Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 204)
11. LUC, III, 8 ; comme dans le corps de la réponse.
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, Lib. L Homiliarum, hom. 50, c. S: " Si, désespérant de votre salut, vous accumulez péchés sur péchés, selon ce qui est écrit (Prov., XVIII, 3) : Lorsque le méchant sera venu au plus profond des péchés il méprisera tout ; ne commettez pas vous-même cette faute de mépriser tous les remèdes et de vous jeter dans l'abîme du désespoir ; mais du fond même de vos désordres poussez un cri vers Dieu, et dites-lui : Du fond de l'âme, Seigneur, j'ai crié vers vous ; Seigneur, écoutez ma voix. Que vos oreilles soient attentives à la voix de ma prière. Si vous examinez nos iniquités, Seigneur, Seigneur, qui pourra subsister devant vous ? Mais vous êtes plein de miséricorde (Ps. CXXIX, 1-7). C'est du fond d'un pareil abîme que les Ninivites ont crié, et ils ont obtenu cette miséricorde au point que, pour révoquer par rapport à eux la menace de son prophète, Dieu n'a pas attendu l'achèvement de leur pénitence. Vous direz peut-être ici : Mais j'ai été baptisé en Jésus-Christ, qui m'a pardonné tous mes péchés passés ; j'ai eu la bassesse de rentrer dans la voie corrompue de mes dérèglements, et je ne suis plus aux yeux de Dieu qu'un vil animal qui retourne à ses vomissements impurs (Prov., XXVI, 11).Où irai-je pour me dérober à la lumière de son esprit, et où m'enfuirai-je de devant sa face (Ps. CXXXVIII, 7) ? Où me demandez-vous, mon frère ? Pas ailleurs que dans le sein de sa miséricorde, en témoignant votre repentir à celui dont vous avez méconnu la puissance en vous abandonnant au péché ; car on ne saurait mieux s'enfuir de devant sa face, qu'en se réfugiant dans ses bras, ni de devant sa justice, qu'en recourant à sa bonté. Eh ! pourrez-vous trouver dans votre fuite un asile, où vous ne retrouviez pas sa présence ? Si vous montez au ciel, il y est ; si p.462 fin p.463 début vous descendez aux enfers, il y est encore. Prenez vos ailes, et sans vous détourner ni à droite ni à gauche, allez vous réfugier aux extrémités du monde ; c'est encore sa main qui vous y conduira, son bras qui vous donnera la force d'y arriver. Quelques péchés que vous ayez commis, de quelques forfaits que vous vous soyez souillés, vous êtes encore du nombre des vivants, dont Dieu vous eût sans doute retranché déjà, s'il ne voulait pas votre guérison. Pourquoi donc oublier que la patience de Dieu vous invite à la pénitence (Rom., II, 4) ? Les cris qu'il vous a fait entendre n'ont dû vous persuader de ne pas vous éloigner de lui ; revenez à lui du moins à présent qu'il vous crie de le faire par l'offre qu'il vous fait de son pardon. "
3. Les témoignages des Pères qui ont appelé la pénitence une seconde planche après le naufrage de la grâce, ont été recueillis dans le chapitre cité tout-à-l’heure, question II, depuis le témoignage 8, jusqu’à la fin.
4. La nécessité de la contrition a été prouvée questions III et IV du sacrement de Pénitence ; et celle de la confession l'a été de même, questions V et VI ; celle de la satisfaction enfin, questions VII et VIII.
CHAPITRE XIX. TOUT PECHE MORTEL FAIT PERDRE LA GRACE, MAIS NE FAIT PAR PERDRE POUR CELA LA FOI.
" Pour déjouer les malins artifices de certains esprits, qui par des paroles douces et flatteuses séduisent les âmes simples, il est à propos aussi de bien établir que la grâce de la justification qu'on a reçu peut se perdre, non-seulement par le crime d'infidélité, qui fait perdre jusqu’à la foi, mais encore par tous les autres péchés mortels, quoique ceux-ci puissent laisser la foi intacte. Nous ne ferons en cela que soutenir la doctrine de la loi divine, qui exclut du royaume du ciel non-seulement les infidèles mais les fidèles aussi, s'ils sont fornicateurs, adultères, efféminés, sodomites, voleurs, avares, ivrognes, médisants ravisseurs du bien d'autrui, et tous autres sans exception qui commettent des p.463 fin p.464 début péchés mortels dont ils peuvent s'abstenir par le secours de la grâce de Dieu, et qui leur attirent pour châtiment d'être séparés de la grâce de Jésus-Christ. " Conc. Trid., sess. VI, c. 15.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Romains, XVI, 17-18 : " Mais je vous prie, mes frères, de vous tenir en garde contre ceux qui causent parmi vous des divisions et des scandales en s'éloignant de la doctrine que vous avez apprise, et d'éviter leur société. - Car de tels hommes ne servent pas Jésus-Christ notre Seigneur, mais sont esclaves de leurs sens, et par des paroles douces et flatteuses ils séduisent les âmes simples. "
2. JACQUES, II, 10 : " Quiconque ayant gardé toute la loi, la viole en un seul point, est coupable comme l'ayant violée tout entière. " 3. MATTHIEU, VII, 21-25, 26-27: " Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le royaume des cieux ; mais celui-là y entrera qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. - Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? N'avons-nous pas chassé les démons en votre nom, et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom ? - Et alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui faites des œuvres d'iniquité. - Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les pratique pas, sera semblable à un homme qui a bâti sa maison sur le sable ; - et la pluie est descendue, et les fleuves se sont débordés, et les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle est tombée, et la ruine en a été grande. "
4. Id., XXV, 1-3, 11-13 : " Le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, s'en allèrent au-devant de l'époux et de l’épouse. - Il y en avait cinq d'entre elles qui étaient folles, et cinq qui étaient sages. - Les cinq folles ayant pris leurs lampes, ne prirent point d'huile avec elles. . . . . - Enfin les autres vierges vinrent aussi, et lui dirent : Seigneur ; Seigneur, ouvrez-nous. - Mais il leur rependit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais point. - Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour, ni l'heure. "
5. LUC, XII, 47 : " Car le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui néanmoins ne se sera pas tenu prêt et n'aura point exécuté ses ordres, sera battu rudement. "
6. JEAN, XII, 42-43 : u Plusieurs cependant, et même des p.464 fin p.465 début principaux des Juifs, crurent en lui ; mais à cause des pharisiens ils n'osaient le reconnaître publiquement, de peur d’être chassés de la synagogue : - car ils aimèrent mieux la gloire des hommes que celle de Dieu. "
7. I Corinthiens, XIII, 1-2 : " Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mêmes, si je n'avais point la charité, je serais comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante. - Et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais une parfaite science de toutes choses ; et quand j'aurais toute la foi possible, au point de me rendre capable de transporter les montagnes, si je n'avais pas la charité, je ne serais rien. "
8. JACQUES, II, 14, 19-20 : " Mes frères que servira-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres. La foi pourra-t-elle le sauver ? - Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu ; vous faites bien : les démons le croient aussi, et ils tremblent. - Mais voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? "
9. I Corinthiens, VI, 8-11 : " Mais c'est vous-mêmes qui faites le tort ; c'est vous qui usez de tromperie, et cela à l'égard de vos propres frères. - Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l'injustice n'hériteront point du royaume de Dieu ? ne vous y trompez pas, ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, - ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les voleurs n'hériteront du royaume de Dieu. - C'est ce que quelques-uns de vous ont été autrefois ; mais vous avez été lavés, sanctifiés et justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu. "
10. Galates, V, 18-21 : " Si vous vous conduisez par l'Esprit de Dieu, vous n'êtes pas sous la loi. - Or, il est aisé de connaître les œuvres de la chair, qui sont : la fornication, l'impureté, l'impudicité, la dissolution, - l'idolâtrie les empoisonnements, les inimitiés, les dissensions, les jalousies, les animosités, les querelles, les divisions, les hérésies, les envies, les meurtres, les ivrogneries, les débauches et autres semblables énormités, au sujet desquelles je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui les commettent n'hériteront point du royaume de Dieu. "
11. Ephésiens, V, 5-7 : " Sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, autre espèce d'idolâtres, n'héritera du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. - Que personne ne vous séduise par de vains discours : car c'est pour cela que la colère p.465 fin p.466 début de Dieu tombe sur les hommes rebelles à la vérité. - N'ayez donc rien de commun avez eux. "
12. Apocalypse, XXI, 8 : " Pour ce qui est des timides, des incrédules, des exécrables, des homicides, des fornicateurs, des empoisonneurs, des idolâtres et de tous les menteurs, leur partage sera dans l’étang brûlant de feu et de soufre, qui est la seconde mort. "
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. S. BASILE, Lib. I de Baptismo, part. 2 : " J'ajouterai ici quelques mots à ce que j'ai déjà dit du royaume des cieux, pour que rien ne nous empêche de participer un jour à ce bonheur. Car, dans les choses de la vie, ce n'est pas rien qu'un rien manque pour arriver, comme l'a dit un de nos sages, et comme la plupart des gens ont pu en faire par eux-mêmes l'expérience outre que cela nous est encore plus fortement inculqué par la sévérité des règles prescrites dans l'ancienne loi pour le choix des ministres sacrés et des victimes à offrir en sacrifice (Lévit., XXI, 18 ; XXII, 21), où il suffisait d'une tache, ou de la mutilation, je ne dis pas d'un membre entier, mais d'une partie de membre, et comme porte le texte sacré, d’un petit bout d'oreille, pour exclure un homme du sacerdoce, ou un animal du nombre des victimes convenables pour le sacrifice. Or, comme l'a dit l'Apôtre, Toutes ces choses ont été des figures de ce qui nous regarde, et elles ont été écrites pour nous servir d'instruction à nous autres, qui nous trouvons à la fin des temps (I Cor., X, 6, 11) ; et Notre-Seigneur a expressément enseigné l’excellence de la loi nouvelle au-dessus de l'ancienne, par ces paroles : Il y a ici quelque chose de plus grand que le temple (MATTH., XII, 6) ; comme il nous a fait entendre encore plus particulièrement que nous devons avoir plus de soin de notre âme que de tout le reste, quand il a dit : On fera rendre un plus grand compte à celui à qui on aura confié plus de choses (LUC, XII, 48). "
Après avoir produit à l'appui de sa thèse beaucoup d'autres textes, saint Basile ajoute : " Tout cela aboutit à prouver, qu'il suffit qu'une chose manque, pour que le tout soit en péril. Car si Notre-Seigneur a dit : Tout ce qui est dans la loi s'accomplira parfaitement jusqu’à un seul iota et i un seul point (MATTH., V, 18) ; combien cela ne doit-il pas mieux encore se dire de l'Evangile, dont Jésus-Christ a dit de même : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point (MATTH., XXIV, p.466 fin p.467 début 35). C'est ce qui a fait dire à l'apôtre saint Jacques avec tant d'assurance : Quiconque ayant gardé toute la loi, la viole en un seul point, est coupable comme l’ayant toute violée (JAC., II, 10). Ce qui lui a appris à tenir ce langage, c'est la menace qu'il entendit son divin maître faire à Pierre, qu'il avait pourtant déclaré bienheureux, à qui il avait rendu un témoignage si supérieur à tous ceux qu'un homme peut rendre, à qui enfin il avait fait de si magnifiques promesses (MATTH., XVI, 17-19), que s'il ne se laissait laver les pieds, il n'aurait point de part dans son royaume (JEAN, XIII, 8). De même l'apôtre saint Paul, qui accomplissait dans sa chair ce qui reste à souffrir à Jésus-Christ, en souffrant lui-même pour son corps qui est l’Eglise (Col., I, 24), nous déclare, comme parlant au nom de Jésus-Christ, quels sont les principaux péchés pour lesquels on peut être exclu du royaume de Dieu et encourir la sentence de mort, tantôt lorsqu'il dit en termes précis que ceux qui font de telles choses sont dignes de mort (Rom., I, 32),(et pourquoi n'a-t-il pas dit : Ceux qui font ces choses, mais : Ceux qui font de telles choses ?) tantôt lorsqu'il dit d'une manière plus générale que les prévaricateurs ne seront point héritiers du royaume de Dieu (I Cor., VI, 10) ; et ailleurs encore, Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même a déclaré dans l’Evangile selon saint Luc, que quiconque ayant mis la main à la charrue, regarde derrière soi, n'est point propre au royaume de Dieu (LUC, IX, 62). Il est indispensable d'observer ici, que ce n'est pas contre une multitude de manquements, mais contre un seul manquement qu'est prononcée cette terrible et inévitable sentence, et qu'elle porte sur des choses permises en elles-mêmes, et sur un simple délai, ne fait-il que d'un instant, à l'obéissance prompte, sans réserve et sans bornes, qu'on doit à Dieu à tant de titres (Cf. S. Basilii opera, t. II, p. 629-631, édit. de D. Garnier). "
2. Le même, Lib. II de Baptismo, c. 9 : " Est prévaricateur quiconque n'observe pas la loi entière, quand même il ne violerait qu'un seul commandement. Car c'est assez qu'une chose manque, pour que le tout soit en péril. En effet, une chose à laquelle il manque un point pour qu'elle se fasse, manque de se faire par-là même. De même que celui à qui il ne s'en est fallu de rien pour qu'il soit mort n'est point mort, ou que celui à qui il ne s'en faut de rien pour qu'il vive, n'est point vivant, mais est mort, ou que celui à qui il ne s'en est fallu de rien pour qu'il soit entré, p.467 fin p.468 début n'est point entré, et telles ont été en particulier les vierges folles ; de même, celui à qui il ne s'en est fallu de rien pour qu'il ait observé la loi, ne l'a point observée, mais il est prévaricateur. C'est pourquoi il est nécessaire, dans la conduite à tenir à l’égard de ceux qui se rendent coupables de prévarication, nous fussent-ils unis par les liens du sang, d'obéir au commandement de l'Apôtre, qui nous dit tantôt que, si celui qui est du nombre de nos frère est fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou médisant ou ivrogne, ou ravisseur du bien d'autrui, nous ne devons pas même manger avec un homme de cette espèce (I Cor., V, 11) ; et remarquez ici que ce n'est pas seulement avec celui qui se serait rendu coupable de tous ces crimes à la fois que l'Apôtre nous défend de communiquer, mais il nous interdit de le faire même avec celui qui n'aurait commis qu'un seul de ces crimes, et c'est pour cela qu'il ne dit pas, Vous ne devez pas même manger avec un tel ou tel, ?????, mais : Vous ne devez pas même manger avec un homme de cette espèce, ???????.
Tant?t le même Apôtre nous dit de mortifier les membres de l'homme terrestre qui est en nous, la fornication, l'impureté, les abominations, les mauvais désirs et l'avarice qui est une idolâtrie, puisque ce. sont de tels excès qui font tomber la colère de Dieu sur les hommes rebelles à la vérité (Col., III, 5). Remarquez encore ici qu'il dit en termes généraux sur les hommes rebelles à la vérité, nous avertissant par-là de ne point nous rendre complices de leur prévarication (Ephés., V, 7) (Cf. S. Basilii opera, t. II, p. 370-371, édit. de D. Garnier). "
3. S. AUGUSTIN, Lib. XV de Trinitate, c. 18 : "
Il n'y a que la charité qui nous rende la foi profitable ; car sans la charité, etc. " Voir le reste de ce passage au chapitre III de la Charité, question I, témoignage 7, tome I, page 247.
4. Le même, Tract. X in Epistolam I Joannis
: " Nous ne trouvons que gens qui disent, Je crois ; mais la foi sans les œuvres ne sauve pas. Or, l'œuvre de la foi, c'est la charité elle-même, si nous voulons en croire l'Apôtre, qui recommande la foi, mais la foi agissante par la charité (Gal., V, 6). . . C'est là ce qui s'appelle croire que Jésus est le Christ, comme le croient les vrais chrétiens, dont la vie répond à leur croyance, et non pas comme le croient les démons, dont un apôtre nous apprend, non-seulement qu'ils croient, mais même qu'ils tremblent (JAC., II, 19). Comment les démons pouvaient-ils mieux exprimer leur p.468 fin p.469 début croyance au sujet de Jésus-Christ, qu'en disant : Nous savons que vous êtes le Fils de Dieu (MARC, I, 24 ; III, 12) ? Saint Pierre ne s'est pas exprimé d'une autre manière lorsque Notre-Seigneur demanda à ses disciples quelle opinion avaient les hommes de ce qu'il était. . . Il y a donc une grande différence entre croire à Jésus-Christ pour s'attacher à lui, et confesser Jésus-Christ pour l’éloigner de soi. Et ainsi vous voyez que, quand l'Apôtre dit : Celui qui croit (I JEAN, V, 1), il entend parler d'une foi revêtue des conditions qu'elle doit avoir, et non d'une foi semblable à celle de la plupart de ceux qui font profession de croire. Après cela, mes frères, que les hérétiques ne viennent pas nous dire : Si vous croyez, nous croyons aussi. Si je vous ai rapporté ici l'exemple de la foi des démons, c'est pour vous engager à examiner la conduite des hommes qui vous tiennent ce langage, avant de vous réjouir de ce qu'ils partagent votre croyance. "
" Voyons donc la différence qu'il y a entre croire en Jésus-Christ, et croire que Jésus est le Christ. Celui, dit notre Evangéliste, qui croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu (I JEAN, V, 1). Mais qu'est-ce que cet apôtre appelle croire que Jésus est le Christ ? Il nous l'apprend par les paroles suivantes : Quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui en a été engendré. Vous voyez, mes frères, que l'Apôtre joint tout de suite la charité à la foi, parce que la foi sans la charité ne sert de rien. La foi des chrétiens est celle qui est accompagnée de la charité. Sans cela, ce ne serait qu'une foi de démon. Ceux donc qui n'ont point du tout de foi, sont pires, ou plus lents à croire, que les démons eux-mêmes. Celui qui ne veut pas croire n'en est pas encore arrivé à égaler les démons.
Que si quelqu'un croit en Jésus-Christ mais sans l'aimer, ce n'est point l'espérance d'en être récompensé qui lui fait confesser sa foi en Jésus-Christ, mais la crainte d'en être puni : et en cela, il n'est qu’égal aux démons, que la crainte qu'ils avaient de Jésus-Christ portait à lui dire : Qu'y a-t-il entre vous et nous, Fils de Dieu que vous êtes ? Etes-vous venu pour nous perdre avant le temps (MARC, I, 24) ? Il faut donc ajouter l'amour à la foi qu'on a en Jésus-Christ, afin qu'elle soit telle que la demande l'Apôtre, c'est-à-dire qu'elle soit agissante par la charité. Si vous trouvez en ce monde un véritable chrétien, un citoyen de la vraie Jérusalem, un concitoyen des anges, un voyageur qui soupire après sa patrie pendant qu'il est sur la route qui y conduit, joignez-vous à lui et marchez ensemble à grands pas vers le but de votre pèlerinage. Il sera p.469 fin p.470 début votre compagnon de voyage, pour peu que vous partagiez ses dispositions (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean et son épître aux Parthes, t. IV, p. 307-313). "
5. S. FULGENCE, De incarnatione et gratiâ Jesu
Christi, c. 26 : " Il peut arriver qu'on croie en Dieu sans aimer Dieu ; mais il ne peut se faire qu'on aime Dieu sans croire en lui ; on peut bien croire qu'une chose existe sans l'aimer ; mais on ne peut pas l'aimer sans croire qu'elle existe. Or, l'Apôtre nous dit que, sans la charité, la foi et toutes les bonnes œuvres ne peuvent servir de rien ; voici ses paroles : Quand j'aurais toute la foi possible jusqu’à transporter les montagnes. . . ; quand j'aurais distribué tout mon bien pour nourri les pauvres, et que j’aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien (I Cor., XIII, 2-3). "
CHAPITRE XX. DU FRUIT DE LA JUSTIFICATION, OU DU MERITE DES BONNES ŒUVRES, ET DE LA NATURE DE CE MERITE LUI-MEME.
" Les hommes étant donc justifiés de cette manière, soit qu'ils aient toujours conservé la grâce une fois reçue, soit qu'ils l'aient recouvré après avoir eu le malheur de la perdre, il faut leur mettre devant les yeux ces paroles de l’Apôtre : Employez-vous de plus en plus dans l'exercice des bonnes œuvres, et sachez que Notre-Seigneur ne laissera pas votre travail sans récompense. . . ; car Dieu n'est pas injuste, pour qu'on puisse supposer qu'il oublie vos bonnes œuvres, et l'amour que vous avez fait paraître pour son nom. Et : Ne perdez rien de votre confiance, dont la récompense doit être très-grande. A ceux donc qui persévèrent dans la pratique des bonnes œuvres jusqu’à la fin de leur carrière et qui espèrent en Dieu, on doit leur proposer la vie éternelle, et comme une grâce promise bénignement aux enfants de Dieu en vue des mérites de Jésus-Christ, et comme une récompense qui, en vertu des promesses de Dieu même, doit leur être fidèlement acquittée en considération de leurs bonnes œuvres et de leurs mérites personnels. C'est cette couronne de justice que l'Apôtre disait lui être réservée à la fin de son combat et au bout de sa carrière, et qu'il attendait de son juste juge, comme due non-seulement à p.470 fin p.471 début lui-même, mais encore à tous ceux qui soupirent après son avènement. En effet, Jésus-Christ lui-même, influant pour ainsi dire, et répandant continuellement sa vertu dans ceux qui sont justifiés, comme le chef dans ses membres, et le tronc de la vigne dans ses branches, et cette vertu précédant, accompagnant et suivant toujours leurs bonnes œuvres, qui sans elle ne pourraient nullement être méritoires ou agréable à Dieu, nous devons croire qu'il ne manque plus rien aux fidèles une fois justifiés, pour que, par leurs bonnes œuvres faites ainsi en union avec Dieu, ils soient censés avoir pleinement satisfait à la loi divine, autant que le comporte l'état de la vie présente, et avoir réellement mérité la vie éternelle pour l’obtenir en son temps, pourvu toutefois qu'ils meurent en état de grâce, conformément à ces paroles de Jésus-Christ lui-même : Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif ; mais l’eau que je lui donnerai deviendra dans lui une fontaine d'eau qui rejaillira jusque dans la vie éternelle. Ainsi nous ne prétendons pas que notre propre justice nous soit propre en ce sens qu'elle nous vienne de nous-mêmes ; encore moins pouvons-nous méconnaître ou exclure la justice de Dieu. Car cette justice, que nous appelons notre justice, parce qu'elle nous est inhérente et que c'est par elle que nous sommes constitués justes, est en même temps la justice de Dieu, parce que c'est lui qui la répand en nous en vue des mérites de Jésus-Christ. "
" Mais il ne faut pas non plus perdre de vue, qu'encore que nos livres saints attachent une telle vertu aux bonnes œuvres que, suivant la promesse de Jésus-Christ, un verre d'eau froide donné au moindre de ceux qui lui appartiennent ne restera pas sans récompense et que l'Apôtre nous déclare que le moment si court et si léger des afflictions de cette vie produit en nous la durée éternelle d'une gloire souveraine et incomparable ; un chrétien n'en doit pas moins se garder de se confier ou de se glorifier en lui-même, plutôt que dans le Seigneur, dont la bonté est si grande à l'égard de tous les hommes, qu'il veut bien leur faire un mérite de ses propres dons. Mais comme nous faisons tous beaucoup de fautes (JAC., III, 2), chacun doit se mettre devant les yeux aussi bien la justice et la sévérité de Dieu, que sa miséricorde ; et sa bonté et quand même on ne se sentirait coupable de rien, on ne devrait pas se croire justifiés pour cela, parce que tous les hommes seront examinés et jugés, non d'après leur propre appréciation, mais d'après celle de Dieu, qui produira à p.471 fin p.472 début la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui découvrira les plus secrètes pensées des cœurs ; et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due ; car, comme il est écrit encore ailleurs, Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. " Conc. Trid., sess. VI, c. 16.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. Hébr., VI, 10 : " Car Dieu n'est pas injuste, pour qu'on puisse supposer qu'il oublie vos bonnes œuvres, et la chanté que vous avez témoignée par les assistances que vous avez rendues en son nom et que vous rendez encore aux saints. "
4. II Th., IV, 7-8 : " J'ai bien combattu ; j'ai achevé ma course ; j'ai gardé la foi : il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, et que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce grand jour, et non-seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement. "
5. JEAN, III, 21 : " Celui qui fait ce que la vérité lui prescrit s'approche de la lumière, afin que ses œuvres soient produites au grand jour, parce qu'elles ont été faites en conformité avec la loi de Dieu. " 6. JEAN, IV, 13-14 ; comme dans le chapitre que nous venons de rapporter du concile de Trente.
7. MATTH., X, 41-42 : " Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra la récompense du prophète ; et celui qui reçoit un juste en qualité de juste recevra la récompense du juste ; - et quiconque aura donné à boire seulement un verre d’eau froide à l’un de ces plus petits, en sa qualité de l'un de mes disciples, je vous dis en vérité qu'il ne perdra point sa récompense. "
8. II Cor., IV, 17 : " Car le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire. "
9. I Cor., I, 28-31 : " Il a choisi les plus petits et les plus méprisables selon le monde, et ce qui n'étai rien, pour détruire ce qu'il y avait de plus grand, - afin que nul homme ne se glorifie devant lui. - C'est par cette voie que vous êtes établis en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sa- p.472 fin p.473 début gesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption ; - afin que selon ce qui est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. "
10. II Cor., X, 17-18 : " Que celui donc qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur : car ce n'est pas celui qui se rend témoignage à lui-même qui est vraiment estimable, mais c'est celui à qui Dieu rend témoignage. "
12. I Cor., IV, 4-5 : " Car encore bien que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela ; mais c'est le Seigneur qui est mon juge. - C'est pourquoi ne jugez point avant le temps jusqu’à ce que le Soigneur vienne, qui produira à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et découvrira les plus secrètes pensées des cœurs : et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due. " 13. MATTH., XVI, 27 : " Car le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. "
14. Rom., II, 5-8 : " Et cependant, par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colore, et de la manifestation du juste jugement de Dieu, - qui rendra à chacun selon ses œuvres : - en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur persévérance dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité ; - et en répandant sa fureur et sa colère sur ceux qui ont l'esprit contentieux et qui ne se rendent point à la vérité mais qui embrassent l'iniquité. "
15. Ps. LXI, 12 : " Dieu a parlé une fois, et j'ai entendu ces deux choses : que la puissance appartient à Dieu, et que vous êtes Seigneur, rempli de miséricorde, parce que vous rendrez à chacun selon ses œuvres. "
1. S. AUGUSTIN, De gratiâ et libero arbitrio, c. VIII, n. 19 et 20 : " Si la vie éternelle, dira-t-on, est donnée en conséquence des bonnes œuvres comme l’Ecriture le déclare formellement, en disant que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (M ATTH., XVI, 27), comment peut-on dire que la vie éternelle est une grâce, puisque le propre caractère de la grâce, c'est de n'être point.
p.473 fin p.474 début donnée en conséquence des œuvres, mais gratuitement et sans aucun mérite ? C'est l’Apôtre lui-même qui la caractérise ainsi : Ce qui est donné à quelqu'un pour ses œuvres, dit-il, est donné à titre de récompense et n'est point réputé une grâce, mais une dette (Rom., IV, 4). . . . . "
" Je ne vois pas qu'on puisse résoudre autrement cette difficulté qu'en reconnaissant la vérité que j'ai établie jusqu'ici, que nos bonnes œuvres elles-mêmes, en conséquence desquelles nous attendons la vie éternelle, doivent être attribuées à la grâce. Jésus-Christ nous enseigne positivement cette vérité quand il nous dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire (JEAN, XV, 9). . . . . Si donc la bonne vie que nous pouvons mener n'est rien autre chose qu'une grâce de Dieu, par une suite nécessaire la vie éternelle, qui est accordée en conséquence de la bonne vie, est aussi une grâce de Dieu : car elle est elle-même donnée gratuitement, puisque la bonne vie, en conséquence de laquelle elle est accordée, est un don gratuit de la bonté de Dieu. Il y a néanmoins cette différence, que la bonne vie est seulement une grâce, au lieu que la vie éternelle qui est donnée en conséquence de la bonne vie, et à titre de récompense, est tout à la fois grâce pour grâce et récompense justement méritée, en sorte qu'il est pareillement vrai que Dieu rendra a chacun selon ses œuvres (Apoc., XXII, 12). "