Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 201)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

11. S. AUGUSTIN, De naturâ et gratiâ, c. 43 :

" Dieu ne nous commande pas l'impossible ; mais en nous faisant ses commandements, il nous avertit, et de faire ce que nous pouvons, et de lui demander ce que nous ne pouvons pas. "

12. Le même, Lib. II de peccatorum meritis et remissione, c. 6 : " Dirigez mes pas (ô mon Dieu) selon votre parole, dit le Psalmiste (Ps. CXVIII, 133), et faites que nulle injustice ne me domine. Ceux-là sont affranchis de cette détestable servitude, qui reçoivent Jésus-Christ, et à qui ce divin Sauveur donne le droit d’être appelés enfants de Dieu. Ceux-là étaient appelés à être délivrés de ce joug affreux, à qui il disait : Si le Fils vous délivre alors vous serez vraiment libres (JEAN, VIII, 36). Ces témoignages, et d'autres sans nombre, ne me permettent pas de douter que Dieu ne commande rien d'impossible aux hommes, pas plus qu'il ne peut être impossible à Dieu de nous prêter le secours dont nous avons besoin pour accomplir ce qu'il nous commande : et de cette manière l'homme peut toujours, avec l'aide de Dieu, s'abstenir, s'il le veut, du péché. "

13. S. AUGUSTIN, de gratiâ et libero arbitrio, c. XVI, n. 32 : " Les pélagiens croient nous apprendre quelque chose de bien important, quand ils disent que Dieu ne ferait pas aux hommes des commandements qu'il saurait leur être impossibles. Tout le monde sait cela aussi bien qu'eux. Mais cette vérité n'empêche pas qu'il n'y ait des préceptes que nous n'avons pas la force d'accomplir. Et Dieu nous donne ces préceptes, afin que nous sachions ce que nous devons lui demander ; car c'est la foi qui obtient par la prière la force d'accomplir ce que la loi commande. Enfin le même auteur sacré qui dit au livre de l'Ecclésiastique : Si vous voulez, vous garderez les commandements (XV, 16, selon les Septante), dit aussi dans le même livre : Qui mettra une garde à ma bouche et un sceau de prudence sur mes lèvres, afin que je ne m'en serve pas pour le mal, et que ma langue ne me perde pas (Ecclé., XXII, 33) ?. . . Il est certain que c'est nous qui agissons, quand nous agissons ; mais c'est Dieu qui nous fait agir, en donnant à notre volonté des forces très-efficaces, suivant ce qu'il dit lui-même : Je ferai que vous marchiez dans la voie de mes préceptes, que vous gardiez mes ordonnances et que vous les observiez (EZECH., XXXVI, 27) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. I, p. 248-249, et p. 251). "

14. S. CHRYSOSTOME, Hom. VIII (al. 6) de pænitentiâ

: " Quoi p.414 fin p.415 début que vous puissiez dire, m'objecterez-vous, la loi est quelque chose de pénible à la nature. Quoi donc ? Dieu nous commande-t-il des choses impossibles ? - Taisez-vous, et n'accusez pas votre souverain maître : car ce n'est pas là vous justifier, c'est au contraire ajouter à un premier tort un second encore plus grave. Celui à qui son maître avait confié cinq talents s'approcha de lui et lui en remit cinq autres ; celui qui avait reçu deux talents s'approcha de même et en remit deux autres ; celui enfin qui n'avait reçu qu'un talent, et qui n'en avait point d'autre à remettre qu'il eût gagné, au lieu d'un talent présenta une accusation. Qu'est-ce qu'il dit en effet à son maître ? Je sais que vous êtes un homme dur (MATTH., XXIV, 25). Ingrat serviteur ! Ce n'est pas assez pour lui d'être en faute ; il faut de plus qu'il dresse contre son maître un acte d'accusation. Vous moissonnez, ajoute-t-il, là ou vous n'avez pas semé, et vous recueillez là où vous n'avez rien mis (LUC, XIX, 21). C'est ainsi que ceux qui ne font aucune bonne œuvre pendant la vie présente, ajoutent aux crimes dont ils sont déjà chargés des paroles d'inculpation contre leur souverain maître. Gardez-vous donc bien de l'accuser : il ne vous a point commandé l'impossible. Voulez-vous en avoir la preuve ? C'est que beaucoup font même plus que ce qui vous est commandé ; or, si ce qui leur est commandé comme à vous était réellement impossible, ils ne pourraient à plus forte raison faire davantage par un acte spontané de leur propre volonté. Dieu n'a pas fait un précepte de la virginité, et beaucoup de personnes la gardent cependant ; il n'a pas fait un précepte du renoncement à tous les biens, et beaucoup renoncent à tout ce qu'ils possèdent, témoignant ainsi par les faits combien il est facile d'observer les commandements : car ils n'iraient pas au-delà de ce qui est de précepte, si le précepte lui-même n'était pas facile à observer. . . "

" Tout cela, je ne l'ai pas dit sans me proposer un but ; mais je l'ai dit pour vous faire voir que la loi divine n'est ni difficile, ni pénible, ni intolérable, ni impossible à plus forte raison. Rendons cette vérité encore plus évidente par les paroles de Jésus-Christ lui-même : Celui, nous a-t-il dit, qui regarde une femme avec un mauvais désir a déjà commis l'adultère dans son cœur (MATTH., V, 28). Jésus-Christ voyait bien aussi que beaucoup de personnes rejetteraient leur lâcheté sur la difficulté de la loi ; c'est pourquoi au lieu de présenter cette loi toute seule, et dans la nudité pour ainsi dire, il rappelle en même temps la loi ancienne, pour rendre plus sensible la facilité d'accomplir la nou- p.415 fin p.416 début velle loi par sa comparaison avec l'ancienne, et nous donner par-là une preuve de plus de sa condescendance pour les hommes. . . . . " " Pourquoi leur rappelle-t-il la loi ancienne par ces paroles qu'il leur adresse : Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens, Vous ne commettrez point d'adultère ? C'est qu'il savait que ce commandement leur était difficile à observer, non de sa propre nature, mais à raison de leur lâcheté à eux-mêmes. Car bien des choses aisées de leur nature deviennent pénibles à raison de notre lâcheté, comme aussi il y a des choses de pénible exécution qui nous deviennent légères et très-praticable par l’effet de l'ardeur avec laquelle nous nous portons à les exécuter : la difficulté alors ne gît pas dans la nature des choses elles-mêmes, mais dans les dispositions de ceux qui les entreprennent. Voici ce qui va vous rendre la chose évidente : le miel est doux et agréable de sa nature, et cependant il présent aux malades un goût désagréable d'amertume, ce qui est l'effet, non de la nature qui lui est propre, mais de l'indisposition de ceux qui le goûtent ; de même, si la loi nous paraît à charge, ce n'est pas qu'elle le soit en elle-même, mais cela vient uniquement de notre lâcheté.

Je n'aurai pas beaucoup de peine à démontrer que l'observation de la loi est facile ; je n'ai pour cela qu’à faire voir ce qui la rend de difficile exécution. Voici en effet ce que porte la loi nouvelle : Fuyez l'aspect de la femme, éloignez-vous des occasions de luxure ; tandis que c'eût été rendre la loi difficile à observer que de dire au contraire : Fréquentez les femmes, arrêtez-vous avec complaisance à contempler leur beauté, et en même temps réfrénez vos désir. Voilà, vous dis-je, ce qui serait difficile à observer. Mais vous dire au contraire : Ecartez-vous du foyer, éloignez-vous du feu, n'approchez pas de la flamme, c'est vous faciliter les moyens de ne pas brûler (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. II, pag. 321, 322, 324-325, édit. Montfaucon ; p. 378, 379, 382, édit. Gaume). "

18. S. LEON-LE-GRAND, Serm. V de Quadragesimâ : " Il faut que notre obéissance seconde la grâce, et que nous demeurions toujours attaché à celui sans lequel nous ne pouvons rien faire de méritoire. Si nous trouvons quelque chose de difficile ou d'impossible dans la pratique des commandements de Dieu, pour fortifier notre faiblesse, il faut implorer le secours de celui qui a fait ces commandements. En nous faisant ces préceptes, il excite notre désir et il tient ses secours toujours prêts. Abandonnez au p.416 fin p.417 début Seigneur le soin de tout ce qui vous regarde, et il vous nourrira lui-même (Psaume LIV, 23) (Cf. Sermons de saint Léon, p. 260). "

16. S. AUGUSTIN, De naturâ et gratiâ, c. 69 ;

voir ce passage rapporté au chapitre du Décalogue, question VI, témoignage 7, tome Ier, page 278. On pourra consulter aussi dans ce même chapitre les témoignages 2, 3, 4, 5, 8,

17. S. BERNARD, Epist. CCCLXXXV, aux moines de saint Bertin

: " Rougissons d'aller maintenant avec moins d'empressement à la vie que nous n'allions auparavant à la mort, et de travailler avec moins d'ardeur à notre salut que nous n'avons fait à notre perte. Car, et c'est ce qui nous rend tout-à-fait inexcusables, nous devons savoir que plus on se hâte, plus il est aisé de courir dans la voie de la vie. Plus le joug du Seigneur nous charge, plus il est aisé à porter. Les oiseaux ne sont-ils pas plutôt soulagés que chargés par la grandeur de leurs ailes et par le nombre de leurs plumes ? Retranchez-leur ce soutien, et tout aussitôt le corps, de son propre poids, se précipitera vers la terre. Il en est de même de la loi de Jésus-Christ, de la douceur de son joug, de la légèreté de son fardeau : plus nous nous en déchargerons, et plus nous succomberons, car nous le portons bien moins que ce n'est lui qui nous porte (Cf. Lettres de saint Bernard, trad. de Villefore, t. II, p. 523). "

18. S. CHRYSOSTOME, in psalmum CXI : " Le Psalmiste dit :

Heureux l'homme qui craint le Seigneur ; il aura une ardente volonté d'accomplir les commandements divins (Ps. CXI, 1) ; car celui qui craint Dieu comme il doit le craindre reçoit avec empressement tous ses ordres ; de sorte que l'amour qu'il porte à l'auteur de la loi lui rend de facile exécution la loi elle-même, quand même celle-ci présenterait quelque chose de pénible.

Et que personne ne s'avise de me reprendre, si je me sers de l'exemple que je vais vous dire ; car saint Paul s'en est également servi, lorsqu'il a dit : Comme vous avez fait servir vos membres à l'impureté, faites-les servir maintenant à la pratique de la justice (Rom., VI, 19). Celui donc qui s'attache à une prostituée supporte avec plaisir les affronts, les injures, les mauvais traitements, le déshonneur, l'exil de sa patrie, le déshéritement des biens paternels, la disgrâce des auteurs de ses jours, et tout autre malheur semblable, pour l'amour qu'il porte à l'objet de sa passion ; que s'il en est ainsi à l’égard de ces sortes de choses, avec com- p.417 fin p.418 début bien de plaisir donc ne doit-on pas embrasser la pratique des commandements de Dieu, qui sont si salutaires, si utiles, si honorables et si avantageux pour ceux qui les pratiquent, sans considérer ce qu'il peut y avoir en eux de pénible. D'autant plus que ce qu'ils peuvent renfermer de semblable n'est point attaché à ces commandements considérés en eux-mêmes, mais n'a d'autre cause que la lâcheté avec laquelle nous nous portons à les observer. De sorte qu'il suffit de les embrasser avec amour pour les trouver aussitôt doux et faciles. C'est ce qui a fait dire à notre divin Sauveur : Mon joug est doux et mon fardeau léger (MATTH., XI, 30). Et pour vous convaincre qu'il en est ainsi, et que la lâcheté de la plupart leur rend pénibles les choses les plus aisées, tandis que la ferveur leur rendrait faciles les choses les plus pénibles à la nature : rappelez-vous d'une part l'exemple des Israélites qui murmuraient et se souhaitaient la mort au moment où la manne leur tombait en abondance, et de l'autre celui de saint Paul, qui surabondait de joie lorsqu'il n'avait pas même de quoi se nourrir. D'un côté, les Israélites disaient : Le cœur nous soulève à la vue de cette chétive nourriture (Nom., XXI, 5) ; vous nous avez amené dans ce désert comme s'il n'y avait pas de tombeaux en Egypte (Exod., XIV, 11). De l'autre, saint Paul disait : Je me réjouis dans mes tribulations, et j’accomplis dans ma personne ce qui manquait encore aux souffrances de Jésus-Christ (Col., I, 24). Et de quelles tribulations s'agissait-il ? Il s'agissait de la faim, de la soif, de la nudité, et de tous les autres maux' dont ce même apôtre a fait ailleurs l’énumération.

Voilà ce que lui faisait endurer l'ardente volonté qu'il avait d'accomplir les commandements divins (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. V, p. 277-278, édition de Montfaucon ; p. 332-333, édit. de Gaume). "

19. S. AUGUSTIN, Serm. LXI de tempore (Noël-Alexandre nie que ce sermon soit de saint Augustin pour des raisons qui ne me semblent pas péremptoires. V. Hist. eccl., t. V, p. 105): " De quelque prix que soit le remède que nous trouvons dans la charité véritable et parfaite, il n'est aucun de nous qui ne puisse l'avoir avec l'aide de Dieu. Pour tout le reste l'homme peut alléguer des motifs de dispense ; mais pour la charité il ne peut prétexter aucune excuse. Car s'il y a bien des œuvres corporelles que notre peu de force ne nous permet pas d'exécuter, nous pourrons toujours, avec la grâce de Dieu et pourvu que nous le voulions véritablement, avoir en nous la charité. . . "

p.418 fin p.419 début " Mais on dira peut-être : Je ne saurais en aucune manière aimer mes ennemis. Dieu vous déclare au contraire dans toutes ses Ecritures que vous le pouvez. Vous répondez que vous ne le pouvez pas. Voyez maintenant si c'est vous ou Dieu qu'il faut croire là-dessus. Mais comme la vérité ne peut pas mentir, c'est à la fragilité humaine à se désister de ses frivoles excuses : car Dieu étant juste n'a pu rien commander d'impossible, et comme il est aussi infiniment bon, il ne condamnerait pas l'homme pour avoir fait ce qu'il lui aurait été impossible d'éviter.

Pourquoi donc tergiverser, comme nous le faisons, en pure perte ? Personne ne sait mieux ce que nous sommes capables de faire, que celui qui nous en a donné le pouvoir. Tant d'hommes, tant de femmes, tant de clercs, tant d'enfants et de jeunes et tendres vierges ont enduré sans laisser échapper une plainte le supplice du feu et celui d’être exposé aux bêtes ; et nous, nous dirons encore que nous ne pouvons supporter les injures que nous adressent quelques insensés ? Nous poursuivons jusque dans leur sang, s'il nous est possible, la vengeance d'une injure que nous en aurons reçue ; de quel front, ou par quel principe de conscience, pouvons-nous donc désirer de partager un jour le bonheur des saints, tandis que nous refusons d'imiter leurs exemples dans les choses mêmes qu'il nous serait le plus facile d'accomplir ? "

20. Le même, Lib. III contra Cresconium Grammaticum, c. 4 : " Les bonnes œuvres font le discernement des bons d'avec les méchants comme elles feront la cause de la différence de leur sort. Si l'homme injuste ne peut pas accomplir ce qu'accomplit le juste, c'est qu'il est étranger à l'amour de Jésus-Christ, qui donne au juste la force d'accomplir sa loi. "

21. Le même, de verâ et falsâ pænitentiâ, c. 5 : " L'Apôtre a dit : Ma conscience ne me reproche rien, mais je ne suis pas justifié pour cela (I Cor., IV, 3). Car, comme il savait que les justes eux-mêmes peuvent tous les jours tomber dans quelques péchés, il ne se tenait point pour assure d'être sans péché, quelque assuré qu'il fût d'être inséparablement uni à Jésus-Christ. Car s'il n'avait pas été convaincu que les justes eux-mêmes ont souvent besoin de pardon, comment aurait-il pu avoir la crainte d'être souillé de quelque faute, lui qui savait qu'il possédait l’esprit de Dieu, et qu'il le servait avec une intention pure ? Et pourquoi Notre-Seigneur aurait-il lavé les pieds à son apôtre et enseigné à son Eglise à suivre le même exemple, si ce n'est parce que, p.419 fin p.420 début comme nos offenses sont journalières, nous devons aussi recourir journellement au pardon ? Pourquoi nous aurait-il appris dire dans nos prières : Pardonnez-nous nos offenses, s'il pouvait se lasser de nous faire miséricorde, tandis qu'il ne veut pas que nous nous lassions de l'implorer ? "

22. Le même, de Spiritu et Litterâ, c. 28 : "

Comme certains péchés véniels dont on n'est point exempt en cette vie n'excluent point les justes de la vie éternelle, de même certaines bonnes œuvre mêlées à la vie des méchants ne les préservent point de la damnation, et ne leur donnent nul droit à l'héritage céleste (Cf. Le livre de saint Augustin de l'Esprit et de la Lettre, p. 110). "

23. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. VI in librum I Regum, c. 2, sur ces paroles du chapitre XV du premier livre des Rois : " Je me repens d'avoir fait roi Saül. C'est comme s'il disait : Je ne veux plus qu'il règne sur mon peuple, quoique je l'aie voulu autrefois ; parce que ce même homme que j'ai voulu récompenser de son humilité, je le vois maintenant s'élever et se révolter contre moi avec orgueil. Ces paroles n'ont pas leur application dans toute sorte de pécheurs mais dans ceux-là seulement dont la chute est évidente, sans qu'on puisse prévoir qu'ils fassent un jour pénitence. Car quant aux chutes que peuvent faire les justes, il est dit à leur sujet : Le juste tombera sept fois, et se relèvera (Prov., XXIV, 16). Leurs chutes mêmes sont en quelque sorte ce qui les affermit dans le bien, puisque, si Dieu permet qu'ils tombent, c'est afin qu'ils se tiennent désormais plus fermes. Dieu permet qu'ils tombent quelquefois dans le mal, afin que la vaine gloire ne leur fasse pas perdre leurs éminentes vertus. Ceux-ci assurément, s'ils n'accomplissent pas toujours la volonté de Dieu à leur égard, ne se séparent pas pour cela de lui, parce que Dieu ne les laisse eux-mêmes quelques instants, que pour qu'ils soient à lui toute l'éternité, et que ces actes d'une fragilité momentanée ne doivent pas avoir pour eux de suites graves. "

24. Le vénérable BEDE, in caput XXIV Proverbiorum, vel juxtâ ipsius divisionem, in caput XXVI, sur ces paroles : Le juste tombera sept fois, etc. : " Comment appeler juste celui qui tombe, c'est-à-dire, qui pèche, si ce n'est parce qu'il est question ici de ces fautes légères et journalières, dont les justes eux-mêmes ne sauraient être exempts en cette vie. Car tous les jours, bon p.420 fin p.421 début gré mal gré, nous péchons souvent, et tantôt par ignorance, tantôt par oubli ; tantôt par pensées, et tantôt par paroles ; tantôt par surprise, tantôt par nécessité ou par fragilité. Et cependant le juste se relève car il est juste, et une faiblesse passagère ne peut pas lui faire perdre son état de justice. "

25. On trouvera sur ce même sujet plusieurs passages rapportés déjà, soit à l'article des péchés en général, question III, soit à celui de l'expiation des péchés, questions II et III.

26. Le concile de Milève, canon 7 (C'est le même que le canon 8 du concile de Carthage de l'an 418. V. le Dictionnaire universel des conciles, t. Ier, col. 515-816) : " Quiconque dira que les saints, en disant dans l'oraison dominicale : Remettez-nous nos dettes, ne le disent pas pour eux-mêmes, parce que cette demande ne leur est plus nécessaire, mais pour les autres de leur peuple qui sont pécheurs, et que c'est pour cette raison que chacun des saints ne dit pas : Remettez-moi mes dettes, mais, Remettez-nous nos dettes, pour faire entendre que le juste le demande pour d'autres que pour lui-même ; qu'il soit anathème ! Car l'apôtre saint Jacques était saint et juste, quand il disait : Nous manquons tous en beaucoup de choses (JAC., III, 2). Car pourquoi ajoute-t-il le mot tous, si ce n'est pour être d'accord avec cette parole du prophète David : Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur, parce que nul homme vivant ne sera trouvé juste devant vous (Ps. CXLII, 2) ; et avec cette maxime du sage Salomon : Il n'y a personne qui ne pèche (II Chroniques, VI, 36) ;

et avec cet oracle du livre de Job : Il met comme un sceau sur la main de tous les hommes, afin que tous connaissent leur faiblesse (JOB, XXXVII, 7) ? C'est pourquoi le juste Daniel, après avoir dit au pluriel dans sa prière : Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité (DAN., IX, 5), ce qu'il confesse avec autant de vérité que d'humilité, de peur qu'on ne crût qu'il avait dit cela des péchés de son peuple plutôt que des siens, ajoute un peu plus bas : Lorsque je priais encore, et que je confessais mes péchés à ceux d'Israël mon peuple (ibid. ; 20). Il n'a pas voulu dire nos péchés, mais il a dit les péchés de son peuple et les siens, parce qu'étant prophète, il prévoyait qu'il se rencontrerait dans l'avenir des hommes qui entendraient aussi mal cette parole : Remettez-nous nos dettes. "

1. Ier, col. 515-516) : " Ceux qui veulent que ces mêmes p.421 fin p.422 début paroles de l’oraison dominicale : Remettez-nous nos dettes, soient dites par les saints uniquement par un motif d'humilité et non pas aussi avec vérité, qu'ils soient anathèmes. Car comment souffrir que quelqu'un dans sa prière mente, non aux hommes seulement, mais à Dieu, en demandant du bout de ses lèvres que ses péchés lui soient remis, en même temps qu'il dit au fond de son cœur qu'il n'a point de péchés dont il ait à demander la rémission ? "

28. S. AUGUSTIN, de naturâ et gratiâ, c. 26 :

" Dieu, quand il guérit un pécheur de ses maladies spirituelles, ou qu'il lui rend la vie en le rétablissant dans l'état de justice en vue des mérites du divin médiateur Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il a amené ce pécheur converti à un état de parfaite santé, c'est-à-dire à un état parfait de sainteté et de justice, ne l'abandonne plus ensuite qu'il n'en soit auparavant abandonné, et il ne tient pas à lui qu'on ne conserve jusqu’à la mort la grâce qu'on a une fois reçue. "

29. S. PROSPER, Sentent. VII ad capitula Gallorum : " Celui qui dit que Dieu, après avoir régénéré en Jésus-Christ tels et tels de ses enfants, après leur avoir donné la foi, l’espérance et la charité, ne leur donne pas la persévérance, parce que sa prescience et sa prédestination ne les a pas séparés de la masse de perdition ; s'il veut dire en cela que c'est Dieu qui ne veut pas que ces hommes persévèrent dans les bonnes dispositions où il les a lui-même fait entrer, il fait injure à la justice de Dieu. Car quoique Dieu puisse par sa vertu toute-puissante donner à ces hommes la force de persévérer, sa grâce cependant ne les abandonne pas, qu'elle n'en soit abandonnée toute la première. Et comme il a prévu qu'ils l'abandonneraient en effet par leur propre volonté, c'est pour cela qu'il ne les a pas compris dans le nombre des élus ou des prédestinés. "

30. Le même, ad septimam objectionem Vincentianam, ayant à répondre à cette objection, que la volonté de Dieu serait que la plupart des hommes ni ne voulussent, ni ne pussent se sauver, parle ainsi : " Si vous le dites simplement de ceux qui, abandonnant la règle de la piété et de la foi, se sont attachés irrévocablement à de profanes erreurs ou à un genre de vie dissolu, il n'est pas douteux qu'avec une telle volonté ils ne veuillent pas eux-mêmes se sauver, et que, tant qu'ils ne le veulent pas, ils ne le puissent pas non plus. Mais il n'est nullement croyable que ces hommes soient tombés dans cet état désespéré par la volonté de p.422 fin p.423 début Dieu même, puisque Dieu soutient plutôt tous ceux qui sont près de tomber, et qu'il relève tous ceux qui se sont brisés (Ps. CXLIV, 14). Car personne n'est relevé que par sa grâce, personne n'est soutenu que par sa grâce. La volonté de Dieu est donc que chacun persévère dans sa bonne volonté, puisqu'il n'abandonne personne avant d'en être abandonné, et que souvent il rappelle à lui ceux mêmes qui s'étaient rendus sourds à sa voix. "

31. S. CHRYSOSTOME, Hom. III (al. 4) in Joannem : "

Rendons gloire à Dieu, comme nos pères nous ont appris à lui rendre gloire, c'est-à-dire, attachons-nous à le glorifier, et par notre foi, et par nos œuvres. Car il ne nous servirait de rien pour le salut d'avoir des sentiments orthodoxes, si notre vie elle-même n'était rien moins que pure. Appliquons-nous donc à la mettre en harmonie avec la volonté de Dieu, en nous tenant éloignés de toute turpitude, de toute injustice, de toute cupidité, et en nous considérant comme des voyageurs et des étrangers qui n'ont rien à faire ici-bas (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. VIII, p. 31, édit. Montfaucon ; p. 36, édit. Gaume). "

32. Ibidem, Hom. IX : " Il ne suffit pas, pour conserver la pureté de l'âme, d'être baptisé et d'avoir la foi ; mais il nous faut de plus, si nous voulons ne point déchoir de cet heureux état de grâce, mener une conduite qui y répond. . . Car il serait bien à craindre, si nous venions à souiller cette belle robe d'innocence, qu'en punition de notre négligence et de nos manquements, nous ne fussions chassés de la salle du festin, comme cet homme à qui manquait la robe nuptiale, ou exclus, comme les cinq vierges folles, de la chambre de l'époux. Car remarquez, je vous prie, que cet homme qui se vit ignominieusement chassé était pourtant du nombre des convives et avait été invité comme les autres ; mais, parce qu'après avoir reçu cette invitation et obtenu cet honneur, il avait manqué à celui qui l'avait invité, voyez comment il a été puni, et comme son châtiment mérite notre pitié et nos larmes.

Après qu'il a été reçu et quand il est déjà placé à cette table si splendidement servie, voilà qu'il se trouve non-seulement exclu du festin, mais de plus lié par les mains et par les pieds, et jeté dans les ténèbres extérieures, où il n'a plus qu'à pleurer et à grincer des dents, sans fin et sans mesure. Gardons-nous donc bien de penser, mes bien-aimés, qu'il nous suffit pour être sauvé d'avoir la foi. Car si nous ne p.423 fin p.424 début donnons pas l'exemple d'une vie pure, si au contraire nous nous montrons avec des vêtements indignes de notre heureuse vocation, rien ne pourra empêcher que nous ne partagions un jour le sort de ce misérable (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, p. 60-61, édit. Montfaucon ; p. 70, édit. de Gaume). "

33. Le même, Hom. LXX in Matthæi : " Pour que les fidèles ne se flattent pas de pouvoir être sauvés par leur foi seule, Notre-Seigneur en vient à parler du châtiment que subiront les méchants. Ainsi exhorte-t-il, d'une part, les infidèles à embrasser la foi ; de l'autre, les fidèle à mener une bonne vie. Car le vêtement qu'on revêt c'est la vie que l'on mène. "

34. Le même, in Psalmum CX : " De peur que quelqu'un ne s'imagine que, pour posséder la sagesse, il suffise d'avoir l'intelligence, le Psalmiste ajoute (Ps. CX, 10) : Tous ceux qui agissent conformément à cette crainte, sont remplis d'une intelligence salutaire.

Car la foi ne suffit pas, si l'on ne vit en même temps d'une manière conforme à sa foi. Mais comment la crainte du Seigneur est-elle le commencement de la sagesse ? C'est qu'elle nous détourne de tous les péchés, et qu'elle nous porte à pratiquer toutes les vertus. Ici le Psalmiste entend par la sagesse, non celle qui consiste dans les paroles, mais celle qui se produit par les œuvres. Car les philosophes mêmes profanes ont déni la sagesse, la connaissance des choses divines et humaines. Or, c'est la crainte de Dieu qui nous apprend un art si noble, en nous corrigeant du vice, en nous insinuant la vertu, en nous inspirant le mépris des choses présentes et en nous faisant comme habiter le ciel. Quoi de plus sage qu'une âme établie dans ces excellentes dispositions ? Mais le Psalmiste demande ici, non des hommes qui se bornent à écouter des leçons de sagesse, mais des hommes qui les mettent en pratique ; car tous ceux, dit-il, qui agissent conformément à cette crainte, sont remplis d'une intelligence salutaire ; c'est-à-dire, que l'intelligence n'est salutaire qu'en ceux qui mettent la sagesse en pratique, qui prouvent leur sagesse par l'excellence de leurs actions (Cf. Ibidem, t. V, p. 276, édit. Montfaucon ; p. 330, édit. de Gaume). "

33. Le même, adversùs vituperatores vitæ monasticæ, lib. 4 : " A quoi sert la foi, si la vie n'est pure et régulière ? Mais peut-être que ces principes vous passent, car vous êtes assez peu instruits de nos maximes. Je vous rapporterai donc en peu de mots ce que Jésus-Christ nous a enseigné ; examinez bien si ses p.424 fin p.425 début menaces ne regardent que ceux qui pèchent contre la foi et contre ses dogmes, ou si elles ne tombent pas aussi sur ceux dont la conduite et les mœurs sont déréglés. Lorsqu'il se retira sur la montagne, il dit entre autres instructions à cette multitude infinie de peuple qui accourait vers lui de toutes parts : Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume du ciel ; mais celui-là seulement y entrera, qui fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? n'avons-nous pas chassé les démons en votre nom ? n'avons-nous pas fait en votre nom plusieurs miracles ? Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous connais point ; retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité (MATTH., VII, 21 et suiv.). . . Celui qui écoute ma doctrine et ne la met pas en pratique, je le compare à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable ; et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée et la ruine en a été grande. Il disait encore dans une autre occasion : Lorsqu'un filet est plein, les pécheurs le tirent sur le bord, et s'étant assis, ils mettent ensemble tous les bons dans un vaisseau, et jettent dehors les mauvais. C'est ce qui arrivera à la fin du monde : les anges viendront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise (MATTH., XIII, 48-50). Lorsqu'il avait à s'élever contre des hommes impudiques et corrompus, il disait : Ils iront là où le ver qui les rongera ne mourra point, et où le feu qui les brûlera ne s'éteindra point (MARC, IX, 42). Il disait encore : Un roi voulut faire les noces de son fils. . . . . et ayant aperçu un homme qui n'était vêtu que d'habits malpropres, il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici n'ayant point la robe nuptiale ? Et cet homme demeura muet. Alors le roi dit ci ses gens : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures (MATTH., XXII, 2, 13). Ces châtiments, comme je l'ai dit, sont faits pour les impudiques et les gens corrompus. "

" Les vierges folles furent bannies de la chambre de l’époux, en punition de leur dureté ; d'autres ont été condamnés pour de pareilles fautes au feu de l’enfer, préparé pour le démon et pour ses anges. Les paroles inutiles seront châtiées ; c'est ce qui est encore expressément marqué dans l’Evangile : Ce seront vos paroles qui vous condamneront, ou ce seront vos paroles qui vous justifieront (MATTH., XII, 37). Est-ce donc sans raison que je vous recommande tant une conduite pleine de réserve, et cette p.425 fin p.426 début partie de la morale qui vous servira à bien régler votre vie, tandis que je ne le fais qu'après Jésus-Christ dont je vous ai cité les paroles ? Encore ne vous en ai-je rapporté que quelques- unes ; car il en a dit bien davantage. Si je ne craignais de vous ennuyer par des longueurs excessives, je vous citerais les prophètes, et saint Paul, et les autres apôtres, et vous verriez avec quelle particulière attention Dieu nous a recommandé cette partie de nos devoirs (Cf. Les Opuscules de saint Jean Chrysostôme, p. 455-557). "

36. S. FULGENCE, Lib. II de remissione peccatorum : " Il est certain que la rémission des péchés n'est accordée qu'aux pécheurs pénitents qui sont admis dans le sein de l'Eglise catholique. Car la conversion ne peut être véritable que là où la réforme des mœurs s'unit à la pureté de la foi, et où la volonté de bien vivre n'est déparée par aucune attache à l'erreur. Car notre conduite serait faussement appelé bonne, si elle était tristement influencée par quelque fausse croyance, quoique, d'un autre côté il ne suffise pas non plus pour le salut d'avoir une foi pure, si l'on déshonore sa foi par l'impureté de sa vie. C'est ce qui fait dire à saint Jacques, d'une part, que la foi sans les œuvres est une foi morte (JAC., II, 20, 26), et à saint Paul, de l'autre, que tout ce qui ne se fait pas selon la foi, est péché (Rom., XIV, 23) (Saint Fulgence ne veut pas dire ici que toutes les actions des infidèles sont des péchés proprement dits, mais seulement que ce ne sont pas des œuvres méritoires pour le salut, ou des œuvres d'une bonté suffisante pour les justifier. Car il reconnaît, lib. de incarnatione et gratiâ Christi, c. 26, qu'ils peuvent faire eux-mêmes quelques bonnes œuvres). "

37. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XXIX in Evangelia : " Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné (MARC, XVI, 16). Quelques-uns d'entre vous diront peut-être en eux-mêmes : Je suis de ceux qui croient ; je serai donc sauvé. Cela est vrai, mes frères, pourvu que leurs actions soient conformes à leur foi. Car la foi n'est véritable que lorsque les actions ne démentent point les paroles. C'est pourquoi saint Paul disait, en parlant des faux chrétiens : Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renoncent par leurs paroles (Tit., I, 16). Et saint Jean en parle à son tour de cette manière : Celui qui dit qu'il connaît Dieu, et qui n'observe pas ses commandements, est un menteur (I JEAN, II, 4). "

" Ainsi, mes chers frères, c'est par les actions de notre vie p.426 fin p.427 début que nous devons reconnaître la vérité de notre foi, puisque nous ne sommes véritablement fidèles que lorsque nous accomplissons par nos œuvres ce que nous promettons par nos paroles. Car nous avons solennellement promis à Dieu, au jour de notre baptême de renoncer à toutes les œuvres et toutes les pompes du démon, notre ancien ennemi. Que chacun de vous, mes frères, rentre donc en lui-même et s’examine sérieusement ; et, s'il reconnaît qu'il a gardé depuis son baptême ce qu'il a promis avant de le recevoir, qu'il se réjouisse dans l'assurance qui lui en revient d'être véritablement fidèle (Cf. Les quarante homélies de saint Grégoire sur les Evangiles, trad. par le duc de Luynes, p. 312-313). "

38. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium, lib. XXXIII, c. 7 (al.

4) : " Il y en a d'autres que (Béhémoth) ne détourne pas de la règle de la foi, mais qu'il porte à des actions contraires à ce qu'elle enseigne. Il y en a d'autres encore qu'il ne peut porter à des œuvres de péché, mais en qui il altère la rectitude de leur bonne intention, afin que, sortis une fois de la voie royale de la charité, ils s’égarent de plus en plus dans leurs actes. Sans avoir perdu la foi, ils ne vivent plus de la vie de la foi, parce que les choses qu'ils font, ou sont ouvertement criminelles, ou du moins le deviennent, quelque apparence qu'elles aient d'ailleurs de sainteté, par la perverse disposition de leur cœur. "

" Et en effet, comme plusieurs sont fidèles de profession, sans l'être par la pureté de la vie, la vérité elle-même a prononcé cet oracle : Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux (MATTH., VII, 21). Et ailleurs : Pourquoi m'appelez-vous : Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis (LUC, VI, 46) ? Saint Paul a dit pour la même raison : Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres (Tit., I, 16). Et saint Jean : Celui qui dit qu'il le connaît, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur (I JEAN, II, 4). C'est encore pour cela que le Seigneur fait entendre ces paroles de reproches contre le peuple qui était autrefois son peuple privilégié : Ils m'honorent des lèvres mais leurs cœurs sont bien loin de moi (MARC, VII, 6 ; ISAIE, XXIX, 13). Et David disait dans un psaume : Ils lui faisaient de bouche des promesses flatteuses, mais leur langue était mensongère (Ps. LXXVII, 36). "

" Que personne donc ne s'imagine que la foi puisse suffire sans p.427 fin p.428 début les œuvres puisque nous savons qu'il est écrit : La foi sans les œuvres est morte (JAC., II, 20, 26). Que personne ne se flatte de pouvoir éviter les morsures de Béhémoth par la seule confession de sa foi ; car bien qu'il ait déjà absorbé le fleuve, il reste encore tout altéré des eaux du Jourdain, et le Jourdain coule dans sa gueule toutes les fois qu'un chrétien se laisse emporter au torrent du vice. Il est bien vrai que la foi nous soutient au-dessus de ce torrent et est un obstacle à ce qu'il nous engloutisse ; mais nous devons bien prendre garde à ce qu'elle ne nous échappe pas elle-même dans le péril que la lubricité de nos œuvres lui fait courir. Si nous marchons sans précaution, ce sera bien en pure perte que la foi nous fera tenir le droit chemin, puisque, encore bien que la céleste prairie en soit le terme, ce terme ne saurait être atteint par ceux qui font, même sans sortir de cette voie, des chutes funestes (Cf. Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 583-585). "

39. S. AUGUSTIN, De gratiâ et libero arbitrio, c. VIII, n. 20 : " Apres leur avoir dit (aux Ephésiens, II, 8-9) : C'est la grâce qui vous a sauvés par la foi ; et cela ne vient pas de vous, mais c'est un don de Dieu ; et ce don ne vous a pas été fait en conséquence de vos œuvres, afin que personne ne s'en enfle d'orgueil ; l'Apôtre s'est aperçu que quelques personnes pourraient abuser de ses paroles, et s'imaginer que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires à ceux qui ont la foi, que la foi toute seule leur suffit ; et d'un autre côté, que les hommes pourraient s'enfler de leurs bonnes œuvres, comme n'ayant besoin que d'eux-mêmes pour les pratiquer. C'est pour confondre cette double erreur qu'il ajoute tout de suite : Car nous sommes l'ouvrage de Dieu, ayant reçu un nouvel être en Jésus-Christ pour vivre dans la pratique des bonnes œuvres que Dieu a d'avance marquée à chacun de nous (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 221-222). "

40. S. CYRILLE, Lib. I in Joannem, c. 16, sur ces paroles,

Manete in me, et ego in vobis ; sicut palmes, etc. : " Nous voyons clairement par ce passage que c'est par la foi que nous sommes insérés à ce cep divin qui est Jésus-Christ pour devenir comme les branches d'un même arbre. Mais nous ne devons pas apporter un moindre soin à lui être unis par la charité, c'est-à-dire par l'observation de ses commandements, en répétant ces mots du Psalmiste : Mon âme s'est attachée à vous suivre (Ps. LXII, 9). Il ne nous suffit donc pas pour notre perfection, c'est-à-dire pour notre p.428 fin p.429 début sanctification, qui résultera de l'union de nos âmes à Jésus-Christ, d'être comptés parmi les branches dont il est le cep ; mais il nous faut de plus nous attacher constamment à lui par une ardente charité. Car c'est en cela que consiste surtout le mérite de l'union spirituelle que nous sommes obligés d'avoir avec lui. "

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