessus de l'humanité : respectons des corps qui brilleront un jour comme le soleil. Ne portons pas atteinte, pour un vil plaisir, à la pureté d'un corps appelé à une si haute destinée. Le péché que nous commettrions en cela ne nous causerait qu'un plaisir d'un moment, et nous attirerait une honte éternelle. Ceux qui pratiquent la chasteté sont des anges vivant sur la terre. Les vierges seront associées à la vierge Marie. "

16. Le même, Catechesi XV illuminatorum :

" Dans le livre de vie sont inscrites toutes vos prières comme tous les psaumes que vous chantez, comme toutes vos aumônes, comme tous vos jeûnes, comme tout mariage fidèlement gardé, comme tout en- p.407 fin p.408 début gagement de continence contracté en vue de Dieu. Car les Ecritures assignent une couronne toute particulière à la virginité et à la chasteté, dont le mérite vous donnera un éclat semblable à celui dont brillent les anges. "

17. S. MARTIAL apôtre, epist. ad Tolosanos, c. 8 (C'est à tort que cette épée est attribuée à saint Martial, apôtre de Limoges, quoiqu'elle ne contienne rien de répréhensible dans la doctrine. V. NAT. ALEX., Hist. eccles., t. III, p. 56, 168) : " La vierge Valérie, épouse d'un roi de ce monde, mais bien plus heureusement encore épouse du roi des cieux, puisqu'elle avait vouée à Dieu sa virginité, tant de l’âme que du corps, à la suite de mes prédications qu'elle avait entendues, a eu la tête tranchée, et pour cette vie temporelle dont elle a fait le sacrifice, elle a fait l'acquisition de la vie éternelle, comme elle a triomphé de la mort éternelle en subissant avec joie une mort temporelle pour l'amour de Jésus-Christ. . . . . "

" L'époux de cette vierge, témoin de son martyre, est devenu tellement amoureux des souffrances de Jésus-Christ, qu'il ne donne plus à ses sujets que l'exemple d'une vie toute céleste, crucifiant les désirs de sa chair, faisant tous les jours de nouvelles conquêtes sur l'empire du démon : non-seulement en ce qu'il met son bonheur à orner et à bâtir des églises dans tout son royaume à la gloire de Jésus-Christ, ainsi qu'il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous, mais encore en ce qu'il applique son être à détruire les anciens temples des démons et tous les repaires d'impures idoles qu'il peut découvrir. Aussi devez-vous lui obéir en tout, parce que c'est Dieu qui vous l'a donné pour maître, Dieu la source et le soutien de toute puissance comme de toute paternité qu'il peut y avoir dans le ciel et sur la terre. C'est Dieu en effet qui a bien voulu amener ce bon prince à la vraie foi, dont la grâce a fait de lui un homme nouveau, uni au nouvel homme qui est Jésus-Christ ; et c'est l'attrait des récompenses promises pour la vie future qui a eu la puissance de lui faire répudier les liens du mariage, par suite de mes prédications, pour pouvoir servir Dieu plus librement, et s'occuper tout entier de procurer à des peuples entiers le bienfait de leur régénération spirituelle. "

18. Ibidem, c. 9 : " Nous ne défendons pas pour cela de contracter de légitimes mariages, puisque c'est un état honorable et institué par Dieu même dès le commencement du monde pour la multiplication du genre humain. Mais, quoiqu'il soit permis à l'homme de vivre dans cet état, il est plus parfait de demeurer p.408 fin p.409 début

dans l'état de veuvage. Notre-Seigneur nous a montré de plus un autre degré de perfection plus élevé que les deux premiers dans l'état de virginité qu'il assimile à celui des anges. C'est à embrasser cet état qu'il nous invitait en disant : Tous ne comprennent pas comment la chose est possible : que celui qui peut le comprendre ; le comprenne (MATTH., XIX, 12). "

19. Ibidem, c. 10 : " Je vous le prédis donc avec assurance : tous ceux d'entre vous qui auront préféré l'état de veuvage en vue de la récompense promise, ne seront point frustrés du bonheur de voir Dieu. Ceux qui auront fait choix d'un état encore plus parfait, qui est la virginité, obtiendront dans la bienheureuse éternité une gloire cent fois plus grande. Car celui qui a voulu avoir pour mère une vierge, qui a vécu lui-même dans l'état de virginité, qui est mort et ressuscité vierge comme premier-né d'entre les morts, décernera dans le royaume de son Père une gloire toute spéciale à ceux qui, de leur plein gré, auront imité son exemple. "

20. S. CYPRIEN, Tract. de disciplinâ et habitu virginum : " Maintenant c'est aux vierges particulièrement que je m'adresse ; plus leur état est sublime, plus il impose de vigilance. Les vierges ! fleurs de l'Eglise, chefs-d'œuvre de la grâce, témoignage d'une nature excellente, ouvrages parfaits et incorruptibles, images de Dieu où se réfléchi la sainteté du Seigneur, portion la plus noble du troupeau de Jésus-Christ. . . . . Non, elle n'est pas vaine la vigilance avec laquelle ces femmes, qui ont renoncé aux convoitises de la chair et se sont consacrées à Jésus-Christ non moins d'esprit que de corps, rejettent le luxe des vêtements, sans chercher à plaire à d'autres yeux qu’à ceux de Jésus Christ, dont elles attendent le prix de leur virginité. Car c'est lui-même qui a dit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux-là seulement à qui il a été donné de la comprendre ; il y en a qui sont eunuques dès le ventre de leur mère et qui sont nés tels ; il y en a que les hommes ont faits eunuques de force, et il y en a qui se sont rendus eux-mêmes eunuques en vue du royaume des cieux. Nous voyons aussi, dans l'Apocalypse, le don de la continence indiqué, et la virginité exaltée par la bouche de l'ange, lorsqu'il dit : Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes, parce qu'ils sont demeurés vierges, et ils suivent l'Agneau partout où il va. "

" La fatigue disparaît devant l'éclat de la couronne placée au terme de la carrière. L'immortalité, un royaume, Dieu lui-même, voilà le prix de la persévérance, conservez-vous donc p.409 fin p.410 début telles que vous avez été jusqu'ici, telles que vous serez éternellement. . . . . Notre-Seigneur dit dans l’Evangile : Les enfants de ce siècle engendrent et sont engendrés ; mais ceux qui mériteront d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts, ne se marieront point ; car ils ne pourront pas mourir, et ils deviendront semblables aux anges, comme étant les enfants de la résurrection. Vous avez déjà commencé d'être ce que nous serons un jour.

Vous possédez dès ce monde la gloire de la résurrection et vous traversez le siècle sans vous laisser atteindre par la contagion du siècle. Lorsque vous demeurez chastes et vierges, vous vous rendez semblables aux anges de Dieu ; tâchez seulement de conserver entière votre virginité, et d'achever avec constance ce que vous avez commencé avec courage. "

21. S. JEROME, Commentar. super Epistolam ad Philemonem, sur ces paroles : Sciens quoniam super id quod dico facies : " Si Philémon consent à faire ce que lui demande saint Paul, par déférence pour cet apôtre, à combien plus forte raison ne le fera-t-il pas par amour pour Dieu ? De là cet éloge que lui décerne l'Apôtre, pour avoir été au-devant de ses vœux, en sorte que ce fortuné disciple pouvait dire avec le Psalmiste : Agréez, Seigneur, l’hommage volontaire de mes lèvres (Ps. CXVIII, 108), et comme je fais plus qu'il ne m'a été commandé, faites que je l'emporte sur ceux qui, se bornant à faire les choses strictement nécessaires doivent dire en conséquence : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire (LUC, XVII, 10). La virginité obtiendra de même une récompense et une gloire toute spéciale, par la raison même qu'elle n'est point commandée, et qu'elle fait au-delà de ce qui est rigoureusement exigé. "

22. S. AUGUSTIN, Lib. de sanctâ virginitate, c. 14 : " Mais comme dans la vie éternelle elle-même, promise à tous ceux qui auront évité le péché ou en auront obtenu le pardon, il y aura une gloire spéciale réservée seulement à quelques-uns ; ce serait trop peu d'obtenir la gloire d'être exempt de péchés si l'on ne faisait en même temps au divin libérateur quelque sacrifice volontaire, sacrifice dont on pourrait se dispenser sans crime, et qu'il n'y a par-là même que plus de mérite à accomplir. Je donne un conseil, nous dit l'Apôtre (I Cor., VII, 25) ; car je sais ce qu'exige le besoin du temps présent qui demande qu'il y ait des mariages, état où c'est une nécessité de penser moins à Dieu qu'il ne faudrait pour obtenir cette gloire, qui ne sera pas le p.410 fin p.411 début partage de tous ceux-là mêmes qui auront part à la vie éternelle. Car une étoile diffère en clarté d'avec une autre étoile, et ainsi en sera-t-il par rapport aux morts ressuscités. Il est donc bon et avantageux pour un homme de rester dans cet état. "

23. Ibidem, c. 27 : " Courage donc, vous tous, saints de Dieu, jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes vivant dans le célibat et hors du mariage ; continuez et persévérez jusqu’à la fin. Vous apporterez avec vous, aux noces de l'Agneau, un cantique nouveau, que vous chanterez sur vos harpes ; non pas le même cantique que toute la terre est invitée à chanter par ces paroles : Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; chantez au Seigneur, vous tous habitants de la terre (Ps. XCV, 1) ; mais un cantique tel, qu'il n'y aura que vous qui puissiez le chanter. . . . . " " Où pouvons-nous penser qu'aille cet Agneau ?

Où il n'y a que vous qui osiez ou puissiez le suivre. Où pensons-nous qu'il aille ? Dans quels bois, dans quelles prairies ? Dans des lieux sans doute où il y a de grandes joies ; non de ces vaines joies du siècle, de ces séduisantes folies, ni de ces joies non plus qui, jusque dans le royaume de Dieu, seront partagées par ceux-là mêmes qui ne seront pas restés vierges, mais des joies auxquelles toutes les autres n'auront rien d'égal. La joie des vierges de Jésus-Christ leur viendra de lui, l'aura pour objet, sera une participation et un effet de la sienne ; il en sera le motif, le principe et la fin. Les joies des vierges de Jésus-Christ ne sont pas les mêmes que les joies des autres personnes qui ne sont pas vierges, quand même ces dernières appartiendraient aussi à Jésus-Christ, car si les autres ont aussi des joies, ces joies ne sont pas à comparer à celles des vierges. "

24. Ibidem, c. 28 : " Que les autres qui ont perdu leur virginité s'attachent donc néanmoins à suivre l'Agneau, non pas qu'ils le puissent partout où l'Agneau ira, mais qu'ils le fassent autant qu'ils le pourront. Or, c'est ce qu'ils peuvent faire partout, excepté dans les brillants sentiers de la virginité. "

25. Ibidem, c. 29 : " Vous donc (vierges), suivez-le, en restant fidèles au vœu que vous avez fait ; portez-vous-y avec ardeur tandis que vous le pouvez, de peur de perdre cet avantage de la virginité dont il vous serait impossible ensuite de réparer la perte. Les autres fidèles qui ne pourront suivre l'Agneau jusque-là, vous verront et vous admireront sans vous p.411 fin p.412 début porter envie ; et vous félicitant de votre bonheur, sans pouvoir en jouir dans leurs propres personnes, ils en jouiront dans les vôtres. Courage donc et confiance ; soyez forts et persévérant, vous qui vouez à Dieu, et gardez fidèlement une continence de toute la vie, non en vue des intérêts de ce monde, mais en vue du royaume des cieux. "

26. Ibidem, c. 30 : " Vous aussi qui n'avez pas encore fait ce vœu, mais qui pouvez le faire, faites-le promptement, et persévérez ensuite, pour obtenir un jour le prix. Apportez chacun votre victime au sacrifice, et entrez dans le temple du Seigneur, non pour obéit à la nécessité, mais par le mouvement spontané de votre volonté. Car on ne vous dit pas : Ne contractez pas mariage, de la même manière qu'on vous a dit : Vous ne commettrez point d'adultères, vous ne tuerez point. L'obéissance à ces derniers précepte est obligée, et leur violement entraînerait votre damnation ; au lieu que la déférence au conseil que je vous donne est volontaire, et son observation vous méritera des éloges. Là c'est une dette que le Seigneur exige de vous ; ici c'est une surérogation dont vous reviendra tout le profit. Songez à la place distinguée qui vous sera assignée dans la sainte cité, et qui vous vaudra mieux qu'une postérité nombreuse. Pensez à ce beau nom que vous porterez éternellement. Qui pourrait en expliquer toutes les merveilles ? Si grand qu'il soit déjà en lui-même, il sera éternel dans sa durée C'est en faisant de cette gloire l'objet de votre foi, de votre espérance et de votre amour, que vous avez pu renoncer à des mariages qui vous étaient, je ne dis pas, défendus mais permis au contraire, et c'est ce qui fait la gloire de votre sacrifice. "

27. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Pastoral, troisième partie, admonit. 29 : " Dites-leur de se rappeler sans cesse les récompenses qui les attendent ; ce souvenir les aidera à triompher de la tentation. L'âme bien pénétrée de la grandeur de la félicité éternelle, qui sera la récompense de la vertu, trouve bien légères les peines de cette vie passagère. Qu'ils fassent attention à ces paroles du prophète Isaïe : Voici ce que le Seigneur dit aux eunuques : Ceux qui observeront mes fêtes, qui s'attacheront à faire ma volonté et qui auront gardé mon alliance, je les rendrai plus considérables (C'est là en effet le sens que saint Grégoire paraît attacher ici à ce passage, comme on le voit par ce qu'il va dire immédiatement après l'avoir cité. Il semble plus naturel de l'expliquer comme l'a fait Sacy, qui a traduit : Je leur donnerai dans ma maison et dans l'enceinte de mes murailles une place avantageuse, et un nom qui leur sera meilleur que des fils et des filles) dans ma maison et dans l'enceinte de mes murailles, que mes fils et mes filles (ISAIE, LVI, 4). p.412 fin p.413 début " Les eunuques représentent en effet ceux qui, domptant les mouvements déréglés de la chair et les désirs de la concupiscence, combattent le penchant qu'ils pourraient avoir à faire de mauvaises actions. Le Prophète fait assez voir en quelle estime ces sortes de personnes sont auprès de Dieu, puisqu'il les préfère à ses autres enfants par rapport au rang qu'il leur destine dans son royaume. C'est à eux que sont adressées ces paroles de l'Apocalypse : Ce sont eux qui ne se sont point souillés avec les femmes, parce qu'ils sont vierges ; ils suivent l'Agneau partout où il va, et chantent un cantique que personne ne peut chanter que les cent quarante-quatre mille. " " Chanter à la louange de l'Agneau ce cantique que d'autres ne peuvent chanter, à la réserve des cent quarante-quatre mille, cela veut dire, se réjouir éternellement avec lui plus que le reste des hommes, parce qu'on est vierge. Les autres élus peuvent écouter ce cantique, quoiqu'ils ne puissent le chanter ; car s'ils ne sont pas élevés au même degré de béatitude, leur charité cependant fait qu'ils se réjouissent d'y voir les autres élevés et récompensés plus richement qu'eux-mêmes (Cf. Le pastoral de saint Grégoire, trad. par Ant. de Marsilly, pag. 299-300). "

28. S. JEROME, Lib. I adversùs Jovinianum, c. 4, explique de la manière suivante ce qu'avait dit saint Paul dans sa première Epître aux Corinthiens, c. 7 : " Les Corinthiens avaient écrit à l'Apôtre, pour savoir de lui si ceux d'entre eux qui se trouvaient mariés devaient mener une vie célibataire et renvoyer leurs épouse par motif de continence, depuis qu'ils s'étaient convertis à la foi chrétiennes à ceux qui étaient vierges au moment de leur conversion pouvaient actuellement contracter mariage ; si, de deux époux mariés dans le paganisme, l'un des deux qui se convertirait la vraie foi pouvait abandonner l'autre resté infidèle ; enfin si, en cas de mariage à contracter, un homme était obligé de prendre une épouse chrétienne ou s'il pouvait en prendre une qui ne le fût pas. "

Ibidem, c. 7 : " Ne soyez donc point étonnés, si continuellement en butte aux tentations de la chair, sollicité par les attraits des vices, nous ne sommes pas obligés, mais simplement p.413 fin p.414 début exhortés à mener la vie des anges. Car un conseil donné laisse toujours la liberté de ne pas le suivre à celui à qui il s'adresse ; au lieu qu'un précepte impose à celui qui en est le sujet la nécessité de s'y conformer. Je n'ai pas, dit l’Apôtre, de préceptes du Seigneur à intimer aux vierges, mais j'ai un conseil à leur donner, Dieu m'ayant fait la miséricorde de me rendre son ministre fidèle (I Cor., VII, 25). Mais, ô Apôtre, si vous n'avez pas de préceptes du Seigneur à faire valoir, pourquoi osez-vous donner un conseil, sans avoir reçu l'ordre de donner ce conseil même ? L'Apôtre me répondra : Eh quoi ! vous voulez que je fasse un précepte de ce que le Seigneur veut bien nous proposer, mais sans nous le commander ? Cet auteur de notre nature, connaissant la fragilité du vase qu'il a formé, nous a laissé la liberté d'embrasser la virginité, tout en nous en faisant connaître l'excellence ; et moi, docteur des gentils, qui me suis fait tout à tous, pour les gagner tous, j'imposerais à de nouveaux convertis, à peine initiés le fardeau si lourd pour leur faiblesse d'une chasteté perpétuelle ?. . . "

" De quoi peut donc s'occuper une vierge ou une femme non mariée ? Elle s'occupe du soin des choses du Seigneur, afin d'être sainte de corps et d'âme (I Cor., VII, 34). Quand il n'y aurait rien autre chose que cela, quand les vierges n'auraient point à attendre d'autre récompense, ce seul avantage de s'occuper du soin des choses du Seigneur devrait sans doute leur suffire. En même temps, l'Apôtre nous enseigne quel devra être pour elles le fruit d'une telle occupation ; ce sera, ajoute-t-il, de sanctifier leur corps et leur âme. Car il y en a qui sont vierges de corps, sans que leur âme le soit ; dont le corps est intact, mais dont l'âme est corrompue. Au lieu que la virginité que Jésus-Christ accepte en sacrifice, est celle qui n'est souillée pas plus par les affections de l'âme, que par les dérèglements du corps. . . Et pour qu'on ne pût pas croire qu'il voulût imposer le joug pesant de la chasteté à ceux mêmes qui s'y refuseraient, il se hâte d'ajouter pour quelle raison il donne ce conseil : C'est, dit-il, pour votre avantage ; non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter seulement à ce qu'il y a de plus saint, et qui vous donnera un moyen plus facile de servir Dieu sans empêchement (I Cor., VII, 35). . . . . "

" Et celui qui ne marie point sa fille fait encore mieux (I Cor., VII, 38). S'il n'avait pas eu l'intention d'ajouter ces mots, Fait encore mieux, l'Apôtre n'aurait jamais écrit les premiers, Fait p.414 fin p.415 début bien. Or, là où se trouve un choix à faire entre ce qui est bien et ce qui est mieux, l'avantage de l'un et de l'autre ne peut pas être le même ; et quand les avantages ne sont pas les mêmes, c'est. que les dons sont inégaux. Il y a donc, entre le mariage et la virginité, la même différence qu'entre ne pas faire le mal et faire le bien, ou, pour me servir d'une expression plus radoucie, la même différence qu'entre le bien et le mieux. "

Ibidem, c. 8 : " Après avoir terminé la question qui lui était proposée à débattre entre le mariage et la virginité, et établi entre les deux un juste équilibre de devoirs, pour que personne ne s'en écarte ni à droite ni à gauche, mais que tous suivissent la voie royale et s'en tinssent à la recommandation que nous fait l'Ecclésiaste de ne pas être justes à l’excès (Ecclés., VII, 17), l'Apôtre en vient à comparer la monogamie avec la bigamie successive ; et de même qu'il avait préféré la virginité au mariage, ainsi préfère-t-il les premières noces à de secondes. Il dit en conséquence : La femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant ; mais si son mari meurt, elle est libre ; qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur : mais elle sera plus heureuse si elle demeure veuve, comme je le lui conseille ; et je crois que j’ai aussi l'esprit de Dieu (I Cor., VII, 39-40). Il permet les secondes noces, mais à qui ? A celles qui veulent absolument se remarier, à celles qui ne sauraient vivre dans la continence, de peur que la mollesse de leur vie les portant à secouer le joug de Jésus-Christ, elles ne s'engagent, en voulant se remarier, dans une juste condamnation par le violement de la foi qu'elles lui avaient donnée auparavant (I Tim., V, 41-42) : et il leur accorde cette permission, parce que plusieurs avaient donné dans les pièges de Satan. Du reste, dit l'Apôtre, elles seront plus heureuses si elles demeurent vierges ; et il fait valoir en même temps l'autorité de son apostolat : Comme je le leur conseille, ajoute-t-il. Enfin, pour qu'on ne fût pas tenté de mépriser son autorité même apostolique, sous prétexte que ce n'était encore que l'autorité d'un homme, il ajoute de plus : Et je crois que j'ai l'esprit de Dieu. Quand il invite à garder la continence, il donne le conseil, non d'un homme, mais de l'esprit de Dieu ; mais quand il permet de se marier, il ne fait plus mention de l'esprit de Dieu, il propose seulement le conseil de la prudence, qui est de ne se charger que du fardeau que les épaules peuvent porter. Il fait bien voir ce qu'il pense de la sainteté de la bigamie, lorsqu'il défend d'admettre des bigames dans le clergé et qu'il dit à Timothée :

p.415 fin p.416 début Que celle qui sera choisie pour être mise au rang des veuves n'ait pas moins de soixante ans, et qu'elle n'ait eu qu'un mari (I Tim., III, 2 ; V, 9). Toute cette instruction regarde les veuves que l’Eglise nourrit de ses aumônes. Je ne condamne pas les bigames, ni même les trigames, les polygames enfin à tel degré qu'on voudra ; je dirai même plus, je recevrai tout libertin qui voudra faire pénitence. Tout ce qui est permis de la même manière doit être pesé à la même balance. "

Ibidem, c. 9 : " Disons au sujet d'Adam et d'Eve, qu'ils étaient vierges dans le paradis jusqu’à ce qu'ils eussent péché et qu'ils se marièrent aussitôt qu'ils en eurent été mis à la porte. Le mariage, voilà ce qui peuple la terre ; la virginité, voilà ce qui forme la population du paradis. "

Ibidem, c. 12 : " De même que nous lisons que Moïse avait une épouse parce qu'au fond il représentait l'ancienne loi, faites-moi voir que Jésus, fils de Navé, avait une épouse ou des enfants, et si vous pouvez y réussir, je m'avouerai vaincu. "

Ibidem, c. 13 : " Je vous prie, lecteur, et c'est un avis que je dois souvent répéter, d'être bien convaincu que ce que je dis, je le dis parce que j'y suis forcé, et que je ne cherche point à rabaisser ceux qui, vivant sous la loi, ont précédé les temps évangéliques, mais qu'ils ont vécu selon leur temps et leur condition, en accomplissant simplement cet ordre du Créateur : Croissez, et multipliez-vous, et remplissez la terre (Gen., I, 22). Je dirai bien plus : c'est qu'ils figuraient ce qui dans la suite des temps devait arriver. Mais nous, à qui il a été dit : Le temps est court, et ainsi, que ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant point (I Cor., VII, 29)' une autre loi nous est faite, après surtout que le Sauveur a inauguré la virginité dans sa personne. Il est assez clair, sans que j'aie besoin de le dire, que c'est bien sottement que Jovinien a inscrit Elie et Elisée dans le catalogue des gens mariée, car, si Jean-Baptiste a marché dans l'esprit et dans la vertu d'Elie (LUC, I, 17), et s'il est toujours resté vierge, c'est qu'il n'a pas marché seulement dans son esprit, mais aussi dans l'imitation de sa chasteté. Il serait superflu de parler aussi de Daniel, puisque les Hébreux ont toujours cru jusqu’à nos jours, que lui et les trois jeunes hommes étaient eunuques, conformément à la prédiction que Dieu en avait faite à Ezéchias par la bouche d'Isaïe en ces termes : Ils prendront de vos enfants, de ceux qui seront sortis de vous, et que vous aurez engendrés pour servir d'eunuques dans le palais du roi de Babylone (ISAIE, XXXIX, 7). "

p.416 fin p.417 début Ibidem, c. 14 : " Jovinien passe à l’Evangile, et nous oppose Zacharie et Elisabeth, Pierre et sa belle-mère, et ses hallucinations habituelles l'empêchent de s'apercevoir que de tels exemples, il les prend parmi des personnes qui vivaient encore sous la loi. Car l’Evangile ne date à proprement parler que du Calvaire, où Jésus-Christ l'a inauguré par ses souffrances et par l'effusion de son sang. D’après cette règle, Pierre et les autres apôtres, pour faire à notre adversaire toutes les concessions possibles, ont bien eu des épouses, mais ils les avaient épousées dans un temps où l'Evangile leur était inconnu. Appelés dans la suite à l'apostolat, ils renoncent aussitôt aux embarras du mariage. Et en effet, lorsque Pierre, représentant tous les apôtres dans sa personne, dit à Notre-Seigneur :

Voilà que nous avons abandonné tout pour vous suivre (MATTH., XIX, 27 ; MARC, X, 28 ; Luc, XVIII, 28-30), le Seigneur lui répond : Je vous dis en vérité que personne ne quittera pour le royaume de Dieu, ou sa maison, ou son père, ou sa mère, ou ses frères, ou sa femme, ou ses enfants, sans recevoir dès ce monde beaucoup plus qu'il n'aura quitté, et dans le siècle à venir la vie éternelle. Que si, pour nous prouver que tous les apôtres avaient leurs femmes avec eux, il nous oppose les paroles suivantes de saint Paul (I Cor., IX, 5) : N'avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme (ou une épouse, le mot grec ???? voulant dire les deux indifféremment), comme font les autres apôtres, et les frères de Notre-Seigneur, et Céphas ? Qu'il n'omette pas d'y joindre cet autre mot qui s'y trouve dans les exemplaires grecs : une femme qui soit notre sœur. Ce qui fait voir que l'Apôtre ne veut parler que de ces saintes femmes qui, d'après l'usage reçu dans la nation juive, pourvoyaient aux besoins de ceux dont elles suivaient les leçons, comme nous le lisons de Notre-Seigneur lui-même (LUC, VIII, 3). D'ailleurs, la suite du contexte n'admet pas d'autre sens que celui-là : N'avons-nous pas, dit en même temps l'Apôtre, le droit d'être nourris à vos dépenses et de mener partout avec nous une femme qui soit notre sœur ? Puisqu'il a soin d'avertir qu'il parle des dépenses de l'entretien, il est évident que par ce mot de femmes qu'il emploie, il ne faut pas entendre une épouse, mais de ces femmes qui aidaient les apôtres de leurs biens : chose dont nous trouvons un exemple sous l'ancienne loi elle-même dans cette femme sunamite qui avait coutume de recevoir Elie, et de mettre à sa disposition une table, du pain, un chandelier, etc. Ou bien, si nous voulons entendre par ????????

des épouses, et non de simples femmes, le mot de sœur qui se p.417 fin p.418 début trouve ajouté en lève l'équivoque, et nous oblige à entendre par-là des sœurs spirituelles, et non des épouses. D'ailleurs, si nous en exceptons Pierre, rien ne prouve dans l’Evangile que les apôtres aient été mariés, et puisque l’Evangile ne le dit que d'un seul, sans rien dire des autres sous ce rapport, nous devrions plutôt penser qu'ils n'étaient pas mariés puisque l'Ecriture garde là-dessus le silence (Ce même sujet a été traité par saint Augustin, Lib. de opere monach., c. 4). Lui cependant, qui nous a objecté les exemples de Zacharie et d'Elisabeth, de Pierre et de sa belle-mère, qu'il sache que le fils de Zacharie et d'Elisabeth a été Jean, et qu'il comprenne par-là que le mariage a donné naissance à la virginité, la loi à l’Evangile, la licence du lit nuptial à la chasteté, afin que ce fût un prophète vierge qui annonça la venue du Sauveur vierge lui-même, et qui le baptisât. Jean, disciple de Notre-Seigneur, et, à ce qu'on croit, le plus jeune de ses apôtres, est demeuré vierge, comme il s'était trouvé vierge au moment où il avait été appelé à la foi ; et c'est pour cela qu'il était l'objet des prédilections de son divin Maître et qu'il reposa sur sa poitrine. Et ce que Pierre n'avait pas osé demander lui-même, parce qu'il était marié, il prie cet autre apôtre de le demander pour lui. .

. . . "

" Le Seigneur dit à Pierre : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que vous importe ? . . . Il courut sur cela un bruit parmi les frères que ce disciple ne mourrait point (JEAN, XXI, 22-23). Tout cela nous dit suffisamment que la virginité ne meurt point, et qu'elle n'a pas besoin de se laver des souillures du mariage dans le baptême sanglant du martyre, mais qu'elle demeure avec Jésus-Christ, ou que si elle ferme les yeux à la lumière, c'est pour aller se réunir à lui, et non pour s'endormir dans la mort. Mais si Jovinien s'obstine à dire que Jean n'était pas vierge, quoique nous ayons dit que sa virginité avait été la cause de la prédilection de Notre-Seigneur pour cet apôtre, qu'il nous explique donc pourquoi, s'il n'était pas vierge, il était plus aimé que les autres apôtres. "

Ibidem, c. 18 : " Je ne nie pas la sainteté des veuves, qui restent dans cet état après le baptême, je ne veux non plus rien diminuer du mérite de celles qui vivent dans la chasteté tout en restant avec leurs époux ; mais, de même que ces dernières recevront de Dieu une plus belle récompense que celles qui usent p.418 fin p.419 début dans le mariage de leurs droits d'épouses, ainsi elles ne doivent pas elles-mêmes se fâcher de ce que je leur préfère la virginité. Car si leur pudicité venant si tard, après qu'elles ont jeté, pour ainsi dire, l'écume des plaisirs sensuels, les rend si fières à l'endroit de celles de leurs pareilles qui usent encore du mariage, pourquoi ne reconnaîtraient-elles pas de même leur infériorité en se comparant à celles dont la vie entière n'est qu'une perpétuelle chasteté. "

Ibidem, c. 19 : " En vain, dit Jovinien, vous alléguez cela ; car l'Apôtre veut des évêques, des prêtres et des diacres, qui soient époux d'une seule femme et qui aient des enfants. De même que l'Apôtre dit qu'il n'a pas de préceptes à donner au sujet des vierges, et que cependant il donne un conseil, comme ayant obtenu miséricorde du Seigneur, qu'il agit dans toute cette affaire de manière à préférer la virginité au mariage, et qu'il conseille ce qu'il n'ose commander, de peur de paraître jeter un filet, et d'imposer un fardeau plus lourd que ne peut en porter la nature humaine ; de même, dans l'institution de l'ordre ecclésiastique, et parce que l'Eglise encore neuve était formée de gentils, il donne à ceux qui n'ont que depuis peu embrassé la foi, des conseils plus léger pour leur faiblesse, de crainte qu'épouvantés ils ne puissent pas en supporter de plus sévères. Mais ce que dit l'Apôtre des évêques qu'on doit élire, est encore en ma faveur ; car l'Apôtre ne dit pas, etc. " Le reste comme plus haut, article du Mariage, paragraphe du Célibat ecclésiastique, question IV, témoignage 39, tome III, page 316. Ajouter ce qui suit : " Autrement si, dans la pensée de l'Apôtre, il ne devait y avoir pour évêque que des hommes mariés, cet apôtre lui-même n'aurait pas dû être évêque, puisqu'il a dit : Je voudrais que vous fussiez tous comme moi (I Cor., VII, 7). Jean aussi aurait été indigne d'occuper cette place, et il en serait de même de tant de vierges et d'autres personnes vivant dans la continence, qui font cependant le plus bel ornement de l’Eglise. "

Ibidem, c. 21 : " N'ayez point cette crainte pusillanime, que tous ne préfèrent la virginité au mariage. La virginité est une chose qui n'est pas si facile à garder ; et si elle est rare aujourd'hui, c'est à cause de cette difficulté même. Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. Commencer, c'est ce que font un grand nombre de gens ; persévérer, c'est à quoi il y en a peu qui sachent parvenir. Si tout le monde pouvait garder la virginité, Notre-Seigneur n'aurait pas dit : Comprenne ceci qui pourra p.419 fin p.420 début

le comprendre ; et l'Apôtre n'aurait pas comme tremblé en donnant un tel conseil : Pour ce qui concerne les vierges, dit-il, je n'ai pas reçu de commandements du Seigneur. " Ici se trouvent rapporté de nouveau plusieurs passages des épîtres de saint Paul, que nous nous abstenons de répéter. Saint Jérôme poursuit ainsi :

Ibidem, c. 24 : " Je n'en finirais pas, si je voulais rapporter toutes les instructions que donne cet apôtre au sujet de la chasteté. Ce sont là de ces choses dont Notre-Seigneur disait à ses disciples : J'ai encore bien des choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant (JEAN, XVI, 12). Mais quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. "

" Passons à saint Jacques, appelé frère du Seigneur, et qui était d'une telle sainteté, d'une justice si reconnue, d'une virginité si constamment exacte, que Josèphe, cet historien juif, rapporte à son sujet, que ce fut à cause de sa mort que la ville de Jérusalem fut ruinée de fond en comble. "

Ibidem, c. 25, après avoir cité un passage de l’Apocalypse (XIV, 4), saint Jérôme ajoute : "

Si les vierges sont les prémices de Dieu, donc les veuves et les personnes qui gardent la continence dans le mariage ne viendront qu'après ces prémices, c'est-à-dire qu'elles seront au second et au troisième rang ; et le peuple ne pourra être garanti de sa complète ruine, qu'autant qu'il aura de ces victimes de la chasteté à offrir au Seigneur, pour se réconcilier l'Agneau sans tache par un sacrifice également pur. Ce serait ne vouloir pas en finir, que d'expliquer ensuite la parabole mystérieuse que nous présente l’Evangile, de dix vierges, dont cinq folles, et les cinq autres sages (MATTH., XXV, 2). Ce que je me contenterai d'en inférer ici, c'est que, de même que la virginité ne nous sauve pas toute seule et sans les autres vertus, ainsi toutes les bonnes œuvres resteront imparfaites sans la virginité, la continence, la pureté, la chasteté.

"

Ibidem, c. 26, saint Jérôme conclut de cette manière : Nous avons montré plus qu'il ne fallait d'exemples de pureté chrétienne et de virginité angélique tirés des livres saints ; mais comme j'ai vu, dans les écrits de notre adversaire, qu'il nous oppose aussi les philosophes profanes, en s'attachant à prouver que notre religion a inventé là un dogme contre nature, et qui n'a jamais pu obtenir l'approbation du siècle, je vais parcourir rapidement l'histoire de la philosophie grecque, latine et barbare, et montrer que la virginité a toujours occupé le premier rang parmi les vertus qui se rattachent à la pudeur, etc. "

p.420 fin p.421 début

28. S. AMBROISE (Nous avons observé que les commentaires dont il s'agit ici ne sont pas de saint Ambroise, mais plutôt d'Eusèbe d’Emèse), in caput VII Epistolæ I ad Corinthios : "

L'Apôtre n'eût pas dit : Il est avantageux à ceux qui ne sont pas mariés de rester dans cet état comme j'y suis moi-même, si lui-même avait été marié.

Il n'eût pas dit non plus : Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi. Car s'il avait été marié et qu'il eût dit cela, c'est qu'il eût voulu que personne ne fût vierge ; mais c'était bien loin de la pensée de cet apôtre. Car telle était sa piété dès l'enfance, que le mariage n'avait pour lui nul attrait ; dès-lors la grâce de Dieu l'avait prévenu. . . "

" L'Apôtre dit qu'il est avantageux de demeurer dans l'état de virginité. Et pour expliquer davantage sa pensée, il ajoute : Propter instantem necessitatem, " à cause des fâcheuses nécessités de la vie présente, " pour faire voir que le plus grand et le plus utile de tous les biens, c'est la virginité, puisque, d'après cette doctrine de l'Apôtre, non-seulement elle est plus recommandable devant Dieu, mais qu'elle est encore plus avantageuse pour la vie présente, en ce qu'elle est exempte des embarras que produit le mariage avec les peines de l'enfantement et les pertes d'enfants auxquelles sont exposées les personnes mariées. C'est pourquoi, voulant engager les fidèles à embrasser de préférence la virginité, il leur fait valoir l'exemption qu'ils y trouveraient des fâcheuses nécessités de la vie présente. . . "

" L'Apôtre s'adresse à ceux qui n'ont pas de plus ardent désir que d'obéir aux commandements de Dieu, et il leur montre le chemin le plus court à suivre pour arriver à lui ; car celui qui, par amour pour Dieu, veut rester dans l'état de virginité, sachant quelle récompense est réservée à celui qui s'abstient par vertu des choses même permises, fait le sacrifice de tous les plaisirs de la chair, dont la jouissance ne ferait que le retarder dans sa course, et l'exposerait à perdre le prix qui lui est proposé. "

29. THEODORE, in caput VII Epist. I ad Corinthios

: " Pour ce qui concerne les vierges, je n'ai pas reçu de commandement du Seigneur. Car, comme les apôtres avaient dit à Jésus-Christ : Si la condition de l'homme est telle avec sa femme, il est avantageux de ne pas se marier, Notre-Seigneur leur avait répondu : Tous ne sont pas capables de cette résolution ; et encore : Comprenne ceci qui pourra le comprendre. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre inspiré de Dieu : Je n'ai pas reçu à ce sujet de commandements du Seigneur.

p.421 fin p.422 début Mais, ô Apôtre, si vous n'avez pas de loi à nous intimer là-dessus, que signifient ces paroles que vous dites ensuite : Voici le conseil que je leur donne ? Elles signifient : Si je n'ai pas de loi à leur imposer, j'ai du moins un conseil à leur donner. Car, en même temps que Dieu fait une loi de ce qui est une conséquence de notre nature, il nous exhorte de plus à faire ce qui surpasse la nature. Mais, comme l'Apôtre présumait que sa proposition paraîtra étrange à plusieurs et trouverait des contradicteurs, il justifie ce qu'il a dit en ajoutant : Comme ayant obtenu du Seigneur la grâce d'être son fidèle ministre. C'est ainsi qu'il rappelle ses droits d'apôtre avec sa modestie accoutumée. Je puis en être cru, dit-il, pour le conseil que je donne, puisque Dieu m'a fait la grâce de m'appeler et de me confier la prédication de son Evangile. Mais quel est ce conseil que vous donnez ? Je crois qu'il est avantageux, à cause des fâcheuses nécessités de la vie présente ; oui, je crois qu'il est avantageux à l'homme de ne pas se marier. Etes-vous là avec une femme ? Ne cherchez point à vous délier. N'êtes-vous point lié avec une femme ? Ne cherchez point de femme. Il dit ce mot : Je crois, non qu'il doute que la virginité soit un bien, et le plus précieux de tous les biens, mais pour ne pas paraître faire une loi d'une simple exhortation. Car toute loi exige qu'elle soit observée, ou, si elle ne l'est pas, que les transgresseurs soient punis ; c'est pourquoi il se garde de commander ce qui est d'une pratique si difficile, mais au moins il y exhorte. "

Ibidem, sur ces paroles : Qui sine uxore est, etc. : " Il montre en peu de mois la différence d'embarras qui existe entre celui qui se soumet au joug du mariage, et celui qui embrasse le célibat. Or, quiconque le voudra, pourra savoir sans peine quels sont les chagrins et les sollicitudes de ceux qui vivent dans le monde. C'est ce que, nous aussi, nous avons fait voir en détail dans ce que nous avons écrit sur la virginité, en exhortant ceux qui ont à cœur leur salut à en recueillir les avantages.

"

Ibidem, sur ces paroles : Volo autem omnes esse sicut meipsum : " L'Apôtre montre dans la continence ce qu'il y a de plus parfait, et puis il accorde à la faiblesse ce qui l'est moins, pour pouvoir y remédier par ce moyen, mais il ne néglige pas pour cela d'exciter à choisir de préférence ce qu'il y a de plus parfait, en proposant pour motif d'émulation son propre exemple, forcé ainsi de nous révéler le trésor de sa chasteté. Je dis à ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves : Il leur est bon de demeurer dans cet état, comme j'y demeure moi-même. Il fait voir de nouveau p.422 fin p.423 début qu'il est du nombre des célibataires et des personnes qui n'ont jamais été mariées. Car on ne saurait le compter parmi les hommes veufs, puisqu'il était encore tout jeune quand il fut appelé à l'apostolat. "

30. Le même, Epitome divinorun decretorum, c. de virginitate : " Dieu n'a pas, il est vrai, imposé la virginité comme une loi ; car il voyait bien que cet état surpassait en lui-même les forces de la nature ; mais en faisant l'éloge de la virginité, il a engagé ceux qui en auraient le courage à en tenter l'entreprise. Car les apôtres ayant dit : Si la condition de l'homme est telle avec sa femme, il n'est pas avantageux à l'homme de se marier, le Seigneur leur répondit : Tous ne sont pas capables de cette résolution, mais ceux-là seulement à qui il a été donné d'en-haut. .

. Et il y a des eunuques qui se sont faits eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume de Dieu. Ce qu'il faut entendre, non d'une castration physique, mais du retranchement des mauvaises pensées. Puis il ajoute : Qui pourra le comprendre, le comprenne. C'est aussi ce qui a fait dire à l'Apôtre, en parlant de la virginité : Je n'ai point reçu de commandements du Seigneur. Car Dieu n'a pas fait aux hommes une obligation de la virginité. Mais voici le conseil que je leur donne, etc. Je crois, se contente de dire l'Apôtre, qu'il est avantageux de demeurer dans cet état.

S'il se sert de cette expression : Je crois, ce n'est pas qu'il doute qu'il en soit ainsi, mais par réserve de langage, et pour éviter d'en faire une loi. Car une loi peut occasionner des transgressions, et la transgression amener une peine après elle. Il prend donc ce langage pour faire voir qu'il ne s'agit pas ici d'une loi, mais d'un conseil. Ce qu'il dit ensuite, qu'on ne pèche pas si l'on se marie, doit s'entendre des personnes qui n'ont pas encore fait vœu ou profession de virginité. "

31. S. CHRYSOSTOME, Lib. de virginitate, c. 10

: " Je sens combien cet état (de mariage) est inférieur à la virginité ; cependant je suis loin de repousser le mariage comme une institution mauvaise ; j'en fais, au contraire, un très-grand cas. " Ibidem, c. 11 : " La virginité est une bonne chose, une chose préférable au mariage : c'est encore mon avis ; et je puis vous dire, si vous voulez le savoir, combien elle est au-dessus de lui : autant que le ciel est au-dessus de la terre, autant que les anges sont au-dessus des hommes, et plus encore, si j'ose le dire. Car, bien que la virginité soit un attribut des anges, cette vertu est, plus facile et moins méritoire gour eux ; ils ne sont pas formés p.423 fin p.424 début de chair et de sang comme nous ; ils n'habitent pas sur une terre où règne le péché ; ils n'éprouvent point les dévorantes ardeurs des passions ; ils ne sont point exposés à ressentir, au milieu de l'ivresse des festins, ces molles langueurs où nous jettent une musique voluptueuse et l'aspect séduisant de la beauté. Pure comme la lumière qui se joue dans l'azur d'un ciel sans nuage, leur essence immortelle, que ne ternit jamais le souffle des passions, brille paisiblement d'un éclat virginal. "

32. Ibidem, c. 11 : " L'homme, sans doute, ne doit pas à sa nature les même avantages ; mais une noble émulation augmente ses forces, et grâce à cette glorieuse rivalité, il s'est rendu leur égal. Si, dans le ciel, les anges ne connaissent point les titres d'époux et d'épouses, les vierges, sur la terre, ne les connaissent pas non plus. Si les anges se tiennent continuellement en présence de Dieu pour exécuter ses volontés, les vierges sont aussi les servantes du Seigneur, et c'est afin que rien n’arrête l'assiduité de leur zèle, que Paul veut les mettre à l'abri des soins temporels. Si elles ne peuvent monter jusqu'au séjour des anges, parce que la chair les attache à la terre, elles ont du moins ici-bas la consolation de recevoir le Seigneur, qui vient récompenser par sa présence la pureté sans tache qu'elles ont su garder et dans leur âme et dans leur corps. Concevez-vous la sublimité de cet état ? Il assimile ceux qui vivent sur la terre aux habitants du séjour céleste, il rend les mortels semblables aux pures intelligences ; il fait des hommes les émules des anges. Mais cet état divin n'a rien de commun avec vous, qui dépréciez la vertu angélique de la virginité, qui accusez le Seigneur, et faites de lui un Dieu méchant. Vous êtes réservés au supplice du serviteur infidèle, tandis que les vierges, filles de l’Eglise, jouiront d'une béatitude ineffable. "

33. Ibidem, c. 21 : " Qu'y a-t-il en effet de plus doux, de meilleur et de plus brillant que la virginité ? La splendeur dont elle est environnée a plus d'éclat que les rayons les plus éblouissants de l'astre du jour, et c'est elle qui, épurant nos regards et les élevant au-dessus des choses de la terre, nous permet de les tenir constamment fixés sur l'éternel soleil de justice. "

34. Ibidem, c. 28 : " La femme n'est point maîtresse de sa personne, c'est le mari qui en est le maître ; et pareillement le mari n'est point maître de sa personne, c'est la femme qui en est la maîtresse. Ces paroles semblent aussi, au premier abord, n'avoir d'autre but que d'exposer les lois du mariage ; mais au fond elles p.424 fin p.425 début ne sont qu'une exhortation à la virginité. Car, dire que le mariage rend l'homme esclave de la femme, n'est-ce point engager ceux qui sont mariés à se révolter contre une tyrannie odieuse ? ou plutôt n'est-ce pas conseiller à ceux qui sont libres encore, de ne jamais perdre leur liberté ? Car une fois que l'homme a subi le joug du mariage, il ne s'appartient plus ; il faut qu'il obéisse à la femme aussi longtemps qu'elle ne veut point faire le sacrifice de ses droits. "

35. Ibidem, c. 34 : " Et vous osez encore comparer le mariage à la virginité ? Mais saint Paul ne vous laisse pas moyen de faire cette injuste comparaison ; il a établi une grande distinction entre ces deux états ; il a parlé du mariage comme d'une chose humaine, et de la virginité comme d'une vertu divine. . . "

" Plus cette vertu est difficile, plus elle est glorieuse ; au contraire, moins le mariage impose de privations, moins il mérite d'estime et de louanges. En effet, l’Apôtre n'a-t-il pas dit, en nous permettant d'embrasser ce dernier état : Je permets le mariage par indulgence, je n'en fais pas un précepte. Or, où est le mérite d'une chose qui n'est qu'un objet d'indulgence ? Mais, direz-vous, l'Apôtre a dit aussi, en parlant des vierges : Pour ce qui les regarde, je n'ai point de précepte du Seigneur. Ne met-il donc aucune différence entre le mariage et la virginité ? Sans doute il en met une. Il ne fait, il est vrai, un précepte ni de l'un ni de l'autre de ces états ; mais ce n'est point pour le même motif. Il n'ordonne pas le mariage, pour que ceux qui veulent vivre dans la continence soient libres d'accomplir cette résolution ; il n'oblige pas à la virginité, de peur que ceux qui n'ont pas assez de force pour atteindre à un si haut degré de perfection ne soient exposés à se voir condamner comme rebelles à la loi du Seigneur. Je ne fais pas, dit-il, un devoir de la virginité, car je redoute pour vous les difficultés d'une telle entreprise. Je ne fais pas non plus un devoir du mariage, car je ne veux pas porter une loi d'incontinence. J'ai dit : Vous êtes libre de prendre une femme, pour vous empêcher de tomber dans le gouffre du vice, et non pour vous défendre d'aspirer à un état plus sublime.

Ainsi donc la volonté de saint Paul n'est pas que nous cherchions dans le mariage des jouissances immodérées ; c'est la lâche incontinence des voluptueux qui a rendu nécessaire la permission qu'il accorde. "

" Voulez-vous savoir quelle est la volonté de l'Apôtre ? écoutez ce qu'il dit lui-même : Je voudrais que tous les hommes fussent p.425 fin p.426 début

chastes et purs ainsi que moi. O grand Apôtre, vous ne voulez donc pas du mariage, puisque vous voudriez que tous les hommes fussent chastes et purs ? - Il est vrai ; cependant je ne fais pas un crime aux hommes de désirer le mariage ; le plus ardent de mes vœux serait que tous fussent comme moi ; mais j'ai permis le mariage pour garantir l'homme du dérèglement des mœurs, après avoir commencé par dire quelle est la chose que j'aimerais le mieux : Il est avantageux à l'homme de ne pas s'approcher de la femme. "

36. Ibidem, c. 36 : " Si je me suis étendu sur celle matière, c'est pour qu'en entendant l'Apôtre nous dire que Dieu distribue à chacun des dons différents, vous n'alliez pas vous décourager à raisonner ainsi en vous-même : Qu'ai-je besoin de me consumer en vains efforts pour pratiquer une vertu que saint Paul appelle un don du ciel ? En effet, ce n'est que par modestie qu'il appelle ainsi la continence. - Aurait-il voulu se mettre en opposition avec le Christ et avec lui-même ? Avec le Christ, quand celui-ci dit : Il y a des eunuques qui se sont rendus tels pour le royaume des cieux, et qu'il ajoute : Que celui qui peut comprendre ma parole la comprenne ; avec lui-même, quand il condamne les veuves qui, après s'être vouées à un veuvage perpétuel, ont manqué de force pour accomplir celle résolution ; si la continence était un simple don du ciel, pourquoi l'Apôtre menacerait-il de la colère de Dieu ces veuves impatientes ? Pourquoi dirait-il : Elles sont coupables, parce qu'elles ont violé leurs premiers serments ? "

" Jamais le Christ n'a fait un crime de leur malheur à ceux qui n'avaient point les dons du ciel : ce qu'il condamne, c'est une vie impure ; ce qu'il demande principalement de nous, c'est une vie sans tache et des actions irréprochables. Quant aux faveurs, elles dépendent, non de celui qui les reçoit, mais de celui qui les accorde. . . . . Le mérite et le démérite sont des attributs attachés, non aux miracles dans lesquels éclate la puissance divine, mais bien aux actions qui manifestent l'énergie de la volonté humaine. - Pourquoi nous exhorte-t-il sans cesse à vivre chastes, si la chasteté ne dépend pas de nous, et si, pour qu'elle nous soit accordée, la grâce divine suffit, sans que nous ayons besoin d'y ajouter notre coopération ? Apres avoir dit : Je voudrais que tous les hommes fussent chastes et purs ainsi que moi, saint Paul ajoute encore : Je le déclare aux personnes qui ne sont point mariées ou qui sont veuves : elles feront bien de persévérer ainsi que moi dans la continence. "

p.426 fin p.427 début

37. Ibidem, c. 39 : " Quand il dit qu'une vierge peut se marier sans pécher, il ne parle pas de celle qui a renoncé au mariage, car la violation de ce vœu serait un crime, et un très-grand crime ; il n'a en vue que celle qui n'a pas encore choisi entre le mariage et la virginité, et qui balance incertaine entre ces deux états. . . . Il permet le mariage à celles qui viennent de perdre leur époux et qui n'ont point encore fait vœu de rester veuves ; mais il blâme sévèrement celles qui, ayant promis à Dieu de vivre dans un veuvage perpétuel, manquent à leur promesse et foulent aux pieds le traité qu'elles ont fait avec Dieu. C'est donc à celles-là, et non à celles-ci, qu'il faut appliquer les paroles de l'Apôtre : Si elles ne savent point se contenir, qu'elles se marient ; car il vaut mieux se marier que de se consumer en vains désirs. . . Il ne dit pas, Qu'elles se marient si elles sont tyrannisées par les passions, si elles sont poussées malgré elles au mariage, si elles ne peuvent résister aux tentations ; car en parlant ainsi il ne ferait qu'indiquer une faute digne de pardon. Que dit-il donc ? Qu'elles se marient, si elles ne savent se contenir ; ce qui indique de leur part une lâcheté coupable et un vice de volonté. "

38. Ibidem, c. 40 : " Les vierges qui ont un époux immortel ne peuvent contracter d'autres liens que ceux qui les unissent à cet époux céleste ; mais les femmes mariées redeviennent libres la mort de leur mari, et certes elles ne peuvent demander davantage. "

39. Ibidem, c. 41 : " Ces expressions : Que celui qui peut comprendre ma parole la comprenne, ne prouvent-elles point que Dieu abandonne la pratique de la virginité à la libre volonté de l'homme ? "

40. Ibidem, c. 49 : " La vierge qui se marie ne fait point de mal en cela ; mais elle se prive elle-même de la couronne glorieuse et des récompenses divines qui sont réservées à la virginité. Pourquoi n'a-t-il pas rappelé le triomphe éclatant qui attend les vierges dans les cieux, après les combats qu'elles auront soutenus ici-bas ? Pourquoi ne leur a-t-il pas donné l'espoir d'aller un jour au-devant de l'époux céleste, de porter leurs lampes allumées dans cette pompe sacrée, d'accompagner, pleines de confiance et entourées d'honneurs, le monarque des cieux à son lit nuptial, et de s'asseoir au premier rang près du trône de l'Eternel ? Au lieu de faire mention de ces avantages immortels et divins, il ne parle que des choses humaines et des vanités du monde. . . . . C'est aux Corinthiens qu'il parlait de la p.427 fin p.428 début virginité, c'est-à-dire à des hommes qui ne savaient de la religion chrétienne que le nom de Jésus et sa passion : il ne pouvait donc leur parler comme des chrétiens d'une science consommée ; c'étaient des enfants qu'il fallait nourrir encore du lait des faibles. Aussi lui-même leur dit-il dans sa lettre : " Vous n'êtes pas encore assez forts pour marcher dans la voie de l'éternelle vérité, la chair aveugle votre esprit ; vous n'avez pas entièrement dépouillé le vieil homme. " Voilà pourquoi, en les exhortant à la virginité et en les détournant du mariage, il n'empruntait ses arguments qu'aux objets sensibles et aux choses de la terre. . . . . Notre-Seigneur Jésus-Christ a suivi une marche toute opposée : soit qu'il parle de la virginité, soit qu'il nous entretienne de l'oubli des injures, les motifs d'encouragement qu'il nous donne sont toujours empruntés à l'ordre spirituel. Quand il veut nous engager à vivre dans la continence : Il y a, dit-il, des eunuques qui se sont rendus tels pour le royaume des cieux. "

Tous les livres