Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 183)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

11. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium in Job lib.

IX, c. 45 (al. 29) : " Que peut-on entendre par cette terre ténébreuse (JOB, X, 38), sinon les noires prisons de l'enfer, qui sont couvertes de l'ombre de la mort, parce que ceux qui y sont condamnés sont éternellement séparés de la lumière de vie ? " " Ce n'est pas sans raison qu'on donne le nom de terre à l'enfer, puisque ceux qui y sont une fois entrés y demeurent pour jamais. Et, en effet, l'Ecriture marque la stabilité par la terre, lorsqu'elle dit : Les hommes passent ; une génération succède à une autre génération ; mais la terre demeure stable éternellement (Eccles., I, 4). On donne donc à l'enfer le nom de terre, parce que ceux qui y sont punis n'y ressentent pas des peines imaginaires, mais des tourments très-véritables et éternels. L'Ecriture lui donne aussi quelquefois le nom de lac, comme il parait par ces paroles d'un prophète : Ils sont descendus couverts de leur ignominie avec ceux qui tombent dans le lac (EZECH., XXVI, 20). Ainsi donc il est appelé terre, parce qu'il retient irrévocablement ceux qu'il a une fois reçus et lac, parce qu'il engloutit dans les flots de ses tourments ces misérables qui y sont sans cesse ballotté dans des peines et dans des terreurs éternelles. . . . . L'indulgence du père de miséricorde ne s'étend jamais sur ceux que la rigueur de sa justice a condamnés à ce lieu de supplices (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 122-123). "

12. Ibidem, c. 46 (al. 29)

: " Job dit ensuite : Dans cette terre de misère et d'une nuit sombre. La misère marque la douleur, et la nuit l'aveuglement. La terre qui reçoit et enferme pour jamais ceux que Dieu a bannis de sa présence, est une terre de misère et de ténèbres parce qu'elle tourmente au-dehors par de cruels supplices ceux qui, séparés de la vraie lumière, demeurent pour jamais dans l'aveuglement. " " Le propre du feu est d'éclairer et de brûler tout ensemble ; mais ces flammes qui sont destinées à punir dans l'autre vie les crimes des hommes, les brûlent sans les éclairer. C'est pourquoi le Sauveur dira aux réprouvés : Allez, maudits, au feu éternel, p.112 fin p.113 début qui est destiné pour le diable et pour ses anges. Et ailleurs il dit dans une parabole, en symbolisant dans un seul individu tout le corps des réprouvés : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures. Si donc le feu qui brûle les réprouvés était accompagné de lumière, Dieu ne dirait pas de précipiter dans les ténèbres ceux qu'il rejette de sa présence (Cf. Les Morales de saint Grégoire, p. 123-125). "

13. Ibidem, c. 47 (al. 30), sur ces paroles du chapitre X de Job, verset 39, Ubi nullus ordo :

" Comment cette punition serait-elle un désordre complet, puisqu'elle garde une si juste proportion avec la qualité des péchés comme il parlait par ces paroles du Sage : Les puissants seront puissamment tourmentés, et on prépare de plus grands supplices à ceux qui ont commis de plus grands péchés (Sag., VI, 7) ? Et il est dit dans la malédiction portée contre Babylone : Que ses peines et ses tourments égalent son orgueil et ses délices (Apoc., XVIII, 7). Puis donc que la peine est ainsi assortie au péché, il est visible qu'il y a un ordre observé dans les supplices de l'enfer. " Et, en effet, si la grandeur des tourments n'était pas mesurée sur la grièveté des péchés, le juge éternel ne dirait pas dans l'Evangile à ses moissonneurs : Arrachez premièrement l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler (MATTH., XIII, 30). Car lier l'ivraie par bottes n'est autre chose que joindre les coupables avec les coupables, et unir dans les même peines ceux qui se sont unis dans les mêmes crimes, ne point séparer dans les supplices ceux qui ne se sont point séparés dans le péché, humilier par les mêmes châtiments ceux qui se sont élevés d'un même orgueil, punir des mêmes tourments ceux qui se sont abandonnés à la même ambition, et jeter dans les mêmes flammes ceux que l'impudicité a fait brûler des mêmes feux. "

" Comme dans la maison du Père il y a plusieurs demeures, selon les divers degrés des vertus de ceux pour qui elles sont destinées, ainsi dans l'enfer il y a divers degrés de supplices, selon la diversité des crimes de ceux qui y sont condamnés. Mais quoique l'enfer soit enfer pour tous, ces peines néanmoins ne sont pas pour tous les mêmes. Ainsi nous sommes tous exposés aux rayons d'un même soleil, et cependant nous n'en ressentons pas tous une même impression, puisque le degré de chaleur qu'on en éprouve est proportionné au tempérament et à la disposition du corps de chacun de nous. Il en est de même dans l'enfer, qui, quoique p.113 fin p.114 début toujours le même brûle diversement les réprouvés, la différence de leurs crimes faisant une diversité dans les châtiments qu'ils endurent, comme la différence des tempéraments en fait une dans les effets de la chaleur. Comment donc Job dit-il ici qu'il n'y a aucun ordre dans l'enfer, puisque chacun y est tourmenté selon la juste proportion de ce qu'il mérite ? "

14. Ibidem, c. 48 (al. 30) : " Ce saint homme ne blesse nullement par ses paroles la justice et la sainteté de Dieu. Cette confusion et ce désordre dont il parle, il ne les voit pas dans les supplices même de l'enfer, mais seulement dans l'âme de ceux qui les souffrent. C'est là que l'ordre ne règne jamais… L'ombre de la mort remplit ce lieu de ténèbres ;

tout y est sujet d'horreur et d'effroi : car les réprouvés étant livrés aux feux éternels ressentent des maux infinis, et, au milieu de ces maux, ils sont encore tourmentés d'une frayeur continuelle, de sorte qu'ils y souffrent sans cesse ce qu'ils craignent, et ils y craignent sans cesse ce qu'ils souffrent. C'est pourquoi il est écrit dans un prophète : Le ver qui les ronge ne meurt point, et le feu qui les brûle ne s'éteint point (ISAIE, LXVI, 24).

" En ce monde, la flamme qui brûle éclaire au moins ceux qu'elle brûle mais là, ainsi que le marquent les paroles du psaume (LVII, 9), que nous avons rapportées, elle brûle et aveugle en même temps. Ici la douleur bannit la crainte ; mais, dans l'enfer, la crainte s'unit avec la douleur pour le tourment des damnés. Jugez combien horrible sera leur état et combien épouvantables seront les supplices de l'enfer, où le feu ne peut éclairer, et où la douleur laisse toujours subsister la crainte.

" Et, en effet, n'était-il pas bien raisonnable que la souveraine sagesse de Dieu alliât ainsi les choses qui s'entre-combattent et s'entre-détruisent naturellement elles-mêmes, pour punir plus sévèrement par cette opposition qui les irrite, la témérité de ceux qui ont osé s'opposer à ses ordonnances;

que ces supplices tourmentassent infiniment, sans jamais consumer ceux qu'ils tourmentent ; que dans ces tourments on mourût à tous moments sans mourir, et qu'on se vît toujours renaître à ses peines ? Comme donc en enfer la mort tue sans faire cesser de vivre, que la douleur tourmente sans ôter leur peur, que la flamme brûle sans dissiper les ténèbres, il est vrai de dire, en jugeant des choses par les notions de la vie présente, que les supplices y sont sans ordre, puisqu'ils n'y conservent pas leurs qualités naturelles.

15. Ibidem, c. 50 (al. 30-31) : " Quelque différence qu'il y p.114 fin p.115 début ait entre la nature de l’ange et celle de l'homme, comme ils ont été unis dans les mêmes crimes, ils le seront aussi dans la même punition… Mais que nous sert de parler de ces peines, si nous ne nous efforçons de les éviter ? Travaillons donc, par la régularité de notre vie, pendant que nous en avons encore le temps, à fuir ces tourments qui sont éternels. Faites tout ce que vous pourrez faire maintenant, dit le Sage, parce qu'il n'y a plus ni de raison, ni de sagesse, ni de science dans les enfers, vers lesquels vous vous avancez à pas de course (Eccles., IX, 10). Et le prophète Isaïe dit : Cherchez le Seigneur pendant qu'il peut être trouvé ; invoquez-le pendant qu'il est proche (ISAïE, LV, 6) ; et saint Paul : Voici le temps favorable, voici le jour du salut (II Cor., VI, 2) ; et dans une autre épître : Pendant que nous en avons le temps, pratiquons le bien envers tout le monde (Gal., VI, 18) (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 126-133). "

16. JEAN CASSIEN, ou l'auteur quel qu'il soit de la Confession théologique, 3e partie : " Mais qui pourrait dire quels tourments sont préparés aux impies et aux mauvais chrétiens ? Dans cet empire de l'éternelle mort que nous appelons l'enfer, qu'y a-t-il autre chose que des flammes toujours brûlantes des tourments continuels et toute espèce de maux ? Un fleuve de feu et des marais fangeux y remplissent tout l'espace. Là est le séjour de démons atroces, dont les bras sont comme des têtes de dragons, dont les yeux lancent des flammes comme autant de flèches dont les dents semblent des dents d'éléphant et font souffrir ceux qu'elles atteignent, comme le feraient des queues de scorpions. Leur seul aspect cause la terreur, la douleur et la mort. Hé ! que la mort ne vient-elle mettre fin à ces supplices ! Mais ce qu'il y a de plus affreux pour ces malheureuses victimes, c'est que leur existence n'est prolongée que pour perpétuer leurs tourments. Leurs forces ne se renouvellent que pour fournir une pâture aux serpents, et les rendre sensibles à leurs morsures. Là sont des dragons qui dévorent les lèvres des blasphémateurs ; le basilic déchire leurs poitrines avec ses dents acérées ; d'autres monstres de diverses espèces tourmentent sans fin les âmes des incrédules. Là on n'entend que hurlements, que gémissements, que plaintes et que cris confus, expression forcée de tous les maux qu'endurent ces victimes torturées par toutes sortes d'instruments de supplices, exposées continuellement à l'ardeur des flammes. Ces tourments affreux n'auront jamais ni fin ni trêve mais c'est un p.115 fin p.116 début feu qu'il semble qu'on alimente sans cesse pour entretenir un horrible incendie. Là un ver qui ne meurt point, un feu qui ne s'éteint point, des grincements de dents qui ne finissent point. Là aussi et tout à la fois, un froid glacial, un froid mortel. Là une faim dévorante, une soif que rien ne peut assouvir. Là des douleurs sans fin, des maux sans interruption. Là une peste dont rien n'arrête les ravages, une contagion inouïe. Là des ténèbres épaisses et une nuit d'une obscurité profonde. Là, nulle part de repos, et rien que des maux, rien que des tourments. Là une mort qui ne meurt point, une défaillance qui ne défaille point, une fin qui ne finit point. Quel est donc le fidèle qui ne tremblerait en s'entendant annoncer et en admettant par la foi ces vérités terribles ? "

17. S. EPHREM, Lib. de verâ pénitentiâ, c. 7 : " Demande : " Tous seront-ils également punis, ou bien y aura-t-il diversité dans les supplices ? " - Réponse : " Il y aura différentes places marquées pour les supplices, ainsi que nous l’apprenons de l'Evangile même. Car puisqu'il y aura des ténèbres extérieures, il y en aura donc aussi d'intérieures. Le feu de l'enfer doit y avoir aussi sa place particulière, les grincements de dents et les vers rongeurs leurs places particulières. L'étang de feu doit y avoir sa place, et le feu inextinguible aussi sa place. Les enfers et la perdition doivent y avoir également leurs limites particulières et les parties inférieures de la terre aussi les leurs. L'enfer où sont jetés les pécheurs, et le fond de cet abîme doit être surtout horrible. Dans ces divers lieux de supplices sont distribuées les victimes, chacune suivant le degré de sa culpabilité, chacun, comme le dit le proverbe, portant la chaîne de sa propre iniquité (Prov., V, 22). C'est à quoi reviennent aussi ces expressions de l'Evangile, dites au sujet des serviteurs plus ou moins infidèles : " L'un sera frappé plus rudement, l'autre sera frappé moins rudement, " Vapulabit multis, vapulabit paucis (LUC, XII, 21-22). Comme les péchés sont inégaux, les peines aussi devront être inégales. "

Nous vous prions, reprirent-ils alors, de nous dire en quoi consistera cette inégalité de peines. " Il leur répondit : "

Autre sera la peine des adultères, autre celle des fornicateurs, autre celle des homicides, autre celle des voleurs, autre celle des ivrognes, autre celle des menteurs et autre celle des parjures. Quant à celui qui a de la haine pour son frère il sera compté au jour du jugement pour empoisonneur et pour homicide. Ceux qui se laissent infecter de quelque hérésie s'entendront faire l'application de cette sentence : Que l'impie disparaisse, et qu'il ne voie p.116 fin p.117 début pas la gloire du Seigneur (ISAïE, XXVI, 10, d'après la version des Septante). "

18. Ibidem, c. 8 : " Alors la séparation se fait entre eux, et ils prennent chacun une direction opposée sans espérance de se revoir jamais, etc. ; " comme à la question précédente, témoignage 29, page 80.

19. S. CYRILLE d'Alexandrie, in Oratione de exitu animæ : " Malheur aux pécheurs ! car autant les justes seront glorifiés, autant les pécheurs seront-ils condamnés. Malheur aux pécheurs ! parce qu'autant les justes seront entourés d'estime, autant les pécheurs seront-ils accablés d'opprobres. Les justes seront en bénédiction et les pécheurs seront exécrés ; les justes seront comblés de louanges, tandis que les pécheurs tomberont dans le mépris. Les justes seront introduits dans la bienheureuse patrie, et les pécheurs seront condamnés à un éternel exil. Aux justes il sera dit : Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé de toute éternité.

Aux pécheurs, il sera dit au contraire : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. Les justes seront placés dans le paradis ; les pécheurs seront jetés dans un feu ardent qui ne s'éteindra jamais. Les justes nageront dans les délices ; les pécheurs seront plongés dans la peine. Les justes tressailliront de joie ; les pécheurs seront garrottés dans de durs liens. Les justes feront retentir leurs cantiques de joie, et les pécheurs leurs gémissements. Les justes seront trois fois heureux, et les pécheurs trois fois malheureux. Les justes seront dans des palais, et les pécheurs dans des cachots. Les justes seront dans le sein d'Abraham, et les pécheurs entre les horribles griffes de Bélial. Les justes seront en paix, et les pécheurs seront en guerre. Les justes jouiront de l'éclat d'un beau jour, et les pécheurs seront dans la nuit, et dans une nuit de tempête. Les justes joindront leurs voix aux concerts des anges, et les pécheurs rugiront avec les démons. Les justes seront investis de lumière et les pécheurs de ténèbres. Les justes seront visités par l'Esprit consolateur, et les pécheurs seront tourmentés par les démons. Les justes trôneront à côté de Dieu, les pécheurs trôneront dans les ténèbres.

Les justes contempleront sans cesse la face du Tout-puissant, les pécheurs n'auront que les démons en face d'eux-mêmes. Les anges, voilà quelle sera la société des justes ; les démons, voilà quelle sera celle des pécheurs. Les justes se répandront en prières, et les pécheurs en cris lugubres. Les justes seront placés p.117 fin p.118 début dans les hauteurs des cieux, et les pécheurs dans les profondeurs des abîmes. Les justes au ciel, les pécheurs en enfer ; les justes dans une éternelle vie, les pécheurs dans une éternelle mort ; les justes entre les mains de Dieu, les pécheurs sous l'empire du diable ; les justes avec Dieu, les pécheurs avec Satan. "

20. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 3 (al. XXXI, 29) : " Après la résurrection et la consommation du jugement universel, les deux cités, celle de Jésus-Christ et celle du diable, celle des bons et celle des méchants, composées l'une et l'autre d'anges et d'hommes, seront chacune à leur terme. Les bons ne pourront plus ni vouloir pécher ni mourir ; les méchants en auront bien la volonté mais ils seront dans l'impuissance de l'effectuer. Les premiers jouiront d'une vie véritable et bienheureuse, qui est la vie éternelle. Les derniers demeureront malheureux pour toujours et dans une mort éternelle, sans pouvoir mourir, parce que l'état des uns et des autres n'aura point de fin. Mais dans la félicité éternelle, il y aura différents degrés de bonheur ; et dans le malheur éternel, il y aura aussi divers degrés de punition (Cf. Le Manuel de Saint-Augustin, dans Les Traités choisis, t. II, page 463). "

21. Ibidem, c. 112 (al. XXXI, 29) : " C'est donc sans fondement et en pure perte que quelques personnes, et même un très grand nombre, touchés du sentiment d'une compassion toute humaine, quand on leur parle de la peine éternelle des damnés et des supplices qu'ils souffrirons sans fin et sans interruption, ne peuvent se persuader qu'il doive en être ainsi. Ce n'est pas que ces personnes aient l'intention de contredire les saintes Ecritures, mais elles suivent un certain mouvement naturel qui les porte à adoucir ce qui leur parait trop dur dans les expressions des auteurs sacrés, et à donner des interprétations plus favorables à ce qu'elles croient avoir été écrit plutôt pour imprimer aux hommes de la terreur, que pour exprimer une exacte vérité. . . . . " " A ne considérer même dans cette colère de Dieu (Ps. LXXVI, 10), c'est-à-dire dans la punition des méchants, que ce qu'on pourrait peut-être regarder comme la moindre de leurs peines, je veux dire de n'avoir aucune part au royaume de Dieu, d'être proscrit de la sainte cité de Dieu, d'être exclu de la vie de Dieu, d'être privé de l'abondance des délices ineffables que Dieu a cachées à ceux qui ne sont qu'effrayés de la rigueur de ses châtiments, mais qu'il fait goûter pleinement à ceux qui espèrent en p.118 fin p.119 début lui ; à ne considérer, dis-je, que cette peine qui n'est susceptible d'aucune interruption, elle est si grande, qu'il n'y a aucun des tourments que nous connaissons qui puisse lui être comparé, dès-là qu'elle est éternelle et que ces tourments, quelque longue qu'en soit la durée, n'ont qu'un temps. "

22. Ibidem, c. 113 (al. XXXI, 29) : " Il est certain que la mort éternelle des damnés, qui consiste à être privé de la vie de Dieu, n'aura jamais de fin, et que cette peine sera commune à tous les damnés ; de même que la vie éternelle des saints, qui consiste à vivre de la vie de Dieu, n'aura jamais de fin, et sera commune à tous les saints, quelque différence qu'il y ait dans les degrés d'honneur dont ils jouiront avec une paix et une concorde parfaites (Voyez aussi sur ce sujet les passages de plusieurs homélies de saint Jean Chrysostôme rapportés ailleurs dans cet ouvrage, tome III, pages 378 et suiv.). "

23. Le même, Serm. CLXXXI de tempore (Ce sermon ne parait pas être de saint Augustin, puisqu'il est composé en partie d'extraits de saint Grégoire-le-Grand) :

" Pensez à ces choses, et aux ardeurs de la passion qui vous agitent peut-être en ce moment, opposez le feu de l'enfer. Le feu qui sert nos usages journaliers consume tout ce à quoi on l'applique ; le feu de l'enfer, au contraire, ne fait que tourmenter ceux qui éprouvent ses atteintes, et les conserve avec toutes leurs forces pour qu'ils continuent de supporter leur supplice. C'est pour cela que nous disons que ce feu est inextinguible, puisque non seulement il ne s'éteint jamais, mais qu'il n’éteint pas non plus l'existence de ses victimes. L'Ecriture dit en effet que les pécheurs (comme les justes) seront revêtus d'incorruptibilité (1 Cor., XV, 53), non toutefois pour en recevoir quelque degré de gloire, mais pour éterniser leur supplice. Aucun langage ne peut rendre la rigueur de ce tourment ou la vertu de ce feu. Car aucun des objets corruptibles ne peut donner l'idée des choses incorruptibles, soit en bien, soit en mal. Que ferons-nous? que répondrons-nous alors ? Ce ne seront plus que grincements de dents, que gémissements, que hurlements ; on voudra se repentir, mais il sera trop tard ; plus de ressources, plus de consolations ; plus rien autre chose que des maux. Il ne s'offrira à nos regards que des bourreaux, que des ministres de supplices. Mais nous pouvons encore, à l'heure qu'il est, non-seulement échapper à ces peines et à ces tourments, mais de plus obtenir un éternel bonheur : nous n'a- p.119 fin p.120 début vons pour cela besoin que de faire pénitence du mal que nous pouvons avoir commis. "

2 : " On peut distinguer dans l'enfer deux principales espèces de tourments : un froid insupportable, et un feu qui ne s'éteindra jamais ; c'est pour cela que nous lisons dans l’Evangile : Là il y aura des pleurs et des grincements de dents (MATTH., VIII,

12 ; XIII, 42, 50 ; XXII, 13 ; XXIV, 51

; XXV, 30 ; Luc, XXIII, 28). Car les pleurs, qui sont une liquéfaction des yeux, sont l'effet de la chaleur ; et les grincements de dents sont causés au contraire par le froid. De là aussi ces paroles de Job : Ils passeront tout d'un coup des eaux froides de la neige à une chaleur excessive (JOB, XXIV, 19). De ces deux principaux supplices en naissent d'autres sans nombre, tels qu'une soif intolérable, le tourment de la faim, une puanteur infecte, l'horreur, la crainte, la détresse, les ténèbres, la rage des bourreaux, la présence des démons, la férocité des monstres infernaux, la cruauté des ministres des supplices, l'action corrosive des vers, le ver de la conscience, les larmes de sang, les soupirs, les chagrins, des douleurs sans remède, des chaînes sans moyens de s'en délivrer, la mort éternelle, une peine sans fin, la privation du bonheur de voir Jésus-Christ : cette dernière sorte de peines est la plus grande de toutes et la plus insupportable aussi. Malheur donc pour jamais à ceux qui méritent d'endurer tous ces maux sans fin, en savourant le plaisir fugitif d'un rêve d'un moment ; car voilà ce qu'est dans la réalité toute la gloire de ce monde, en comparaison de celle de l'éternité. Il eût mieux valu pour eux, comme il a été dit du traître Judas, n'être jamais nés que de mériter ainsi les tourments de l'enfer. "

28. S. CYPRIEN, Lib. ad Demetrianum : "

Une flamme toujours active, toujours dévorante les consumera sans pitié à ces épouvantables tourments, point de fin ni de relâche. Ces corps et ces âmes seront immortels pour la douleur (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. de Genoude, t. V). "

26. Le même (Ce sermon ne parait pas être de l’illustre évêque de Carthage.), Serm. de Ascensione Domini : " Les pleurs que verseront les damnés seront continuels, mais inutiles ; les grincements de leurs dents se feront toujours entendre au milieu des flammes. Ces misérables ne seront immortels que pour brûler éternellement ; éternellement les flammes sillonneront leurs corps exposés à nus à leurs atteintes. Ainsi brûlera ce riche autrefois p.120 fin p.121 début vêtu de pourpre, sans qu'il y ait personne pour mettre une goutte d'eau sur sa langue desséchée. Les voluptés qu'il aura goûtées sur la terre seront la graisse qui nourrira la flamme ; des chaudières bouillantes seront le bain qu'il prendra, et, plus affreux encore que tous les tourments, le désespoir sera tout son soutien dans son supplice. Dieu sera sans pitié pour ses maux, sans oreilles pour ses cris ou pour sa confession trop tardive. La vierge folle, condamnée elle aussi pour n'avoir plus d'huile dans sa lampe, criera en vain ; la porte de l'époux lui sera fermée à jamais. Là plus de rafraîchissement, plus de remède : Jésus-Christ est descendu aux enfers une fois ; il n'a plus à y redescendre. Confinés dans d'affreuses ténèbres, ces malheureux n'auront plus aucun espoir de voir Dieu : leur sentence sera irrévocable, le jugement porté contre eux immuable, et l'arrêt qu'ils subissent n'aura plus qu'à être éternellement exécuté. "

27. S. BERNARD, Epist. CCLIII ad Garinum abbatem

: " Dieu punit éternellement le crime d'un esprit inflexible, quoique ce crime n'ait été commis que pendant un temps, parce que ce qui a été court par la durée de l'action, n'en paraîtra pas moins long si l'on considère l'inflexibilité d'un cœur opiniâtre ; que si l'on ne mourait pas, on ne cesserait jamais de vouloir pécher et que même on voudrait toujours vivre, pour pouvoir pécher toujours (Cf. Lettres de saint Bernard, traduction de Villefore, tome II, page 223-224). "

28. Le même, Lib. Meditationum, c. 3, ou bien HUGUES DE SAINT-VICTOR, Lib., I de animâ, c. 3 : " Bannis à jamais de la céleste patrie, ils souffriront éternellement dans l'enfer, où jamais ils ne verront la lumière, jamais ils n'obtiendront de rafraîchissement ; mais ils seront continuellement tourmentés pendant des millions de millions d'années sans pouvoir jamais obtenir leur délivrance. La, ni le bourreau ne se lasse jamais, ni la victime ne peut jamais mourir. Car le feu y est de telle nature, qu'il conserve les forces entières de sa victime, tout en la faisant souffrir ; les tourments y sont tellement ménagés qu'ils se renouvellent sans cesse. Cependant, chacun y sera puni à proportion des fautes dont il se trouvera coupable ; et ceux qui seront égaux dans le crime, le seront aussi dans le châtiment. On n'entendra dans ces lieux que pleurs, que sanglots, que gémissements, que cris lamentables, que désespoir et que grincements de dents ; p.121 fin p.122 début on n'y verra rien que des vers, que formes effrayantes de bourreaux, que monstres, que démons effroyables.

Vernes crudeles mordebuntintima cordis ; Hinc dolor, inde pavor, gemitus, stupor et timor horrens.

(Des vers cruels rongeront le cœur dans ses parties les plus délicates ; la douleur, l’épouvante, les gémissements, le morne silence, la crainte s’y succèderont avec une effrayante rapidité.) " Ils brûleront dans le feu éternel, éternellement et sans fin, Leurs corps seront tourmentés par le feu, et leurs âmes par le ver de la conscience. Ils éprouveront des douleurs in tolérables, des transes horribles, une infection désolante, la mort de l'âme, celle du corps, sans espoir de pardon ou de miséricorde. Ils mourront toujours, en continuant toujours de vivre ; ils vivront toujours, en continuant toujours de mourir. Ainsi l'âme du pécheur doit être ou tourmentée en enfer pour l'expiation de ses péchés ou admise un jour dans le paradis pour y recevoir la récompense de ses mérites. Optons donc maintenant pour l'un des deux, ou de souffrir éternellement avec les impies, ou de nous réjouir éternellement avec les saints. Car le bien et le mal, la vie et la mort, sont présentement devant nous (Ecclé., XV, 18), et nous n'avons qu'à étendre la main pour choisir telle chose des deux que nous voudrons. Si la perspective des tourments ne suffit pas pour nous détourner du mal, qu'au moins celle des récompenses nous invite à la pratique du bien. "

29. S. BERNARD, Serm. VIII in Psalmum Qui habitat in adjutorio Altissimi : " Il est certain que, comme les pécheurs, voyant que Dieu appellera ses élus à la participation de sa gloire, en sècheront d'ennui et en frémiront de dépit et de rage ; ainsi les justes, voyant les maux dont ils sont garantis, en seront comblés de joie. Car Dieu appellera les élus dans son royaume avant de jeter les réprouvés dans les flammes éternelles afin que ces malheureux sentent une plus vive douleur en regardant ce qu'ils auront perdu. Et dans cette terrible séparation qui se fera des boucs et des agneaux, comme la différence que Dieu mettra entre les uns et les autres sera pour les réprouvés l'occasion d'une violente jalousie, la considération de l'éclat déplorable des réprouvés sera au contraire pour les élus un sujet infini de louanges et d'actions de grâces. Car, où les justes pourraient-ils puiser une plus ample matière de rendre grâces Dieu, que p.122 fin p.123 début dans le spectacle qui leur est donné de la punition des méchants en même temps qu'ils se voient assurée à eux-mêmes la jouissance d'une incompréhensible félicité et qu'ils se représentent avec une fidèle et vive reconnaissance, que ce n'a été que par la miséricorde du Rédempteur qu'ils ont été distingués et séparés de ces malheureux? Et d'où les méchants pourraient-ils mieux prendre sujet de s'abandonner à la fureur et au désespoir, que d'en voir d'autres de même nature qu'eux élevés en gloire, en leur présence, dans le royaume de l'éternelle félicité, pendant qu'ils seront réduits, par une inévitable condamnation, à gémir éternellement dans les épouvantables horreurs de l'enfer, dans les tourments d'un feu éternel, dans les misères d'une mort éternelle ? Il n'y aura dans ce lieu de supplices, comme l'a dit Notre-Seigneur, que des pleurs et des grincements de dents. Le feu qui ne s'éteindra jamais fera toujours couler leurs pleurs ; et les remords de leur conscience, qui ne pourront jamais finir, et qui les rongeront comme des vers sans les consumer, les pousseront toujours à cet horrible grincement de dents. Car il est certain que les douleurs font répandre des larmes, et que la fureur dont on est agité fait grincer les dents. Il faudra donc que les tourments extrêmes que souffriront les damnés les fassent pleurer sans cesse, et que leur basse jalousie, jointe à leur malice obstinée et incorrigible, les tenant toujours dans la rage, leur cause sans discontinuer cet horrible pincement de dents que leur a prédit le Fils de Dieu. Vous serez donc spectateur de cette punition des méchants afin que, connaissant par eux de quels périls et de quels maux vous avez été délivré, vous ne puissiez jamais devenir ingrat envers votre souverain libérateur. "

" Et ce ne sera pas seulement pour celle raison que Dieu voudra que ses élus contemplent de leurs propres yeux le châtiment de ses ennemis ; mais ce sera encore afin de les tenir dans une parfaite assurance et dans un plein repos. Car ils verront par-là, et seront entièrement assurés qu'ils n'auront plus à craindre la malice des hommes ni des démons. . . . . "

" Ne pensez donc pas que ce soit une chose dure et rigoureuse, que cette promesse que Dieu vous fait de vous faire contempler de vos yeux les supplices des méchants puisque vous en aurez même de la joie, et que vous rirez de leur perte. Ce ne sera pas que vous soyez capable alors de vous complaire dans cette vengeance et dans cette punition des réprouvés par un sentiment toujours blâmable d'inhumanité et de cruauté ; mais p.123 fin p.124 début ce sera parce que l'ordre établi en toutes choses par la divine Providence étant parfait au-delà de tout ce qu'on peut imaginer, il est impossible qu'il ne donne pas un extrême plaisir à tous les hommes qui auront du zèle pour la justice, et qui aimeront l'équité. Quand vous connaîtrez pleinement et parfaitement, par la lumière de la vérité dont vous serez investi, que toutes choses seront on ne peut pas mieux ordonnées, et que chacune sera établie dans le rang qu'elle doit avoir, comment ne vous plairiez-vous pas à les considérer toutes dans cette disposition et ces places différentes qui leur appartiennent, et à donner de hautes louanges au souverain dispensateur de toutes ces choses ? . . . "

" Il sera donc convenable que vous contempliez de vos propres yeux, et que vous ayez en spectacle la punition des méchants premièrement parce que vous verrez plus clairement par-là quelle est la damnation dont vous aurez été délivré ; deuxièmement, parce que vous reconnaîtrez mieux combien sera complète la sûreté où vous serez établi ; troisièmement, afin qu'en comparant l'état glorieux où vous serez élevé avec la misère épouvantable des méchants, vous connaissiez mieux l'excellence et le prix de la gloire dont vous jouirez ; quatrièmement enfin, afin que vous ressentiez mieux le plaisir et la joie que doit vous donner le zèle parfait de la justice divine, en voyant de vos propres yeux avec quelle équité et quelle perfection elle sera exercée. Car alors ce ne sera plus le temps de la miséricorde, mais celui de la justice. Et nous ne devons pas nous imaginer que, dans un temps où il n'y aura plus aucun espoir d'amendement à l'égard des réprouvés il reste encore pour eux aucun sentiment de compassion (Cf. Les sermons de saint Bernard sur le psaume Qui habitat, etc., p.139-147). "

30. HUGUES DE SAINT-VICTOR, Lib. IV de animâ, c. 13 : " L'enfer est si large, qu'il ne connaît pas de limites ; si profond, qu'on ne saurait en trouver le fond ; si brûlant que l'ardeur d'aucun feu ne saurait lui être comparée, si infect, qu'on ne saurait en supporter l'odeur ; si douloureux, qu'on ne saurait en compter les maux. Là, il n'y a que misères, que ténèbres, que confusion, qu'horreur, que désespoir, que calamités. Ceux qui s'y trouvent condamnés n'ont plus qu'un sentiment qui les anime : la haine qu'ils se portent à eux-mêmes, la haine qu'ils portent aux autres. Là sont réunit toute espèce de tourments, et p.124 fin p.125 début le moindre de ces tourments est plus grand encore que tous ceux qui peuvent être infligés dans ce monde. Là il n'y a que des pleurs et des grincements de dents ; là le passage continuel de l'excès du froid à l'excès du chaud, d'une froidure intolérable à une chaleur qui l'est également. Là ne se trouvent que des victimes livrées aux flammes, et rongées par les vers, sans jamais en être consumées. Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point. Là ne se fait entendre aucun autre cri que celui-ci : Malheur ! Les bourreaux occupés à y tourmenter les victimes y sont tourmentés eux-mêmes et les maux des uns comme des autres n'auront ni fin ni remède. Tel est l'enfer ; encore l'idée qu'on en donne ici est-elle bien au-dessous de la réalité. "

31. INNOCENT III, Lib. III de contemptu mundi, sive de miseriâ humanæ conditionis, c. 2 : " Le ver rongeur et le supplice du feu (Ecclé., VII, 19), voilà la double peine des damnés. Encore chacune de ces peines se divise-t-elle en deux, puisque chacune d'elles est intérieure et extérieure à la fois. En tant qu'intérieure, elle ronge ou brûle le cœur ; en tant qu'extérieure, elle ronge ou brûle le corps. Le ver qui les ronge, dit l'Ecriture, ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point (ISAIE, LXVI, 24).

Dieu répandra dans leur chair le feu et les vers, afin qu'ils brûlent et qu'ils se sentent déchirés éternellement (JUDITH, XVI, 21). Le ver de la conscience déchirera les damnés de trois manière : par le souvenir des péchés dont elle leur fera le reproche, par le repentir qu'elle leur en fera naître mais trop tard, et par le désespoir qui en sera la suite. Car ils seront pleins d'effroi au soutenir de leurs offenses, et leurs iniquités se soulèveront contre eux pour les accuser (Sag., IV, 20). Ils diront : De quoi nous a servi notre orgueil ? Qu'avons-nous retiré de la vaine ostentation de nos richesses ? Toutes ces choses sont passées comme l'ombre. . . , ou comme un vaisseau qui fend les flots agiles, et dont on ne trouve point de trace après qu'il est passé. . . . . Ainsi nous ne sommes pas plus tôt nés, que nous avons cessé d'être : nous n'avons pu montrer en nous aucune trace de vertu, et nous avons été consumés par notre malice (Sag., V, 8, 9, 13). Ils se rappelleront, pleins de trouble, les plaisirs déréglés qu'ils ont goûtés et le sujet de leurs désordres deviendra le sujet de leurs remords. "

32 Ibidem, c. 3 : Ils diront en eux-mêmes, touchés de regret et jetant des soupirs dans le serrement de leurs cœurs. . . : Nous nous sommes donc égarés hors de la voie de la vérité et la lumière de la p.125 fin p.126 début justice n'a point lui pour nous (Sag., V, 3, 6). Alors ils diront aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous (LUC, XXIII, 30). Leur repentir aggravera leur châtiment, sans leur ménager de pardon. Car il est bien juste que ceux qui n'ont pas voulu bien faire tandis qu'ils le pouvaient, ne le puissent plus alors même qu'ils le voudraient tardivement. "

33. Ibidem, c. 4 : " Les peines de l'enfer sont différentes selon la différence des péchés.

La première de ces peines est celle du feu ; la seconde, celle du froid. C'est de ces peines qu'a voulu parler Notre-Seigneur, lorsqu'il a dit : Là il y aura des pleurs et des grincements de dents : les pleurs, en effet, seront causés par la fumée du feu, et le grincement de dents le sera par le froid (Il serait plus moral, ce nous semble et tout à fois plus conforme au véritable sens de l’Evangile, de rapporter ces pleurs et ces grincements de dents à la douleur qu’éprouve les damnés de se voir jeter hors de la salle du festin et dans les ténèbres extérieures.

Au reste, cette autre explication se concilie fort bien avec celle que donne ici Innocent III). La troisième de leurs peines sera la puanteur. C'est de ces trois peines qu'il est écrit dans les Psaumes : Le feu, le soufre et la tempête seront leur partage (Ps. X, 7). La quatrième sera le ver qui ne mourra point, comme l'a dit Isaïe : Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point (ISAïE, LXVI, 24). La cinquième, ce seront les coups de marteaux, comme l'a dit Salomon : La sentence de condamnation est préparée pour les blasphémateurs, et les coups de marteaux pour les corps des insensés (Prov., XIX, 29). La sixième, ce seront des ténèbres palpables, tant intérieures qu'extérieures et dont Job a parlé quand il a dit : Terre de misère et de ténèbres, où habite l'ombre de la mort (JOB, X, 22) ; avant que j'aille en cette terre ténébreuse et couverte de l'obscurité de la mort (ibid., 21). C'est aussi à quoi a fait allusion le Psalmiste, quand il a dit : Ils ne verront jamais la lumière (Ps. XLVIII, 11). Comme il est dit encore ailleurs : Les impies, plongés dans les ténèbres seront réduits au silence (1 Rois., II, 9). La septième sera la confusion que leur causeront leurs péchés. Alors, dit Daniel, les livrets seront ouverts, c'est-à-dire que les secrets de la conscience des pécheurs seront dévoilés à tout le monde. La huitième sera l'horrible aspect des démons, qui leur apparaîtront dans les jets des étincelles que le feu dardera autour d'eux. La neuvième, ce seront des chaînes de feu, dont les impies auront tous leurs p.126 fin p.127 début membres éteints. De ces neuf peines, la première sera spécialement celle dont seront punis les mauvais désirs, la deuxième sera le châtiment infligé à la malignité ; la troisième sera infligée aux voluptueux ; la quatrième aux envieux et à ceux qui nourrissent de la haine dans leur cœur ; la cinquième, à ceux qui n'auront pas mis à profit les afflictions de ce monde pour se corriger de leurs fautes, et qui auront tenté et irrité Dieu par leurs iniquités ans nombre.

De là vient qu'il est écrit dans un psaume : Le pécheur a irrité le Seigneur, et, à cause de la grandeur de sa colère, il ne se mettra plus en peine de le chercher (Ps. IX, 4). La sixième sera celle de ceux qui, marchant dans les ténèbres auront dédaigné de se tourner vers la lumière véritable, qui est Jésus-Christ. La septième, celle de ceux qui confessent leurs péchés mais sans en faire pénitence. La huitième, celle de ceux qui, tant qu'ils sont dans ce monde, voient d'un œil serein le mal se commettre, et le commettent eux-mêmes volontiers. La neuvième enfin sera destinée à ceux qui s'abandonnent à tous les vices, qui suivent la pente de tous leurs désirs sans jamais résister à leurs convoitises. "

34. Ibidem, c. 6 : " Le feu de l'enfer ne s'entretient point avec du bois et ne s'allume point avec le vent ; mais Dieu l'a fait inextinguible (EZECH., XX, 47) des l'origine du monde. Car il est écrit : Il sera dévoré par un feu qui ne s’allume point (JOB, XX, 27). Or, on croit que ce feu est sous terre, conformément à ce que dit Isaïe : L'enfer s'est levé tout en trouble sous tes pas à ton arrivée (ISAïE, XIV, 9). Au reste, toute espèce de lieu peut être apte au supplice des damnés, puisque toujours ils portent avec eux-mêmes ce qui fait leur tourment, et que partout ils sont à eux-mêmes leurs propres bourreaux.

Je ferai sortir du milieu de vous, leur dit Dieu par son prophète, un feu qui vous dévorera (EZECH., XXVIII, 18). Le feu de l'enfer brûlera toujours, sans jamais donner de lumière il fera toujours sentir ses horribles atteintes, sans jamais consumer ses victimes ; toujours il agira, jamais il ne se trouvera épuisé. Rien n'égale l’épaisseur des ténèbres de l'enfer, la rigueur des peines qu'on y endure, et leur durée sera mesurée à l'éternité de Dieu même. Liez-lui les mains et les pieds, est-il dit dans 1'Evangile, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; et là il y aura des pleurs et des grincements de dents (MATTH., XXII, 13). Chaque membre aura ses tourments particuliers et analogues aux péchés dont il aura été l'instrument, afin que tous soient punis par où ils auront péché.

Car il est p.127 fin p.128 début écrit : L'homme est puni par où il a péché (Sag., XI, 17). Par conséquent, ceux qui auront péché par leur langue, seront punis dans leur langue. Et c'est ainsi que le mauvais riche s'écriait : Père Abraham, ayez compassion de moi, et envoyez-moi Lazare, pour qu'il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et en rafraichisse ma langue, parce que je suis tourmenté dans ces flammes (LUC, XVI, 24). Par les doigts, il faut entendre l'action, puisque c'est par ses doigts qu'on agit. C'est comme si le mauvais riche eût dit : Si j'eusse fait une des moindres actions de Lazare, je souffrirais moins que je ne souffre. "

35. Ibidem, c. 7 : " Les réprouvés seront enveloppé non seulement de ténèbres extérieures, mais aussi de ténèbres intérieures ; car ils seront privés à la fois de toute lumière matérielle et de toutes lumières spirituelles, puisqu'il est écrit : Que l'impie disparaisse, afin qu'il ne voie pas la gloire de Dieu ; et : Dieu sera alors l'unique lumière qui luira pendant toute l’éternité (ISAIE, XVI, 19 ; LX, 19). Les réprouvés seront réduits à une telle détresse, qu'ils ne pourront guère avoir d'autre pensée que celle des peines qu'ils endureront ; mais leur attention se portera particulièrement là où la douleur Se fera sentir davantage. On rapporte qu'un certain étudiant, étant mort, apparut dans une vision au maître qui l'avait instruit. Celui-ci, apprenant de lui qu'il était damné, lui demanda si l'on agitait des questions de doctrine dans l'enfer, et il obtint de lui cette réponse : En enfer, on agite seulement cette question : Y a-t-il quelque chose qui ne soit pas une peine ? Salomon a dit de son côté : Il n'y aura plus ni œuvre, ni raison, ni science, ni sagesse dans l'enfer où vous courez (Eccles., IX, 10). Car les impies y seront tellement oublieux, tellement aveuglés, leur raison y sera tellement troublée, qu'ils ne pourront jamais ou presque jamais s'élever jusqu'à la pensée de Dieu ; à plus forte raison ne pourront-ils pas aspirer à dire ses louanges. Car la louange n'est plus pour les morts, parce qu'ils sont comme s'ils n'étaient plus (Ecclé., XVII, 26). Et il est écrit : Ce ne sont pas les morts qui vous loueront. Seigneur, ni aucun de ceux qui descendent en enfer (Ps. CXIII, 17). Ceux qui sont dans l'enfer ne vous béniront point ; les morts ne vous loueront point (ISAIE, XXXVIII, 18). "

36. Ibidem, c. 8 : " Donnez-moi un peu de relâche, dit Job au Seigneur, afin que je puisse respirer dans ma douleur, avant que j’aille en cette terre ténébreuse et couverte de l'obscurité de la mort, cette terre de misère et de ténèbres où habite l'ombre de la mort, p.128 fin p.129 début où tout est sans ordre et dans une éternelle horreur (JOB, X, 20-22). Il y aura de l'ordre, à la vérité, dans la quantité des peines, chacun devant être mesuré à la mesure à laquelle il aura mesuré les autres (LUC, VI, 38), et être puni d'autant plus grièvement qu'il aura plus grièvement péché ; les puissants seront puissamment tourmentés (Sag., VI, 7). Mais il n'y aura pas d'ordre dans la qualité des choses, puisqu'ils passeront tout-à-coup de l'excès du froid à l'excès du chaud, ce passage subit d'une extrémité à une autre devant encore aggraver leurs tourments. Je sais par expérience que si l'on applique sur une brûlure récente quelque chose de froid, la brûlure n'en devient que plus cuisante. "

37. Ibidem, c. 9 : Ils ont été placés dans l'enfer comme des brebis ; ils deviendront la pâture de la mort (Ps. XLVIII, 15). Ceci est dit par similitude, relativement aux animaux qui ne broutent que la pointe des herbages qui font leur pâture, de sorte que l'herbe venant bientôt à repousser leur fournit une pâture nouvelle. C'est ainsi que les impies, devenus la pâture de la mort, renaissent pour lui servir encore de pâture, et leur mort éternellement réitérée donne lieu à une continuelle résurrection. C’est ainsi qu'Ovide a dépeint le foie de Tityus sans cesse dévoré par le vautour, et sans cesse renaissant et renaissant encore, pour pouvoir être encore dévoré : Sic incompositum Tityi semperque renascens, Sic perit, ut possit sæpe perire, jecur. " Alors ce sera une mort qui ne mourra jamais ; ce seront des vivants morts à la vie, et qui ne vivront que pour la mort. Ils chercheront la mort et ne la trouveront point, parce qu'ayant eu la vie ils l'ont perdue par leur faute. Ecoutez saint Jean, disant dans l'Apocalypse : En ces jours-là, les hommes chercheront la mort, et ne la trouveront point ; ils désireront mourir, et la mort fuira loin d'eux (Apoc., IX, 6). O mort, que tu serais douce à ceux à qui tu as été si amère. Tu seras uniquement désirée de ceux qui l'avaient uniquement en horreur. "

38. Ibidem, c. 10 : " Que personne donc ne se flatte soi-même, en disant que Dieu ne sera pas toujours en colère et ne gardera pas son indignation pendant toute l'éternité (Ps. CII, 9), mais que sa miséricorde est au-dessus de tous ses ouvrages (Ps. CXLIV, 9). Car, ajoute-t-on, après qu'il s'est mis en colère, il n'oublie pas de faire miséricorde et il ne hait rien de ce qu'il a fait (Sag., XI, 24). Et on abuse, pour s'autoriser dans son erreur, de ces paroles que p.129 fin p.130 début Dieu a dites par la bouche du prophète Isaïe : Et les ayant ramassés et liés ensemble comme un faisceau de bois, il les jettera dans le lac, où il les tiendra en prison, et il les visitera longtemps après (ISAIE, XXIV, 22). Et puis, ajoute-t-on, le péché de l'homme n'ayant duré que quelque temps, Dieu ne peut pas le punir d'une peine éternelle. O vaine espérance ! ô présomption téméraire.

Que l'homme ne se berce point de cette fausse opinion, qu'il puisse se racheter pour un prix quel qu'il soit ; car dans l'enfer la rédemption n’est plus possible. Les pécheurs seront jetés dans le lac et y seront tenus en prison ; c'est-à-dire qu'ils seront jetés en enfer, mais en âme seulement, jusqu'au jour de la résurrection et longtemps après c'est-à-dire au dernier jour, qui sera celui de la résurrection, Dieu les visitera, non pour les sauver, mais pour leur faire sentir tout le poids de sa vengeance, puisque leurs peines ne feront que s'aggraver à la suite du dernier jugement. C'est ainsi qu'il est dit ailleurs : Je visiterai avec la verge leurs iniquités et je punirai leurs péchés par des plaies différentes (Ps. LXXXVIII, 33). Pour ce qui est des prédestinés, Dieu ne se met en colère que pour un temps : car Dieu frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants (Hébr., XII, 6). C'est de ceux-ci qu'il faut entendre ces paroles du psaume (CII, 9) : Dieu ne se mettra pas toujours en colère etc. Mais quant aux réprouvés, Dieu garde éternellement sa colère contre eux, parce qu'il est juste que Dieu se venge dans son éternité des prévarications commises par l'impie dans son éternité. Car, encore bien que l'impie n'ait plus la faculté de pécher, il lui en reste toujours la volonté. Voici en effet ce qui est écrit : L'orgueil de ceux qui vous haïssent monte toujours (Ps. LXXIII, 23). Au lieu de s'humilier, en effet, les réprouvés désespèrent désormais d'obtenir leur pardon, s'exaspèrent contre Dieu de plus en plus, tellement qu'ils voudraient l'anéantissement de celui qu'ils savent avoir prononcé leur malheur. Ils maudissent et blasphèment le Très-Haut, l'accusant de méchanceté, comme s'il les avait créés exprès pour les faire souffrir, et parce qu'il refusera toujours de leur pardonner. Ecoutez saint Jean, disant dans l'Apocalypse : Une grande grêle tomba du ciel sur les hommes, et les hommes blasphémèrent Dieu à cause de la plaie de la grêle, parce que cette plaie était fort grande (Apoc., XVI, 21). La volonté du damné, quoique réduite à l'impuissance, sera donc toujours disposée pour le mal, et après avoir fait son péché dans ce monde, elle fera son supplice dans l'enfer ; encore peut-on dire qu'elle fera son péché dans l'enfer même, p.130 fin p.131 début mais non pas cependant de manière à lui mériter de nouvelles peines. Donc, puisque l'impie restera toujours coupable des fautes qu'il a commises, il continuera d'en subir toujours le châtiment, et Dieu ne lui remettra point par indulgence ce qu'il n'aura point effacé lui-même par sa pénitence. Il est donc de toute justice que le juge souverain condamne à d'éternels supplices des hommes qui, tant qu'ils ont vécu, ont voulu vivre dans le péché. Car ils font bien voir qu'ils voudraient toujours vivre dans le péché puisqu'ils ont péché tout le temps de leur vie (Ces deux dernières phrases sont copiées de saint Grégoire. V. plus haut, témoignage 8, p109). "

39. Le concile de FLORENCE, dans sa Lettre d'union : "

Nous définissons que les âmes de ceux qui meurent avant d'avoir satisfait par de dignes fruits de pénitence, quoiqu'en état de grâce, sont soumises aux peines du purgatoire, et peuvent être soulagées par le saint sacrifice, par les prières et les autres bonnes œuvres des vivants ; que celles qui n'ont rien à expier sont aussitôt admises dans le ciel au bonheur de voir Dieu, et que celles qui sortent de ce monde avec un péché mortel, ou même avec le seul péché originel, descendent en enfer pour y souffrir des peines diverses (V. Dictionnaire universel des conciles, t. I, col. 919, art. FLORENCE, l'an 1439). "

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