Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 25)
26. Le même, Serm. IV in eâdem solemnitate
: " Vierge bienheureuse ! que celui-là, s'il existe, se taise sur votre miséricorde qui se rappelle, qu'invoquée par lui, vous lui avez manqué dans p.223 fin p.224 début son besoin. Pour nous, qui nous glorifions d'être vos serviteurs, si c'est vous que nous félicitons pour toutes vos autres vertus, pour celle-ci nous nous en félicitons nous-mêmes. Nous louons votre virginité, nous admirons votre humilité ; mais la miséricorde a pour des misérables une saveur toute particulière : c'est votre miséricorde que nous affectionnons surtout ; c'est elle qui revient le plus souvent à notre souvenir, et que nous invoquons le plus fréquemment. Car c'est cette miséricorde qui a obtenu la rédemption du monde entier, qui a plaidé heureusement le salut de tous. Comment douter que vous ayez été occupée du salut du genre humain, après ces paroles qu'on vous a dites : Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce ? Et quelle grâce avez-vous trouvée, sinon celle que vous cherchiez ? Quel est, ô Vierge bénie, l'homme qui pourrait mesurer les dimensions de votre miséricorde, en longueur, largeur, hauteur et profondeur ? Sa longueur s'étend jusqu'a la fin des siècles pour ceux qui voudront seulement l'invoquer. Sa largeur est égale à celle de la terre ; car c'est de votre miséricorde aussi qu'on peut dire que toute la terre en est remplie. Sa hauteur s’élève jusqu'au ciel même, où elle a restauré la cité d'en-haut ; et sa profondeur va jusqu'aux abîmes, où elle a obtenu la rédemption de ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Grace à vous, en effet, le ciel est rempli d'habitants, l'enfer est laissé désert, la céleste Jérusalem a été relevée de ses ruines, et les malheureux enfants d'Adam ont retrouvé la vie qu'ils avaient perdue. Ainsi votre charité aussi puissante qu'elle est tendre, aussi tendre qu'elle est puissante, a compati à nos maux et y a subvenu avec une égale prodigalité de sentiments et d'effets. Que nos âmes altérées s'empressent donc autour de cette fontaine ; que notre indigence ne tarde pas d’aller puiser à ce trésor. Faites connaître au monde la grâce que vous avez trouvée devant Dieu, en obtenant pour les coupables, par vos saintes prières, le pardon de leurs crimes, pour les malades la guérison de leurs main, pour les pusillanimes la force et le courage, pour les affligés la consolation, pour ceux qui sont en danger le secours et la délivrance. Dans ce jour de fête et d’allégresse, puisse votre intercession, ô noire bonne Reine, nous valoir, à nous vos sujets, qui invoquons votre nom si doux et si grand de Marie, les grâces et les faveurs de votre Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui est Dieu au-dessus de tout, et béni dans tous les siècles (Rom., IX, 5). "
27. S. JEAN Damascène, Orat. I de nativitate
B. Mariæ : " Je p.224 fin p.225 début vous salue, Marie, doux gage de l'amour d'Anne et de Joachim. C'est avec raison que toutes les générations vous proclament bienheureuse ; car nous voyons en vous le plus bel ornement du genre humain. Vous êtes la gloire des prêtres, l'espérance des chrétiens, la fleur des vierges, et tout à la fois une semence féconde de virginité. Grâce à vous, en effet, cette belle plante de la virginité s'est multipliée en tous lieux. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles. Bénis sont ceux qui vous reconnaissent pour Mère de Dieu ; maudits, ceux qui vous dénient cette qualité. O fille et maîtresse tout à la fois de Joachim et d'Anne, accueillez la prière d'un pécheur qui vous aime ardemment, qui vous honore, qui met en vous toute son espérance comme en celle qui me rendra la vie, en me réconciliant avec votre Fils, et m'assurera par là mon salut. Déchargez-moi du fardeau de mes péchés, dissipez les ténèbres qui me tiennent dans l'aveuglement, dégagez-moi de ces affections grossières qui m'attachent encore à la terre. Réprimez les tentations qui m'assaillent, faites-moi mener une vie sainte, et parvenir, en marchant sur vos traces, à la céleste félicité. Par l'intercession aussi de vos parents, par les prières de l’Eglise entière, procurez la paix au monde, une joie parfaite et le salut éternel à tous les religieux habitants de cette cité. Qu'il en soit ainsi, oui, qu'il en soit ainsi. Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles Jésus-Christ Fils de Dieu. "
28. Le même, in carminibus ad Virginem :
" Tant que j'espérerai en vous, ô sainte Mère de Dieu, je serai assuré de mon salut ; tant que vous veillerez à ma défense, je n'aurai rien à craindre : je poursuivrai mes ennemis et les mettrai en fuite, en me couvrant de votre protection comme d'une cuirasse, et en invoquant à mon aide votre secours tout-puissant. Je crie vers vous : O ma maîtresse, sauvez-moi par le crédit de votre intercession. O glorieuse Marie, toujours vierge, Mère de Jésus-Christ notre Dieu, présentez nos prières à votre divin Fils, pour qu'en votre considération il sauve nos âmes. . . Bienheureuse Mère de Dieu, ouvrez-nous l'entrée de la miséricorde ; ne laissez pas s'égarer et se perdre ceux qui espèrent en vous. Obtenez-nous notre délivrance de toute espèce de maux ; car vous êtes le salut du genre humain. . . Reconnaissant la multitude de mes péchés et désirant mon salut, j'ai recours à vous, sainte Mère de Dieu ; visitez mon âme qui est malade, et demandez à votre divin Fils p.225 fin p.226 début qu'il m'accorde le pardon de tout le mal que j'ai fait ; vous seule êtes sainte ; vous seule êtes bénie. . Mère de lumière, je remets en vous toute mon espérance ; abritez-moi sous votre protection. "
Question XIX
TEMOIGNAGE DES PERES A L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE MARIE.
1. S. IRENEE, adv. Hæreses lib. V, c. 19
: " De même qu'Eve, se laissant séduire par la parole de l'ange tentateur, désobéit à Dieu et chercha à fuir sa présence ; de même la vierge Marie, cédant aux paroles de l'ange Gabriel, a obéit à Dieu, et par sa soumission est devenue l'avocate d'Eve, vierge elle-même. Et de même que le genre humain avait perdu sa liberté par la faute d'une vierge, ainsi l'a-t-il recouvré par l'obéissance d'une autre vierge, l'obéissance de l'une faisant comme le contrepoids de la désobéissance de l'autre. "
2. S. CHRYSOSTOME, dans sa liturgie : " Comme il est vraiment convenable et juste de vous glorifier en votre qualité de mère de Dieu, toujours sainte et sans tache, plus digne d'honneur que les chérubins, et incomparablement plus élevée en gloire que les séraphins, vous qui avez enfanté Dieu même, sans que votre virginité en ait souffert d'atteinte ; ainsi nous vous glorifions, sainte mère de Dieu. Nous vous saluons, Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles, puisque vous avez mis au monde le Sauveur de nos âmes. "
3. S. AMBROISE, lib. II de Virginibus : " Représentons-nous, comme dans un tableau, la virginité et la vie de la bienheureuse vierge Marie, en qui brille, comme dans un miroir, l'image parfaite de la chasteté et de la vertu. Quoi de plus noble que la mère de Dieu ? Quoi de plus glorieux que celle que la gloire même a choisie ? Quoi de plus chaste que cette Vierge qui a enfanté sans corruption ? Telle a été la vertu de Marie, que sa vie peut servir à toutes les autres de modèle. "
4. S. ATHANASE, in Evangelium de sanctâ nostrâ
Deiparâ : " Puisque celui qui est né de la Vierge est Roi, et Seigneur, et Dieu, la mère qui l'a mis au monde est qualifiée, avec toute vérité, de reine, de maîtresse et de mère de Dieu. Cette nouvelle Eve est appelée la mère de la vie, et elle s'offre à notre admiration comme les prémices de cette vie immortelle qui doit être le partage de tous les vivants. C'est pourquoi nous la proclamons et nous mettons notre joie à la proclamer toujours, et en toute ma- p.226 fin p.227 début nière, bienheureuse. Nous crions vers vous, Vierge sainte ; ne nous effacez pas de votre mémoire, ô vous qui êtes demeurée vierge même après l'enfantement. Nous vous saluons, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; toutes les hiérarchies célestes et terrestres vous disent bienheureuse. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles. Intercédez pour nous, ô notre maîtresse, ô notre princesse, ô notre reine, ô mère de Dieu. "
5. S. GREGOIRE de Nazianze, in tragædiâ, in Christus patiens : " O mère trois fois heureuse, ô gloire des vierges, vous qui habitez le temple resplendissant du ciel, après avoir échangé les haillons de la mortalité pour la robe brillante de l'immortalité, prêtez de là-haut une oreille favorable à mes paroles, et daignez accueillir ma prière. "
6. S. AUGUSTIN, Serm. II de Annuntiat. Domini :
" Sainte Marie, soulagez notre misère, aidez notre faiblesse, essuyez nos larmes, priez pour le peuple, intercédez pour le clergé, soyez l'avocate du sexe dévot ; que tous ceux qui célèbrent votre mémoire, éprouvent les effets de votre protection. "
7. S. FULGENCE, Serm. de laudibus Mariæ :
" Marie est comme la fenêtre à travers laquelle Dieu a fait pénétrer la vraie lumière parmi les hommes. Elle est comme l'échelle du ciel, puisque c'est par elle que Dieu est descendu sur la terre, afin que par elle aussi les hommes puissent s’élever jusqu'aux cieux. Marie est devenue la restauratrice de son sexe, puisque c'est par elle que son sexe s'est relevé de la ruine qu'il avait encourue par suite de la malédiction des temps anciens. "
8. S. BERNARD, Serm. II de Adventu : " La Vierge est la voie royale par laquelle le Sauveur est venu dans ce monde, après être sorti de son sein comme un époux de son lit nuptial. . . . O femme bénie entre toutes les femmes, inventrice de la grâce, cause de notre vie, mère de notre salut, puissions-nous avoir accès par vous auprès de votre fils, afin que, comme il nous a été donné par votre entremise, par votre entremise aussi il nous reçoive en grâce. " p.227 fin p.228 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
2. S. CHRYSOSTOME, dans la liturgie qui porte son nom
; c'est ce que nous venons d'en rapporter, et de plus ce qui en a été rapporté auparavant, question XV, témoignage 1, page 194.
3. S. AMBROISE, lib. II de Virginibus : " Vierges pudiques à qui je m'adresse, ayez sans cesse représentées devant vos yeux, comme dans un tableau, la virginité et la vie entière de Marie, en qui resplendit, comme dans un miroir, la parfaite image de la chasteté et de la vertu. Les exemples que vous trouverez en elles vous diront aussitôt ce que vous avez à corriger en vous-mêmes, quels sont les vices à éviter, quelles sont les vertus p.228 fin p.229 début à pratiquer. Un premier motif de la prendre pour votre maîtresse est la noblesse de sa personne. Quoi de plus noble que la mère de Dieu ? Quoi de plus glorieux, que celle que la gloire a choisie ? Qui de plus chaste qu'une vierge qui a enfanté sans commerce charnel ? Et que n'aurais-je pas à dire de ses autres vertus ? Elle n’était pas vierge seulement de corps, mais elle l'était aussi d'affection, et la conduite entière de sa vie n'était que l'expression sincère de ses sentiments. Humble de cœur, grave dans son langage, prudente dans ses desseins, elle lisait beaucoup et parlait peu. Elle mettait sa confiance, non dans des richesses certaines, mais dans cette prière du pauvre que Dieu écoute toujours. Occupée de son travail, et réservée dans ses discours, elle cherchait, non à être estimée des hommes, mais à être approuvée de Dieu. Attentive à n'offenser personne, bienveillante indistinctement pour tout le monde, pleine de déférence pour les personnes âgées, de prévenance pour celles de son âge, elle fuyait la vanité, suivait en tout la raison, s'attachait à la vertu de préférence à tout le reste. Quand la vit-on offenser ses parents même par l'air du visage ? ou se diviser d'avec ses proches ? ou mépriser les gens de basse condition ? ou insulter au faible ? ou éviter la rencontre de l'indigent ? Elle ne se trouvait parmi les hommes qu'autant que la charité lui en faisait un devoir, et que la pudeur ne pouvait en être blessée. Ses regards n'avaient rien de lubrique, ses paroles n'avaient rien de déplacées, tous ses actes n'avaient rien que de modeste. Rien de trop efféminé dans ses restes, rien de mou dans sa démarche, rien d'insolent dans le ton de sa voix ; tellement que son extérieur même était l’image de son âme, et comme le cachet de sa vertu. Et en effet une maison honnête doit pouvoir être reconnue dès le vestibule, et dès son entrée on doit voir qu'il ne s'y commet point d'œuvres de ténèbres ; ainsi notre âme, à qui notre corps sert comme d'enveloppe, doit-elle se montrer tout entière dans ses actes extérieurs comme une lampe fait pénétrer sa lumière a travers le corps diaphane qui la renferme. Que dirai-je de la frugalité de ses repas et de la multiplicité de ses occupations ; de ses repas où elle se tenait presque en deçà des besoins de la nature, de ses occupations où elle en dépassait les forces ? D'une part, pas un instant de relâche ; de l'autre, le nombre des jeûnes doublant pour ainsi dire celui des jours ; et si enfin elle songeait à réparer ses forces épuisées, elle se contentait du simple aliment qui se trouvait sous sa main, plutôt pour conserver sa vie que pour contenter son goût. Elle p.229 fin p.230 début attendait, pour prendre son sommeil, le besoin de la nature : encore ce repos corporel qu'elle prenait n'empêchait-il pas son âme de veiller toujours, cherchant même pendant qu'elle dormait à se rappeler ses lectures de la veille, ou, si le sommeil venait à suspendre cette étude, la reprenant aussitôt, ou bien s'interrogeant derechef sur les dispositions qu'elle avait prises, ou en préméditant de nouvelles. Elle ne savait quitter la maison que pour se rendre à la prière, et toujours avec ses parents ou ses proches. Dans la maison, seule pour son travail ; en public, toujours accompagnée, elle n'avait cependant point d'autre meilleur gardien de sa personne qu'elle-même ; son marcher comme son parler imprimait un tel respect, qu'il semblait voir moins le corps se mouvoir, que la vertu monter ses degrés. Qu'une vierge pourtant ait pour sa propre personne des guides sages qui veillent à sa sûreté : je le veux, mais pourvu qu'elle se constitue elle-même la gardienne de la pureté de son âme. Pour ce dernier point, elle ne manquera pas d'institutrices ; et ces institutrices, ce seront les vertus qu'elle n'aura qu’à interroger, pour régler sa conduite personnelle : car tout ce qu'elle fait doit être une leçon parlante. C'est ainsi que Marie était attentive à tout, comme si elle eût eu plusieurs monitrices à ses côtés ; et elle pratiquait toutes les vertus dans une telle perfection, qu'elle semblait moins en apprendre elle-même la pratique, que l'enseigner aux autres. Telle nous l'a montré l'Evangéliste, telle l'a trouvé l'ange, telle l'a choisie l'Esprit-Saint. Eh ! qu'ai-je besoin de raconter en détail l'affection qu'avaient pour elle ses parents, les éloges qu'en faisaient les étrangers, puisqu'il me suffit de dire qu'elle s'est trouvée digne que le Fils de Dieu se la choisît pour mère ? Lorsque l'ange vint la saluer, elle était seule dans l'endroit le plus retiré de sa maison, pour que personne ne vînt la distraire ou la troubler. Qu'avait-elle besoin d’autres personnes de son sexe pour lui servir de compagnie, lorsqu'elle en trouvait une suffisante dans toutes les bonnes pensées ? Que dis-je ? jamais elle ne semblait moins seule que lorsqu'elle était seule. Car, comment pouvait-elle être seule au milieu de tant de livres, et dans la société des archanges et des prophètes ? Enfin, Gabriel ne la trouva que là où il avait coutume de la voir ; et Marie, qui s'était effrayé d'abord en croyant voir un homme, se rassura quand l'ange, avec qui elle était familière, lui eut dit son nom. Ainsi étrangère au commerce des hommes, elle ne l'était pas à celui des anges : quelle preuve demandes-vous de plus de la chasteté de ses oreilles et de la modestie de ses p.230 fin p.231 début yeux ? Saluée, elle garda le silence ; appelée par son nom, elle répondit ; troublée à la première vue de ce personnage qu'elle ne connaissait pas, dès qu'il se fût fait une fois connaître à elle, elle lui fit acte d'obéissance. Qu'elle n'ait pas négligé non plus les devoirs à remplir envers sa parenté, c’est ce que nous apprennent aussi les divines Ecritures. Car le choix qu'elle vit que Dieu avait fait d'elle ne servit qu’à la rendre plus humble ; elle se transporta aussitôt vers les montagnes auprès de sa parente, non sans doute qu'elle eût besoin de sa société pour se confirmer dans la foi, puisqu'il lui avait suffi pour cela de la parole de l'ange. Aussi, quelles furent les paroles que lui adressa Elisabeth ? Vous êtes, lui dit-elle, bienheureuse d'avoir cru. Et elle demeura trois mois avec elle. Pendant tout cet intervalle de temps, elle ne fait pas de questions pour affermir sa foi ; elle se borne à remplir ses devoirs d'amitié. Et cela, après que l'enfant tressaillant dans le sein maternel l'avait salué comme mère de Dieu, la religion devançant en lui la nature. La fermeté de la foi de Marie explique comment tous les miracles qui se sont succédés à ses yeux, tels que de voir une femme âgée et stérile devenue mère elle-même, toute vierge qu'elle était, devenue féconde, la parole rendue à Zacharie après neuf mois d'un mutisme miraculeux, les mages venir des extrémités de l'Orient adorer son divin enfant, Siméon reconnaîtra en lui l'objet de sa longue attente, une étoile paraître tout exprès pour annoncer cet événement ; comment tous ces miracles, dis-je, ne lui ont pas ôté le calme, à elle qui semblait l'avoir perdu à l'entrée de l'ange dans sa maison. Marie, dit l’Evangile, conservait tout cela dans son cœur. Quoiqu'elle se vît la mère de Dieu, elle recueillait avec autant de soumission que d'avidité les instructions du Seigneur ; portant déjà son Dieu attaché à ses mamelles, elle n'en désirait pas moins d'apprendre à connaître Dieu. Et d'ailleurs, n'allait-elle pas tous les ans à Jérusalem au jour solennel de la Pâque, et n'y allait-elle pas avec Joseph ? Dans une vierge, la pudeur est la compagne inséparable de toutes les autres vertus. Sans la pudeur, en effet, la virginité cesserait d'être elle-même. Aussi Marie n'alla-t-elle pas au temple sans se faire accompagner du gardien de sa pudeur. C'est bien là l'image de la virginité. Car telle a été Marie, que sa vie à elle seule peut suffire à l'instruction de toutes les vierges. Si donc un semblable modèle est de votre goût, confrontez-lui vos actions, et imitez l'exemple de celle dont vous ambitionnez de partager la récompense. Que de sortes de vertus diverses brillent avec éclat dans cette seule p.231 fin p.232 début vierge ! La réserve de la pudeur, l'étendard de la foi, l'ardeur de la piété. Elle se montre dans sa maison le modèle des vierges, chez sa parente le modèle des amies, au temple le modèle des mères. Oh ! combien de vierges n'attirera-t-elle pas à sa suite ! Combien ne se réjouira-t-elle pas d'en présenter au Seigneur, et de pouvoir en même temps lui dire : Ces personnes ont gardé avec une pudeur inviolable, celle-ci le lit nuptial de mon Fils, celle-là le lit nuptial de son propre époux ! Comme le Seigneur lui-même les recommandera à son Père en leur appliquant les mêmes paroles qu'il disait autrefois de ses apôtres : Père saint, ce sont là celles que je vous ai conservées ; le Fils de l'homme a reposé sa tête sur leur sein ; je demande que là où je suis, elles soient aussi avec moi. Mais elles ne doivent pas se borner à se procurer leurs propres avantages, pas plus qu'elles ne peuvent se flatter de ne tenir leurs avantages que d'elles-mêmes. Que celle-ci travaille à sauver ses parents ; que celle-là travaille à sauver ses frères. Père juste, le monde ne m'a point connu ; mais celles-ci m'ont connu, et n'ont pas voulu connaître le monde. Avec quelle pompe, quels applaudissements de la troupe des anges une vierge ne prendra-t-elle pas possession du ciel, après avoir mené ici-bas une vie toute céleste ! Alors aussi Marie prenant, comme la sœur de Moïse (Exod., XV, 20), une timbale à la main, formera des chœurs de vierges, et toutes à l'envi chanteront des hymnes au Seigneur, qui leur aura fait la grâce de traverser la mer du siècle présent, sans être submergée par ses flots. Alors chacune dira avec des transports de joie : J'entrerai jusqu’à l'autel de Dieu, jusqu’à Dieu même qui remplit de joie ma jeunesse (Ps. XLII, 4).
J'immole à Dieu un sacrifice de louanges, et je rends mes vœux au Très-Haut (Ps. XLIX, 14). Car je ne crains point de vous assurer l'accès des autels, vous qui avez fait de vos cœurs autant d'autels de Dieu, vous en qui tous les jours Jésus-Christ est immolé pour la rédemption de vos corps. Car si le corps d'une vierge est le temple de Dieu, qu'est-ce donc que son cœur qui, recouvert par la main du prêtre éternel des cendres encore fumantes de ses membres sacrifiés, exhale la vapeur du feu divin ? Vierges mille fois heureuses, qui répandez autour de vous le parfum de l'immortalité, comme un jardin celui de ses fleurs, comme un temple celui de la religion, comme un autel celui des vertus du prêtre ! Que sainte Marie soit donc le calque vivant sur lequel vous formerez votre conduite. "
4. S. ATHANASE, Serm. super Evangelium de sanctissimâ nostrâ p.232 fin p.233 début Deiparâ : C'est le passage cité plus haut, même question, témoignages des Pères, n 4, page 226.
5. S. GREGOIRE de Nazianze, à la fin de sa tragédie intitulée Jésus-Christ patient : " Vierge chaste et bienheureuse, digne de toute vénération, puisque maintenant, après avoir déposé les haillons de notre mortalité, vous êtes assise, vêtue du manteau de l’éternité dans le séjour des bienheureux, sans connaître désormais la mort, sans connaître la vieillesse, accueillez mes prière avec bonté du haut du ciel où vous êtes, vous à qui a été conféré, exclusivement à toute autre personne, l'honneur singulier d'être la mère du Verbe. Plein de confiance dans votre crédit, j'ose vous adresser mes paroles suppliantes, et vous offrir, pour en orner votre tête, une couronne composée des fleurs les plus odoriférantes, à ma princesse, vous qui venant continuellement à mon aide, me faites sortir heureusement de tous les dangers, et me sauvez tant des traits que lancent sur moi mes ennemis déclarés, que des pièges bien plus dangereux que me tendent dans l'ombre mes ennemis secrets ! Accordez-moi ce que j'implore de vous comme le plus grand de tous les biens, savoir, qu'après avoir toute ma vie prisé votre protection comme un bien plus grand que toutes les richesses, je puisse à ma mort vous avoir pour avocate auprès de votre Fils. Ne permettez donc pas que je sois livré comme un jouet à l'ennemi juré du genre humain qui est l'esprit infernal, et préservez-moi du feu éternel, des cachots ténébreux de l'enfer, par la foi en vertu de laquelle j'ai été justifié, et par la puissance de votre crédit, auquel nous ne connaissons rien d'égal. C’est ce qui me porte à vous adresser ce chant, expression de ma reconnaissance. O Vierge d'une grâce incomparable, qui surpassez en beauté comme en grandeur toutes les autres, reine puissante, élevée au-dessus de toutes les hiérarchies célestes, trésor du genre humain, soyez toujours propice aux mortels, et préservez-moi dans toutes les situations de ma vie de tous les dangers. "
6. S. AUGUSTIN, Serm. II de annuntiatione Dominicâ.
(Voir le passage rapporté ci-dessus, même question, et de plus le témoignage n 5 de la question XV, pages 196 et 197).
7. S FULGENCE, Serm. de laudibus Mariæ ex partu
Salvatoris. (Voir également le passage rapporté plus haut, même question, et de plus le témoignage n 7 de la question XV, page 201).
8. S. BERNARD, Serm. II in Adventu Domini : " La
Vierge est la voie royale par laquelle le Sauveur est venu dans ce monde, après être sorti de son sein comme un époux de son lit nuptial.
p.233 fin p.234 début Attachons nous donc à suivre cette voie, afin de nous élever par elle jusqu’à Celui, qui par elle est descendu jusqu’à nous ; de participer par elle à la garde de Celui, qui par elle est venu compatir à notre misère. O femme bénie entre toutes les femmes, inventrice de la grâce, cause de notre vie, mère de notre salut, puissions-nous avoir accès par vous auprès de votre Fils, afin que, comme il nous a été donné par votre entremise, par votre entremise aussi il nous reçoive en grâce. Que votre pureté parfaite lui fasse nous pardonner notre corruption, et que votre humilité qui a été si agréable à Dieu, nous obtienne le pardon de notre orgueil. Que l'abondance de votre charité couvre la multitude de nos péchés, et que votre fécondité glorieuse nous procure la fécondité des mérites. O notre maîtresse, ô notre médiatrice, ô notre avocate, réconciliez-nous à votre Fils, recommandez-nous a votre Fils, présentez-nous à votre Fils. Faites, ô Vierge bénie, par cette grâce que vous avez trouvée, par la prérogative que vous avez méritée, par la miséricorde que vous avez enfantée, faites que celui qui par votre entremise a daigné se rendre participant de notre faiblesse et de notre misère nous rende aussi par votre intercession participants de sa gloire et de sa béatitude, ce Jésus, votre Fils et Notre-Seigneur, qui est Dieu au-dessus de tout et béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il (Rom., IX, 5). "
9. Le même, Serm. II de laudibus Virginis matris super evangelium, Missus est : " Si le vent des tentations vient à souffler, si vous avez à craindre l'écueil des tribulations, regardez cette étoile, invoquez Marie, etc., comme ci-dessus, question XVIII, témoignage 6, page 212.
10. Le même, Serm. de verbis Apocalypsis, Signum magnum apparuit in cælo : " Sans doute que Jésus-Christ pouvait nous suffire, puisque toute notre suffisance vient de lui (II Cor., III, 5) ; mais il n'était pas bon pour nous que l'homme fût seul : il convenait davantage que les deux sexes concourussent à notre réparation comme les deux sexes avaient concouru à notre ruine. Un fidèle et puissant médiateur entre Dieu et les hommes, c'est, à n'en pouvoir douter, Jésus-Christ homme ; mais les hommes redoutent en le contemplant la majesté divine. Le prophète ne chante pas seulement sa miséricorde, il chante aussi sa justice (Ps. C, 1) : car s'il a appris par ce qu'il a souffert à être compatissant et miséricordieux (Hébr., V, 8 ; IV, 1 5 ; II, 17), il n'en a pas moins toujours le pouvoir de nous juger. Auprès d'un tel médiateur, nous avons besoin d'une autre médiation ; et point d'autre qui nous p.234 fin p.235 début convienne plus pour cet office, que celle de Marie. Cruelle a été pour nous Eve notre première mère, qui a été cause que l'antique serpent a infiltré son venin dans le cœur de son époux ; mais en revanche nous avons tout à espérer de Marie, qui a procuré non-seulement à son sexe, mais aussi au nôtre, l'antidote tout-puissant pour le salut. La première a été un instrument de séduction, la seconde est un instrument de propitiation. Celle-là nous a fait prévariquer ; celle-ci nous a procuré notre rachat. Comment notre faiblesse pourrait-elle craindre de s'adresser à Marie ? En elle il n'y a rien d'austère ni de rude ; elle est toute douceur ; elle nous offre à tous le lait et la laine. Repassez avec toute l'application dont vous êtes capables la suite de l'histoire évangélique, et si vous y remarquez dans Marie quoi que ce soit de dur ou de menaçant ou même le moindre signe d'indignation ou de colère, je consens à ce que vous ayez pour elle de la défiance et que vous n'osiez pas vous approcher d'elle. Mais si, au contraire, comme cela est en effet, vous ne trouvez en elle que faveur et bonté, que douceur et miséricorde, rendez grâces à celui qui vous a procuré si miséricordieusement une telle médiatrice en qui vous n'avez rien à redouter.
Pour tout dire en un mot, elle s'est faite toute à tous (I Cor., IX, 22) ; elle s'est constitue débitrice des dons de sa charité envers les savants comme envers les simples (Rom., I, 14) ; elle nous a ouvert à tous le sein de sa miséricorde pour que tous reçoivent de sa plénitude, que le captif en reçoive sa délivrance, le malade sa guérison, l'affligé sa consolation, le pécheur son pardon, le juste un surcroît de grâce, l'ange une surabondance de joie, la Trinité elle-même un nouveau degré de gloire, la personne du Fils en particulier la substance de sa chair : il n'est personne, enfin, qui songe à se soustraire à la chaleur de son influence (Ps. XVIII, 7).
C'est cette femme que Dieu a promise au monde dès l'origine, comme devant briser par sa vertu la tête de l'antique serpent : en vain celui-ci s'est-il embusqué pour la mordre au talon ; tous ses stratagèmes lui ont été inutiles (Gen, III, 15). Seule en effet, elle a brisé l'effort de toutes les hérésies (Sola enim contrivit universam hæreticam pravitatem). De ces hérésies l'une niait qu'elle eût conçu Jésus-Christ avec sa propre chair ; une autre niait qu'elle l'eût enfanté véritablement, et sifflait de sa voix d'aspic qu'elle s'était contentée de ramasser cet enfant tombé du haut du ciel ; une autre faisait entendre cet autre blasphème, qu’à la suite de son divin p.235 fin p.236 début enfantement, elle avait eu d'autres enfants à la manière des autres femmes ; cette autre s'indignant de l'entendre appeler Mère de Dieu, faisait de ce grand nom ????????
l'objet de ses d?risions impies ; mais tous ces pièges tendus ont été brisés, tous ces fils de vipère ont de écrasés, tous ces sifflements poussés contre la Vierge-mère ont été réduits au silence, et toutes les générations la proclament bienheureuse (LUC, I, 48). Baisons avec amour, mes frères, les traces des pas de Marie, et prosternons-nous à ses pieds de bénédiction pour lui faire notre humble prière. Tenons-la fortement, et ne la laissons aller qu'après qu'elle nous aura bénis : car elle est puissante. Elle est cette toison placée entre l'aire de la terre et la rosée du ciel, cette femme revêtue du soleil avec la lune à ses pieds ; c'est Marie établie médiatrice entre Jésus-Christ et son Eglise. . . . Qui pourra nommer les étoiles dont se compose le diadème royal de Marie ? Il est au-dessus des facultés de l'homme de décrire cette couronne, ou d'en indiquer la composition ; toutefois, sans nous faire scrutateurs téméraires de ce secret divin, nous pouvons peut-être assez convenablement, selon la mesure de nos faibles moyens, comparer ces douze étoiles aux douze prérogatives de grâces, dont Marie est singulièrement favorisée. Car nous trouverons en Marie les prérogatives du ciel, les prérogatives de la chair, les prérogatives du cœur ; et en multipliant ce nombre de trois par quatre, nous arriverons peut-être à ces douze étoiles, qui rendent si brillant aux yeux de tous le diadème de notre reine. Pour moi du moins, j'entrevois un singulier état, premièrement dans la génération de Marie, secondement dans la visite que l'ange lui fit, troisièmement dans l’acte de l'Esprit-Saint qui survint en elle, quatrièmement dans l'incarnation inénarrable du Fils de Dieu. Et ce qui donne à ces quatre merveilles elles-mêmes un état encore plus éblouissant, c'est que Marie a levé la première l’étendard de la virginité, c'est qu'elle a été féconde sans commerce charnel, c'est qu'elle est devenue enceinte sans les incommodités de la grossesse, c'est, qu'elle a enfanté sans douleur. Et pour encore, je vois par-dessus tout en Marie la discrétion de la pudeur, la réserve de l'humilité, la magnanimité de la foi, le sacrifice volontaire du cœur. . . . . Maintenant, ô Mère de miséricorde, nous voici, comme la lune que saint Jean aperçut en vision, prosternés à vos pieds, vous adressant nos humbles supplications, comme notre médiatrice plein de miséricorde auprès du soleil de justice, pour être admis à voir un jour la lumière dans votre lumière, p.236 fin p.237 début à jouir enfin de la vue de ce soleil qui vous a particulièrement aimée et qui s'est plu à vous revêtir de l'ornement de gloire, en plaçant sur votre tête sa couronne la plus belle. Vous êtes pleine de grâce, toute pénétrée de la rosée céleste, appuyée sur votre bien-aimée, toute remplie de délices (Cant., VIII, 5). O notre reine, donnez aujourd'hui la nourriture à vos pauvres ; que les petits chiens aussi mangent des miettes tombées de votre table, et donnez à boire, non-seulement au serviteur d'Abraham (Genn., XXIV, 17), mais encore à ses chameaux, de cette eau merveilleuse que vous portez dans votre vaisseau ; car vous êtes vraiment la fille prédestinée et préparée par le Très-Haut à votre Fils, qui est Dieu par-dessus tout et béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. "
11. Le même, Serm. de Nativitate Mariæ
: " Voyez donc, en examinant de plus près encore, avec quelle ferveur de dévotion Dieu a voulu que nous honorions Marie, en mettant en elle la plénitude de toute espèce de bien ; de sorte que toute notre espérance, toutes les grâces dont nous pouvons être favorisés, notre salut enfin, tout nous vient de celle qu'il fait paraître à nos yeux toute remplie de délices (Cant., VIII, 5). Elle est elle-même comme un jardin de délices (Cant., IV, 6), que le zéphyr divin a pénétré de son haleine, a pénétré de son haleine encore, et qui répand en tous lieux le parfum de ses fleurs, qui sont les grâces et tous les dons spirituels. Supprimez la masse solaire qui éclaire le monde, que deviendra le jour ? Supprimez cette étoile de la mer qui s'appelle Marie, que restera-t-il autre chose qu'obscurité, que ténèbres épaisses, qu'ombres de mort ? Vénérons donc cette auguste Marie de toute la force de notre amour, de toute l'ardeur de nos sentiments et de nos vœux ; car telle est la volonté de celui qui a voulu que nous obtenions tout de lui par Marie : telle est, dis-je, sa volonté, ou pour mieux dire, sa bienveillance à notre égard. Car, ne négligeant rien de ce qui peut contribuer à nous relever de notre misère, il a voulu ainsi dissiper nos craintes, exciter notre foi, fortifier notre espérance, chasser toutes nos défiances, encourager notre pusillanimité. Vous craigniez peut-être de vous approcher du Père céleste ; effrayé à sa voix, vous fuyiez comme Adam pour vous cacher, et il vous a donné Jésus pour médiateur. Que n'obtiendra pas d'un tel Père un tel Fils ? Il sera sûrement exaucé à cause du respect qui lui est dû comme au Fils de Dieu, parce que le Père aime son Fils. Appréhendez-vous encore de vous approcher de lui ? Sachez qu'il est votre frère p.237 fin p.238 début il est votre chair ; il a été sujet à toutes vos misères excepté le péché, afin qu'il fût miséricordieux. Ce frère, c'est Marie qui nous l'a donné. Mais vous redoutez peut-être en lui la divine Majesté, parce qu'en se faisant homme, le Roi du ciel n'a pas cessé d'être Dieu ? Voulez-vous donc avoir un avocat auprès d'un tel juge ? Recourez à Marie. Je vous le dis sans hésiter, elle sera exaucée à cause du respect qui lui est dû comme à la Mère de Dieu. Le Fils exaucera indubitablement sa mère et à son tour il sera exaucé par le Père ; c'est là l'échelle des pécheurs ; c'est là ma grande, ma véritable, mon unique espérance. Car, dites-moi, un fils peut-il faire, peut-il essuyer un refus ? Peut-il, ou ne pas exaucer sa mère, ou n'être pas exaucé de son père L'un, pas plus que l'autre, n'est possible sans doute. Vous avez, lui dit l'ange (LUC, I, 30), trouvé grâce auprès de Dieu. Quel bonheur pour nous ! Toujours elle trouvera grâce, et cette grâce suffira à tous nos besoins. Cette vierge sage ne demandait ni les richesses, ni les honneurs, ni la puissance, ni même la sagesse comme Salomon ; mais elle demandait la grâce. Et en effet, c'est la grâce qui seule peut nous sauver. Pourquoi désirerions-nous autre chose, mes frères ? Recherchons la grâce, et cherchons-la par Marie : car ce qu'elle cherche elle le trouve, et la demande qu'elle en peut faire ne saurait être frustrée de son effet. . . Au surplus, quoi que ce soit que vous vouliez offrir au Seigneur, souvenez-vous de le recommander à Marie, afin que la grâce remonte à l'auteur de la grâce par le même canal par où elle aura découlée sur vous. Car, bien que Dieu puisse absolument parlant vous faire parvenir sa grâce par tout autre moyen, il a fait choix de celui-ci de préférence à tout autre. Peut-être aussi vos mains sont-elles souillées, ou par des œuvres de sang, ou par des intentions qui ne sont pas assez pures. Quel que soit en conséquence le don, si modique même qu'il soit, que vous désiriez présenter à Dieu, recommandez-le, pour lui être offert, aux mains si pures, et si dignes d'être exaucées, de Marie, si vous ne voulez pas essuyer de refus. Car les mains de Marie sont comme des lis de toute blancheur, et le divin époux, qui recherche les lis, accueillera votre présent, dont la modicité sera relevée à ses yeux par la beauté du lis qui le lui offrira, offert qu'il lui sera par les mains de Marie. " p.238 fin p.239 début
CHAPITRE III. DE LA CHARITE ET DU DECALOGUE.
Article I. - DE LA CHARITE.
Question I
Est-ce assez pour un chrétien de posséder de la foi et de l’espérance ? Celui qui a déjà la foi et l'espérance doit se mettre surtout en mesure d'obtenir de plus la vertu de charité. Car c'est de ces trois vertus réunies que saint Paul a dit : La foi, l'espérance et la charité subsistent dans la vie présente ; et il a ajouté : La plus grande des trois, c'est la charité. La foi, assurément, est une grande vertu, puisqu'elle est capable de transporter des montagnes et d'opérer des miracles ; l'espérance aussi est une grande vertu, puisqu'elle est comme le casque de notre salut, et comme l'ancre dont la solidité est pour nous un motif puissant de consolation dans nos peines et de confiance dans nos prières par la double perspective qu'elle nous offre, et de la bonté de Dieu, et de la grandeur de ses promesses. Mais la charité est la plus grande des trois : car elle est la reine de toutes les vertus ; elle ne connaît ni bornes, ni mesure ; elle n'aura jamais de fin ; plus forte que la mort, elle survivra à notre dernier soupir. Sans elle, la foi et l'espérance peuvent encore, il est vrai, subsister dans un chrétien ; mais elles ne lui suffiraient pas pour mener une vie sainte. C'est ce qui a fait dire à saint Jean : Celui qui n'aime pas demeure dans la mort, quand même il croirait et espérerait encore, comme nous pouvons le voir par l'exemple de ces vierges folles, que l’Evangile nous présente en parabole. p.239 fin p.240 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. I Corinthiens, XIII, 13 : " Ces trois vertus, la foi, l’espérance et la charité, subsistent dans la vie présente etc., comme dans le corps de la réponse. "
2. Ibidem, 1-3 : " Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mêmes, si je n'avais pas la charité, je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. - Et quand j’aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais une parfaite science de toutes choses, et quand j'aurais toute la foi possible, une foi capable de transporter les montagnes, si je n'avais point la charité, je ne serais rien. - Et quand j'aurais distribué tout mon bien aux pauvres, et que j'aurais livre mon corps pour être brûlé, si je n'avais pas la charité, tout cela ne me servirait de rien. "
3. MARC, XI, 22, 25 : " Ayez la foi en Dieu. - Je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne : Ote-toi de là, et jette-toi dans la mer ; s'il le dit sans hésiter dans son cœur, mais en croyant au contraire que tout ce qu'il aura dit arrivera, il le verra en effet arriver. "
4. MATTHIEU, VII, 21-23 : " Tous ceux qui me disent, Seigneur,
Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux ; mais celui-là y entrera, qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. - Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? n'avons-nous pas chassé les démons en votre nom ? et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom ? - Et alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous tous artisans d'iniquité. "
5. I Thessaloniciens, V, 8 : " Mais nous qui sommes enfants du jour, gardons-nous bien d'une pareille ivresse, et armons-nous spirituellement, en prenant pour cuirasse la foi et la charité, et pour casque l’espérance du salut. "
6. Ephésiens, VI, 16-17 : " Servez-vous surtout du bouclier de la foi, pour pouvoir éteindre tous les traits enflammés du malin esprit. - Prenez encore le casque du salut et l'épée spirituelle, qui est la parole de Dieu. "
7. Hébreux, VI, 18-19 : " Nous avons mis notre refuge dans p.240 fin p.241 début espérance qui nous est offerte, - qui sert à notre âme comme d'une ancre ferme et assurée, et qui nous fait pénétrer par anticipation jusqu'au dedans du voile, etc. "
9. MATTHIEU, XXV, 11-12 : " Enfin les autres vierges vinrent aussi, et lui dirent : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. - Mais il leur répondit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. PROSPER, évêque de Riez (Ou plutôt
Julien Pomère prêtre d'Arles, le même qui enseigna la rhétorique à saint Césaire, et qui est le véritable auteur des trois livres de la Vie contemplative. - Voir NAT. ALEX. Hist. eccles., V Sæc. c. IV, art. XXIV, édition de Venise, et la note de Mansi qui y fait suite), lib. III de vitâ contemplativâ, c. 13 : La charité est, selon moi, une volonté droite, unie inséparablement à Dieu, et détachée par conséquent de toutes les choses terrestres et périssables, embrasé du feu de l'Esprit-Saint, qui en est le principe comme il en est la fin ; exempte de toute souillure, pure de toute corruption, incapable de changement, élevée au-dessus de tout ce qui peut exciter l'amour charnel ; puissante plus que tous les autres sentiments de l'âme, sans autre ambition que de voir Dieu, invincible à toutes les résistances, elle met le sceau aux actions vertueuses, elle est la sauvegarde des mœurs la fin de tous les commandements divins ; elle donne la mort à tous les vices, et la vie à toutes les vertus ; elle est la force des combattants, la palme des vainqueurs ; elle inspire les âme saintes, produit leurs mérites, et fait leur récompense. Elle ressuscite ceux à qui le péché a donné la mort, rétablit en pleine vigueur ceux qui sont languissants, rend la santé aux malades, l'espérance aux désespérés, et habite dans les âmes auxquelles elle a rendu la paix : le retour à Dieu est son ouvrage, l'avancement dans la vertu fait sa joie, la persévérance sa gloire, le martyre sa victoire, et son influence s'étend sur tous les fidèle : la foi en est le germe, l'espérance en est le prélude ; elle fait son profit des progrès de tous, donne la vie à tout ce qui se fait de bien ; elle rend l'obéissance prompte, la patience invincible, le sentiment religieux supérieur à tous les attraits de la chair : sans elle personne n'a jamais plu à Dieu, avec elle personne n'a pu ni ne pourra pécher.
Telles sont les qualités de la vraie et parfaite charité que l’Apôtre appelle la voie qui l'em- p.241 fin p.242 début porte en excellence sur toutes les autres (I Cor., XII, 31). Elle est en effet la véritable voie qu'il faut suivre pour parvenir à la céleste patrie ; et de même qu'on ne saurait arriver un terme sans suivre la voie qui y conduit, de même sans la charité, qui est appelée une voie, les hommes ne peuvent que s'égarer, au lieu d'avancer vers leur terme. "