Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 202)
41. Voir plus haut d'autres témoignages à l'appui de la même thèse, à l'article des péchés contre le Saint-Esprit, question III, témoignages 6 et suivants, jusqu'au 18e inclusivement, tome IV, pages 141-152, comme aussi à l'article des bonnes œuvres, question I, témoignages
42. S. AMBROISE, in caput I Lucæ, sur ces paroles, Erant ambo justi ante Deum, etc. : " Ils étaient tous deux justes devant Dieu, et ils marchaient sans reproche dans la voie de tous les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur (LUC, I, 6). Que répondront à cela ceux qui prétendent se consoler des péchés qu'ils commettent, en donnant pour excuse qu'il est impossible à l'homme de vivre exempt de péché dans cette vie, et qui allèguent ce verset du livre de Job : Personne n'est exempt de souillures, quand il ne vivrait qu'un jour sur la terre (JOB, XIV, 4, selon la version italique et celle des Septante) ? Il faut leur répondre qu'ils aient à expliquer d'abord ce qu'ils entendent par être exempt de péché, et s'ils entendent par-là n’avoir jamais péché, ou bien avoir cessé de pécher. Car s'ils pensent que ce soit être exempt de péché que d'avoir cessé de pécher (Il y a sans doute ici une incise pour une autre, et il nous semble, d'après la suite des idées qu'il faudrait lire ici numquàm omnin peccasse, n'avoir jamais pécher au lieu de desisse peccare, avoir cessé de pécher), je me trouverai d'accord avec eux, puisque (comme le dit l’Apôtre) tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu (Rom., III, 23). Mais s'ils entendent par être exempt de péché s’être corrigé de ses égarements et vivre de manière à ne plus pécher désormais, je ne puis pas me rendre à leur sentiment, puisque nous lisons au contraire que Notre-Seigneur a aimé l’Eglise et s'est livré à la mort pour elle. . . . . , pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais toute sainte et parfaitement exempte de souillures (Ephés., V, 25, 27). . . . . "
" Ce n'est pas sans motif que l’Evangéliste ajoute ces deux mots : Ils étaient justes devant Dieu. Car tous ceux qui sont justes devant les hommes ne sont pas pour cela justes devant Dieu. Les hommes voient d'une manière, et Dieu d'une autre ; les hommes s'arrêtent p.429 fin p.430 début à l'extérieur et Dieu pénètre le l'fond de l'âme. Il peut donc fort bien arriver que quelqu'un me paraisse juste en prenant à mes yeux un air de bonté, et que pourtant il ne soit pas juste devant Dieu, si sa justice apparente n'est l’effet que de son hypocrisie, au lieu d'être la naïve expression de l’état de son âme : car, dans ce dernier cas, ses dispositions intimes resteront un mystère pour les autres hommes. La perfection de nos mérites consiste donc à être justes devant Dieu.
C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre que le vrai circoncis tire sa louange, non des hommes, mais de Dieu (Rom., II, 29). Heureux est celui dont notre divin Sauveur a daigné dire : Voici un vrai Israélite, un homme sans déguisement et sans artifice (JEAN, I, 47). Car le vrai Israélite est celui qui voit Dieu en tout, et qui, bien convaincu que Dieu le voit, lui révèle les secrets de son cœur. Car celui-là seul est parfaitement vertueux, dont la vertu est éprouvée par celui dont le jugement est infaillible. Les jugements de Dieu sont toujours vrais, ceux des hommes au contraire sont souvent trompeurs ; et souvent ils croient justes des hommes couverts d'injustice, en même temps qu'ils poursuivent des justes de leur haine, ou les décréditent par leurs mensonges. Mais le Seigneur connaît les voies dans lesquelles marchent ceux qui se conservent purs : il ne prend point un homme vicieux pour un homme vertueux, ni un homme de bien pour un méchant, mais il n'attribue à chacun que les qualités ou les défauts que chacun peut avoir. Car il est témoin à la fois et de nos actions extérieures et de nos intentions intimes ; et ses jugements portent beaucoup plus sur les dispositions de l’âme de celui qui est juste à ses yeux, que sur le résultat de ses œuvres. "
43. ORIGENE, Hom. II in Lucam, dit à peu près les mêmes choses sur ce sujet que ce qui vient d'être rapporté de saint Ambroise (Saint Ambroise n’aurait-il pas été ici le traducteur d’Origène ?). "
44. S. AUGUSTIN, Præfat enarrationis in Psalmum XXXI
: " La fin de la loi est la charité qui naît d’un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère (I Tim., I, 5). Pour l’espérance, l'Apôtre a mis ici la bonne conscience, etc. " Et le reste déjà rapporté plus haut, première partie, chapitre II, question II, témoignage 4, t. Ier, p. 162, et dont voici la suite : " Qu'un impie vienne donc vanter ses œuvres ; qu’il dise : Je donne l’aumône aux pauvres ; je ne prends rien à personne ; je ne désire point la p.430 fin p.431 début femme d'autrui ; je ne tue personne ; je ne fais tort à qui que ce soit ; je rends les dépôts qu'on m'avait confiés même sans aucun témoin. Qu'il me dise tout cela, et je lui demanderai s'il est juste ou impie. Comment puis-je être impie, me répond-il en vivant ainsi ? Vous pouvez l'être comme l'ont été ceux dont il est dit : Ils ont rendu à la créature l'adoration et le culte souverain, au lieu de le rendre au Créateur qui est béni dans tous les siècles (Romains, I, 28). Comment suis-je impie, dites-vous ? Ce sera, si dans toutes ces bonnes œuvres dont vous vous glorifiez, vous espérez ce qu'il est effectivement bon d'espérer, mais en ne l'attendant pas de celui de qui vous devez l'attendre, ou si vous espérez autre chose que ce que vous devez espérer, quand même vous l’attendriez de celui dont vous devez en effet attendre la vie éternelle. "
" Vous attendez pour récompense de vos bonnes œuvres une félicité terrestre et passagère ; vous êtes donc impie. Ce n'est pas là la récompense promise à la foi. La foi est une chose précieuse, vous la mettez à trop bas prix ; ainsi vous êtes impie, et toutes vos œuvres ne sont rien. Quelque force que vous témoigniez, et avec quelque vitesse que vous conduisiez votre navire, c'est vers un écueil que vous le précipitez. Si vous espérez ce que vous devez en effet attendre, c'est-à-dire la vie éternelle, mais en ne l'attendant pas de Dieu par Jésus-Christ, par qui seul nous l’obtenons, et que vous croyiez au contraire pouvoir l’obtenir par la milice du ciel, ou par le soleil et la lune, par les puissances de l'air, de la mer, de la terre et des étoiles, vous êtes un impie. Mais croyez en celui qui justifie l'impie, afin que vos bonnes œuvres deviennent parfaitement bonnes (Rom., IV, 7). "
45. Le même, in Psalmum XCIII, sur ce verset, Numquid adhæret tibi sedes iniquitatis, qui fingis laborem in præcepto : " Le temps de cette vie est pour vous un temps de travail : ce n'est qu’à la suite de ce travail qu'on vous promet le repos. Vous considérez le travail que vous endurez ici-bas ; mais considérez de même quel repos Dieu vous promet là-haut Pouvez-vous seulement vous le figurer ? Si vous le pouviez, vous reconnaîtriez que ce que vous souffrez n'est rien en comparaison des biens que vous attendez. Ecoutez ce qu'en dit saint Paul, qui voyait ces biens en partie. Que dit-il, ce saint Apôtre ? Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire (II Cor, IV, 17). Quel est ce poids d'une souveraine gloire ? A qui Dieu le prépare-t-il ? C'est ce que l'Apôtre p.431 fin p.432 début va nous dire ensuite : A nous qui ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles, parce que les choses visibles sont temporelles, au lieu que les invisibles sont éternelles (ibid., 18). Ne soyez point lâche et paresseux dans un travail qui passe vite, et vous goûterez une joie qui ne passera jamais. Dieu vous promet une vie qui n'aura jamais de fin. Jugez par quels travaux vous devez l'acheter. "
" Ecoutez ceci, mes frères. Ce que je possède est à vendre, vous dit Dieu ; ce que j'ai est à vendre : achetez-le. Qu'est-ce que Dieu peut avoir à vendre, demanderez-vous ? Il a un repos à vendre : achetez-le par le travail. Ecoutez-moi, je vous prie, afin qu'au nom de Jésus-Christ nous devenions des chrétiens courageux (Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, trad. en français, t. V, p. 155-156). "
46. Le même, in Psalmum CXX : " Que veut dire cette parole : Que votre gauche ne sache pas ce que fait votre main droite (MATTH., VI, 5) ? Elle veut dire : quand vous faites une bonne œuvre, faites-la en vue d’obtenir la vie éternelle. Car si vous ne faites cette bonne œuvre qu'en vue de jouir des biens de la terre, votre gauche sait alors ce que fait votre droite, vous mêlez la main droite avec la gauche. N'agissez qu'en vue de la vie éternelle, et vous agirez avec sûreté : car c'est ce que Dieu a commandé. " " Si vous n'agissez qu'en vue des choses de la terre, et seulement pour la vie présente, il n'y a que la gauche qui agit. Si au contraire vous n'agissez que pour la vie éternelle, c'est votre droite seule qui travaille. Si vous avez en vue la vie éternelle et qu'il se glisse néanmoins en vous un désir secret de cette vie temporelle, en sorte que vous en teniez quelque compte dans le bien que vous faites, en souhaitant que Dieu vous en récompense dès ici-bas, c'est alors la gauche qui s'immisce avec votre droite, et c'est ce que Dieu défend (Cf. Ibidem, t. VI, p. 395). "
47. S. CYPRIEN, Epist. IX ad martyres et confessores : " Emules de ce bienheureux martyr (Mappalique), comme lui fermes dans la foi, patients dans la souffrance, vainqueurs au milieu des tortures, puissiez-vous lui ressembler jusqu'à la fin ! Unis ici-bas par les liens de la même confession, par les preuves du même cachot, soyez unis là-haut par la consommation de vos mérites p.432 fin p.433 début et l'éclat de la couronne ! Par la joie que vous lui donnerez, séchez les larmes de l'Eglise votre mère qui pleure sur des ruines si multipliées ; consolidez par vos exemples les bonnes résolutions de ceux qui sont restés debout. Si vous êtes rappelés sur le champ de bataille ; si l'heure du combat sonne pour vous, que votre bravoure égale votre constance à la pensée que vous avez pour témoin le Seigneur, qui vous contemple ; que confesser son nom c'est parvenir à sa gloire ; qu'il ne se contente pas de regarder ses serviteurs, mais que c'est lui qui combat dans nos personnes, lui qui couronne et est couronné dans nos triomphes. Si la miséricorde divine ramène la paix avant le jour de votre combat, vous garderez toujours le mérite de vos désirs et la gloire de votre dévouement. "
48. Le même, Epist. XVI ad Moysen et Maximum presbyteros
: " Mais votre gloire n'est pas moindre, vous qui, retenus encore sur le champ de bataille, et foulant les traces sanglantes de vos devanciers, soutenez la lutte avec une foi inébranlable et donnez tous les jours à Dieu le spectacle de vos vertus. Plus votre combat se prolonge, plus votre couronne sera éclatante : ce n'est qu'un combat, mais grossi d'une infinité de combats. Vous maîtrisez la faim ; vous vous jouez de la soif ; vous foulez courageusement aux pieds le dénuement de votre cachot et l'horreur de votre supplice. Là, on dompte les tortures ; là, on affronte les châtiments ; là, au lieu de redouter la mort, on la désire, parce qu'on en triomphe dans l'espérance de l'immortalité, et que le vainqueur remporte pour couronne la vie éternelle. Quelle est en ce moment l’élévation de votre âme ! Qu'il est profond, qu'il est vaste le cœur où s'agitent de si grandes choses, et qui ne connaît d'autre sujet de méditation que les préceptes de Dieu et les récompenses du Christ ! Là, rien que la volonté de Dieu ; quoique vous habitiez encore la prison du corps, vous vivez non plus de la vie du monde présent, mais de la vie du monde à venir. "
49. Le même, Epist. LVI ad Thibaritanos : " Vous serez bienheureux quand les hommes vous haïront, qu'ils vous rejetteront, vous diront des injures et repousseront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous en ce jour-là et soyez dans l'allégresse : voici que votre récompense est grande dans le ciel (LUC, VI, 22-23). "
" Pourquoi le Seigneur nous ordonne-t-il de nous réjouir dans la persécution ? Parce que c'est alors que la foi obtient des p.433 fin p.434 début couronnes, alors que les soldats de Dieu sont mis à l’épreuve, alors que les cieux s'ouvrent aux martyrs. N'avons-nous été enrôlés dans la milice céleste que pour aspirer aux douceurs de la paix, et décliner le combat, quand Notre-Seigneur, ce maitre de la résignation, de l'humilité et des souffrances, a marché le premier dans la voie de la douleur, afin de pratiquer ce qu'il enseignait, et de souffrir pour les hommes ce qu'il les exhortait eux-mêmes à souffrir ? Rappelez-vous constamment, frères bien-aimés, que celui qui seul a reçu du Père le pouvoir de juger et qui doit venir pour proclamer ses jugements, a déjà prononcé d'avance (MATTH., X, 22) l'arrêt qu'il doit rendre à la fin des siècles : J'avouerai devant mon Père pour mes disciples ceux qui m'auront avoué pour leur maître ; je renierai ceux qui m'auront renié. Si nous pouvons échapper à la mort, à la bonne heure, craignons de mourir. Mais puisqu'il est dans la nature d'un mortel de mourir, embrassons avec amour l'occasion que nous offre la divine miséricorde ; achetons l'immortalité par la mort, et ne craignons point d'être immolés, puisqu'après l'immolation vient la couronne. "
80. Le même, Epist. LXXXI ad Rogatianum et cæteros
: " Que les supplices du temps disparaissent devant les béatitudes de l'éternité, car il est écrit (Ps. CXV, 15)
: " La mort du juste est précieuse devant le Seigneur. " Et ailleurs (Ps. L, 19) : " Le sacrifice que Dieu demande est une âme brisée de douleur. Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié. " Ecoutez encore l'Ecriture, lorsqu'elle parle des tourments qui consacrent les martyrs et les purifient au creuset de la douleur. " Si devant les hommes ils ont souffert des tourments, leur espérance est pleine d'immortalité. Leur affliction a été légère, et leur récompense sera grande, parce que Dieu les a éprouvés, et les a trouvés dignes de lui. Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise, et les a reçus comme un holocauste. Il les regardera favorablement quand l'heure sera venue. Les justes brilleront comme la flamme qui court dans le chaume aride. Ils jugeront les nations, ils domineront les peuples, et leur Seigneur règnera à jamais (Sag., III, 4-8). "
" La pensée qu'un jour vous serez des juges et des rois siégeant avec Notre-Seigneur, ne doit-elle pas vous transporter d'allégresse et vous aider à fouler aux pieds les tortures présentes, dans l'attente des biens à venir ?. . . . . Saint Paul aussi compare le temps présent avec les splendeurs de l'autre vie : " Les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec p.434 fin p.435 début cette gloire qui doit un jour se manifester en nous (Rom., VIII, 48). " Les yeux constamment fixés sur ces clartés divines, prenons en patience les adversités présentes. L’Ecriture sainte nous l'enseigne encore (Ps. XXXIII, 20) : " Quelles que soient les afflictions des justes, la délivrance est certaine de ceux qui mettent leur confiance en Dieu. . . "
" Imitateurs de cette foi, et méditant ces beaux exemples et le jour et la nuit, élancez-vous vers Dieu de toute l'ardeur de vos désirs, foulant aux pieds un monde qui passe, pour n'ouvrir votre âme qu’à la pensée de l’éternité, d'un royaume sans fin, des chastes embrassements de Notre-Seigneur, et de la contemplation bienheureuse de Dieu (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. Genoude, t. V). "
CHAPITRE XVI. COMBIEN ON DOIT SE DONNER DE GARDE DE PRESUMER TEMERAIREMENT QU’ON EST PREDESTINE.
" Personne, quel qu'il soit, tant qu'il est dans cette vie mortelle, ne doit présumer tellement du mystère caché de la prédestination divine, qu'il se tienne pour entièrement assuré d’être soi-même du nombre des prédestinés, comme si, une fois justifié on devait, ou se trouver dans l'impossibilité de pécher désormais, ou se promettre comme chose sûre que, si l'on pèche, on reviendra à résipiscence. Car on ne peut savoir que par une révélation spéciale quels sont ceux que Dieu s'est choisis. " Concile de Trente, session VI, chapitre 12.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, XXIV, 11-12 : " Il s’élèvera aussi plusieurs faux prophètes qui séduiront beaucoup de personnes. - Et parce que l'iniquité sera venue à son comble, la charité de plusieurs se refroidira. "
2. EZECHIEL, XVIII, 24-26 : " Si le juste se détourne de sa justice, et vient à commettre l'iniquité et toutes les abominations que l'impie commet ordinairement, vivra-t-il alors ? Toutes les œuvres de justice qu'il avait faites seront oubliées, et il mourra dans la perfidie où il est tombé, et dans le péché qu'il a commis. - Car, lorsque le juste se sera détourné de sa justice, qu'il aura p.435 fin p.436 début commis l'iniquité, et qu'il sera mort en cet état, il mourra dans les œuvres injustes qu'il aura commises. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, Lib. VI Hypognosticon, c. 7 (Cet ouvrage, ainsi que nous l'avons dit, n’est pas de saint Augustin) : " Nous n'ignorons pas que plusieurs, mêmes des plus parfaits, après nombre d'années passées dans les exercices laborieux de la vertu, sont tombés et se sont perdus malheureusement à la fin ; que d'autres, après avoir perdu dans le désordre et le crime leur vie entière, depuis leur plus bas âge jusqu’à une extrême vieillesse, ont changé tout-à-coup par l'effet de la grâce divine, et au moment de leur mort sont entrés dans le repos du royaume des cieux. Nous savons aussi que parmi de petits enfants qui n'ont pas encore l’usage de leur raison, qui sont incapables de faire le discernement du bien et du mal, portés par leurs parents sur les fonts baptismaux, quelques-uns, au moment où le prêtre étendait sa main pour leur conférer le sacrement de la foi, ont tout-à-coup rendu l'âme entre les mains de leurs parents, sans avoir pu participer à la grâce du Sauveur. Quel est le sage qui comprendra ces choses, ou qui pourra expliquer ces mystères ? Disons avec David : Le Seigneur est juste dans toutes ses voies, et saint dans toutes ses œuvres (Ps. CXLIV, 13). Que vos œuvres sont grandes, Seigneur ! Que vos pensées sont profondes et impénétrables (Ps. XCI, 6) ! Disons aussi avec l'apôtre saint Paul : O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables, et ses voies incompréhensibles (Rom., XI, 33) ! "
Ibidem, c. 8 : " Que personne ne se glorifie, que personne ne se désespère. Car Dieu est le seul qui sache qui sont ceux qui lui appartiennent. Mais, autant qu'il dépend de nous, exhortons tous les hommes à mener une bonne vie ; ne jetons personne dans le découragement ; prions les uns pour les autres ; humilions-nous devant Dieu en lui disant : Que votre volonté soit faite.
Il sera toujours le maître de révoquer à notre égard le jugement de condamnation qu'il aura d'abord prononcé, et de nous accorder la grâce de la prédestination, sans que nous l'ayons méritée. "
2. S. AUGUSTIN, De correptione et gratiâ, c. XIII, n.
40 : " Y a-t-il quelqu'un, dans la grande multitude des fidèles, qui, tant qu'il est sur la terre, soit assuré d'être du nombre des prédestinés ?
p.436 fin p.437 début Aussi est-il à propos que le décret de Dieu nous demeure caché en cette vie, où l'enflure de l'orgueil est tellement à craindre, qu'un saint Paul même, pour en être préservé, recevait des soufflets d'un ange de Satan (II Cor., XII, 7). C'est pour cacher ce secret divin, que Jésus-Christ disait à ses apôtres : Si vous demeurez fidèles à ma parole (JEAN, XV, 7), quoiqu'il fût assuré de la persévérance de leur fidélité. Dieu dit de même par un prophète : Si vous voulez m'écouter et me croire (ISAIE, I, 19), quoiqu'il connût parfaitement qui étaient ceux en qui il produirait lui-même cette volonté (Philip., II, 13). L'Ecriture est pleine de textes semblables. Il faut croire que c'est parce qu'il est utile aux élus d’ignorer ce secret, ou afin que personne ne soit tenté de s’élever au-dessus des autres, mais qu'au contraire ceux même qui courent avec ardeur dans la voie, soient toujours dans une crainte humble et salutaire, dans l'impuissance où ils sont de savoir s'ils arriveront effectivement au but ; que c'est, dis-je, à cause de l'utilité de ce secret, que quelques-uns des enfants de perdition, qui n'ont point de part au don de persévérance, commencent par vivre de la foi qui opère par l'amour, et continuent encore quelque temps à marcher dans la voie de la piété et de la justice, après quoi on les voit tomber dans le péché, au lieu d'être retirés du monde avant cette chute malheureuse (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 384-385). "
3. S. PROSPER, ad duodecimam objectionem Vincentianam : "
La prédestination divine, quoiqu'elle reste incertaine pour nous tant que nous sommes exposés aux dangers de la vie présente est immuablement certaine pour celui qui a ordonné d'avance toutes les choses à venir. "
4. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XXXVIII in Evangelia : " Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (MATTH., XXII, 14).
Ce mot, mes frères, doit nous faire trembler. Nous tous, en effet, qui sommes ici, avons été appelés par la grâce de la foi, pour avoir part aux noces du roi du ciel, nous croyons tous et nous confessons le mystère de son incarnation ; nous recevons tous l'aliment de sa divine parole (" Divini verbi epulas suminus. " Ces expressions sont équivoques et pourraient signifier également le banquet de l'Eucharistie) ; mais, au jour du jugement, le roi entrera dans la salle du festin. Nous savons bien que nous sommes du nombre des appelés mais nous ne savons pas si p.437 fin p.438 début nous sommes du nombre des élus, chacun de nous doit donc s'humilier d'autant plus justement, qu'il ignore s'il est élu. Car il y en a qui ne commencent pas même comme il faut ; d'autres commencent par bien faire, mais ne persévèrent pas dans le bien qu'ils ont commencé. Un autre passera sa vie presque entière dans le dérèglement ; mais sur la fin, il reviendra et se corrigera de ses désordres par une pénitence sévère.
Un autre semblera mener la vie d'un élu : mais, à la fin de sa vie, il aura le malheur de s'engager pour jamais dans les filets de l'erreur. Un autre commencera bien, et finira encore mieux. Un autre s’exercera dans le mal dès ses premières années, et ne fera que se dépraver davantage, à mesure qu'il avancera dans la vie. Que chacun craigne donc pour soi-même avec d'autant plus de sollicitude, qu'il ignore complètement ce qui lui sera réservé ans l'avenir. Car il faut souvent se le redire, et ne l'oublier jamais, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. . . . . "
" Aucun de nous ne sait ce qui se passe à son égard dans les secrets jugements de Dieu ; car s'il y en a beaucoup d'appelés, il y en a peu d'élus. Puis donc que personne n'est assuré de se trouver de ce dernier nombre, il ne nous reste à tous d'autre parti à prendre que de craindre pour l'imperfection de notre vie, de n'avoir de confiance que dans la miséricorde de Dieu, et de ne présumer jamais de nos propres forces (Cf. Les quarante Homélies de saint Grégoire, trad. par le duc de Luynes, p. 489-490, 496). "
5. S. BERNARD, Serm. II in octavis Paschæ : " Il est un autre témoignage donné ici-bas pour faire le discernement entre ceux qui s'y sentent exilés de la patrie et ceux qui s'y trouvent comme dans leur patrie, c'est-à-dire entre les citoyens du ciel et les habitants de Babylone. Quand est-ce en effet que Dieu pourrait laisser ses élus sans témoignage ? Ou bien, quelle pourrait être leur consolation dans la perplexité qui les tiendrait continuellement suspendus entre l'espérance et la crainte, s'ils ne pouvaient obtenir aucun témoignage de leur élection ? Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, et seul il sait quels sont ceux qu'il a élus dès le commencement. Mais quel est l'homme qui puisse savoir de soi-même s'il est digne d'amour ou de haine ? Que si, comme on ne peut en douter, notre incertitude là-dessus est certaine, ne devrons-nous pas n'en attacher que plus de prix aux signes qui pourront nous être donnés de cette élection ? " p.438 fin p.439 début
LXXXII : " Cette hérésie (des jovinianistes) s'est élevée de notre temps, ou du temps de notre jeunesse, ayant eu pour auteur un moine nomme Jovinien. Celui-ci, à l'exemple des stoïciens, disait que tous les péchés sont égaux et qu'un homme ne peut plus pécher quand une fois il a reçu le baptême. "
7. S. JEROME, Lib. II adversùs Jovinianum, c. 1 : "
La seconde proposition de Jovinien est celle-ci, que ceux qui sont baptisés ne peuvent pas être tentés par le démon. Et pour qu'on ne puisse l'accuser d'avoir dit cela sans réflexion, il ajoute : " Que s'il y en a néanmoins qui soient tentés, cela fait voir qu'ils ont été baptisés dans l'eau, mais non dans l'Esprit-Saint, comme nous le lisons de Simon. De là aussi ces paroles de Jean : Quiconque est né de Dieu ne pèche point, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher parce qu'il est né de Dieu (I JEAN, III, 9). Et c'est en cela que paraît la différence entre les enfants de Dieu et les enfants du diable (ibid., 10). Le même Apôtre dit à la fin de son épître : Quiconque est né de Dieu ne pèche point, mais la naissance qu'il a reçu de Dieu le conserve pur, et le malin esprit n'a sur lui aucun pouvoir (ibid., V, 18). " Voilà certes une forte objection, et qui serait insoluble, si la solution n'en était fournie par saint Jean lui-même. Car cet apôtre ajoute aussitôt après (ibid., 21) : Mes petits enfants, gardez-vous des idoles.
Si tous ceux qui sont nés de Dieu ne pèchent point, et qu'ils ne puissent être tentés par le démon, que signifie cette recommandation qu'il leur fait de prendre garde à ne pas se laisser tenter ? Il dit encore dans cette même épître : Si nous disons que nous sommes sans péché nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. Mais si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les remettre, et pur nous purifier de toute iniquité. Que si nous disons que nous n'avons point de péché, nous le faisons menteur, et sa parole n'est point en nous (ibid., I, 8-10). Je pense que ce Jean est un homme baptisé qui écrit à d'autres baptisés ; je pense aussi que tout péché vient du démon. Il confesse cependant qu'il est pécheur, et il espère la rémission de ses péchés même après son baptême, tandis que Jovinien me dit de son côté : Gardez-vous de me toucher, car je suis pur. Quoi donc ? Est-ce que l'Apôtre se contredit lui-même ? Pas du tout, car il montre en même temps pourquoi il s'est exprime de la sorte, quand il dit : Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez p.439 fin p.440 début point. Si cependant quelqu'un pèche, qu'il sache que nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ le juste par excellence, qui est la victime de propitiation pour nos péchés (I JEAN, II, 1-2), et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. Or, ce qui nous assure que nous le connaissons véritablement, c'est de pouvoir nous rendre ce témoignage que nous observons ses commandements. . . Il est évident par tous ces textes qu'on peut pécher même après qu'on a reçu le baptême. Car ce serait bien vainement que nous aurions un avocat en Jésus-Christ, s’il y avait pour nous impuissance de pécher. "
8. Ibidem, c. 2 : " L'apôtre saint Pierre, à qui le divin maître avait dit : Celui qui est déjà lavé n'a plus besoin d'être lavé de nouveau (JEAN, XIII, 10), et : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (MATTH., XVI, 18) ; effrayé par une simple servante, renie son divin maître. Et Notre-Seigneur lui-même lui avait dit : Simon, Simon, Satan vous a demandé pour vous cribler comme on crible le froment, mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point (LUC, XXII, 31-32). Et encore : Veillez et priez, de peur que vous ne tombiez en tentation ; l'esprit est prompt, mais la chair est faible. Que si vous vous rejetez sur ce que ces paroles ont été dites avant que Jésus-Christ fût mort en croix, je vous répliquerai que c'est depuis qu'il est mort en croix, que nous disons tous les jours : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Si nous ne péchons plus dès qu'une fois nous sommes baptisés, pourquoi demandons-nous à Dieu qu'il nous pardonne des péchés, qui d'avance nous ont été pardonnés dans le baptême ? Pourquoi demander la grâce de ne point succomber à la tentation, et d’être délivrés du mal, si le diable ne peut plus nous tenter du moment où nous sommes baptisés ? Ce serait autre chose, si cette prière n'était que pour les catéchumènes, et si elle ne convenait pas aussi aux fidèles et aux chrétiens. Paul, ce vase d’élection, châtia son corps, et le réduit en servitude, de peur qu'après avoir prêché les autres, il ne se trouve réprouvé lui-même (I Cor., IX, 27). Et Dieu a permis, ajoute-t-il, que je ressentisse dans ma chair un aiguillon, qui est comme l'ange et le ministre de Satan, pour me donner des soufflets (II Cor., XII, 7). Il écrivait encore aux Corinthiens : J'ai peur, qu'ainsi que le serpent séduisit Eve par ses artifices, vos esprits aussi ne se corrompent, et ne dégénèrent de la simplicité chrétienne (II Cor., XI, 5). Et p.440 fin p.441 début ailleurs : Ce que vous accordez à quelqu'un, par indulgence, je l’accorde aussi. Car si j’use moi-même d'indulgence, j'en use à cause de vous, au nom et en la personne de Jésus-Christ afin que Satan ne remporte sur nous aucun avantage : car nous n'ignorons pas ses desseins (II Cor. II, 10-11). . . "
" Et il viendra quelqu'un nous dire que nous devons dormir en sécurité quand une fois nous avons reçu le baptême ! "
" Saint Paul écrivait aussi aux Hébreux : Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don du ciel, qui ont été rendus participants du Saint-Esprit, qui se sont nourris de la sainte parole de Dieu, et de l'espérance des grandeurs du siècle à venir, et qui après cela sont tombés : il est impossible, dis-je, qu'ils se renouvellent par la pénitence, parce qu'autant qu'il est en eux, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu, et l'exposent à l’ignominie (Hébr., VI, 4-6). Certes, nous ne dirons pas que des gens qui ont été éclairés, qui ont goûté le don du ciel, qui ont été rendus participants du Saint-Esprit, qui se sont nourris de la sainte parole de Dieu, ne soient pas des gens baptisés. Mais si des gens baptisés sont dans l'impuissance de pécher, comment se fait-il que l'Apôtre ajoute ici, Et qui après cela sont tombés ? Ces témoignages de l'Ecriture, ainsi que beaucoup d'autres semblables, servent comme d'autant de textes à saint Jérôme pour réfuter cette même erreur ; mais il serait trop long d'entrer nous-même dans tout ce détail. "
9 et 10 : " Si celui qu'on reprend d'une faute a déjà été régénéré et justifié, et que par sa propre volonté il soit retombé dans le péché, il ne peut pas dire assurément : Je n'ai pas reçu la grâce, puisqu'après l'avoir reçue, il l'a volontairement perdue par son libre arbitre, qui est toujours libre pour le mal. . . " " Il est indubitable, que quiconque demande Dieu la persévérance dans le bien, reconnaît par sa prière même que cette persévérance est un don de Dieu (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 319-325). "
10. Ibidem, c. VII, n. 11 : " Quoiqu'il soit certain que la persévérance est un don de Dieu, c'est cependant avec justice que l'on corrige et que l'on reprend ceux qui, après avoir bien vécu, ne persévèrent pas dans cette bonne voie. Car comme c'est par leur propre volonté qu'ils ont changé de conduite et passé du bien au mal, on a raison de leur en faire des répri- p.441 fin p.442 début mandes ; et si ces réprimandes ne leur profitent pas, et qu'ils persistent dans le mal jusqu’à la mort, ils méritent que Dieu les condamne à la peine éternelle (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 325-326). "
11. Le même, Lib. de dono perseverantiæ, c. VI, n. 10 : " On ne doit dire de personne qu'il ait reçu le don de persévérance finale, qu'après qu'il a terminé sa course, et qu'il a effectivement persévéré jusqu’à la fin. Nous disons fort bien d'un homme que nous connaissons pour chaste, qu'il est chaste, soit qu'il doive continuer ou qu'il cesse plus tard de l'être. Nous disons la même chose de toutes les autres vertus, qui sont autant de dons de Dieu, mais qu'on peut perdre ou conserver. Nous disons qu'un homme a ces vertus, tant qu'il les conserve ; et s'il vient à les perdre, nous disons qu'il les a eues. Mais, pour la persévérance finale, comme personne ne l'a que celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, il est clair que de tous ceux qui peuvent l'avoir personne ne peut la perdre (Cf. Ibidem, t. II, p. 165-166). "
12. Le même, de Genesi ad litteram, lib. VI, c. 28 :
" Les apôtres et tous les autres justes, quoique leurs corps fussent de chair comme les nôtres, vivaient cependant de la vie de l’esprit, la connaissance du vrai Dieu ayant rétabli en eux l'image de celui qui les avait créés ; mais ils n'étaient pas impeccables pour cela, puisqu’il leur restait la liberté de consentir au mal. Car que les hommes même spirituels puissent succomber à la tentation de pécher, c'est ce que nous prouvent ces paroles de l'Apôtre: Mes frères, si quelqu'un est tombé en quelque péché, vous autres qui êtes spirituels, ayez soin de le relever dans un esprit de douceur, chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, et craignant d'être tenté aussi bien que lui (Gal., VI, 1). Si je fais cette observation, c'est pour que personne ne juge impossible qu'Adam ait péché sous prétexte qu'il menait une vie spirituelle, quoique revêtu d'un corps de chair. "
13. S. PROSPER, ad decimam quartam objectionem Vincentianam
: " Si quelqu'un vit dans la sainteté, s'il avance dans la vertu, s'il persévéra dans le bien, il est évident qu'il en est redevable à la grâce divine, sans laquelle on ne saurait acquérir aucuns mérites. Si au contraire on s'éloigne du bien et qu'on tombe dans le dérèglement, on ne peut pas en faire le reproche à Dieu, qui n'a point envoyé la tentation à laquelle on aura succombé p.442 fin p.443 début et qui n'abandonne le pécheur qu'après que celui-ci l'a abandonné le premier, qui fait tout plutôt pour n'être pas abandonné de lui, ou pour le rappeler à lui, quand il a eu le malheur de l'abandonner. Mais pourquoi Dieu retient-il l'un dans le devoir sans y retenir l'autre, c'est ce qu'il ne nous est ni donné de comprendre, ni permis d'examiner, puisqu’il nous suffit de savoir, et que c'est à lui que nous devons notre persévérance dans le bien, et que ce ne serait qu'avec injustice que nous pourrions lui imputer nos chutes. "
14. S. BERNARD, epist. XLII ad Henricum Senonensem archiepiscopum : " Interrogez ceux qui disent que ceux qui ont une fois reçu la grâce ne peuvent plus la perdre. La vérité a dit au sujet de quelques-uns : Ceux-ci n'ont point, de racines, parce qu'ils croient pour un temps, et qu'ils se retirent au moment de la tentation (LUC, VIII, 13). D'où est-ce qu'ils se retirent, et où s'en vont-ils ? Ils se retirent du parti de la foi pour prendre celui de l'infidélité. Je demande de plus : Pouvaient-ils être sauvés dans cette foi qu'ils ont quittée, ou bien ne le pouvaient-ils pas ? S'ils ne le pouvaient pas, quelle injure ont-ils faite au Sauveur, ou quelle joie ont-ils pu causer au tentateur, en se retirant de là où il n'y avait point de salut pour eux ? Car le Sauveur n'est pas animé d'un autre zèle que de celui de nos âmes, et l'esprit malin ne nous envie pas non plus autre chose que notre salut. Mais s'ils pouvaient se sauver dans la foi qu'ils ont quittée, comment pouvaient-ils n'avoir pas la charité en même temps que la foi, puisqu'on ne peut être sauvé sans la charité ; ou comment, en abandonnant la foi, n'ont-ils pas abandonné ou perdu en même temps la charité, puisque la charité et l'infidélité ne peuvent subsister ensemble ? Ils abandonnent donc la foi, puisque la vérité nous l'assure : Recedunt (loc. cit.), Ils abandonnent par conséquent le salut de leurs âmes, puisque le Sauveur les condamne : Qui non crediderit condemnabitur (MARC, XVI, 16). Nous concluons de là qu'ils abandonnent aussi la charité, sans laquelle le salut ne saurait s’obtenir. Ceux-ci, dit Jésus-Christ, n'ont point de racines. Il ne nie pas qu'il n'y ait quelque bien en eux, mais il leur reproche plutôt de n'être pas enracinés dans le bien. Enfin, c'est ce qu'il dit en propres termes : Parce qu'ils croient pour un temps, ajoute-t-il. Ils font le bien, mais plût à Dieu que ce bien fût durable ! Car ce n'est pas celui qui aura commencé, mais bien celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, qui sera sauvé (MATTH., X, 22).
Si ceux-là ne persévèrent pas, c'est parce qu'ils se retirent p.443 fin p.444 début au moment de la tentation. Heureux, s'ils avaient été enlevés dans l'intervalle, avant que leurs esprits eussent été corrompus par la malice ! L'Ecriture dit encore : La fournaise éprouve les vases du potier, et l'épreuve de l'affliction les hommes justes (Ecclé., XXVII, 6), c'est-à-dire les hommes qui vivent de la foi. Car le juste vit de la foi (Rom., I, 17 ; HABAC., II, 4), à condition sans doute que cette foi soit vive : car une foi morte ne saurait donner la vie. Il n'y a donc que la foi des justes, c'est-à-dire une foi vive dans des hommes vivants aux yeux de Dieu, qui puisse sortir éprouvés de la fournaise des tentations.
Mais une justice qui dure dans les siècles des siècles n'est pas le partage de tous, puisqu'il y en a qui ne croient que pour un temps, et qui se retirent au moment de la tentation. . . . . " " Il me semble suffisamment démontré par ce que je viens de dire que tous ceux qui ont la charité ou la grâce ne persévèrent pas pour cela dans la charité. Autrement, ce serait vainement que Notre-Seigneur aurait donné l'avertissement suivant à ses disciples : Demeurez dans mon amour (JEAN, XV, 9). Car, ou bien ils ne l'aimaient pas encore, et alors il n'aurait pas dû leur dire, Demeurez, mais plutôt, Soyez dans mon amour ; ou bien ils l’aimaient déjà, et dès-lors il n’était plus besoin de les avertir de persévérer, puisque, s'il faut en croire ceux que nous combattons, ils ne pouvaient plus déchoir de leur heureux état. "
15. S. CYRILLE d'Alexandrie, lib. X in Joannem, c. 46 : "
Après leur avoir dit qu'ils étaient purs à cause de la parole qu'ils avaient entendue de sa bouche ; pour qu'ils ne crussent pas qu'une fois purifiés, ils ne pouvaient plus déchoir de cet heureux état, Jésus-Christ leur recommande de lui demeurer fidèles. Ce qui revient, du moins me semble-t-il, à ce mot de saint Paul : Que celui qui se croit ferme prenne garde de tomber (I Cor., X, 12). Car mille dangers menacent ceux-là mêmes qui sont debout, s'ils ne savent user de vigilance. Nous devons donc faire de continuels efforts, et employer tous les moyens, pour faire sans cesse de nouveaux progrès. "
16. THEOPHYLACTE, in caput XXVI Matthæi : " Un des douze, dit l’Evangéliste (XXVI, 47), pour marquer son étonnement de ce que c'était un de ses principaux disciples, choisi par lui-même, qui s'était donné au démon. Vous donc, ô homme, quelque favorisé que vous puissiez être des communications de votre Dieu, craignez aussi de vous relâcher, de vous oublier et de vous perdre. " p.444 fin p.445 début
17. Le concile de Vienne sous Clément V, in Clementinis, lib. V, tit. de hæreticis, c. 3 ; ce passage a été rapporté plus haut, chapitre XIV de cet appendice, témoignage 10, page 403.
18. S. FULGENCE, De fide ad Petrum diaconum, c. 3 ; ce passage a de même été rapporté plus haut, chapitre des péchés contre le Saint-Esprit, question III, témoignage 4, tome IV, page 139.
20. S. AUGUSTIN, Tract. XXXIII in Joannem ; v. ibidem, témoignage 16, page 147. Voir encore d'autres témoignages sur cette même question, qui peuvent être également cités à l'appui de notre thèse actuelle.
CHAPITRE XVII. DU DON DE PERSEVERANCE.
" Il en est de même du don de persévérance, au sujet duquel il est écrit, que celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, sera sauvé. C'est une grâce qu'on ne doit attendre que de celui qui peut, et donner la stabilité à celui qui est debout, de manière à ce que celui-ci puisse demeurer ferme jusqu'a la fin, et relever de ses chutes celui qui tombe. Que personne ne se promette là-dessus rien d'assuré, au moins d'une certitude absolue, quoique ce soit un devoir pour tout le monde de ne point se lasser d'espérer avec une confiance sans réserve dans le secours de Dieu. Dieu, en effet, à moins que nous ne fassions nous-mêmes défaut aux invitations de sa grâce, amènera à sa perfection le bon ouvrage qu'il a commencé, en opérant en nous le vouloir et le faire. Cependant, que ceux qui se croient fermes prennent garde de tomber, et qu'ils opèrent leur salut avec crainte et tremblement, dans les travaux, dans les veilles, dans les aumônes, dans les prières, dans les sacrifices, dans les jeûnes et dans la pratique de la chasteté. Car, pénétré de cette pensée que leur renaissance spirituelle ne leur assure pas encore la possession de la gloire, mais seulement l'espérance de l’obtenir un jour, ils doivent craindre pour l'issue du combat qu'il leur reste à soutenir contre la chair, contre le monde et contre le démon, et dont ils ne peuvent sortir victorieux, s'ils ne se conforment, avec la grâce de Dieu, aux sentiments de l'Apôtre qui disait : Nous ne sommes pas redevables à la chair, pour vivre selon la chair : car si p.445 fin p.446 début vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous faites mourir par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez. " Conc. Trid., sess. VI, c. XIII.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE. 1. MATTHIEU, X, 22, et XXIV, 43 ; comme dans le corps de la réponse.