Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 189)
6. Ibidem, c. 13 : " En péchant comme il l'a fait, lui qui avait été créé exempt de toutes nécessités de cette espèce, l'homme a perdu, avec la santé de l'âme, la pensé même des choses de Dieu. Il a oublié de manger son pain (Ps. CI, 5), et s'est vu dépouillé du vêtement de la foi, couvert des plaies que lui ont faites les passions charnelles, tellement asservi sous l’empire du péché qu'il ne pouvait plus avoir même un commencement de bonne volonté que par un don tout gratuit de la divine miséricorde ; esclave du péché, par-là même qu’il avait voulu être libre à l’égard de la justice (Rom., VI, 20) ; étranger par conséquent à la justice, par une suite nécessaire de ce qu'il s'était volontairement assujetti sous le joug du péché. "
7. S. BERNARD, Serm. I de Annuntiatione beatæ Mariæ
: " Il me semble, mes très-chers frères, que l'homme a été revêtu de quatre principales vertus dès le premier commencement de sa création, et que ç'a été là le vêtement de salut dont parle le prophète ; car c'est à proprement parler dans ces quatre vertus que le salut p.218 fin p.219 début consiste, et sans ces quatre vertus réunies il serait impossible de l'obtenir, d'autant plus que, séparées les unes des autres, elles cesseraient d'être de véritables vertus. "
" L'homme en cet état avait donc reçu la miséricorde comme sa gardienne et sa suivante, afin qu'elle marchât devant lui et qu'elle le suivît, qu’elle le défendît et le protégeât en tous lieux. Voyez un peu quelle nourrice Dieu a choisie à son enfant, et quelle suivante il a donné l'homme nouvellement venu au monde. Mais il lui fallait encore un précepteur comme à une créature noble et raisonnable, qui ne devait pas être simplement gardée à la façon des bêtes mais dont l’éducation devait être soignée comme celle d'un enfant extrêmement chéri. Or, il ne pouvait pas s'en trouver d'autres plus propres pour cet office que la Vérité même qui devait le conduire infailliblement à la connaissance de la souveraine vérité ; et, pour qu'il ne fût pas du nombre de ceux qui sont savants à faire le mal, et qu'il ne tombât point dans le péché en se contentant de connaître le bien sans songer à le pratiquer, il reçut la justice pour se laisser conduire par elle dans toutes ses actions. Enfin la main bienfaisante du Créateur ajouta la paix à ses autres dons, afin que cette vertu maintînt l'homme dans la joie ou dans le sentiment de son bien-être ; mais une paix double, exempte à la fois des peines intérieures et des combats à livrer au dehors, qui empêche à la chair de se révolter contre l'esprit, et qui n'eût rien à craindre de quelque créature que ce fût. Et en effet ce fut lui qui donna son gré aux diverses espèces d'animaux les noms qu'elles portent ; et de là vient que le serpent lui-même n'osant s'attaquer a lui à force ouverte, ne songea qu'à le tromper par artifice. Que manquait-il donc à celui qui étai gardé par la miséricorde, instruit par la vérité, gouverné par la justice et conservé par la paix ? "
" Mais hélas ! cet homme, pour son malheur et dans sa folie, descendit de Jérusalem à Jéricho et tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait. En effet, celui-là n'était-il pas dépouillé qui se plaignait d'être nu lorsque Dieu vint le chercher ? Mais il ne pouvait être revêtu ni reprendre les habits qu'on lui avait ôtés, à moins que Jésus-Christ ne se dépouillât des siens propres : car, comme il n'a pu recevoir de nouveau la vie de l'âme que par la mort corporelle du Sauveur, il n'a pu également être revêtu que par sa nudité. Et voyez, s'il vous plaît, si ce n'est point à cause de ces quatre vertus qui p.219 fin p.220 début composaient le vêtement que le premier ou le vieil homme avait perdu, que la robe du second ou du nouvel homme fut divisé par les soldats, et en autant de parties. Peut-être me demanderez-vous quelle est cette robe sans couture qui n'est point divisée, et qui a été tirée au sort. Pour moi, je crois que c'est l'image de Dieu, qui n'est point simplement rattachée ou cousue, mais qui est imprimée si intimement dans la nature même, qu'elle ne peut être divisée ou en être séparée seulement à demi. C'est ainsi que l'homme a été fait à l'image de Dieu : à son image, par la puissance de son libre arbitre, et à sa ressemblance par les vertus qui lui furent communiquées. La ressemblance, il est vrai, a été détruite par le péché ; mais si l'homme est passé d'un état à un autre, l'image cependant est restée. Cette image pourra bien subir le feu de l'enfer ; mais elle n'en sera point consumé : elle pourra être rougie par le feu, mais sans jamais être réduite en cendres. Cette image n'est point partagée, mais elle est donnée au sort : elle accompagnera l'âme partout où l'âme se trouvera. Il n'en est pas de même de la ressemblance : car elle ne subsiste qu'autant que l'âme se conserve dans la vertu ; mais l'âme au contraire s'abandonne-t-elle au péché, la ressemblance aussitôt disparaît, ou si vous l'aimez mieux, l'âme n'est plus semblable qu'aux animaux sans raison. "
" Cependant, comme nous avons dit que l'homme a été dépouillé des quatre vertus qu'il avait reçue dans sa création, il peut être à propos d’expliquer de quelle manier il a été dépouillé de chacune d'elles.
Il est certain que l'homme a perdu la justice, lorsqu'Eve se laissa séduire par le serpent, et qu'Adam se rendit plutôt à la voix de sa femme qu'à celle de son Dieu. Il leur restait toutefois une ressource dont il ne tenait qu'à eux de faire usage, et Dieu lui-même semblait la leur indiquer par l'examen qu'il faisait devant eux de leur action ; mais ils ne voulurent point la mettre à profit, aimant mieux chercher des paroles de malice pour trouver des excuses à leur péché. En effet, la justice a deux parties : la première est de ne point pécher, et la seconde est de condamner son péché par la pénitence. "
" Secondement, l'homme perdit la miséricorde, lorsqu'Eve se laissa tellement emporter par sa passion, qu'elle n'eut aucun égard ni à ses propres intérêts ni à ceux de son mari et de ses futurs enfants, les engageant tous avec elle dans une malédiction épouvantable et dans la nécessité de mourir. Adam même exposa sa femme, qui l'avait lait pécher, à tous les traits de l'indignation p.220 fin p.221 début de Dieu, en se cachant comme derrière elle pour s'y soustraire lui-même. "
" La femme, dit l’Ecriture, vit le fruit de l'arbre, qui était extrêmement agréable à voir, et de très-bon goût à manger ; et elle avait écouté le serpent, qui lui avait assuré qu'ils deviendraient comme des dieux. C'est un triple cordon bien difficile à rompre, que celui que forment la curiosité, la volupté et la vanité jointes ensemble ; et c'est là tout ce que le monde a de plus fort : la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie. Ce fut aussi par ces trois choses que notre cruelle mère se laissa attirer et séduire en se dépouillant pour sa race de tout sentiment de miséricorde. Adam, à son tour, après avoir montré une fausse compassion pour sa femme en s'associant à son péché, refusa d'avoir pour elle une compassion véritable et qui lui eût été avantageuse, en ne voulant pas se charger de porter à sa place la peine que tous les deux avaient méritée. "
" En troisième lieu, Eve fut privée de la vérité lorsqu'elle dénatura ces paroles que Dieu lui avait dites : Vous mourrez certainement, et qu'elle dit en affaiblissant ces même paroles : De peur que nous ne mourions ; et lorsqu'ensuite elle ajouta foi au serpent, qui l'assurait du contraire et qui lui disait : Très-certainement vous ne mourrez point. Adam fut aussi dépouillé de la vérité, lorsqu'il eut honte de la confesser, et qu'il aima mieux se cacher sous des feuilles, c'est-à-dire, sous des excuses frivoles et grossières. Car voici ce que la Vérité même dit dans l'Evangile : Si quelqu'un rougit de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon père (LUC, IX, 26). " " Enfin, ils perdirent tous deux la paix, parce que, comme dit le Seigneur, il n'y a point de paix pour les impies (ISAIE, XLVIII, 22 ; LVII, 21). Et en effet, n'eurent-ils pas l'expérience d'une loi contraire dans leurs membres, par la honte qu'ils ressentirent de leur nudité ? Je vous ai craint, dit Adam au Seigneur, parce que j'étais nu (Gen., III, 10). Mais, misérable que vous êtes, tout-à-l'heure vous n'aviez pas cette crainte, et vous ne cherchiez pas de feuilles pour vous couvrir, quoique votre corps fût nu dès-lors comme il l'est à présent (Cf.
Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 94-100). "
8. S. PHOSPER, contra Collatorem, c. 21 : " Adam avait la science du bien, tant qu'il restait fidèlement soumis au commandement divin, et qu'il conservait en lui l'image de son créateur avec le p.221 fin p.222 début souvenir de sa loi juste et sainte. Mais quand une fois il se fut asservi à son séducteur, lui, l'image et le temple de son Dieu, il perdit la science du bien, parce qu'il n'avait plus la conscience d'y être fidele. Son iniquité lui fit perdre l'état de justice ; son orgueil détruisit en lui l'humilité ; la concupiscence lui ravit sa continence, son infidélité lui enleva le don de la foi, et sa captivité lui fit perdre sa liberté : aucune vertu ne pouvait plus trouver place dans un cœur où avaient fait irruption tant de vices à la fois. Car personne ne peut servir deux maîtres (LUC, XVI, 13), et celui qui commet le péché est esclave du péché (JEAN, VIII, 34) ; enfin, on devient esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre (II PIERRE, II, 19). Mais personne ne devient esclave d'un côté, sans devenir libre de quelque autre, comme personne n’est libre sans contracter quelque servitude, comme le fait entendre l'Apôtre par ces paroles : Lorsque vous étiez esclaves du péché vous étiez libres à l'égard de la justice. Quel fruit retiriez-vous donc de ces désordres dont vous rougissez maintenant, puisqu'ils n’ont pour fin que la mort ? Mais à présent étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu, votre sanctification est le fruit que vous en tirez, et la vie éternelle en sera la fin (Rom., XI, 20-22). Celui donc qui se fait l'esclave du diable, s'affranchit à l'égard de Dieu. "
9. Le concile de Milève, canon 1 : " Voici donc ce qui a été décrété par tous les évêques présents à cette sainte assemblée : Quiconque dira qu'Adam a été fait homme mortel, en sorte que, soit qu'il péchât ou qu'il ne péchât point, il dût mourir, c'est-à-dire sortir du corps, non pas en punition de son péché mais par la nécessité de sa nature, qu'il soit anathème (Ce canon, aussi bien que presque tous les autres de ce second concile de Milève, sont les mêmes que ceux du concile de Carthage de l'an 418. Voir le Dictionnaire universel des conciles, tome Ier, col. 514 et 1317.). "
10. S. AUGUSTIN, lib. XIII de Civitate Dei, c. 12 : " Ainsi, quand on demande de quelle mort Dieu menaça les premiers hommes, pour le cas où ils transgresseraient le commandement qu'il venait de leur imposer, ou qu'ils ne lui garderaient pas l'obéissance ; si c'est de la mort de l'âme, ou de celle du corps, ou de celle de l'homme entier, ou enfin de celle qu'on nomme la seconde mort, il faut répondre : De toutes ces sortes de morts ; car la premier comprend celle de l'âme et celle du corps, la seconde les comprend toutes. Toute la terre se compose de plusieurs terres, toute l'Eglise de plusieurs Eglises ; ainsi la mort en p.222 fin p.223 début son entier résulte de toutes les morts réunies. Si donc la première mort en comprend deux, celle de l’âme et celle du corps, quand l'âme, sans Dieu et sans le corps, est livrée aux souffrances d'une expiation temporaire ; la seconde mort, c'est l'âme séparée de Dieu et réunie à son corps pour souffrir éternellement. Donc, lorsque Dieu dit au premier homme placé dans le paradis terrestre, en lui montrant le fruit défendu : Du jour vous en aurez mangé, vous mourrez de mort, ce n'est pas seulement de la première moitié de cette première mort qu'il s'agit, ou de celle qui consiste simplement dans la séparation de l'âme d'avec Dieu ; ni de la seconde moitié de cette même première mort, ou de la séparation de l'âme d'avec le corps ; ce n'est pas non plus de cette premier mort tout entière, ou du supplice de l'âme séparée de Dieu et du corps tout à la fois ; mais c'est de toutes ces morts réunies jusqu'à la dernière appelée la seconde, et qui n'est suivie d'aucune autre, c'est de toute mort possible que Dieu fait la menace. . . . . "
11. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 2 : " Ceux qui disent qu'Adam a été créé dans un état tel, qu'il eût dû mourir - quand même il n'aurait pas péché, en sorte que la mort fit pour lui l’effet, non du péché dont elle est la peine, mais de la nécessité de la nature, sont forcés par-là même de rapporter ces paroles, Du jour où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez, non à la mort du corps, mais à la mort de l'âme, inséparable du péché lui-même ; mort à laquelle font allusion ces paroles de Notre-Seigneur dites au sujet des infidèles : Laissez les morts ensevelir leurs morts (MATTH., VIII, 22 ; LUC, IX, 60). Que répondront-ils donc, lorsqu'on leur opposera ces paroles par lesquelles Dieu prononça à Adam sa sentence de condamnation pour son péché : Vous êtes terre, et vous retournerez en terre (Gen., III, 19) ? Car il est évident que la terre dont il était question ne se rapportait pas à son âme, mais bien à son corps, et que c'était son corps qui était condamné à retourner en terre. En effet, quoique son corps eût été tiré de terre, et que ce corps fût un corps animal, il n'est pas moins vrai que s'il n'avait pas péché, son corps serait devenu spirituel, et que sans jamais éprouver la mort, il aurait été doué de la même incorruptibilité qui est promise aux fidèles et aux saints : incorruptibilité dont nous ne sentons pas seulement le désir en nous, mais dont nous connaissons la vérité d'après ce témoignage de l'Apôtre : Nous soupirons dans le désir qui nous possède d'être revêtus de la gloire qui p.223 fin p.224 début est cette maison céleste, etc. (II Cor., V, 2). Ainsi donc, si Adam n'avait pas péché, il n'aurait pas été dépouillé de son enveloppe corporelle, mais, par-dessus cette enveloppe, il aurait été revêtu de l'immortalité et de l'incorruptibilité, de sorte que tout ce qu'il y avait de mortel en lui eût été comme absorbé par cette surabondance de vie, c'est-à-dire que d'animal qu'était son corps par le fait de son origine, il serait devenu spirituel. "
12. Ibidem, c. 4 : " Il est d'autres témoignages qui nous font voir évidemment que c'est le péché qui est la cause pour tout le genre humain non-seulement de la mort spirituelle, mais aussi de la mort corporelle. L'Apôtre dit dans son épître aux Romains : Si Jésus-Christ est en vous, quoique le corps soit mort en vous à cause du péché, l'esprit est vivant à cause de la justice (Rom., VIII, 10). Des paroles si claires n'ont pas besoin, ce me semble, d'être expliquées ; elles n'ont besoin que d'être lues. Le corps est mort, dit cet apôtre, non pas précisément parce que c'est un vase d'argile, parce qu'il a été tiré de la poussière de la terre, mais à cause du péché. Que pouvons-nous demander davantage ? Et c'est avec dessein que l'Apôtre ne dit pas simplement du corps de chacun de nous qu'il est mortel, mais qu'il est mort. "
13. Ibidem, c. 6 : " Il faudrait s'étonner si l'on nous demandait quelque chose de plus clair que ce témoignage ; à moins que quelqu'un ne vienne nous dire que ce qui pourrait jeter de l’obscurité sur ce passage, c'est qu'on pourrait entendre ces paroles dans le même sens que celles-ci : Faites mourir les membres de l'homme terrestre qui est en vous (Col., III, 5). Mais alors ce ne serait plus à cause du péché que le corps serait mort, mais à cause de la justice. Car c'est pour pratiquer la justice, que nous faisons mourir les membres de l'homme terrestre qui est en nous. Ou, si l'on pensait que ces mots, à cause du péché, qui se trouvent dans le texte, ne signifient pas à cause du péché commis, mais pour empêcher le péché de se commettre, comme si l'Apôtre avait dit : Le corps est mort pour que le péché ne se commette plus, que signifieraient alors ces paroles qui suivent : L'esprit est vivant à cause de la justice ? Car, dans ce cas, il aurait suffi de dire : L'esprit est vivant, en sous-entendant encore ici : Pour que le péché ne se commette plus ; et ainsi nous rapporterions à un même but, qui serait de ne plus commettre le péché et la mort du corps et la vie de l'esprit ; de même que, si ces autres paroles : A cause de la justice, signifiaient : Pour pratiquer la justice, on pourrait les rapporter également et à la mort du p.224 fin p.225 début corps, et à la vie de l’esprit. Mais au contraire il distingue les deux, et il veut que le corps soit mort à cause du péché seulement, et que l'esprit soit vivant aussi cause de la justice seulement, attribuant ainsi différentes causes à différents effets, le péché à la mort du corps, et la justice à la vie de l'esprit. Donc si, comme la chose est indubitable, l'esprit est vivant à cause de la justice, c'est-à-dire par l'effet de la justice qui est en lui, le corps est mort à cause du péché, c'est-à-dire par l'effet du péché et nous ne devons ni ne pouvons donner à ces paroles un autre sens, à moins que nous ne prétendions détourner les paroles de l'Ecriture à des significations arbitraires. Les mots qui suivent vont encore jeter là-dessus un nouveau jour. Car, après avoir dit, pour expliquer en quoi consiste la grâce accordée pour la vie présente que le corps est mort à cause du péché, parce que, n'étant pas encore réformé par la résurrection, l'effet du péché subsiste en lui, effet qui n'est autre que la nécessité de mourir, et que l'esprit est vivant à cause de la justice, parce qu'encore bien que nous ayons à porter le poids de ce corps de mort, il se forme dans l'intérieur de notre être comme un commencement de vie nouvelle par la justice de la foi qui anime notre conduite ; de peur cependant que l'ignorance qui nous est si naturelle ne nous fit renoncer à toute espérance de résurrection quant au corps, l'Apôtre a soin d'ajouter que ce même corps, qu'il avait dit être mort pour le moment par l'effet du péché, sera vivifié dans l'autre vie par l'effet de la justice, et non pas seulement de manière à passer de la mort à la vie, mais en échangeant sa mortalité contre le don précieux de l'immortalité. "
14. TERTULLIEN, Lib. de animâ, c. 52 : " Ce fait de la mort, en d'autres termes, cette séparation du corps et de l'âme, on se plaît à en distinguer deux espèces, l'ordinaire et l'extraordinaire. On attribue la mort ordinaire à la nature : c'est toute mort paisible. Quant à l'extraordinaire, on s'imagine qu'elle est la seule qui soit en dehors de la nature : c'est toute mort violente. Pour nous, qui connaissons l'origine de l'homme, nous posons hardiment en principe que l'homme n'est pas né mortel, mais qu'il l'est devenu par une faute qui elle-même n’était pas inhérente à sa nature. Mais il est facile de prendre pour naturel a l'homme ce qui, quoique purement accidentel, s'est attaché à lui dès le moment de sa naissance. Il est vrai que si l'homme avait été créé de prime abord pour mourir un jour, on devrait regarder sa mort comme un apanage de sa nature. Mais ce qui prouve p.225 fin p.226 début au contraire qu'il n'a pas été créé pour mourir un jour, c'est la loi même qui le menaçait de la mort, puisqu'elle abandonnait au libre choix de sa volonté le moyen de s'y soustraire. Pour tout dire en un mot, si l'homme n'avait pas péché, jamais il ne serait mort. N'appelons donc pas naturel à l'homme ce qui ne lui est survenu que par l'effet de son choix, ce qui a eu pour cause sa volonté libre, et non la volonté absolue de son auteur (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. de Genoude). "
12 : " Si l’âme n'était morte la premier par le péché, le corps ne serait pas mort ensuite en punition du péché. C'est ce que l'Apôtre nous enseigne par ces paroles : Le corps est mort à cause du péché (Rom., VIII, 10). Aussi ce n'a été qu'après que le péché eut été commis, que Dieu a prononcé au pécheur cet arrêt : Vous êtes terre, et vous retournerez en terre (Gen., III, 19). L'homme ne serait donc point retourné en terre, s'il n'était pas devenu terre par son péché. "
16. S. CHRYSOSTOME, Hom. XVII in Genesim : " Nous avons encore une question à résoudre, et quand nous l'aurons discutée en peu de mots, nous mettrons fin à ce discours. Dieu dit à nos premiers parents : Au moment où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez ; cependant ils vécurent tous deux, depuis ce temps-là, un grand nombre d'années, après avoir mangé de ce fruit malgré la défense. Ceux qui s'arrêtent à la superficie de l'Ecriture, ont de la peine à expliquer ce passage ; mais si on l'étudie avec soin, on le comprendra parfaitement. Car, quoiqu'ils aient vécu plusieurs années depuis leur désobéissance, cependant, à partir du jour où Dieu leur eut dit : Vous êtes terre, et vous retournerez en terre, la sentence de mort resta prononcée contre eux, et depuis ce moment ils devinrent sujets à la mort, et on pouvait même dire dès-lors en quelque façon qu'ils étaient morts. C'est ce que l’Ecriture avait voulu donner à entendre, lorsque Dieu avait dit : Au moment où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez, c'est-à-dire, vous deviendrez mortels dès ce moment-là. Car, de même que dans les jugements qui se rendent dans les tribunaux des hommes, on reconduit les criminels en prison, après qu'on les a condamnés à mourir, et que, quoiqu'on les y laisse encore quelque temps, on les regarde comme s'ils étaient déjà morts, du moment où la sentence de leur condamnation a été prononcée p.226 fin p.227 début ainsi, depuis que Dieu eut porté contre Adam et Eve cet arrêt de mort, ils pouvaient être considérés comme morts, en vertu de la sentence qui les condamnait mourir, quoiqu'ils aient vécu encore plusieurs années sur la terre. "
17. S. BERNARD, Serm. ad Milites Templi, c. 11 : " Le péché a précédé pour que la mort suivît ; et assurément, si l'homme avait su se garantir du péché, il n'aurait jamais éprouvé la mort. Il a donc perdu la vie en se laissant aller au péché, et par-là même il a trouvé la mort, comme Dieu le lui avait d'avance annoncé ; et d’ailleurs il était bien juste que si l'homme péchait, il fut puni de mort. Car y a-t-il peine plus juste que celle du talion ? Or, Dieu est la vie de l'âme, comme l'âme est la vie du corps. En péchant volontairement, on perd la vie par sa propre volonté ; on doit perdre par-là même le droit de se la rendre quand même on le voudrait. On a repoussé la vie ; on doit en être repoussé à son tour. On n'a pas voulu se soumettre à l'empire de Dieu ; il est juste qu'on perde soi-même l'empire qu'on avait sur son corps. On n'a pas voulu obéir à son propre supérieur ; quel droit aurait-on donc de commander à son inférieur ? Le Créateur a trouvé en nous une créature rebelle ; nous trouverons à notre tour un serviteur rebelle dans le corps destiné à nous servir. Nous aurons transgressé la loi divine ; nous trouverons, nous aussi, dans nos propres membres, une autre loi opposée à celle de notre esprit, et qui nous tiendra asservis au péché. Or le péché, comme il est écrit, nous sépare de Dieu ; il faudra donc que la mort nous sépare aussi de notre corps. Notre âme n'a pu être séparée de Dieu que par le péché ; nous ne pourrons de même être séparés de notre corps que par la mort. Qu'y a-t-il donc de trop sévère dans le châtiment, puisque nous n'éprouvons de la part de notre esclave, que le traitement que nous aurons fait nous-mêmes à l'auteur de notre être ? Rien n'est assurément plus raisonnable qu'un châtiment qui consiste à rendre mort pour mort, la mort du corps pour celle de l'âme, une mort expiatoire pour une mort coupable, une mort inévitable pour une mort volontaire. "
18. S. AUGUSTIN, Lib. III de Trinitate, c. 12 : " Par un certain effet de la justice de Dieu, le genre humain a été réduit sous la puissance du démon, le péché du premier homme passant avec le sang dans tous les enfants d'un sexe comme de l'autre qui naissent de sa race, et la dette contractée par nos premiers parents engageant de même tous leurs descendants. Cette trans- p.227 fin p.228 début mission du péché nous a été signifiée avant tout dans la Genèse, où nous lisons qu'il a été dit au serpent : Tu mangeras la terre, et ensuite à l'homme : Tu es terre, et tu retourneras en terre (Gen., III, 14 et 19). Ces paroles : Tu retourneras en terre, sont une annonce de la mort, que l'homme n'aurait jamais éprouvée s'il avait persévéré dans l'état de justice où il avait été créé. Ces mots adressés à l'homme encore vivant : Tu es terre, font voir que tout son être avait été détérioré par le péché. Car ces expressions : Tu es terre, reviennent au même sens que celles-ci : Mon esprit ne demeurera pas pour toujours avec l'homme, parce qu'il n'est que chair (Gen., VI, 3). Dieu fit donc entendre par ces paroles, qu'il livrait l'homme au pouvoir de celui à qui il avait dit : Tu mangeras la terre. Mais l'Apôtre nous déclare cette vérité encore plus clairement, lorsqu'il dit ces paroles : Lorsque vous étiez morts par le dérèglement de vos péchés, dans lesquels vous avez vécu selon la coutume de ce monde, selon le prince des puissances de l'air, cet esprit qui exerce maintenant son pouvoir sur les enfants de l'incrédulité ; désordres où nous avons tous été autrefois, vivant selon nos passions charnelles, nous abandonnant aux désirs de la chair et de notre esprit ; et par la naissance naturelle nous étions enfants de colère aussi bien que les autres (Ephés., II, 1-3). Les enfants de l'incrédulité, ce sont les infidèles ; et qui de nous n'était infidèle avant de devenir fidèle par la foi ? Tous les hommes sont donc originairement assujettis à la tyrannie du prince des puissances de l'air, qui exerce son pouvoir sur les enfants de l'incrédulité. Et quand je dis : originairement, je dis la même chose que ce que dit l'Apôtre de lui-même qu'il a été, comme les autres, enfant de colère par sa naissance naturelle : car la nature humaine, telle qu'elle est maintenant, se trouve pervertie par le péché, et n'est plus dans cet état de rectitude où elle avait été créée.
Quand nous disons que l'homme a été assujetti au pouvoir du démon, cela ne doit pas s'entendre en ce sens que ce soit Dieu qui le lui ait assujetti lui-même ou qui ait ordonné qu'il lui fût assujetti ; mais seulement en ce sens qu'il l'a permis, et cela très-justement. Car Dieu abandonnant le pécheur, le pécheur a dû être dès-lors envahi par l'auteur du péché. Non sans doute que Dieu eût tellement abandonné sa créature, qu'il ne se montrât plus son créateur, qu'il ne fît plus pour elle un principe de vie, ou que, tout en la punissant de ses désordres, il ne mêlât encore de beaucoup de biens les maux qu'il lui envoyait. "
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19. Le même, Lib. III Hypognosticon, c. 2 : " Que signifient ces mots : Il l’a laissé entre les mains de son conseil (Ecclé., XV, 14), sinon, qu'il lui a laissé la faculté de son libre arbitre ? Car les mains désignent ici le pouvoir-faire ou la faculté. Telle est la première grâce que l'homme a reçue et qui lui aurait suffi pour se préserver de toute chute, s'il avait voulu observer le commandement qu'il avait reçu de Dieu. Etant donc abandonné à lui-même par suite de sa désobéissance, l'homme, par l'effet d'un juste jugement, est devenu le captif du serpent, c'est-à-dire du démon à qui il a mieux aime obéir, que d'obéir à Dieu. C'est pour cela qu'il est écrit : Quiconque est vaincu, est esclave de celui qui l'a vaincu (II PIERRE, II, 19) ; et encore : Quiconque commet le péché est esclave du péché (JEAN, VIII, 34). "
20. S. BERNARD, Epist. CXC ad Innocentibum (II) pontificem, contra hæresim Petri Abailardi : " Ce téméraire scrutateur de la majesté divine, s'attaquant au mystère de la rédemption, reconnaît, dès le début de sa thèse, que tous les docteurs de l'Eglise n'ont sur ce point qu'un même sentiment, et ce sentiment, il le rejette après l'avoir exposé, en se glorifiant d'avoir à lui en substituer un autre meilleur ; et c'est ainsi que, contre la maxime du Sage, il ne craint pas de remuer les bornes anciennes posées par nos pères. Il faut qu'on sache, dit-il, que tous nos docteurs, depuis les apôtres s'accordent à enseigner que le diable jouissait d'un souverain pouvoir sur l'homme, et exerçait à son égard tous les droits d'un maître sur son esclave, en conséquence de ce que celui-ci avait de son plein gré consenti à ses suggestions, et fait ainsi de sa liberté un coupable abus. Ils disent à l'appui de cela que si quelqu'un se laisse vaincre par un autre, il devient de droit l'esclave de son vainqueur. C'est pourquoi, ajoutent ces docteurs (c'est ainsi qu'il les fait parler), ç'a été une nécessité que le Fils de Dieu s'incarnât, afin que l’homme, qui autrement ne pouvait être délivré acquît par la mort de l'innocent le droit de s'affranchir de la tyrannie du diable. Mais il nous semble, dit-il à son tour, que le diable n'a jamais eu de droit sur l'homme, si ce n'est peut-être à titre de geôlier et d'après la permission de Dieu ; et que ce n'est point pour délivrer l'homme, que le Fils de Dieu s'est incarné. Qu'y a-t-il à reprendre le plus dans ce langage, du blasphème ou de l'orgueil qu'il respire ? Qu'y condamner le plus, de sa témérité ou de son impiété ? Ne serait-il pas plus juste de châtier avec le bâton une bouche qui s’échappe en pareilles excentricités, que p.229 fin p.230 début de lui répondre par des raisons ? N'est-ce pas comme s'il provoquait tout le monde à lever le bras contre lui, que de lever lui-même, comme il le fait, son bras contre tout le monde ? Tous pensent de cette manière, dit-il ; mais moi je ne pense pas de cette manière. . . . . "
" Je vous renverrai aux prophètes. Voici les paroles qu'adresse au peuple nouveau, représenté par Jérusalem, non pas un prophète, mais le Seigneur parlant en la personne d'un prophète : Je vous sauverai et je vous délivrerai, ne craignez point (Ces paroles, éparses du reste dans les livres des Prophètes, ne se trouvent pas réunies de cette manière ailleurs que dans le Rorate, prière de l’Avent, que peut-être on avait coutume de chanter en France dès le temps de saint Bernard). Demandez-vous de quelle puissance ? Car vous ne voulez pas que le diable ait puissance ou qu'il ait eu puissance sur l'homme. Ni moi non plus, je l'avoue. Mais que ni vous ni moi ne le voulions, cela n'empêche pas le diable d'avoir ce pouvoir. Si vous ne le reconnaissez pas, si vous n'en savez rien, ceux qui ont été rachetés par le Seigneur, qu'il a rachetés d'entre les mains de l'ennemi, le reconnaissent et le disent pour vous. Vous ne le nieriez pas vous-même, si vous n'étiez vous-même sous la main de cet ennemi. Vous ne pouvez pas rendre grâces avec ceux qui sont rachetés puisque vous n’êtes pas de leur nombre. Car si vous étiez racheté, vous reconnaîtriez votre rédempteur, et vous ne nieriez pas la rédemption. Celui-là seul ne demande point à être racheté, qui ne sent point qu'il soit captif. Mais ceux qui l'ont senti ont crié vers le Seigneur, et le Seigneur les a exaucés et les a rachetés d'entre les mains de l'ennemi (PS. CVI, 6, 13). Et pour que vous ne puissiez vous méprendre sur le caractère de cet ennemi, le Psalmiste ajoute : Ceux qu'il a rachetés de la puissance de l'ennemi, qu'il a rassemblés de divers pays (Ps. CVI, 2). Et plus bas : Il les a rachetés, et il les a rassemblés. Il les a rachetés d’entre les mains de l'ennemi. Il ne dit pas des ennemis, mais de l'ennemi. Un seul ennemi, et plusieurs pays divers. Car il les a rachetés non d'un pays, mais de divers pays, du levant et du couchant, du nord et du midi. Quel est ce maître si puissant, qui règne non sur un pays, mais sur tous ? Point, d'autre, je pense, que celui qu'un autre prophète (JOB, XL, 18) nous dépeint avalant un fleuve, c'est-à-dire le genre humain, sans en faire merveille, et se promettant de plus de faire entrer dans sa gueule le Jourdain tout entier, c'est-à-dire tous les élus. Heureux ceux qui p.230 fin p.231 début n'y entrent que pour en sortir, qui réussissent à s'en échapper après s'y être laissé attirer. Mais quoi ? Peut-être n'êtes-vous pas encore assez avancé pour ajouter foi aux prophètes qui nous dénoncent d'un si commun accord le pouvoir du démon sur les hommes ? Venez avez moi, et tous les deux ensemble consultons les apôtres. Après avoir dit que vous ne pensiez pas comme ceux qui sont venus depuis les apôtres, peut-être consentirez-vous à penser du moins comme ceux-ci, et aurez-vous le bonheur d'être du nombre de ceux à qui l'un de ces apôtres souhaitait que Dieu leur donnât un jour l'esprit de pénitence, pour qu'ils pussent connaître la vérité et sortir des pièges du diable, qui les tient captifs et en fait ce qu'il lui plaît (II Tim., II, 25-26). Cet apôtre, c'est Paul, qui soutient ainsi que le diable tient les hommes captifs et en fait ce qu'il lui plaît. Vous entendez, il en fait ce qu'il lui plaît ; nierez-vous encore le pouvoir du démon ? Si vous n'ajoutez pas foi à Paul, venez avec moi consulter Notre-Seigneur lui-même, et plaise à Dieu que vous l'écoutiez et que vous cessiez de blasphémer (EZECH., II, 5) ! Or, Notre-Seigneur appelle le démon le prince de ce monde (JEAN, XIV, 30), le fort armé (LUC, XI, 21-22) ayant en sa possession des machines ou des instruments de guerre (MATTH., XII, 29) ; et vous direz encore de lui qu'il n'a aucun pouvoir sur les hommes ? A moins que vous ne prétendiez qu'on doive entendre ici par la maison de ce fort armé autre chose que le monde, et par ces machines ou ces instruments de guerre autre chose que des hommes ? Que si le monde était la maison qu'habitait le démon et les hommes les instruments dont il se servait, comment n’exerçait-il pas une domination sur les hommes ? Notre-Seigneur a dit dans le même sens à ceux qui s'emparaient de sa personne : C'est ici votre heure et la puissance des ténèbres (LUC, XXII, 53). Cette puissance était bien connue de celui qui disait du Père éternel : Il nous a arraché de la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son fils bien-aimé (Col., I, 13). Il est donc vrai que Notre-Seigneur a bien voulu reconnaître le pouvoir du démon même sur lui, comme il a reconnu celui de Pilate, qui n'était après tout qu'un membre ou qu'un instrument du démon. Car c'est là aussi ce qu'il dit à ce dernier : Vous n’auriez aucun pouvoir sur moi, s'il ne vous avait été donné d'en-haut (JEAN, XIX, II). Que si ce pouvoir donné d'en-haut s'est déployé à ce point contre le bois vert, comment n'aurait-il pas osé s'attaquer au bois sec ? Je pense d’ailleurs qu'il n'allèguera pas que ce pouvoir donné d'en-haut p.231 fin p.232 début fût injuste. Qu'il tâche donc de comprendre que le démon a eu non-seulement un certain pouvoir, mais un pouvoir juste sur les hommes, pour pouvoir comprendre ensuite que le Fils de Dieu s'est incarné précisément pour en délivrer les hommes. Au surplus, si nous appelons juste le pouvoir exercé par le démon, nous ne donnons pas le même nom à sa volonté qui leur servait de guide. Il n'y avait de juste que le Seigneur, qui avait abandonné l'homme au pouvoir du démon, et non le démon qui exerçait ce pouvoir, ou l'homme qui lui était assujetti. Car ce qui rend quelqu'un juste ou injuste, ce n'est pas le pouvoir dont il est revêtu, mais la volonté dont il est animé. Cette sorte de droit qu'avait le démon sur l'homme lui était donc acquis sans droit de sa part à lui-même, ou pour le dire plus nettement encore, c’était un droit méchamment usurpé, mais cependant un droit justement permis ; et par conséquent, c'étai justement que l'homme était tenu captif, sans que pour cela la justice dont il s'agissait pût convenir soit à l'homme, soit au démon ; elle ne convenait qu'à Dieu. C'est donc justement que l'homme a été réduit à cet esclavage, et miséricordieusement qu'il en a été délivré. "
21. Le deuxième concile d'Orange, c. 1 : " Si quelqu'un ose dire que le péché d'Adam n'a pas nui à l'homme tout entier, c'est-à-dire à son corps et à son âme tout à la fois, mais que, sans porter atteinte à la liberté de l’âme, il s'est borné à rendre le corps sujet à la corruption, il contredit en cela l’Ecriture, qui a dit : L'âme qui a péché mourra elle-même (EZECH., XVIII, 4) ; et encore : Ne savez-vous pas que, quel que soit celui à qui vous vous engagez à obéir comme esclave, vous demeurez esclave de celui à qui vous obéissez (Rom., VI, 16) ; et ailleurs : Quiconque est vaincu devient esclave de celui qui l’a vaincu (II PIERRE, II, 19). " 22. GENNADE, ou l'auteur quel qu'il soit du livre de Ecclesiasticis Dogmatibus, c. 38 ; c'est le canon même du second concile d'Orange que nous venons de rapporter.
23. S. AUGUSTIN, de Trinitate, lib. III, c. 12 : " Ce que
Dieu dit à l'homme encore vivant : Vous êtes terre, montre bien que le péché avait nui à l'homme tout entier. "
24. Le même, Cité de Dieu, liv. XIV, c. 15 :
" L'homme a donc méprisé Dieu et son commandement ; il a méprisé ce Dieu qui l'a créé, qui l'a fait à son image, qui lui a donné l'empire sur le reste des animaux, qui l'a placé dans le paradis, qui l'a comblé de jouissances et de bien-être ; qui, loin de le surcharger de p.232 fin p.233 début préceptes nombreux, longs et pénibles, ne recommande à son obéissance qu'un seul précepte, court et facile, pour l'avertir qu'il est le Seigneur, et que la créature raisonnable n'a de liberté qu'a son service ; donc une juste condamnation s'en est suivie, et l'homme qui, s'il fut resté fidèle, serait devenu spirituel dans sa chair, devient charnel dans son esprit ; l'homme qui, dans son orgueil, s'est plu à lui-même, Dieu, dans sa justice, le laisse lui-même ; et toutefois l'homme n'est pas destiné à l'indépendance ; mais en désaccord avec soi, c'est sous le joug de celui dont il s'est fait le complice, qu'au lieu de cette liberté si désirée, il va trouver un dur et misérable esclavage ; mort spirituellement par sa volonté, la mort corporelle l'attend contre sa volonté ; déserteur de la vie éternelle, c'est à la mort éternelle qu'il est condamné, si la grâce ne le délivre (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. II, p. 332-334). "
CHAPITRE II. DE LA TRANSMISSION DU PECHE D’ADAM A SA POSTERITE.
" La prévarication d’Adam n'a pas été préjudiciable à lui seul, mais elle l'a été aussi à sa postérité et à sa race tout entière : ce n’est pas en effet pour lui seulement, mais c'est encore pour nous qu'il a perdu l'état de sainteté et de justice, et que souillé par son péché de désobéissance, il a transmis à tout le genre humain, avec la mort et les autres afflictions corporelles, le péché qui est à son tour la mort de l'âme. C'est ce que confirme l'Apôtre par ces paroles : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché et ainsi la mort est passée à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. " Concile de Trente, session V, canon 2.
" Le péché d'Adam, qui est un dans son origine, et qui cependant, en se transmettant à tous ses descendants par voie de propagation, et non pas simplement par voie d'imitation, devient propre à chacun de nous, doit nécessairement être expié par quelque remède, pour n'être pas un obstacle à la vie éternelle que nous voudrions obtenir. " Ibidem, c. 3. Car " tous les hommes étant devenus impurs par ce péché, et, comme dit l'Apôtre, enfants de colère par le fait même de leur naissance, se trouvent tous par cela seul esclaves du péché, du démon et de la p.233 fin p.234 début mort. " Ibid., sess. VI, cap. 1. " A l'exception toutefois de la sainte et immaculée vierge Marie, mère de Dieu, que notre intention n'est point de comprendre dans ce que nous disons ici du péché originel. " Ibid. . sess. V, " la suite des canons de cette session. "
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Romains, V, 12-19 : " Car, comme le péché est entre dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché. - Car le péché a toujours été dans le monde jusqu’à la loi ; néanmoins la loi n'étant point encore, le péché n’était pas imputé ; - cependant la mort a exercé son règne depuis Adam jusqu'à Moïse même à l'égard de ceux qui n'ont pas péché par une transgression semblable à celle d'Adam, qui est la figure du futur. - Mais il n'en est pas de la grâce comme du péché ; car si par le péché d’un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu s'est répandu beaucoup plus abondamment sur plusieurs, par la grâce d'un seul homme, qui est Jésus-Christ. - Et il n'en est pas de ce don comme du péché : car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. - Si donc, à cause du péché d'un seul, la mort a régné par un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice, règneront dans la vie par un seul, qui est Jésus-Christ. - Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie. - Car, comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l'obéissance d'un seul. "
2. I Corinthiens, XV, 21-22 : " Car, comme la mort est venue par un homme, la résurrection des morts doit venir aussi par un homme. - Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ. "
5. Ephésiens, II, 3 : " Nous étions, par la corruption de notre nature, enfants de colère, aussi bien que les autres hommes. " p.234 fin p.235 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION. 1. Le concile II d'Orange, canon 2 : " Si quelqu'un soutient que la prévarication d'Adam n'ait été préjudiciable qu'à lui-même, et non pas aussi à sa postérité, ou qu'il n'ait transmis à tout le genre humain que la mort du corps, qui est la peine du péché et non le péché même qui est la mort de l'âme, il fera Dieu coupable d'injustice, en même temps qu'il contredira l'Apôtre qui a dit (Rom., V, 12) que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes, tous ayant péché dans un seul. "
2. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 26 (al. X, 8)
: " Après le péché, Adam ayant été chassé et banni du paradis terrestre, toute sa postérité, qu'il avait infectée et corrompue dans sa personne, et comme dans sa propre racine, a été enveloppée avec lui dans les liens de la mort et dans la damnation. Ainsi tous les hommes qui naissent de lui et de sa malheureuse compagne, instrument de son péché et associée à sa condamnation, qui naissent, dis-je, par la voie de la concupiscence charnelle, dont la révolte est la juste peine de la désobéissance de l'homme, contractent le péché originel. Et ce péché les entraîne par un malheureux enchaînement de toutes sortes d'erreurs et de douleurs au dernier supplice, qui n'aura point de fin, et qui leur sera commun avec les anges apostats, premiers auteurs de leur péché, qui les tiennent sous leur esclavage, et qui seront les compagnons de leurs tourments. C'est ainsi que, comme le dit saint Paul, le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché ; et que la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. Car par le mot de monde, l’Apôtre entend en cet endroit tout le genre humain (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans les Traités choisis, t. II, pag, 332-333). "
3. Le même, Lib. II Hypognosticon contra Pelagianos et Celestianos : " Le péché d'Adam, disent-ils, n'a nui à personne autre qu'à lui-même. Nous répondons : Si le péché de nos premiers parents n'a nui qu’à eux, et non pas aussi à nous, pourquoi, leur faute n'ayant point passé jusqu'à nous, la sentence portée contre eux à cause de leur faute même a-t-elle passé jusqu'à nous ? A. moins que vous ne prétendiez que Dieu est assez injuste pour nous envelopper dans la punition de ceux dont nous n'aurions p.235 fin p.236 début pas partagé le crime. Car telle fut la sentence qu'il porta contre eux après leur péché, et après avoir maudit le serpent qui les avait engagés à le commettre :
Dieu dit aussi à la femme : Je multiplierai tes afflictions avec tes enfantements. Tu enfanteras dans la douleur ; tu seras sous la puissance de ton mari, et il dominera sur toi. Il dit ensuite à Adam : Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais défendu de manger, la terre sera maudite, etc. (Gen., III, 16-17). Le genre humain répandu sur la surface de la terre rend tout entier témoignage à la vérité de cette sentence, en se voyant soumis aux mêmes douleurs qui lui ont été dénoncées dans la personne de ses auteurs. Et quelle serait la justice de ces maux, si nous n'avions pas hérité du péché de nos premiers parents ? Si la justice naturelle vous porte à juger vous-mêmes mieux que Dieu n'aurait fait, placez-vous entre Dieu et nous sur le trône de l'orgueil. Adam a donc été créé exempt de péché dans sa nature ; mais quand une fois il eut péché, sa nature s'en trouva souillée, elle en contracta la tache du péché, sans devenir pourtant péché elle-même. Ainsi donc, après son péché, l'homme est devenu pécheur, mais non le péché lui-même. Car ce n'est pas le péché qui fait qu'il soit homme ; il fait seulement qu'il soit pécheur. C'est pourquoi l'homme devenu pécheur a dû engendrer d'autres hommes aussi pécheurs, parce que la nature étant une fois viciée par le péché, il n'en sort qu'une nature vicieuse, c'est-à-dire souillée par le péché, suivant cette parole de l'Apôtre : Comme le premier homme a été terrestre, ses enfants sont aussi terrestres (I Cor., XV, 48). Et comment cela, sinon par l’effet de la génération ? "
Ibidem, c. 2 : " Mais vous allez m'objecter : Est-ce donc que la génération est un péché ? J'ai déjà dit plus haut que lorsque l'homme a péché, sa nature a péché en lui ; et c'est sa nature qui se communique par la génération : la génération a donc été viciée, sans être pour cela changée en vice, ainsi qu'il est écrit : Leur race était maudite dès le commencement (Sag., XII, 11). Maudite dès le commencement, mais à la suite du péché, et en vertu de ces paroles : La terre sera maudite dans ce que vous ferez (Gen., III, 17). Mais le premier homme n'a pu communiquer son péché à ses descendants que par la génération ; et c'est ce que confirme l'Apôtre lorsqu'il dit : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, etc. (Rom., V, 12). Vous entendez qu'il vous dit que le péché est entré dans le monde par un seul p.236 fin p.237 début homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi elle a passé dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché ; et vous osez dire, hérétique, que le péché d'Adam n'a nui qu’à lui seul ? Oui, il n'a nui qu’à lui seul, lorsqu'il était seul avec Eve sa femme. Mais nous étions tous renfermés en eux, parce qu'ils formaient à eux seuls toute la nature humaine, comme ils sont en nous tous, parce que nous composons la nature humaine. "
Ibidem, c. 3 : " Vous nous répétez encore :
Si l'Apôtre avait voulu faire entendre que le péché est passé dans tous les hommes par la voie de la génération, il n'aurait pas dit : par un seul homme, mais : par deux personnes, puisqu'un homme ne peut pas naître d'un homme seul sans une femme. Si vos cœurs ne sont pas fermés à l'intelligence, rappelez-vous qu'il a été dit : Ils ne sont plus deux, mais une même chair (MATTH., XIX, 26), et encore : Ils seront deux en une même chair (Gen., II, 24). Si donc l'Apôtre a dit : par un seul homme, c'est que la femme était une même chair avec l'homme, la postérité qui naît de leur union est censée le produit d'une seule nature individuelle. Ecoutez encore un autre sage vous dire pour vous confondre : La femme a été le principe du péché et c'est par elle que nous mourons tous (Ecclé., XXV, 33). Hérétique, n'êtes-vous pas maintenant satisfait ? Voilà le péché et la mort introduits dans le monde par deux personnes. "
4. Le même, Cité de Dieu, liv. XIII, c. 3 : "
Donc tout le genre humain, qui par la femme devait s'épancher en générations, était dans le premier homme quand le couple criminel reçut l'arrêt de sa condamnation. Et tel il fut, non au moment de sa création, mais au moment de son crime et de son châtiment, tel il se reproduit dans les mêmes conditions originelles de mort et de péché. Non que la faute ou le châtiment ait réduit le premier pécheur à cette stupidité, à cette faiblesse d’esprit et de corps que nous remarquons chez les enfants, semblables aux petits des animaux à leur entrée dans la vie, parce que Dieu a précipité leurs parents dans la vie et dans la mort des brutes : L'homme élevé en honneur, dit l’Ecriture (Ps. XLVIII, 15, 21), n'a pas compris ; il s'est abaissé jusqu'aux brutes qui n'ont pas d'intelligence, et leur est devenu semblable. Que dis-je ? les plus tendres fruits des animaux, quant à l'usage de leurs membres, quant à la vivacité du sentiment et de l'instinct, sont loin de la lenteur et de la faiblesse des enfants ; comme si, semblable à la flèche qui part de l'arc tendu, la force propre à l'homme l'élevait au-dessus du reste des p.237 fin p.238 début animaux d'un vol d'autant plus sublime que, plus longtemps retirée en elle-même, elle a différé son essor. Ce n'est donc pas jusqu’à ces informes essais de la vie de l'enfance que l'injustice de son péché et la justice de sa peine ont rejeté ou précipité le premier homme ; mais la nature humaine en lui a été tellement altérée et corrompue, qu'il a dû souffrir en ses membres toutes les révoltes de la concupiscence et tendre ses mains aux liens de la mort. Criminel et puni, les êtres qui naissent de lui, il les engendre tributaires du péché et de la mort (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. II, p. 242-244). "
5. Le même, ibidem, c. 14 : " Dieu, en effet, a créé l'homme dans un état de rectitude ; Dieu, auteur de la nature, et non du vice ; mais volontairement corrompu et justement condamné, l’homme a transmis avec le sang sa corruption et sa peine. Car nous étions tous en lui, quand tous nous étions lui seul ; lui, tombe dans le péché par la femme, tirée de lui avant le péché. La forme particulière de chaque existence n'était pas encore créée, nul de nous n'était en possession de sa vie personnelle ; mais le germe d'où nous devions sortir était déjà, cette nature génératrice qui, altéré par le péché, chargé des liens de la mort, sous une juste condamnation, astreint à une même condition l'homme qui naît de l’homme. Ainsi de l'abus de notre libre arbitre a daté l'ère de nos malheurs, et une longue chaîne de misères se déroule qui conduit le genre humain perverti dans sa source et comme flétri dans sa racine, jusqu’à sa seconde mort, jusqu’à la mort sans fin, dont celui-là seul est excepté que la grâce divine affranchit (Cf. Ibidem, p. 258-260). "
6. Le même, ibidem, livre XIV, c. 1 : " Jaloux, comme je l'ai dit, d'unir les hommes par la ressemblance de la nature, et surtout de resserrer entre eux le lien de l'unité fraternelle, Dieu a voulu créer les hommes d'un seul homme ; et en chacun de nous le genre humain ne serait pas destiné à mourir, si nos auteurs, l'un qui n'avait été forme d'aucun autre, l'autre qui avait été formé du premier, n'eussent encouru la mort par leur désobéissance. Telle a été la grandeur de leur crime, qu'il a perverti en eux la nature même, et a transmis aux générations humaines la servitude du péché et la nécessité de la mort (Cf. Ibidem, p. 294). . . "
7. S. PROSPER, lib. I de Vocatione Gentium, c. 7 : " Dieu a p.238 fin p.239 début créé tous les hommes exempts de vice dans la personne du premier homme ; mais par la prévarication de celui-ci, tous les autres ont perdu avec lui l'intégrité de leur nature. Car c'est de cette source contagieuse que la mortalité s'est répandue par tout le monde ; qu'est sortie cette effroyable corruption, tant par rapport au corps, que par rapport à l’âme ; cette ignorance, cette difficulté pour le bien, ces soins inutiles, ces inclinations déréglées, ces erreurs impies, ces vaines terreurs, ces amours coupables, ces joies criminelles, ces desseins pernicieux, ce nombre de malheurs égal à celui des crimes. Tous ces maux et d'autres encore sont venus fondre sur la nature humaine, la foi perdue, l’espérance délaissée, l'entendement aveuglé, la volonté captive, personne ne trouvait en soi le moyen de se relever de sa misère (Cf. S. Prosper, disciple de saint Augustin, de la Vocation des gentils, Paris, 1649, p. 10-11). "
8, Le même, in Responsionibus ad apitula objectionum Gallorum, c. 8 : " Disons avec deux cent quatorze évêques, dont le décret porté contre les ennemis de la grâce de Dieu a été accueilli du monde entier ; disons, par une profession de foi sincère, pour nous servir de leurs propres expressions, que la grâce de Dieu donnée en vertu des mérites de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous aide à chaque instant de la vie, non-seulement dans la connaissance, mais encore dans la pratique de nos devoirs, de sorte que sans elle nous ne pouvons avoir aucune vraie et sincère piété dans les pensées, dans les paroles et dans les actions. Et ne pensons pas que ces dons nous viennent tellement de Dieu, que, comme il est l'auteur de notre nature, il nous les ait octroyés comme conséquence obligée de notre nature même Il est vrai qu'en nous les accordant, il nous avait laisses libres de nous les approprier ; mais nous les avons malheureusement perdus, tous tant que nous sommes, dans la personne de celui en qui tous aussi nous avons péché. Nous avons donc besoin de recevoir comme une nouvelle création, ou un nouveau principe de vie, en Jésus-Christ, par la grâce duquel nous devenons des créatures toutes nouvelles, des êtres de nouveau privilégias, des vases de miséricorde en un mot, au lieu d'être comme auparavant des vases de colère, sans avoir rien fait pour mériter cette faveur, et après avoir fait tout au contraire pour nous en rendre indignes. "
9. Le même, contra Collatorem, c. 19 : " Adam était heureux, p.239 fin p.240 début et nous l’étions tous en lui. Adam est venu à se perdre, et nous nous sommes tous perdus dans sa personne. C'est ce qu'a dit saint Ambroise (in Luc. lib. VII), et non sans vérité ;
comme ce n'est pas sans vérité que la Vérité elle-même a dit : Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (LUC, XIX, 20). Car la nature humaine, dans cette ruine immense causée par la prévarication de son représentant, n'a perdu ni son être particulier ni sa faculté native de vouloir, mais seulement cette beauté et cet éclat de la vertu, dont elle s'est laissé dépouiller par le rusé artifice de l'ennemi de son bonheur. Or, ayant perdu ce qui pouvait lui procurer une vie et une félicité inamissibles tant pour l'âme que pour le corps, que pouvait-il lui rester que la condition d'une vie temporelle, toute de malédiction et de châtiments ? Il faut donc, malheureux enfants d'Adam, que nous renaissions en Jésus-Christ, si nous ne voulons nous trouver appartenir à cette génération qui a la mort pour partage. Car si les descendants d'Adam pouvaient par leurs seules forces naturelles pratiquer les vertus qui faisaient le cortège d'Adam avant qu'il eût péché, ils ne seraient pas enfants de colère par l'état actuel de leur nature (Ephés., II, 3) ; ils ne seraient pas ténèbres (Ephés., V, 8) ; ils ne seraient pas sous la puissance des ténèbres (Col., I, 13) ; enfin, ils n'auraient pas besoin de la grâce du Sauveur ; car ce ne serait pas sans fruit pour eux-mêmes qu'ils seraient bons, et Dieu ne leur refuserait pas la récompense due à la justice de leurs œuvres, puisqu'ils posséderaient les mêmes biens dont la perte avait causé à nos premiers parents leur bannissement du paradis. Mais puisqu'au contraire personne ne peut aujourd'hui échapper à la mort éternelle sans le sacrement de la régénération, la singularité de ce remède ne montre-t-elle pas toute seule en que profond abîme de maux se trouve plongée toute la nature humaine par la prévarication de celui en qui tous ont péché (Rom., V, 12), perdant ainsi dans sa personne tout ce qu'il a perdu ? Or, il a perdu avant tout la foi ; il a perdu la continence ; il a perdu la charité ; il a été dépouillé des dons de sagesse, d'intelligence, de conseil et de force, et en cherchant par esprit d'impiété à s'élever au-dessus de sa condition, il est déchu du haut degré de science qu'il possédait, comme de la noblesse de sa piété et de son obéissance ; et il ne lui est pas même resté la crainte, qui l'aurait contenu dans le devoir par la perspective du châtiment, s'il ne pouvait y être contenu par l'amour de la justice. Ainsi donc le libre arbitre de l'homme, c'est-à-dire ce libre mou- p.240 fin p.241 début vemnent par lequel il se portait vers ce qui appelait à ses désirs en prenant à dégoût les biens qu'il avait reçus, et en osant, pour satisfaire une passion insensée, courir les risques d'une prévarication où était engagé son bonheur, a avalé le poison de tous les vices, et a fait pénétré dans tout son être le virus de sa fatale intempérance. "
10. Le même, ad excerpta Genuensium, in responsione ad tria prima dubia : " Celui qui soutient cela avouera, je pense, avec nous, que la nature commune à tous les hommes a été viciée dans la personne du premier homme, et il ne niera pas qu'elle ait dû perdre dans une telle chute les vertus dont elle était auparavant douée et qu'elle ne pourra plus recouvrer désormais que par un effet de la grâce. Mais pourquoi de ce naufrage universel des vertus du premier homme veut-il excepter la foi toute seule, tandis que, s'il ne l'eût pas perdue la première, il n'aurait perdu aucune des autres ? Car, en ajoutant foi au discours du démon, il cessa d'avoir foi à la parole de Dieu, et en s'enivrant de l'esprit d'orgueil, il a laisse son cœur s'éloigner de Dieu, et il s'est fait l'esclave de l'ange rebelle, en voulant s'affranchir d'une juste obéissance. Puis donc que nous ne pouvions avoir la vertu qu'autant que Dieu nous la donnerait (Sag., VIII, 21) ; ni le pur amour, qu'autant que Dieu répandrait sa charité dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné (Rom., V, 5) ; ni enfin la sagesse et l'intelligence, le conseil et la force, la science et la piété, et la crainte de Dieu, qu'autant que ces vertus nous seraient données par l'Esprit-Saint (ISAIE, XI, 2) : comment la foi, perdue dans la personne d'Adam, pourrait-elle se retrouver dans quelqu'un de ses descendants, si elle n'était répandue dans nos cœurs par ce même Esprit qui opère tout en tous (I Cor., XII, G) ? Par conséquent, si la postérité d'Adam n'a pas perdu ce qu'il a perdu lui-même, il s'est donc blessé lui seul par son péché, sans blesser avec lui tout le genre humain. Et pourtant, tous ont péché dans un seul (Rom., V, 12) ; toute sa postérité a encouru la damnation en conséquence de son infidélité.
Donc tous ont perdu ce qu'Adam a perdu lui-même. Or il a perdu la foi avant tout ; et puisque c'est la première de toutes les vertus que nous avons pu perdre, c'est elle aussi que nous avons à recouvrer avant les autres. "
11. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Christi, c. 13 : " Etant vendu au péché comme désormais son esclave, (le premier homme) a engagé dans son même esclavage tous ses futurs p.241 fin p.242 début descendants. C'est ce que saint Paul fait clairement entendre par ces paroles : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché et ainsi la mort est passé dans tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché (Rom., V, 12). Voilà le malheur que nous avons tous éprouvé dans la personne de notre premier père, parce que tous ont péché en lui avant même qu'ils fussent nés ou qu'ils pussent pécher par eux-mêmes. De là il est arrivé que cette souche maudite n'a pu produire que des enfants de colère, en leur transmettant à la fois le péché et la mort, et que tous ceux qui pourront jamais sortir de cette semence infectée de péché, en contractant, à l'instant même de leur conception, la tache du péché de leur origine, conséquemment à cette loi de péché à laquelle il est certain que nos corps mortels sont soumis depuis la naissance jusqu’à la mort, auront à traîner ici-bas une existence malheureuse, c'est-à-dire, incertaine de sa durée, sujette au péché et à la mort, sans pouvoir se délivrer de ce joug pesant, auquel sont soumis tous les enfants d'Adam depuis le jour de leur sortie du sein de leurs mère jusqu'à celui de leur sépulture (Ecclé., XL, 1). Car il est écrit : L'homme né de la femme est pour peu de temps sur la terre, et ne cesse de ressentir les effets de la colère de Dieu (JOB, XIV, 1). Et cette première mort, à laquelle l'homme est voué dès sa naissance, ne serait encore qu'un acheminement vers une seconde, si, au moment de quitter cette misérable vie, on se trouvait dénué de la grâce du divin Rédempteur. Afin donc que la grâce de ce Dieu infiniment miséricordieux nous délivrât des liens du péché originel où nous restions engagés par la faute du premier homme, le médiateur unique entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, a paru enfin sur la terre. Car comme Dieu est immortel et saint en même temps, et que la transgression du premier homme nous avait rendus sujets à la mort en même temps que pécheurs, pour pouvoir appliquer un remède assorti à cette double plaie de nos corps comme de nos âmes, le Fils unique de Dieu a voulu naître de l'homme et être homme lui-même, lui qui éternellement puise dans le sein de son Père la sainteté et l'immortalité. "
14. Le même, Lib. XV de Civitate Dei, c. 1 : " Chacun de p.242 fin p.243 début nous, en tant qu'issu d'une race maudite, ou comme enfant d'Adam, naît méchant et charnel, et ne devient bon et spirituel qu'autant qu'il renaît croît en Jésus-Christ (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Morceau, t. II, p. 363). "
15. Le même (ou l'auteur du traité) de Prædestinatione et Gratiâ, c. 3 : " Le vice introduit dans la racine s'est tellement communiqué par voie de propagation à tous les rejetons qui en sont sortis, que l'enfant même d'un jour n'est pas innocent de cette faute primordiale (JOB, XIV, 4-5, d'après les Septante), à moins qu'il n'en soit lavé par la grâce toute gratuite du Sauveur. Que si ceux-là même ne sont pas exempts de péché qui n'ont pu en commettre encore aucun par eux-mêmes il faut donc qu'ils l'aient contracté par autrui, de la manière que l’Apôtre nous le fait entendre par ces paroles : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché et ainsi la mort est passé à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. Nier cela, c'est nier avant tout que nous soyons mortels. Car si, comme le dit l’Apôtre, le péché est entré dans le monde par un seul homme, et si la mort y est entrée par le péché, la mort n'a pu y entrer sans le péché. Et puisque la mort n'est pas une condition de notre nature, mais une peine du péché, la peine ne doit venir qu’à la suite du péché. Comme, d'un autre côté la mort est passée à tous les hommes, il faut donc que le péché soit passé aussi à tous les hommes. Comment le péché originel peut-il naître dans les enfants en même temps qu'eux-mêmes, c'est ce que nous ne saurions voir des yeux de la chair. Mais comme nous voyons soumis à la loi de la mort tous ceux que leur naissance charnelle fait remonter jusqu’à Adam, quand bien même ils auraient déjà reçu en Jésus-Christ une nouvelle naissance, ce que nous voyons nous oblige de confesser ce que nous ne voyons pas. Car il serait plus facile d'expliquer comment, un péché ayant été commis, le châtiment ne viendrait pas à la suite, qu'il ne le serait de concevoir comment, sans qu'un péché eût été communiqué, quelqu'un qui n'aurait pas participé à la faute, participerait néanmoins à la peine. Si donc, comme nous l'avons fait voir, nous sommes tous débiteurs par le fait même de notre origine, puisque, comme l'a dit l’Apôtre, tous ont péché dans la personne du premier homme, et que la masse même dont nous sommes tirés a été frappée de malédiction, que personne désormais n’ose se plaindre de la dureté de sa condition ou de la peine qu'il p.243 fin p.244 début subit, puisqu'elle est le résultat de la condition de sa naissance, indépendamment même des péchés personnels qu'il a pu commettre dans la suite. "