Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 191)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

46. Notre saint père le pape Pie IX, dans sa lettre apostolique contenant la définition du dogme de l'immaculée conception : " Par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de la nôtre, nous déclarons, nous prononçons et nous définissons que la doctrine qui tient que la bienheureuse vierge Marie, dans le premier instant de sa conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout- p.267 fin p.268 début puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélé de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et inviolablement par tous les fidèles. C'est pourquoi, si quelqu'un avait la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à notre définition, qu'il apprenne et qu'il sache que, condamné par son propre jugement, il aurait souffert naufrage dans la foi et cessé d'être dans l'unité de l’Eglise ; et que, de plus, il encourt par le fait même les peines de droit, s'il ose exprimer ce qu'il pense, de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit (Voir les Annales de philosophie chrétienne, numéro de janvier 1855, ou 50e volume de la collection, 4e série, t. XI, p. 34 ; on y trouvera la lettre apostolique dont il s'agit, rapportée en entier. Voir aussi et surtout l'ouvrage de S. E. le cardinal Gousset, intit. La croyance générale et constante de l’Eglise, etc.). "

CHAPITRE III. DU REMEDE AU PECHE ORIGINEL.

" Ce péché de notre origine, qui devient propre à chacun, comme nous l'avons dit, ne peut être effacé ni par les forces de la nature humaine, ni par quelque autre remède que ce soit que par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre unique médiateur, qui nous a réconciliés avec Dieu par son sang, en se faisant notre justice, notre sanctification et notre rédemption. Or, ces mérites sont appliqués tant aux adultes qu'aux enfants par le sacrement de baptême conféré dans la forme voulue par l'Eglise, parce qu'il n'y a point d'autre nom sous le ciel, qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. De là cette parole, qui a été dite par le saint précurseur : Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde ; et cette autre de l’apôtre saint Paul : Vous tous qui avez été baptisés, vous avez été revêtus de Jésus-Christ.

" Doctrine du concile de Trente, session V, canon 3.

" Ceux-là se trompent lourdement, qui nient que les enfants nouvellement sortis du sein de leur mère doivent être baptisés, n'importe que ces enfants appartiennent ou n'appartiennent pas à des parents baptisés eux-mêmes. Car les uns et les autres ont besoin de l'être pour la rémission de leurs péchés, puisqu'ils ont également tous contracté en Adam le péché originel, qui doit être nécessairement expié par l'eau de la régénération, si l'on p.268 fin p.269 début veut obtenir la vie éternelle ; ces paroles de l'Apôtre, que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché, ne devant pas être entendues autrement que ne les a entendues de tout temps l’Eglise catholique répandue en tous lieux. Et c'est aussi conformément à cette règle de foi, fondée sur la tradition des apôtres, que même les plus petits enfants, qui n'ont pu encore commettre aucun péché par eux-mêmes, sont vraiment baptisés pour la rémission des péchés, afin que la tache qu'ils ont contracté par la génération charnelle soit effacée en eux par cette régénération spirituelle. Car quiconque ne renaît pas de l'eau et du Saint-Esprit ne saurait entrer dans le royaume de Dieu. " Doctrine du concile de Trente, session V, canon 4.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Timothée, II, 5-6 : " Il n'y a qu'un Dieu, et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, - qui s'est livré lui-même pour la rédemption de tous, en rendant témoignage dans le temps marqué. "

2. Romains, V, 1-2, 6-11 : " Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, - qui par la foi nous a donné accès à cette grâce en laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu. - En effet, pourquoi, lorsque nous étions encore dans les langueurs du péché, Jésus-Christ est-il mort dans le temps marqué pour des impies comme nous, - lorsqu’à peine quelqu'un voudrait mourir pour un juste ? Peut-être néanmoins quelqu'un aurait-il le courage de donner sa vie pour un homme de bien. - Mais Dieu a fait éclater son amour pour nous en ce que, lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps marqué. - Maintenant donc que nous sommes justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. - Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant maintenant réconciliés avec lui, serons- nous sauvés par la vie de ce même Fils. - Et non-seulement nous avons été réconciliés, mais nous nous glorifions même en Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons obtenu maintenant celle réconciliation. " p.269 fin p.270 début

3. II Corinthiens, V, 17-19, 21 : " Si donc quelqu'un est en Jésus-Christ, il est devenu une nouvelle créature. Ce qui était vieux est passé tout est devenu nouveau. - Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui-même par Jésus-Christ et nous a confié le ministère de cette réconciliation. - Car Dieu a réconcilié le monde avec lui-même en Jésus-Christ, voulant bien ne point leur imputer leurs péchés, et c'est nous qu'il a chargé de porter la parole de celle réconciliation. - Par amour pour nous, il a traité celui qui ne connaissait point le péché comme s'il eût été le péché même, afin qu'en lui nous devinssions justes de la justice de Dieu. "

4. I Corinthiens, I, 30-31 : " C'est par-là que vous êtes établis en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption, - afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie, ne se glorifie que dans le Seigneur. "

5. Tite, III, 4-7 : " Mais depuis que Dieu notre Sauveur a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous avons pu faire, mais par l'effet de sa miséricorde, en nous faisant renaître par le baptême et nous renouvelant par le Saint-Esprit, - qu'il a répandu abondamment sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur, - afin qu’étant justifiés par sa grâce, nous devinssions héritiers de la vie éternelle selon l'espérance que nous en avons. " 6. Actes, IV, 10-12 : " C'est au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ de Nazareth (dit Pierre), que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d'entre les morts, que cet homme est maintenant guéri comme vous le voyez devant vous. - C'est cette pierre que vous, architectes, avez rejetée, et qui est devenue la principale pierre de l'angle ; - et il n'y a de salut par aucun autre : car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. "

7. JEAN, I, 29 : " Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu ; voici celui qui efface les péchés du monde. "

8. Galates, III, 26 - 27 : " Puisque vous êtes tous enfants de Dieu, par la foi en Jésus-Christ. - Car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ. "

1. S. AUGUSTIN, Epist. XXVIII (al. 166) ad Hieronymum

: " Je sais avec certitude que si l'âme est tombé dans le péché, ce n'est ni par la faute de Dieu, ni par la force d'aucune nécessité qui ait entraîné, soit Dieu, soit l'âme elle-même, mais par sa propre volonté et qu'elle ne saurait être délivrée du corps de cette mort, comme parle l'Apôtre (Rom., VII, 24), ni par la force de sa volonté en sorte qu'elle n'eût besoin pour cela que d'elle-même ni par la mort même de son corps, mais par la grâce de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur ; et que, dans tout le genre humain, il n'y a pas une seule âme qui n'ait besoin pour sa délivrance du Christ médiateur entre Dieu et les hommes ; que toutes celles qui sortent de leurs corps, à quelque âge que ce soit, sans avoir participé à la grâce de ce médiateur et au sacrement de la régénération, tombent dans les peines de l'autre vie, et ne reprendront leurs corps au dernier jugement que pour souffrir ; et qu'au contraire celles qui, après la génération ordinaire dont Adam est le principe, sont régénérées en Jésus-Christ, et appartiennent par ce moyen à la société qui unit ensemble tous les membres de ce divin chef, trouvent le repos après la mort de leur corps, qu'elles reprendront un jour pour entrer avec lui dans la gloire. Voilà ce que je tiens fermement sur ce qui regarde l'âme. . . "

" En attendant que je sache à laquelle des quatre opinions (sur l'origine de l’âme) il faut se ranger, je crois qu'on ne m'accusera pas de témérité si je dis que celle qui est la vraie n'a certainement rien de contraire à la foi constante et inébranlable par laquelle l'Eglise croit que les enfants, aussi bien que les autres, ont besoin d'être délivrés de la servitude du péché et qu'ils ne peuvent l'être que par Jésus-Christ et par Jésus-Christ crucifié (Cf. Lettres de S. Augustin, t. IV, p. 542-577).

"

2. Le même, Enchid. ad Laurentium, c. 48 (al. XVII,

14) : " Le péché d'Adam, ce péché unique, mais si grand, et commis si librement par ce premier homme, dans un lieu et dans un état où il était très-heureux ; ce péché si énorme qui seul a suffi pour condamner tout le genre humain dans ce père commun, comme dans sa racine ; ce péché, dis- je, ne peut être remis ni effacé que par Jésus-Christ homme, l'unique médiateur entre p.271 fin p.272 début Dieu et les hommes, et qui est le seul d'entre les hommes dont la naissance ait été parfaitement pure, de manière à ce qu'il n'ait pas eu besoin de renaître. Qui solus potuit ità nasci, er non opus esset renasci (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans les Traités choisis, t. II, p. 367-368). "

3. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Jesu Christi, c. 16 : " Personne ne peut s'affranchir de ce péché contracté dès l'origine par suite de sa génération charnelle, soit en s'aidant de ses moyens naturels, soit en s'attachant à la lettre de la loi ; mais il ne peut en être purifié que par la foi en Jésus-Christ qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Ce n'est que pour des impies que Jésus-Christ est mort, en s'offrant lui-même pour nous comme une oblation et une victime d'agréable odeur (Ephés., V, 2), ainsi que l'a dit l'Apôtre. C'est dans la personne de cet unique médiateur entre Dieu et les hommes, que la nature humaine a été réparée, et que la loi a été amenée à sa perfection ; car nous étions naturellement impuissants accomplir les devoirs de la vertu, puisque, privés de lumière et dénués de forces, depuis que nos jours se sont évanouis et que la colère de Dieu nous a frappés (Ps. LXXXIX, 9), sans loi et abandonnés à notre nature dépravée, nous étions tellement porté au péché par d'aveugles penchants, que nous ignorions notre état de péché même. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs (Rom., VII, 7). "

4. PIERRE DIACRE, Lib. de incarnatione et gratiâ Christi ad Fulgentium et reliques, c. 6 : " Personne ne saurait être délivré, autrement que par la grâce du Sauveur, de cette damnation et de cette mort (introduite dans le monde par le péché d'Adam). Maître qu'il était de toutes choses, puisqu'il est Dieu, le Sauveur a bien voulu se faire esclave et prendre la forme d'esclave, pour nous délivrer du perpétuel esclavage et de la tyrannie du diable, et nous rendre à la vraie liberté. C'est ce qui lui a fait dire aux Juifs : Vous serez véritablement libres, si le Fils de Dieu vous met en liberté (JEAN, VIII, 36). "

5. S. BERNARD, Epist. CXC ad Innocentium pontificem (lettre au pape Innocent II) : " C'est par un effet de la justice de Dieu que l'homme est assujetti à l'empire du démon, et par un effet de sa miséricorde qu'il en est délivré, de telle manière cependant p.272 fin p.273 début que la justice elle-même n'est pas étrangère à sa délivrance, puisqu'il entrait dans les desseins de la miséricorde divine de mettre en usage contre le tyran de nos âmes plutôt la justice que la puissance, comme cela convenait d'ailleurs davantage à la nature d'un remède. Car que pouvait faire de soi-même pour recouvrer l'état de justice dont il était une fois déchu l’homme esclave du péché, captif du démon ? Ne pouvant avoir alors une justice qui lui fût propre, il a été mis à même de s'en approprier une qui lui était étrangère, et voici comment : Le prince de ce monde est venu, et il n'a rien trouvé dans le Sauveur qui lui appartînt (JEAN, XIV, 30), et comme, malgré cela, il a mis la main sur l'innocent, il a perdu en conséquence avec beaucoup de justice ce qu'il possédait auparavant, quand celui qui ne devait rien à la mort s'est soumis à la recevoir, et, par ce généreux sacrifice, a affranchi de cette dette celui-là même qui s'en trouvait débiteur et acquis par cela seul le droit de le soustraire à la puissance du démon. Car, quelle justice y aurait-il dans celui-ci à revendiquer de nouveau cette puissance ? C'est l'homme qui était débiteur, et c'est l'homme aussi qui a acquitté la dette. Car si un seul est mort pour tous, nous dit l'Apôtre, donc tous sont morts (II Cor., V, 14) ; de sorte que la satisfaction d'un seul a dû être imputé à tous, comme un seul a porté les péchés de tous, et que celui qui a satisfait n'est pas différent de celui qui avait forfait, puisque le corps doit être une même chose avec son chef. C'est donc le chef qui a satisfait pour ses membres, Jésus-Christ pour ses propres membres, lorsque, comme nous le déclare l'Evangile de Paul, qui convainc Pierre (Abailard) de mensonge, après être mort pour nous, il nous a fait revivre avec lui, en nous pardonnant tous nos péchés et qu'il a effacé la cédule qui nous était contraire ; qu'il a entièrement aboli le décret de notre condamnation, en rattachant à sa croix ; qu'il a désarmé enfin les principautés et les puissances (Col., II, 13-15). "

6. Le même, Serm. I de Purificatione B. Mariæ

: " Lorsque Jésus-Christ a été abaissé un peu au-dessous des anges, qu'il est devenu le médiateur entre Dieu et les hommes, et que, comme la principale pierre de l'angle, il a pacifié par son sang le ciel et la terre, ç'a été alors, ô mon Dieu, que nous avons reçu votre miséricorde au milieu de votre temple. Car nous étions des enfants de colère par le fait de notre naissance ; mais nous avons obtenu miséricorde. Or, de quelle colère étions-nous les enfants ? et quelle miséricorde avons-nous obtenue ? Certes, nous étions des enfants d'ignorance, de paresse et de captivité et nous p.273 fin p.274 début avons obtenu la sagesse, la vertu et la rédemption. L’ignorance de la femme, qui avait été séduite, nous avait aveuglés ; la mollesse de l'homme, qui s'était laissé attirer et entraîner par sa propre concupiscence, nous avait abattus ; et la justice de Dieu nous ayant justement abandonnés, la malice du démon nous avait réduits sous sa captivité. C'est ainsi que nous naissons, tous tant que nous sommes. Premièrement nous ne savons nullement le chemin de la cité céleste ; et secondement, nous sommes lâches et paresseux jusqu’à un tel point, que lors même que la voie de la vie nous serait connue, nous serions empêché de la suivre par notre propre paresse. Enfin, nous sommes tellement esclaves du plus méchant et du plus cruel de tous les tyrans, que quand même nous aurions toute la prudence et toute la force imaginables, nous ne laisserions pas d'être accablés et opprimés par la condition de notre misérable servitude. Une misère si extrême n'a-t-elle pas besoin d'une miséricorde et d'une compassion toute singulière ? Ou bien, si nous sommes déjà délivrés de cette triple colère par Jésus-Christ, qui a été fait par son Père céleste notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption quelle doit être notre vigilance, mes très-chers frères, de peur que, ce qu’à Dieu ne plaise, les derniers jours de notre conversion ne se trouvent pires que les premiers, s'il arrive que nous irritions de nouveau la colère de Dieu, puisqu'alors nous serons des enfants de colère, non plus seulement par l'effet nécessaire de notre naissance, mais par notre propre volonté (Cf. Les Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 25-26) ! "

7. S. AUGUSTIN, lib. VI contra Julianum, c. 4 : " Que les enfants n'aient la vie qu'autant qu'ils ont Jésus-Christ, qu'ils ne peuvent assurément avoir que lorsqu'ils sont revêtus de lui, de la manière que le dit l'Apôtre : Vous tous qui avez été baptisé en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (Gal., III, 27) ; que les enfants donc n'aient la vie qu'autant qu'ils ont Jésus-Christ, c'est ce que nous atteste l'évangéliste saint Jean dans son épître : Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a point le Fils n'a point la vie (I JEAN, V, 12). C'est donc avec raison qu'on les considère comme morts tant qu'ils n'ont pas reçu la vie de Jésus-Christ, puisqu'il est mort pour eux afin qu'ils aient la vie. Car si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts (II Cor., V, 14). Et s'il est mort, c'est, comme il est marqué dans l'épître aux p.274 fin p.275 début Hébreux (II, 15), afin de détruire par sa mort celui qui avait l’empire de la mort, c'est-à-dire le diable. Faut-il donc s'étonner si les enfants sont sous le pouvoir de celui qui a l'empire de la mort, tant qu'ils sont en état de mort par leur séparation d’avec celui qui est mort pour leur rendre la vie ? "

10. S. AUGUSTIN, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 16 : " Quiconque naît de cette chair rebelle, et assujettie à la loi du péché et de la mort, a besoin d'être régénéré spirituellement, non-seulement pour qu'il puisse parvenir au royaume de Dieu, mais même simplement pour pouvoir être délivré de la réprobation du péché. Les enfants naissent donc assujettis tout à la fois au péché et à la mort en leur qualité d'enfants d'Adam, comme ils renaissent dans le baptême héritiers tout à la fois de la justice et de la vie éternelle par leur incorporation au second Adam, qui est Jésus-Christ. "

11. Le même, Lib. IV contra duas epistolas pelagianorum, c, 4 : " Les manichéens et les pélagiens contredisent également dans les enfants, quoique en sens opposés, la condition de la nature humaine, qui, toute bonne qu'elle était dans son institution première, se trouve viciée dans le mode de sa propagation ; confessant ainsi par ce qu'elle a de bon la bonté de son créateur et proclamant par ce qu'elle a de mauvais le besoin qu'elle a d'un rédempteur miséricordieux. Les manichéens reprennent en elle ce qu'elle a de bon ; les pélagiens nient en elle ce qu'elle a de mauvais : les uns comme les autres s'opposent ainsi à son bien, quoique par des voies différentes. Et quoiqu'elle ne sache pas encore parler dans les petits enfants, son bégaiement même à peine commencé et sa faiblesse, son imbécillité me semble leur reprocher aux uns comme aux autres leurs mensonges impies, et dire à ceux-là : Croyez que celui qui ne fait rien que de bon est celui qui m'a créé ; et ceux-ci : Laissez-moi chercher ma guérison auprès de celui qui m'a créé. Le manichéen dit : Il n'y a dans cet enfant que son âme qui soit bonne, et dont on doive chercher la guérison, tout le reste doit être répudié comme n'appartenant pas au Dieu bon, mais au principe des ténèbres. Le pélagien dit : Bien mieux que cela, il n'y a rien dans p.275 fin p.276 début cet enfant qui ait besoin de guérison, car tout en lui est dans un parfait état de santé. Tous les deux disent faux ; mais celui qui n'accuse que la chair est au fond moins ennemi de notre nature que celui qui, en ne voyant en elle rien que de bon, lui refuse en conséquence tout moyen d'être guérie. Du reste, ni le manichéen ne lui procure à elle-même son salut, puisqu'il blasphème Dieu en ne voulant pas le reconnaître auteur de l'homme tout entier ; ni le pélagien ne permet à la grâce divine d'arriver jusqu'à l'enfant, en niant comme il le fait le péché originel. La foi catholique seule laisse à Dieu le moyen d'exercer sa miséricorde, en condamnant ces deux erreurs également contraires au salut de l'enfance, et disant aux manichéens : Ecoutez l’Apôtre qui vous crie : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l'Esprit-Saint, qui est en vous (I Cor., III, 16) ? Croyez donc que le Dieu bon est le créateur des corps, puisqu'il n'est pas possible qu'un ouvrage du prince des ténèbres soit le temple de l'Esprit-Saint ; et en disant aux pélagiens : Cet enfant que vous voyez a été conçu dans l’iniquité et sa mère l'a enfanté dans le péché (Ps.

L, 7). Pourquoi, en prétendant qu'il est pur de toute faute, empêchez-vous le pardon de l'atteindre ? Personne n’est exempt de souillure, pas même l'enfant qui n'a encore qu'un jour de vie sur terre (JOB, XIV, 4-8, d'après le texte des Septante). Laissez ce pauvre enfant recevoir la rémission de ses péchés par les mérites de celui qui seul n'a jamais eu de péché dans l'enfance, pas plus que dans la maturité de l’âge. "

42. Ibid. : " Les pélagiens voudraient détourner à leur sens les paroles de l’Apôtre. Là où l'Apôtre a dit : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi le péché est passé dans tous les hommes (Rom., V, 12) ; ils veulent que ce soit la mort, et non le péché qui soit passée dans tous les hommes (La Vulgate dit positivement que c'est la mort, mors pertransiit, qui est passée dans tous les hommes ; et la Vulgate est ici tout-à-fait conforme au texte grec. Il faut donc admettre ici une erreur de fait dans saint Augustin, qui ne lisant pas le mot mors dans sa version, en inférait que c'était peccatum qu'il fallait sous-entendre. Mais cela n'empêche pas son raisonnement d'être péremptoire contre les pélagiens). Que veulent donc dire les paroles qui suivent, en qui tous ont péché ? Car ou l'Apôtre veut dire que tous les hommes ont péché en ce seul homme dont il avait dit : Le péché est entré dans le monde par un seul homme ; ou il veut dire que tous les hommes ont péché dans ce péché, ou enfin qu'ils ont tous péché dans la p.276 fin p.277 début mort. Car on ne doit point se mettre en peine de ce que le texte latin porte in quo, et non pas in quâ, puisque en grec le mot ???????, qui signifie mort, est du genre masculin. Qu'ils prennent donc tel parti qu'il leur plaira : car, ou cela veut dire que tous ont péché dans cet homme (in quo homine), et la cause en sera que, lorsque cet homme a péché, tous les autres hommes étaient en lui ; ou cela veut dire que tous ont péché dans ce péché commis par notre premier père (in quo peccato), et cela ne pourra venir que de ce que tous contractant ce même péché par la naissance, il est devenu le péché de tous ; ou bien enfin ces mots signifient que tous ont péché dans cette mort (in quâ morte). Mais je ne vois pas bien clairement quel sens alors ces mots présenteraient à l’esprit. Car, que tous meurent dans le péché, cela se conçoit ; mais que tous pèchent dans la mort, cela ne se conçoit pas, la mort devant être l'effet du péché, plutôt que le péché celui de la mort. En effet, le péché est l'aiguillon de la mort (I Cor., XV, 56), c'est-à-dire l'aiguillon dont la pointe produit la mort, et non l’aiguillon dont la mort perce sa victime : de même qu'on appellerait breuvage de mort le poison qui aurait été pris dans un verre, parce que ce breuvage aurait produit la mort, et non parce que la mort aurait créé ou présenté ce breuvage. Que si l'on ne peut pas rapporter au péché l'expression de l'Apôtre (in quo) par la raison que le mot grec (???????) sur lequel a ?té faite la version latine est du genre féminin (tandis que le pronom ??? est du genre masculin ou du genre neutre), il ne reste plus d'autre sens raisonnable à donner à cette expression, sinon que tous ont péché dans la personne de ce premier homme, parce que tous étaient en lui quand il a péché, de sorte que ce péché est contracté par la naissance, comme il est effacé par la régénération. Aussi est-ce de cette manière que saint Hilaire a expliqué ces même mots, in quo omnes peccaverunt ; car voici ses propres expressions : " In quo, id est, in Adam, omnes peccaverunt (En qui, c'est-à-dire en Adam, tous ont péché). " Il ajoute : " Manifestum est in Adam omnes peccasse quasi in massâ (Il est évident que tous ont péché en Adam comme dans leur souche commune). Ipse enim per peccatum corruptus, omnes quos genuit, nati sunt sub pecato (Car lui-même étant corrompu par le péché, a communiqué sa corruption ou son péché à tous ceux qui sont nés de lui).

" Ces paroles d'Hilaire nous font clairement entendre le sens que nous devons nous-mêmes attacher à ces mots, in quo omnes peccaverunt. Mais ensuite, pourquoi le même apôtre nous p.277 fin p.278 début dit-il que nous sommes réconciliés avec Dieu par le moyen de Jésus-Christ (Rom., V, 10), sinon parce que nous étions auparavant ses ennemis ? Et comment étions-nous devenus ses ennemis, sinon par le péché ? C'est ce qui a fait dire au Prophète : Vos péchés ont fait une séparation entre vous et Dieu (ISAIE, LIX, 2). C'est cause de cette séparation faite entre nous et Dieu que le Médiateur a été envoyé pour pouvoir effacer le péché du monde, ce péché qui nous séparait de Dieu et nous rendait ses ennemis, pour nous réconcilier à Dieu et nous rendre le droit de nous dire ses enfants. "

43. Le même, Lib. II contra Pelagium et Celestium, c. 60 : " Les sacrements de 1’Eglise indiquent tout seuls assez que même les enfants qui ne font que de naître sont délivrés de l'esclavage du démon par la grâce de Jésus-Christ. Car, outre que le baptême qui leur est donné pour la rémission des péchés n’est pas un mensonge, mais une vérité, on commence par les exorciser, par souffler sur eux pour expulser de leurs cœurs la puissance ennemie ; et par la bouche de ceux qui les présentent, on leur fait répondre qu'ils renoncent au démon et à ses œuvres. "

CHAPITRE IV. DES RESTES DU PECHE ORIGINEL DANS LES PERSONNES BAPTISEES.

" Il faut confesser de plus que la tache du péché originel nous est remise par la grâce de Jésus-Christ, qui nous est conférée dans le baptême et que, quand une fois on est baptisé, tout ce qui constituait la nature du péché ne cesse pas seulement de nous être imputé, ou n'est pas simplement rasé à la surface, pour ainsi dire, de notre âme, mais est radicalement détruit en nous. Car Dieu ne trouve plus rien qui mérite sa haine dans ceux qui sont régénérés, puisqu'il n'y a point de condamnation pour ceux qui ont été véritablement ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême pour mourir au péché ; qui ne se conduisent point selon la chair, mais qui, se dépouillant du vieil homme, et revêtent le nouveau qui a été créé selon Dieu, sont devenus purs et sans tache, innocents et chéris de Dieu, héritiers de Dieu lui-même et cohéritiers de Jésus-Christ, de sorte qu'il ne reste plus rien qui fasse obstacle à leur entrée dans le ciel. Il faut reconnaître cependant que la concupiscence ou le penchant au mal reste toujours dans les personnes même baptisées et que, comme elle p.278 fin p.279 début nous a été laissée pour nous servir d'exercice dans le combat, elle ne saurait causer aucun dommage à ceux qui ne lui donnent pas leur consentement, et qui lui résistent avec courage par la grâce de Jésus-Christ : au contraire, la couronne est préparée pour ceux qui auront combattu selon les règles de la milice spirituelle. Quoique l'Apôtre donne quelquefois à cette concupiscence le nom de péché, l’Eglise n'a jamais entendu par-là que ce soit un péché véritable et proprement dit qui reste dans les personnes baptisées ; mais la concupiscence est appelée péché par l'Apôtre parce qu'elle est un effet du péché et qu'elle incline à le commettre de nouveau. " Doctrine du concile de Trente, session V, canon 5.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, VIII, 1-2 : " II n'y a donc maintenant point de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne marchent pas selon la chair ; - parce que la loi de l'esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m’a délivré de la loi du péché et de la mort. "

2. Ibid., VI, 1-4 : " Que dirons-nous donc ? Demeurerons-nous dans le péché pour donner lieu à cette surabondance de grâces ? - A Dieu ne plaise ! car étant une fois morts au péché, comment vivrons-nous encore dans le péché ? - Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisé en Jésus-Christ nous avons été baptisés en sa mort ? - Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché ; afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts pour la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une nouvelle vie. "

3. Ephésiens, IV, 22-24 : " Dépouillez-vous du vieil homme, selon lequel vous avez vécu dans votre première vie, qui se corrompt en suivant l'illusion de ses passions ; - renouvelez-vous dans l'intérieur de votre esprit, - et revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables. "

4. Colossiens, III, 5-10 : " Faites donc mourir les membres de l'homme terrestre qui est en vous : la fornication, l'impureté, les abominations, les mauvais désirs, et l'avarice qui est une idolâtrie ; - puisque ce sont ces excès qui font tomber la colère de Dieu sur les enfants de l'incrédulité. - Et vous avez-vous-même commis autrefois ces actions criminelles, lorsque vous viviez dans ces désordres - mais maintenant quittez aussi p.279 fin p.280 début vous-mêmes tous ces péchés : la colère, l'aigreur, la malice, la médisance ; que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche ; n'usez point de mensonge les uns envers les autres ; dépouillez-vous du vieil homme avec ses œuvres. - Et revêtez-vous de cet homme nouveau qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l'image de celui qui l'a créé. "

5. Romains, VIII, 14-17 : " Tous ceux qui sont poussé par l'Esprit de Dieu sont les enfants de Dieu. - Aussi n'avez-vous, pas reçu un esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte ; mais vous avez reçu l'esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba ! mon Père ! - Et cet Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. - Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. "

6. II Timothée, II, 5 : " Car celui qui combat dans les jeux publics n'est couronné qu'après avoir légitimement combattu. " 7. Romains, VI, 7-20 : " Que dirons-nous donc ? La loi est-elle péché ? Dieu nous garde d'une telle pensée ! Mais je n'ai connu le péché que par la loi ; car je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs. - Mais le penchant au péché ayant pris occasion de s'irriter par les préceptes, a produit en moi toutes sortes de mauvais désirs ; car sans la loi le péché était mort. Et moi, je vivais autrefois sans loi ; mais le commandement étant survenu, le péché a commencé à revivre. - Car le péché, à l'occasion du commandement, m'a séduit et m'a tué par le commandement même - Ainsi la loi est sainte à la vérité, et le commandement est saint, juste et bon. - Ce qui était bon en lui-même m'a-t-il donc causé la mort ? Nullement ; mais c'est le péché qui, m'ayant donné la mort par une chose qui était bonne, a fait paraître ce qu'il était, de sorte que le péché est devenu par ces mémés préceptes une source plus abondante de péchés. - Ainsi ce n'est plus moi qui fais ce mal, mais c'est le péché qui habite en moi. - Car je sais que le bien ne se trouve pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais sans y trouver le moyen de l'accomplir. Car je ne fais point le bien que je veux ; mais je fais le mal que je ne veux pas. - Or, si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais ; mais c'est le péché qui habite en moi. " p.280 fin p.281 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. II contra duas epistolas pelagianorum, c. 13 : " Ils disent aussi (c'est Julien d'Eclane qui faisait ce reproche aux catholiques) que le baptême ne remet pas tous les péchés, qu'il n'ôte pas toute culpabilité, mais qu'il ne fait que raser, pour ainsi dire, le péché à la surface, de façon qu'il en reste toujours les racines dans la chair maudite. Mais quels autres que des infidèles voudraient soutenir cette monstruosité ? Car nous disons, nous, que le baptême remet tous les péchés, qu' il efface tous les crimes, au lieu de ne faire que de les raser et d'en laisser subsister les racines, comme des cheveux qu'on rase, et qui ne font ensuite que repousser de plus belle. Car c'est la comparaison que j'ai trouvée qu'ils emploient, et dont ils nous chargent encore, comme si elle reproduisait notre langage ou exprimait notre pensée. C'est sans doute ce que nous avons pu dire de la concupiscence de la chair qui leur fait ici illusion, ou dont ils abusent pour faire illusion aux autres : car il est vrai qu'elle reste aux personnes baptisées pour leur fournir matière de combat, et accroître leurs mérites, si elles usent de vigilance et qu'elles se conduisent par l'esprit de Dieu. "

2. Ibidem, c. 14 : " Personne dans l'Eglise ne pourrait être légitimement admis au saint ministère si l'Apôtre avait dit : Que l'évêque soit sans péché (I Tim., III, 2), au lieu de dire, qu'il soit sans crime (irreprehensibilem) ; ou s'il avait dit : Que les diacres soient sans péché (ibid., 10), au lieu de dire, qu'ils ne se trouvent coupables d'aucun, crime (nullum crimen habentes). Car il y en a beaucoup qui sont sans crime parmi les fidèles baptisés ; au lieu que je n'oserais dire de personne vivant ici-bas qu'il soit sans péché, quelque parti que les pélagiens prétendent tirer de cet aveu pour s'élever et s'emporter contre nous : car nous ne disons pas pour cela qu'il reste en nous quelque péché qui n'ait pu être effacé par le baptême ; mais nous disons seulement que tant que nous sommes ici-bas avec notre penchant pour le mal, nous ne cessons de retomber dans des fautes dont nous devons tous les jours demander le pardon, et que Dieu veut bien aussi nous pardonner tous les jours en ayant égard à nos prières et à nos bonnes œuvres. Voilà la vraie foi catholique, telle que l'Esprit-Saint la répand dans nos cœurs, bien loin d'être, comme les assertions de nos adversaires, le produit de la vanité et de la présomption d'esprit. " p.281 fin p.282 début

3. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 13 : " Discutons maintenant cette autre accusation que vous m'intentez, d'avoir dit qu'on n'est purifié que partiellement par le baptême. . . Vous prétendez que j'ai dit que l'homme n'est pas parfaitement renouvelé par la grâce. Mais ce n'est pas là ce que je dis ; pesez bien mes paroles. La grâce renouvelle parfaitement l'homme, puisqu'elle lui procure l'immortalité et la plénitude du bonheur. Je dis de plus qu'elle renouvelle parfaitement l'homme même dès maintenant, quant à la rémission entière des péchés qu’elle nous procure, mais non cependant quant à la délivrance des maux et des misères de notre mortalité, dont le corps qui tend à sa corruption appesantit notre âme (Sag., IX, 15). "

4. Ibidem, c. 14 : " Quoique nous soyons morts au péché et que nous ne vivions plus que pour Dieu, il nous reste cependant quelque chose à faire mourir en nous, pour que le péché ne règne pas dans notre corps mortel, en nous faisant obéir à ses désirs déréglés (Rom., VI, 13), dont nous a justifiés, de manière à ce que nous n'en soyons plus coupables(" A quibus nos solvit, ne his essemus obnoxii, plena atque perfecta remissio peccatorum, et remanserunt in nobis cum quibur gerantur bella castrorum (al. castorum, S. Aug. oper., t. X, col. 1175, édition de Gaume). Je soupçonnerai qu'il faudrait lire ici, au lieu de à quibus nos : à quibus non, ce qui donnerait à la phrase ce nouveau sens : Pour que le péché ne règne pas dans notre corps mortel, en nous faisant obéir à ses désirs déréglés, auxquels ne nous exempte pas d’être toujours sujets la pleine et entier rémission des péchés (reçue dans le baptême), et qui restent en nous pour servir de matière à nos combats. "), la pleine et entière rémission des péchés, et qui sont restés en nous pour servir de matière à nos combats. . . Ainsi, bien que le baptême sanctifie aussi le corps, cette sanctification n'a cependant pour effet que de nous remettre nos péchés c'est-à-dire de nous laver non-seulement de tous les péchés antérieurement commis, mais encore du mal de la concupiscence qui nous reste, avec laquelle tout homme vient au monde nécessairement, et dont il mourrait même nécessairement coupable, s'il n'était auparavant régénéré. Où m'avez-vous donc surpris à dire, ou dans lequel de mes écrits avez-vous lu, que nous ne sommes pas renouvelés par le baptême, mais quasi renouvelés ; que nous ne sommés pas délivrés par le baptême, mais quasi délivrés ; que nous ne sommes pas sauvés, mais quasi sauvés ? Loin de moi cette impiété de frustrer de sa vertu la grâce de ce bain salutaire, ou j'ai reçu de l'eau et de l'Esprit-Saint une nouvelle naissance ; où j'ai p.282 fin p.283 début obtenu le pardon de tous mes péchés, tant de ceux qui étaient le résultat de ma naissance, que de ceux qui étaient l’effet de ma mauvaise vie ! C'est cette grâce, je le sais, qui vient à mon secours pour m'empêcher de succomber à la tentation, en me laissant emporter et attirer dans le mal par la concupiscence (JAC., I, 14), et qui fait exaucer ma prière lorsque je dis avec les autres fidèles : Pardonnez-nous nos offenses. J'espère aussi que celte grâce me fera sentir sa vertu jusque dans l'éternité, alors qu'il n'y aura plus dans mes membres de loi qui combatte la loi de mon esprit (Rom., VII, 23). Je ne cherche donc point à rendre vaine la grâce de mon Dieu ; mais c'est vous, son ennemi, qui semblez chercher à la détruire par votre vaine présomption. "

5. Ibidem, c. 15 : " Dans le baptême donc sont remis tous les péchés, soit contractés dès l'origine, soit commis dans la suite par ignorance ou avec connaissance. Mais lorsque l'apôtre saint Jacques dit ces paroles : Chacun est tenté par sa propre concupiscence qui l’emporte et qui l'attire dans le mal (JAC., I, 14), et ensuite, quand la concupiscence a conçu, elle enfante le péché (JAC., I, 14-15), il faut bien distinguer dans ces paroles l'enfantement même du fruit de l'enfantement. C'est la concupiscence qui enfante, et c'est le péché qui est enfanté. Mais la concupiscence n'enfante pas avant d'avoir conçu et elle ne conçoit qu'après avoir attiré la volonté dans le mal, c'est-à-dire, obtenu son consentement pour le commettre. Les combats que nous livrons à la concupiscence ont donc pour objet de l'empêcher de concevoir et d'enfanter le péché. Si donc, en même temps que tous les péchés ou tous les mauvais fruits de la concupiscence, sont remis dans le baptême, la concupiscence elle-même était détruite d'où viendrait que les saints, pour l'empêcher de concevoir de nouveau, lui livrent encore tant de combats en matant leur corps, en flagellant leurs membres, en crucifiant leur chair ? "

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