Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 20)
7. S. BERNARD, Serm. de festo beatæ Mariæ
Magdalenæ : " Les pieds dont il est question sont la miséricorde et le jugement : baiser l'un sans l'autre; c'est là une sécurité imprudente, ou un désespoir funeste. Quel est en effet celui qui, en ne considérant que la miséricorde de Dieu, ne s'endort pas dans le repos d'une vie pleine de tiédeur et de danger ? Car, quand on se représente que le maître de l'univers a pris la forme d'un esclave pour le salut de ses esclaves, qu'il a passé dans cette vue sur la terre trente-trois années d'une vie laborieuse, qu'il s'est laissé saisir et garrotter, percer d’une lance, attacher en croix, et qu'il a souffert tout cela pour les enfants des hommes, on est tenté de se flatter d'une espérance trompeuse, de se réjouir sans mesure de ce qu'on est l'objet d'une miséricordieuse sollicitude, on perd de vue le jugement et p.163 fin p.164 début la justice de Dieu, et on se figure que des fautes punissables ne seront pas punies. C'est se tromper soi-même que de baiser ainsi le pied de la miséricorde, sans révérer en même temps celui de la justice ; car alors on se persuadera qu'il suffit d'avoir la foi pour être par cela seul assuré de son salut. - On ne doit pas non plus s'attacher avec excès à révérer le pied de la justice, de peur que la sévérité du juge n'ôte la vue de la bonté du père. "
Question III
Quels sont les biens qui sont l’objet de l’espérance chrétienne ? Ces biens sont avant tout ceux du royaume céleste, qui rendent les hommes bienheureux et exempts de toute misère. Ce sont ensuite tous ceux qui nous apportent quelque avantage même ici-bas, et qu'il nous est permis pour cette raison de désirer et de demander à Dieu. Les uns et les autres nous sont particulièrement marqués dans l'oraison dominicale, prière que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a apprise de sa propre bouche, et qu'il a recommandée avec une admirable sagesse à tous ceux qui désirent exprimer à Dieu leurs vœux et leur espérance.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
3. Hébreux, IV, 16 : " Allons donc nous présenter avec confiance devant le trône de sa grâce, afin d'y recevoir miséricorde, et d'y trouver le secours de sa grâce dans nos besoins. "
4. MATTHIEU, VI, 9, 11 : " Voici donc comment vous prierez
: Notre Père qui êtes aux cieux, etc. Donnez-nous aujourd’hui notre pain qui est au-dessus de toute substance. "
5. LUC, XI, 1-4 : " Un jour qu'il était en prière en un certain lieu, après qu'il eut cessé de prier, un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier comme Jean l'a appris à ses p.164 fin p.165 début disciples. - Et il leur dit : Lorsque vous prierez, dites : Notre Père, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. - Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. - Et remettez-nous nos offenses, puisque nous remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent. Et ne nous abandonnez point à la tentation. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurent., c. 114 : " De toutes les choses qui sont l'objet de notre foi, celles-là seulement appartiennent à l’espérance, qui sont renfermées dans l'oraison dominicale. Car, ainsi que le témoignent les oracles divins, maudit est celui qui met son espérance dans l'homme ; et par conséquent quiconque met son espérance en soi-même, est sujet à la même malédiction. Ainsi c'est à Dieu seul que nous devons demander, et le bien que nous avons l’espérance de faire, et celui que nous avons l’espérance d'obtenir. "
Article II. - DE L’ORAISON DOMINICALE. Ce deuxième article renfermera onze questions du chapitre second, savoir, depuis la quatrième jusqu’à la quatorzième inclusivement.
Question IV
Comment est conçue l’oraison dominicale ? Voici en quels termes est conçue l'oraison dominicale : Notre Père qui êtes aux cieux,
7. Mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.
p.165 fin p.166 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION. L'oraison dominicale a été expliquée par Tertullien et par saint Grégoire de Nysse, dans leurs livres de oratione ; par saint Cyprien, Serm. VI de oratione dominicâ ; par saint Cyrille de Jérusalem, catéchèse mystagogique
V ; par saint Chrysostôme, homélies de oratione dominicâ, et in cap. VI Matth. ; par saint Jérôme, par Théophile et par Euthyme in Matth. ; par saint Ambroise, livre 5 des sacrements, c. 4 ; par saint Augustin, Epist. 121 ad Probam, c. 11, et lib. II, de serm Domini in monte, c. 4 et seq., et hom. 42 inter 50, et serm. de tempore 126, 135, 182, et serm. 9 ex diversis ; par saint Chrysologue, serm. 67 et seq. ; par Innocent III, lib. 5 de myst. missæ, c. 17 et seq. ; par Pierre de Laodicée, et par Germain, patriarche de Constantinople, exposit. orationis dominicæ ; par Cassien, collat. 9, c. 18 et seq. Plusieurs de ces commentaires sont autant d'ouvrages qu'il serait trop long de rapporter en entier, et que d'un autre côté il ne conviendrait pas de mutiler. Il doit donc suffire de les indiquer ici.
Question V
Que contient en abrégé l’oraison dominicale ? Elle renferme sept demandes, auxquelles on peut et on doit rapporter toute autre prière, quelle qu'en soit l'espèce ou la forme, soit qu'il s'agisse de demander des biens ou d'obtenir la rémission des péchés, soit qu'on implore le secours divin pour éloigner des maux dont on serait menacé. Les trois premières demandes ont pour objet, à proprement parler, les biens éternels ; les quatre dernières se rapportent aussi aux biens temporels, qui eux-mêmes cependant servent encore dans l'intention de Dieu à mériter les biens éternels.
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laur., c. 115 : "
Dans l'évangéliste saint Matthieu l'oraison dominicale paraît contenir sept p.166 fin p.167 début demandes, dont les trois premières ont pour objet les biens éternels, et les quatre autres les biens temporels, qui eux-mêmes cependant servent encore dans l'intention de Dieu à mériter les biens éternels. "
2. Le même, lib. II de serm. domini in monte, c. 10 : " Il faut savoir faire la juste distinction de ces sept demandes. Car, comme la vie actuelle se passe dans le temps et est à la fois une préparation à l'éternité ; comme d'ailleurs les biens éternels l’emportent en dignité sur les temporels, quoiqu'ils ne viennent qu'après eux dans l'ordre de succession, nous commençons seulement à goûter en cette vie l'effet des trois premières demandes ; quant aux quatre autres, elles me semblent bornés à la vie présente. "
3. Le même, Epist. 121 ad Probam, c. 12 : " Quelles que soient les paroles dont nous nous servions pour exciter ou nourrir nos affections dans la prière, nous ne disons, si nos prières sont ce qu'elles doivent être, que ce qui est d'avance contenu dans l'oraison dominicale. Toute prière qui ne pourrait pas rentrer dans celle-là serait une demande charnelle, quand même elle ne contiendrait rien d'illicite ; et je ne comprends même pas comment elle ne serait pas illicite pour des chrétiens qui, ayant eu le bonheur de renaître du Saint-Esprit, devraient être tout spirituels dans leurs demandes. Et si vous étudiez soigneusement les prières consacrées par l'usage des pieux fidèles, je ne pense pas que vous y trouviez rien que ne contienne l'oraison dominicale. On est donc libre d'employer telle formule qu'on voudra, pourvu que ce soient au fond les mêmes demandes ; mais on ne l'est pas de faire des demandes différentes. Et ces demandes, nous devons les faire avec ferveur et pour nous-mêmes, et pour nos proches, et pour les étrangers, et même pour nos ennemis, bien que d'une manière plus particulière pour tels et tels, selon que les personnes dont il s'agit nous louchent de plus près. "
Question VI
Que signifient ces paroles, Notre Père qui êtes aux cieux, qui commencent l’oraison dominicale ? C'est une petite préface qui rappelle à notre mémoire par quel excellent bienfait Dieu le Père, cette majesté souveraine et bienheureuse qui règne éternellement dans les cieux, nous a reçus en grâce, et en considération de Jésus-Christ son Fils, nous a adoptés nous-mêmes pour ses enfants et pour héritiers du royaume céleste, en répandant sur nous les dons de l'Esprit-Saint, p.167 fin p.168 début La mémoire de tous ces grands bienfaits doit non-seulement éveiller notre attention, mais aussi nous pénétrer de reconnaissance, et nous inspirer la soumission pour un si bon père, en même temps qu'augmenter en nous la confiance de le prier et d'obtenir de lui ce que nous lui demandons.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Exode, XV, 11 : " Qui d'entre les forts est semblable à vous, Seigneur ? Qui vous est semblable, vous qui êtes si grand en sainteté, si terrible et si digne de toutes louanges, pour les merveilles que vous ne cessez d'opérer ? " 2. ISAIE, XLII, 5, 8 : " Voici ce que dit le Dieu tout-puissant, qui a créé et étendu les cieux, qui revêt la terre de sa parure, et la couvre de ses fruits, qui donne la force au peuple qui la cultive, et la vie à ceux qui la foulent de leurs pieds. - Je suis le Seigneur ; c'est là le nom qui m'est propre. Je ne céderai point à un autre ma gloire, ni aux idoles les louanges qui n'appartiennent qu'à moi. "
3. ISAIE, LXIII, 15, 16 : " Seigneur, regardez-nous du ciel, jetez les yeux sur nous du séjour de votre sainteté et de votre gloire. Ou est votre zèle et votre force, votre miséricorde et votre amour ? Vos entrailles ne s'émeuvent-elles plus pour nous ? Vous êtes notre père, notre libérateur, et votre nom vous appartient dès l'éternité. "
4. MALACHIE, I, 6 : " Le fils honore son père, et le serviteur révère son seigneur ; si donc je suis votre père, où est l'honneur que vous me rendez ? Et si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez ? dit le Seigneur, le Dieu des armées. "
5. II Corinthiens, I, 3 : " Béni soit Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation. "
6. Philippiens, IV, 19, 20 : " Que mon Dieu daigne subvenir à tous vos besoins selon les richesses de sa bonté, et vous donne encore sa gloire par Jésus-Christ. - Gloire soit à Dieu notre Père dans tous les siècles des siècles. Amen. " p.168 fin p.169 début
7. Apocalypse, IV, 10, 11 : " Les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône, et ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles ; et ils jetaient leurs couronnes devant le trône, en disant : - Vous êtes digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir gloire, honneur et puissance, parce que vous avez créé toutes choses. "
8. Romains, VIII, 15-17 : " Vous avez reçu l'esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous crions : Mon Père ! mon Père ! - Et cet Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. - Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ ; pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. "
9. Galates, IV, 4-7 : " Mais lorsque le temps a été accompli, Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme, et assujetti à la loi, - pour racheter ceux qui étaient sous la loi, et pour nous faire devenir ses enfants adoptifs. - Et parce que vous êtes ses enfants, Dieu a répandu dans vos cœurs l’esprit de son Fils, qui vous fait crier : Mon Père ! mon Père ! - Et ainsi, vous n'êtes plus esclaves, mais adoptés pour enfants. Si vous êtes adoptés pour enfants, vous êtes conséquemment héritiers de Dieu par la grâce de Jésus-Christ. "
11. LUC, XI, 11-13 : " En effet, qui est le père parmi vous qui donnerait une pierre à son fils, lorsque celui-ci lui demanderait du pain ; ou qui lui donnerait un serpent, lorsqu'il lui demanderait un poisson ; - ou qui lui donnerait un scorpion, lorsqu'il lui demanderait un œuf ? - Si donc vous autres, tout méchants que vous êtes, vous savez néanmoins donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel ne donnera-t-il pas un bon esprit à ceux qui le lui demandent. "
1. S. LEON-LE-GRAND, Serm. VI de Nativitate Domini
: " C'est une faveur incompréhensible accordée à notre nature, c'est un don qui surpasse tous les dons, que Dieu daigne appeler l'homme son fils, et que l'homme puisse appeler Dieu son père. "
2. S. CYPRIEN, Serm. de oratione dominica : " Quand nous vaquons à la prière, notre cœur doit s'y appliquer exclusivement, p.169 fin p.170 début bannir toutes les réminiscences de la terre, et n'entretenir d'autres pensées que celle de Dieu. . . . . Quelle étrange indolence que de se laisser entraîner à d'oiseuses et profanes préoccupations, comme si la pensée de Dieu ne devait pas alors absorber toutes les autres ! Vous voulez que le Seigneur vous entende, et vous ne vous entendez pas vous-même ! Vous voulez qu'il su souvienne de vous, et vous vous souvenez à peine de lui ! "
Question VII
Quel est le sens de cette première demande, Que votre nom soit sanctifié ? Nous demandons par là l'accroissement en nous, comme dans tous les autres, de tout ce qui peut servir à glorifier celui qui est notre père par excellence. Or, c’est ce qui a lieu, lorsque la confession de la vraie foi, avec l'espérance et la charité, et les saints exemples d'une vie chrétienne, brillent en nous avec éclat et de manière à porter les autres qui en sont témoins à rendre gloire à notre Père céleste.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, V, 16 : " Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel. "
2. I PIERRE, II, 11-12 : " Je vous exhorte comme étrangers et voyageurs en ce monde, etc. - Conduisez-vous parmi les gentils d'une manière pure et sainte, afin qu'au lieu qu'ils disent du mal de vous, comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu au jour où il daignera les visiter. "
3. Ibidem, IV, 11 : " Si quelqu'un parle, qu'il paraisse que Dieu parle par sa bouche ; si quelqu'un exerce quelque ministère, qu'il le fasse comme n'agissant que par la vertu que Dieu lui donne, afin qu'en tout ce que vous faites, Dieu soit glorifié par Jésus-Christ. " p.170 fin p.171 début
4. I Corinthiens, X, 31 : " Soit que vous mangiez, soit que vous buviez ou que vous fassiez autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. "
5. Colossiens, III, 17 : " Quoi que vous fassiez en parlant ou en agissant, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père. "
6. Romains, XV, 6 : " Afin que d'un même cœur et d'une même bouche vous glorifiez Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. "
7. Ecclésiastique, XXXVI, 2, 4, 5, 7 : "
Répandez la terreur sur les nations qui ne se mettent point en peine de vous rechercher, afin qu'elles reconnaissent qu'il n'y a de Dieu que vous, et qu'elles publient la grandeur de vos merveilles. - Comme ils ont vu de leurs yeux que vous avez été sanctifiés parmi nous, faites que nous voyions aussi éclater votre grandeur parmi eux ; - afin qu'ils connaissent, comme nous l'avons connu, qu'il n'y a point d'autre Dieu que vous, Seigneur. - Glorifiez votre main et votre bras droit. "
8. LUC, I, 74-75 : " Qu'étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servions sans crainte, dans la sainteté et la justice, en sa présence, tous les jours de notre vie. "
9. I PIERRE, I, 15-16 : " Soyez saints dans toute la conduite de votre vie, comme celui qui vous a appelé est saint, - selon qu'il est écrit : Soyez saints, par ce que je suis saint. "
10. Ibidem, III, 16 : " Agissant avec douceur et modestie, et conservant une conscience pure, afin que tous ceux qui décrient la vie sainte que vous menez en Jésus-Christ rougissent de dire du mal de vous. "