Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 190)
16. Le même, Lib. VI contra Julianium, c. 12 : " Pour moi, j'ai toujours fait profession de croire, depuis ma conversion au christianisme, comme je le fais aujourd'hui, que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. On peut là-dessus se reporter aux ouvrages que j'ai composé n'étant encore que laïque, et peu de temps après ma conversion : quoique je ne fusse pas encore versé dans la lecture des saints livres comme je l'ai été depuis, on verra que dés-lors je n'ai jamais rien pensé ni rien dit sur ce point, lorsque je me suis trouvé engagé à m'expliquer sur cette matière, qui ne fût très-conforme à ce qu'on a cru et enseigné de tout temps dans l’Eglise catholique, savoir, que le péché originel a fait tomber le genre humain dans cet affreux état de misère où nous le voyons, et où l'homme est tellement devenu sujet à la vanité que ses jours passent comme l'ombre, et que tout homme vivant est un abîme de vanité ; état d'où nous ne pouvons sortir, si nous ne sommes délivrés par celui qui a dit : La vérité vous rendra libres (JEAN, VIII, 52) ; et ailleurs : Je suis la vérité (JEAN, XIV, 6) ; et dans un autre endroit : Si le Fils vous met en liberté, vous serez alors véritablement libres (JEAN, VIII, 36). "
17. Ibidem, c. 20 : " Pour réfuter les paroles de mon livre (de Nuptiis et Concupisc., lib. I, c. 13) que vous rapportez, vous dites qu'il fallait garder la même règle à l'égard de l'homme pécheur que celle qui avait été gardée à l’égard du démon, savoir, qu'aucun ne fût condamné que pour les péchés qu'il aurait commis lui-même par sa propre volonté, et qu'ainsi il ne saurait y avoir de péché originel, puisqu'autrement, dîtes-vous, on ne pourrait plus appeler bon l'ouvrage de celui qui pourtant a fait bon tout ce qu'il a fait, sans en excepter le démon. Et vous ne voyez pas que Dieu n'a pas fait sortir les démons les uns des autres, ni même d'anges d'ailleurs bons, mais en qui il y aurait une loi des membres contraire à celle de l'esprit, comme cela se trouve dans les hommes qu'ont engendré d'autres hommes. Votre argument aurait peut - être quelque force, si le diable engendrait des enfants à la manière des hommes, et qu'alors je soutinsse que ces enfants du diable n'hé- p.244 fin p.245 début riteraient pas du péché de leur père. Mais il faut raisonner autrement de celui qui était homicide dès le commencement (JEAN, VIII, 44), et qui, presqu'aussitôt que l'homme eut été créé, lui a donné la mort en se servant de la femme pour le séduire, et infidèle le premier par l'abus qu'il a fait de sa liberté, a entrainé l'homme avec lui dans sa chute ; il faut raisonner de lui autrement, dis-je, que de l'homme, par qui le péché est entré dans le monde, comme la mort par son péché en qui tous les hommes ont péché, et par qui, en conséquence, la mort est passée à tous les hommes (Rom., V, 12) ; paroles de l'Apôtre qui marquent évidemment, qu'indépendamment des péchés particuliers à chacun, il y a un péché originel commun à tous les hommes. "
18. Ibidem, c. 24 : " Ce qui fait éclater davantage l'amour de Dieu envers nous, nous dit l’Apôtre, c'est que lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ n'a pas laissé dans le temps de mourir pour nous ; maintenant donc que nous avons été justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu (Rom., V, 8-9). C'est de cette colère qu'il est dit, que nous étions, par le fait de notre naissance, enfants de colère comme tous les autres (Ephés., II, 3). C'est de cette colère que le prophète Jérémie dit aussi :
Maudit soit le jour où je suis né (JEREM., XX, 14).
C'est de cette même colère que le saint homme Job dit à son tour : Périsse le jour où je suis né (JOB, III, 3). C'est de cette même colère qu'il dit encore : L'homme né de la femme, destiné à vivre peu de jours sur la terre, et accablé du poids de la colère du Tout-Puissant, tombe bientôt comme la fleur des champs, fuit comme une ombre du milieu des vivants, et ne saurait subsister (JOB, XIV, 1 et suiv., d'après les Septante). Ne vous êtes-vous pas, ô Dieu, occupé de lui, jusqu’à vouloir qu'il entre en jugement avec vous ? Eh ! qui sera pur de toute souillure ? Pas un seul ne l'est, pas même l'enfant dont la vie sur la terre n'est encore que d’un jour. C'est de cette même colère que parle, dans les termes suivants, l'auteur de l’Ecclésiastique : Tout homme s'use comme un vêtement ; car la loi en a été portée de tout temps : Vous mourrez (Ecclé., XIV, 18, d'après les Septante). La femme a été le principe du péché et c'est par elle que nous mourons tous (Ecclé., XXV, 33). Une inquiète occupation a été destinée d'abord à tous les hommes, et un joug pesant accable les enfants d'Adam, depuis le jour qu'ils sortent du ventre de leur mère jusqu'au jour de leur sépulture où ils rentrent dans la mère commune de tous p.245 fin p.246 début (Ecclé., XL, 1). C'est de cette même colère que l'Ecclésiaste a dit : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité : quel avantage revient-il à l'homme de toutes les peines qu'il se donne sous le soleil (Ecclés., I, 1-2) ? C'est encore de cette colère que l'Apôtre a dit : Toute créature est assujettie à la vanité (Rom., VIII, 20). C'est elle qui fait pousser au Psalmiste ces gémissements : Je vois que vous avez fait pencher mes jours à la vieillesse, et mon être est comme le néant à vos yeux ; en vérité, tout homme qui vit sur la terre, et tout ce qui est dans l'homme n'est que vanité (Ps. XXXVIII, 6). C'est à ce même sujet qu'il a dit ailleurs : Les jours de l'homme passent comme une eau rapide, comme un songe ; sa vie est une fleur éphémère ; le matin, elle s'épanouie et se fane ; le soir, elle tombe sous la faux et se dessèche. C'est votre colère, hélas ! ô Dieu, qui nous a réduit à cet abattement ; c'est votre fureur qui nous a jetés dans le trouble. Vous avez exposé mes iniquités à vos yeux, la suite de nos actions à la clarté de votre visage : aussi tous nos jours s'écoulent devant le souffle de votre colère ; nos années s'évanouissent comme le travail de l’araignée (hébr., comme un soupir qu'on laisse échapper) (Ps. LXXXIX, 5-9). Personne ne pourra se soustraire à cette colère de Dieu, s'il ne fait sa paix avec lui en recourant au divin médiateur. C'est ce qui a fait dire à ce médiateur lui-même : Celui qui ne croit pas au Fils, n'aura pas la vie, mais la colère de Dieu reste appesantie sur lui (I JEAN, V, 56). Il ne dit pas qu'elle tombera sur lui, mais qu'elle reste appesantie sur lui. "
19. Ibidem, c. 26 : " Vous ne craignez pas de dire (Julien)
que vous êtes en société avec les saints patriarches, les saints prophètes, les saints apôtres, les saints martyrs et les saints pontifes ; tandis que les patriarches vous disent que des sacrifices ont été offerts pour les péchés des enfants même nouvellement nés, attendu qu'aucun n'est exempt de souillure, pas même l'enfant dont la vie n'est encore que d'un jour sur la terre (JOB, XIV, 4-5, suivant les Septante) ; tandis que les prophètes vous disent : Nous avons été conçus dans l'iniquité (Ps. L, 7) ; tandis que les apôtres vous disent : Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort ; de sorte que nous devons nous considérer comme morts au péché et comme vivant pour Dieu en Jésus-Christ (Rom., VI, 3, 11) ; tandis que les Martyrs vous disent que tous ceux qui descendent d'Adam par leur naissance charnelle, contractent dès leur naissance la contagion de la mort, dont la peine a été portée des le commencement, p.246 fin p.247 début tellement que le baptême effacera en eux le péché d'autrui, sans qu'ils aient encore de péchés personnels ;
tandis que les saints pontifes vous disent que tous ceux qui doivent leur naissance à la volupté charnelle, contractent la contagion du péché avant même de jouir du bienfait de la vie (S. Cyprien, Epist. ad Fidum ; S. Ambroise, Lib. de sacr. regener.). Vous osez vous associer à tous ces saints personnages, dont vous prenez à tâche de renverser la croyance. "
20. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Christi, c. 14 : " Il y a lieu de s’étonner que ceux qui veulent que la mort soit passée du premier homme à tout le genre humain, sans que le péché nous soit passé en même temps, ne voient pas en quelles difficultés leur sentiment les jette. Premièrement ils font Dieu injuste, en ce qu'il punirait de mort des enfants qui ne seraient souillés d'aucune tache originelle, et qui d'ailleurs, vu leur âge innocent, sont encore incapables de commettre un péché actuel quelconque par leur propre volonté, puisque l'Apôtre déclare que la mort est la solde du péché, et que le péché est l'aiguillon de la mort, sans doute parce que c'est la pointe de cet aiguillon qui donne la mort à l'homme. Car s'il est appelé l'aiguillon de la mort, ce n'est pas parce que la mort lui a donné entrée, mais bien plutôt parce que c'est lui qui a donné entrée à la mort dans le monde, de même que nous disons d'un breuvage empoisonné que c'est un breuvage de mort, non parce que c'est la mort, qui présente le breuvage, mais parce que c'est le breuvage qui produit la mort. Quelle justice y aurait-il donc à ce qu'un enfant reçu la solde du péché si le péché ne lui avait fait contracter aucune souillure ? Ou comment ressentirait-il l'atteinte de la mort, s'il n'avait pas à sentir avant tout la pointe de son aiguillon ? Et puisqu'il n'y a point d’iniquité en Dieu, dans ce Dieu qui a fait l'homme à son image, quelle justice y aurait-il à ce que l'image de Dieu, qui n'aurait pu se souiller par elle-même d'aucune faute, fût exclue du royaume de Dieu, à moins d'être rachetée par le sang du Fils de Dieu ?. . . Si donc ils veulent sortir de leur funeste impiété, injurieuse comme elle l'est à Dieu lui-même, qu'ils reconnaissent que le premier homme a transmis avec la mort le péché à ses descendants.
"
21. Ibidem, c. 15 : " Ceux qui nient que les enfants aient le péché originel à leur naissance, ne nient pas pour cela que leur chair soit une chair humaine, et ils accordent en même temps que la chair exempte de péché que le Fils de Dieu a prise dans le p.247 fin p.248 début sein d'une vierge était une chair humaine ; qu'ils disent donc qu'entre la chair du Fils de Dieu naissant d'une vierge et celle de tout autre enfant, il n'y a aucune différence. Qu'ils disent donc encore que les enfants, à qui ils attribuent l'avantage de naître sans péché, n'ont aucun besoin de la grâce du Sauveur ; et c'est ainsi qu'ils tombent dans l’erreur de Pélage, en s'élevant avec témérité contre la foi catholique. Car puisqu'ils prétendent que les enfants naissent sans péché, que leur reste-t-il à dire, sinon qu'il n'y a rien en eux qui ait besoin d’être purifié par la régénération spirituelle ? Et s'ils déclarent ces enfants exempts de la tache originelle, à quoi tendent leurs efforts qu’à leur faire accuser de mensonge la vérité de Dieu même quand ils voient ces mêmes enfants recevoir le sacrement de baptême pour la rémission des péchés ? sacrement que les plus petits enfants reçoivent dans la même forme que les adultes, pour que personne ne puisse ignorer qu'il y a en tous la même tache originelle. Que tous ceux donc qui désirent obtenir le salut éternel rejettent avec soin cette hérésie perverse, en confessant sans hésiter que les enfants qu'ils voient naître avec la peine du péché naissent aussi avec le péché lui-même, et se rendant dociles à cet avertissement de Job, que personne n’est exempt de souillure, pas même l'enfant dont la vie sur la terre n'est encore que d'un jour ; en admirant aussi les sentiments de componction et d'humilité avec lesquels David s'écrie : J’ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a enfanté dans le péché (Ps. L, 7) ; en voyant encore qu'Abraham a reçu l'ordre de circoncire son fils, sous peine de le voir bientôt frappé de mort : car voici les paroles que dit ce patriarche le Dieu juste et fidèle, qui n'inflige pas de châtiments là où il ne trouve pas de fautes à punir : Tout mâle dont la chair n'aura point été circoncise sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu'il aura violé mon alliance (Gen., XVII, 14). Que ceux qui osent nier que les enfants contractent le péché originel par suite de leur naissance charnelle, nous disent donc en quoi un enfant de huit jours aurait pu violer l'alliance de Dieu, s'il ne l'avait pas violé en celui en qui tous ont péché, puisque l'Apôtre assure qu'avant leur naissance les enfants ne peuvent avoir fait ni bien ni mal (Rom., IX, 11), et que nous voyons que les enfants déjà nés, non pas seulement ceux. qui n'ont encore que huit jours, époque à laquelle ils recevaient la circoncision, mais encore tous les enfants, tant que dure leur enfance, sont également incapables de violer l'alliance de Dieu, par cela même qu'ils ne p.248 fin p.249 début peuvent avoir aucune connaissance de cette alliance. Voudra-t-on, pour exempter les enfants du péché originel, faire valoir ce passage où saint Paul fait observer que la mort a régné d'Adam à Moïse même sur ceux qui n'ont pas péché à la ressemblance du péché d'Adam (Rom., V, 14) ? Mais si nous opposons à notre tour ces autres paroles du même apôtre : Tous les hommes ont été condamnés par la faute d'un seul homme, qu'il explique bientôt après par ces autres paroles : Beaucoup ont été rendus pécheurs par la désobéissance d'un seul homme ; et ce qu'il dit de tout le monde en général, et des Juifs comme des Gentils, que tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu (Rom. III, 14), étant justifiés gratuitement par sa grâce et par la rédemption qui est en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à quelles perplexités ne se trouvera-t-on pas réduit, si l'on ne consent à expliquer tous ces divers passages dans le sens de la croyance catholique, c'est-à-dire que les enfants n'ont aucun péché qu'ils aient commis par eux-mêmes, quoiqu'ils se trouvent tous avoir péché à la fois dans la personne du premier homme ? "
22. Le même, de fide ad Petrum, c. 23 : " Croyez fermement et sans hésiter que les premiers hommes, c'est-à-dire Adam et sa femme, ont été crées bons et tournés vers le bien, avec le libre arbitre et sans aucun péché, libres de demeurer toujours, s'ils l'avaient voulu, dans la soumission et l'obéissance, libres aussi de pécher par leur propre volonté, et qu'ainsi c'est par leur propre volonté, et non par nécessité qu'ils ont péché, et que leur péché a porté une telle atteinte à l'excellence de la nature humaine, que non-seulement il a été cause que la mort a régné sur les premiers hommes, mais encore qu'elle a régné avec le péché sur tous leurs descendants. "
II de vitâ contemplativâ, c. 20 : " De même que, comme nous étions tous en Adam, nous avons tous péché en lui ; ainsi du moment où nous prenons un nouvel être en Jésus-Christ, qui a daigné mourir pour nous, nous devons mourir avec lui à tous nos péchés, et ressusciter spirituellement avec lui. En Adam nous avons perdu tous les avantages que nous pouvions posséder ; en Jésus-Christ nous en recevrons de plus grands que ceux que nous avons perdus, et qui dureront toujours, si nous marchons avec persévérance sur ses traces. p.249 fin p.250 début Adam, par le péché qu'il a commis, nous a rendus passibles de tous les maux dont Jésus-Christ quand il est venu sur la terre, nous a délivres par sa grâce. Le premier nous a transmis sa faute et en même temps la solidarité de son châtiment ; le second, qui ayant été conçu et étant né sans péché, ne pouvait pas se charger de nos péchés, s'est chargé du moins de la peine qu'ils méritaient, et par-là nous a procuré l'abolition du péché et de la peine tout à la fois, de sorte que si Adam nous a fait perdre le paradis tout entier, Jésus-Christ nous l'a rendu tout entier. "
24. S. PROSPER, contra Collatorem, c. 20 : " A quoi le péché a-t-il porté atteinte en nous, sinon à ce qui a été en nous la cause du péché (c'est-à-dire au libre arbitre) ? A moins peut-être qu'on ne dise que la peine est passée sans le péché à la postérité d'Adam : ce qui est tout-à-fait faux, et par conséquent ne saurait être supposé. Car il y aurait trop d'impiété à se former de la justice de Dieu cette idée, qu'elle puisse nous condamner avec les coupables sans que nous soyons coupables. Il est donc visible qu'il y a péché en nous par-là même que le châtiment y est aussi, et la communauté de châtiment pour tous les hommes indique qu'il y a en eux communauté de crime, et nous devons bien nous garder d'imputer à Dieu nos misères qui ne sont que la juste rétribution que nos péchés méritent. "
25. Le même, Poème sur les ingrats contre les pélagiens, c. 40 : " Nous naissons tous pécheurs : tous portent en ce monde Du premier des mortels la blessure profonde. Blessure qui, passant du dedans au dehors, Frappa plus tôt à mort son cœur que son corps, Lorsque par son orgueil il crut l'ange infidèle Qu'un même orgueil bannit de la gloire éternelle (1). "
26. Ibidem, c. 27 :
" Quand le chef des mortels, sans taches et sans vices, Régnait en ce jardin d'éternelles délices, Et fuyant le seul fruit d'un arbre dangereux, Rendait hommage à Dieu qui le rendait heureux, (1) Poème de saint Prosper contre les ingrats, trad. par Lemaître de Sacy : Nemo etenim, nemo est, qui non cum vulnere primi Sit patris genitus : quo vulnere mens priùs intùs Percussa est, quàm membra foris ; cùm meute receptum est, Quod regione poli disjecta superbia suasit. p.250 fin p.251 début Nous étions du Très-Haut le chef-d’œuvre admirable, Le céleste portrait, l'image incomparable. Mais lorsque l'ange altier répandit dans son sein Le penser orgueilleux d'un rebelle dessein, Et brillant contre lui d'une cruelle envie, Le fit désobéir à l'auteur de sa vie,
27. PIERRE DIACRE et les autres Grecs envoyés à Rome pour la cause de la foi, à Fulgence et aux autres évêques d'Afrique ; lib. de incarnatione et gratiâ Christi, c. 6 (se trouve parmi les œuvres de saint Fulgence) : " Adam séduit par l'artifice du serpent, consentit à devenir prévaricateur de la loi de son Dieu, et par un juste jugement qui lui avait d'avance été annoncé, il encourut la peine de mort, en même temps que déchu, et quant à l'âme et quant au corps, de ses sublimes prérogatives, il perdit sa liberté et devint esclave du péché, le pire de tous les esclavages. A dater de ce moment, aucun homme n'a pu venir au monde exempt de ce péché à l'exception de celui qui, devant être médiateur entre Dieu et les hommes, est venu au monde d'une manière ineffable pour détruire le péché lui-même. Car, que pouvait-il et que peut-il encore naître d'un esclave, que des esclaves ? Or, Adam n'eut des enfants que lorsqu'il n'était déjà plus libre, ou que déjà il était devenu esclave du péché. Puis donc que tous les hommes sont descendus de lui, tous aussi lui doivent d'être esclaves du péché. De là ces paroles de l'Apôtre : Tous sont condamnés pour la faute d'un seul ; et ces autres encore : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort est passée à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché ? (Rom., V, 16 et 12). Ceux-là sont donc tout-à-fait dans l'erreur, qui disent que ce n'est pas le péché mais seulement la mort qui est passé à tous les hommes, puisque l'Apôtre déclare (1) Poème de saint Prosper contre les ingrats, trad. par Lemaitre de Sacy :
Inviolata Dei quondam et sublimis imago In primo cuncti fuimus patre ; dùm nemore almo Degit, et edicto parens cavet arbore ab unâ.
At postquàm ruptà mandati lege superbum Consilium mixtum invidiæ de fonte recepit, Corruit, et cuncti simul in genitore cadente Corruimus ; transcurrit enim virosa per omnes Peccati ebrietas, corrupti et cordis in alvo Persistit, crudâ fervet carbunculus escà.
p.251 fin p.252 début que le péché, aussi bien que la mort, est entré dans le monde par un seul homme. "
28. S. AUGUSTIN, contre Pélage et Celestius, livre second, qui a pour sujet le péché originel, c. 15, dit en parlant de Pélage, qui avait été réduit dans le concile de Jérusalem à dire anathème à ceux qui enseignent que le péché d'Adam n'a été nuisible qu’à lui-même, et non pas aussi à tout le genre humain : " Que fait à la chose que nous discutons maintenant ce qu'il répond pour sa justification à ses disciples, qu'il a consenti à prononcer cet anathème, parce qu'il soutient, lui aussi, que ce premier de tous les péchés n’a pas nui seulement au premier homme, mais aussi à tout le genre humain, non en ce sens qu'il se soit propagé parmi tous les hommes, mais parce que c'a été un exemple que tous ont suivi après lui ; c'est-à-dire, non en ce sens que tous ceux qui sont descendus de lui aient contracté quelque vice ou quelque tache par cela seul qu'ils sont descendus de lui, mais seulement en ce sens que tous ceux qui ont péché depuis n'ont fait qu'imiter ce premier de tous les pécheurs, ou bien encore, que les enfants ne sont pas dans le même état qu’était Adam avant sa chute ; en ce sens qu'ils ne sont pas capables à cet âge de recevoir un commandement, comme Adam l’était lui-même dès l'instant qui a suivi sa création, et qu'ils n'ont pas encore le libre usage de leur raison comme Adam l'avait, puisqu'autrement c'eût été en vain que Dieu lui eût fait un commandement ? Qu'importe encore une fois cette explication qu'il essaie de donner des paroles qui lui sont objectées, puisqu'il prétend avoir condamné justement par cela seul ce que quelqu'un pourrait dire, que le péché d'Adam n'a nui qu'à lui-même, et non à tout le genre humain, ou que les enfants qui naissent sont dans le même état qu'était Adam avant son péché, et n'avoir pas moins eu droit de soutenir ce qu'on lit dans les opuscules qu'il a composé depuis, que les enfants naissent sans aucun péché, sans aucun vice, et qu'il n'y a en eux au moment de leur naissance que ce que Dieu a créé, sans trace de la blessure que nous a faite notre ennemi ? "
29. Ibidem, c. 16 : " Est-ce qu'en disant ces choses, et en expliquant ces paroles dans un autre sens que celui qu'avaient en vue les Pères du concile qui les lui opposaient, il réussira à prouver qu'il n'a pas trompé ses juges ? C'est à quoi certainement il ne réussira pas. Car il aura trompé ses juges d'une manière d'autant plus subtile, qu'il aura donné à ses paroles un sens plus p.252 fin p.253 début détourné. Et en effet les évêques catholiques, en entendant cet homme anathématiser ceux qui disent que le péché d’Adam a nui à lui seul, et non à tout le genre humain, ne pensaient pas qu'il attachât à ces paroles un autre sens que celui que leur attache d'ordinaire l'Eglise catholique. De là vient que c'est avec vérité qu'elle baptise les enfants pour la rémission de leurs péchés, non le péché qu'ils auraient commis par imitation, en suivant l’exemple du premier de tous les pécheurs, mais des péchés contractés par eux à leur naissance, à cause du vice de leur origine. . . . . "
" Les évêques, en vous donnant ces propositions à anathématiser, ne les prenaient pas dans le même sens que vous faites, et voilà pourquoi, quand ils vous ont entendu les anathématiser, ils vous ont cru catholique. Ainsi donc, vous méritiez d’être absous dans le sens qu'ils pensaient être le vôtre, en même temps que vous méritiez d’être condamné dans le sens qui était réellement le vôtre. Au fond, vous n'avez donc point été absous, puisque le sens que vous aviez dans l'esprit était un sens condamnable ; mais on a simplement absous en vous le sens que vous auriez dû suivre. Et vous, pour vous faire croire innocent, vous vous êtes donné l'air de partager le sentiment orthodoxe, tandis que vos juges ne s'apercevaient pas que vous en cachiez un autre en vous-même tout-à-fait digne de réprobation. "
30. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 9 : " Ces paroles de l'Apôtre, Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, vous m'avez écrit que les pélagiens s'efforcent de les détourner en un sens étrange, mais sans me faire connaître quel est ce nouveau sens qu'ils y attachent. Tout ce que j'ai pu apprendre là-dessus d'autres que de vous, c'est que, d'après ces hérétiques, la mort dont il est question dans ce passage n'est pas celle du corps, qu'ils ne veulent pas qu'Adam se soit attirée par son péché mais la mort de l'âme inséparable du péché lui-même, et que le péché est passé du premier homme à tous les autres, non par propagation, mais par imitation. Car c'est aussi en conséquence de cette opinion qu'ils refusent de croire que le baptême a pour effet d'effacer le péché originel dans les enfants, puisque, selon eux, les enfants à leur naissance n’ont aucune espèce de péché. Mais si l’Apôtre avait voulu parler des péchés qui ont pu entrer dans le monde par imitation plutôt que par propagation, il ne leur aurait pas donné pour introducteur le premier homme, mais bien le démon dont il est écrit :
p.253 fin p.254 début Le diable pèche dès le commencement (I JEAN, III, 8) ; dont il dit encore dans le livre de la Sagesse : La mort est entrée dans le monde par l'envie du diable (Sag., II, 24). Car comme la mort que le diable a introduite dans le monde n'a pas été introduite par lui en ce sens que les hommes aient été engendrés de lui, mais seulement en ce sens qu'ils l'ont imité, l'écrivain sacré ajoute aussitôt : Ceux qui se rangent à son parti deviennent ses imitateurs (ibid., 25). C'est pour cela que l’Apôtre, voulant dire que le péché et la mort étaient passés par propagation d'un seul à tous, a désigné pour introducteur de l'un et de l'autre celui qui est comme la souche ou le principe de propagation de tout le genre humain. Il est bien vrai qu'Adam est imité par tous ceux qui désobéissent à Dieu en violant quelque commandement divin ; mais autre chose est l’exemple que l'on suit en péchant volontairement, autre chose la source d'où découle le péché avec lequel on vient au monde. "
31. Ibidem, c. 10 : " Remarquez ensuite combien il y a de réserve, de propriété et de clarté d'expression dans ces paroles de l’Apôtre qui viennent après, dans lequel tous ont péché. Car quand même on voudrait entendre que ce serait au péché entré dans le monde par un seul homme que devraient se rapporter ces mots, dans lequel tous ont péché, il n'en serait pas moins évident qu'autres sont les péchés propres à chacun, et que commettent ceux-là seuls dont ils sont l'ouvrage, autre est ce péché unique, dans lequel tous ont péché lorsque tous étaient renfermés à la fois dans ce même premier homme qui l'a commis. Mais si l'on entend au contraire, comme c'est la vérité, que ce n'est pas du péché, mais plutôt du premier homme qu'il est dit ici : dans lequel tous ont péché, qu'y a-t-il de plus clair que ces paroles devenues ainsi la clarté même ? "
32. Ibidem, c. 11 : " Donc la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse (Rom., V, 14) en tous ceux qui n'ont pas été aidés de la grâce de Jésus-Christ, qui aurait détruit en eux le règne de la mort ; et elle a régné même en ceux qui n’ont pas péché à la ressemblance de la prévarication d'Adam, c’est-à-dire qui dont pas péché comme lui par leur propre volonté, n'en étant pas encore capables, mais qui ont contracté le péché originel en celui qui est la forme sur laquelle a été modelé ce qui s'est fait depuis (" Qui est forma futuri quia in illo constituta est forma condemnationis futuris posteris. " Ici saint Augustin donne à ces paroles de l'Apôtre, qui est forma futuri, un sens tout différent de celui que leur attachent le commun des interprètes, et en particulier saint Chrysostôme. V. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IX, p. 320, édit. de Montfaucon ; p. 579, édit. de Gaume, homélie X sur l’épitre aux Romains) ; car p.254 fin p.255 début c'est sur le modèle de la condamnation portée contre Adam qu'a été tracée, pour ainsi dire, la condamnation de sa postérité, qui toute entière se voit condamné dès sa naissance à cause de celui dont elle est sortie, sans pouvoir échapper à la condamnation qui pèse sur elle, autrement que par la grâce du Sauveur. "
33. Ibidem, c. 12 : " Mais faites surtout attention a ces paroles, que tous sont morts à cause du péché d’un seul (Rom., V, 15). Car comment seraient-ils morts à cause du péché d'un seul, et non pas plutôt à cause de leurs propres péchés, s'il fallait entendre ici le péché commis par imitation, et non le péché transmis à tous par voie de propagation ? Mais remarquez encore ces paroles qui suivent : Il n'en est pas de ce don (de la grâce de Jésus-Christ) comme du péché (Rom., V, 16). Car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Que nos adversaires nous disent maintenant où peut trouver place dans ces paroles cette imitation du péché d'Adam par laquelle ils voudraient tout expliquer. Nous avons été condamnés, nous dit l’Apôtre, pour le péché d'un seul, ou mieux encore pour un seul péché ; n'est-ce pas là ce que veulent dire ces mots ex uno in condemnationem ? L'Apôtre lui-même prend soin de nous les expliquer, lorsqu'il ajoute : Au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Est-ce que, s'il n'y avait pas de péché originel, il n'y aurait que la grâce qui nous justifierait après plusieurs péchés, et que le jugement de Dieu ne nous condamnerait pas de même après plusieurs péchés ? Car le jugement de Dieu aurait alors plusieurs péchés pour objet, aussi bien que la grâce. Ou si c'était parce que tous les péchés qui seraient l'objet de cette condamnation auraient été commis à l'imitation d'un seul, que tous seraient condamnés pour un seul ; par la même raison, comme tous les péchés qui seraient remis par la grâce de la justification auraient été commis à l'imitation d'un seul, ce serait aussi après un seul péché qu'il faudrait dire que tous sont justifiés. Mais ce n'est pas là ce qu’entendait l’Apôtre, lorsqu'il disait : Nous avons tous été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Tâchons donc nous-mêmes de l'entendre, et de comprendre qu'il p.255 fin p.256 début a dit que nous avons tous été condamnés pour un seul ou pour un même péché, parce qu'il suffisait pour notre condamnation du seul péché originel, le même pour tous, quand même nous n'en aurions jamais eu d'autres. "
34. Le même, c. 13 : " Pourquoi l'Apôtre dit-il que le péché a régné dans le monde à cause du péché d'un seul, si ce n'est parce que tous les hommes étaient assujettis à la mort par cela seul que tous avaient péché dans la personne d'Adam, quand même ils n'auraient pas ajouté à ce péché primordial les leurs propres ? Autrement, ce ne serait pas à cause du péché d'un seul que la mort aurait régné dans le monde, mais à cause des péchés de tous, de tous leurs péchés et de chacun de leurs péchés. Car si tous sont morts à cause du péché d'un seul, parce que, venus à sa suite, ils l'ont imité dans son péché, à plus forte raison faudrait-il dire qu'Adam lui-même serait mort à cause du péché d'un autre, puisque non-seulement le diable avait péché avant lui, mais qu'il l'avait encore engagé à pécher, au lieu qu’Adam n'a point engagé ainsi ses descendants à pécher comme lui, et que beaucoup d'entre eux qui, dit-on, l'imitent, ne savent pas même ou ne croient pas qu'il ait péché de cette manière. Combien n'aurait-il donc pas été plus juste, ainsi que je l'ai déjà fait observer, que l’Apôtre eût désigné le diable comme celui par lequel le péché et la mort auraient été transmis à tous les hommes, s'il avait voulu parler ici des péchés commis par imitation, et non de celui qui nous est transmis par voie de génération ? Car il serait bien plus raisonnable d'appeler Adam l'imitateur du diable, qu'il a eu pour instigateur de son péché que d'appeler tous les hommes imitateurs de celui qui ne nous a jamais donné de conseils semblables, et dont il y a même beaucoup d'hommes qui ignorent l'existence. Que signifie de plus cette abondance de grâce et de justice, dont parle l'Apôtre, sinon que nous obtenons la rémission non-seulement du péché commun à tous par l’origine d'où il nous vient, mais encore de tous les autres que nous pouvons y avoir ajoutés, et que telle est la vertu de cette grâce ou de cette justice qui nous est communiquée, que tandis qu’Adam a donné son consentement à la simple suggestion qui lui était faite de commettre le péché, nous refusons le nôtre à la violence même que le démon met si souvent en œuvre pour nous y faire tomber ? Que signifie encore, ils règneront à plus forte raison dans la vie (Rom., V, 17), tandis que l'empire de la mort entraîne un bien plus grand nombre de victimes dans les supplices éternels p.256 fin p.257 début de l'enfer, sinon que, pour l'un comme pour l'autre, il faut entendre ceux qui passent d'Adam à Jésus-Christ, c'est-à-dire de la mort à la vie, attendu qu'ils règneront sans fin dans la vie éternelle, au lieu que la mort n'aura régné en eux qu'un temps et qu'elle aura eu une fin ? Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d’un seul que tous les hommes reçoivent la grâce de la justification, avec la vie qui en est l'effet (ibid., 18). Ce péché d'un seul, si c'est qu'on l'ait imité, ne saurait être que celui du démon ; mais comme il est évident que c'est d'Adam, et non du démon, qu'il est question ici, il ne reste plus qu'a dire que c'est d'un péché transmis par voie de génération et non du péché simplement, qu’il s'agit en ce lieu. "
Le saint docteur entre encore dans de plus grands détails là-dessus au chapitre ou numéro 15, qu'on peut consulter dans l’ouvrage même (V. S. Augustini opera, t. X, p. 10-11, édit. des Bénédictins, col. 202-204, édit.
de Gaume, XV, n. 19 et 20).
35. Le même, lib. II, Hypognosticon contra pelagianos
(Cet ouvrage n'est pas de saint Augustin, mais de quelque auteur inconnu. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 100), c. 4 : " Nous contractons tous le péché de notre premier père, non par imitation, mais par voie de génération, ainsi qu'il est écrit : J’ai été conçu dans l'iniquité et ma mère m'a enfanté dans le péché (Ps. L, 7). Il y a péché par imitation, quand un pécheur en imite d'autres qui ont péché avant lui ; mais ce qui fait que l'un imite l'autre dans le mal, c'est la perversité de notre nature corrompue d'avance par le péché, et non l'effet de cette nature même que Dieu aurait créée tournée vers le mal. C'est pour cela que l'Apôtre disait aux Ephésiens déjà baptisés qu'ils avaient été enfants de colère par le fait de leur naissance. Car quiconque vient au monde par suite d'un commerce charnel est appelé avec justice enfant de colère par le fait de sa naissance, parce que par sa naissance il remonte jusqu'au premier homme, qui a attiré sur lui et sur sa race, par sa désobéissance, la juste colère de Dieu. Car si nous ne contractions rien de son péché, qui lui attiré, comme je viens de le dire, la colère de Dieu, l'Apôtre ne dirait pas que nous aurions été enfants de colère par le fait de notre naissance. Son péché n'a donc pas nui à lui seul, mais il a nui de plus à tout le genre humain ; et c'est sur nous que retombe non-seulement sa condamnation, mais encore son péché. Car, que p.257 fin p.258 début son péché nous ait atteints nous-mêmes, c'est ce que prouvent les paroles suivantes de ce même vase d’élection : Il n'y a nulle distinction, parce que tous ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu (Rom., III, 22-23). En disant tous, l'Apôtre n'excepte personne, ou plutôt il désigne tout le genre humain. Car tous ont péché, dès-là que nous naissons tous pécheurs d’un même premier père, pécheur le premier. C'est pour cela que ce même apôtre dit encore : Tous sont condamnés par un juste jugement pour un seul (Rom., V, 16). Que veulent dire ces mots pour un seul, sinon pour un seul péché, ou pour le péché d'un seul ? Et comment nous trouvons-nous tous enveloppés dans la même condamnation, sinon parce que nous nous trouvons tous enveloppés dans la même faute qui a valu sa condamnation au premier homme ? Que veulent dire enfin ces mots, Tous ont besoin de la grâce de Dieu, sinon que tous ont besoin de la grâce de Dieu le Père par la médiation de Jésus-Christ qui est dans la gloire de Dieu son Père ? "
36. S. AUGUSTIN, Epist. LXXXIX (al. 167) ad Hilarium, q. 3 : " S'ils (les pélagiens) n'osent pas contredire le grand Apôtre, qu'ils nous expliquent comment ils entendent que ce jugement attiré sur les hommes par un seul péché leur produit la condamnation. Car nous ne sommes pas en peine de dire comment la leur produit celui que plusieurs péchés leur attirent, et nous savons bien que, lorsqu'ils paraissent devant le tribunal de Dieu chargés de plusieurs péchés c'est pour y être condamnés. "
" Dira-t-on que l'Apôtre n'a voulu faire entendre autre chose par-là, sinon que le péché a commencé par Adam, et que comme les autres hommes ne pèchent qu'à son imitation, il est vrai de dire que c'est ce premier péché qui les entraîne dans le jugement et la condamnation, puisque ce n'est qu’à l'exemple de celui qu'ils commettent les autres péchés par lesquels ils s'attirent la condamnation à eux-mêmes ? Mais si par ce seul péché dont parle l'Apôtre, il n'a voulu faire entendre que les péchés commis à l'imitation du péché d'Adam, pourquoi ne s'exprime-t-il pas de la même manière, quand il vient à parler de la justification et de la grâce ? Que ne dit-il que la grâce produit la justification après un seul péché, comme il dit que le jugement attiré sur les hommes par un seul péché leur produit la condamnation ? Car comme ces péchés particuliers de chacun, que l'Apôtre, à leur avis, désigné par ce seul péché dont ils parlent, se trouvent dans ceux qui sont condamnés comme tenant le milieu entre ce pre- p.258 fin p.259 début mier péché à l'imitation duquel ils ont été commis, et le jugement qui les condamne, ils se trouvent tout de même dans ceux qui sont justifiés comme tenant le milieu entre ce premier péché et la grâce qui les en délivre ; et si c'est après s'être souillé de plusieurs péchés commis à l'imitation de ce premier, que les uns tombent dans la condamnation, c'est aussi après s'être souillés de plusieurs péchés commis à l'imitation de ce même péché, que les autres reçoivent la grâce qui les justifie. Ce qu'il peut y avoir de rapport entre ce seul péché dont parle l'Apôtre, et les péchés particuliers de chacun, étant donc égal de part et d'autre, c'est-à-dire quant à la justification des uns, comme quant à la condamnation des autres, pourquoi dit-il d'un côté que le jugement attiré sur les hommes par un seul péché leur produit la condamnation, et de l'autre que la grâce, même après plusieurs péchés, leur produit la justification ? "
" Que ces gens-là nous rendent donc raison de cette différence de langage, ou qu'ils reconnaissent que ce qui a fait parler l’Apôtre de cette manière, c'est qu'il entrait dans son sujet de suivre le parallèle d'Adam et de Jésus-Christ, qu'il nous représente, l'un comme le principe de la génération charnelle, et l'autre comme celui de la régénération spirituelle ; mais avec cette différence que l'un n'est qu'homme, et que l'autre est Dieu aussi bien qu'homme ; d'où il arrive qu'au lieu que la génération dont Adam est le principe ne nous rend coupables que du seul péché qui passe de lui en nous, l'effet de la régénération dont Jésus-Christ est l'auteur, n'est pas borné à ne nous délivrer que de ce péché que nous tirons d'Adam ; et qu'ainsi, au lieu que la condamnation que la génération charnelle nous attire, n'est fondée sur ce péché commun qui lie tous les enfants d'Adam (car ceux que nous ajoutons à celui-là par nos dérèglements viennent de notre mauvaise vie et non de notre naissance), la régénération efface non-seulement le péché que nous tenons d'Adam, mais tous ceux que nous y avons ajoutés par la dépravation de nos mœurs, c'est donc cette différence qui a fait dire à l'Apôtre d'un côté, que le jugement attiré sur les hommes par un seul péché les précipite dans la condamnation, et de l'autre, que la grâce, même après plusieurs péchés, leur produit la justification. "
37. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 24 : " C'est en vain que de ces paroles de l'Apôtre l'occasion desquelles, par un prodige d'audace, ou pour mieux dire de folie, vous osez contredire une des vérités de la foi les mieux établies ; que de ces p.259 fin p.260 début paroles, dis-je, Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché, vous vous efforcez de tirer une explication nouvelle, forcée et contraire à l'évidence des termes, en prétendant que ces mots, in quo omnes peccaverunt, reviennent à dire, " C'est pour cela que tous ont péché, " (comme ceux-ci du Psalmiste, in quo corrigit junior viam suam, voudraient dire, C'est pour cela que celui qui est jeune corrige sa voie) ; de sorte qu'il ne faudrait pas entendre par-là que tous pris collectivement auraient péché originairement dans un seul homme, mais que chacun pèche aujourd'hui parce que le premier homme a péché, c’est-à-dire en imitant son exemple, et non par le seul fait de sa génération ou de son origine. Nous disons donc que cette locution, in quo, ne peut pas signifier ici propter quod. Car on ne peut dire : " C'est pour cela qu'un tel a péché, " que lorsqu'on parle, ou de la fin qu'il s'est proposée en se portant au péché, ou de la chose qui a pu être en une façon quelconque cause de son péché.
Mais qui pourrait être assez dépourvu de sens commun pour dire, par exemple : Cet homme a commis un meurtre, parce qu'Adam a mangé du fruit défendu dans le paradis terrestre ? tandis que cet homme aurait fait son action sans penser le moins du monde à notre premier péché, mais uniquement pour s'emparer de l'or qu'il aurait supposé à sa victime ? Ainsi pourrions-nous raisonner de tous les autres péchés qu’un homme peut commettre, et dont chacun a sa cause particulière sans que celui qui le commet pense aucunement à celui qu'a commis le premier homme, ou qu'il se le propose pour modèle. Caïn lui-même, malgré la connaissance qu'il avait de son père et du péché que son père avait commis, ne saurait être supposé avoir commis lui-même son crime cause de cela, c'est-à-dire à cause du péché commis par Adam. On sait en effet pourquoi ce premier des homicides se porta à tuer son frère : c'est parce qu'il était jaloux de lui, et non parce que son père lui avait donné l’exemple de la désobéissance au commandement divin (Cf. Les six livres de saint Augustin contre Julien, défenseur de l'hérésie pélagienne, t. II, pag. 458-461, Paris, 1736). "
38. Le même, Serm. XIV de verbis apostoli, c. 14 : "
Lorsqu'on presse les pélagiens par ces paroles de l’Apôtre : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort est passée dans tous les hommes, par ce seul homme, p.260 fin p.261 début en qui tous ont péché, IN QUO OMNES PECCAVERUNT ; par ces paroles qui me semblent si claires d'elles-mêmes, qu’à peine auraient-elles besoin d'explication ; ils affectent de répondre que ces paroles veulent dire simplement qu'Adam a péché le premier, et que ceux qui ont péché depuis l'ont fait à son exemple. Mais répondre ainsi, qu'est-ce autre chose que vouloir obscurcir ce qui est clair comme le jour ? Peccatum per unum hominem intravit, et per peccatum mors, et ità in omnes hommes mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt. Vous dites que cela signifie que tous les hommes ont péché omnes peccaverunt, par imitation du péché d'Adam, in quo, qui a péché le premier. "
Ibidem, c. 15 : " Je réponds à mon tour que ce n'est pas Adam qui a péché le premier. Si vous cherchez quel a été le premier pécheur, vous trouverez que ç'a été le diable. Mais comme l'Apôtre voulait faire voir que toute la masse du genre humain avait été infectée dans son origine, il a eu bien soin de désigner celui dont nous sommes descendus, et non celui que nous avons imité. Il est vrai qu'on peut donner le nom de père à celui qu'on imite. Mes chers enfants, disait l’Apôtre aux Galates, vous pour qui j'éprouve de nouveau les douleurs de l'enfantement (Gal., IV, 19), comme il disait d'autres fidèles : Soyez mes imitateurs (I Cor., IV, 16 ; XI, 1). C'est à raison d'une imitation d'un autre genre qu'il a été dit à des impies : Vous êtes les enfants du diable (JEAN, VIII, 44). Car il est certain de foi catholique que le diable n'a engendré personne de nous, non plus qu'il n'est l'auteur de notre nature : il ne peut être notre père que par séduction, et nous ne pouvons être ses enfants que par imitation. Enfin, qu'on me montre qu'il a été dit quelque part que tous ont péché dans la personne du diable, comme il est dit ici que tous ont péché dans la personne d'Adam. Autre chose est de pécher à la suite et à l’exemple d'Adam, autre chose est de le faire dans sa personne. Car, avant même que nous fussions nés, nous étions tous en lui comme dans notre souche commune ; nous étions en lui comme l'arbre dans sa racine, et c'est par sa racine que l'arbre a été infecté. Ce qui prouve que les péchés que l'homme peut commettre ont leur modèle mais non leur origine dans le péché du diable, qui est vraiment le premier de tous les pécheurs, ce sont ces paroles de l'Ecriture : La mort est entrée dans le monde par l’envie du diable, et ceux qui se rangent à son parti deviennent ses imitateurs (Sag., II, 24-25). C'est en l'imitant, qu'ils se rangent à son parti. L'Ecriture dit-elle ici que ceux qui se rangent au p.261 fin p.262 début parti du diable pèchent dans la personne du diable ? Au lieu qu'en parlant d'Adam, elle dit bien que c'est en lui que tous les hommes ont péché, à cause de leur origine qu'ils tirent de lui, parce qu'ils sont ses descendants, parce qu'ils sont le fruit de ses entrailles. Car si Adam est nommé le premier parce qu'il a péché le premier, comme premier exemple, mais non comme source originaire des péchés commis dans la suite, pourquoi irions-nous chercher si loin Jésus-Christ, venu si longtemps après Adam ? Si tous les pécheurs appartiennent à Adam, parce qu'Adam est le premier qui a péché, tous les justes devront aussi appartenir à Abel, parce qu'Abe1 a été le premier des justes. Pourquoi donc chercher jusqu’à Jésus-Christ ? Pourquoi chercher jusqu’à Jésus-Christ ? Ah ! mon frère ouvrez les yeux, et vous le saurez : c'est parce que la génération humaine ayant été maudite en Adam, c'est en Jésus-Christ que l’homme doit être régénéré. "
Ibidem, c. 16 : " Que personne donc ne cherche ici à nous donner le change : le témoignage de l’Ecriture est évident ; l’autorité sur laquelle nous nous appuyons est la plus solide de toutes ; notre foi n'est autre que la croyance catholique. Tout homme, du moment où il est engendré, est dans la damnation ; aucun ne peut en être délivré qu'il ne soit régénéré.
"
39. Le même, Lib. III de peccatorum meritis et remissione, c. 8 : " Aucune raison, disent les pélagiens, ne peut nous autoriser à croire que Dieu, qui pardonne aux hommes leurs péchés personnels, leur impute ceux d'autrui. Nous leur répondons : Dieu remet les péchés, mais à ceux qui sont régénérés par l'esprit, et non à ceux qui ne sont encore qu'engendrés par la chair. Les péchés qu’il nous impute ne sont plus seulement des péchés d'autrui, mais nous sont devenus des péchés personnels. Ils nous étaient étrangers quand nous n'existions pas encore pour en recevoir la contagion ; mais la génération charnelle fait qu'ils deviennent personnels à ceux qui n'en sont pas encore délivrés par la régénération spirituelle. "
40. Le même, lib. VI contra Julianum, c. 10 : " Ce que vous objectez, que personne ne peut être puni pour des péchés qui lui sont étrangers, a besoin d'être expliqué pour n’être pas entendu dans un sens faux. Je ne m'arrête pas à vous faire observer que pour le péché de David seul, tant de milliers de personnes ont été frappées de mort (II Sam., XXIV, 18) ; et que parce qu'un seul n'avait pas observé l’anathème jeté sur toutes les dépouilles ennemies, ceux qui en étaient innocents, qui l'ignoraient même, p.262 fin p.263 début n'en ont pas moins porté la peine de son péché (Jos., VII, 5). C'est là une autre question dont je n'ai point à m'occuper en ce moment, parce qu'il s'agissait là d'une autre espèce de péché et de peines. Les péchés de nos parents peuvent en un sens nous être étrangers, et en un autre nous être personnels. Ils nous sont étrangers en ce sens, que nous n'avons pas agi pour nous en rendre coupables ; mais ils nous sont personnels en ce que nos personnes, en qui ces péchés ont été propagés, en ont contracté la contagion. S'il n'en était ainsi, il n'y aurait plus de justice dans ce joug pesant imposé aux enfants d'Adam, depuis le jour qu'ils sortent du ventre de leurs mères jusqu'au jour de leur sépulture (Ecclé., XL, 4).
"
" Quant à ces paroles de l'Apôtre que vous alléguez, que nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui sera dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps (II Cor., V, 10), comment pouvez-vous les appliquer aux petits enfants ? Dites-moi s'ils comparaîtront aussi devant le tribunal de Jésus-Christ, ou s'ils ne devront pas y comparaître. S'ils ne doivent pas y comparaître, de quoi vous sert ce passage que vous me citez, puisqu'il ne regarde point ceux dont il est question entre nous ? S'ils doivent y comparaître, comment recevront-ils ce qui sera dû à leurs bonnes ou à leurs mauvaises actions, puisqu'ils n'auront fait aucune action ? A moins que vous ne conveniez que ces paroles les regardent aussi parce qu'ils sont fidèles ou infidèles, selon que l'ont été les auteurs de leurs jours. Car l’Apôtre entend par ces actions que chacun aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps, celles dont on a à répondre du moment où l'on vit de sa propre vie (Cf. Les six livres de saint Augustin contre Julien, etc., t. II, pag. 338-340). "
41. S. FULGENCE, de fide ad Petrum, c. 20 : " Croyez très-fermement et sans aucun doute que tout homme, une fois conçu par le commerce de l'homme et de la femme, ne peut naître qu'avec le péché originel, assujetti à l'infidélité, sujet à la mort, et par-là même naturellement enfant de colère (Ephés., II, 3). C'est ce qui a fait dire à l’Apôtre : Par la naissance naturelle, nous étions enfants de colère aussi bien que les autres. "
42. S. AUGUSTIN, de Naturâ et Gratiâ contra pelagianos, c. 30 : " Exceptée la sainte vierge Marie, dont je n'entends pas, à cause p.263 fin p.264 début de l'honneur dû à Dieu, qu'il puisse être question lorsqu'il s'agit de péché : car comment savoir quelle surabondance de grâces a reçues pour vaincre le péché de toutes manières celle qui a été trouvé digne de concevoir et d'enfanter celui qui évidemment n'a jamais eu de péchés (Nous traduisons ici d'après l’édition des Bénédictins de Saint-Maur ou celle de M. Gaume, qui marque un point d'interrogation à la fin de ce membre de phrase. On peut voir d'autres variantes de ce même passage indiquées dans cette édition même. Saint Thomas, p. 3, q. 27, art. 4, lisait, quod ei plùs gratiæ, au lieu de quid ei plus gratiæ.
Voir le texte latin en entier) ? Cette vierge donc exceptée, si nous pouvions rassembler tous les saints et toutes les saintes qui ont jamais vécu ici-bas, et leur demander s'ils étaient sans péché, que pouvons-nous penser qu'ils répondraient ? Parleraient-ils comme cet hérétique (M. E. de Pressensé (dans la Revue protestante intitulée Revue chrétienne, 2e année, page 10) soutient dans les termes suivants que saint Augustin n’exemptait pas la sainte Vierge elle-même du péché originel : " Saint Augustin déclare nettement que Marie est née, comme tous les hommes : de carnali concupiscentià parentum (contr. Julianum, lib. VI, c. 22). Elle est morte à cause du péché originel légué par Adam à ses descendants (Maria ex Adam mortua propter peccatum, in Psalm. XXXIV, serm. II, 3). Saint Augustin, tout en admettant le péché originel chez Marie, répugnait à admettre qu'elle eût péché volontairement, ou plutôt il ne voulait pas aborder la question (de naturâ et gratiâ Dei, lib. I, c. 36).
C'était une concession malheureuse aux superstitions populaires. "
M. de Pressensé ne fait-il pas plutôt lui-même une concession malheureuse aux préventions de sa secte ? 1 Saint Augustin, en déclarant que Marie est née de la concupiscence charnelle de ses parents, ne dit nullement qu'elle en ait contracté le péché originel ; mais il ne fait qu'opposer la naissance, ou pour mieux dire, la conception de Marie, de carnali concupiscentià parentum, à la naissance ou à la conception du Christ, quem non de virili semine, sed de Spiritu Sancto procreavit. Il suit de cette différence, que la conception du Christ, tant active que passive, a été exemple de concupiscence, au lieu que la conception active de Marie n'en a pas été exempte, ce qui ne fait rien à la question de sa conception passive, c'est-à-dire de la conception de Marie considérée dans Marie elle-même. 2 Saint Augustin ne dit pas, comme le lui fait dire M. de Pressensé, que Marie soit morte à cause du péché originel légué par Adam à ses descendants ; mais il dit simplement qu'elle est morte à cause du péché d'Adam, parce qu'elle était née d'Adam : Maria ex Adam mortua propter peccatum (l’édition d'Erasme ajoute ici Adæ), Adam mortuus propter peccatum, et caro Domini ex Maria mortua est propter delenda peccata. Ainsi donc Adam, immédiatement créé de Dieu, est mort à cause de son péché personnel ;
Marie, née d'Adam pécheur, est morte à cause du péché d’Adam, non qu'elle eût contracté ce péché lui-même, mais parce qu'elle en avait contracté en partie les effets ; et Notre-Seigneur, né de Marie par l’opération de l'Esprit-Saint, est mort, non pour subir la peine du péché d’Adam, mais pour détruire le péché lui-même. Tout cela se concilie fort bien avec la doctrine catholique de l’immaculée conception de Marie.
3 Dans le passage cité de naturâ et gratiâ
Dei, saint Augustin déclare en termes absolus qu'il excepte la sainte Vierge, toutes les fois qu'il fait mention de péché quelconques : De quà. . . . nullam prorsùs, cùm de peccatis agitur, habere (al. haberi) volo quæstionem. L'exception est donc absolue ; au lieu qu'elle ne le serait pas, si, comme le prétend M. de Pressensé, saint Augustin avait cru la sainte Vierge souillée de la tache du péché originel), ou ne répondraient-ils pas plutôt comme l'apôtre saint Jean ? Quelque sainte qu'ait été leur vie, ne répondraient-ils pas tous d'une voix à une telle demande : Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-même, et la vérité n'est point en nous (I JEAN, I, 8) ? "
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43. SIXTE IV, lib. III Extravagantium communium, tit. de reliquiis et veneratione Sanctorum, c. 1 : " Lorsque nous considérons avec une dévote attention les mérites sublimes qui élèvent la glorieuse vierge mère de Dieu au-dessus des cieux, dont elle est la reine, et qui la font resplendir par-dessus tous les astres comme l'étoile du matin ; lorsque nous pensons en nous-mêmes que cette mère de grâce, cette amie de la piété, cette voie de miséricorde, cette consolatrice du genre humain, fait pour le salut des fidèles qu'elle voit chargés du poids de leurs péchés l'office d'une avocate zélée et vigilante auprès du souverain roi qu'elle a porté dans son sein, nous regardons comme une bonne œuvre, ou plutôt comme un devoir, d'inviter tous les fidèles chrétiens par des indulgences et les autres grâces dont nous pouvons disposer, à rendre grâces de la merveilleuse conception de cette vierge immaculé au Dieu tout-puissant, dont la providence, jetant de toute éternité un regard de complaisance sur l'humilité de cette vierge, en a fait, par une abondante effusion de l'Esprit-Saint, la digne demeure du Fils unique de Dieu, qui, sans porter atteinte à sa virginité sans tache après comme avant l’enfantement, a pris d'elle la chair mortelle dont il s'est revêtu pour procurer la rédemption de son peuple, et ménager la réconciliation de la nature humaine avec son auteur, qui, par suite de la chute du premier homme, l'avait condamné à la mort éternelle ; à célébrer les messes et les autres offices divins institués pour cet objet dans l’Eglise de Dieu, et il y p.265 fin p.266 début assister avec piété pour devenir ainsi plus propres à recevoir les grâces de Dieu par les mérites et l'intercession de cette même vierge. "
44. Le même, ibidem, c. 2 : " Tandis que la sainte Eglise romaine célèbre publiquement et avec solennité la fête de la conception de Marie vierge sans tache et toujours vierge, qu'elle a établi pour ce sujet un office spécial et tout particulier ; quelques prédicateurs de divers ordres, ainsi que nous l'avons appris, n'ont pas rougi jusqu'ici de dire publiquement dans leurs sermons au peuple de diverses villes et de divers pays, comme ils ne cessent encore de prêcher tous les jours, que tous ceux qui pensent ou affirment que cette glorieuse et immaculée mère de Dieu a été conçue sans la tache du péché originel, pèchent mortellement ou sont hérétiques ; et que ceux qui célèbrent l'office de son immaculée conception, et qui écoutent ceux qui prêchent ou affirment qu'elle a été conçue sans cette tache, pèchent grièvement. Non contents de se permettre des prédications de ce genre, ils publient des livres pour soutenir de semblables doctrines ; de sorte que les fidèles ne sont pas médiocrement scandalisés de ces sortes de prédications et de disputes, et courent risque de l'être encore de plus en plus. Nous donc voulant, autant que Dieu nous en donnera la force, obvier ces téméraires attentats, à ces assertions perverses et à ces scandales qui s'élèvent par intervalles dans l'Eglise de Dieu, de notre propre mouvement, sans en avoir été sollicités par la demande de qui que ce soit, mais d'après nos propres réflexions et de science certaine, réprouvons et condamnons par notre autorité apostolique, en vertu de ces présentes, comme fausses et erronées, et tout-à-fait éloignées de la vérité, les assertions de ces mêmes prédicateurs, et de tous autres qui seraient assez présomptueux pour affirmer que ceux qui croiraient ou soutiendraient que cette sainte mère de Dieu a été préservée dans sa conception de la tache du péché originel, encourraient pour cela seul la note d'hérésie ou pécheraient mortellement, et que ceux qui célébreraient l'office de sa conception, ou qui écouteraient débiter cette doctrine, se rendraient par-là coupables de quelque péché ; et nous réprouvons et condamnons de même les livres dont nous avons parlé qui contiennent des assertions de la même espèce. Et de notre propre mouvement, de notre science apostolique et de notre science certaine, nous statuons et ordonnons que les prédicateurs de la parole de Dieu, et tous autres, de quelque état, de quelque rang, de quelque p.266 fin p.267 début ordre et de quelque condition qu'ils soient, qui par un téméraire attentat oseraient dans leurs discours devant le peuple, ou en toute autre occasion, après qu'ils auront eu connaissance de la présente constitution, affirmer comme vraies les assertions que nous venons d'improuver et de condamner, ou lire, garder par-devers eux et en leur possession les livres dont il s'agit comme s'ils contenaient la vérité, encourent par cela même la sentence d'excommunication, dont ils ne pourront être relevés par le bienfait de l'absolution, excepté à l'articla de la mort, que par le Pontife romain. Soumettant de même, de notre propre mouvement, de notre science certaine et de notre autorité apostolique, à de semblables peines et censures ceux qui oseraient affirmer que ceux qui tiennent le sentiment contraire, à savoir, que la glorieuse vierge Marie a été conçue avec le péché originel, commettent en cela le crime d'hérésie ou quelque péché mortel, puisque rien n'a encore été décidé à cet égard par l'Eglise romaine et par le siège apostolique (Cette raison même qui n'a plus son application aujourd'hui, explique et corrige la défense faite ici par Sixte IV. Voir plus bas, témoignage 46, le décret du souverain pontife Pie IX, porté à ce même sujet). Nonobstant toutes constitutions et tous règlements apostoliques contraires, par lesquels le siège apostolique aurait accordé, soit à des corporations, soit à des individus, le privilège de ne pouvoir être interdits, suspens ou excommuniés par des lettres apostoliques qui ne feraient pas une mention pleine et expresse de cet induit répété de mot à mot. "
45. Le concile de Trente, session V, à la fin de son décret porté au sujet du péché originel : " Le saint concile déclare cependant que, dans ce décret qui concerne le péché originel, son intention n'est point de comprendre la bienheureuse et immaculée vierge Marie, mère de Dieu ; mais qu'il entend qu’à ce sujet les constitutions du pape Sixte IV, d'heureuse mémoire, soient observées sous les peines qui y sont portées, et qu'il renouvelle. "