Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 175)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. S. BERNARD, Epist. CCLIII ad abbatem Garinum Alpensem

(à Guérin abbé du monastère des Alpes)

: " Un désir constant de profiter, un continuel effort pour devenir parfait, est regardé comme la perfection. Que si c'est être parfait que de travailler à le devenir, ne pas vouloir y travailler, c'est assurément déchoir. Où sont donc ceux qui disent : Cela nous suffit, et nous ne voulons pas être meilleurs que nos pères. Lâche religieux, quoi ! vous ne voulez pas avancer ? Non. Vous voulez donc reculer ? Nullement. Que voulez-vous donc ? Je veux, dites-vous, vivre et demeurer comme je suis ; je ne veux devenir, ni pire, ni meilleur. Mais vous voulez l'impossible. Car quel est l'homme en ce monde qui demeure toujours à la même place ? N'est-il pas dit de lui qu'il fuit comme l'ombre, et qu'il ne demeure jamais dans p.505 fin p.506 début un même état (JOB, XIV, 2) ? Enfin, le Créateur de l'homme et du monde, tant qu'il a été vu sur la terre et qu'il a conversé avec les hommes, ne s'est jamais arrêté mais, comme le dit l'Ecriture, il a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui lui demandaient leur guérison (Act., X, 38). Ses courses n'étaient donc pas inutiles ; elles n'étaient pas non plus ni faibles, ni lentes, ni paresseuses ; mais, selon la parole du Prophète, il s'élève tout d'abord plein d'ardeur, pour courir comme un géant dans sa carrière (Ps. XVIII, 6). Or, on ne parviendra jamais à atteindre celui qui court, si l'on ne court comme lui. Car, que sert de suivre Jésus-Christ si on ne l'atteint ? C'est pour cela que saint Paul a dit : Courez de telle sorte, que vous arriviez jusqu'au terme (I Cor., IX, 24). Vous donc, fidèle disciple du Sauveur, marquez le terme de votre course et de votre progrès au point où Jésus-Christ a marqué le sien. Il a été obéissant jusqu'à la mort (Philip., II, 8).

Par conséquent, quelque temps qu'il y ait que vous couriez, si vous ne continuez jusqu’à la mort, vous n'arriverez point au terme. Jésus-Christ est le terme de la course. Que si vous vous arrêtez pendant qu'il court, loin de vous approcher de lui, vous vous en éloignez et vous devez craindre ce que dit David : Ceux qui s'éloignent de vous, Seigneur, périront (Ps. LXXII, 27). Si donc avancer c'est courir, vous cessez de courir dès que vous cessez d'avancer, et dès que vous commencez à ne plus courir, vous commencez reculer. De là il faut conclure, que ne vouloir pas avancer, c'est reculer. "

" Jacob vit une échelle, et des anges qui étaient dessus ; mais il n'en remarqua pas un seul qui s'y arrêtât et qui demeurât à la même place : tous lui parurent ou monter ou descendre, pour donner à entendre à tout le monde que, dans cette vie mortelle, il n'y a point de milieu entre progresser et déchoir. Mais, de même qu'avec le temps les corps ou se fortifient ou s'affaiblissent, de même il est inévitable que les esprits soient toujours, en voie de décadence ou en voie de progrès (Cf. Lettres de saint Bernard, trad. de Villefore, t. II, p. 224-226). "

4. Le même, Epist. CCCXLI, aux religieux de saint

Bertin : " Le disciple qui profite est la gloire de son maître. Quiconque ne profite pas dans l'école de Jésus-Christ est indigne de l'avoir pour maître, surtout dans la vie présente, où rien ne demeure dans le même état ; car n'y point avancer, c'est inévitablement reculer. Que personne ne dise donc : C'est assez, je veux en p.506 fin p.507 début rester là ; il me suffit d'être comme hier et avant-hier. Un homme de cette espèce reste en chemin ; il s'arrête sur cette échelle où le saint patriarche ne vit personne qui ne montât ou ne descendît. Je dis donc : Que quiconque croit être debout prenne garde de tomber (I Cor., X, 12)

; la voie est étroite et difficile, et ce n'est pas ici, mais dans la maison du Père céleste qu'il y a plusieurs demeures (JEAN, XIV, 2). Ainsi, celui qui dit qu'il demeure en Jésus-Christ, doit marcher comme Jésus-Christ a marché (I JEAN, II, 6) ; car Jésus, dit l'Evangéliste, croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes (LUC, II, 40) : il ne s'est donc point arrêté, mais il est sorti plein d'ardeur pour courir comme un géant dans sa carrière. Et nous, si nous sommes sages, nous courrons après lui, attirés comme nous devons l'être par l'odeur de ses parfums. Que s'il arrive qu'on s'éloigne, le chemin n'en deviendra que plus dangereux et plus pénible pour l'âme paresseuse ; et elle ne pourra, ni sentir l'odeur qui la réjouirait, ni reconnaître comme il faut les traces certaines du Sauveur, dont elle se trouvera trop éloigné. "

" Ainsi, mes frères courez en sorte que vous puissiez l'atteindre (I Cor., IX, 24) : vous y réussirez si vous êtes bien persuadés que vous ne l'avez pas encore atteint ; si, oubliant ce qui est derrière vous, vous vous avancez vers ce qui est devant (Philip., III, 15), et si vous vous occupez continuellement de vous améliorer, de peur qu'enfin le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne périssiez hors de la voie de la justice (Ps. II, 12).

Celui qui me mange, dit la Sagesse, aura encore faim (Ecclé., XXIV, 29), et celui qui me boit aura encore soif. Que le paresseux, à qui le fumier paraît aussi dur que la pierre (Ecclé., XXII, 2), comprenne donc que le dégoût qu'il témoigne éprouver ne lui vient pas de rassasiement, mais d'inanition. " " Enfin, comme tout contribue au bien de ceux qui selon le décret de Dieu sont appelés à la sainteté, que l'exemple que nous offre le monde dans la cupidité qui l'agite nous touche et nous ébranle. Quel ambitieux n'avons-nous vu se contenter des honneurs déjà acquis, et ne pas aspirer à de nouveaux ? Et la curiosité n'est pas moins insatiable. L'œil ne se rassasie point à force de voir, ni l'oreille à force d'entendre. Les désirs toujours nouveaux des hommes livrés à l'avarice, à la volupté, à la vanité, ne nous reprochent-ils pas notre négligence et notre tiédeur ? Ayons honte du moins de nous voir convaincus d'être moins empressés à l'égard des biens spirituels. Que l’âme con- p.507 fin p.508 début vertie au Seigneur rougisse d'aimer la justice avec moins d'ardeur, qu'elle n'aimait auparavant l'iniquité. Car quelle comparaison établir entre les deux ? La récompense du péché, c'est la mort ; et le fruit de la justice, c'est une éternité de vie (Rom., VI, 23). Soyons donc tout confus d'aller maintenant avec moins d'empressement à la vie, que nous n'allions auparavant à la mort, et de travailler avec moins d'amour à notre salut, que nous n'avons fait à notre perte. Car, ce qui nous ôte toute excuse, sachons bien que, plus on se hâte, plus il est aisé de courir dans la voie de la vie. Plus le joug du Seigneur nous charge, plus il est aisé à porter. Les oiseaux ne sont-ils pas plus soulagés que chargés par la grandeur de leurs ailes, et par le nombre de leurs plumes ? Retranchez-leur ce soutien, et ils tomberont de leur propre poids. Il en est de même de la loi de Jésus-Christ, de la douceur de son joug, de la légèreté de son fardeau ; plus nous cherchons à nous en décharger, plus nous nous affaissons nous-mêmes, puisque, en le portant au contraire, nous le portons bien moins qu'il ne nous porte (Cf. Lettres de saint Bernard, trad. par Villefore, t. II, p. 521-523). "

5. Le même, Serm. II in Purificatione B. Mariæ

: " Que si quelqu'un néglige de profiter de tous ces moyens et de s'avancer de vertus en vertus, qu'il sache que c'est demeurer dans un état stationnaire, ou pour mieux dire, que c'est revenir sur ses pas, puisque ne point avancer dans la vie spirituelle c'est la même chose que reculer, rien ici-bas ne demeurant dans le même état. Or, notre avancement consiste, comme je me souviens de l'avoir dit plusieurs fois, en ce que nous ne pensions jamais être arrivé au terme de la perfection, mais que nous nous appliquions toujours à ce que nous voyons en avant de nous, et que nous travaillions sans relâche à faire des œuvres plus parfaites, en exposant continuellement nos défauts aux yeux de la divine miséricorde (Cf. Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 33). "

6. S. AUGUSTIN, Epist. CXXXVII (al. 78) ad Hipponenses

: " Je vous avoue ingénument devant Notre-Seigneur et notre Dieu qui voit le fond de mon cœur, et qui est témoin de la vérité de ce que je vous dis, que depuis que je me suis consacré à son service, comme je n'ai guère trouvé de meilleurs sujets que ceux qui menaient une vie régulière dans les monastères, je n'en ai point trouvé non plus de plus mauvais que ceux qui s'y sont pervertis, p.508 fin p.509 début en sorte qu'on pourrait appliquer particulièrement à ces saintes maisons ces paroles de l'Apocalypse : Que celui qui est juste le devienne de plus en plus, et que celui qui est souillé se souille aussi de plus en plus (Apoc., XXII, 11). Mais si nous y avons trouvé des pierres de rebut qui nous contristent, nous y en avons trouvé aussi de précieuses et en plus grand nombre, qui nous consolent. Que le marc qui blesse vos yeux ne vous donne donc point de dégoût pour ces pressoirs d'où découle l'huile sainte qui se garde dans les réservoirs du Seigneur, et qui fait briller les lampes dont son Eglise est éclairée. Que la miséricorde de Notre-Seigneur et de notre Dieu vous conserve dans la paix, mes très chers frères, malgré toutes les embûches de l'ennemi (Cf. Lettres de saint Augustin, t. II, p. 135-136). "

FIN DU TOME CINQUIEME.

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Le Grand Catéchisme

Tome

ou Précis de la Doctrine Chrétienne appuyée de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères

traduction par l'abbé A.-C. Peltier, Besançon et Paris, 1856-1857, 6 volumes, in-8.

édition numérique par JESUSMARIE.com

p.1 début

DEUXIEME PARTIE. PRINCIPES DE LA JUSTICE CHRETIENNE.

SECTION III. DES QUATRE FINS DERNIERES DE L’HOMME.

Question I

Qu’entend-on par les quatre fins dernières de l’homme ?

Les quatre fins dernières de l'homme sont la mort, le jugement, l'enfer et le royaume des cieux. On appelle ces quatre choses d'un tel nom, parce qu'elles viennent en dernier lieu parmi tous les accidents qui peuvent survenir à l'homme. La mort, en effet, est, comme on a coutume de le dire, le terme de la carrière de la vie humaine. Après la mort vient le jugement que Dieu nous fera subir, ainsi que saint Paul s'en est expliqué par ces paroles : C'est une chose arrêtée pour tous les hommes, qu'ils mourront une fois, et qu'après cela ils seront jugés. Et par ce jugement il faut entendre, tant le jugement particulier que chacun doit subir au moment de sa mort, que le jugement dernier et général auquel tous auront à comparaître à la fin du monde, ainsi que nous l'avons fait voir plus haut (Tome Ier, pag. 72 et suiv). "

Or, les uns seront jugés pour être condamnés aux peines éternelles de l'enfer, et ce seront ceux que la mort aura surpris en état de péché mortel ; les autres le seront au contraire pour p.1 fin p.2 début être établis en possession du royaume céleste et de l'éternelle félicité et ce seront ceux qui à la dernière heure se trouveront revêtus de la robe nuptiale, qui est la charité. C'est là ce que nous enseigne la vérité évangélique : Ceux qui auront fait le bien sortiront de leurs tombeaux pour ressusciter à la vie, et ceux qui auront fait le mal en sortiront pour ressusciter à leur condamnation. - Car le Fils de l’homme viendra avec ses anges dans la gloire de son Père et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Ecclésiastique, VII, 37-40 : " La libéralité est agréable à tous ceux qui vivent ; n'empêchez pas qu'elle ne s'étende sur les morts. - Ne manquez pas de consoler ceux qui sont dans la tristesse, et pleurez avec ceux qui pleurent. - Ne soyez point paresseux à visiter les malades, car c'est ainsi que vous vous affermirez dans la charité. - Souvenez-vous dans toutes vos actions de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais. "

3. Ibid., XXXVIII, 21-24 : " Souvenez-vous de votre dernière fin, et ne l'oubliez pas ; car après cela il n'y a point de retour ; vous ne rendrez à celui qui est mort aucun service en vous affligeant, et vous vous ferez à vous-même un très-grand mal. - Souvenez-vous du jugement de Dieu sur moi ; car le vôtre viendra de même ; hier c'était mon tour, et aujourd'hui ce sera le vôtre. - Que la paix où le mort est entré apaise en vous le regret que vous avez de sa mort, et consolez-vous de ce que son esprit est séparé de son corps. "

4. Deutéronome, XXXII, 28-29 : " Ce peuple n'a ni sens, ni p.2 fin p.3 début intelligence. - Que n'ouvrent-ils les yeux ? Que ne comprennent-ils ? Que ne prévoient-ils la fin ? "

5. Proverbes, XIX, 20 : " Ecoutez le conseil et recevez l'instruction, afin que la sagesse soit l'ornement de vos derniers jours. "

7. LUC, XVI, 22-24 : " Or, il arriva que le pauvre mourut, et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. - Or, levant les yeux lorsqu'il était dans les tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. - Et s'écriant, il dit ces paroles : Abraham, mon père, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau, et me rafraîchisse la langue ; car je souffre horriblement dans ces flammes. "

8. MATTHIEU, XXV, 41 : " Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : - Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. "

9. Id., XXII, 11-13 : " Le roi entra pour voir les convives, et y ayant aperçu un homme qui n'avait pas la robe nuptiale, - il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Et cet homme demeura muet. - Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

10. JEAN, V, 28-29 : " Ne vous étonnez pas de ceci

; car le temps viendra où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu ; - et alors ceux qui auront fait de bonnes œuvres sortiront pour ressusciter à la vie ; mais ceux qui en auront fait de mauvaises sortiront pour ressusciter à leur condamnation. "

11. M ATTHIEU, XXV, 34-46 : " Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde, etc. - Et ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle. "

1. S. BERNARD, Serm. de primordiis, mediis et novissimis nostris : " Vous savez maintenant quels ont été nos commencements ;

p.3 fin p.4 début vous savez aussi quel est ou doit être notre état intermédiaire ; mais nos fins dernières, quelles sont-elles ? C'est d'elles qu'il est dit, que si vous vous en souvenez, vous ne pécherez point (Ecclé., XXVI, 6). Ces fins dernières sont la mort, le jugement, l'enfer. Quoi de plus effrayant que la mort ? Quoi de plus terrible que le jugement ? Quoi de plus intolérable que l'enfer ? Que restera-t-il qui puisse faire impression sur celui que ces choses ne sauraient effrayer, ou à qui elles n'inspireraient aucune crainte ? O homme, si vous aviez perdu cette honte qui est l'indice d'un noble caractère, s i vous n'éprouviez point ce regret dont se laissent toucher les esprits même charnels, montrez-vous du moins accessible à la crainte, qui produit son effet jusque sur les brutes. Nous avons beau charger un âne et l'accabler de travaux ; il ne s'en met pas en peine, parce que sa nature est ainsi faite. Mais essayez de le jeter dans le feu ou de le précipiter dans un abîme, il fera tous ses efforts pour reculer, parce qu'il aime la vie et qu'il craint la mort. Ne vous semble-t-il donc pas juste, que celui qui se sera montré plus insensible que de tels animaux soit puni de son insensibilité et rangé dans l'ordre des tourments au-dessous de ces animaux eux-mêmes ? Craignez donc, ô homme, d'après cette considération que la mort vous séparer de tous les biens de ce corps que vous idolâtrez, et rompre par un divorce affreux l'union de votre corps et de votre âme. Craignez d'après cette autre considération que vous aurez à comparaître pour subir un jugement devant celui entre les mains duquel il est terrible de tomber (Hébr., X, 31), et que, si celui à qui rien n'est caché trouve en vous quelque iniquité à la suite de cet examen où sera repassée votre vie entière, vous serez pour toujours exclu du nombre des bienheureux et banni du séjour du repos et de la gloire. Craignez enfin d'après cette nouvelle considération, que dans l'enfer vous seriez dévoué à des tourments immenses et éternels, jeté en un mot dans le feu éternel préparé au diable et à ses anges. Cette crainte donc est appelée le commencement de la sagesse, plutôt que la honte et que le regret, parce qu'en effet ces deux autres sentiments ne sont pas aussi efficaces que le premier pour initier l'homme à la sagesse. De là vient qu'il n'est pas dit, Souvenez-vous de vos commencements ou de votre état intermédiaire, mais, Souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez point. Car la crainte a plus de force et d’énergie pour résister au péché que la honte et le regret, la honte trouvant son préservatif dans le nombre des délinquants, et le regret p.4 fin p.5 début trouvant le sien dans toutes les consolations qu'offre le monde ; au lieu que la crainte ne trouve rien qui la console. En mourant, en effet, vous n'emportez rien avec vous des biens de ce monde, soit petits, soit grands, que vous pouvez posséder ; dans le jugement que vous subirez, vous ne pourrez ni tromper votre juge, ni lui opposer de résistance ; dans l'enfer enfin, vous ne trouveriez aucune consolation, mais un éternel malheur, des hurlements, des pleurs et des grincements de dents qui n'auront point de fin. "

2. S. AUGUSTIN, Lib. II de animâ et ejus origine, c. 4 : " C'est une croyance très-orthodoxe et très-salutaire, que celle d'un jugement que subissent les âmes aussitôt qu'elles sont séparées de leurs corps, en attendant cet autre jugement qui sera prononcé sur elles après la résurrection, et les tourments qu'elles auront à endurer, ou la gloire dont elles seront mises en possession, à la suite de ce jugement dernier, avec les même corps qu'elles auront eus dans cette vie. Qui pourrait être tellement sourd à la voix de l’Evangile, tellement aheurté à ses propres opinions, qu'il ne pût entendre ou croire ces vérités, enseignées qu'elles sont dans la personne de ce pauvre qui fut reçu après sa mort dans le sein d'Abraham, et dans celle de ce riche dont les tourments au milieu des flammes nous sont dépeints avec d'aussi vives couleurs ? "

3. Le même, Tract. XLIX in Evangelium Joannis, sur ces paroles : Lazarus amicus noster dormit : " Les bons et les méchants, lorsqu'ils sont morts, doivent être considérés à l’égard de Dieu comme s'ils dormaient seulement. Mais comme il y a de la différence dans l'état de ceux qui dorment du sommeil ordinaire, suivant les songes agréables ou fâcheux qu'ils ont en dormant, de sorte que ceux qui sont sujets à en avoir de fâcheux craignent de s'endormir, de peur de s'en voir tourmentés ; de même les bons et les méchants, quoiqu'ils dorment tous du même sommeil de la mort, y dorment avec leur bonne ou leur mauvaise cause, et ressusciteront de même. Mais il n'est pas peu important pour eux de savoir quel sera le lieu où ils seront gardés jusqu'à ce qu'ils comparaissent devant leur juge. Car on peut, avant d'être jugé, être mis en arrêt de différentes manières selon que le demande l'affaire pour laquelle on est arrêté. Les uns sont mis seulement sous la garde d'un huissier, et c'est le traitement le plus modéré et le plus doux ; d'autres, sous la garde des geôliers ; d'autres enfin sont mis en prison, ceux-ci dans des chambres p.5 fin p.6 début ordinaires ; ceux-là dans des cachots, à proportion des crimes dont ils sont accusés. Il en est à peu près de même à l’égard des morts. Ils seront différemment placés, selon le bon ou le mauvais état de leur cause, jusqu'à ce qu'ils ressuscitent pour comparaître devant leur juge. Le bon pauvre fut reçu dans l'autre monde après sa mort, et le mauvais riche l'y fut aussi ; mais le premier y fut reçu dans le sein d'Abraham, et l'autre dans un endroit où il ne put trouver une seule goutte d'eau pour étanche tant soit peu la soif qui le dévorait. "

" Trouvez bon, mes frères, que je vous fasse part à cette occasion de ce qu'il me semble qui arrive à nos âmes lorsque nous mourons. Elles ont chacune leur demeure, selon l'état où elles se trouvent au sortir de leurs corps. Les bonnes sont reçues dans la joie éternelle, et les méchantes sont précipitées dans les tourments éternels. C'est ainsi qu'elles seront jusqu’à la résurrection. Mais comme alors chacune d'elles se réunir à son corps, la joie des bons s'augmentera, et les tourments des méchant seront doublés puisqu'ils seront aussi tourmentés dans leurs corps. Les âmes des saints patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs et de tous les bons chrétiens, ont été reçues au sortir de leurs corps dans la paix éternelle, et cependant elles attendent encore jusqu’à la fin des temps l'accomplissement des promesses de Dieu. Car Dieu nous a promis que nos corps ressusciteront à la fin du monde, que la mort sera entièrement détruite, et que nous jouirons de la vie éternelle avec les anges. C'est là ce que recevront également tous ceux qui appartiennent à Dieu : car pour ce repos que Dieu donne après la mort à ceux qui l'ont mérité, leur âme en jouit dès qu'elle est sortie du corps. Les patriarches y ont été admis les premiers, il y a déjà plusieurs siècles. Les prophètes les ont suivis quelque temps après ; les apôtres, depuis bien moins de temps ; les martyrs, encore plus récemment, et les fidèles y sont reçus tous les jours, à mesure qu’ils meurent ; de sorte qu'il y en a qui y sont depuis bien du temps, d'autres depuis moins, d'autres tout récemment, et d'autres qui n'y sont pas même encore (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean, tome III, p. 40-42). "

4. S. CHRYSOSTOME, Hom. XIV in Matthæum :

" Comme nous voyons que ceux qu'on tire des prisons sont présentés tout enchaînés devant le juge ; ainsi les âmes, au sortir de ce monde, p.6 fin p.7 début paraîtront chargées des chaînes de leurs péchés devant ce redoutable tribunal (Cf. Sermons de saint Jean Chrysostôme sur l'Evangile de saint Matthieu, trad. par P.-A. de Marsilly, t. Ier, p. 305). "

5. S. AUGUSTIN, Lib. contra Donatistas post collationem

: " Après avoir dit : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents, il ajoute aussitôt : Car il y aura beaucoup d'appelés mais peu d’élus (MATTH., XXII, 15). Comment cela peut-il être vrai, puisqu'au contraire il n'y en aurait qu'un sur toute une multitude à être jeté dans les ténèbres extérieures, si ce n'est parce que ce seul homme représente toute la multitude des méchants qui, en attendant le jugement de Dieu, restent mêlée avec les bons au Banquet divin ? Jusque-là ils ne sont séparés les uns des autres que par la différence de leurs vies, et s'ils mangent et boivent tous ensemble le corps et le sang du Sauveur, il y a entre eux cette distinction essentielle, que les bons sont revêtus de la robe nuptiale aux yeux de l’époux, tandis que les méchants n'ont point cette robe, qui est la divine charité ou l'amour de l'époux cherchant, comme ils le font, leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ (Phil., II, 21). "

6. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XXXVIII in Evangelia

: " Que signifie ici la robe nuptiale (MATTH., XXII, 11, 12) ? Nous ne pouvons pas dire que ce soit la foi ou le baptême puisque personne ne saurait entrer dans la salle du festin sans la foi et sans le baptême : car, tant qu'on n'a pas la foi, on est hors de l’Eglise. Que devons-nous donc entendre par cette robe nuptiale, sinon la charité ? Car celui qui est dans l'Eglise avec la foi, mais sans avoir la charité, entre bien pour un temps dans la salle des noces divines, mais il n'y peut pas demeurer sans cette robe de noces. Et en effet, c'est avec raison que la charité est appelée robe nuptiale, puisque le Seigneur en était revêtu lorsqu'il est venu à ces noces spirituelles, dans lesquelles il s'est uni à son église par un mariage tout divin. Car il n'y a que l'amour de Dieu pour les hommes qui ait porté son Fils unique à s'attacher comme il l'a fait les âmes de ses élus. Ce qui a fait dire à saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique (JEAN, V, 16). Et ainsi, étant venu vers les hommes par le motif de sa charité, il fait assez voir que c'est la charité qui doit servir de robe nuptiale (Cf. Les quarante Homélies, ou Sermons de saint Grégoire-le- Grand, p. 482-483, trad. du prince de Luynes). " p.7 fin p.8 début

Question II

Que nous enseigne l’Ecriture au sujet de la mort ?

De même que le péché est entré dam le monde par un seul homme, et la mort par le péché, ainsi la mort est passée à tous les hommes : voilà ce que nous enseigne saint Paul. C'est pourquoi, bien que l'heure de notre mort soit ce qu'il y a pour nous de plus incertain, puisque l'homme ignore sa fin, comme dit l'Ecclésiaste, il ne peut y avoir cependant rien de plus certain que notre mort elle-même. De là ces paroles de l'Ecriture dont une expérience journalière nous démontre la vérité : Nous mourons tous, et nous nous écoulons sur la terre comme des eaux qui ne reviennent plus. Et c'est ce que confirme l'auteur de l'Ecclésiastique par ces autres paroles : Tel est roi aujourd'hui qui mourra demain. Quand on sera mort, on aura pour héritage les serpents, les bêtes et les vers.

Mais comme ce qui nous importe le plus, c'est la manière dont nous mourrons et la préparation que nous y aurons apportée, de là ces avis répétés que nous donne l’Evangile : Veillez, soyez prêts, parce que le Fils de l’homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas. Or, cette vigilance et cette préparation à la mort demande de nous que nous méditions sérieusement et toute notre vie, pour nous en faire l'application, cet avertissement de l'Esprit-Saint : Faites des œuvres de justice avant votre mort, parce qu'on ne trouve point de quoi acquérir de nouvelles forces dans le tombeau ; et ces autres paroles de Jésus-Christ : La nuit vient, pendant laquelle personne ne peut agir. Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent.

Remarquons aussi la distinction que fait le Psalmiste entre la mort des justes et celle des méchants. Il dit des méchants : La mort des pécheurs est très-funeste ; et par-là il entend la mort de ceux qui, comme les Juifs obstinés, meurent dans le péché sans en avoir fait pénitence, et sortent ainsi de ce monde pour être tourmentés pendant toute l'éternité avec le mauvais riche dans l'enfer. Il dit au contraire des justes : C'est une chose précieuse devant les yeux du Seigneur que la mort de ses saints. Car pour ces derniers, la mort du corps n'est autre chose que le terme de leur pèlerinage d'ici-bas, et des ennuis ou des maux qu'ils ont à essuyer dans cette vie mortelle, un sommeil tranquille, un assoupissement exempt d'inquiétude, le commencement de la p.8 fin p.9 début véritable vie, et le passage à une bienheureuse immortalité, objet de tous leurs désirs. C'était le vœu de l'Apôtre, qui gémissait lui-même des ennuis de la vie présente : Je désire, disait-il, d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ.

Heureux les serviteurs que le Seigneur, à son arrivée, trouvera occupés à veiller. Et : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Quand le juste mourrait d'une mort précipité, il se trouverait dans le repos.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

3. Ecclésiaste, IX, 12 : " L'homme ignore quelle sera sa fin ; et comme les poissons sont pris à l'hameçon et les oiseaux au filet, ainsi les hommes se trouveront surpris par l'adversité lorsque tout d'un coup elle fondra sur eux. "

4. JACQUES, IV, 13-15 : " Je m'adresse maintenant à vous qui dites : Nous irons aujourd'hui ou demain en une telle ville, nous demeurerons là une année, nous y trafiquerons, nous y gagnerons beaucoup : - quoique vous ne sachiez pas même ce qui arrivera demain. - Car qu'est-ce que votre vie, si ce n'est une p.9 fin p.10 début vapeur qui paraît pour peu de temps, et qui disparait ensuite ? Au lieu que vous devriez dire : S'il plaît au Seigneur, et si nous vivons, nous ferons telle ou telle chose. "

5. Ecclésiastique, XI, 18-20 : " Tel s'enrichit par sa grande épargne, et toute la récompense qu'il en tire est - de pouvoir dire : J'ai trouvé le moyen de me mettre en repos ; je mangerai maintenant mon bien tout seul. - Et il ne considère pas que le temps s'écoule, que la mort approche, et qu'en mourant il laissera à d'autres ce qu'il a. "

6. Ibidem., XIV, 12, 18-20 : " Souvenez-vous de la mort qui ne tarde point, et de cet arrêt qui vous a été prononcé que vous devez aller au tombeau. Car cet arrêt que tout homme doit mourir est pour tout le monde. - Toute chair se flétrit comme l'herbe, et comme les feuilles qui croissent sur les arbres verts. - Les unes naissent, et les autres tombent ; ainsi, dans cette génération de chair et de sang, les uns meurent et les autres naissent. - Toute œuvre corruptible disparaîtra à la fin, et celui qui l'aura faite s'en ira avec elle. "

7. LUC, XII, -20 : " Et il leur dit cette parabole : Il y avait un homme riche dont les terres avaient rapporté une grande quantité de fruits. -Et il s'entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je ? car je n'ai point où renfermer ma récolte et tous mes biens. - Voici, dit-il, ce que je ferai : j'abattrai mes greniers, et j'en construirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens : - et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. - En même temps Dieu lui dit : Insensé que tu es, on va te redemander ton âme cette nuit même ; et pour qui auras-tu amassé ? "

10. Ps. LXXXIX, 9-11 : " Nos jours s'écoulent devant votre colère (Seigneur) ; nos années s'évanouissent comme le son de la parole. - Nos années se passent en de vaines inquiétudes, comme celles de l'araignée. Le cours entier de notre vie est de soixante-dix ans ; - pour les plus forts, il est de quatre-vingts ans, et le surplus n'est que peine. et douleur. "

11. Ps. CI, 4, 12 : " Mes jours se sont évanouis comme la p.10 fin p.11 début fumée ; mes os se sont desséché comme le bois que consume la flamme. - Mes jours ont fui comme l'ombre, et je me suis desséché comme l'herbe des champs. "

12. Ps. CII, 13-18 : " Car il (Dieu) sait de quel limon nous sommes formés ; - il se souvient que l'homme est poussière. - Les jours de l'homme sont comme l'herbe, il est comme la fleur des champs : - dès qu'un souffle a passé sur elle, elle se fane et tombe ; le lieu qui l'a vu naître ne la reconnaît plus. "

13. JOB, VIII, 9 : " Baldad de Suh dit : Nous ne sommes que d'hier au monde, et nous ne considérons pas que nos jours s'écoulent sur la terre comme l'ombre. "

14. Ibid., XIV, 1-2, 5 : " L'homme né de la femme vit très peu de temps ; il est rempli de beaucoup de misères. - Il est comme une fleur, qui n'est pas plus tôt éclose qu'elle est foulée aux pieds ; il fuit comme l'ombre, et il ne demeure jamais en un même état. - Les jours de l'homme sont courts ; le nombre de ses mois est entre vos mains ; vous avez marqué les bornes de sa vie, qu'il ne peut passer. "

15. I PIERRE, I, 24 : " Car toute chair est comme l'herbe, et toute la gloire de l'homme est comme la fleur de l'herbe ; l'herbe sèche et la fleur tombe. "

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