Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 182)
19. Psaume X, 8 : " Le Seigneur fera pleuvoir sur les impies des fléaux auxquels ils n'échapperont pas : le feu, le soufre et le vent des tempêtes, voilà la coupe qu'il leur prépare. "
20. Ps. XX, 9 -10 : " Votre main s'appesantira sur tous vos ennemis ; votre droite atteindra tous ceux qui vous haïssent - Au jour de la vengeance, vous les livrerez à un feu dévorant. La colère du Seigneur les dévorera ; ils deviendront la proie des flammes. "
21. Deutéronome, XXXII, 22 :
" Ma fureur s'est allumée comme un feu, et elle fera sentir ses atteintes jusqu'au fond des enfers ; elle dévorera la terre avec ses germes, et elle consumera les montagnes jusque dans leurs racines. "
22. JOB, XXIV, 19-20 : " Il passera tout d’un coup des eaux froides de la neige à une chaleur excessive, et son péché le conduira jusqu'aux enfers. Que la miséricorde le mette en oubli, que les vers soient sa douceur et ses délices ; qu'on ne se souvienne point de lui, mais qu'il soit retranché comme un arbre qui ne donne point de fruits. " p.98 fin p.99 début
23. Romains, II, 6-9 : " Il rendra à chacun selon ses œuvres ; - en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur constance dans les bonnes œuvres cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité - et en répandant la colère et son indignation sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité mais qui embrassent l'iniquité - Tribulation et angoisse sur tout homme qui fait le mal. "
24. ISAIE, XIII, 21-22 : " Elle (Babylone) deviendra le repaire des bêtes féroces ; ses palais seront remplis de serpents ; les autruches y viendront habiter ; les boucs sauvages y prendront leurs ébats. - Les hiboux y feront retentir leur voix lugubre, et des monstres occuperont ses palais de délices. "
26. Ecclésiastique, XXI, 10-11 :
" L'assemblée des méchants est comme un amas d'étoupes et ils seront à la fin consumé par la flamme. - La voie des pécheurs est unie et pavée ; mais au bout est l'enfer, et les ténèbres et les supplices. "
28. Ibid., IX, 6 : " Dans ces jours, les méchants chercheront la mort, et ne la trouveront point ; ils la désireront et elle fuira loin d'eux. "
29. JOB, VII, 9 : " Comme une nuée se dissipe et passe sans qu'il en reste de traces, ainsi celui qui descend dans l’abîme ne remontera plus. "
30. Ibid., XX, I, 4-5, 14-16, 18, 22, 26-29 : "
Sophar de Naamath répondit en disant : " Ce que je sais, ce qui a toujours été également vrai depuis que l'homme a été créé sur la terre, - c'est que la gloire des impies est bientôt passée et que la joie de l'hypocrite n'est que d'un moment. - La nourriture qu'il prend s'altère dans son sang, et se change en un venin mortel. - Il vomira les richesses qu'il aura dévorées et Dieu les lui arrachera des entrailles. - Il sucera le venin de l'aspic, et restera atteint de la dent de la vipère. - Il souffrira les peines des maux qu'il a faits sans en être consumé et l'excès de ses tourments égalera celui de ses crimes. - Après qu'il se sera bien rassasié, il se trouvera dans des étouffements qui le déchireront et les douleurs l'accableront de toutes parts. - Les ténèbres les plus épaisses sont cachées dans le secret de son âme ; il sera dévoré par un feu qui ne s'allume point, et du fond de sa tente il fera éclater ses gémissements - Les cieux révèleront p.99 fin p.100 début son iniquité et la terre s'élèvera contre lui. - Les enfants de sa maison seront exposés à la violence ; ils seront retranchés au jour de la colère de Dieu. - Voilà le partage que Dieu réserve à l'impie ; tel est 1’héritage que lui promet le Seigneur. "
32. ISAIE, XXXIII, 11-14 : " Vous vouliez embraser Jérusalem ; vos efforts seront vains, et votre souffle allume le feu qui vous dévorera. - Et ces peuples ressembleront aux cendres qui restent après un incendie, et à un faisceau d'épines qu'on jette dans le feu. - Vous qui êtes loin, apprenez ce que j'ai fait ; et vous qui êtes proche, reconnaissez ma puissance. Les impies ont été saisis d'effroi en Sion ; la frayeur s'est emparée des hypocrites. Qui de vous pourra habiter dans le feu dévorant? Qui de vous pourra subsister dans les flammes éternelles ? "
33. MATTHIEU, III, 10-12 : " Car déjà la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. - Pour moi, je vous baptise dans l'eau pour vous porter à la pénitence mais celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers ; c'est lui qui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu. - Il tient son van à la main, et il nettoiera entièrement son aire ; il amassera son froment dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra jamais. "
34. Id., XXV, 41, 46 : " Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges ; et ces derniers iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle. "
35. II Thessaloniciens, I, 8-9 : " Lorsqu'il viendra au milieu des flammes tirer vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu, et qui n'obéissent point à l'évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; - qui souffriront la peine d'une éternelle damnation à la présence du Seigneur et devant l'éclat de sa puissance. "
36. II PIERRE, II, 4-6, 9 : " Si Dieu n'a point épargné les anges qui ont péché, mais les a précipités dans l'abîme, où ils sont enchaînés pour être tourmentés et tenus comme en réserve jusqu'au jour du jugement ; - s'il n'a point épargné le monde des premiers temps, mais n'a sauvé que sept personnes avec Noé, prédicateur de la justice, en amenant les eaux du déluge sur le monde des pervers ; - s'il a puni les villes de Sodome et de Gomorrhe, en les ruinant de fond en comble et les réduisant p.100 fin p.101 début en cendres, pour les faire servir d'exemple à ceux qui vivraient dans l'impiété, etc. : - le Seigneur sait délivrer ceux qui le craignent des maux par lesquels ils sont éprouvés et réserver les pécheurs au jour du jugement pour leur peine à subir. "
38. LUC, VI, 24-26 : " Néanmoins, malheur à vous, riches, qui avez votre consolation. - Malheur à vous qui êtes dans l'abondance, car vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous pleurerez et répandrez des larmes. - Malheur à vous, lorsque les hommes vous applaudiront. "
39. Id., XVI, 22-26 : " Le riche mourut aussi, et il eut l'enfer pour tombeau. - Et lorsqu'il était dans les tourments, il leva les yeux en haut, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. - Et s'écriant, il dit ces paroles : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue : car je souffre extrêmement dans ces flammes. - Mais Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu des biens dans votre vie et que Lazare n'a eu que des maux ; c'est pourquoi maintenant il est dans la consolation, et vous êtes dans les tourments. - De plus, il y a entre vous et nous un grand abîme, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le pourraient, comme on ne peut passer ici du lieu ou vous êtes. "
41. Sagesse, VI, 2-9 : " Ecoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre. - Prêtez l'oreille, vous qui gouvernez les peuples et qui vous complaisez dans la multitude de vos sujets. - Considérez que la puissance vous a été donnée par le Seigneur et la force par le Très-Haut qui interrogera vos œuvres et scrutera vos pensées. - Car, étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas jugé équitablement, vous n'avez pas garde la loi de la justice, et vous n'avez pas marché selon la volonté de Dieu. - Il vous apparaîtra soudain et dans un appareil formidable : car un jugement très rigoureux est réservé à ceux qui commandent aux autres ; on a pitié des petits, mais les puissants seront puissamment tourmentés - Dieu n'exceptera personne des lois de la justice, et il ne respectera aucune grandeur ; car il a fait les grands comme les petits, et il a également soin de tous. - Mais aux plus grands sont destinés les plus grands supplices. "
42. ISAIE, V, 14 : " L'enfer s'est élargi et a ouvert ses p.101 fin p.102 début gouffres immenses : ils y descendront, ces premiers de la nation, ces hommes revêtus de gloire, confondus avec le peuple. "
44. MATTHIEU, X, 28 : " Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent faire périr l'âme ; mais craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et l'âme dans l'enfer. " TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. CHRYSOSTOME, Epist. V ad Theodorum lapsum : "
Les douleurs et les chagrins de la vie passent en un moment ; au lieu que les siècles à venir n'auront jamais de fin, et on ne saurait mesurer la différence qui se trouve entre la vie future et la vie présente.
" Quand vous entendez parler du feu de l'enfer, ne vous persuadez pas qu'il ressemble à celui que vous voyez, qui diminue peu à peu et qui s'éteint ; l'autre brûle sans cesse avec la même activité, il est impossible de l'éteindre. Ceux qui ont péché sont revêtus comme les autres de l'immortalité, mais ce n'est pas pour leur gloire : c'est afin qu'ils puissent toujours souffrir. Il n'y a point de termes pour exprimer un état si violent. Les petites choses peuvent nous donner quelque idée des grandes. Si vous vous jetez dans un bain trop chaud, songez aux peines de l'enfer ; lorsqu'une fièvre ardente vous tourmente, souvenez-vous du feu qui brûle les réprouvés. Si la fièvre, si un bain trop chaud nous paraissent si incommodes, quel supplice ne sera-ce pas d'être englouti dans un torrent de feu ? Ce tourment insupportable fera grincer les dents et causera des douleurs infinies, sans que personne puisse songer à y apporter du secours : nous répandrons des larmes amères au milieu de ce fleuve de feu ; nous n'aurons devant les yeux que des damnés et une effroyable solitude. "
" Qui pourrait expliquer les horreurs de ces ténèbres et l'effroi qu'elles nous causeront? Ce feu, qui ne pourra s'éteindre, n'éclairera point : les peines se succèderont les unes aux autres, et on sera accablé par divers genres de supplices. On voit même ici-bas des corps qui résistent à des maladies longues et violentes, et ainsi il n'y a pas de quoi s'étonner qu'une âme immortelle subsiste au milieu de tant de peines. La mort n'arrive que par la défaillance du corps, et nullement par celle de l'esprit ; si bien que quand l'âme sera réunie à un corps incorruptible, rien ne pourra les empêcher de souffrir éternellement. La violence des maux que nous souffrons en abrège la durée, à cause de la fai- p.102 fin p.103 début blesse du corps, qui s'use à la fin. L'immortalité supplée à ce défaut et nous rendra capables de souffrir des maux violents et éternels sans que notre âme périsse ou que le corps soit consumé par ces tourments, qui n'auront jamais de fin. "
" Voudriez-vous jouir pendant cent ans de tous les plaisirs du monde pour être ensuite condamné à des peines si cruelles ? Quelle comparaison peut-il y avoir entre un espace si court et une infinité de siècles ? Les plaisirs de la vie présente sont comme un songe d'une nuit, en comparaison des biens de l'éternité. Voudrait-on souffrir des tourments éternels pour être heureux pendant un songe ? Il faudrait être bien dépourvu de raison pour faire un échange si mal entendu.
"
" Je ne vous parle point encore de l'amertume qui empoisonne les plaisirs du monde : vous en êtes trop préoccupés et ce n'est pas ici le lieu de vous détromper. Je vous en ferai voir la vanité et le ridicule, quand vous aurez la force de goûter mes raisonnements. L'entêtement où vous êtes vous ferait rire, si je me mettais en devoir de vous prouver que les plaisirs sont fades et dégoûtants. Quand la grâce de Dieu vous aura guéri de cette maladie, vous comprendrez mieux la vérité des maximes que je vous propose, et que j'approfondirai dans un autre temps. "
" Mais supposons que les plaisirs du monde soient de véritables plaisirs, et qu'ils ne soient jamais détrempés de fiel ;
que dirons-nous des tourments qui leur succèderont ? Que ferons-nous, lorsque quelques jours d'une joie imaginaire seront punis par des supplices éternels. Il ne tient qu'à nous de les éviter et de mériter à peu de frais des récompenses infinies. Car la divine Providence a disposé les choses de telle façon que nos combats durent peu, puisqu'ils finissent avec cette vie qui est si courte, tandis que les joies qu'elle nous prépare dureront dans toute la suite des siècles. "
" Voilà ce qui tourmentera les réprouvés quand ils feront réflexion qu'ils se sont condamnés eux-mêmes à des peines éternelles, parce qu'ils n'ont pas voulu employer quelques moments à la pénitence. Ne nous exposons pas à ce cruel repentir ; profitons du temps que Dieu nous donne ; ceux qui persévèreront dans le vice souffriront tous les maux que je viens de vous décrire et qui sont encore bien plus violents que nous ne pouvons l'imaginer, et que tout ce que l'on fait souffrir aux scélérats. C’est un si grand sujet de désespoir d'avoir perdu par sa faute des biens infinis, qu'il n'en faut pas davantage pour tourmenter les réprouvés et pour les rendre infiniment malheureux. "
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2. S. CYRILLE d'Alexandrie, in Oratione de exitu animæ
: " Je crains pour moi-même l'enfer, à cause de la durée sans fin de ses tourments. Ses supplices me font horreur, à cause de la chaleur insupportable qu'on y endure ; ses ténèbres me causent une vive frayeur, parce qu'elles sont sans mélange de lumière. Je redoute le ver qui y ronge les damnés parce qu'il ne meurt point… "
" Celui qui se trouvera avoir vécu dans une molle oisiveté entendra cette dure parole appliquée à lui-même : Que l'impie disparaisse, et qu'il ne voie pas la gloire du Seigneur (ISAïE, XXVI, 10). Ce sera alors un jour de colère, un jour de tristesse et d'angoisse, un jour d'affliction et de misère, un jour de ténèbres et d'obscurité (SOPH., I, 15). Alors l'âme abandonnée des saints anges de Dieu sera saisie par de noirs démons qui la frapperont rudement, l'entraîneront dans des lieux obscurs, dans les abîmes de la terre qui s'ouvrira devant elle, et l'y enchaîneront avec de durs liens. Là seront plongées les âmes des pécheurs pour y brûler pendant toute l'éternité ainsi que Job le témoigne par ces paroles : Dans une terre ténébreuse, couverte des obscurités d'une nuit éternelle (JOB, X, 21). Là, point de lumière ; point de vie pour les malheureuses victimes qui s'y trouvent condamnées ; mais une désolation sans remède, une douleur sans terme, des pleurs sans fin, des grincements de dents sans interruption, des gémissements inconsolables. Là, un malheur, un désespoir éternels. Les malheureux y crient sans cesse : Hélas ! hélas ! et personne ne vient à leur secours ; ils demandent du soulagement, et personne ne les soulage. Ces peines sont au-delà de toute expression ; aucune bouche humaine ne saurait exprimer la terreur dont on y est saisi, ou égaler les expressions à la grandeur des maux qu'on y endure. Ils gémissent sans cesse, et personne n'a pitié d'eux. Ils crient du fond de l'abîme et personne n'est sensible à leurs cris. Ils se lamentent, sans que personne les délivre. Ils se désolent sans que personne compatisse à leurs peines. Que sont devenues désormais ces vanités mondaines, cette vaine gloire, ces plaisirs, ces voluptés, cette pétulance, cette ambition, etc. ? "
" De quelles ténèbres ne se verront-ils pas enveloppées lorsque le souverain juge leur parlera dans sa colère lorsqu'il leur adressera ces terribles paroles : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges (MATTH., XXV, 41) ! Hélas, de quelle douleur, de quelle anxiété, p.104 fin p.105 début de quelle terreur, de quel tremblement ne seront-ils pas saisis, lorsque toutes les puissances célestes s'élèveront contre eux, et s'écrieront de concert : Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer (Ps. IX, 18) ! Malheur! malheur! voilà quel sera leur éternel cri, tandis qu'ils se verront précipités dans d'éternels tourments. Ah! que l'abîme qui les recevra est horrible! Là, des pleurs et des grincements de dents ; Satan lui-même, à l'aspect de ces lieux, est saisi d'effroi. Ah ! quel tourment que ce feu qui ne s'éteint point, qui brûle éternellement sans jamais donner de lumière. Quel monstre effrayant que ce ver qui ne meurt point, qui ne dort point ! Quelle horreur que ces ténèbres extérieures et sans jour ni aurore ! Quelle terreur m'inspirent ces anges sans pitié qui ont pour mission de tourmenter les coupables, de les insulter, de les accabler de reproches ! Alors ces malheureux redoublent leurs cris, mais personne ne s'occupe de leur délivrance. Ils crient vers le Seigneur, mais le Seigneur n'écoute point leur voix. Alors ils reconnaissent enfin que tout n'est que vanité dans les biens de la vie présente, et que ce qui y semble devoir causer le plus de joie et procurer le plus de bonheur, est ce qui renferme le plus de fiel et d'amertume. O tribulation ! ô calamité ! ô malheur sans remède ! C'est dur que de se voir séparé de la société des saints; mais c'est bien plus dur encore de se voir séparé de la société de Dieu. Quelle ignominie aussi de se voir les mains et les pieds liés. Il est pénible de se voir jeté dans les ténèbres extérieures, d'être réduit à ne faire que grincer les dents, de souffrir sans fin , d'endurer des flammes éternelles. Il est triste de demander une goutte d'eau, et d'en essuyer le refus, de s'écrier continuellement du milieu des flammes, sans que personne vienne au secours ; de se voir englouti dans un abîme dont on ne pourra jamais se retirer ; renfermé dans une prison, sans moyen de fuir, sans moyen de s'en évader ou d'en rompre les liens ; éternellement en proie à des flammes vengeresses, impitoyables ministres de la justice de Dieu ; resserré dans de dures courroies, déchiré avec des ongles de fer, fouetté sans miséricorde, plongé dans la poix bouillante, ne respirant que l'odeur du soufre, sillonné par des vers dégoûtants enchaîné à un bûcher dont les flammes ne s'éteignent point. "
3. S. PROSPER (ou plutôt, Julien Pomère, véritable auteur de l’ouvrage cité ici, V. NAT. Alex., Hist. Eccl., t. V, p.130), Lib. III de vita contemplativâ, c. 12 : " Que p.105 fin p.106 début veulent dire ces paroles, être réduit au silence et lié par les pieds et les mains, sinon être privé de toute action dans l'enfer, où il n'y a personne qui chante les louanges du Seigneur ; de même que d’être jeté dans les ténèbres extérieures, signifie être rejeté de Dieu qui est la lumière de nos esprits ? Les pleurs et les grincements de dents indiquent les douleurs cuisantes de ces malheureux damnés voués au supplice d'une mort éternelle et privés du sens de la vue pour n'avoir plus d'autre sentiment que celui de leurs souffrances. Leurs gémissements continuels, leurs tortures horribles, leurs supplices sans fin ne leur laissent la vie que pour être eux-mêmes éternels ; et si ce feu qui ne s'éteint point n'éteint pas non plus en eux la flamme de la vie, c'est pour qu'ils conservent éternellement le sentiment de leurs souffrances, pour rendre immortelle cette seconde mort qui perpétuera éternellement ses horreurs. Ce que dit l'Evangile, que le ver qui les ronge ne mourra point, et que le feu qui les brûle ne s'éteindra point, comprend l’ensemble des peines des damnés qui tourmentera éternellement le feu d'une pénitence stérile et que dévorera de même sans fin le ver rongeur d'une conscience bourrelée. Lors donc qu'on parle de celle seconde mort des damnés, on ne veut pas dire que la vie les abandonne, mais seulement qu'ils souffrent tout ce que la mort fait souffrir de plus affreux. Se repaître volontiers de ces pensées, en faire le sujet de ses entretiens ou de ses lectures, y croire fermement, prévoir sans trouble ces châtiments qui nous menacent, afin de les éviter penser quel mal ce serait pour nous d'être à jamais privé du bonheur de voir Dieu, de la société des saints, du repos de la céleste patrie ; d'être morts à la vie bienheureuse, et de ne vivre que pour mourir sans fin ; d'être précipité avec le diable et ses anges dans un feu éternels où la vie n'est qu'un supplice ; de n'éprouver des propriétés de ce feu que celle qu'il a de faire souffrir, et non celle qu'il pourrait avoir d'éclairer de n'entendre plus rien autre chose que le pétillement de ces flammes dévorantes ; d'être comme aveuglé par leur noire fumée ; d'être plongé dans un étang de feu ; d'être éternellement rongé par les vers :
penser, dis-je, à tout cela, c'est prendre la résolution de renoncer au vice, et de réprimer à l'avenir toutes les révoltes de la chair. Mais ne nous arrêtons pas, croyez-moi, à occuper notre esprit de ces châtiments, qui frappent l'esprit des fidèles d'une terreur salutaire, qui les obligent à renoncer aux plaisirs défendus, et dont les voluptueux ne pourront du reste faire p.106 fin p.107 début l'expérience que, lorsque, pour comble de malheur, ils ne pourront plus ni s'en garantir, ni se corriger ; ne nous arrêtons pas, dis-je, à nous occuper de ces pensées, mais songeons de plus au bonheur qu'il nous est ordonné d'espérer, aux biens célestes qui doivent être l'objet de nos désirs ; et puisque ceux qui veulent faire des progrès dans la vertu doivent, après avoir commencé par se bien pénétrer d'une crainte salutaire, entrer par degrés dans les secrets de l'amour divin, nous devons donc aussi parler maintenant des motifs d'aimer Dieu, après nous être étendu suffisamment, à ce qu'il nous semble, sur ceux que nous avons de le craindre. "
4. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. IV dialogorum, c. 28 : " Si vous croyez sur la parole de Dieu que les âmes des saints sont dans le ciel, vous devez croire de même que celles des méchants sont dans l'enfer ; car la même souveraine justice qui demande que les justes soient glorifiés exige aussi que ceux qui ont commis l'injustice en portent la peine. Et de même que vous croyez que les élus jouissent de la béatitude ainsi devez-vous croire que les réprouvés endurent le supplice du feu, à partir du jour de leur mort. " Pierre. " Eh ! quelle raison peut nous obliger à le croire, puisqu'une substance immatérielle ne donne sur elle-même aucune prise à un feu matériel ? "
5. Ibidem, c. 5 : Grégoire.
" Si votre âme, toute immatérielle qu'elle est, est dans votre corps tant que vous vivez, pourquoi l'âme du damné ne pourrait-elle pas aussi, après la mort, être dans un feu corporel, quoiqu'incorporelle elle-même ? " Pierre. Si l'âme, quoiqu'immatérielle réside dans le corps d'un homme tant qu'il vit, c'est qu'elle est en lui le principe de la vie. " Grégoire. " Eh bien ! si une âme immatérielle peut résider dans un corps pour être en lui un principe de vie, pourquoi ne pourrait-elle pas aussi résider dans un corps pour y souffrir les douleurs de la mort ? Or, nous disons que l'âme du damné est dans le feu, pour y recevoir, par les tourments qu'elle y éprouve la peine de ses crimes. Le feu la fait souffrir par cela seul qu'elle le voit, et elle y brûle par cela seul qu'elle voit qu'elle y brûle. Et c'est ainsi qu'une substance corporelle peut en brûler une autre qui est incorporelle, le feu, tout visible qu'il est par lui-même, causant à l'âme une douleur invisible, de telle façon qu'on peut dire que ce feu matériel allume dans l'âme un feu p.107 fin p.108 début immatériel ; quoique, après tout, les textes évangéliques puissent aussi nous fournir la preuve, que l'incendie dont l'âme du réprouvé est dévorée, résulte pour elle non-seulement de ce qu'elle voit, mais encore de ce qu'elle sent. Car c'est la vérité elle-même qui nous déclare que le riche, après sa mort, fut enseveli dans l'enfer. Or, que son âme y éprouve le contact du feu, c'est ce que donne à penser cette prière qu'elle adresse à Abraham : Envoyez-moi Lazare, pour qu'il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et qu'il en rafraîchisse ma langue, car je soufre horriblement dans ces flammes (LUC, XVI, 24). Puis donc que la Vérité même nous déclare que ce riche réprouvé est condamné au supplice du feu, quel homme sensé voudra nier que le feu soit le supplice qu'endurent les âmes des réprouvés ? " Pierre. " Je le vois, la raison et l'autorité m'obligent de concert à vous croire ; mais que vous me laissiez un moment penser librement, je retombe aussitôt dans mon incrédulité. Car je ne saurais comprendre comment ce qui est matériel peut affecter ce qui est immatériel et lui causer du tourment. " Grégoire. " Dites-moi, je vous prie, pensez-vous que les esprits rebelles, précipités du ciel dans les abimes, soient corporels, ou qu'ils soient incorporels ? " Pierre. " Quel homme de bon sens pourrait dire que des esprits fussent corporels ? " Grégoire. " Direz-vous que le feu de l'enfer soit incorporel, ou n'avouerez-vous pas plutôt qu'il est corporel ? " Pierre. " Je ne doute pas que le feu de l'enfer ne soit corporel, puisqu'il est certain qu'il fera le tourment des corps des damnés. " Grégoire. " Assurément la Vérité dira aux réprouvés à la fin du monde : Allez au feu éternel, préparé pour le diable et pour ses anges (MATTH., XXV, 41). Si donc le diable et ses anges, tout incorporels qu'ils sont, doivent être tourmentés par un feu corporel, que trouvez-vous d’étonnant à ce que les âmes des reprouvés, avant même d’être réunies à leurs corps, puissent de même éprouver les atteintes d'un feu matériel ? " Pierre. " Cette raison que vous donnez est évidente et je dois m'interdire toute question ultérieure. "
6. Ibidem : c. 42 : " Puisqu'il n'y a sous terre personne qui, au témoignage de l'Apôtre (Apoc., V, 3), ait été trouvé digne d'ouvrir le livre, je ne vois rien qui empêche de croire que l'enfer a son siège dans les lieux souterrains. " p.108 fin p.109 début
7. Ibidem, c. 43 : " Le feu est le même pour tous les damnés, mais il ne les tourmente pas tous de la même manière. Car chacun en est tourmenté à proportion des fautes dont il est resté coupable. Et de même que dans ce monde tous jouissent de la vue du même soleil, sans que tous éprouvent également pour cela l'ardeur de ses rayons, chacun en ressentant les atteintes selon la manière particulière dont il se trouve disposé ; ainsi, en enfer, quoique le feu soit pour tous le même, il ne cause pas à tous les mêmes tourments ; mais ce qui est ici l'effet de la diversité des tempéraments ou des humeurs, est en enfer l'effet de la diversité des crimes, et c'est à cette diversité de crimes qu'il faut attribuer la différence des tourments, quoiqu'il n'y ait aucune différence dans le feu lui-même qui en fait la matière. "
8. Ibidem, c. 44 : " Puisque c'est la Vérité elle-même qui a dit : Les impies iront au supplice éternel et les justes au contraire iront à la vie éternelle (MATTH., XXV, 46), tout ce qu'elle a promis aux uns ne pouvant être que véritable, on ne saurait non plus tenir pour faux ce dont elle a menace les autres. "
Pierre. " Mais si quelqu'un disait : Dieu n'a menacé les pécheurs d'une peine éternelle que pour les faire cesser de pécher ? "
Grégoire. " S'il nous était permis de considérer comme inexécutables les menaces qu'il fait aux pécheurs, on pourrait aussi considérer comme telles les promesses qu'il fait aux justes. Mais quel est, même parmi les insensés celui qui voudrait penser ainsi ? Et d’ailleurs, si Dieu peut faire aux hommes, pour les ramener au bien, des menaces qu'il n'ait pas l'intention d'exécuter, nous faisons de lui un menteur en voulant sauver sa miséricorde. "
Pierre. " Je voudrais bien savoir comment il peut se faire avec justice, qu'une faute d'un moment soit punie d'un supplice sans fin. "
Grégoire. " Votre réflexion serait juste, si le juste juge n'avait pas égard la disposition d'esprit des hommes, plutôt qu'à leurs actes. Si les méchants n'ont péché que quelques années, c'est qu'ils n'ont vécu que quelques années. Et il n'est pas douteux que si la chose leur eut été possible, ils eussent, voulu vivre sans fin, pour pouvoir pécher sans fin. Ils font bien voir qu'ils voudraient toujours vivre dans le péché, puisqu'ils ne cessent de pécher tout le temps de leur vie. Il est donc de toute justice que le juge souverain condamne à d’éternels supplices des hommes p.109 fin p.110 début qui, tant qu'ils ont vécu, ont voulu être dans le péché. Dieu étant infiniment bon, ne saurait se repaître de nos souffrances ; mais comme il est aussi infiniment juste, il ne peut que punir éternellement une volonté constamment criminelle. Mais de plus, la condamnation des méchants aux supplices éternels, en même temps qu'elle est la juste peine de leur iniquité fait que les justes n'en apprécient que mieux le bonheur dont Dieu les fait jouir, en voyant la rigueur des châtiments auxquels ils ont échappés et qu'ils se reconnaissent d'autant plus redevables à la grâce divine, qu'ils voient que les péchés que sa grâce leur a fait éviter auraient été punis d'un éternel supplice. "
Pierre. " Mais comment peuvent-ils être saints, s'ils ne prient pas pour ceux qu'ils voient brûler dans les flammes, puisqu'il a été dit à tous : Priez pour vos ennemis (MATTH., V, 44) ? "
Grégoire. Ils prient pour leurs ennemis, tant qu'ils peuvent par leurs prières convertir utilement leurs cœurs à la pénitence, et les sauver par les exemples qu'ils leur donnent. Car qu'ont-ils à demander pour leurs ennemis, autre chose que ce qui est marqué par les paroles suivantes de l’Apôtre : Que Dieu leur donne l’esprit de pénitence pour qu'ils connaissent la vérité, et qu'ainsi ils sortent des pièges du diable, qui les tient captifs pour en faire ce qu'il lui plaît (II Tim., II, 25-26). "
Pierre. " Je goûte cette doctrine ; comment, en effet, pourraient-ils prier pour des gens qui ne peuvent plus changer de dispositions en quittant le mal pour revenir à la pratique du bien ? "
Grégoire. " Les saints auront alors la même raison pour ne pas prier en faveur de ceux qu'ils verront condamnes au feu éternel que celle que nous avons dès aujourd'hui pour ne pas prier en faveur du diable et de ses anges condamnés à d’éternels supplices ; la même raison encore, que celle que les saints même d'ici-bas ont de ne pas prier pour les infidèles et les impies morts dans leur infidélité ou leur impiété, parce qu'ils ne veulent pas perdre le fruit de leurs prières, en les adressant au juste juge pour ceux qu'ils savent condamnés sans retour et pour l’éternité. Que si dès ici-bas les justes s'interdisent toute compassion pour les réprouvés, quoiqu'ils sachent bien n'être pas eux-mêmes exempts de fautes ; à combien plus forte raison ne verront-ils pas d'un œil impitoyable les supplices des méchants, lorsque purifiés eux-mêmes de leurs anciennes souillures, ils les verront inexorablement enchaînés à l'éternelle justice ? Car, par-là même qu'ils p.110 fin p.111 début adhèrent complètement au souverain juge, les règles de l'équité occupent tellement leurs esprits, qu'ils ne peuvent plus vouloir autre chose que ce qui est parfaitement d'accord avec ces règles. "
31 : " Les damnés souffrent en enfer deux sortes de peines
: la tristesse, qui affecte leurs âmes et est comme un feu intérieur qui les brûle et le feu même qui brûle leurs corps ; et rien de plus juste que cette disposition, puisqu'ayant conçu dans leur esprit le mal dont le corps a été ensuite l'instrument, l'âme doit être punie en eux aussi bien que le corps. Le feu de l'enfer a de la lumière en un sens, et n'en a pas dans un autre : il en a pour faire voir aux damnés les maux qu'ils endurent ; il n'en a pas, quant à la consolation que pourrait leur procurer la vue de la lumière. La fournaise ardente où furent jetés les trois jeunes hommes peut servir à donner une juste idée du feu de l'enfer. De même que ce feu semblait avoir perdu ses propriétés par rapport à leurs corps, qui n'en recevaient aucune atteinte, et qu'il les conservait tout entier pour brûler les liens dont ils avaient été entourés. Ainsi le feu de l'enfer brillera aux yeux des damnés pour augmenter leur supplice, en leur faisant voir toute l'énormité de leurs maux, et il sera en même temps sans lumière pour eux, si l'on entend par-là le plaisir naturel qu'en cause la vue. Grande est la différence des maux d'ici-bas d'avec les maux de l'éternité. Car, dans l'éternité il y aura et tourments et ténèbres ; il peut bien y avoir aussi ces deux choses ici-bas, mais avec cette différence qu'ici-bas la première seule est un mal, au lieu que dans l'éternité il y aura supplice à être dans les ténèbres comme il y aura supplice à endurer les tourments. "
10. Ibidem, c. 32 : " De même que l'on compose de matières semblables les fagots de bois qu'on destine à brûler, ainsi, au jour du jugement, ceux qui auront commis de semblables fautes seront mis ensemble, afin qu'une semblable peine les lie en faisceau pour ainsi dire, comme ils se sont liés eux-mêmes les uns aux autres pour commettre le mal. Et de même que dans le ciel les saints seront glorifiés à proportion de leurs mérites, dans l'enfer aussi chaque damné sera puni à proportion de ses crimes, et ainsi l'ordre règnera jusque dans leurs supplices, puisque, comme l'a dit aussi le Prophète (Apoc., XVIII, 6), chacun ne sera puni qu'à proportion de ce qu'il aura mérité. Une autre circonstance qui aggravera les peines des damnés sera de voir souffrir aussi leurs proches, comme l'Evangile nous le fait entendre dans p.111 fin p.112 début la parabole du mauvais riche, et comme le Psalmiste l'insinue aussi de Judas lorsqu'il dit à son sujet : Que ses enfants soient errants et vagabonds, qu'ils soient contraints de mendier (Ps. CVIII, 40). Ce qui rendra encore plus cuisantes pour les impies les peines qu'ils auront à endurer, ce sera de voir les justes en possession du bonheur et de la gloire dont ils seront prives eux-mêmes. "