Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 197)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2. I Corinthiens, VI, 12 : " C'est ce que quelques-uns d'entre p.361 fin p.362 début vous ont été autrefois ; mais vous avez été lavés, sanctifiés et justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par l'esprit de notre Dieu. "

3. Ephésiens, I, 13-14 : " Après avoir cru à la parole de vérité, vous avez été scellés du sceau de l'Esprit-Saint qui vous avait été promis, - qui est le gage de notre héritage jusqu'à ce que soit consommée la délivrance du peuple que Jésus-Christ s'est acquis par la louange et la gloire de son nom. "

4. Romains, V, 8-10 : " Mais Dieu a fait éclater son amour pour nous en ce que, lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps marqué - Maintenant donc que nous sommes justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison étant maintenant réconciliés avec lui, nous serons sauvés par la vie de ce même Fils. "

5. Ephésiens, II, 4-6, 13-16 : " Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, poussé par l'amour extrême dont il nous a aimés, - lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ, par la grâce duquel vous êtes sauvés ; - et il nous a ressuscités avec lui, et nous a fait asseoir dans le ciel en Jésus-Christ. - Mais maintenant que vous êtes en Jésus-Christ, vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous êtes devenus proches de lui par le sang de Jésus-Christ. - Car c'est lui qui est notre paix ; c'est lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un ; c'est lui qui a détruit en sa chair le mur de séparation, cette inimitié qui les divisait ; - et qui, par sa doctrine, a aboli la loi de Moïse chargée de tant de préceptes, afin de donner en lui-même un seul homme nouveau de ces deux peuples, en mettant la paix entre eux ; - et afin que tous deux étant réunis en un seul corps, il les réconciliât avec Dieu par sa croix, y ayant détruit en lui-même leur inimitié. "

7. Ephésiens, IV, 23-24 : " Renouvelez- vous dans l'intérieur de votre âme, - et revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritable. "

8. I Corinthiens, XII, 11 : " Or, c'est un seul et même

Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons, comme il lui plaît. " p.362 fin p.363 début

10. Romains, V, 5 : " Or, cette espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit, qui nous a été donné. "

11. II Corinthiens, I, 21 - 22 : " Or, celui qui nous confirme el nous affermit avec vous dans la foi en Jésus-Christ et qui nous a oints de son onction, c'est Dieu même ; - et c'est lui aussi qui nous a marqué de son sceau, et qui, pour gage des biens qu'il nous a promis, nous a donné le Saint-Esprit dans nos cœurs. "

12. Galates, V, 6 : " Car, en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien ; mais uniquement la foi qui est animée de la charité. "

13. JACQUES, II, 14-26 : " Mes frères, que servira-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres ? La foi pourra-t-elle le sauver ? - Si, par exemple, un de vos frères ou une de vos sœurs n'ont point de quoi se vêtir et qu'ils manquent de ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre, - et que quelqu'un d’entre vous leur dise : Allez en paix ; je vous souhaite de quoi vous couvrir et de quoi manger, sans leur donner néanmoins de quoi satisfaire aux nécessités de leur corps, à quoi serviront vos paroles ? - Ainsi la foi qui n'est point accompagnée des œuvres, est morte en elle-même.- En sorte qu'on pourra dire. : Vous avez la foi, et moi j'ai les œuvres ; montrez-moi votre foi qui est sans œuvres, et moi je vous montrerai ma foi par mes œuvres. - Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu, vous faites bien ; les démons le croient aussi, et ils tremblent. - Mais voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? - Notre père Abraham ne fut-il pas justifié par ses œuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ? - Ne voyez-vous pas que sa foi était jointe à ses œuvres, et que sa foi fut consomme par ses œuvres ? - Et ainsi cette parole de l’Ecriture fut accomplit : Abraham crut ce que Dieu lui avait dit, et sa foi lui fut imputée à justice, et il fut appelé ami de Dieu. - Vous voyez donc que l’homme est justifié par ses œuvres et non pas seulement par la foi. - Rahab aussi, cette femme débauchée, ne fut-elle pas de même justifiée par les œuvres, en recevant chez elle les espions de Josué, et les renvoyant par un autre chemin ? - Car comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi est morte lorsqu’elle est sans les œuvres. "

p.363 fin p.364 début

14. MATTHIEU, XIX, 16-19 : " Et voici que quelqu'un s'approchant, lui dit : Bon maître quel bien me faut-il faire pour gagner la vie éternelle. - Jésus lui répondit : Pourquoi me demandez-vous ce qui est bon ? Il n'y a que Dieu seul qui soit bon. Au reste, si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. - Et il lui dit : Quels sont ces commandements ? - Jésus lui repartit : Vous ne tuerez point ; vous ne commettrez point d'adultère ; vous ne déroberez point ; vous ne porterez point de faux témoignage ; - honorez votre père et votre mère, et aimez votre prochain comme vous-même.

"

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. VI contra Julianum, c. 11 : " Ah ! que ne savez-vous du moins goûter assez les dons de Jésus-Christ, pour croire qu'ils pourraient servir à vaincre la concupiscence ! Mais les Juifs, dites-vous, en avaient fait mépris parce qu'ils le voyaient accorder son pardon aux péchés, que leur apprenaient à éviter les seules prescriptions de la loi. Comme si le pardon des péchés avait pour effet de délivrer l’homme de ces luttes de la chair contre l'esprit, qui faisaient dire à l'Apôtre : Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair (Rom., VII, 18), et autres passages de ce genre. Mais vous êtes conséquent à ce dogme de votre secte, d'après lequel la grâce de Dieu, donnée en vertu des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, consiste tellement dans le simple pardon des péchés, qu'elle ne prête aucun secours pour les éviter et pour vaincre les désirs charnels, en répandant sa charité dans nos cœurs, par l’Esprit-Saint qu'il nous a donné. Et vous ne considérez pas que celui qui disait : Je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit (Rom., VII, 23), et qui déclarait ne pouvoir être délivré d’un tel mal que par la grâce de Dieu, accordée en vertu des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, n'était pas Juif, et gémissait en cette occasion, non du malheur d'avoir péché, mais du danger qu'il y avait pour lui de pécher. "

2. Le même, Retractationum lib. I, c. 13 : " La grâce de Dieu non-seulement efface tous les péchés antérieurs dans ceux qui sont baptisés en Jésus-Christ, ce qui est le propre de l'esprit de régénération, mais guérit encore dans les adultes la volonté elle-même, que le Seigneur s'engage à diriger ; ce qui est le propre de l'esprit de loi et de charité. " p.364 fin p.365 début

3. S. AUGUSTIN, Epist. CV ad Sixtum : " Ne savons-nous pas qu'après que les péchés ont été remis, si le Saint-Esprit ne demeure dans cette maison qui vient d'être nettoyée et purifiée, l’esprit impur ne manque pas d'y revenir avec sept autres esprits, en sorte que le dernier état de ces hommes devient pire que le premier (MATTH., XII, 15) ? Et quant à cette habitation du Saint-Esprit dans une âme, ne savons-nous pas aussi par l'Evangile, que l'Esprit souffle où il veut (JEAN, III, 8) ? Ne savons-nous pas que la charité de Dieu, sans laquelle personne ne mène une bonne vie, est répandue dans nos cœurs, non par nous-mêmes, mais par le Saint-Esprit qui nous a été donné (Rom., V, 5) ? . . . " " Personne n'est délivré et justifié que par la grâce de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur ; c'est par elle seule que l'homme est justifié ou délivré, tant du péché que nous tirons de notre origine, que des péchés personnels dont chacun se rend coupable dans le cours de sa vie, soit faute de connaître ses devoirs ou de vouloir les connaître, soit en les violant par une transgression ouverte de la loi connue, ce qui met le comble à l'iniquité. Or, cette délivrance et cette justification, Dieu ne l’opère pas seulement en remettant les péchés, mais en inspirant d'abord la foi et la crainte de Dieu, en donnant l'amour salutaire de la prière, et en accordant à la prière les grâces qu'elle sollicite, jusqu’à ce qu'après avoir guéri toutes nos langueurs, il affranchisse notre vie de toute corruption, et nous couronne pour jamais par l'abondance de ses miséricordes (Ps. CII, 3-4) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 111, 136-137). "

4. Le même, Epist. CVI (al. 186) ad Paulinum

: " C'est la grâce de Dieu, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui fait passer les enfants nouvellement nés, aussi bien que les adultes, de la mort que nous avons encourue par le premier Adam, à la vie que le second Adam communique ; et cela ne se fait pas par la simple rémission des péchés, mais par un secours qui fait éviter le mal et pratiquer le bien à ceux qui sont en âge d'user de leur libre arbitre ; en sorte que, sans ce secours, nous ne saurions ni accomplir ni vouloir la moindre chose de ce qui regarde la piété et la justice, puisque c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Philip., II, 13) (Cf. Les Lettres de saint Augustin, trad. en français, t. V, p. 213-214). "

5. Le concile de Milève, canon 3 (C'est le même que le canon 4 du concile de Carthage de l'an 418. Voir le Dictionnaire universel des conciles, t. Ier, col. 515) : " Quiconque dira que p.365 fin p.366 début la grâce de Dieu, qui nous justifie par Jésus-Christ, ne sert que pour la rémission des péchés déjà commis, et non pour nous aider encore à ne plus en commettre ; qu'il soit anathème. "

6. Ibidem, canon 4 (C'est le même que le canon 5 de ce même concile de Carthage. V. ibidem) : " Si quelqu'un dit que la même grâce de Dieu par Jésus-Christ ne nous aide à ne point pécher, qu'en tant qu'elle nous ouvre l'intelligence de ses commandements divins, afin que nous sachions ce que nous devons faire ou éviter, et non en ce sens que ce soit elle qui nous procure l'avantage d'aimer et de pouvoir accomplir ce que nous savons que nous devons faire ; qu'il soit anathème. Car, puisque l'Apôtre dit que la science enfle, et que la charité édifie (I Cor., VIII, 1), c'est une grande impiété de croire que nous avons la grâce de Jésus-Christ pour ce qui enfle, et que nous ne l'avons pas pour ce qui édifie, puisque l'une et l'autre est un don de Dieu, c'est-à-dire, de savoir d'une part ce que nous devons faire, et d'aimer de l'autre à le faire, afin que la science ne puisse enfler, tandis que la charité édifiera. Et comme il est écrit que Dieu enseigne à l'homme la science (Ps. XXXIX, 40), il est écrit aussi que la charité vient de Dieu (I JEAN, IV, 7). "

7. S. CHRYSOSTOME, Hom. III de pænitentiâ: " Quand

Dieu efface les péchés, il le fait de telle manière, qu'il ne reste ni cicatrice, ni même trace de cicatrice, mais il rend au pécheur pénitent toute la fraicheur de sa première innocence. Non content de lui remettre la peine de ses péchés, il met en lui la grâce de la justice, et le traite désormais comme s'il n'avait jamais péché. "

8. THEOPHYLACTE, in caput II Evangelii secundum Marcum : "

Levez-vous et emportez votre lit (MARC, II, 9), pour rendre le miracle plus évident, pour faire voir que la guérison n'est pas simplement apparente, et que ce n'est pas même une simple guérison, mais un surcroît de forces. Ainsi Dieu en use-t-il par rapport aux maladies de l’âme. Non-seulement il nous délivre de nos infirmités spirituelles, mais encore il nous remplit de vertu et de force, pour nous faire accomplir ses commandements. " On trouvera plus haut, article du sacrement de Baptême, question III, d'autres témoignages à l'appui de cette même vérité. V. t. II, pages 209-221.

9. S. AUGUSTIN, de spiritu et litterâ c. 9 : " La justice qui p.366 fin p.367 début vient de Dieu nous a été manifestée, dit l'Apôtre (Rom., III, 21) ; il ne dit pas, la justice qui vient de l'homme, la justice qui vient de la propre volonté, mais la justice qui vient de Dieu ; non pas toutefois celle qui fait que Dieu est juste lui-même mais celle dont il revêt l'homme, quand il le rend juste d'impie qu'il était. . . " " Cette justice que Dieu donne par la foi de Jésus-Christ (ibid., 22), c'est-à-dire par la foi qui nous fait croire en Jésus-Christ. Or, de même que l'Apôtre appelle foi de Jésus-Christ, non celle que Jésus-Christ pourrait avoir lui-même, mais celle qui nous fait croire en lui, ainsi appelle-t-il justice de Dieu, non la justice qui fait que Dieu est juste, mais celle dont Dieu nous rend justes nous-mêmes. Car cette justice comme cette foi est bien la nôtre au fond ; mais l'Apôtre l'appelle cependant la justice ou la foi de Dieu ou de Jésus-Christ, parce que c'est de Dieu ou de Jésus-Christ qu'elle nous est donnée. "

10. Ibidem, c. 11 : " C'est cette justice de Dieu qui, couverte comme d'un voile dans l'Ancien-Testament, nous est découverte dans le Nouveau ; et elle est appelée la justice de Dieu, parce que c'est lui qui nous rend justes en nous la donnant, comme on dit le salut de Dieu (Ps. III, 3), pour signifier le salut qu'il nous procure : et c'est là cette foi venant de la foi dont l'Apôtre nous parle ailleurs (Rom., I, 17), c'est-à-dire la foi des fidèles venant de la foi de ceux qui la leur annoncent, véritable foi de Jésus-Christ, c'est-à-dire mise en nos cœurs par Jésus-Christ, et qui fait que nous croyons que c'est à Dieu que nous devons de vivre dans la justice, comme c'est à lui que nous devrons d'y vivre plus parfaitement un jour ; et de là vient que c'est à lui que nous en rendons grâces, en lui déférant le culte qui n'est dû qu’à lui. "

11. Le même, in Expositione Psalmi CL : " On ne doit pas entendre la justice qui constitue juste Dieu lui-même, par celle qu'il crée en nous lorsque nous devenons justes de sa justice, comme le dit l'Apôtre (II Cor., V, 21). "

12. Le même, Tract. XXVI in Evangelium Joannis : " Que signifie cette justice de Dieu mise en regard de celle de l'homme ? Il faut entendre ici (Rom., X, 5-6) par justice de Dieu, non celle qui fait que Dieu est juste, mais celle que Dieu donne à l'homme, et qui fait que l'homme est juste par le don de Dieu. "

13. Le même, Epist. CXL (al. 120) ad Honoratum, c. 30 : " Ceux qui ne connaissent pas cette justice dont Dieu est l'auteur, ne se sont point soumis à lui pour la recevoir, et ont voulu établir p.367 fin p.368 début leur propre justice (Rom., X, 5). C'est à cette fausse justice que l'Apôtre oppose la justice qui vient de Dieu, c'est-à-dire celle dont nous sommes justes par sa grâce, et qui fait que nous sommes sa justice (II Cor., V, 21), lorsque nous vivons saintement, et que nous croyons en celui qui justifie l'impie. Mais il ne faut pas confondre cette justice que Dieu nous communique, avec la justice éternelle et immuable par laquelle Dieu est juste, et qui n'est autre chose que lui-même. C'est cette même justice, dont nous sommes justes par le bienfait de la grâce et de la miséricorde de Dieu, que David nous désigne quand il dit au psaume XXXV (v. 7) : Votre justice est comme les montagnes de Dieu, ce qui signifie ses saints. "

" De même que, bien que ce salut dont parle David dans le troisième psaume (v. 9), soit appelé le salut du Seigneur, il ne faut pas entendre par-là cette félicité inaltérable dont Dieu jouit, mais celle dont il fait part à ceux qu'il sauve ; de même, quoique cette justice dont parle saint Paul au dixième chapitre de l'épître aux Romains (v. 5), soit appelée la justice de Dieu, il ne faut pas entendre par-là celle dont Dieu même est juste, mais celle dont il fait part à ceux qu'il justifie par sa grâce. Car l'une est la règle de l'autre, et les hommes doivent leur salut à celui à qui ils doivent leur justice (Cf. Lettres de saint Augustin, Paris, 1684, t. III, p. 602, 604). "

14. Le même, de Naturâ et Gratiâ, c. 63

: " Il n'est pas douteux que, même avant la passion de Jésus-Christ, les justes n'étaient justes que par la foi qu'ils avaient en lui, puisque c'est à lui seul que l'homme peut devoir l’Esprit-Saint qui nous a été donné, et a répandu la charité dans nos cœurs : charité qui seule peut rendre justes ceux qui le sont véritablement, à quelque temps d'ailleurs qu'ils appartiennent. "

15. Le même, Lib. I contra Pelagium et Celestium, seu lib.

de gratiâ Christi contra prædictos, c. 30 : " Dans tous les écrits que j'ai pu lire de Pélage et de Célestius, je n'ai trouvé nulle part qu'ils admettent de la manière qu'on le doit la grâce dont l'effet est de nous rendre justes, c'est-à-dire, qui répand l'amour de Dieu dans les cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donne. "

16. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 9 : " Jésus-Christ trouve ses imitateurs dans ses saints par le zèle avec lequel ceux-ci s'adonnent à la pratique de la justice. C'est ce qui autorisait l'Apôtre à dire aux fidèles de Corinthe ; p.368 fin p.369 début Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus-Christ (I Cor., IV, 16). Mais outre cette imitation qu'elle nous inspire, sa grâce nous éclaire intérieurement et nous met en état de justice, par ce travail intérieur dont parle le même apôtre lorsqu'il dit : Ce n'est ni celui qui plante, ni celui qui arrose, qui est quelque chose, mais c'est Dieu qui donne l'accroissement (I Cor., III, 7). Car c'est cette grâce qui fait membres de Jésus-Christ les petits enfants, du moment qu'ils ont reçu le baptême, quoique certainement ils ne soient pas encore capables de l'imiter. De même donc que celui en qui tous recevront une nouvelle vie (I Cor., XV, 22), outre ses exemples qu'il propose à notre imitation pour nous faire pratiquer la justice, nous donne cette grâce de l'Esprit-Saint, qu'il répand d'une manière mystérieuse dans l'âme des plus petits enfants ; de même celui en qui tous sont morts, outre son exemple qu'il a laissé à ceux qui violent par leur propre volonté la loi de Dieu, a imprime à tous ceux qui naissent de lui ou de sa race une tache secrète qui a pour foyer la concupiscence. "

17. Ibidem, c. 10 : " Nous lisons (Gal, II, 16), que ceux qui croient en Jésus-Christ sont justifiés en lui : cela se fait par une communication et une inspiration secrète de la grâce spirituelle qui nous unit à Dieu, et fait de nous un même esprit avec lui (I Cor., VI, 17) : ce qui n'empêche pas les saints de se porter de plus à l'imiter. "

18. Le concile œcuménique de Vienne, tenu sous Clément

V, in Clementinis, lib. I, tit. I de summâ Trinitate et fide catholicâ : " Comme les théologiens se trouvent avoir soutenu des sentiments contraires les uns aux autres sur ce qui concerne l'effet du baptême dans les enfants, quelques-uns d'eux allant jusqu'à dire que le baptême a bien la vertu de remettre le péché aux enfants, mais non de leur conférer la grâce, d'autres soutenant au contraire, qu'en même temps que le péché leur est remis, la grâce sanctifiante et les vertus divines sont infuses dans leurs âmes, non quant à l'acte ou à l'usage qu'ils auraient à en faire pour le moment, mais quant à l'habitude ; nous, prenant en considération l'efficacité générale de la mort de Jésus-Christ, dont le fruit est appliqué par le baptême également à tous ceux qui le reçoivent, avons jugé, avec l'approbation du saint concile, devoir adopter la seconde opinion, selon laquelle tant les enfants que les adultes reçoivent dans le baptême la grâce sanctifiante et les vertus infuses, comme plus probable, et plus conforme en p.369 fin p.370 début même temps que plus analogue au langage des saints et des théologiens modernes. "

19. S. AUGUSTIN, Epist. XXIX (al. 167) ad Hieronymum

(lettre à saint Jérôme) : " A Dieu ne plaise qu'aucun fidèle se persuade que tant de serviteurs de Jésus-Christ, qui pour ne pas se tromper eux-mêmes, et afin que la vérité soit en eux (I JEAN, I, 8), avouent très-sincèrement qu'ils pèchent, n'aient aucune vertu, puisque la sagesse en est une fort grande, et que, dès-là qu'ils ont de la piété ils ont de la sagesse : car la Sagesse même nous apprend que ce qu'on appelle sagesse n'est autre chose que la piété (JOB, XXVIII, 28, selon les Septante). A Dieu ne plaise donc que nous disions que tant de saintes âmes et de serviteurs de Dieu n'aient point de piété. Or, qu'est-ce qu'avoir de la piété, sinon servir Dieu, puisque la piété est appelé en grec ????????, et mieux encore ????????? ? Et qu'est-ce que servir Dieu, sinon l'aimer ? La vertu, et la souveraine vertu, n'est donc autre chose que la charit? qui part d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère (I Tim., I, 5). Aussi est-elle la fin de la loi ; et c'est avec grande raison que l'Ecriture dit qu'elle est forte comme la mort, soit parce qu'elle triomphe de tout obstacle, aussi bien que la mort, soit parce que le comble de la charité est d'aimer jusqu’à souffrir la mort pour ce qu'on aime. . . "

" Il résulte, ce me semble, de ce que je viens de dire que les stoïciens se trompent lorsqu'ils disent que, tant qu'il reste encore des progrès à faire dans la sagesse, on n'a point de sagesse, et qu'il n'est vrai de dire que les hommes en ont, que lorsqu'ils en ont atteint la perfection. Ce n'est pas que les stoïciens ne reconnaissent qu'on peut faire des progrès dans la sagesse ; mais ils soutiennent qu'on ne peut appeler sages que ceux qui sont entièrement sortis des ténèbres de l'ignorance et du vice, et qui se trouvent dans la région pure et sereine de la sagesse. Car, disent-ils, un homme est tout aussi bien noyé avec un pied ou même un pouce d'eau par-dessus la tête, que s'il y en avait mille piques. Il en est de même de ceux qui sont encore dans le gouffre de l'ignorance et du vice : les uns y sont moins enfoncés que les autres ; et parmi ceux-là, ceux qui tendent à la sagesse sont plus rapprochés de la surface ; mais ils n'ont encore ni vertu ni sagesse, jusqu’à ce qu'ils soient tout-à-fait hors de l'eau et qu'ils puissent respirer l'air. Ce sera alors qu'ils posséderont la sagesse dans toute sa plénitude, sans qu'il reste rien en eux de tout ce qui lui est contraire, ni qui puisse être la source d'aucun péché. "

p.370 fin p.371 début " Mais cette comparaison, qui consiste à se représenter l'ignorance et les vices comme une eau profonde, et la sagesse comme l'air qui s'élève au-dessus, et où l'esprit qui était comme étouffé tant qu'il était dans cet abîme, respire tout-à-coup et reprend vie quand il s'est élevé jusqu’à cette région, ne s'accorde pas, ce me semble, avec la doctrine de l’Ecriture. Il y en a une autre qui lui convient mieux ; c'est celle qui assimile la sagesse à la lumière et le défaut de sagesse aux ténèbres, si toutefois les objets corporels peuvent fournir des comparaisons qui servent à faire entendre des choses susceptibles de n’être saisies que par l'esprit. Ce n'est, donc pas comme ferait un homme qui s’élèverait du fond de l'eau, et qui se trouverait tout-à-coup au-dessus, que nous passons du vice et de l'ignorance à la sagesse ; mais nous le faisons par un progrès insensible, et semblable à celui par lequel un homme qui sort d'un antre profond passe des ténèbres à la lumière Car dès avant même que cet homme soit tout-à-fait au grand air, il ne laisse pas d'être éclairé peu à peu à mesure qu'il approche de l'orifice, de sorte qu'il y a dans les objets qui s'offrent à sa vue, et quelque chose de lumineux qui tient déjà de la lumière vers laquelle il s'avance, et quelque chose d'obscur, qui tient encore des ténèbres d’où il n'est pas tout-à-fait sorti. Et c'est par-là qu'il est vrai, et que nul homme vivant n'est juste aux yeux de Dieu (Ps. CXLII, 2), et que ceux qui vivent de la foi sont justes cependant (HABAC., II, 4), et que, comme on peut dire d'un côté que les saints sont revêtus de justice, les uns plus et les autres moins, on peut dire aussi d'un autre côté que personne ne vit ici-bas sans pécher les uns plus et les autres moins, et qu'entre ces derniers mêmes on appelle le plus juste celui qui pèche le moins (Cf. Les lettres de saint Augustin, traduites en français, t. IV, p. 594-599). "

20. Le même, Serm. XVI de verbis Apostoli, c. 4 : " Voici des hommes baptisés : tous leurs péchés leur sont remis en conséquence ; les voilà justifiés de leurs péchés, nous ne pouvons en disconvenir ; mais il leur reste à soutenir la lutte avec la chair, la lutte avec le monde, la lutte avec le démon. Or, celui qui est en lutte, tantôt blesse son ennemi, tantôt en est blessé lui-même et est tantôt vainqueur, tantôt vaincu : qu'il fasse attention surtout à se trouver vainqueur au moment où il sortira de la carrière ! Car si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous p.371 fin p.372 début séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous (I JEAN, I, 8). Si nous disons au contraire qu'il n'y ait en nous aucune justice, nous faisons injure aux dons que nous avons reçus de Dieu. Car s'il n'y a en nous aucune justice, il nous manque donc jusqu'à la foi. Si la foi nous manque, nous ne sommes pas chrétiens. Mais s'il est vrai au contraire que nous ayons la foi, il y a donc en nous quelque justice. Ce quelque peu même de justice, voulez-vous en savoir la valeur ? Le juste vit de la foi (HABAC., II, 4). Le juste, dis-je, vit de la foi, parce qu'il croit sans voir encore l'objet de sa foi. " Ibidem, c. 5 : " Nos chefs dans la voie de la sainteté, les apôtres, ces béliers généreux, non-seulement ont vu de leurs yeux, mais encore ont touché de leurs mains ce qu'ils nous ont annoncé (I JEAN, I, 4) ; ce qui n'a pas empêché Notre-Seigneur, qui nous réservait à nous le don de la foi, du dire à un de ses disciples qui le touchait, qui le palpait, et qui s'écriait en voyant la vérité de ses yeux, Mon Seigneur et mon Dieu : Vous avez cru, parce que vous avez vu ; heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru (JEAN, XX, 29). C'est à nous qu'il songeait en disant ces dernières paroles : nous n'avons pas vu, mais nous avons entendu, et cela nous a suffi pour croire. Quoi ! Nous avons été proclamés heureux par la Vérité même, et il n'y aurait en nous aucune justice ? Notre-Seigneur s'est rendu visible aux Juifs en les honorant les premiers de sa visite, et au lieu de le recevoir, les Juifs l'ont mis à mort ; à nous au contraire il n'est point venu visiblement, et nous l'avons cependant reçu. Un peuple que je ne connaissais pas s'est mis sous mon empire ; il m'a obéi dès qu'il a entendu ma voix (Ps.

XVII, 45). C'est nous qui sommes ce peuple, et il n'y aurait en nous aucune justice ? Assurément il y a de la justice en nous. Soyons reconnaissants à Dieu de ce qu'il nous a donné pour qu'il nous donne encore davantage, ou que nous ne perdions pas du moins ce que nous avons reçu de lui. Il faut donc en venir à ce troisième degré. Nous sommes justifiés en ce moment ; mais la justice croîtra en nous, si nous prenons soin d'avancer de vertu en vertu. "

Ibidem, c. 8 : " Et où se trouve la vérité de ces paroles, Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ? Elle se trouve en vous-même, puisque c'est en vous-même que se trouve votre foi. Est-ce que l’Apôtre peut nous avoir trompés en nous disant que Jésus-Christ habite par la foi dans nos cœurs (Ephés., III, 17) ? Présentement il habite en nous par la foi ; plus tard il habitera p.372 fin p.373 début en nous par la claire vision qu'il nous donnera de sa présence. Il habite en nous par la foi, tant que nous sommes dans la carrière, tant que nous ne sommes pas parvenus au terme de notre pèlerinage : car tant que nous sommes dans ce corps, éloigné que nous nous trouvons du Seigneur, nous ne sommes que des pèlerins ici-bas (II Cor., V, 6). "

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