Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 24)
6. LUC, I, 48, 49 : " Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, et voilà que désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse ; - parce que celui qui est tout puissant a fait en moi de grandes choses. "
8. ISAIE, XI, 1, 2 : " Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur s'élèvera de sa racine. - L'Esprit du Seigneur se reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'intelligence, etc. "
9. JEAN, XV, 5, 9 : " Je suis le cep de la vigne, et vous êtes p.205 fin p.206 début les branches. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit ; car vous ne pouvez rien faire sans moi. "
10. LUC, XI, 27, 28 : " Lorsqu'il disait ces choses, une femme élevant la voix du milieu du peuple lui dit : Heureux le ventre qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées. - Mais Jésus lui dit : Bien plus heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. "
11. Cantiques, II, 2 : " Tel qu'est le lis entre les épines, telle est ma bien-aimée entre les jeunes filles. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. ANDRE le Jérosolymitain, archevêque de Crète, in salutationem angelicam : " Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Celui qui était avant vous, aujourd'hui est avec vous, et bientôt il sera de vous. Mais ce qu'il était avant vous, il l'est de toute éternité ; ce qu'il recevra de vous, il le recevra dans le temps. O bonté infinie ! ô générosité incroyable ! Non content d'annoncer la joie au monde, il fait entendre à la Vierge la présence en elle de l'auteur même de toute joie. Car ces mots, le Seigneur est avec vous, indiquent clairement la présence du souverain roi qui, en prenant de sa substance un corps semblable au notre, ne se dépouille pas pour cela de la gloire qui lui est propre. Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Réjouissez-vous, heureuse instrument de notre bonheur, à qui nous devrons l'avantage de voir la triste sentence de malédiction autrefois portée contre nous changée en joyeux décret de réconciliation et de grâce. Réjouissez-vous, Vierge vraiment bénie et privilégiée, temple majestueux, de la gloire divine. Réjouissez-vous, palais très-auguste du Roi des rois, lit nuptial dans lequel le Christ a épousé notre nature. Réjouissez-vous, Vierge objet des prédilections de Dieu avant même d’être au monde. Réjouissez-vous d'être choisie de Dieu lui-même pour négocier la paix entre lui et les hommes. Réjouissez-vous, trésor de vie et d’immortalité, ciel vivant dans lequel resplendit le soleil de gloire, maison de Dieu préférable au ciel même. Réjouissez-vous, auguste sanctuaire, qui contient celui que ne contient aucun temple. Réjouissez-vous, terre sainte et virginale, de laquelle va être formé le nouvel Adam, qui sauvera l'ancien. Réjouissez-vous, levain très-pur et très-agréable à Dieu, qui fera fermenter la masse entière du genre humain, pour ne pas faire de tous les hommes qu'un même corps homogène, dont Jésus-Christ sera le chef. Réjouissez-vous, mère des éternelles p.206 fin p.207 début délices ; réjouissez-vous, nouvelle arche de Dieu, et sur laquelle repose son Esprit ; arche au moyen de laquelle Jésus-Christ, ce nouveau Noé, a sauvé l’humanité d'un nouveau déluge ; arche où, comme dans un sanctuaire privilégié, Dieu a fait de nouveau éclater sa gloire ; arche où celui qui est saint par nature, sans cesser d’être ce qu'il était, car il est immuable, s'est formé un corps avec un art admirable de la substance d’une vierge, et s'est fait ainsi ce qu'il n'était pas ; car il est compatissant et plein d'affection pour les hommes. Réjouissez-vous, urne d'or (Exod., XVI,
31 ; Hébr., IX, 4 ; Ps. LXXX, 17), qui contenez celui qui pour un peuple ingrat a fait tomber du ciel une manne délicieuse et fait sortir le miel d'un rocher stérile. Réjouissez-vous, divine Marie, que j'oserais comparer à ces pincettes avec lesquelles un séraphin prit de dessus l'autel un charbon allumé (ISAIE, VI, 6). Salut, miroir mystique, dans lequel les prophètes ont vu et su prévoir la condescendance infinie de Dieu pour le genre humain. Réjouissez-vous, miroir vivant, à travers lequel ceux qui languissaient dans les épaisses ténèbres du péché, ont aperçu le soleil de justice venu du ciel pour les éclairer de sa lumière. Salut à vous, l'honneur de tous les patriarches et de tous les prophètes, trompette éclatante du salut du monde. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles. Et c'est à juste titre que vous êtes bénie : car Dieu vous a bénie comme son tabernacle même, puisque, par un prodige admirable, vous avez porté dans votre sein celui en qui resplendit comme dans sa parfaite image la gloire du Père, Jésus-Christ homme et Dieu tout ensemble, réunissant en lui-même les deux natures. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qui avez renfermé dans votre sein virginal, sans souffrir de douleur, ce céleste trésor dans lequel sont recelés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. Vous êtes vraiment bénie, vous dont le sein maternel est comme une aire toute comble de froment, puisque vous avez produit ce fruit de bénédiction qui est le Christ, cet épi d'immortalité, qui sans avoir été semé ou cultivé a produit une si abondante récolte de fruits salutaires. Vous êtes vraiment bénie, vous qui entre toutes les mères avez été donnée pour mère à votre Créateur, tout en continuant d'ignorer ce qu’éprouvent naturellement toutes les mères ; vous dont la virginité parfaite n'a point été altérée par des douleurs telles que celles qu'une mère a coutume d'éprouver, le germe virginal que vous portiez dans votre sein garantissant de toute atteinte le sceau de votre chasteté. Vous êtes vraiment bénie, vous qui seule avez conçu p.207 fin p.208 début un fils sans commerce charnel avec aucun homme, et enfanté celui qui a créé les cieux, et en même temps donné à la terre par le miracle de votre virginité une gloire égale à celle des cieux eux-mêmes. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qui seule avez reçu la bénédiction que Dieu avait promise à Abraham, pour qu'elle découle de vous sur toutes les nations. Vous êtes vraiment bénie, vous qui seule pouvez vous dire la mère de cette semence bénie qui est Jésus-Christ notre Sauveur. Grâce à vous, les peuples peuvent s'écrier : Béni est celui qui vient au nom du Seigneur (Ps. CXVII, 26) ; et encore : Que le nom de sa majesté soit béni éternellement, et toute la terre sera remplie de sa gloire : qu'il en soit ainsi ; qu'il en soit ainsi (Ps. LXXI, 19). Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous que toutes les générations appellent bienheureuse (LUC, I, 28) ; vous que les rois honorent, que les princes vénèrent, que les riches d'entre le peuple supplient, que les vierges accompagnent en vous faisant cortège jusque dans le temple du roi. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qu'Isaïe, qui vous entrevoyait de ses yeux prophétiques, a nommée dans son langage mystérieux, tantôt prophétesse (ISAIE, VIII, 3) tantôt vierge (ibid., VII, 14), ici livre fermé avec un sceau (ibid., XXIX, 11), là une muraille (ibid., XXVI, 1), ailleurs, un lieu stable ou ferme (ibid., XXII, 23 et 25). Vous êtes vraiment bénie, vous qu'Ezéchiel a appelée aurore, et porte fermée (EZECH., XLIV, 2), par laquelle Dieu seul est entré, et qui est demeurée fermée pour tout autre. Vous seule êtes vraiment bénie, vous que Daniel, cet homme de désirs, s'est représenté comme une montagne (DAN., II, 34), et le sublime Habacuc (HABAC., III, 3), comme une montagne couronnée d'une riche forêt (La Bible des Septante porte : ?
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M. Jager, Sanctus de monte Pharan umbrose condenso). C'est vous aussi que le prophète-roi, votre aïeul, a désigné sous les noms de montagne de Dieu, de montagne grasse et fertile, de montagne enfin où il a plu à Dieu d'habiter (Ps. LXVII, 15 et 16). Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous que Zacharie, cet excellent observateur des choses divines, a vue sous l'emblème d'un chandelier d'or supportant sept lampes avec leurs tuyaux ou leurs tubes, c'est-à-dire enrichie des sept dons de l'Esprit-Saint (ZACH., IV, 2). Vous êtes vraiment bénie, vous qui, comme un nouveau paradis terrestre, contenez en vous-même Jésus-Christ votre Créateur, c'est-à-dire celui-là même qui a planté le paradis terrestre p.208 fin p.209 début (Gen., II, 8) ; Jésus-Christ, qui sortant de votre sein comme une source abondante, s'est partagé de là en quatre canaux, qui sont les quatre Evangiles, pour arroser de ses eaux vives la face entière de la terre. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles ; ce fruit dont Adam notre premier père n'aura qu’à se nourrir (Gen., III, 2), pour se guérir du poison qu'il n'a pu goûter sans en infecter en même temps sa race. Ce fruit, qui ôte au bois son amertume, qui procure au genre humain sa guérison, qui fait couler pour le vrai peuple de Dieu des sources abondantes dans le désert, qui change les eaux amères en eaux douces, qui fait pleuvoir du ciel un aliment d'un genre nouveau (Exod., XV, XVI et XVII). Béni est ce fruit, d'où découlent des fontaines d'eaux vives et qui rejaillissent jusque dans la vie éternelle (JEAN, IV, 14) : ce fruit, dont s'est formé le pain vivifiant du corps du Seigneur, ainsi que le breuvage d'immortalité qui nous est présenté dans l'Eucharistie. Béni est ce fruit, que toute langue préconise sur la terre, dans le ciel et dans les enfers : magnifique trio qui, par le nombre même dont il se compose, fait allusion aux trois personnes divines, en même temps que par son concert il rappelle l'unité de leur nature (En traduisant aussi exactement que possible ce dernier passage, nous ne prétendons pas le donner pour modèle d'exactitude théologique ni surtout de bon goût). "
2. S. IRENEE, adv. hæres., lib. III, c. 31
(al. 21) : " Si le premier Adam avait eu un homme pour père, et qu'il fût né de la semence de l'homme, alors on pourrait dire que Jésus, le second Adam, aurait pu naître de Joseph. Mais comme le premier Adam, quoique formé du limon de la terre, avait été créé par le Verbe de Dieu, il fallait que le second Adam, qui était la représentation spirituelle du premier, eût une procréation semblable à celui-ci, et fût créé également par le Verbe. Aussi Dieu, pour former le corps du Christ, ne s'est-il pas servi du limon de la terre ; mais il l'a pris dans le sein de la vierge Marie. Il fallait donc que la similitude fût en tout observée, et que la naissance de celui qui apportait le salut, fût semblable à la naissance de celui qui avait introduit le péché sur la terre. "
3. Le même, ibidem, c. 22 : " Eve se montra désobéissante, lorsqu'elle était vierge encore, bien qu'elle fût la compagne d'Adam. . . . ., et cette désobéissance d'Eve la rendit elle-même, comme tout le genre humain avec elle, sujette à la mort. Marie de même resta vierge quoiqu'elle eût un époux, et sa soumission p.209 fin p.210 début la volonté de Dieu devint le salut du genre humain, comme la désobéissance d'Eve avait causé sa perte. "
4. S. JEROME, Epist.XXII ad Eustochium de custodia virginitatis, c. 8 : " Un rejeton sortira de la racine de Jessé et une fleur s'élèvera de sa tige. La mère du Sauveur est ce rejeton, simple dans sa tige, pur et exempt de tout mélange ou de toute alliance avec d'autres rejetons, et fécondée uniquement par son union avec Dieu (Le texte latin porte : ad similitudinem Dei unione fecundâ. Pour explication de ce passage obscur et difficile, on peut consulter les commentateurs, et en particulier MARIANUS VICTORIUS, D. Hieronymi Stridoniensis Epist., in-fol., édit.
de Paris, 1578, col. 195. M. Collombet a lu, comme d’autres ont fait, unitate, au lieu de unione, et a traduit en conséquence : Fécond, dans son unité, à la manière de Dieu. - Œuvres choisies de saint Jérôme, t. Ier, p. 177).
La fleur sortie du rejeton ou de la tige, c'est Jésus-Christ, qui a dit de lui-même : Je suis la fleur des champs et le lis des vallées. Ailleurs il est appelé une pierre détachée d'une montagne sans main d'homme (DAN., II, 34) ; par là le prophète a voulu dire, qu'il naîtrait vierge d'une vierge. Car ce mot main est pris ici pour l'acte conjugal. " Ibidem, c. 9 : " Eve enfantait toujours dans les douleurs ; mais depuis qu'une vierge a conçu dans son sein, et qu'elle nous a enfanté un Fils, qui porte sur son épaule la marque de sa principauté, et qui est Dieu, le fort par excellence, le père du siècle à venir, cette malédiction a été levée. La mort nous est venue par Eve, la vie nous est venue par Marie. Aussi le don de la virginité a-t-il été accordé plus abondamment aux femmes, sans doute parce qu'une femme l'a fait valoir la première. "
5. INNOCENT III, Serm. II de assumptione Mariæ virginis : " Il fallait que, comme la mort est entrée dans le monde par une femme, la vie rentrât dans le monde par une femme ; et ainsi ce qui avait été entraîné à sa perte par Eve, a été rappelé au salut par Marie, afin que la vie nous revînt de là même, d'où la mort nous était venue. La première femme avait donné son consentement au démon, et avait mangé du fruit défendu, selon cette parole : Elle prit du fruit, en mangea, et en porta à son mari (Gen., III, 6) ; la nouvelle Eve a cru à la parole de l'ange, et elle a conçu le fils que l'ange lui avait promis, selon ces paroles : Vous allez concevoir et enfanter un fils. La première avait mangé un fruit dont l’effet a été la mort, suivant ce qui lui avait été annoncé : Le jour où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez (Gen., II, 17). La seconde a conçu un fils qui nous a apporté le p.210 fin p.211 début salut, suivant cette promesse qui lui avait été faite : Vous lui donnerez le nom de Jésus, parce qu'il sauvera son peuple en le délivrant de ses péchés (MATT., I, 21). Celle-là avait enfanté dans la douleur, suivant cette parole : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse ; vous enfanterez dans la douleur (Gen., III, 16). Celle-ci a enfanté dans la joie, selon cette autre parole : Je vous apporte une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie ; c'est qu'aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur (LUC, II, 10-11). La première avait été produite d'un homme seul, car le Seigneur Dieu, de la côte qu'il avait tirée d'Adam, forma la femme (Gen., II, 22), mais ensuite elle avait produit elle-même et des hommes et des femmes. La seconde a été produite d'un homme et d'une femme ; mais elle a produit un homme seulement ; car Dieu a fait paraître un prodige nouveau sur la terre, une femme a environné un homme en le renfermant dans ses entrailles (JEREM., XXXI, 22). L'une a reçu le nom d’Eva, l'autre s'est entendu saluer du mot Ave : Ave, lui dit l'ange, c'est-à-dire, je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous (LUC, I, 28). C'était comme s'il lui eût dit : Eva a été pleine de péché ; et vous, vous êtes pleine de grâce. Elle a été maudite entre toutes les femmes ; et vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Le fruit de ses entrailles a été le maudit Caïn et le fruit des vôtres sera cet enfant béni qui s'appellera Jésus (Il faut pardonner à l'esprit du temps où vivait le pape Innocent III ces jeux de mots fonds sur une anagramme puérile, et qu'on aurait raison de nos jours de trouver de mauvais goût. Nous dirons à peu près la même chose des antithèses suivantes ; mais ces passages n'en sont pas moins des témoignages de la tradition en faveur du culte de Marie). . . Marie est l'aurore qui se lève, belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille (Cant., VI, 9). La lune luit pendant la nuit, l'aurore au crépuscule, le soleil en plein jour. La nuit, c'est le péché ; le crépuscule, c'est la pénitence ; le jour, c'est la grâce. Que celui donc qui gémit dans la nuit du péché, regarde l'astre de la nuit ; qu'il invoque Marie, pour qu’elle-même par son Fils elle fasse le jour dans son cœur en y faisant naître la componction. Car, quel est celui qui l'a invoquée du milieu des ténèbres de la nuit, qui n'en ait été exaucé ? Elle est la mère du pur amour et de la sainte espérance (Ecclési., XXIV, 24). De même, que celui qui est au crépuscule, pour ainsi dire, de sa conversion, regarde l'étoile du matin (Le texte porte simplement : Respiciat auroram) ; qu'il invo- p.211 fin p.212 début que Marie, pour qu’elle-même par son Fils elle fasse davantage encore le jour dans son cœur, en lui faisant accomplir les œuvres satisfactoires de la pénitence. Car, qui est-ce qui l'a invoqué dévotement, qui n'en ait été exaucé ? Elle est la mère du pur amour et de la sainte espérance. Mais comme la vie de l'homme sur la terre est un combat (JOB, VII, 1), car il est vrai que le monde (I JEAN, V, 49) est sous l'empire du malin (Il est vraisemblable qu'Innocent III a lu le texte de Job comme s'il y avait : Malitia est hominis vita) ; comme la chair convoite contre l'esprit (Galat., V, 17), que nos yeux nous font perdre la vie (Lament., III, 51), que la mort entre en nous par nos sens comme par des fenêtres (JEREM., IX, 21) ; car nous avons à combattre non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les princes de ce siècle ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans l'air (Ephés., VI, 12), et le démon notre ennemi tourne autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (I PIERRE, V, 8) : que celui, quel qu'il soit, qui se sent pressé par quelqu'un de ces ennemis, n'importe que ce soit le démon, le monde ou la chair, tourne les yeux vers l'armée rangée en bataille, et qu'il invoque Marie, pour qu'elle-même par son Fils elle lui envoie du secours du sanctuaire ou elle réside avec son Fils, et qu'elle veille sur lui de la montagne de Sion (Ps. XIX, 2). "
6. S. BERNARD, Hom. II de laud. virginis matris super evangelium Missus est : " Eve, courez à Marie, c'est-à-dire : mère, courez à votre fille. Que la fille réponde pour la mère ; qu'elle ôte l'opprobre qui couvre sa mère ; qu'elle satisfasse à son père pour sa mère : car si l'homme est tombé par la femme, il ne doit être relevé que par la femme. Que disiez-vous, ô Adam ? La femme que sous m'avez donné ma présenté du fruit de l'arbre, et je l'ai mangé. Ce sont là des paroles de malice, plus propres à augmenter votre faute qu'à l'effacer. Toutefois la sagesse l'a emporté sur la malice (Ici encore se trouve, à ce qu'il me semble, un jeu de mots fonde sur le mot malitia (mis pour militia) dans le passage cité de Job, et sur ce même mot malitia mis pour maligno dans le passage cité de saint Jean) (Sagesse, VII, 30), lorsque Dieu a trouve dans le trésor de sa bonté inépuisable le motif de vous pardonner, qu'il avait inutilement essayé de tirer de vous-même par l'interrogation qu'il vous avait adressé. Car voici qu'une femme est substituée en présence de vous à une femme, mais une femme prudente à une insensée, une femme humble à une femme vaine ; à la place p.212 fin p.213 début du fruit de mort, elle vous présente le fruit de vie ; au lieu de ce fruit amer et vénéneux, c'est la douceur, c'est la vie éternelle qu'elle nous offre pour appât. Que vos paroles mensongères d'excuses se changent donc en paroles d’actions de grâces, et dites à votre Dieu : Seigneur, la femme que vous m'avez donnée m'a présenté du fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé, et ce fruit a été plus doux pour ma bouche que ne peut l'être le miel, et par son manger vous m'avez rendu la vie. Tel a été en effet le but de la mission de l'ange auprès de la Vierge. O Vierge admirable et digne de tout honneur, ô femme digne entre toutes d'être vénérée, digne par-dessus toutes d'être admirée, réparatrice de la faute de nos premiers parents, cause de la vie ou de la résurrection de leur postérité ! L'ange, nous dit l’Evangéliste, fut envoyé à une vierge. Oui, une vierge qui l'était d’esprit comme de corps et de profession, à une vierge telle que celle que nous décrit l'Apôtre (I Cor., VII, 34), c'est-à-dire sainte de corps et d’esprit ; à une vierge qui n'était pas nouvellement trouvée ni rencontrée par hasard, mais choisie de toute éternité, connu d'avance et prédestinée par le Très-Haut, tenue en réserve par les anges pour sa haute destination, préfigurée par les patriarches, promise par les prophètes. Lisez avec soin les Ecritures, et vous verrez la vérité de ce que je dis. Demandez-vous que je vous en rapporte ici des témoignages. Pour en citer seulement quelques exemples, quelle autre femme Dieu avait-il en vue, lorsqu'il disait au serpent (Gen., III, 13) : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme ? Et si vous doutez encore que ce soit de Marie qu'il voulait parler, écoutez les paroles suivantes : Elle te brisera la tête. A quelle femme cette victoire était-elle réservée, si ce n'est Marie ? Certes, elle a brisé la tête du serpent, celle qui a rendu impuissantes toutes les suggestions de l'esprit malin, en triomphant et du vice spirituel de l'orgueil, et des attraits charnels de la volupté. Quelle autre femme que Marie était admirée de Salomon, lorsque ce roi disait (Prov., XXXI, 10) : Qui trouvera une femme forte ? " Après avoir produit plusieurs autres témoignages, saint Bernard conclut ainsi : " Voyez-vous avec quel bel et parfait accord conspirent entre elles, et les actions admirables des saints, et leurs paroles mystérieuses. Voyez-vous tout ce que renferme de prodigieux ce miracle dont une vierge est l'objet et le sujet, que tant de miracles ont précédé, que tant de miracles ont promis ? C'est que tous les prophètes ont été animés d'un même esprit ; et quoique sous des figures et à des époques p.213 fin p.214 début différentes, c’est pourtant le même esprit qui leur inspirait les paroles comme leurs pensées. Ce que Moïse a entrevu dans le buisson ardent, Aaron dans sa verge qui avait fleuri, Gédéon dans la toison restée sèche au milieu de la rosée, puis trempée de rosée au milieu de la sécheresse, Salomon l'a vu clairement dans cette femme forte dont le prix lui paraissait inestimable, Jérémie plus clairement encore dans cette femme qui environnait un homme, Isaïe le plus clairement de tous dans la vierge concevant un Dieu. " S. Bernard dit à la fin de tout ce discours : " Disons quelque chose de ce nom de Marie, qui signifie étoile de la mer, et qui convient parfaitement à la Vierge mère. C'est avec beaucoup de justesse qu'on la compare à un astre ; car, de même qu'un astre darde ses rayons sans rien perdre de sa substance, de même la Vierge enfante son Fils sans que sa virginité en reçoive aucune atteinte, ni que le rayon ôte à l'astre son éclat, ni que le Fils ôte à la Vierge sa pureté. Elle est cette étoile célèbre sortie de Jacob (Nom., XXIV, 17), dont le rayon éclaire le monde entier, dont la splendeur remplit les cieux, pénètre les enfers, embrase la terre elle-même, moins toutefois les corps que les âmes, où elle excite les vertus et détruit les vices. Elle est, dis-je, cette étoile resplendissante et vraiment admirable, qui s'élève nécessairement au-dessus de cette grande et vaste mer, qui brille par ses bienfaits, éclaire par les traces qu'elle laisse après elle. O vous, qui que vous soyez, qui voguez sur la mer orageuse du monde, au milieu des bourrasques et des tempêtes, si vous ne voulez pas être englouti dans les flots, ne détournez pas les yeux de cette étoile. Quand les fureurs de la tentation se déchaîneront contre vous, quand vous serez environné de tribulations et d'écueils, regardez Marie, appelez Marie. Quand vous gémirez sous la tourmente de l'orgueil, de la médisance, de la jalousie, criez vers Marie ! . . . . . Si, accablé par l'énormité de vos crimes, confus des plaies hideuses de votre cœur, épouvanté par la crainte des châtiments, vous vous sentez enveloppé dans les nuages d'une sombre tristesse, prêt à tomber dans l'abîme qui s'ouvre sous vos pieds, appelez Marie, regardez Marie. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, appelez Marie, dites : Marie ! Que ce doux nom ne soit jamais loin de votre bouche, jamais loin de votre cœur ; et pour obtenir une part à la grâce qu'il renferme, n'oubliez pas les exemples qu'il vous rappelle. En suivant Marie, on ne s'égare point, on ne désespère point. Si vous lui tendez la main, elle vous soutiendra, elle vous protégera et vous ne chan- p.214 fin p.215 début cellerez point. Sous sa conduite, point de fatigue ; sous ses auspices, point de naufrage. Comprenez bien ce mot de Marie, et vous verrez pourquoi il est écrit : Et le nom de la vierge était Marie (Nous empruntons la traduction de la fin de ce témoignage de saint Bernard à la belle histoire que M. l’abbé Théodore Ratisbonne nous a donnée de la vie de ce saint, t. II, p. 140, 3e édition). "
8. S. AMBROISE, in I caput Lucæ : " Marie est appelée à bon droit seule pleine de grâce, parce qu'elle seule en a obtenu une si singulière que nulle autre créature n'a jamais mérité d'en avoir une semblable, qui est d'être remplie de l'auteur même de la grâce. "
9. S. BERNARD, Sermone nono ex parvis : " Jésus-Christ qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption (I Cor., I, 30), en venant vers nous du sein de son père, s'est bâti une maison, et cette maison, c'est sa mère la vierge Marie : dans cette maison il a taillé sept colonnes. Qu'est-ce à dire y tailler sept colonnes, sinon s'en faire une demeure digne de lui par la foi et par les œuvres ? En effet, comme le nombre sept se partage en un ternaire et un quaternaire, le ternaire qui rappelle la sainte Trinité se rapporte à la foi, et le quaternaire qui rappelle les quatre vertus cardinales se rapporte à la morale. Que la sainte Trinité ait toute entière faite sa demeure dans la bienheureuse Marie par sa vertu sanctifiante, bien qu'il n'y ait que le Fils qui y ait pris la nature humaine, c'est ce que nous atteste le messager céleste par ces paroles qui nous révèlent tout le mystère : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; comme aussi par les paroles suivantes : l'Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Ici vous sont indiqués et le Seigneur, et la Vertu du Très-Haut, et l'Esprit-Saint, c'est-à-dire le Père, le Fils et le Saint- Esprit. " Un peu plus loin, le saint docteur ajoute : " Il est bon d'examiner de même si elle possédait les quatre vertus cardinales, qui feront les quatre autres des ces colonnes. Voyons d'abord si elle était douée de force. Mais comment n'était-elle pas douée de cette vertu, elle qui, foulant aux pieds les pompes du siècle, et dédaignant les plaisirs de la chair, avait pris pour résolution de vivre pour Dieu seul dans son état de virginité ? C'est cette Vierge, si je ne me trompe, que Salomon avait en vue, quand il disait : Qui trouvera une femme forte ?
p.215 fin p.216 début Aussi a-t-elle eu la force de briser la tête du serpent, comme Dieu l'avait déclaré au serpent lui-même : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne, et elle te brisera la tête. Ensuite, qu'elle fût douée de tempérance, de prudence et de justice, c'est ce qui nous est montré plus clair que le jour par l'entretien de l'ange avec elle et par les réponses qu'elle lui fît elle-même.
. . Telle a donc été la bienheureuse vierge Marie : forte dans sa résolution, tempérante dans son silence, prudente dans son interrogation, juste dans la confession qu'elle fît. "
11. S. JEROME, lib. adversùs Helvidiuim, prouve la virginité perpétuelle de Marie, et réfute ex professo les arguments qu'on y oppose.
12. Le même, Apolog. ad Pammach. pro libris ad
Jovinianum, c. 8 : " Le Christ est toujours demeuré vierge, et il a voulu avoir une mère vierge ; vierge, dis-je, en même temps que mère. Car Jésus est entre les portes fermées, et, dans son sépulcre nouveau et creusé dans un dur rocher, personne n'a été placé avant lui, personne n'a été placé depuis lui. C'est un jardin fermé, c'est une fontaine scellée : et de cette fontaine a coulé, comme le dit le prophète Joël (JOEL, III, 18), un fleuve qui remplira le torrent des liens ou des épines (Le mot hébreu Sittim ????, signifie tantôt cordes ou liens et tantôt épines. Les Septante, dans le passage cité de Joël, ont rendu ce mot par ???????, qui signifie cordages ou liens, funium ; Symmaque l'a rendu par le mot ???????, qui signifie ?pines, spinarum ; d'autres enfin en ont fait un nom propre, et ont mis simplement Sittim ou Cethin) : des liens, c'est-à-dire des péchés dans lesquels nous étions retenus ; des épines, savoir de ces épines qui étouffent la semence du père de famille. C'est là cette porte orientale, dont parle Ezéchiel (EZECH., XLIII, XLIV et XLVI), cette porte toujours fermée et brillante, qui donne entrée ou issue au Saint des saints, et par laquelle entre et sort le soleil de justice, notre pontife selon l'ordre de Melchisédech. Que mes adversaires me disent comment Jésus est entré les portos étant fermées, lorsqu'il offrit ses mains à palper, son côté à examiner, ses os et sa chair à voir et à toucher, afin qu'on ne prit pas pour un fantôme son corps réellement ressuscité ; et je dirai à mon tour comment sainte Marie est en même temps mère et vierge ; vierge après l'enfantement, mère avant tout commerce charnel. Ainsi, comme nous l'avons dit d'abord, Jésus-Christ vierge, et Marie p.216 fin p.217 début vierge, ont pris l'initiative de la virginité chacun pour son sexe respectif. "
13. S. AUGUSTIN, lib. de naturâ et gratiâ, c. 36, " excepte formellement la sainte Vierge, qu'il ne prétend nullement, pour l'honneur qui est dû à Jésus-Christ, comprendre dans les questions où il s'agit de péchés ; aucun de nous ne sachant la mesure de la grâce qui lui a été donnée pour surmonter en toute manière le péché, elle qui a mérité de concevoir et d'enfanter celui qui certainement n'a jamais eu de péché. Tous les autres saints et toutes les autres saintes, excepté cette vierge, nous répondraient si nous pouvions les interroger, par ces paroles de l'apôtre saint Jean (I JEAN, I, 8) : Si nous disons que nous n'avons point péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. "
14. Le concile de Trente, Sess. V, Decret de peccato originali : " Le saint concile déclare que dans ce décret, qui regarde le péché originel, son intention n'est point de comprendre la bienheureuse et immaculée vierge Marie, mère de Dieu, mais qu'il entend qu'à ce sujet les constitutions du pape Sixte IV, d'heureuse mémoire, soient observées sous les peines qui y sont portées, et qu'il renouvelle. " (Voir au tome dern. de cet ouvrage, appendice, chap. II.)
15. Le même concile, Sess. VI, can. 23 :
" Si quelqu'un dit qu'un homme une fois justifié ne peut plus pécher, ni perdre la grâce, et qu'ainsi, lorsque quelqu'un tombe et pèche, c'est une marque qu'il n'a jamais été véritablement justifié ; ou, au contraire, qu'un homme justifié peut pendant toute sa vie éviter toutes sortes de péchés, même les véniels ; à moins qu'on ne suppose un privilège tout particulier reçu de Dieu, comme l’Eglise l'enseigne de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème. "
16. S. EPHREM, Orat. de laudibus sanctissimæ
Dei matris : " O très-sainte, très-pure, et très-immaculée vierge Marie, mère de Dieu, reine des anges et des hommes, l'espérance des désespérés, notre très-bonne et très-puissante dame ; plus élevée que tous les citoyens du ciel, plus pure que les rayons du soleil, plus glorieuse que les chérubins, plus éclairée que tous les esprits angéliques, plus sainte que les séraphins, et plus brillante incomparablement que tous les habitants de l'empyrée ; l'unique désir des anciens pères, la gloire des prophètes, l'illustration des apôtres, l'honneur des martyrs, la joie de tous les saints, la lumière des saints patriarches Abraham, Isaac et Jacob ; la splendeur de p.217 fin p.218 début Moïse et d'Aaron, et la toison de Gédéon, l'encensoir d'or, la lampe très-claire et très-lumineuse, vaisseau très-précieux qui contient en soi la manne du ciel ; la divine table de la loi, qui s'y lit écrite de la main de Dieu ; la véritable arche d'alliance ; grande princesse, pleine d'une sagesse et d'une prudence toute céleste ; vierge revêtue du soleil ; très-sainte consolatrice et très-sacrée conductrice de tous ceux qui gémissent dans les misères et les ténèbres de cette vallée de larmes. O buisson ardent, qui brûle toujours sans se consumer ! O verge d'Aaron, toujours verte et fleurissante ! O vierge qui avez enfanté un homme-Dieu, vierge avant l'enfantement, vierge dans l'enfantement et vierge après l'enfantement. C'est par vous que nous avons été réconciliés avec notre Dieu et notre Sauveur, votre Fils très-béni. Vous êtes la ressource des pécheurs et de ceux qui n'ont plus de ressource. Vous êtes le port très-assuré de ceux qui font naufrage ; vous êtes la grande consolation du monde entier ; vous êtes la mère des orphelins, la rédemption des captifs, le soulagement des malades, la consolation des personnes désolées et le salut de tous ; vous êtes l'appui et la confiance des religieux et des solitaires, et l’espérance des séculiers ; vous êtes la gloire, la couronne et la jubilation des vierges ; vous êtes la joie de tout le monde. O Vierge très-honorable, très pure et très-chaste ! O souveraine dominatrice ! O princesse des princesses ! O reine très-puissante ! Vous remplissez les cœurs de ceux qui vous aiment d'une allégresse inconcevable. O très-sainte mère de Dieu ! mettez-nous sous votre sainte protection, recevez-nous et nous gardez sous les ailes de votre piété et de votre miséricorde. C'est en vous que nous mettons toute notre confiance, ô vierge sacrée ! Nous voici prosternés à vos pieds, vous suppliant très-humblement d'agir tellement auprès de votre Fils, qu'il ne nous fasse pas sentir la rigueur de sa colère que nous avons méritée par nos péchés. "
" Eclairez mon esprit, ô pleine de grâce !
remplissez ma bouche de la douceur de vos louanges, conduisez ma langue et mes lèvres afin que je chante vos perfections avec joie et allégresse ; permettez-moi, vierge très-sacrée, de vous saluer avec l'archange saint Gabriel, et de vous dire : Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; je vous salue, la plus heureuse de toutes les femmes ; je vous salue, étoile très-brillante qui avez enfanté le soleil éternel ; je vous salue, lumière très-éclatante, vierge et mère tout ensemble ; je vous salue, mère du souverain monarque du ciel et de la terre ; je vous salue, grande princesse, qui êtes élevée au- p.218 fin p.219 début dessus de tout ce qui n'est pas Dieu ; je vous salue, cantique des séraphins et des chérubins, et hymne des anges ; je vous salue, la paix, la consolation et le salut du genre humain ; je vous salue, l'ornement des anciens pères, l'attente des prophètes, la beauté des martyrs, et la couronne de tous les saints ; je vous salue, la gloire des âmes pieuses, la dévotion des solitaires, l'ornement le plus magnifique des célestes hiérarchies ;
je vous salue, le très-digne sujet des louanges et des panégyriques de tous les orateurs ; je vous salue, la plus grande merveille qui ait jamais été vue dans la vaste étendue du monde ; je vous salue, le bonheur de ceux qui sont encore sur la terre ; je vous salue, paradis de délices et d'immortalité ; je vous salue, arbre de vie, de joie, de contentement et de sainteté ; je vous salue, lis des vallées, rempart des fidèles et salut du monde ;
je vous salue, port assuré où l'on est couvert de la fureur des tempêtes du ce monde ; je vous salue, main très-puissante, qui retirez de l'abîme des péchés ceux qui implorent votre secours ; je vous salue, force et protection des âmes qui sont en danger de se perdre ; je vous salue, mère de notre premier père, à qui vous avez rendu la vie, en le délivrant de la mort éternelle. Oui, grande reine, Adam, ce fameux criminel, vous est redevable de sa résurrection spirituelle, et c'est le premier de vos miracles. Je vous salue, douce et vraie liberté des enfants de Dieu ; je vous salue, mère de tous les hommes ; je vous salue, source des vraies consolations et fontaine de toutes les grâces, qui avez le pouvoir d'en remplir le ciel et la terre ; je vous salue, refuge des pécheurs ; je vous salue, mère très-compatissante, qui soulagez avec tant de bonté ceux qui sont las et fatigué ; je vous salue, l'unique espérance, l'unique confiance et l'unique consolation de tous vos serviteurs ; je vous salue, trône glorieux ; je vous salue, le soutien et la défense de ceux qui se convertissent à Dieu ; je vous salue, très-douce médiatrice entre Dieu et les hommes ; je vous salue, la gloire et la joie de tous les prêtres ; je vous salue, la clé du royaume céleste ; je vous salue, le salut très-assuré de tous les chrétiens qui ont recours vous de cœur et d'affection. "
" Par les prières de la mère de Dieu toujours vierge, de toute l'armée céleste, de la troupe des anges, des chérubins, des séraphins, des prophètes, des martyrs, des saints pontifes, des âmes dévotes, par les supplications que vous adressent en un mot tous les bienheureux, ayez pitié de vos créatures, ô Dieu très-clément. Au jour du jugement, placez à votre droite vos humbles p.219 fin p.220 début serviteurs. Seigneur, auteur de la vie, n'ayez pas égard à ce que nous, pauvres mortels, nous avons pu faire de contraire à votre loi ; mais ayez plutôt égard votre bonté et à votre miséricorde infinie. Ainsi soit-il. "
17. Le même, Orat. ad sanctissimæ Dei genitricem
: " Vierge immaculée, sans tache, sans souillure, épouse de Dieu, notre maîtresse, unique espérance des désespérés, appui des opprimés, ressource assurée pour tous ceux qui ont recours à vous, refuge en un mot de tous les chrétiens : accueillez ma prière, toute mêlée qu'elle est d'imperfections, toute proférée qu'elle est par des lèvres indignes, et suppliez pour moi, avec cette générosité maternelle qui vous distingue, votre Fils qui est mon maître et mon Dieu, pour qu'il m'ouvre lui-même les entrailles si tendres de sa miséricorde, qu'il tourne mon cœur vers la pénitence, en me pardonnant mes innombrables péchés, et qu'il m'accorde la grâce d'accomplir avec exactitude tous ses commandements. Soyez-moi toujours favorable, vierge miséricordieuse, pleine de clémence et de bonté ;
soyez ici-bas ma zélée protectrice et auxiliatrice, en détournant de moi les coups que voudraient me porter mes ennemis, en me servant de guide dans la voie du salut, en venant au secours de ma pauvre âme dans le dernier moment de ma vie, et en la mettant à l'abri des regards ténébreux des démons de l’enfer, en me préservant, du jour terrible du jugement, de l’éternelle damnation, et en me faisant entrer enfin en participation de l’héritage de votre divin Fils. Puissé-je obtenir cette grâce par votre intercession et votre faveur, ô ma très-sainte maîtresse, mère de Dieu, et par un effet de la miséricorde et de la clémence de votre Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, à qui appartient toute gloire, tout honneur et toute vénération, conjointement avec son Père éternel, et avec l'Esprit-Saint auteur de la vie, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi-soit-il. "
18. Le même, in Threno seu lamentatione sanctissimæ
Dei genetricis, quæ dicitur sancta et magna Parasceve : " O mère immaculée et bénie de notre Dieu souverain, vierge pure et sans tache, très-innocente et très-sainte, nous vous louons, nous vous bénissons, pleine de grâce, vous qui avez mis au monde Jésus-Christ ; tous nous nous prosternons à vos pieds, tous nous vous adressons nos prières. Vierge inviolable, délivrez-nous de toutes les tentations du démon. Soyez notre médiatrice et notre avocate a l'heure du jugement ; préservez-nous du feu venir et des té- p.220 fin p.221 début nébres éternelles ; gloire de votre fils, soyez-nous propice. Vous êtes l'espérance des chrétiens auprès de Dieu, à qui appartient tout honneur dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. "
20. S. GREGOIRE de Nazianze, Orat. XVIII, quæ est in laudem S. Cypriani martyris : " II y avait une vierge d'une illustre naissance et d'une conduite irréprochable. Le grand Cyprien fut épris d'amour pour elle, et il livrait des assauts à sa chasteté : pour la faire succomber, il a recours non à quelqu'une de ces vieilles femmes qui ont la routine de ces sortes de métiers, mais à un de ces démons qui recherchent passionnément les corps et les voluptés. Mais la vierge n'eut pas plus tôt aperçu le danger et entrevu le piège, que désespérant de tout autre remède, elle se rejette a Dieu, et prend pour son époux et tout à la fois pour son protecteur et son défenseur contre l'amour impur, celui qui avait sauvé Suzanne de la mort, aussi bien que des poursuites d'infâmes vieillards ; et qui avait défendu Thècle contre le tyran qui la recherchait, et contre son père, autre tyran plus à craindre encore. Qui donc enfin ? Jésus-Christ celui qui parle avec menaces à l'esprit impur (LUC, IX, 43), qui retire du fond de l'abîme ceux qui vont y être submergés (MATT., XIV, 30-31), qui traverse la mer à pied sec, qui noie dans les eaux des légions entières de démons, etc. Pleine de ces souvenirs et de bien d'autres encore, et s'adressant avec une humble ferveur à la vierge Marie pour obtenir de son intercession quelque secours dans son danger, elle se fortifie en outre par le jeûne et les macérations, tant pour diminuer l'état de sa beauté qui aurait pu lui devenir funeste, et pour éteindre ainsi la flamme impure en lui ôtant son aliment, que pour se rendre Dieu propice et favorable en s'affligeant en sa présence. Car rien n'est plus propre à apaiser Dieu que les mortifications corporelles, et les larmes ont pour effet ordinaire d'attirer sa miséricorde. La vierge remporte la victoire, et le démon confesse sa défaite à celui qui l'avait appelé à son aide ; a partir de ce moment, celui-ci n'eut pour le tentateur que du mépris après la preuve qu'il avait acquise de son impuissance. "
21. Le même, in tragædiâ quæ inscribitur Christus patiens : cet autre passage va être rapporté à la question qui vient après celle-ci, témoignage 5.
22. S. FULGENCE, Serm. de laudibus Mariæ ex partu
Salvatoris. Ce p.221 fin p.222 début passage a été rapporté plus haut à la question XV, témoignage 7, page 201.
23. S. ANSELME, archevêque de Cantorbéry, lib. de excellentiâ gloriosissimæ virginis Mariæ, c. 12 : " Nous vous prions, ô notre maîtresse, par cette grâce que le Dieu infiniment bon et tout puissant vous a faite de vous élever au point de vous rendre tout possible avec son concours, de nous obtenir de sa bonté, que la plénitude de grâce que vous avez méritée agisse en vous, de manière à nous faire entrer un jour en participation de ses récompenses. Car si notre Dieu s'est fait notre frère en se faisant votre fils, c'est pour nous rendre participants de sa divinité, comme il s'est rendu lui-même participant de notre humanité. Veuillez donc donner vos soins, ô notre bonne maîtresse, à ce que nous éprouvions les effets de cette bonté qui a porté notre Dieu à se faire homme en prenant un corps dans votre chaste sein : montrez-vous facile à nous exaucer, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils infiniment miséricordieux, est tout disposé à tout accorder à vos demandes. Il vous suffira de vouloir que nous soyons sauvés, pour que nous soyons assurés de notre salut. Comment vos entrailles pourraient-elles se resserrer à notre égard, au point de ne vouloir pas nous sauver ? Assurément notre Dieu est notre miséricorde, comme le prophète nous l'assure (Ps.
LVIII et CXLIII) ; et vous, sans aucun doute, vous êtes la mère de ce même Dieu. Si donc vous qui êtes la mère de Dieu, et en cette qualité la mère de grâce et de miséricorde, vous nous refusez l'effet de cette miséricorde, dont vous êtes devenue si admirablement la mère, que ferons-nous, lorsque votre fils viendra nous juger tous avec une souveraine équité ? Venez donc à notre secours, bonne maîtresse, et sans considérer la multitude de nos péchés, daignez vouloir seulement avoir pitié de nous. Souvenez-vous et rappelez à votre mémoire, que notre créateur s'est fait homme dans votre sein, non pour nous damner, mais pour nous sauver. Pourquoi donc refuseriez-vous de nous secourir, tout misérables pécheurs que nous sommes, puisque c'est pour nous que vous avez été élevée à ce point de grandeur, que toute créature vous regarde et vous vénère comme sa maîtresse. Depuis l'origine du christianisme jusqu’à nos jours, vous avez prêté votre secours à tous ceux qui se sont mis sous votre protection, et par là vous avez méritée d'être proclamée digne de toute louange au-dessus de toutes les créatures. Venez donc aussi notre secours, comme nous vous en conjurons, afin que la louange que vous avez acquise pendant p.222 fin p.223 début tant de siècles, d'avoir sauvé le monde de sa perte, continue à vous être toujours décerné.
C'est donc vous que nous nous recommandons, afin que vous nous empêchiez de périr : faites plutôt, que notre salut s'assure de jour en jour, et que notre vie soit tout entière consacrée au service de votre Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ. "
24. S. BERNARD, Serm. II Dominicæ primæ post octavas Epiphaniæ : " Combien de fois, mes frères témoin de vos plaintes touchantes, n'ai-je pas besoin d'implorer la Mère de miséricorde pour qu'elle représenté à son bon Fils que vous n'avez pas de vin ! Et soyez assurés, mes très-chers frères, que se rendant à nos pieuses importunités, elle ne refusera pas de nous assister dans notre besoin : car elle est miséricordieuse, et même elle est la mère de la miséricorde. Si, sans attendre d'en être priée, elle a eu compassion de ceux qui l'avaient invitée à leurs noces, elle aura à bien plus forte raison compassion de nous, si nous l'invoquons avec piété. Car nos noces à nous sont celles qui lui plaisent le plus, et elles l’intéressent bien davantage, puisque c'est de son sein, comme d'un lit nuptial, qu'est sorti Jésus-Christ, l'époux de nos âmes. "
25. Le même, Serm. I in Assumpt. beatæ
Mariæ : " Notre Reine nous a montré le chemin ; elle est arrivé avant nous, et sa réception a été glorieuse, que nous devons nous mettre avec toute confiance à sa suite en criant vers elle : Entraînez-nous après vous ; nous courons à l'odeur de vos parfums (Cant., I, 3). De ce lieu de pèlerinage où nous sommes, nous avons dépêché devant nous notre avocate, qui, en sa double qualité de Mère de notre Juge et de Mère de miséricorde, plaidera instamment et efficacement l'affaire de notre salut. Ainsi, Vierge bienheureuse, vous aussi, en vous élevant en haut, vous ferez descendre des dons sur les hommes. Et pourquoi ne nous en ferait-elle pas descendre, puisqu'il ne lui manque pour le faire, ni le pouvoir, ni la volonté ? Elle est Reine du ciel ; elle est pleine de miséricorde ; enfin elle est la Mère du Fils unique de Dieu. Quels titres comme ceux-là pour nous donner une haute idée de sa bonté et de sa puissance ! A moins peut-être qu'on ne refuse de croire que le Fils de Dieu à des égards pour sa Mère, ou qu'on n'aime mieux révoquer en doute qu'il n'y ait que de la charité dans des entrailles, où la charité elle-même engendrée de Dieu a séjourné corporellement pendant neuf mois. "