Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 203)
2. Romains, XIV, 4 : " Qui êtes-vous pour oser ainsi condamner le serviteur d'autrui ? S'il tombe ou s'il demeure ferme, cela regarde son maître ; mais il demeurera ferme, parce que Dieu est tout-puissant pour l'affermir. "
3. Philippiens, I, 3, 6 : " Je rends, grâces à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous. - Car j'ai une ferme confiance que celui qui a commencé le bien en vous, le perfectionnera jusqu'au jour de Jésus-Christ. "
6. Romains, XI, 19-22 : " Vous direz peut-être : Ces branches ont été rompues afin que je fusse enté en leur place. - Il est vrai, elles ont été rompues à cause de leur incrédulité ; et pour vous, vous demeurez ferme par votre foi ; mais prenez garde à ne pas vous élever, et tenez-vous dans la crainte. - Car si Dieu n'a point épargné les branches naturelles, vous devez craindre qu'il ne vous épargne pas non plus. - Considérez donc la bonté et la sévérité de Dieu ; sa sévérité envers ceux qui sont tombés, et sa bonté envers vous, si toutefois vous demeurez ferme dans l'état où sa bonté vous a mis : autrement, vous serez aussi retranché. "
7. Philippiens, II, 12 : " Ainsi, mes très-chers frères, comme vous avez toujours été obéissants, ayez soin, non-seulement lorsque je suis présent parmi vous, mais encore plus en mon absence, d'opère votre salut avec crainte et tremblement. "
8. II Corinthiens, VI, 4-8 : " Mais agissant en toutes choses comme des ministres de Dieu, nous nous rendons recommandables par une grande patience dans les maux, dans les nécessités pressantes et dans les extrêmes afflictions ; - dans les plaies, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes ; - par la pureté, par la science, par une douceur persévérante, par la bonté, par les fruits du Saint- p.446 fin p.447 début Esprit, par une charité sincère, - par la parole de vérité, par la force de Dieu, par les armes de la justice, pour combattre à droite et à gauche ; - parmi l'honneur et l'ignominie, parmi la mauvaise et la bonne réputation ; comme des séducteurs quoique sincères et véritables comme inconnus, quoique très connus. "
9. Romains, V, 2 : " Par qui aussi nous avons entré par la foi à cette grâce dans laquelle nous sommes établis, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire promise aux enfants de Dieu. "
1. S. AUGUSTIN, De dono perseverantiæ, c. 1, n. 1 :
" Je dis que la persévérance, par laquelle on demeure en Jésus-Christ jusqu'à la fin, est un don de Dieu. Par la fin, j'entends le terme même de la vie présente, pendant laquelle seulement on est en danger de tomber. Ainsi, tant qu'un homme est vivant, il nous est impossible de savoir à son sujet s'il a reçu ce don. Car si, avant de mourir, il tombe dans le péché, on dit de lui qu'il n'a pas persévéré, et on le dit avec vérité. Or, comment pourrait-on dire d'un homme qui n'a pas persévéré qu'il a reçu ou qu'il a eu la persévérance (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 148-149) ? "
2. Ibidem, c. XIII, n. 32 et 33 : " Comment (ceux qui refusent d'admettre que la persévérance finale est un don particulier de Dieu) expliqueraient-ils ce qu'ils voient arriver tous les jours, que des enfants sortent de ce monde sans être régénérés (par le baptême) et se trouvent condamnés à la mort éternelle ; que d'autres, au contraire, après avoir été régénérés, sortent de cette vie pour entrer dans la vie éternelle ; qu'entre ceux qui sont régénérés, il y en a qui sortent de ce monde après avoir persévéré jusqu’à la fin ; que d'autres restent sur la terre jusqu’à ce qu'ils tombent dans le péché, chute qu'ils n'auraient pas faite s'ils étaient morts un peu plus tôt ; qu'enfin, entre les justes qui sont tombés, il y en a qui continuent de vivre jusqu’à ce qu'ils reviennent à la justice, et qui seraient perdus pour toute l'éternité, s’ils mouraient avant ce moment marqué pour leur retour ? Il suffit de ces exemples pour faire voir clairement que la grâce de commencer dans la pratique du bien, et celle d'y p.447 fin p.448 début persévérer jusqu’à la fin, ne nous sont pas données en conséquence de nos mérites, mais selon la volonté de Dieu, qui n'est pas moins impénétrable que juste, sage et bienfaisante (Cf. Traités choisis de saint Augustin, p. 211-212). "
3. Le même, De correptione et gratiâ, c. VI, n.
10 : " Si nous disions qu'un don aussi estimable et aussi désirable que ce don de persévérance vient tellement de l'homme, qu'il ne le reçoit pas de Dieu, ce serait d'abord anéantir la vérité de cette parole que Jésus-Christ dit à saint Pierre : J'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille pas (LUC, XXII, 32). Car quel était l'objet de cette prière, sinon d’obtenir que saint Pierre persévérât jusqu’à la fin ? Et faudrait-il demander à Dieu cette persévérance si l'homme ne la tenait que de lui-même ? De plus, quand l'Apôtre écrit aux fidèles : Nous demandons à Dieu que vous ne commettiez pas de mal (II Cor., XIII, 7), c'est encore assurément la persévérance qu'il demande pour eux à Dieu. Car on ne peut pas dire que celui qui quitte le bien pour se tourner vers le mal, dont il devrait toujours s’éloigner, ne commette pas de mal, en ne persévérant pas dans le bien. De même, quand l'Apôtre écrit dans une autre de ses épîtres : Je me souviens toujours de vous dans toutes mes prières. Je vous recommande tous avec joie à mon Dieu, en lui rendant grâces de l'intérêt que vous prenez a la propagation de l’Evangile, depuis le premier jour de votre vocation jusqu’à présent, ayant une ferme confiance que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre, la perfectionnera jusqu'au jour de Jésus-Christ (Philip., I, 3 et s.) ; quand, dis-je, il parle ainsi aux fidèles, quel autre bien leur fait-il espérer de la miséricorde de Dieu, que la grâce de persévérer dans le bien jusqu’à la fin ? Dans un autre endroit, il dit aux Colossiens (IV, 12 et s.) : Epaphras, qui est de votre pays, vous salue ; c'est un serviteur de Jésus-Christ qui s'emploie toujours avec ardeur pour vous dans ses prières, afin que vous demeuriez fermes, que vous soyez parfaits et pleins de zèle pour accomplir tout ce que Dieu exige de vous ; que signifient ces paroles : Afin que vous demeuriez fermes, sinon : Afin que vous persévériez ? Car les fideles de Colosses, à qui saint Paul écrivait de cette manière, étaient déjà fermes dans la foi. C'est en ce même sens qu'il est dit du démon qu'il n'est pas demeuré ferme dans la vérité (JEAN, VIII, 44), parce qu'il a été dans la vérité, mais qu'il n'y a pas persévéré.
Ainsi, quand nous demandons à Dieu que ceux qui sont fermes demeurent fermes, p.448 fin p.449 début que lui demandons-nous autre chose, sinon qu'ils persévèrent ? Quand l'apôtre saint Jude dit (v. 24) : Gloire à celui qui est tout-puissant pour vous préserver de tout scandale, et pour vous faire comparaître en sa présence et exempts de toute tache et remplis de joie, ne montre-t-il pas aussi très-clairement par ces paroles, que la persévérance dans le bien jusqu’à la fin de la vie est un don de Dieu ? Car lorsque Dieu préserve un juste de tout scandale, et qu'il le fait comparaître en sa présence exempt de tache et rempli de joie, quel don lui fait-il, sinon celui de la persévérance dans le bien ? Les Actes des Apôtres nous enseignent la même vérité par ces paroles que nous y lisons : Les gentils, entendant la prédication de l’Evangile, furent remplis de joie, et reçurent la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient prédestinés à la vie éternelle embrassèrent la foi (Act., XIII, 48). Car personne ne peut être prédestiné à la vie éternelle sans que Dieu lui ait préparé de toute éternité le don de la persévérance, puisque, suivant la parole de Jésus-Christ, il n'y aura que celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, qui sera sauvé (MATTH., X, 22), c'est-à-dire, qui recevra le salut et la vie éternelle. Enfin, quand, dans l'oraison dominicale, nous disons à Dieu, notre Père céleste : Que votre nom soit sanctifié (MATTH., VI, 9), que lui demandons-nous, sinon que son nom soit sanctifié en nous ? Mais cette précieuse sanctification avait déjà été opérée dans les fidèles par le sacrement de baptême ; pourquoi donc réitèrent-ils tous les jours la même prière, sinon pour obtenir de persévérer dans la sainteté qui a été produite en eux ? C’est ainsi que le bienheureux martyr Cyprien entend ces paroles, dans l'explication qu'il a faite de l'oraison dominicale : " Quand, dit-il, nous faisons cette demande : Que votre nom soit sanctifié, ce n'est pas que nous souhaitions à Dieu qu'il soit sanctifié par nos prières, mais nous lui demandons que son nom soit sanctifié en nous. Car, comment Dieu pourrait-il être sanctifié, lui qui est le principe de toute sainteté ? Mais, comme il a dit lui-même : Soyez saints, parce que je suis saint (LEVIT., XIX, 2), nous lui demandons et le supplions, en disant ces paroles, qu'après avoir été sanctifiés dans le baptême, nous persévérions dans la sainteté où le baptême nous a fait entrer.
" Vous voyez que, selon la pensée de ce saint martyr, par cette prière : Que votre nom soit sanctifié, les fidèles demandent la grâce de persévérer dans la sainteté où Dieu a commencé de les établir. Or, il est indubitable que quiconque demande à Dieu la persévérance p.449 fin p.450 début dans le bien, reconnaît par sa prière même que cette persévérance est un don de Dieu (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 321-325). "
4. Le même, Lib. L Homiliarum, hom. 35 : " Tant que nous vivons ici-bas, nous ne saurions porter de jugement assuré sur nous-mêmes, je ne dis pas par rapport à ce que nous serons demain, mais par rapport à ce que nous sommes aujourd'hui ; combien donc ne devons-nous pas nous mettre encore moins en peine des jugements des autres que de celui de notre propre conscience, qui peut au moins nous rendre témoignage de nous-mêmes ? "
5. Le même, Cité de Dieu, liv. XI, c. 12 : "
Qui oserait nier de nos premiers parents qu'ils fussent heureux dans le paradis terrestre, quoiqu'ils ne sussent pas si leur bonheur devait durer des siècles ou une éternité ? Or, ils eussent été éternellement heureux, s'ils n'étaient pas tombés dans le péché, et aujourd'hui encore n'avons-nous pas raison d'appeler heureux ceux que nous voyons, avec l’espérance que nous avons tous de notre immortalité future, passer saintement leur vie, sans aucun de ces crimes qui portent le ravage dans la conscience, et obtenant sans peine de la divine miséricorde le pardon des péchés qui sont une suite inséparable de notre condition présente ? Cependant, quoique assurés de la récompense promise à leur persévérance, ils n'ont aucune certitude de leur persévérance elle-même. Car quel homme peut savoir qu'il persévérer jusqu’à la fin dans les voies de la justice, à moins qu'il n'en soit assuré par quelque révélation : révélation que, pour des raisons profondes et mystérieuses, Dieu n'accorde pas à tous, mais qui ne saurait tromper ceux qu'il en favorise. "
6. Ibidem, liv. XX, c. 7 : " L'ange me semble avoir voulu signifier par-là (il s'agit de ce verset de l'Apocalypse, XX, 3 : Et clausit, et signavit super illum, ut non seducat ampliùs genties) qu'il nous est impossible, d'après les desseins de Dieu, de savoir quels sont ceux qui appartiennent au parti du démon ou qui n'y appartiennent pas. Car c'est là un mystère impénétrable pour toute la vie présente, et nous ne pouvons assurer, ni de ceux que nous voyons debout qu'ils ne feront pas quelque funeste chute, ni de ceux que nous voyons tombés qu'ils ne se relèveront pas à la fin. . . . . " " Dieu connaît ceux qui sont à lui (II Tim., II, 19), et aucun p.450 fin p.451 début de ces derniers n'a à craindre l'éternelle damnation. Car c'est de cette manière que Dieu les connaît ; et il les connaît comme un Dieu, à qui rien n'est caché des choses à venir, et non comme un homme qui ne voit son semblable que dans le présent et encore seulement par ce qui en paraît au dehors, et qui, par rapport à l'avenir, ne se voit pas lui-même. "
7. Le même, Epist. CXXI (al. 130) ad Probam, c. 2 : " Où trouver seulement un homme dont la vertu et les autres dispositions présentent ici-bas des garanties certaines ? Car nous ne connaissons pas les autres comme nous nous connaissons nous-mêmes, et nous-mêmes cependant nous ne nous connaissons pas assez pour pouvoir répondre de ce que nous serons d'un jour à l'autre. Aussi, quoiqu'il soit vrai que bien des hommes se font connaître par leurs fruits, en sorte que les uns donnent de la joie a leur prochain par leur bonne vie, et que d'autres nous attristent par leurs dérèglements, il y a toujours quelque chose de si caché et de si peu sûr au fond du cœur de chaque homme, que c'est avec grande raison que l'apôtre saint Paul nous avertit de ne juger personne avant le temps, et d'attendre pour cela la venue du Seigneur, qui tirera au grand jour ce qui est enseveli dans les ténèbres, et découvrira les plus secrètes pensées des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due (I Cor., IV, 5-6). Il faut donc que, tant que nous serons dans les ténèbres de cette vie mortelle, où nous sommes éloignés du Seigneur et comme hors de notre patrie (II Cor., V, 6-7), et où nous marchons dans l'obscurité de la foi, et non à la clarté du soleil des intelligences, une âme chrétienne se regarde comme dépourvue de toute consolation, afin qu'elle ne cesse point de prier, et que, jusqu’à ce que le jour s’élève et que l’étoile du matin commence à briller dans nos cœurs, elle s'accoutume à tenir l'œil de la foi arrêté sur les saintes Ecritures, comme sur un flambeau placé dans un lieu obscur pour l'éclairer (II PIERRE, I, 19) (Cf. Lettres de saint Augustin, t. III, p. 301-302). "
8. S. CHRYSOSTOME, Hom. XI in epist. ad Philippenses : " Pour lâcher enfin, dit saint Paul (Philip., III, 11), de parvenir à la résurrection des morts. Que dites-vous, grand apôtre ? Cette résurrection à laquelle vous tâchez, dites-vous, de parvenir, nous y parviendrons tous ; tous, vous l'avez écrit vous-même (I Cor., XV, 5), nous ne dormirons pas, mais tous nous serons changés (La leçon grecque suivie par saint Chrysostôme diffère en cet endroit de la leçon adoptée dans la Vulgate) ; et p.451 fin p.452 début non-seulement nous ressusciterons tous, mais nous deviendrons tous incorruptibles, les uns pour la récompense, les autres pour le châtiment. Si donc nous devons tous ressusciter, et non-seulement ressusciter, mais en outre n'être plus sujets à la corruption, pourquoi parlez-vous de vos efforts pour parvenir à la résurrection, comme s'il s'agissait d'un privilège singulier ? C'est pour cela, dites-vous, que j'endure ces souffrances, pour tacher de parvenir à la résurrection. Et en effet, à moins de mourir, vous ne ressusciterez certainement pas. Que signifient donc ces paroles ? Elles semblent faire allusion à quelque chose de grand, et même de si grand, que l'Apôtre n'ose pas même en faire la déclaration explicite, mais se contenir de dire en termes couverts : Pour tâcher d’obtenir, si je le puis, par quelque moyen, E?
???. Je crois en lui et en sa r?surrection, et non content de cela je souffre pour lui ; toutefois, je ne puis encore être assuré de ma résurrection. De quelle résurrection veut-il donc parler ici ? De celle qui doit procurer la société de Jésus-Christ. J'ai dit que je crois en lui et dans la vertu de sa résurrection ; j'ai dit que je suis entré en participation de ses souffrances, que je me suis rendu conforme à sa mort : après tout cela, cependant, je n'ai pas encore d'assurance. Cela revient à ce qu'il dit ailleurs : Que celui qui croit être ferme prenne bien garde de tomber (I Cor., X, 12) ; et encore : Je crains qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même (I Cor., IX, 27). "
" Ce n'est pas que j’aie déjà reçu ce que j'espère, ou que je sois déjà parfait ;
mais je poursuis ma course pour tâcher d'atteindre où le Seigneur Jésus-Christ m'a destiné en me prenant (Philip., III, 12). Ce n'est pas que j'aie déjà reçu.
Quelle est cette chose qu'il n'a pas encore reçue ? La récompense, veut-il dire. Si après avoir enduré tant de souffrances, tant de persécutions, après avoir tant mortifié son corps, l'Apôtre manquait d'assurance par rapport à cette résurrection bienheureuse, que devrons-nous dire de nous-mêmes ? Que veulent dire ces paroles, Pour tâcher d'atteindre ? La même chose que les précédentes. Pour tâcher de parvenir à la résurrection des morts, c'est-à-dire, Pour tâcher d'atteindre la résurrection, en endurant, si je le puis, autant de souffrances, en m'efforçant de l'imiter, de me conformer à lui ; comme il a lui-même souffert, comme il a enduré les crachats, les soufflets, les coups de verges, la mort enfin. Voilà la carrière que vous avez à parcourir vous-mêmes ;
c'est p.452 fin p.453 début par tous ces combats qu'il vous faut passer pour partager la gloire de sa résurrection (Cf. Sancti Joannis Chrysostomi opera, t. XI, pag. 287, édition de Montfaucon ; p. 329-330, édit. de Gaume). "
9. S. AMBROISE, in Psalmum XXXVII : " Quelle que puisse être l'innocence de notre vie, ce serait témérité de nous croire assurés de notre salut, avec tant d'ennemis redoutables à combattre tous les jours. Et ainsi tout en nous réjouissant de ce bon témoignage de notre conscience, nous devons gémir en même temps de tant de combats à soutenir. "
10. S. BERNARD, Serm. de duplici baptismo, et de relinquendâ propriâ voluntate : " Il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu (JEAN, I, 12). Ce n'est pas là un pouvoir sans effet ou sans vertu, puisqu'il nous donne la certitude que ni la mort, ni la vie, ni les vertus, ni les anges, ni tout ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ (Rom., VIII, 35-39). Mais faites attention à l’énumération que fait ici l'Apôtre, car ce sont ces paroles que je vous ai citées ; prenez garde seulement de rien ajouter à ces paroles, comme je n'y ai rien ajouté moi-même. Telle est donc la liberté dont Jésus-Christ nous a mis en possession, qu'aucune créature ne puisse nous séparer de lui malgré nous, ou nous faire violence en ce point. Si nous effectuons cette séparation, ce ne peut plus être que par l'effet de notre propre volonté, en nous laissant emporter et attirer dans le mal par notre propre concupiscence (JAC., I, 14). Voilà désormais le seul ennemi que nous ayons à craindre. Enfin chacun de nous, du moment où il est baptisé, tant qu'il n'a pas acquis l'usage de la raison, ne peut en aucune manière être séparé de l'amour de Dieu : il peut vivre tranquille à l'ombre de la protection du Seigneur son Dieu ; il n'a rien à craindre de qui que ce soit de ses ennemis. Et lors même que parvenu à l'âge de discernement il devient maître de lui-même, il n'a encore rien à redouter de la violence que les autres voudraient lui faire : le seul ennemi qu'il lui reste à craindre, c'est celui qui dort dans son sein, sa propre volonté. Le péché pourra bien s'embusquer, pour ainsi dire, aux portes de son âme, mais sa concupiscence sera sous lui (Gen., IV, 7), et son unique tache sera de s'opposer à ce qu'il entre, en lui refusant son consentement. "
p.453 fin p.454 début
11. S. AUGUSTIN, Epist. CVII (al. 217) ad Vitalem
: " Après même qu'on a embrassé la foi, on doit demander pour soi-même la grâce d'y persévérer. Car il est utile à tous les fidèles, ou du moins à presque tous, pour les tenir dans l'humilité qui nous est si nécessaire, d’ignorer ce qu'ils seront dans la suite. C'est pour cela que l’Apôtre dit : Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber (I Cor., XI, 12). C'est pour nous conserver dans une crainte si salutaire, de peur qu'après avoir été régénérés et avoir commencé à vivre dans la piété nous ne venions à nous élever, comme si nous étions déjà dans une parfaite assurance de notre salut ; c'est pour cela, dis-je, que Dieu, par un ordre admirable de sa providence, a permis que les fidèles qui doivent persévérer se trouvent mêlés avec d’autres qui ne persévèrent pas ; afin que, saintement effrayés de leur chute, nous marchions avec crainte et tremblement dans la voie de la justice, jusqu’à ce que nous passions de cette misérable vie, qui n'est qu'une tentation continuelle, à cette vie bienheureuse où il n'y aura plus d'orgueil à réprimer ni de combat à soutenir contre ses assauts et ses funestes suggestions (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 425-426). "
12. Le même, De dono perseverantiæ, c. 8 : " A ne consulter que les hommes, il semblerait que ceux qui paraissent de bons fidèles devraient recevoir de Dieu la grâce de persévérer jusqu'à la fin. Mais Dieu en pense autrement : il a jugé plus à propos de mêler au nombre déterminé de ses élus quelques justes qui ne persévèrent pas jusqu’à la fin. Et c'est afin que ses élus, à qui une entière sécurité ne serait pas avantageuse au milieu des tentations de cette vie, ne se crussent pas dans une entière assurance. Car c'est un excellent remède contre le venin mortel de la présomption que cet avertissement de l'Apôtre : Que celui qui croit être ferme ne prenne garde de tomber (I Cor., X, 12). Or, c'est par sa propre volonté que tombe celui qui tombe, et c'est par la volonté de Dieu que celui qui est ferme demeure ferme : car Dieu est tout-puissant pour l’affermir (Rom., XIV, 4). Ainsi ce n'est pas l'homme qui se donne la fermeté dans le bien, mais c'est Dieu qui la lui donne. C'est pourquoi l'avantage de l'homme est de ne pas s'élever, mais de se tenir toujours dans une humble crainte (Rom., XI, 20). De plus, personne ne tombe ou ne demeure ferme sans que quelque pensée ait précédé dans son esprit ; or, c'est un oracle de saint Paul. . . . . que nous ne sommes p.454 fin p.455 début capables de former aucune bonne perde comme de nous-mêmes, mais que c'est Dieu qui nous en rend capables (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 179-180). "
13. S. CHRYSOSTOME, Lib. II de compunctione cordis
: " Pour vous exciter à la componction, il vous suffit, à vous qui êtes avancé dans la vertu, de vous rappeler les bienfaits de Dieu, d'oublier vos bonnes actions à vous-mêmes, de vous examiner avec sévérité sur les fautes mêmes les plus légères qu'il peut vous arriver de commettre, de prendre pour objet de votre émulation tant de grands hommes qui se sont rendus agréables à Dieu par leur constante fidélité à ses lois ; d'ajouter à toutes ces considérations l'incertitude de votre avenir, le penchant qui nous entraîne tous au péché, et doit nous faire craindre à chaque instant une chute funeste ; ce qui faisait dire à saint Paul lui-même : Je crains qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même (I Cor., IX, 27) ; ce qui le portait à ajouter : Que celui qui croit être ferme prenne garde de tomber (I Cor., X, 12). Ce sont aussi les considérations que faisait David, et qui le portaient à s'écrier au souvenir des bienfaits de Dieu : Qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez de lui, ou le fils de l'homme pour que vous le visitiez ? Vous ne l'avez qu'un peu abaissé au-dessous des anges ; vous l'avez couronné de gloire et d'honneur, et vous l'avez établi sur les ouvrages de vos mains (Ps. VIII, 5-6) (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, tome Ier, page 152, édition de Montfaucon ; page 187, édition de Gaume). "
14. S. AUGUSTIN, De naturâ et gratiâ, c. 27 : " Les autres péchés n'ont de prise que sur le mal ; l’orgueil seul est à craindre même dans le bien que l'on fait. De là vient que l'Apôtre avertit les Philippiens de prendre garde de trouver leur ruine dans les dons mêmes de Dieu, en se les attribuant à eux-mêmes et en s'en faisant gloire, ce qui leur deviendrait plus fatal que de ne rien faire de bien : Opérez, leur écrivait-il, votre salut avec crainte et tremblement, car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir (Philip., II, 12). Pourquoi donc cette crainte et ce tremblement, et non pas plutôt cette assurance, si c'est Dieu qui opère, sinon parce que notre volonté, condition nécessaire pour que nous fassions le bien, peut nous porter à nous prévenir de cette pensée que le bien que nous faisons nous appartient exclusivement, et à dire dans notre abondance : Je ne serai jamais ébranlé (Ps. XXIX, 7). C'est pourquoi celui qui, par un effet de sa p.455 fin p.456 début volonté, avait affermi dans un état florissant celui qui tenait ce langage, n'eut qu’à détourner un peu son visage de lui, pour qu'aussitôt il tombât dans le trouble, parce que l'enflure de l'orgueil ne peut être guérie que par (les humiliations ou) les souffrances. "
18. Le même, De dono perseverantiæ, c. 13 : " Tant qu'on est en cette vie mortelle qui, selon l’Ecriture, est une tentation continuelle (JOB, VII, 1), celui qui paraît vivre debout doit craindre de tomber (I Cor., X, 12). C'est même pour cette raison, comme je l'ai déjà dit (voir plus haut, témoignage 12), que Dieu, par une conduite très-salutaire de sa providence, veut que les justes qui ne persévéreront pas soient mêlés avec ceux qui persévéreront jusqu'à la fin. Par-là il veut nous apprendre à ne pas nous élever en nous-mêmes, mais à nous tenir dans l’humilité (Rom., XII, 16), et à opérer notre salut avec crainte et tremblement (Philip., II, 12-13) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 212-213). "
16. S. BERNARD, Serm. III in Vigiliâ Nativitatis
Domini : " Qu'on ne s'imagine pas être une lumière ardente et luisante dans une maison ou cette lumière n'ait point à craindre d'être atteinte par les vents ; mais qu'on se figure plutôt être en plein air, et avoir besoin de ses deux mains pour garder allumée et en sûreté la lumière que l'on porte, quand même il ne ferait pas de vent pour le moment. Car au premier moment, et l'instant où l'on s'y attend le moins, l’état de l'air peut changer, et pour peu qu'on retire sa main, la lumière sera éteinte. Quand même on se brûlerait quelque peu, comme il arrive quelquefois, en tenant sa main trop près de la lumière, il vaudrait mieux souffrir ce mal que de retirer ses mains, parce qu'il suffit d'un instant pour que la lumière qu'on porte soit soufflée. Nous n'aurions, à la bonne heure, rien de semblable à craindre, si nous étions dans une maison qui, comme les demeures célestes, ne serait point faite de main d'homme et durerait éternellement (II Cor., V, 1). Mais présentement, au contraire, nous sommes exposés à trois vents extrêmement violents et extrêmement malins, savoir, la chair, le démon et le monde, qui cherchent à l'envi à éteindre notre lumière allumée, en soufflant dans nos cœurs des désirs coupables, des mouvements désordonnés, et qui répandent si inopinément le trouble dans notre esprit, que nous pouvons à peine reconnaître où nous venons et où nous allons. Bien que deux de ces vents cessent assez fréquemment de souffler, il en p.456 fin p.457 début est un troisième qui ne laisse à notre âme ni paix ni trêve. Protégeons donc contre lui notre âme de nos deux mains, je veux dire de la main du cœur et de celle du corps, de peur que sa lumière, si toutefois elle est en ce moment allumée, ne s'éteigne malheureusement. Gardons-nous bien de lâcher pied ou de revenir sur nos pas, quand même la violence des tentations aurait porté le ravage dans notre esprit et dans nos sens tout à la fois, mais ne nous lassons pas de dire avec un saint : Mon âme est toujours entre mes mains (Ps. CXVIII, 109). Préférons brûler, plutôt que de céder. Et de même qu'il n'est pas aisé d'oublier ce qu'on porte dans ses mains, ainsi n'oublions jamais l'affaire de notre âme, et que ce soit là l'objet de notre sollicitude la plus vive. Une fois que nous aurons ceint nos reins de cette manière, et que nous verrons notre lampe allumée, veillons avec circonspection pendant la nuit de la vie présente à la garde du troupeau de nos pensées et de nos actions, afin que le Seigneur nous trouve toujours prêts, soit qu'il vienne à la première, ou à la seconde, ou à la troisième veille. "
17. Le même, Serm. V in Psalmum, Qui habitat
: " Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation (MARC, XIV, 38). Vous savez quel est celui qui a dit cela : vous savez aussi en quel temps il l'a dit : c'est le Seigneur lui-même qui a dit ces paroles aux approches de sa passion. Et remarquez que c'était lui qui allait souffrir, et non ses disciples, et pourtant ce n'est pas pour lui qu'il leur dit de prier, mais pour eux-mêmes. C'est dans ce même sens qu'il disait à Pierre : Satan vous a demandé pour vous cribler comme on crible le froment ; mais j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous serez converti, ayez soin d'affermir vos frères (LUC, XXII, 31-32). Si ces apôtres avaient tant à craindre au moment de la passion du Sauveur, que n'avons-nous donc pas nous autres à craindre de nos propres passions ? Veillez donc et priez, pour ne pas succomber à la tentation ; car de tous côtés nous en sommes assaillis. C'est ce qui a fait dire à Job, que la vie de l'homme sur la terre est une tentation continuelle (JOB, VII, 1). Si donc notre vie est si fort remplie de tentations, qu'on peut avec raison l'appeler tout entière une tentation continuelle, nous avons besoin d'une extrême vigilance et d'une extrême assiduité à, la prière si nous voulons ne pas y succomber. De là aussi ces paroles de l'oraison dominicale : Ne nous laissez pas succomber à la tentation. . . "
" J'ai voulu vous rappeler d'avance qu'aucun de nous ne sera p.457 fin p.458 début exempt de tentations tant qu'il vivra sur la terre, afin que, si nous nous voyons délivrés d’une tentation, nous en attendions sans trouble, si ce n'est pas sans crainte, une autre à venir, et qu'ainsi nous priions tellement Dieu de nous en délivrer, que nous n'allions pas jusqu’à nous flatter d'en être jamais parfaitement exempts tant que nous serons attachés à ce corps de mort. "
18. Le même, Meditationum, c. 14 : " Venez à mon secours, ô mon Dieu, parce que mes ennemis, qui sont mon propre corps, le monde et le démon, tiennent mon âme continuellement assiégée. Je ne puis ni fuir mon propre corps, ni le mettre lui-même en fuite. Il faut que je le porte partout avec moi, parce qu'il m'est attaché par un lieu que je ne puis détruire.
Il m'est défendu de lui donner la more ; je dois même entretenir sa vie et ses forces, et en l'engraissant comme je le fais, c'est mon ennemi que je nourris à mes dépens. Si je le nourris suffisamment, et que sa force en soit accrue, il tourne contre moi sa force et son embonpoint. Le monde à son tour m'assiège de tous côtés, et par cinq portes principales, qui sont mes cinq sens, savoir, la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le toucher, il décoche contre moi ses flèches, et la mort entre dans mon âme par mes propres fenêtres. Mon œil jette un regard en arrière et il détourne l'attention de mon esprit. L'oreille écoute, et elle incline avec elle les affections de mon cœur. Mon odorat amuse et retarde par-là même ma pensée. Ma bouche lâche des paroles, et c'est pour me tromper. Mon toucher réveille à la moindre occasion l'ardeur de mes passions, et si elles ne sont immédiatement réprimées, elles portent en un instant le ravage et l'incendie dans tout mon être. D'abord, elles présentent une pensée qui porte le trouble dans les sens ; bientôt l’âme se trouve souillée par le plaisir impur que ce trouble même occasionne, et le consentement qu'elle donne à ce plaisir défendu achève de la rendre l’esclave de la passion impure. Pendant ce temps-là, le démon que je ne saurais voir, et contre lequel pour cette raison je puis moins me mettre en garde, a tendu son arc, en y ajustant ses flèches pour les lancer contre moi ; il a dressé en même temps ses filets perfides pour m'y faire tomber en disant en lui-même : Qui pourra voir les filets que je dresse ainsi dans le secret ? Ces filets qu'il dresse contre nous, c'est l'or, c'est l'argent, en un mot, tout ce qui prête matière à nos désordres, par l'abus que nous en faisons, par la folie que nous commettons d'y placer notre bonheur. Il p.458 fin p.459 début ne tend pas seulement des filets contre nous ; il tend aussi des gluaux. La glu dont il se sert, c'est l'amour du bien qu'on possède, l'attache qu'on a pour ses proches, le désir des honneurs, les plaisirs de la chair, autant de gluaux qui retiennent l’âme quand elle s'y est une fois engagée, et qui l'empêchent de voler vers la céleste patrie sur les ailes de la contemplation. Les flèches du démon sont la colère, l'envie, la luxure, et les autres passions dont l'âme peut être atteinte. Et qui est-ce qui peut éteindre l'ardeur de ces flèches brûlantes ? Hélas ! trop souvent il arrive qu'une âme même fidèle soit mortellement atteinte de ces traits funestes. Malheureux que je suis, de me voir ainsi assailli de toutes parts, de ne voir partout autour de moi que pièges, que tentations, que périls. De quelque côté que je me tourne, je ne vois rien qui me rassure. Qu'une chose me plaise et me charme, qu'une autre m'attriste et me chagrine, j'ai un égal sujet de craindre et de me défier : le rassasiement aussi bien que la faim, le sommeil aussi bien que l'état de veille, le travail comme le repos, tout combat contre moi. La prospérité, par l’appât qu'elle me présente, m'inspire une sécurité trompeuse ; l'adversité à son tour, par les amertumes dont elle est la source, provoque mes répugnances et mes dégoûts.
"
19. Ibidem, c. 15 : " Ma chair est formée de boue, et c'est pour cela qu'elle m'inspire des pensées sales et lubriques ; le monde me suggère les pensées vaines et curieuses, et le démon celles d'envie et d'orgueil. Voilà les trois ennemis qui s'attachent à me combattre et à me poursuivre, tantôt à découvert, tantôt en cachette, toujours avec malice. Le démon compte surtout sur l'appui que la chair lui prête : car rien n'est plus dangereux qu'un ennemi domestique. La chair de son côté, pour me perdre plus sûrement, fait alliance avec le démon, d’autant plus naturellement qu'elle est née du péché, qu’elle a été nourrie dans le péché, qu'elle a été viciée et corrompue dès l'origine, et qu'elle l'est beaucoup plus encore par de perverses habitudes. De là ces désirs violents qu'elle oppose aux désirs raisonnables que l’esprit forme en nous-mêmes, ces murmures continuels qu'elle laisse échapper, cette aversion pour la règle, ce penchant qu'elle témoigne pour tout ce qui est défendu, cette résistance obstinée à tout ce qui est raisonnable, cette impudeur qui ne peut être retenue par aucune crainte. La chair vient donc en aide, et sert en même temps d'instrument au perfide serpent, ce perpétue1 ennemi du genre humain, qui n'a d'autre désir, d'autre occupa- p.459 fin p.460 début tion, d'autre soin que de perdre nos âmes. Il ne pense qu’à faire le mal, nous tient à toute occasion un langage insidieux, nous suggère mille projets funestes, met enfin toutes ses ruses à contribution pour nous tromper. Il excite en nous des mouvements déréglés, porte l'incendie dans notre âme par les pensées qu'il nous suggère, pousse a la guerre, attise les haines, éveille la gourmandise, allume en nous le feu de la volupté, encourage les désirs de la chair, fait naître les occasions de pécher, et ne cesse d'offrir à notre cupidité mille moyens variés de faire le mal. Ainsi a-t-il pour tactique de nous battre avec nos propres armes, de nous lier les mains avec nos ceintures mêmes, et de faire de la chair, qui nous a été donnée pour nous servir, la cause de notre perte comme de nos chutes. C'est un combat bien terrible et bien périlleux, que celui que nous avons soutenir contre cet ennemi domestique, et d'autant plus fort, qu'il est ici-bas sur son propre terrain, tandis que nous nous y trouvons loin de notre patrie. Quels dangers n'avons-nous pas en outre à courir dans ces luttes fréquentes, ou plutôt continuelles, qu'il nous faut soutenir contre un ennemi aussi rusé qu'est le démon, dont l’extrême habileté qui convient avant tout à la subtilité de sa nature, est nourrie en outre par sa longue pratique de tous les mauvais stratagèmes. "
CHAPITRE XVIII. DE CEUX QUI SONT TOMBES DEPUIS LEUR BAPTEME, ET DE LEUR RENTREE EN GRACE.
" Quant à ceux qui par leurs péchés sont déchus de la grâce de la justification qu'ils avaient reçue, ils pourront être justifiés de nouveau, si, obéissant à l'inspiration divine, ils se mettent en devoir de recouvrer par le sacrement de Pénitence, en vertu des mérites de Jésus-Christ, la grâce qu'ils ont perdue. Ce mode de justification est en effet celui qui convient pour les relever de leurs chutes, et c'est bien justement que les saints Pères ont appelé le sacrement de Pénitence la seconde planche après le naufrage de la grâce. Car Jésus-Christ a institué ce sacrement pour ceux qui retombent dans le péché après leur baptême lorsqu'il a dit : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Nous devons dire en conséquence, que la pénitence p.460 fin p.461 début du chrétien après sa chute est bien différente de celle qui a pu précéder son baptême, et qu'elle exige de lui, non-seulement qu'il cesse de pécher, et qu'il déteste ses péchés passés, ou qu'il en ait le cœur humilié, contrit, mais encore qu'il en fasse la confession sacramentelle, au moins in voto, et dans le temps prescrit, qu'il en reçoive de plus l'absolution de la main du prêtre, et qu'il satisfasse à la justice divine par des jeûnes, des aumônes, des prières, et les autres pieux exercices de la vie spirituelle, non pas, il est vrai, pour se racheter des peines éternelles, qui ont dû lui être remises avec ses péchés, ou par le sacrement, ou en vertu du vœu qu'il a formé de le recevoir, mais pour obtenir la rémission des peines temporelles, qui, comme nous l'enseignent les divines Ecritures, ne sont pas remises toujours ni en entier, comme elles l'ont été dans le baptême, et ceux qui, payant Dieu d'ingratitude pour la grâce qu'ils ont reçu de lui, ont contristé l'Esprit-Saint, et profané en eux-mêmes le temple de Dieu. C'est de cette pénitence qu'il a été dit en particulier : Souvenez-vous de l'état d'où vous êtes déchu, faites pénitence et rentrez dans la pratique de vos première œuvres. Et encore : La tristesse qui est selon Dieu produit pour le salut une pénitence stable. Et ailleurs aussi : Faites pénitence. Et ailleurs encore : Faites de dignes fruits de pénitence. " Conc. Trid., sess. VI, c. 14.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. Psaume L, 18 : " Le sacrifice qui plaît à
Dieu, c'est un cœur touché de repentir ; vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié. "
6. Ephésiens, IV, 30 : " Et n'attristez point le saint
Esprit de Dieu, dont vous avez été marqués comme d'un sceau pour le jour de la rédemption. "
7. I Corinthiens, III, 16-17 : " Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le perdra. - Car le temple de Dieu est saint, et c'est vous qui êtes ce temple. " p.461 fin p.462 début
8. Apocalypse, II, 4-5 : " Mais j'ai un reproche vous faire
; c'est que vous avez abandonné votre première charité. - Souvenez-vous donc d'où vous êtes déchu ; revenez à vos premières œuvres. Sinon, je viendrai à vous, et j’ôterai votre chandelier de sa place, si vous ne faites pénitence. "
9. II Corinthiens, VII, 10 : " La tristesse qui est selon
Dieu produit pour le salut une pénitence qui ne laisse point de regrets ; au lieu que la tristesse conçue dans l'esprit de ce monde produit la mort. "