Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 196)
3. Ecclésiastique, II, 21 -22 : " Ceux qui craignent le Seigneur garderont ses commandements, et ils auront patience jusqu'à ce qu'ils attirent sur eux ses regards, - en disant : Si nous ne faisons pénitence, c'est dans les mains du Seigneur que nous tomberons, et non dans celles des hommes. " p.347 fin p.348 début
4. Hébreux, XI, 6 : " Or, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; car, pour s'approcher de Dieu, il faut croire, premièrement qu'il y a un Dieu, et qu'il récompense ceux qui le cherchent. "
6. Ecclésiastique, I, 27-28 : " La crainte du Seigneur chasse le péché ; or, celui qui n'a pas cette crainte, ne pourra être justifié, parce que l'émotion de la colère qu'il a dans le cœur est sa ruine. "
2. Le même, de la Prédestination des Saints, c. 20 : " L'Apôtre nous montre encore bien clairement que le commencement même de la foi est un don de Dieu, par ce qu'il dit aux fidèles de Colosses : Priez avec assiduité et vigilance, et accompagnez vos prières d'actions de grâces. Priez aussi pour nous, afin que Dieu nous ouvre une entrée pour faire recevoir sa parole, et pour annoncer le mystère de Jésus-Christ pour lequel je suis dans les liens, et que je le découvre aux hommes comme je le dois (Col., IV, 2 et suiv.). Comment l'entrée est-elle ouverte à la parole de Dieu, sinon quand le cœur des auditeurs s'ouvre à la foi pour croire, et qu'après avoir commencé à croire, il reçoit avec docilité toutes les vérités qui contribuent à édifier et à affermir la doctrine du salut, sans quoi le cœur fermé par l'incrédulité désapprouve et rejette tout ce qu'on lui dit ? "
" L'Apôtre pouvait-il montrer plus clairement que ce commencement de la foi est un don de Dieu, qu'en disant comme il le fait aux Colossiens : Demandez à Dieu pour nous qu'il nous trouve une entrée favorable pour faire recevoir sa parole ? Car on ne ferait pas cette prière à Dieu, si l'on ne croyait pas que c'est lui qui ouvre dans les cœurs cette entrée à l’Evangile. La marchande de pourpre dont il est parlé dans les Actes des Apôtres avait reçu ce don céleste de la grâce, puisqu'il y est dit (XVI, 44), que Dieu lui avait ouvert le cœur pour la rendre attentive aux vérités que Paul prêchait. Elle était donc appelée par cette espèce de vocation intérieure qui fait que l'on croit (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 138-139, 141). "
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3. Le deuxième concile d'Orange (tenu l'an 829), canon 5 :
" Si quelqu'un dit que le commencement, comme l'accroissement de la foi, et le mouvement de la volonté qui nous porte à croire en celui qui justifie l'impie, et à obtenir la régénération dans le baptême ne sont pas des effets de la grâce, c'est-à-dire une inspiration du Saint-Esprit qui nous rappelle de l'infidélité à la croyance, et de l'impiété à la piété, mais que ce sont des effets de la nature ; il se montre ennemi de l'enseignement apostolique, et en particulier de ce qu'a dit saint Paul en ces termes : J’ai une ferme confiance, que celui qui a commencé le bien en vous ne cessera de le perfectionner jusqu'au jour de Jésus-Christ (Philip., I, 6). Et encore : C'est une grâce qui vous a été faite, non-seulement que vous croyiez en lui, mais encore que vous souffriez pour lui (ibid., 29). Et ailleurs : C'est par un effet de la grâce que vous êtes sauvés en vertu de la foi ; et cela ne vient pas de vous, puisque c'est un don de Dieu. Ceux en effet qui disent que la foi par laquelle nous croyons en Dieu nous est naturelle, pourraient à bon droit ranger au nombre des fidèles tous ceux qui sont éloignés de l’Eglise de Jésus-Christ (Cf. Dictionnaire universel et complet des conciles, t. II, col. 155, édit. Migne). "
4. Le même, canon 6 : " Si quelqu'un dit que la miséricorde divine nous est conférée comme récompense de notre foi, de notre bonne volonté, de nos saints désirs, de nos efforts, de nos travaux, de nos veilles, de nos études, ou de ce que nous aurions demandé, cherché, frappé, sans que la grâce de Dieu nous eût poussé à le faire, au lieu de confesser que notre foi, notre bonne volonté et tout le reste ne nous est possible que par un effet de l'inspiration et d'une communication des dons du Saint-Esprit ; ou si quelqu'un prétend que la grâce vient seulement en aide à notre humilité et à notre obéissance au lieu d'être le principe de notre humilité et de notre obéissance mêmes ; il contredit ces paroles de l’Apôtre : Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu (I Cor., IV, 7) ? Et ces autres paroles : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis (I Cor., XV, 10) (Cf. Ibidem). "
5. Le même concile, canon 7 : " Si quelqu'un prétend que, sans les lumières et l'inspiration du Saint-Esprit qui donne à tous cette suavité intérieure qui fait qu'on embrasse la vérité, et qu'on y ajoute foi, il puisse, par ses forces naturelles, penser comme il faut, se porter à faire quoi que ce soit de bon par p.349 fin p.350 début rapport au salut et à la vie éternelle, se rendre à la prédication salutaire, c'est-à-dire à celle de l’Evangile, il faut que l'esprit d'erreur et d'hérésie l'ait séduit puisqu'il n'entend pas la voix de Jésus-Christ même, qui dit dans l’Evangile : Vous ne pouvez rien sans moi. (JEAN, XV, 5) ; ni celle de l'Apôtre, qui dit : Nous ne sommes capables d’avoir aucune bonne pensée comme de nous-mêmes, mais c'est Dieu qui nous en rend capables (II Cor., VI, 5) (Cf. Dictionnaire universel et complet des conciles, t. II, col. 155, édit. Migne). "
6. Ibidem, canon 28 (ou pour mieux dire, conclusion des vingt-cinq canons dogmatiques de ce concile) : " Nous faisons aussi profession de croire que, dans toutes nos bonnes œuvres, ce n'est pas nous qui commençons pour être aidés ensuite par la miséricorde de Dieu ; mais que c'est lui-même qui, sans aucun bon mérité précèdent de notre part, nous inspire le premier la foi en lui et son amour, en nous portant à recourir au sacrement de Baptême, et nous donnant la force, après le baptême reçu, d'accomplir avec son secours les choses qui lui sont agréables. De là il suit évidemment que nous devons croire que la foi du bon larron, rappelé par le Seigneur à la patrie céleste comme celle du centurion Corneille, à qui l'ange du Seigneur fut envoyé, et celle de Zachée, qui mérita de recevoir le Seigneur en personne, ne venait pas de la nature, mais de la pure bonté de Dieu (Cf. Ibidem, col. 158-159). "
7. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Christi, c.
17 : " Que chacun croie sans aucun doute, que la foi lui est donnée à l'aide et par un effet de la grâce, sans qu'il puisse seulement s'attribuer à lui-même les commencements de sa foi. Que par faiblesse, plutôt que par force d'esprit, on ne s'attribue pas non plus soi-même le mérite de la pénitence, dont Dieu nous inspire le sentiment pour nous rappeler à la vie, en s'exposant à perdre les avantages d'un aussi puissant remède, par cette ingrate opiniâtreté qui nous porterait à en nier le bienfait, tandis que l'humilité du cœur nous est si fortement recommandée par les divins oracles, qui nous enseignent clairement et avant tout le reste, que c'est le Seigneur qui prépare et dirige ce bon mouvement de volonté, par lequel commence en nous une première velléité de croire. C'est ce que Salomon nous a déclaré en propres termes : La volonté, a-t-il dit, est préparée par le p.350 fin p.351 début Seigneur (Prov., XX, 24). C'est aussi ce que David a célébré dans ses psaumes : Le Seigneur dirigera les pas de l'homme, et sa voie sera approuvée de lui (Ps. XXXVI, 23). "
8. Ibidem, c. 18 : " C'est avec bien de la raison que saint
Paul attribue à la miséricorde de Dieu et aux prévenances de sa grâce, non-seulement le commencement de sa foi en Jésus-Christ, mais encore la connaissance qu'il a eue de son incrédulité première. Dieu lui a fait cette grâce dans sa miséricorde, afin qu'éclairé et aidé en même temps, il reconnût son état d'incrédulité et s'appliquât à en sortir. Car le Seigneur est notre lumière et notre salut ; c'est lui qui nous éclaire, afin que nous connaissions nos péchés, et qui nous guérit, afin qu'après avoir renoncé au péché, nous vivions dans la pratique de la justice. C'est pour cela que ce même apôtre qui avoue si humblement avoir obtenu miséricorde pour devenir fidèle (I Tim., I, 12, 13), nous donne cette instruction salutaire : Cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Rom., IX, 16). Et en effet, pour vouloir nous avons besoin du don d'une miséricorde prévenante, et pour courir nous avons besoin du secours d'une miséricorde subséquente. "
9. S. AUGUSTIN, Tract. XXVI in Evangelium Joannis : " Personne ne peut venir à moi à moins d'être attiré par mon Père, qui m'a envoyé (JEAN, VI, 44). C'est bien là nous dire quel est le prix de la grâce. On ne vient point à moins d'être attiré : quel est celui qui est attiré et celui qui ne l'est pas ? Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ? Ne vous embarrassez point de ces questions, si vous ne voulez pas tomber dans l'erreur. Attachez-vous simplement à ce que Jésus-Christ nous apprend là-dessus, et n'allez pas plus avant. Vous n'êtes point encore attiré, priez pour obtenir la grâce d'être attiré. Mais cette expression ne vous parait-elle pas bien dure ? Si nous sommes attirés par un autre à Jésus-Christ, c'est donc contre notre gré que nous croyons en lui ? Mais alors notre volonté serait violentée, et non pas simplement excitée. On peut entrer dans une église, se présenter à l'autel, participer à l'auguste sacrement par contrainte et par violence ; mais croire, non. On ne croit que lorsqu'on le veut. On pourrait croire sans le vouloir, si la foi était une opération corporelle ; mais la foi n'est pas une opération corporelle, c'est une opération du cœur Ecoutez ce qu'en dit l'Apôtre : On croit de cœur pour la justice, nous dit-il (Rom., X, 10). "
10. Le même, de la Prédestination des Saints, c. 11 : " C'est p.351 fin p.352 début un seul et même esprit qui opère tous ces dons, et qui les distribue à chacun comme il lui plaît (I Cor., XII, 11). Or, vous savez qu'entre ces dons, l'Apôtre marque expressément la foi même. Ainsi, comme Dieu exige de nous la mortification des œuvres de la chair, en nous proposant la vie pour récompense, quoique cette application à mortifier les désirs charnels soit un don de Dieu, de même la foi aussi est un don de Dieu, quoique Dieu, en nous disant : Si vous croyez, vous serez sauvé, l'exige de nous, en nous promettant le salut pour récompense. Car le dessein de Dieu, en nous commandant ces vertus, et en nous apprenant en même temps que ce sont des dons de sa grâce, est de nous faire comprendre, et que c'est nous qui faisons ces œuvre de vertus, et que c'est lui qui nous les fait faire (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 91-92). "
11. Le même, De spiritu et litterâ, c. 31 : "
Nous sommes fidèles à Dieu, en tant que nous croyons en lui par la foi ; et Dieu nous est fidèle à son tour, en tant qu'il nous tient ses promesses. Voici en effet ce que dit l'Apôtre : Dieu est fidèle, et il ne permet pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces (I Cor., X, 13). Au sujet de cette autre foi qui est en nous-mêmes, et qui consiste à croire à Dieu, ou en Dieu, comme on le voudra, on demande si elle est en notre pouvoir. Car nous lisons : Abraham crut à Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice (Gen., XV, 6) ; et : Lorsqu'un homme croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice (Rom., IV, 5). Examinez maintenant si quelqu'un croit malgré lui-même ou s'il ne croit pas quand même il voudrait croire. S'il est absurde de le supposer ; car qu'est-ce que croire, sinon donner son consentement à la vérité de ce qui nous est annoncé ? or, donner son consentement, c'est faire acte de volonté ; il est donc en notre pouvoir de croire ou de ne pas croire. Mais, comme le dit l'Apôtre, il n'est point de pouvoir qui ne vienne de Dieu (Rom., XIII, 1). "
12. Ibidem, c. 32 : " Car il est en notre pouvoir de croire ou de ne pas croire, puisqu'on croit dès-là qu'on le veut, et qu'on ne peut croire qu'autant qu'on le veut bien, etc. "
13. Le même, in expositione propositionum quarumdam ex epistolâ ad Romanos, c. 44 : " En disant : Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas. . . Que si je fais ce que je ne veux pas, je consens à la loi, et je reconnais qu'elle est bonne, etc. (Rom., VII, 16, 20) ; l’Apôtre met suffisamment la p.352 fin p.353 début loi à l'abri de tout reproche. Mais prenons garde que quelqu'un ne s'imagine que, par ces mêmes paroles, l'Apôtre nous refuse le libre arbitre : ce qui est loin de sa pensée. En effet, il s'agit dans cet endroit de l'homme placé sous la loi avant d'avoir reçu la grâce. Dans cet état il est comme vendu au péché, malgré tous les efforts qu'il pourrait faire pour vivre dans la pratique de la justice sans le secours de la grâce de Dieu, qui le délivrerait. Or, il a son libre arbitre pour croire au libérateur promis, et pour recevoir la grâce qui le mettrait en état de ne plus pécher, en usant comme il faut de ce secours libérateur, de cesser par-là même d’être sous la loi, puisqu'il s’élèverait au-dessus de la loi en l'accomplissant par amour pour Dieu ou par le motif de la charité, ce à quoi la crainte était impuissante. "
14. Le même, Lib. I quæstionum ad Simplicianum, q. 2 : " Si Jacob a cru parce qu'il a voulu croire, ce ne sera plus Dieu qui lui aura donné la foi, mais il se la sera procurée à lui-même par sa propre volonté, et il aura quelque chose qu'il n'aura pas reçu. Ou bien n'est-ce pas plutôt que, comme personne ne peut croire sans en avoir la volonté, ni en avoir la volonté sans être appelé, et qu'il ne dépend pas de nous d'être appelé, Dieu en nous appelant nous donne la foi, puisqu'en effet on ne peut pas avoir la foi sans être appelé, quoique la foi ne soit pour personne l'effet de la contrainte ? Car comment croiront-ils en celui dont ils n'auront point entendu. parler ? on comment en entendront-ils parler, si personne ne le leur prêche (Rom., X, 14). Ainsi donc personne n'a la foi qu'il n'ait été appelé, mais tous ceux qui sont appelés n’ont pas pour cela la foi. Car il y a beaucoup d'appelés nais peu d’élus (MATTH., XX, 16). Assurément ceux qui n'ont pas méprisé l'appel qui leur était fait, mais qui y ont obtempéré par la foi, ont cru sans doute par un effet de leur volonté. " 15. S. PROSPER, Lib. II de vocatione gentium, c. 27 : " Notre-Seigneur a dit, à la vérité : Personne ne vient à moi, si mon Père qui m'a envoyé ne l'attire (JEAN, VI, 44). Mais il a dit cela pour nous apprendre que la foi, sans laquelle personne ne vient à Jésus-Christ, est un bienfait dont nous sommes redevables au Père éternel, conformément à ce que Notre-Seigneur a dit à son apôtre : Vous êtes heureux, Simon fils de Jean, parce que ce n'est pas la chair ou le sang qui vous a révélé ceci, mais mon père qui est dans tes cieux (MATTH., XVI, 17). Celui qui inspire la foi à ceux qu'attire le Père céleste etc. " Comme on le voit, ce sont les mêmes paroles que celles du même auteur p.353 fin p.354 début rapportée au chapitre précédent, témoignage 24, pages 342-343.
16. Ibidem, c. 28 : " Dieu, pour nous faire obéir à sa parole, nous en donne la volonté de telle manière, que ceux mêmes qui persévéreront restent libres de ne pas avoir cette volonté. Autrement, il serait inouï qu'aucun fidèle eût jamais apostasié la foi. "
17. EUTHYME, in caput I Evangelii secundùm Joannem, sur ces paroles, Ut omnes crederent per illum : " Jean a rendu témoignage pour que tous eussent la foi, et cependant tous n'ont pas eu la foi. C'est que la foi n'est pas l'effet de la contrainte ; mais elle est volontaire et libre. "
18. S. ISIDORE, Lib. II de summo bono, c. 2 : " La foi n'est extorquée à personne par violence, mais ce sont les raisons et les exemples qui nous en persuadent la vérité. Quand on l'impose par force, elle ne saurait être durable, pas plus que de jeunes arbustes ne gardent longtemps, pour peu qu'on les laisse à eux-mêmes, la direction forcée qu'on a voulu donner à leurs tiges : il suffit qu'on les laisse un instant libres de tous liens, pour qu'ils reprennent leur première direction. De même que c'est volontairement qu'un homme s’éloigne de Dieu, par l'abus qu'il fait de son libre arbitre, ainsi doit-il revenir à Dieu de son propre mouvement, pour rendre ainsi hommage tout à la fois, et au don que Dieu lui a fait de son libre arbitre par le mouvement qu'il imprime à sa volonté, et au bienfait de la grâce par l'adhésion qu'il donne aux vérités de la foi. "
19. S. AUGUSTIN, de Naturâ et Gratiâ, c. 44 :
" Notre adversaire dit lui-même que la question n'est pas ici de savoir s'il y a ou s'il y a eu sur la terre des hommes sans péché, mais s'il a pu ou s'il peut y en avoir. Pour moi, quand même je reconnaîtrais qu'il y en a eu ou qu'il y en a encore aujourd'hui, je dirais toujours que cela n'a pu ou ne peut avoir lieu que par un effet de la grâce de Dieu, qui leur aurait été donnée en vertu des méritées de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car c'est cette foi, je veux dire la foi en Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, la foi dans la vertu de son sang, dans la vertu de sa croix, la foi en sa mort et en sa résurrection, qui a guéri de leurs péchés les anciens justes, comme elle seule peut nous en guérir nous-mêmes. Ayant donc le même esprit de foi, nous croyons aussi, et c'est pourquoi nous parlons (II Cor., IV, 13). "
20. S. FULGENCE, Lib. I de remissione peccatorum, c. 8 : "
Les divins oracles donnent sans cesse aux méchants l’avertissement p.354 fin p.355 début salutaire de ne pas rester dans l'esclavage du péché, mais de recourir à la miséricorde de leur divin juge tandis qu'ils sont dans cette vie. Ils recommandent en même temps aux justes de. servir le Seigneur dans la crainte, et de se réjouir en lui avec tremblement (Ps. II, 11-12), de ne pas négliger non plus de se corriger, de peur qu’à la fin le Seigneur ne se mette en colère et qu'ils ne périssent hors de la voie de la justice. Dieu donc, qui est tout à la fois juste et miséricordieux, en même temps qu'il avertit les méchants de le craindre et de l'aimer à cause de sa justice et de sa miséricorde, pour qu'en se convertissant ils échappent aux châtiments dont sa justice les menace, et reçoivent le pardon que sa miséricorde leur promet, avertit aussi les bons de l'aimer et de le craindre à cause de sa justice et de sa miséricorde, pour que, comme ils ne doivent qu’à sa miséricorde qui les a prévenu l'avantage d'être bons, ils puissent par reconnaissance pour sa miséricorde persévérer dans la pratique des bonnes œuvres et se préserver du péché par la crainte de sa justice ; et pour qu'instruits par la considération de leur propre faiblesse ils ne présument jamais de leurs forces, mais qu'ils implorent avec constance et humilité la puissance de sa grâce. Les bons comme les méchants doivent donc aimer sa miséricorde aussi bien que craindre sa justice ; et les bons en particulier doivent bien prendre garde d'aimer tellement la première qu'ils n'aient aucune crainte de la seconde, et ne tombent ainsi dans les pièges séducteurs du démon ; comme les méchants à leur tour ne doivent pas s'arrêter à considérer la sévérité de la justice divine, sans chercher, comme ils le peuvent par une sincère conversion, à recueillir le bienfait de la miséricorde, et en s'aveuglant de cette manière, non-seulement se refuser à eux-mêmes le pardon de leurs péchés, mais encore les multiplier sans fin. "
21. Ibidem, c. 9 : " Voici le double filet dans lequel le démon a l'adresse d'engager ceux qui ne sont. pas sur leurs gardes : ou bien il les berce de la vaine espérance d'un pardon à venir, et les empêche par-là de se convertir malgré la crainte qu'ils ont de la justice divine ; ou bien il les jette dans le désespoir d’obtenir jamais ce pardon, et fait que, ne songeant plus à se convertir, ils lâchent les rênes à leurs appétits déréglés, et par suite de leur découragement se précipitent dans l'enfer. Et c'est ainsi que cet ennemi rusé du genre humain perd les uns par un désespoir qui leur fait affronter la damnation, et les autres par une vaine présomption qui les séduit. C’est pour cela que saint Paul, ou plutôt p.355 fin p.356 début Jésus-Christ dans la personne de cet apôtre, écrivant à des fidèles dont il louait l'obéissance, leur recommandait néanmoins d’opérer leur salut avec crainte et tremblement : Ainsi, mes chers frères, leur disait-il, comme vous avez toujours été obéissants ayez soin, non-seulement lorsque je suis présent mais encore plus lorsque je suis éloigné de vous, d'opérer votre salut avec crainte et tremblement. Car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir (Philip., II, 12-15). Paroles par lesquelles cet apôtre fait entendre que les fidèles, au milieu des bonnes œuvres qu'ils pratiquent, ne doivent pas perdre de vue la pensée redoutable de la justice de Dieu ; en même temps qu'il relève à nos yeux sa miséricorde en nous rappelant que c'est lui qui opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir. Car, s'il n'était pas juste, il ne serait pas craint avec justice par ceux-là mêmes qui font le bien ; et s'il n'était pas miséricordieux, il ne ferait pas en nous tout ce qu'il y a de bien, tant dans le propos que nous pouvons en former que dans son exécution. C'est cette crainte de la justice divine que l'Apôtre prend soin d'inculquer si fortement aux justes par ces autres paroles : Que celui qui se croit ferme prenne garde de tomber (I Cor., X, 12). "
22. Ibidem, c. 11 : " On ne pourrait compter tous les passages de l’Ecriture où il est fait mention de la miséricorde et de la justice de Dieu : car tous les divins oracles ont pour objet, ou d'avertir les méchants de mettre une prompte fin à leurs désordres par la crainte que doit leur inspirer la justice de Dieu, ou d'engager les justes à persévérer dans leurs bonnes œuvres en usant de vigilance aussi bien que d'humilité : sans doute afin que les pécheurs, redoutant la justice de Dieu, s'empressent de se réfugier dans le sein de sa miséricorde, et que les justes, tout en se réjouissant des effets de sa miséricorde, ne perdent pas de vue le jugement qu'il prononcera avec une douce équité. Car celui qui est la justice et tout la fois la miséricorde même ne peut ni conniver au mal, ni refuser son indulgence à ceux qui reviennent à la pratique de la vertu. "
23. S. PROSPER, Lib. II de vocatione gentium, c. 27 : " Ce consentement que nous donnons (à entrer dans des sentiments de foi, d'espérance et de charité) est amené en nous, non-seulement par l'audition de la parole évangélique et les instructions diverses que nous recevons, mais encore par le motif de crainte, selon ce qui est écrit que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse (Prov., IX, 10). Cette crainte, quels que soient les p.356 fin p.357 début moyens dont Dieu peut se servir pour nous l'inspirer, a pour premier effet d'alarmer le pécheur, pour second de tourner sa volonté au bien, et pour troisième de le lui faire même goûter avec délices. De là cette autre parole de l’Ecriture : Heureux l'homme à qui il est donné d'avoir la crainte de Dieu (Ecclé., XXV, 13). Quoi de plus propre, en effet, à nous rendre heureux qu'une crainte qui produit en nous et nous enseigne la sagesse, c'est-à-dire le goût des choses divines, objet digne de toute l'application de notre volonté, dont les progrès dans le bien seront facilités par cette même crainte qui nous aura portés dès le commencement à le faire ? Ainsi, lorsque cette crainte est imprime en nous, elle n'éteint pas notre raison, quelque effrayant que puisse être le sujet qui nous l'a occasionnée, elle ne nous ôte pas l'intelligence ; mais elle dissipe plutôt les ténèbres qui nous enveloppaient, et elle rend la rectitude et la liberté à notre volonté déréglée et captive. De même donc que notre âme est incapable de vertu, tant qu'un rayon de la véritable lumière n'a pas pénétré en elle, ainsi la grâce ne produit aucun fruit en nous, tant qu'elle n'a pas fait pénétrer sa lumière dans notre volonté.
"
24. Le même (Ou plutôt Julien Pomère, qui paraît être le véritable auteur de cet ouvrage), Lib. III de vitâ contemplativâ, c. 12 : " Après s'être étendu sur l'effrayant appareil du jugement dernier, sur l'éternité et sur la nature des peines de l'enfer, cet auteur ajoute : " Ecouter ou lire volontiers de pareils sujets, se les remettre sans cesse sous les yeux, croire les vérités qu’ils nous présentent, les craindre sans s'en laisser troubler, penser quel mal c'est que d'être exclu du bonheur de voir Dieu, d'être privé de la société de tous les bienheureux, d'être banni pour toujours de la patrie céleste, de mourir à la vie éternelle, de ne vivre que pour mourir éternellement, d'être précipité avec le démon et ses anges dans le feu éternel, où demeurer c'est subir une seconde mort, et où vivre c'est un supplice ; feu étrange qui semble avoir perdu sa qualité d'éclairer pour ne plus garder que celle de faire souffrir, d'entendre pétiller autour de soi ce feu dévorant, d'en sentir la fumée entrer dans ses yeux, d'être plongé dans un océan de flammes, d'être éternellement la proie des vers, et de ne jamais pouvoir être anéanti : s'occuper de pareilles pensées, c’est dire adieu à tous les vices et réprimer tous les désirs de la chair. Mais nous, si nous avons davantage à cœur notre perfection, ne nous bornons pas à méditer sur ces vérités p.357 fin p.358 début effrayantes qui inspirent à tous les fidèles une terreur salutaire, et les éloignent des voluptés illicites ; vérités dont les voluptueux feront la triste épreuve dans un temps, hélas ! où ils ne pourront plus se corriger ; mais considérons de plus ce sublime bonheur qui fait tressaillir d’espérance ceux qui avancent dans la vertu, et qui leur fait désirer le ciel au mépris de tous les biens de la terre ; et puisque ceux qui font ces progrès ne s’élèvent à la perfection de la charité qu'après avoir commencé par la crainte, nous avons cru devoir aussi commencer par traiter de la crainte, en faveur de ceux qui commencent, pour parler maintenant de la charité que nous demanderons à celui qui en est la source et le principe. "
25. S. AUGUSTIN, in Epist. I Joannis, Tract. IX : " Quelqu'un a-t-il commencé à croire que le jour du jugement viendra ; s'il a commencé à le croire, il a commencé à le craindre, etc. " Voir ce passage rapporté plus haut, question
26. Le même, de catechizandis rudibus, c. 5 : " La considération de la justice de Dieu, qui a coutume de frapper les hommes d'une terreur salutaire, doit servir elle-même à élever en nous l'édifice de la charité, en ce que nous réjouissant de nous voir aimés de celui que nous avons tant de raisons de craindre, nous sommes par cela même inclinés à l'aimer à notre tour, et que nous l’craignons de déplaire à un Dieu si aimable, quand même nous pourrions le faire impunément. Car il est très-rare, ou plutôt il n'arrive jamais qu'on veuille se faire chrétien, si l'on n'y est d'abord poussé par quelque crainte. "
27. Le même, Lib. L Homiliarum, Hom. L, c. 2 : " Quiconque est en âge de discernement ne peut s'approcher des sacrements offerts aux fidèles pour mener une nouvelle vie, s'il n'a commencé par se repentir de l'ancienne qu'il a menée. Il n'y a que les petits enfants qui soient exemptés de faire cette pénitence, par la raison qu'ils ne sont pas encore capables d'user de leur liberté. Pour tous les autres, ils ne peuvent entrer dans le bercail de Jésus-Christ qu’à condition de changer de vie, et de se repentir de ce qu'ils étaient auparavant. "
28. Le même, ibidem, Hom. XXVII, c. 1 : " Personne ne peut recevoir comme il faut le baptême chrétien, dont la vertu est d'effacer tous les péchés, qu'autant qu'on a commencé par se repentir des égarements de sa vie passée. Car celui-là seul embrasse une vie nouvelle, qui conçoit du regret de l'ancienne. . . . . "
p.358 fin p.359 début " Ceux qui se laissèrent toucher du regret de leurs crimes ayant dit aux apôtres : Que ferons-nous donc ? saint Pierre leur dit : Faites pénitence et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et vos péchés vous seront alors pardonnés (Act., II, 38). Si donc il y en a parmi ceux qui m’écoutent, comme nous devons le croire, qui se disposent à recevoir le baptême car ils doivent être d'autant plus empressés à venir entendre la parole de Dieu qu'ils sont plus près d'obtenir le pardon de leurs péchés ; commençons par leur adresser la parole, pour relever leurs cœurs par l'espérance qui doit les animer. Qu'ils s'appliquent avant tout à devenir ce qu'ils ne sont pas encore, et à détester ce qu'ils ont été autrefois. Qu'ils commencent à prendre les traits du nouvel homme dont ils seront bientôt revêtus ; qu'ils ne doutent pas de la possibilité qu'il y a pour eux de se défaire de tout ce qu'ils ont à déplorer de leur vie passée, de tout ce qui fait naître dans leurs consciences de justes sujets d'inquiétude, en un mot, de tous leurs péchés, grands ou petits, publics ou secrets ; de crainte que leur défaut de foi ne leur fasse perdre les avantages du pardon que leur offre la miséricorde divine. "
29. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXI ad populum Antiochenum : " Ne retournons donc point à notre vomissement, et apprenons de saint Jean et du chef des apôtres les dispositions qu'il faut apporter au baptême. Saint Jean dit : Faites de dignes fruits de pénitence, ne croyez pas qu'il vous suffise de dire qu'Abraham est votre père (LUC, III, 8). Saint Pierre répond à ceux qui l'interrogeaient : Faites pénitence, et que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Act., II, 38). Le vrai pénitent se détache pour jamais de son péché ; aussi nous est-il ordonné de dire : Je renonce à Satan, comme pour nous dire de rompre pour toujours avec lui (Cf. Homélies de saint Chrysostôme au peuple d’Antioche, trad. de Maucroix). " p.359 fin p.360 début
CHAPITRE XI. CE QUE C’EST QUE LA JUSTIFICATION, ET QUELLES EN SONT LES CAUSES.
" Cette disposition ou préparation est suivie de la justification même, qui ne consiste pas seulement dans la rémission des péchés, mais de plus dans la sanctification et le renouvellement de l'homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons qui l'accompagnent : ce qui fait que l'homme devient juste d'injuste qu'il était auparavant, et ami de Dieu de son ennemi qu'il était, pour être selon l’espérance qui lui en est donnée, héritiers de la vie éternelle. "
" Cette justification, si on en recherche les causes, a premièrement pour cause finale la gloire de Dieu et de Jésus-Christ, et la vie éternelle. Pour cause efficiente, elle a Dieu même qui nous purifie et nous sanctifie dans sa miséricorde, sans que nous l'ayons mérité et nous marque du sceau et de l'onction de l’Esprit-Saint, promis dans les Ecritures, et qui est le gage de l'héritage que nous sommes appelés à posséder un jour. La cause méritoire de notre justification, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils unique et bien-aimé de Dieu, qui, par l'amour extrême dont il nous a aimés, tandis que nous étions ses ennemis, nous a mérité notre justification et a satisfait pour nous à Dieu son père, par sa très-sainte passion endurée sur l'arbre de la croix. La cause instrumentale, c'est le sacrement de baptême, qui est le sacrement, de la foi, sans laquelle personne ne peut être justifié. Enfin la cause formelle de la justification, c'est uniquement la justice de Dieu, non celle dont il est juste lui-même, mais celle dont il nous rend justes, et qui, quand une fois nous l'avons reçu de lui, nous renouvelle dans l'intérieur de notre âme, en sorte que nous ne soyons pas seulement réputés justes, mais que nous en portions le nom avec vérité et que nous le soyons véritablement, chacun de nous recevant en soi-même la justice selon la mesure qui lui convient, et selon le partage qu'en fait le Saint-Esprit, comme il lui plaît et suivant la disposition et la coopération que chacun peut y apporter. Car quoique personne ne puisse être juste que celui à qui les mérites de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont communiqués, il faut entendre cependant que cela se fait dans la justification du pécheur, lorsqu’en vertu des mérites de cette même passion, la divine p.360 fin p.361 début charité est répandue par le Saint-Esprit dans les cœurs de ceux qui sont justifiés, et y demeure comme une qualité qui leur devient inhérente. De là vient que dans cette œuvre de la justification, l'homme reçoit avec la rémission de ses péchés tous ces dons infus appelés la foi, l'espérance et la charité, par son union avec Jésus-Christ, auquel il est enté pour ainsi dire. Car la foi elle-même, si elle n'est accompagné de l'espérance et de la charité, ne suffit pas pour nous unir parfaitement à Jésus-Christ, ni pour nous rendre des membres vivants de son corps mystique. C'est en ce sens que nous disons avec beaucoup de vérité, que la foi sans les œuvres est morte et devient inutile, et qu'en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sert de rien, mais que ce qui sert beaucoup, c'est la foi animée de la charité. C'est cette foi que les catéchumènes, conformément à la tradition venue des Apôtres, demandent à l'Eglise, lorsqu'au moment de recevoir le sacrement de baptême, ils demandent la foi (Voir le Rituel romain) qui puisse leur procurer la vie éternelle ; or elle ne la leur procurerait pas, si elle n'était accompagné de l’espérance et de la charité. C'est pourquoi, on a soin aussitôt de leur faire entendre cette parole de Jésus-Christ : Si vous voulez entrer dans la vie éternelle, gardez les commandements. Aussi, dès qu'ils ont reçu le sacrement de régénération, et par son moyen la justice chrétienne et véritable, on leur recommande de la conserver pure et sans tache, comme une robe d'innocence qui vient de leur être rendue, en vertu des mérités de Jésus-Christ, en remplacement de celle qu'Adam a perdue par sa désobéissance tant pour lui-même que pour sa postérité, pour pouvoir se présenter avec elle devant le tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et parvenir ainsi à la vie éternelle.
" Conc. Trid., sess. VI, c. 7.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Tite, III, 5-7 : " Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions pu faire, mais à cause de sa miséricorde, par l'eau de la renaissance et par le renouvellement du Saint-Esprit, - qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion, par Jésus-Christ notre Sauveur ; - afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous devinssions les héritiers de la vie éternelle selon l'espérance qui nous en a été donnée. "