Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 180)
2. S. JEAN DAMASCENE, Serm. de defunctis, sive Serm.
qu?d qui p.58 fin p.59 début in fide finc migrârunt sacris operationibus et vivorum beneficiis multùm juventur : " Les hommes éclairés d'en-haut ont coutume de nous dire que les œuvres que les hommes ont pu faire pendant leur vie sont pesées comme dans une balance au moment de leur mort : que le plateau de droite l'emporte sur celui de gauche, l'âme du mourant sera reçue parmi les bons anges ; que si aucun des deux ne l'emporte sur son pendant, la bonté de Dieu fera pencher encore du bon côté la balance ; bien plus, disent les pieux interprètes des choses divines, lors même que la balance pencherait tant soit peu à gauche, la miséricorde de Dieu obvierait encore à ce défaut. Voilà trois sortes de jugements du maître souverain. Le premier de ces jugements est un acte de justice, le second un acte de bonté, et le troisième un acte d'extrême générosité ou de miséricorde.
Reste une quatrième sorte de jugement : ce sera celui que provoqueront les mauvaises œuvres qui auront été trouvées l'emporter de beaucoup sur les bonnes. Hélas ! mes frères, ce dernier aussi sera tout-à-fait juste, et n'imposera aux pécheurs d'autres peines que celles qu'ils auront méritées. . . .
. "
" Dans le temps où vivait Jean l'Aumônier, cet homme si illustre et si saint, on vit un publicain nommé Pierre passer tout-à-coup d'une extrême dureté pour les pauvres à une extrême Libéralité à leur égard.
La cause de ce changement fut, comme il est rapporté dans l'histoire de la vie du saint, que cet homme eut une vision où lui apparurent ses propres œuvres pesées dans une balance, et qu'il vit dans le plateau droit un pain seulement, qu'il avait jeté de colère en guise de pierre, à la face d'un pauvre. Cette vision jeta l'épouvante dans l'âme de Pierre, et le détermina heureusement à changer entièrement de vie (Cf. S. Joannis Damasceni opera, t. Ier, p. 394-395, édition du P. Lequien, et l??????
???????? ??????? ??l ??????????, ??? ?????????, ???? ??? ?? ?????? ????????????, etc., édition de Vérone, 1531). " Voir plus haut, article de l'Aumône, le même fait rapporté plus en détail par Léonce de Néapolis, t. V, page 85.
3. S. CYRILLE d'Alexandrie, in Oratione de exitu animæ, passage rapporté plus haut, article de l’Extrême-Onction, question III, témoignage 4, t. III, page 152 et suiv.
4. LEONCE de Néapolis, dans la Vie qu'il a donnée de saint Jean l'Aumônier : " Le saint faisait continuellement tomber le sujet de ses entretiens sur la pensée de la mort et sur l'état de l'âme à sa sortie du corps, tellement qu'il n'était pas rare de voir des gens p.59 fin p.60 début qui l'avaient abordé d'un air fier, ou riant, ou volage, ne le quitter ensuite que les larmes aux yeux, l'air abattu, et pénétrés de componction. C'est ce qui lui faisait dire : Je suis persuadé de quelque peu de poids que puisse être mon jugement, qu'il suffit pour le salut de penser assidûment et sérieusement à la mort, parce qu'à cette heure-là nous n'aurons, pour nous accompagner et nous défendre, d'autres avocats que nos bonnes œuvres. Et comment l'âme ne serait-elle pas troublée à l'approche subite des anges, si elle ne se trouvait pas bien préparée ou comment pourrait-elle demander même un court prolongement de vie, si elle s'entendait adresser celle sentence : " Tu n'as pas bien employé le temps que tu as vécu ? "
Il disait, encore, en parlant de lui-même : " Pauvre Jean, comment pourras-tu échapper aux monstres qui assiégeront ton passage à l'autre monde, quand tu verras venir à ta rencontre les anges chargés de te demander compte de ta vie ? Hélas ! quelle frayeur et quel tremblement saisit alors cette âme obligée de rendre compte à des examinateurs si rigoureux et si impitoyables ! " C'est qu'aussi notre saint avait continuellement présent à la mémoire ce que saint Siméon Stylite avait appris par révélation, qu'au moment ou l'âme sort du corps, et qu'elle s’élève de la terre au ciel, elle rencontre sur son passage des troupes de démons, chacune à son rang. La première troupe qu'elle rencontre est celle des démons d’orgueil ; ceux-ci l'examinent en tous sens, pour s'assurer si elle n'aurait pas quelqu'une de leurs œuvres. Ensuite vient la troupe des démons de détraction qui cherchent à leur tour si elle n'a point commis de détraction dont elle n'aurait pas fait pénitence. Puis les démons d'impureté, qui pénètrent dans ses pensées pour voir si elle n'aurait point consentie aux voluptés dont ils font eux-mêmes leur nature. Et lorsque, à la suite de cette dure épreuve, cette pauvre âme sera parvenue à l’entrée du ciel pour y répondre de sa conduite, les saints anges se tiendront à l’écart, sans l'aider autrement que de leurs sentiments de bienveillance. "
5. S. BERNARD, Serm. LV in Cantica : " Vous qui désirez l'avènement du Sauveur, appréhendez l'examen rigoureux de ce juge, appréhendez ses yeux de chèvres ; craignez celui qui dit par un prophète : En ce jour-là j'examinerai Jérusalem a la clarté des flambeaux (SOPH., I, 12). Il a la vue aigüe et pénétrante ; ses yeux ne laisseront rien qu'ils ne regardent exactement. Il sondera les reins et les cœurs, et toutes les pensées des hommes seront à nu devant lui.
Qu'y aura-t-il de sûr dans Babylone, si Jé- p.60 fin p.61 début rusalem même doit passer par un si rude examen ?
Car je pense qu'en cet endroit le Prophète a voulu désigner par cette ville ceux qui mènent ici-bas une vie régulière et qui imitent autant qu'ils le peuvent, par leur conduite honnête et réglée, les mœurs de cette Jérusalem céleste, bien différents de ceux qui appartiennent à Babylone, et dont la vie est toute pleine de désordres et de crimes. Car leurs péchés, manifestes comme ils sont, sont déjà jugés et n'ont point besoin d'examen, mais seulement de supplice. Mais moi-même qui parais religieux et habitant de Jérusalem, mes péchés sont cachés et comme couverts sous ce nom et cet habit si saints. Il sera donc nécessaire d'en faire une recherche et une discussion exacte, et de les tirer des ténèbres pour les produire au jour, en y approchant la lumière et le flambeau. "
" Nous pouvons encore apporter en témoignage quelques passages des psaumes, qui confirment ce qui vient d’être touché de cet examen de Jérusalem. Car voici ce que dit le Psalmiste, parlant en la personne du Seigneur : Lorsque le temps sera venu, je jugerai les justices mêmes (Ps. LXXW, 3). Si je ne me trompe, il veut dire, en parlant ainsi, qu'il discutera et examinera la conduite et les actions des justes. Nous avons grand sujet de craindre qu'en présence d'un examen si rigoureux, plusieurs de nos actions que nous croyons être des vertus ne se trouvent être des vices. A ce mal pourtant il y a un remède : c'est que nous ne serons point jugés si nous nous jugeons nous-mêmes (I Cor., XI, 5). Certes, ce jugement-là me sera bien avantageux, puisqu'il aura la vertu de me dérober et de me cacher à cet autre jugement de Dieu qui doit être si sévère. Je tremble de frayeur de tomber entre les mains du Dieu vivant. Je veux être présenté devant sa face irrité déjà jugé, et non à juger. L'homme spirituel juge de toutes choses, et n'est jugé par personne (I Cor., II, 5). Je jugerai donc le mal qui est en moi ; je jugerai même le bien. Je tâcherai de corriger le mal par de meilleures actions, de l'effacer par mes larmes, de le punir par des jeûnes et par les autres travaux d'une sainte discipline. Dans le bien, j'aurai un humble sentiment de moi-même, et selon que le Seigneur m'en fait un précepte, je m'estimerai un serviteur inutile qui n'aura fait alors que ce qu'il devait faire (LUC, XVII, 10). Je prendrai garde à ne pas lui offrir de l'ivraie pour du froment, ou des pailles pour du grain. Je sonderai mes voies et ma conduite, afin que celui qui doit examiner Jérusalem à la lumière des flambeaux ne trouve p.61 fin p.62 début rien en moi qui ne soit déjà examiné et discuté : car il ne jugera pas deux fois une même chose (Cf. Les Sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, tome II, p. 141-143). "
6. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium in Job lib. VIII, c. 13 (al. 12) : " L'esprit des justes est sans cesse occupé par la pensée de ce sévère examen qu'ils auront à subir après la mort. Car ils sont dans la crainte pour tout ce qu'ils font, lorsqu'ils considèrent quel est le juge devant lequel ils doivent un jour comparaître. Ils font réflexion sur sa puissance et sur sa grandeur, et ils regardent en même temps quels sont leurs péchés et quelle est leur infirmité. Ils font d'une part le dénombrement des maux qu'ils ont commis, et de l'autre celui des biens que leur a procurés la grâce de leur rédempteur. Ils se représentent avec quelle sévérité il punit le mal et avec quelle exactitude il discute le bien, et ils voient bien qu'ils ne pourraient jamais éviter la damnation s'ils étaient jugés sans miséricorde, parce que la vie qui paraît la plus juste aux yeux des hommes n'est qu'iniquité si, lorsque Dieu nous juge, sa bonté ne nous excuse et ne le porte à nous traiter avec indulgence. C'est pourquoi il est dit dans ce même livre (JOB, XXV, 5), que les astres mêmes ne sont pas purs en sa présence ; parce qu'il paraîtra un jour des taches et des souillures dans ceux mêmes qui brillent du plus vif éclat de sainteté, si Dieu les juge à la rigueur (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. Ier, p. 749-750). "
7. Le même, ibidem, lib. XXI, c. 15 (al.
9) : " Les saints n'ignorent pas que toute la justice des hommes n'est qu'injustice, si Dieu l'examine et la juge avec rigueur (Cf. Ibid., t. III, p. 374). "
8. Ibidem, c. 16 (al. 10) : " C'est avec beaucoup de raison que Job ajoute (XXXI, 23) : Je n'ai pu supporter sa pesanteur, parce que quiconque considère attentivement le dernier jour conçoit qu'il doit être si formidable, qu'il ne craint pas seulement de le voir à la fin des siècles, mais même de se le représenter dès maintenant par la pensée tel qu'il sera un jour. Et, en effet, l'âme tremble de frayeur dans cette vue, et en détourne les yeux de son intelligence, n'osant pas même envisager ce qu'elle pressent devoir être si terrible. Ainsi ce saint homme dit ici : Je n'ai pu supporter sa pesanteur, parce que, lorsqu'il s'applique à considérer quel sera ce jugement, et qu'il veut se représenter la majesté p.62 fin p.63 début redoutable de ce juge souverain du monde, et la rigueur du jugement sévère qu'il fera de chaque homme, il fuit aussitôt devant cette pensée et rentre en lui-même tout épouvanté à l'aspect de cette image effroyable qu'il avait cherchée (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. III, p. 377). "
9. S. AUGUSTIN, Lib. de decem chordis, c. 1 : "
Réjouissons-nous à la pensée de la miséricorde de Dieu ; mais craignons à celle de ses jugements. Il nous épargne tant qu'il garde le silence. Il garde le silence ; mais il ne le gardera pas toujours. Ecoutez sa voix, tandis qu'il se borne à vous menacer, de peur que vous ne puissiez en supporter le tonnerre, lorsqu'il fera retentir la sentence du jugement qu'il portera sur vous. "
10. Le même, ibidem, c. 2 : " Maintenant vous pouvez accommoder votre affaire avec votre juge. Hâtez-vous donc de l'arranger, avant qu'il prononce sur vous son jugement final. Ne vous flattez point d'espérances vaines : quand il sera venu, vous n'aurez point à lui produire de faux témoins qui l'induisent en erreur, ni à vous entourer d'avocats qui lui donnent le change par l'artifice de leurs discours, ni à essayer sur lui des moyens de corruption. Que vous reste-t-il donc à faire auprès d'un tel juge, que vous ne pourrez ni tromper ni corrompre ? Et cependant vous avez beaucoup à faire auprès de lui. Car celui qui jugera votre cause en ce jour-là est le même qui est aujourd'hui témoin de toute votre vie. "
11. S. PROSPER (Ou plutôt Julien Pomère, véritable auteur de cet ouvrage. V. NAT. ALEX., Hist. ecclés., t. V, p. 130), De vitâ contemplativâ, lib. III, c. 12 : " Quand nous comparaitrons à ce dernier jugement, pour être jugé par celui qui ne peut ni être trompé par le soin que nous prendrions de lui cacher nos crimes, ni se laisser corrompre par les présents que nous voudrions lui offrir pour obtenir de lui notre impunité ; lorsque les secrets de tous seront révélés au grand jour, que non-seulement nos actions et nos paroles, mais nos pensées mêmes seront dévoilées : que ferons-nous en présence d'un si grand juge ? Quelle excuse aurons-nous à lui alléguer ? Quels moyens de justification pourrons-nous lui faire valoir ? Quelle pénitence pourrons-nous pratiquer pour remplacer celle que nous n'aurons pas voulu prendre la peine de faire en cette vie ? Quelles bonnes œuvres aurons-nous pour recommandation, après que nous aurons négligés d'en faire ici-bas ? A quels apôtres, à quels saints p.63 fin p.64 début pourrons-nous recourir, après avoir méprisé comme nous aurons fait, et leurs exemples et leurs leçons ? Quelques-uns pourront-ils s'excuser sur la fragilité de leur chair ? Mais les exemples de tous les saints protesteront contre une telle excuse, puisque leur chair était fragile comme la nôtre, et que la victoire qu'ils ont remportée sur leur propre fragilité prouvera que nous aurions pu de même remporter la victoire sur la nôtre ? D'autant plus que ce n'est point par leurs propres forces, mais par le secours du Tout-Puissant qu'ils ont résisté au péché, et que ce Dieu infiniment miséricordieux n'attend pas que nous le cherchions pour se montrer à nous, et nous inviter ainsi à le chercher à notre tour et à croire en lui, et qu'il couvre d'une invincible protection ceux qui croient en lui, afin qu'ils ne se laissent pas vaincre par le péché. Qu'auront-ils donc à répondre au Seigneur lorsqu'il leur dira : Si vous avez pu résister à la tentation de commettre le péché, pourquoi ne lui avez-vous pas résisté ? Si vous n'avez pas pu lui résister pourquoi n'avez-vous pas imploré mon secours pour pouvoir le faire ? Ou quand le péché a fait des plaies dans votre âme, pourquoi n'y avez-vous pas porté remède par la pénitence ? Si vous n'avez rien à répondre à de tels reproches, s'il ne vous reste alors aucune excuse à alléguer, ne dira-t-il pas : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents (MATTH., XXII, 13). Là, le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point (MARC, IX, 47 ; ISAIE, LXVI, 24). "
12. S. BERNARD, Lettre I à Robert, son neveu :
" Il viendra un jour celui qui doit réformer les iniques décisions et confondre les vœux illégitimes ; il viendra pour faire justice à ceux qu'on opprime, juger le pauvre avec équité, et venger les humbles qu'on outrage ici-bas. Il viendra sans aucun doute ; car c'est lui qui, par la bouche du Prophète adresse aux hommes cette menace contenue dans le psaume (LXXIV, 3) : Quand le temps sera venu, je jugerai les justices. Et, s'il doit juger les justices elles-mêmes, que fera-t-il des décisions injustes ? Oui, je le répète, le jour du jugement viendra, ce jour où la pureté du cœur l'emportera sur l'astuce du langage, où une bonne conscience sera d'un plus grand poids dans la balance que la bourse la mieux garnie ; car le juge qui doit prononcer alors ne saurait être ni trompé par les paroles, ni gagné par les présents (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise, t. XV, p. 332-335). " p.64 fin p.65 début
13. INNOCENT III, Lib. III de contemptu mundi sive de miseriâ humanæ conditionis, c. 18 : " Oh ! quelle crainte et quelle terreur devra régner alors ! Quels pleurs et quels gémissements ! Car si les colonnes du ciel tremblent et chancellent au seul signe de sa volonté, si les anges de paix doivent répandre des larmes amères, que devront faire les pécheurs ? Si le juste à peine doit être sauvé, le pécheur et l'impie où oseront-ils paraître ? C'est pour cela que le Prophète s'écrie : Seigneur, n'entrez point en jugement avec votre serviteur, parce qu'aucun homme vivant ne sera justifié en votre présence (Ps.
CXLII, 2). Car si vous regardez à toutes nos iniquités, Seigneur, qui pourra soutenir la rigueur de votre justice (Ps. CXXIX, 5) ? Et qui ne craindrait pas un juge infiniment puissant, infiniment sage, infiniment juste ? Infiniment puissant, puisque personne ne peut échapper à son pouvoir ; infiniment sage, puisque personne ne peut être ignoré de lui ; infiniment juste, puisque personne ne peut le corrompre ? Si l'on implore quelque puissance, il est tout-puissant ; si l'on en appelle à la justice d’un juge, il n'y a personne qui puisse rendre témoignage en ma faveur. Si j'entreprends de me justifier, ma propre bouche me condamnera. Si je veux montrer que je suis innocent, il me convaincra d'être coupable. Quand je serais juste et simple, cela même me serait caché (JOB, IX, 19-24). Il a dit, et tout a été fait, il a commandé et tout a été créé (Ps. XXXII, 9). Il appelle les étoiles et elles répondent : Nous voici (BAR., III, 35). Il rend ses anges aussi prompts que les vents, et ses ministres aussi ardents que les flammes (Ps. CIII, 4). Rien ne résiste à sa volonté. Rien ne lui est impossible. Tout genou fléchit devant lui, dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (Philip., II, 10). Ainsi personne ne peut lui échapper, et, comme le dit le Prophète : Si je monte au ciel, vous y êtes ; si je descends vers les enfers, vous y êtes encore (Ps. CXXXVIII, 8). Il sonde les reins et les cœurs (JEREM., XVII, 40) ; tout est à nu et à découvert devant ses yeux (Hébr., IV, 13). Il compte les gouttes de la pluie et les sables de la mer (Ecclé., I, 2). Il est le maître de la science (I Samuel, II, 3) ; il prévoit tout, il a conscience de tout, il est le scrutateur intime de tous les secrets. Ainsi personne ne peut lui échapper, et, comme dit l'Apôtre, nulle créature n'est invisible à ses yeux (Hébr., IV, 13). Dieu est un juge juste, fort et patient (Ps. VII, 12) ; il ne se laisse détourner ni par prières, ni par argent, ni par amour, ni par haine, des voies de la justice ; mais, imprimant tous ses pas dans la voie droite, il ne laisse aucun mal impuni, pas plus qu'aucun bien sans récompense. Ainsi personne ne peut le corrompre, et, comme dit le p.65 fin p.66 début Psalmiste : Vous rendrez à chacun selon ses œuvres (Ps. LXI, 13). "
14. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XX, c.1 : " Nous ne parlerons pas ici de ces jugements que Dieu a exercés au commencement des temps, ni de ceux qu'il exerce encore tous les jours, mais du dernier jugement, qui se fera quand Jésus-Christ viendra du ciel juger les vivants et les morts. C'est proprement le jour qu'on appelle le jour du jugement ; car alors il n'y aura plus lieu à ces plaintes aveugles sur la prospérité du méchant et le malheur du juste. Alors, et dans une parfaite évidence, aux bons seuls la véritable et pleine félicité, aux méchants seuls la misère infinie qu'ils méritent. "
15. Ibidem, 2 : " Encore que nous ignorions dans quel dessein Dieu veut ou permet qu'il en soit ainsi, lui en qui réside la souveraine puissance, la souveraine sagesse et la souveraine justice, sans la moindre trace de faiblesse, d'imprudence ou d'iniquité, il nous est toujours avantageux d'apprendre à ne pas trop estimer des biens ou des maux que nous voyons être communs aux bons et aux méchants et à ne rechercher d'autres biens que ceux qui sont propres aux bons, comme à ne fuir d'autres maux que ceux qui sont propres aux méchants. Lorsque nous serons arrivés à ce jugement de Dieu, dont l'époque est proprement appelée le jour du jugement, et quelquefois aussi le jour du Seigneur, alors sera dévoilée la justice de tous les jugements de Dieu, tant de ce jugement du dernier jour que de ceux qui ont eu lieu depuis le commencement, et de tous les autres qui seront encore prononcés jusqu'à la fin des temps. Alors aussi il paraîtra combien est juste ce jugement par lequel il cache maintenant aux hommes le mystère de cette justice, quoique ce n'en soit pas un pour les âmes religieuses qu'il n'y a que de la justice cachée sous ce mystère même. "
16. Ibidem, c. 30 : " Voici donc les événements qui doivent s'accomplir en ce jugement, ou vers le temps où il aura lieu : l'avènement d'Elie, la conversion des Juifs, la persécution de l'Antechrist, le jugement de Jésus-Christ, la résurrection des morts, la séparation des bons et des méchants, l'embrasement du monde et son renouvellement. Tout cela doit arriver, il faut le croire, mais comment, et dons quel ordre ? c'est ce que l'expérience nous enseignera mieux alors que ne le pourraient aujourd'hui toutes nos conjectures. Je crois cependant que tout arrivera dans l'ordre que je viens d'indiquer ici (Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. III). " p.66 début p.67 début
17. Ibidem, liv. XVIII, c. 53 : " C'est donc en vain que nous cherchons à compter et à déterminer les années qui restent au temps actuel, puisque nous apprenons de la bouche de la Vérité qu'il ne nous appartient pas de le savoir. On établit pourtant au hasard des calculs de quatre cents, de cinq cents, de mille ans, depuis l'ascension du Sauveur jusqu’à son dernier avènement. Or, de dire maintenant sur quoi chacun appuie son opinion, c'est ce qui serait trop long et tout-à-fait inutile. Car ce ne sont là que des conjectures humaines, qui n'empruntent rien de certain de l'autorité des Ecritures canoniques. Mais celui qui a dit : Il ne vous appartient pas de savoir les temps ou les moments dont mon Père s'est réservé la disposition (Act., I, 7), a tranché court à toutes ces supputations, et il nous commande de nous tenir là-dessus en repos. "
18. Le même, Epist. LXXVIII (al. 197) ad
Hesychium : " Ce fut après que les apôtres eurent interrogé leur divin maître sur l'époque de son avènement qu'il leur fit cette réponse : Ce n'est pas a vous de savoir les temps et les moments que mon Père a réservés à son souverain arbitrage (Act., I, 7). De vouloir donc trouver par le calcul l'époque de la fin du monde et du dernier avènement de Jésus-Christ, c'est vouloir précisément ce qu'il nous assure que personne ne peut savoir. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne viendra point, que l'Evangile n'ait été prêchée par toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations. Car Jésus-Christ dit formellement que ce sera alors que la fin arrivera. Or, dire que ce sera alors qu'elle arrivera, c'est dire qu'elle n'arrivera pas auparavant. Il peut être incertain pour nous combien il se passera de temps, à partir de celui où l'Evangile aura été prêchée pour tout le monde, jusqu'au temps marqué pour le jugement ; mais toujours est-il certain qu'il ne reviendra pas avant cette dernière époque. Si donc des serviteurs de Dieu entreprenaient de parcourir la terre entière pour voir combien il reste de nations à qui l’Evangile n'ait pas encore été prêchée et qu'ils en vinssent à bout, peut-être que sur leur rapport nous pourrions juger à peu près combien de temps doit encore s'écouler jusqu'à la fin du monde. Mais si tout ce qu'il y a dans le monde de déserts et de lieux inaccessibles rend impossible l’exécution d'un tel projet, et si l'on ne peut par conséquent savoir par ce moyen combien il y a encore aujourd'hui de nations qui n'aient point été éclairées de la lumière de l'Evangile, on peut encore moins, a mon avis, trouver par l’Ecriture combien il reste de temps jusqu'à la fin du monde, puisqu'elle nous dit, p.67 fin p.68 début au contraire, que personne ne peut savoir les temps que le Père éternel a réservés à son souverain arbitrage. "
" Ainsi, quand même nous saurions avec certitude que l’Evangile aurait déjà été prêchée dans toutes les nations, nous ne saurions pas pour cela combien il reste de temps à s'écouler jusqu'à la fin du monde, et tout ce que nous pourrions dire, c'est que nous en approchons de plus en plus (Cf. Les Lettres de saint Augustin, trad. en français, Paris, 1684, tome V, p.514-517). "
19. Le même, Epist. LXXX (al. 199), ad cumdem Hesychium : " Jésus-Christ n'a pas dit à ses apôtres : Ce n'est pas à vous d'annoncer la fin des temps, mais : Ce n'est pas à vous de savoir les temps (Act., I, 7). Vous direz peut-être que, quand il a dit : Ce n'est pas à vous de savoir, c’était comme s'il eût dit : Ce n'est pas à vous de faire savoir et d'enseigner. Mais si cela est, qui de nous osera entreprendre d'enseigner ou de présumer savoir ce que les apôtres, ces docteurs si sublimes et si saints, n'ont pu savoir eux-mêmes, attendu que leur divin maître n'a rien voulu leur en dire, quoiqu'ils l’eussent interrogé sur ce sujet, pendant qu'il était encore parmi eux, et dont ils n'ont pu par conséquent donner aucune connaissance à l'Eglise ? . . . "
" Il n'a pas voulu qu'on prêchât ce qu'il ne nous était pas utile de savoir. . . "
" Je doute néanmoins que, quelques lumières ou quelque pénétrations qu'on puisse avoir, on découvre rien de plus certain sur ce sujet que ce que j'ai dit dans ma première lettre, qu'il faut, avant que la fin du monde arrive, que l'Evangile ait été publié par toute la terre. Quant à ce que croit votre Révèrent que les apôtres l'ont d'avance prêché en tous lieux, j'ai montré par des preuves incontestables qu'il n'en est rien, puisque dans notre Afrique même il y a une infinité de peuples barbares chez qui il n'a point été prêché comme nous pouvons nous en assurer tous les jours par les prisonniers faits sur ces peuples, et rangés aussitôt parmi les esclaves de l'empire (Cf. Les Lettres de saint Augustin, p. 537, 539, 592-593). "
20. S. HIPPOLYTE, évêque et martyr, in oratione quæ inscribitur de consummatione mundi, etc. (Cet ouvrage n’est pas de saint Hippolyte. V. les Pères de l’Eglise, trad. de Genoude. Il est du reste fort ancien, et le texte grec ou original en a été livré à l’impression dès le milieu du seizième siècle. Voir sur ce sujet la Biographie universelle). L'auteur de cet ouvrage com- p.68 fin p.69 début mence par rapporter les témoignages des prophètes ; puis il ajoute : " Les temples de Dieu seront traités comme des maisons profanes, et partout on détruira les églises ; les Ecritures seront regardées comme de nul prix, et partout on répète les chants de son ennemi mortel. A la suite de ces profanations, il y aura un débordement épouvantable de fornications, d'adultères de parjures, d'enchantements, de divinations, et partout, du milieu des peuples qui se diront encore chrétiens, s’élèveront de faux prophètes, de faux apôtres, des multitudes d'imposteurs, de corrupteurs, de malfaiteurs, de détracteurs, d’adultères, de fornicateurs, de ravisseurs, d'avares, de parjures, de calomniateurs ; les pécheurs ne seront plus que des loups pour leurs troupeaux ; les moines n'auront plus de goût que pour les plaisirs du siècle ; les riches n'auront plus d'entrailles pour les pauvres ; les magistrats ne prendront plus la défense de l'indigent, etc. " Puis il cite plusieurs témoignages des Evangiles et des écrits des Apôtres et celui de Daniel, faisant le portrait de l’Antechrist. Saint Hippolyte enseigne que ce fléau de Dieu naîtra de la tribu de Dan, et qu'il bâtira à Jérusalem un temple en pierre. Il dit ensuite : " Le premier avènement de Jésus-Christ a eu Jean-Baptiste pour précurseur ; le second, où il viendra dans sa gloire, fera reparaître sur la terre Hénoch, Elie, et Jean le Théologien, " qui mettra à mort la bête qui sortira du sein des eaux.
Il dépeint ensuite le caractère de l'Antechrist, son hypocrisie, ses faux miracles, ses fraudes, son arrogance, son ambition, son règne, qui devra durer trois ans et demi, sa cruauté et la persécution violente qu'il fera à l’Eglise. Au plus fort de cette persécution " tous, " continue notre écrivain " recourront à l'Antechrist, forcés qu'ils y seront par la disette de vivres, et ils se prosterneront devant lui ; et il leur imprimera son caractère à la main droite et, sur le front, afin que personne ne se serve désormais de sa main droite pour marquer sur son front le signe de la croix. A partir donc de ce moment, personne ne pourra plus imprimer le signe de la croix sur ses membres, mais tous s'attacheront au séducteur et le serviront, sans qu'aucun sentiment de repentir les fasse rentrer en eux-mêmes. . . . "
" Les montagnes et les collines, et les arbres de la plaine seront en deuil au sujet de la race humaine, parce que tous se seront éloignés du Dieu de sainteté pour ajouter foi à l'imposteur, et auront consenti à recevoir le caractère de ce pervers ennemi de Dieu, à la place de la croix salutaire du Sauveur. Les p.69 fin p.70 début églises seront aussi plongées dans un deuil profond, parce qu'il n'y aura plus ni oblation, ni sacrifice, ni culte agréable à Dieu ; mais les sanctuaires les plus révérés seront métamorphosés en granges, et le précieux sang, le sang de Jésus-Christ cessera d'être offert dans ces jours-là. La liturgie sera abolie ; le chant des psaumes ne se fera plus entendre : les saintes Ecritures n'instruiront plus les peuples. D'épaisses ténèbres s’étendront sur toutes les intelligences ; il y aura malheur sur malheur, calamité sur calamité. .
. . "
Enfin il en vient à décrire dans les termes suivants l'arrivée de Jésus-Christ, venant juger tous les hommes : " Du levant au couchant, on verra paraître le signe de la croix, surpassant par son éclat le soleil lui-même, et qui annoncera à tous l'arrivée et l'apparition du juge prêt à rendre à chacun selon ses œuvres. . . Il dira aux impies : " Tous ceux qui auront été indifférents pour l'accomplissement de leurs devoirs, et qui n'auront pas exercés ici-bas la miséricorde par la pratique des bonnes œuvres, n'auront aucun droit à des récompenses, et il ne leur est dû que les ardeurs d'un feu que rien ne pourra éteindre. Je suis bon pour tout le monde, mais je suis aussi un juste juge. Je récompenserai chacun selon son mérite, je paierai à chacun le juste salaire de son travail ; je décernerai à chacun la couronne qu'il aura mérité par ses combats.
Je voudrais user de miséricorde envers vous, mais je n'aperçois pas d'huile dans vos lampes. Je voudrais me montrer compatissant à votre égard, mais vous n'avez été vous-même compatissants pour personne. . . Vous avez confessé que j’étais le Seigneur, mais vous n'avez pas obéi à mes paroles. Vous avez imprimé sur vous le signe de ma croix, mais vous l'avez couverte d'opprobres par votre dureté pour les pauvres. Vous avez reçu mon baptême, mais vous n'avez pas gardé mes commandements, et vous n'avez pas étouffée dans vos cœurs la haine que vous nourrissiez contre vos frères. Car ce n'est pas celui qui me dit : Seigneur ; Seigneur, qui sera sauvé, mais celui-là seulement qui accomplira ma volonté (MATTH., VII, 21). Et ceux-ci seront précipités dans les supplices éternels, tandis que les justes entreront dans la vie éternelle (MATTH., XXV, 46). "
" Vous avez entendu, mes bien-aimés, la sentence que prononcera le Seigneur ; vous savez ce qu'il dira à chacun ; vous n'ignorez plus combien sera sévère le jugement qui nous est réservé ; vous pouvez en pressentir le jour et l'heure.
Pensons-y chaque jour ; méditons là-dessus jour et nuit, dans nos maisons, p.70 fin p.71 début et sur les places publiques et dans les églises, afin qu'à ce jugement terrible, où il n'y aura d'acception pour personne, nous n'ayons pas à comparaître condamnés d'avance, consternés et abattus, mais avec une conscience pure, avec le témoignage de nos bonnes œuvres, de la sainteté de notre vie et de l'intégrité de notre foi, et que ce Dieu infiniment bon et infiniment miséricordieux puisse nous adresser ces paroles : Votre foi vous a sauvé ; allez en paix (LUC, VII, 50) : courage, serviteur bon et fidèle ; vous avez été fidèle en de petites choses, et je vous établirai sur de grandes ; entrez dans la joie de votre maître (MATTH., XXV, 21) (Cf. To? ???????????? I????????, ?????????
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21. S. JEAN DAMASCENE, Lib. IV orthodoxæ fidei, c. 27 : " Il est important de savoir que l'Antechrist viendra certainement. A la vérité, quiconque nie que Jésus-Christ soit venu au monde dans une chair véritable, qu'il soit Dieu parfait et homme parfait, et qu'il soit créature sous ce dernier rapport comme il est Dieu de toute éternité sous le premier, quiconque, dis-je, nie quelqu'une de ces choses est un Antechrist (JEAN, II, 22). Mais de plus nous appelons Antechrist, d'une manière toute spéciale celui qui doit venir aux approches de la fin du monde. Premièrement donc, comme l'a dit Notre-Seigneur, il est nécessaire que l’Evangile soit prêché chez tous les peuples (MATTH., XXIV, 14), et après cela l’Antechrist viendra pour mettre à découvert l'impiété des Juifs. Car voici le reproche que Notre-Seigneur leur a adressé : Je suis venu au nom de mon Père et vous ne m'avez pas reçu. Un autre viendra en son propre nom, et vous le recevrez (JEAN, V, 43). Et l'Apôtre a dit à son tour : Parce qu'ils n’ont pas reçu et aimé la vérité pour être sauvés, Dieu leur enverra des illusions si efficaces, qu'ils croiront au mensonge, afin que tous ceux qui n'ont point cru la vérité, et qui ont consenti à l'iniquité, soient condamnés (II Thess., II, 10-11). Ainsi les Juifs n'ont point reçu Notre-Seigneur Jésus-Christ Dieu et Fils de Dieu, et ils recevront au contraire l'imposteur qui s'arrogera la divinité. Car, qu'il doive usurper le nom de Dieu, c'est ce que l'ange fait bien voir quand il dit à Daniel : Il n'aura aucun égard au Dieu de ses pères (DAN., XI, 37). L’Apôtre a dit de même : Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit (II Thess., II, 3-4) ; car Jésus-Christ ne viendra pas, que la révolte et l'apostasie ne soient arrivées p.71 fin p.72 début auparavant, et qu'on n'ait vu paraître cet homme de péché qui doit périr misérablement, cet ennemi de Dieu qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu ou qui est adoré, jusqu’à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu. Or, par le temple de Dieu, l'Apôtre entend ici non nos temples à nous, mais l'ancien temple des Juifs. Car ce n'est pas pour nous, mais pour les Juifs qu'il viendra ; et il ne viendra pas comme pour soutenir la religion de Jésus-Christ, mais pour lui faire la guerre. Et c'est aussi pour cela qu'il est appelé Antechrist. Il est donc nécessaire que l'Evangile soit premièrement prêchée chez tous les peuples (MATTH., XXIV, 14) ; et alors se montrera l'impie, que le Seigneur détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il perdra par l’éclat de sa présence ; cet impie qui doit venir accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs, et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l'iniquité ceux qui se perdent (II Thess., II, 8-10). Car on doit bien se garder de penser que le diable doive un jour se faire homme pour nous perdre, comme le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous sauver ; mais un homme naître de la fornication, et aspirera en lui-même tout le venin de Satan. Dieu, en effet, qui a prévu l'incroyable perversité de cet homme à venir, permettra que le démon établisse en lui sa demeure. Il naîtra donc de la fornication, comme nous venons de le dire ; il recevra en secret son éducation, et puis il paraîtra tout-à-coup, portant sa tête en haut, et il s'emparera de l'autorité. Dans les commencements de son empire, ou plutôt de sa tyrannie, il trompera les hommes par des apparences de bonté. Mais dès qu'une fois il sera le maître, il persécutera l’Eglise de Dieu, et produira au grand jour toute sa perversité. Il viendra accompagné de signes et de prodiges de mensonge, c'est-à-dire qui n'auront rien de vrai, et il réussira à séduire et à détacher du vrai Dieu ceux dont la foi est faible et n'est point appuyée sur un solide fondement, de sorte que même les élus, si la chose était possible, seront presque entrainés dans la même défection (MATTH., XXIV, 24). Mais alors Dieu enverra Hénoch et Elie le Thesbite (Apoc., XI, 3), et ils réuniront les cœurs des pères avec leurs enfants, c'est-à-dire la Synagogue avec l'Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ et avec la doctrine enseignée par les apôtres ; après quoi ils seront mis à mort par l’Antechrist. Et c'est alors que Notre-Seigneur, Dieu parfait et homme parfait, viendra plein de gloire et de puissance, de la même manière que les apôtres l'ont vu s'élever dans le ciel, et p.72 fin p.73 début détruira par le souffle de sa bouche cet homme de péché et de perdition. "
22. S. AUGUSTIN, liv. XX de la Cité de Dieu, c. 16 : " Alors la figure de ce monde passera par l’embrasement de l'univers, comme elle passa autrefois par le déluge. Cet embrasement consumera donc les qualités des éléments corruptibles qui étaient appropriées à nos corps corruptibles, pour leur en donner d'autres qui conviendront à des corps immortels, afin que le monde renouvelé soit en harmonie avec les corps des hommes renouvelés pareillement. "
23. Ibidem, c. 18 : " (L'apôtre saint Pierre)
en rappelant l'antique catastrophe du déluge (II PIERRE, III, 7), semble nous avertir de la manière dont l'univers doit périr un jour. Il dit en effet que le monde qui était alors périt, et non-seulement ce globe terrestre, mais encore les cieux, c'est-à-dire ces espaces de l'air, dont les eaux, en montant, avaient envahi la place. Tout ou presque tout l'air (qu'il appelle le ciel ou plutôt les cieux, séjour des vents, et non cette région sublime où se trouvent le soleil, la lune et les étoiles et transforma donc cet élément liquide, et périt ainsi avec la terre, dont le déluge avait déjà détruit la face primitive.
Mais, ajoute l'Apôtre, les cieux et la terre d'aujourd'hui ont été rétablis par la même parole de Dieu, et sont réservés au feu pour le jour du jugement et de la ruine des impies. "
" Ainsi ce ciel, cette terre, c'est-à-dire ce monde sorti des même eaux, et rétabli à la place de l'ancien monde englouti par le déluge, est réservé lui-même aux flammes dernières, pour le jour du jugement et de la ruine des impies. Car il n'hésite pas à nommer ruine cette transformation des hommes, bien que leur nature doive subsister dans les supplices éternels. Quelqu'un dira peut-être : Si le monde brûle après le jugement, avant l'apparition d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle, au moment de cette conflagration universelle, où seront les saints ? Car, puisqu'ils auront des corps, il faut bien qu'il y ait un lieu corporel qui les renferme. Nous pouvons répondre qu'ils pourront s’élever à des hauteurs non moins inaccessibles à la flamme du futur incendie qu'aux ilots de l'ancien déluge. Car telles seront alors les propriétés de leurs corps, qu'ils pourront demeurer là où il leur plaira. Que dis-je ? Immortels et incorruptibles, ils n'auront pas même à craindre le feu de cet incendie général, pas plus que les corps des trois jeunes hommes de Babylone, p.73 fin p.74 début quoique mortels et corruptibles, n'eurent à souffrir des atteintes de la fournaise ardente (Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. III, p. 316-322). "
24. S. CHRYSOSTOME, Hom. XLVI ad populum Antiochenum,
(al. XIV in Matthæum) : " Ayons confiance dans la miséricorde de Dieu, et témoignons par nos actions que nous nous appliquons sérieusement à la pénitence, plutôt que de nous laisser surprendre par ce jour effroyable, qui rendrait tous nos regrets inutiles. Car maintenant tout dépend encore de vous ; au lieu qu'alors votre arrêt serait irrévocable et ne, dépendrait plus que de votre juge. Prévenons sa face, comme dit l'Ecriture, en confessant nos péchés : pleurons et soupirons en sa présence (Ps. XIV, 6). Si nous sommes assez heureux pour fléchir notre juge, et le porter à nous pardonner avant qu'il prononce la sentence, nous n'aurons plus ensuite besoin d'intercesseur auprès de lui : comme au contraire, si nous négligeons cet avis, il nous fera paraître un jour en présence de toute la terre, et il ne nous restera plus alors aucune espérance de pardon. Si nous ne nous guérissons maintenant de nos péchés, nous ne pourrons pas alors éviter d’en être punis. "
" Comme nous voyons que ceux qu'on tire ici des prisons sont présentés tout enchaînés devant le juge, ainsi les âmes, au sortir de ce monde, paraîtront chargées des chaînes de leurs péchés devant ce redoutable tribunal.
"
Ibidem, sub finem (al. hom. XIII in Matthæum)
: " Dieu ne punit pas tous les méchants dans ce monde, de peur que vous ne cessiez ou d'attendre la résurrection, on de craindre le jugement, comme si tous avaient été jugés dès cette vie. Dieu ne laisse pas non plus dans le monde tous les crimes impunis, afin que vous ne doutiez pas de sa providence. Ainsi il punit quelquefois, et quelquefois il ne punit pas. Lorsqu'il punit en cette vie, il fait voir que ceux qui n'y auront pas été punis le seront en l'autre, et lorsqu'il ne punit pas, il exerce notre foi, et il veut que nous attendions un autre jugement sans comparaison plus redoutable que ceux du monde (Cf. Homélies de saint Jean Chrysostôme sur saint Matthieu, tome Ier, p. 304-305, et 289.) ; S. Joannis Chrysostomi opera, tome VII, p. 183 et 177, édit. de Montfaucon ; p. 210 et. 203, édit. de Gaume). "
25. Le même, Hom. XLVII ad populum Antiochenum
(al. LXXVI in Matthæum) : " Comment pourrons-nous supporter les regards de notre juge, lorsque nous serons au pied de son tribunal, et p.74 fin p.75 début qu'il examinera avec tant de sévérité toutes les actions de notre vie ? " " Que s'il se trouve quelqu'un parmi vous qui ne croie point à ce jugement dont Jésus-Christ nous menace, qu'il considère ce qui se passe en ce monde. Qu'il voie tant de misérables dont les uns gémissent dans les prisons, les autres sont condamnés aux métaux, les autres pourrissent sur un fumier, les autres sont tourmentés par les démons, les autres tombent dans l'égarement d'esprit, les autres éprouvent des maladies incurables, les autres sont réduits à la pauvreté, les autres endurent la faim et les dernières extrémités, et les autres enfin gémissent dans une dure servitude. Représentez-vous, dis-je, tous ces maux, et dites-vous à vous-mêmes que Dieu ne permettrait point que toutes ces personnes souffrissent tant, s'il ne devait punir de même ceux qui ne sont pas moins coupables qu'eux (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t . VII, Hom. LXXVI, al. LXXVII in Matthæum, p. 739, édit. de Montfaucon ; p. 834, édit. de Gaume ; Homélies de saint Jean Chrysostôme, t. III, p. 413). "
26. Le même, in Epist. ad Romanos, Hom.
V : " Que chacun donc, rentrant dans sa propre conscience et repassant ses péchés, se demande à soi-même un compte sévère pour n'être pas condamné un jour avec l'univers. Que le tribunal d'où cette sentence sera prononcée sera terrible ! combien ce trône ne doit-il pas nous inspirer de respect ! Qui ne tremblerait à la pensée de ce compte à rendre, de ce fleuve de feu qui engloutira ses victimes ? Le frère ne rachète point son frère ; un autre homme le rachètera-t-il (Ps. XLVIII, 8) ? Rappelez à votre mémoire ce qui est dit dans l’Evangile des anges qui s'empresseront de rassembler des quatre coins du monde les élus de Dieu, de la chambre nuptiale fermée aux vierges folles, des lampes qu'elles n'auraient pas dû laisser s'éteindre, des puissances infernales jetant la paille inutile dans un feu qui ne s’éteindra jamais. Considérez encore que si tel d'entre nous tous voyait ses désordres secrets dévoilés en ce moment même aux yeux de toute cette assemblée, il préférerait voir la terre s'entrouvrir sous ses pieds, plutôt que d'avoir tant de témoins de ses infamies. Quelle sera donc notre confusion, lorsque notre vie entière sera produite à la vue de l'univers entier sur un théâtre aussi éclatant, et sera mise sous les yeux des amis comme des étrangers (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IX, p. 469, édit. de Montf.; p. 512, édit. de Gaume) ? " p.75 fin p.76 début
27. Le même, in Epist. ad Philippenses, Hom.
XIII : " Quand vous supposeriez mille feux d'enfer, vous ne diriez rien qui égale l'angoisse qu'éprouvera une âme dans ce moment terrible où tout l'univers sera ébranlé, où les anges sonneront de la trompette, où toutes les phalanges des esprits célestes se déploieront avec ordre, d'abord la première, puis la seconde, puis la troisième, puis une infinité d'autres qui se répandront sur la terre, puis les chérubins dont la troupe est si nombreuse, puis les séraphins allant la rencontre du roi de gloire, et rassemblant les élus des quatre coins du monde, puis Paul et ses disciples s'élevant étant chargés de couronnes, comblés d'honneurs et de louanges par le souverain roi plus que tout le reste de l’armée céleste. Quand même il n'y aurait pas d'enfer, quel sentiment pourrait-on éprouver en se voyant plongé dans l'opprobre, tandis que tant d'autres seraient comblés de gloire ! Le feu de l'enfer est un supplice intolérable, je l'avoue, mais quelque chose de plus intolérable encore, ce sera de se voir exclu du royaume des cieux. Car, dites-moi, si un roi ou un fils de roi, après être parti pour la guerre, et s'y être attiré l'admiration des troupes par son habileté dans l'art militaire, rentrait dans sa ville avec ses soldats victorieux, avec ses trophées, avec tous les ornements de son triomphe, et qu'il trainât derrière lui une foule de captifs, de généraux, de satrapes, d'archontes, de tyrans faits prisonniers. . . , ne serait-ce pas pour ces derniers un supplice des plus cruels, quand même il ne leur en infligerait pas d'autres que celui-là (S. Joannis Chrysostomi opera, t. XI, p. 302, édit. de Montfaucon ; pag. 346-347, édit. de Gaume. Cet extrait et le précédent ont pour titre dans Canisius Homilia XLVIII ad populum Antiochenum ; or, les éditions actuelles des œuvres de saint Jean Chrysostôme ne portent qu'à 21 le nombre des homélies intitulées Homiliæ ad populum Antiochenum) ? "
28. S. EPHREM de Syrie, Lib. de judicio extremo, c. 1 : " Nous n'aurons pour nous défendre dans ce jour du jugement que les œuvres bonnes et saintes qui nous auront accompagnées à notre mort. Car il faudra que chacun de nous présente les actions qu'il aura faites, et les pensées qu'il aura eues, devant le tribunal de ce juge redoutable. Mon cœur palpite de crainte et les forces m'abandonnent, quand je rappelle à ma mémoire que nos pensées, nos paroles et nos actions seront manifestées au jour du jugement. Les arbres, quand le temps est venu pour eux d'avoir du fruit, commencent par former un bourgeon en eux-mêmes ;
p.76 fin p.77 début puis, conformément à l'ordre établi par la divine providence, ce bourgeon se montre au dehors, puis enfin les fruits et les feuilles. C'est ainsi que dans ce jour terrible tous les hommes épanouiront pour ainsi dire, devant le tribunal de Dieu le bien ou le mal qu'ils auront fait en secret dans cette vie, qui est pour eux en quelque sorte le temps de la germination. Alors les justes et les saints sembleront des arbres couverts de fruits mûrs aussi doux au goût qu'agréables à la vue ; les martyrs présenteront leurs fruits mûris par la patience dans leurs tourments ; les saints moines présenteront les fruits impérissables de leur continence, de leur humilité, de leur obéissance, de leurs veilles et de leurs prières. Les pécheurs, au contraire, les impies, les profanes, présenteront des fruits aussi hideux à voir que mauvais à manger, des fruits de honte et d'opprobre, à cause de leurs pleurs sans fin et de leurs éternels gémissements, du ver qui les ronge et du feu inextinguible qui les dévore. Qu'il sera terrible ce jugement, mes frères, où tout sera dévoilé sans besoin de témoins. Là seront présents des milliers et des millions, et des millions de millions d'anges, d'archanges, de chérubins et de séraphins. Là seront assemblés les chœurs des justes, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, et la troupe de tous les saints. "
Ibidem, c. 5 : " Heureux l'homme à qui il sera donné d'avoir confiance en ce jour-là et à qui sera adressé cette bienheureuse sentence : Venez, les bénis de mon père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde (MATTH., XXV, 34). Alors les justes, se voyant tout investis de lumière dans ce jour de gloire, se diront à eux-mêmes dans leur admiration : Est-ce bien moi ? et comment ai-je été trouvé digne de cette gloire ? Les anges de leur côté, s'approchant des saints avec de grandes démonstrations de joie, leur rappelleront la vie sainte qu'ils ont menée, la continence qu'ils auront pratiquée, leurs veilles, leurs prières leur pauvreté volontaire, leur exacte frugalité, la patience avec laquelle ils auront enduré la soif et la faim, enfin tout ce qu'ils auront souffert avec tant de courage et de persévérance pour l'amour de Jésus-Christ. A cet éloge que leur adresseront les anges transportés de joie, les justes répondront : Pendant tout le temps que nous avons été sur la terre, nous n'avons pas passé un seul jour parfaitement exempt de fautes, nous n'avons pas fait une seule action parfaitement bonne. Mais les anges, insistant sur leurs éloges, rappelleront aux justes le temps et le lieu de chacune de leurs bonnes œuvres et, pleins d'admiration pour leur p.77 fin p.78 début humilité, ils glorifieront Dieu pour l'éclat éblouissant dont il revêtira les corps des saints dans le ciel. "
29. Le même, Lib. de verâ pænitentiâ, c. 3 : " A la fin des siècles, quand sera arrivé le moment du second avènement du Sauveur, sa sainte croix entourée de gloire, et d'une multitude sans nombre d'esprits célestes, est ce qui paraîtra d'abord ; elle sera pour ses ennemis un objet de terreur, pour les fidèles, au contraire, un sujet de gloire comme de joie, puisqu'elle leur annoncera l'arrivée du monarque céleste. "
Ibidem, c. 4 : " Mais que pensez-vous qui doive arriver, lorsque cette croix glorieuse aura commencé à rayonner dans les cieux ? On verra alors des choses si grandes et si admirables, que jamais il n'y en a eu, que jamais il n'y en aura de pareils exemples. Actuellement même, souvent au bruit du tonnerre ou à l'éclat des éclairs, tout le monde est saisi de terreur et se prosterne à terre d'épouvante. Comment donc pourrons-nous soutenir le bruit de la trompette qui retentira d'une manière si effrayante au milieu du ciel, et qui réveillera de leurs tombeaux les bons et les méchants, les justes et les injustes, les pieux fidèles et les impies ? Aussitôt après que la trompette aura sonné, tous les tombeaux rendront les ossements qu'ils recèlent et on verra ces ossements se rapprocher les uns des autres, se rejoindre, et se revêtir comme auparavant de fibres, de veines et de nerfs. Lorsque nous verrons le genre humain tout entier se lever, chacun à sa place, et tous se rassembler pour être jugés ; la terre et la mer rendre, chacun de leur côté, leurs morts ; les corps dévorés par les bêtes féroces, par les poissons ou par les oiseaux, revenir à leur premier état ; tous ressusciter en un clin-d'œil, et paraître pleins de vie devant le tribunal, sans qu'il ait péri un seul de leurs cheveux ; lorsque nous verrons un fleuve de feu s'étendre de l'orient à l'occident, et, comme une mer en courroux, dévorer les montagnes et les vallées, incendier toute la terre et tout ce qu'elle contient ; alors, mes bien-aimés, on verra se tarir les fontaines, s'enfuir les fleuves, la mer se dessécher, l'air s'agiter, les étoiles tomber du ciel comme des feuilles d'automne, le soleil refuser sa lumière, la lune se changer en sang, le ciel se rouler comme un livre (On sait qu'autrefois les livres étaient de véritables rouleaux ; de là cette expression encore aujourd'hui en vogue, faire des rôles d'écriture) ; lorsque nous verrons les anges envoyés de Dieu se hâter de remplir leur mission, et rassembler en p.78 fin p.79 début un même lieu tous les élus, du couchant à l'aurore ; lorsque nous verrons un ciel nouveau et une terre nouvelle devenus le séjour de la justice ; lorsque nous verrons ce trône majestueux sur lequel sera assis le Dieu de l'univers, entouré de milliers d'anges saisis de tremblement en sa présence ; lorsque nous verrons le signe du Fils de l'homme, c’est-à-dire la sainte croix, précieuse source de notre salut, briller au haut du ciel, et jeter sur le monde entier un éclat supérieur à celui du soleil, et qu'à l'aspect de ce spectre royal et glorieux, tous reconnaîtront la prochaine arrivée du roi lui-même autrefois cloué sur ce bois : alors chacun saisi de crainte se demandera à soi-même comment il pourra paraître devant le Christ, quel compte il aura à lui rendre. Et si la conscience nous reproche des crimes dont nous resterions coupables, nous serons tristes, abattus, plongés dans l’inquiétude, en attendant la sentence qui devra être portée contre nous. Car chacun verra clairement toute la suite de ses actions bonnes et mauvaises exposée à ses propres yeux. . . . . "
" Ce sera, mes frères, un moment bien solennel et bien terrible, que celui où seront ouverts ces livres effrayants qui contiendront tout ce que nous aurons fait comme tout ce que nous aurons dit, et que nous aurons peut-être cru pouvoir cacher à Dieu, qui sonde les reins et les cœurs. Dans ces livres seront écrites non-seulement nos actions, mais même nos intentions et toutes nos pensées. Oh ! que de gémissements, que de larmes, lorsque nous verrons de nos yeux, d'un côte ce magnifique royaume du ciel, de l'autre ces supplices éternels, ces tortures horribles mises en évidence, et entre ces deux alternatives le genre humain tout entier, depuis le premier homme immédiatement créé de Dieu jusqu'au dernier venu de ses descendants, tous la face contre terre et dans l'attitude de l'adoration. Tous donc, ainsi placés entre le royaume du ciel et les éternels supplices, entre les torrents de joie et l'affreux désespoir, tous prosternés à terre attendront, saisis d'inquiétude et de crainte, leur dernière sentence. "
Ibidem, c. 5 : " Alors la demande sera faite à chacun des disciples de Jésus-Christ de montrer exempt de taches le sceau du baptême qu'il aura reçu, et pure de toute hérésie la foi qu'il aura professée. Alors, ô mes frères, ô les amis du Christ, toute l'espèce humaine sera comme suspendue entre la vie et la mort, entre la royauté et l'esclavage, entre des jours sans fin et des douleurs sans remède. A chacun on redemandera le sceau royal p.79 fin p.80 début qu'il aura reçu dans le jour où il aura été introduit par le baptême dans l'Eglise catholique, et cette robe sans tache dont il aura été revêtu au moment où, en présence d'une foule de témoins, il aura fait cette profession de foi : Je renonce à toi, Satan, et à toutes tes œuvres. On nous demandera alors à justifier notre fidélité à ce renoncement solennel, que les anges ont eu soin d’inscrire dans les registres célestes. On nous demandera compte, à tous nous autres chrétiens, de cette solennelle profession de lui. Les pasteurs, les évêques et les ouailles que Jésus-Christ les a chargés de paître, to us seront examinés sur la manière dont ils auront accompli ou violé leurs devoirs. S'il est arrivé qu'une brebis se soit perdue par l'effet de la négligence du pasteur, on redemandera à celui-ci le sang dont il aura occasionné la perte. Il en sera de même de l'abbé de monastère, qui aura à répondre tant pour lui-même que pour son troupeau ; de même du prêtre, pour la partie du peuple chrétien qui lui aura été confiée ; de même des diacres, des lecteurs et de tous les fidèles, pour les âmes qui auront composé leur maison, pour leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs et leurs servantes, à qui ils auront dû inspirer la crainte de Dieu, en les corrigeant et les instruisant, comme dit l’Apôtre, selon le Seigneur (Ephés., VI, 4). Alors les princes et les rois, les riches et les pauvres, les petits et les grands, seront interrogés chacun sur leurs propres œuvres. Car il est écrit que nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps (II Cor., V, 10). Il est encore dit ailleurs : Personne ne pourra les arracher de mes mains (Deut., XXXII, 39). "
Ibidem, c. 8 : " Alors la séparation se fait entre eux, et ils prennent chacun leur direction opposée sans espérance de se revoir jamais. Qui serait assez insensible pour ne pas pleurer amèrement à la pensée de ce jour fatal ? Alors les évêques sont séparés des évêques, les diacres des diacres, les sous-diacres et les lecteurs de leurs anciens associés. Alors ceux qui auront été rois seront séparés de la troupe des élus, et pleureront comme des enfants en se voyant chassés comme de vils esclaves. Alors les princes et les riches insensibles aux besoins des pauvres se répandront en gémissements, et, réduits à une affreuse nudité, ils porteront ça et là leurs regards abattus. Ils chercheront du secours de tous côtés ; et n’en trouveront nulle part . . . . . "
" Pour tout dire en peu de mots, chassés à coups de fouets, p.80 fin p.81 début comme de vils troupeaux, par les anges exécuteurs des vengeances divines, ils s'en iront dans les abîmes en rugissant de rage, en grinçant les dents, et en regardant de fois à autre derrière eux, comme pour essayer de voir les justes et d'être témoins de leur joie, qu'ils ne pourront plus partager eux-mêmes. Ils entrevoient dans cette lumière ineffable ces joies du paradis, ces magnifiques récompenses que recevront du roi de gloire ceux qui auront combattu selon les règles. Ils voient leurs proches, leurs amis entrer en jouissance de cette éternelle félicité, et, confus de s'en être rendus indignes, ils éclatent en lamentations et en gémissements. Bientôt ils s'en vont totalement séparés d'eux, et Dieu même est le mur qui les en sépare, de sorte qu'ils ne peuvent plus même regarder derrière eux, et qu'ils sont à jamais privés de la vue de cette pure et immense lumière en même temps qu'ils voient s'ouvrir à leurs pieds l'abîme affreux où leur sont préparés d’éternels supplices.
Là encore on les sépare les uns des autres, et on assigne à chacun son cachot particulier, selon la peine particulière qu'il aura méritée. " Pour plus de détails, voir le sermon du même saint sur la résurrection et le jugement à venir, et son livre de la résurrection, du jugement, du royaume des cieux et de la pureté de l'âme.
30. S. AUGUSTIN, Serm. LXVII de tempore (Ce sermon ne paraît pas être de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist. eccles., t. V, p. 103) : " Que ferons-nous, mes bien-aimés, en ce terrible jour du jugement, lorsque tout le monde tremblant de crainte, le Seigneur, précédé d'une troupe d'anges qui feront retentir leurs trompettes, se sera assis sur le trône de sa majesté, tout rayonnant de gloire et entouré d'esprits céleste ; lorsqu'ayant devant lui tous les hommes sortis de la poussière du tombeau, dont chacun a pour témoin secret sa propre conscience, il mettra sous les yeux de tous les châtiments préparés aux pécheurs, les récompenses réservées aux justes, et demandera compte à chacun de la vie qu'il aura menée, et montrant à ceux qui auront méprisé sa miséricorde toute la sévérité de sa justice, leur dira : O homme, je t'ai tiré de mes propres mains du limon de la terre ; j'ai animé tes membres en y incitant un souffle de vie. . . ; pour toi, j'ai essuyé les moqueries, j'ai enduré les soufflets et les crachats, j'ai été abreuvé de fiel et de vinaigre ; j’ai été flagellé, couronné d'épines, attaché à une croix, percé d'une lance ; et pour t'arracher à la mort, j'ai sacrifié dans p.81 fin p.82 début les tourments ma propre vie. Vois les traces des clous dont mes pieds et mes mains ont été percés. Vois mon flanc percé d'une lance. J’ai pris sur moi tes propres douleurs, pour te procurer la gloire ; j'ai subi pour toi la mort, afin que tu pusses vivre éternellement. J’ai été enseveli dans un tombeau, pour que tu régnasses dans le ciel. Pourquoi as-tu perdu le fruit de tout ce que j'ai enduré pour toi ? Pourquoi, ingrat, as-tu dédaigné la grâce de la rédemption que je t'offrais. . .? Et puisqu'après avoir commis tous ces crimes tu as refusé de recourir au remède de la pénitence, tu ne mérites plus que d'entendre la sentence de ta condamnation. Quel grincement de dents ce sera, lorsque, tandis que tous les saints seront placés à la droite du roi et admis dans le séjour de la gloire, tous ces hommes de péchés, précipités dans l'abîme sans espoir de grâce ou de pardon, se verront exclus par leurs propres ténèbres de la lumière des bienheureux, et descendant, descendant encore dans le gouffre infernal, se verront condamnés à vivre éternellement pour mourir éternellement. Si donc nous voulons prévenir pour nous-mêmes, tandis que nous le pouvons encore et que Dieu nous offre pour cela le secours de sa grâce, cette terrible sentence qu'il nous faudrait entendre aussi au tribunal du souverain juge, examinons nos consciences, et si nous reconnaissons en nous des péchés mortels dont nous ne nous soyons pas purifiés par des aumônes ou par des prières, hâtons-nous de nous mettre à l'abri du naufrage dans le port de la pénitence ; ou si le vaisseau de notre âme a souffert de la tempête, s'il a été endommagé ou par le vent de l'orgueil, ou par celui de l'avarice, ou par la volupté hâtons-nous de le réparer au moyen des bonnes œuvres. "
31. S. ISIDORE, Lib. I de summo bono, c. 30 : "
Jésus-Christ sait d'avance le jour marqué pour le jugement qu’il portera, mais il n'a voulu le dire dans l’Evangile ni le faire connaître à ses disciples. Car lorsqu'il dit par son prophète : Le jour de la vengeance est dans mon cœur (ISAIE, LXIII, 4), il fait bien voir qu'il ne l'ignore pas, quoiqu'il refuse de le faire connaître. Au jour du jugement, les méchants verront Jésus-Christ dans sa nature humaine, parce que c'est dans cette nature qu'il a été condamné, afin que cette vue ne leur cause que de la confusion ; celle au contraire qu'il leur donnerait de sa divinité pourrait leur inspirer de la joie. Car la divinité n'a coutume de se montrer qu'à ceux à qui elle veut faire une faveur. Selon que les consciences se trouveront disposées, Jésus-Christ en ce grand jour se montrera p.82 fin p.83 début plein de douceur pour les élus et plein de rigueur pour les réprouvés. Tel sera le cri de la conscience de chacun, telle sera, pour lui la voix de son juge, de sorte que Jésus-Christ, sans rien changer à la majestueuse tranquillité de son visage, ne paraîtra terrible qu'à ceux qu'accusera le cri de leur conscience. Les élus et les réprouvés, déjà séparés les uns des autres au jour du jugement, se diviseront entre eux-mêmes en deux classes nouvelles. Car les plus parfaits d'entre les élus jugeront avec Jésus-Christ, tandis que les moins parfaits seront jugés par Jésus-Christ, quoique également destinés à régner avec lui. Et de même parmi les réprouvés, il y aura deux classes distinctes, celle des méchants qui pendant cette vie auront appartenu au corps de l'Eglise, et qui seront jugés et tout à la fois condamnés, et celle des autres réprouvés qui n'auront jamais appartenu à l’Eglise, et qui n'auront point à être jugés, mais seulement à être condamnés. "