Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 26)
2. Le même, ibidem, c. 1 5 : " Donc, si nous pratiquons la charité, tant à l'égard de Dieu qu'à l'égard u prochain, avec un cœur pur, une conscience droite et une foi sincère (I Tim., I, 5), nous résisterons sans peine au péché, nous abonderons en toute sorte de bonnes œuvres, nous mépriserons les vains attraits du siècle, et nous nous porterons même avec plaisir à tout ce que la fragilité humaine envisage comme ce qu'il peut y avoir de plus difficile ou de plus rebutant, supposé toujours que nous aimions Dieu de tout notre cœur de toute notre âme et de toutes nos forces (Deut., VI, MATT., XXII, MARC, XII, LUC, X), de cette charité parfaite qui ne peut nous venir que de lui. Car on ne pèche jamais, qu'autant que l'amour de Dieu s'affaiblit en nous ; si au contraire nous l'aimons de tout notre cœur, le péché ne nous offrira plus rien qui puisse nous engager à rentrer dans sa servitude. Et qu'est-ce qu'aimer Dieu, sinon nous attacher à lui, concevoir le désir de jouir de sa vue, en même temps que haïr le péché, nous détacher du monde, aimer aussi le prochain que Dieu veut que nous aimions pour l'amour de lui, observer l'ordre légitime dans cette affection elle-même, sans jamais en remuer ou en dépasser les bornes ? Ceux-là dépassent les bornes des affections légitimes ou les remuent, qui aiment le monde au lieu de le mépriser, ou qui cherchent plus qu'il ne faut le bien de leur corps, ou qui n'aiment pas le prochain comme eux-mêmes, ou qui n'aiment pas Dieu plus qu'eux-mêmes (Voir là-dessus saint Augustin, de doctrinâ christianâ, lib. I, c. 27). Que ce soit un devoir pour nous de ne pas aimer le monde, c'est ce que Dieu lui-même a pris soin de nous apprendre par ces paroles de l'apôtre saint Jean : Gardez-vous bien d'aimer le monde (I JEAN, II, 45). Quant à notre corps, comme il fait partie de nous-mêmes, nous devons l'aimer en ce sens, que nous sommes naturellement obligés de veiller à sa conservation et de le défendre des accidents, en même temps que de le soumettre à l'esprit et de le disposer ainsi à une vie immortelle et incorruptible ; mais non pas en ce sens que nous lui permettions d'amollir par ses dissolutions la vigueur de l'âme, d'en p.242 fin p.243 début ternir la pureté, et d'en dégrader la noblesse par ses grossiers instincts. Ensuite, nous aimerons notre prochain comme nous-mêmes, si nous l'aimons non en vue de notre propre intérêt, ou à cause des services que nous en attendons ou que nous en avons reçus, ou à cause de son état de parenté ou d'alliance avec nous, mais simplement à raison de ce qu'il participe à notre propre nature : car ce ne serait pas l'aimer comme nous-mêmes que de l'aimer pour quelqu'un des autres motifs dont je viens de parler. En effet, ce n'est pas aimer son prochain comme soi-même, que de l'aimer comme son frère ou sa sœur, ou son père ou son fils, ou sa mère ou sa fille, ou sa nièce ou son neveu. Un amour de cette espèce n'est encore qu'un amour charnel ; et nous ne devons pas regarder comme notre prochain ceux-là seulement qui nous sont unis par les liens du sang ; mais nous devons considérer de même tous les hommes, qui participent, comme je l'ai dit, à notre nature. Que si nous aimions nos proches, quelque déréglés, dissolus, immoraux qu'ils fussent, plus que d'autres personnes qui mèneraient une sainte vie, mais qui nous seraient étrangers par le sang, cet amour que nous aurions pour les premiers de préférer aux seconds ne serait pas seulement charnel, mais il serait même grièvement coupable. Ainsi donc, nous aimerons notre prochain comme nous-mêmes si nous sommes attentifs pour lui comme nous le serions pour nous à ce qu'il se conduise vertueusement et se procure la vie éternelle ; si nous nous affectons des fautes qu'il commet et des dangers qu'il court, comme si ces fautes ou ces dangers nous touchaient personnellement ; si nous le soulageons dans ses besoins, comme nous voudrions être soulagés nous-mêmes : si du moins nous en avons la volonté, quand la faculté nous manque de le faire. C'est pourquoi la règle de l'amour du prochain, c'est précisément de lui vouloir le bien que nous nous voulons à nous-mêmes, et de ne point lui vouloir le mal que nous ne voulons pas qui nous soit fait à nous-mêmes. Enfin, ceux-là aiment Dieu plus qu'ils ne s'aiment eux-mêmes, qui pour son amour ne ménagent rien de leurs intérêts temporels, s'exposent aux tribulations et aux dangers, font volontiers le sacrifice de leurs biens, des douceurs de la patrie, de la société de leurs parents, de leurs femmes et de leurs enfants, et pour tout dire, ne refusent pas même de mourir, aimant mieux perdre la vie du corps que d’être séparés de Dieu, la vie de leur vie. Tel est donc l'ordre que nous devons garder dans nos affections, suivant cet oracle p.243 fin p.244 début de l'Esprit-Saint : Il a ordonné en moi la charité (Cant., II, 4) ; savoir, que, comme la charité bien ordonnée demande que nous aimions Dieu par-dessus tout, nous aimions ensuite en lui et à cause de lui tout le reste de ce que nous devons aimer, autant qu'il nous ordonne de l'aimer. Car il nous ordonne d'aimer nos corps à cause de nous-mêmes, notre prochain comme nous-mêmes, et lui-même plus que nous-mêmes ; de manière sans doute à ce qu'il nous soit permis de nous affectionner plus particulièrement à ceux qui nous sont unis davantage par le commerce ordinaire de la vie, si leur réputation n'est pas mauvaise et que leur conduite soit louable ; mais de manière aussi à ce que nous nous réjouissions des avantages spirituels de tous comme si c'étaient les nôtres propres, et que nous nous affligions de leurs péchés comme s'ils nous étaient personnels. Le moyen donc pour nous d'être parfaits dans cette vie, c'est d'aimer Dieu parfaitement. Et ceux-là aiment Dieu parfaitement, qui, voulant ce que Dieu veut, et ne voulant rien de ce qu'il ne veut pas, refusent tout consentement aux péchés qui l'offensent, et s'attachent constamment à l'amour et à la pratique des vertus dont sa grâce les rend capables. Tout le bien que ces personnes peuvent accomplir, elles en remercient Dieu, qu'elles en regardent avec raison comme le premier auteur ; tout le mal qu'il leur arrive de commettre, elles l'imputent à leur propre volonté ; tout le bien qu'il leur est impossible de faire, elles lui demandent sans cesse qu'il le leur rende possible ; et cette grâce obtenue, elles lui en sont reconnaissantes. Les biens dont elles se voient en possession, elles voudraient que les autres en eussent de même leur part, et étendant leur bienveillance jusqu'à leurs ennemis, elles voudraient qu'ils fussent tous ce qu'elles sont elles-mêmes. "
3. S AUGUSTIN, in Ps. XLVII : " Essayez de comprendre quelle est la force de la charité. C'est une vertu que personne ne peut vaincre. C'est un feu que ni les agitations du siècle, ni les eaux des tribulations ne sauraient éteindre. C'est de la charité qu'il a été dit (Cant., VIII, 7) : Elle est forte comme la mort. Car de même qu'on ne saurait résister à la mort, quand une fois elle est venue ; que tous les remèdes, tous les moyens qu'on emploierait ne la feraient pas reculer, parce qu'après tout nous sommes nés mortels ; ainsi le monde ne peut rien contre l'effort impétueux de la charité. Au fond, cette similitude dont je me sers s'appuie sur la raison des contraires ; car, tandis que la violence de la mort a pour effet de perdre, celle de la charité au contraire a pour effet p.244 fin p.245 début à sauver. Que dis-je ? la charité a fait que beaucoup sont morts au monde, afin de vivre pour Dieu. C'est cette charité qui embrasait les martyrs : je ne parle pas des faux martyrs, de ceux qui s'inspirent de la vaine gloire, de ceux à qui s'appliquent ces paroles : Quand j'aurais livré mon corps au feu pour y être brûlé, si je n’ai pas la charité, tout ne me servira de rien (I Cor., XIII, 3), mais je parle de ces vrais martyrs, que le seul amour de Jésus-Christ et de la vérité dévouait aux souffrances. Que purent contre eux les cruautés de leurs persécuteurs ? Ils eussent cédé plutôt aux larmes de leurs parents qui s'affligeaient de les perdre, qu'aux fureurs de leurs ennemis qui demandaient leur mort. Combien de ces martyrs étaient suppliés par leurs propres enfants d'éviter le supplice !
Combien d'autres voyaient leurs épouses les conjurer à deux genoux de ne pas les laisser veuves ! Combien de parents se voyaient arrivés sur le chemin du supplice par leurs enfants, comme nous le voyons dans les actes du martyre de sainte Perpétue ! Voilà ce qui s'est fait. Mais les larmes avaient beau couler ; comment auraient-elles pu éteindre l’ardeur de la charité ? C’est la force de la charité que figurait celle de Sion, dans ces paroles du Psalmiste (Ps. CXXI, 7) : Que la paix soit dans ta force, et l'abondance dans tes tours ; comme dans cet autre passage (Ps. XLVII, 13 et 14) : Racontez ces choses du haut de ses tours, appliquez-vous à considérer sa force. "
4. Le même, in Epist. B. Joannis Tract. V, sur ces paroles (I JEAN., III, 10) : C'est en cela qu'on connaît ceux qui sont enfants de Dieu, et ceux qui sont enfants du diable ; tout homme qui n'est pas juste n'est point de Dieu, non plus que celui qui n'aime point son frère. " On voit tout de suite pourquoi l'Apôtre dit : Non plus que celui qui n'aime point son frère. La charité toute seule marque donc la distinction qui existe entre les enfants de Dieu et les enfants du diable. Que tous impriment sur eux le signe de la croix ; que tous répondent, ainsi soit-il : que tous chantent, Alleluia ; que tous soient baptisés, entrent dans les églises ; qu'ils soient même si l'on veut, les pierres dont elles sont bâties ; on ne les discernera comme enfants de Dieu d'avec les enfants du diable, qu'autant qu'ils auront la charité. Ceux qui ont la charité sont nés de Dieu ; ceux qui n'ont pas la charité ne sont pas nés de Dieu. Grande règle pour faire un juste discernement. Ayez tout ce que vous voudrez, s'il vous manque cela, tout le reste ne vous sert de rien. Si vous n'avez pas le reste, mais que cela ne vous manque pas, vous avez accompli la loi. Car celui qui p.245 fin p.246 début aime le prochain a par là-même accompli la loi, nous dit le grand Apôtre (Rom., XIII, 8) ; et encore (ibid., 10) : La plénitude de la loi, c'est la charité.
Sans doute, - que la charité est cette perle de prix, pour l'acquisition de laquelle celui qui l'a trouvée vend toutes ses autres possessions (MATT., XIII, 46). Oui, cette perle précieuse c'est la charité, sans laquelle tout le reste que vous pourriez posséder ne vous servirait, de rien, et qui seule pourrait vous suffire, quand même vous seriez privé de tout le reste. "
5. Le même, Enchirid. ad. Laurent., c. 117
: " La charité, que l'Apôtre nous dit être plus grande que la foi et que l'espérance, rend celui qui la possède d'autant meilleur, qu'il se trouve la posséder à un plus haut degré. Et lorsqu'on demande de quelqu'un s'il est vertueux, on ne demande pas de lui ce qu'il croit ou ce qu'il espère, mais on demande ce qu'il aime. Car celui qui aime ce qu'il doit aimer, croit et espère sans contredit ce qu'il doit croire et espérer : celui au contraire qui n'aime pas, ne peut avoir qu'une foi vaine, quand même il ne croirait que ce qui est véritable ; qu'une espérance vaine, quand même il n’espérerait que ce qui se rapporte à la véritable félicité : à moins qu'il ne croie et n’espère que sa prière pourra lui obtenir ce qui lui manque encore, savoir d'aimer. "
V Sæc, c. IV) : " La charité est comme la cime de toutes les vertus, le royaume promis, la plus haute récompense des saints dans le ciel, puisque, au milieu de la joie intarissable dont, ils sont inondés, les saints n'ont rien de plus agréable, rien de plus doux que d'aimer Dieu parfaitement. Le voyant face face, ils goûtent mieux le bonheur de l'aimer, et jouissent avec plus de délectation du souverain bien. La charité tient le premier rang parmi tous les commandements de Dieu, parce que sans elle, comme nous l'atteste l'apôtre saint Paul (I Cor., XIII), rien ne saurait être agréable à Dieu ou utile à nous-mêmes par rapport au salut, ni le martyre, ni la fuite du monde, ni l'abondance des aumônes. "
7. Le même, de Trinitate, lib. XV, c. 18
: " Aucun autre don de Dieu ne surpasse celui-ci en excellence. Lui seul marque la différence des enfants de Dieu d'avec les enfants du diable. On peut recevoir du Saint- Esprit d'autres dons que celui-là ; mais sans la charité, les autres ne servent de rien. A moins donc que p.246 fin p.247 début l'Esprit-Saint ne nous soit donné à un assez haut degré pour que nous aimions Dieu et le prochain, nous ne passerons point de la gauche à la droite de notre juge. L'Esprit-Saint lui-même n'est appelé don de Dieu, qu’à cause de la charité ; et si ce don nous manquait, nous aurions beau parler toutes les langues des hommes et le langage des anges, connaître tous les mystères, etc., nous ne serions avec cela qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante (I Cor., XIII). Qu'il est donc grand ce bien, sans lequel tous les autres, quelque grands qu'ils soient, ne sauraient conduire à la vie éternelle ! tandis que ce bien même, je veux dire la charité, fût-il le seul dont nous fussions favorisé, quand nous n'aurions ni le don de prophétie, ni la connaissance approfondie des mystères, ni toute autre science ; quand même faute de moyens, ou par quelque autre obstacle, nous ne ferions aucune distribution aux pauvres ; quand même faute d'occasion, nous ne livrerions pas notre corps aux flammes ; ce bien seul, la charité dis-je, suffirait pour nous faire mériter le royaume du ciel, et sans elle la foi elle-même serait insuffisante. Sans la charité, il est vrai, la foi peut encore subsister ; mais elle ne saurait mériter de récompense (Il y a ici dans le texte latin un de ces jeux de mots familiers à saint Augustin, mais qu'il est impossible de rendre dans notre langue : Sine charitate quippe fides potest quidem esse, sed non et prodesse. A moins de traduire de la manière suivante : Sans la charité, la foi peut être pensée, mais ne peut pas être récompensée.
Ce qui semblerait puéril, et qui plus est, de mauvais goût). C'est pourquoi l'apôtre saint Paul a dit ces paroles (Gal., V, 6) : En Jésus-Christ ni la circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien ; mais ce qui sert, c'est la foi, quand elle est animée de la charité ; distinguant ainsi cette foi vive de la foi que les démons mêmes peuvent avoir, et qui les remplit de frayeur (JAC., II, 19). La charité donc. qui vient de Dieu, et qui est Dieu, est à proprement parler le Saint-Esprit, par lequel, nous dit encore l'Apôtre (Rom., V, 5), elle est répandue dans nos cœurs en faisant de chacun de nous le temple de la Trinité entière. C'est pour cela que le Saint- Esprit, en même temps qu'il est Dieu, est appelé aussi avec beaucoup de justesse le don de Dieu. Et ce don, quel est-il à proprement parler, si ce n'est la charité qui nous conduit à Dieu, et sans laquelle tout autre don de Dieu ne saurait nous conduire à lui ? "
8. Le même, Serm. XXIII de verbis Domini, c. 4 : " Le saint p.247 fin p.248 début Evangile me rend curieux, en m'apprenant que même parmi les vierges, parmi celles-là mêmes qui tiennent leur lampe à la main, il peut y en avoir d'insensées, comme il y en a de sages. Quel moyen aurons-nous de les distinguer ? Ce moyen, c'est l'huile dont elles sont ou ne sont pas pourvues. L'huile a donc ici une signification remarquable ; oui, sans doute, et très-remarquable. Ne représenterait-elle pas par hasard la charité ? Je ne fais encore que le conjecturer, sans prendre de décision précipitée. Je vais vous dire ce qui me porte à croire que l'huile est le symbole de la charité. L'Apôtre dit, quelque part : Je vais vous indiquer une voie plus élevée (I Cor., XII). Et quelle voie va-t-il indiquer ? La voici : Quand je parlerais toutes les langues des hommes et le langage des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante (I Cor., XIII). Cette voie, la plus élevée de toutes, c'est donc la charité, et l'huile en est l'emblème très-significatif ; car elle s'élève au-dessus des autres liquides (Il y a encore dans saint Augustin un jeu de mots impossible à rendre comme il faut dans une traduction française : Ipsa est supereminens via, id est charitas, que merit oleo significatur. Omnibus enim humoribus oleum supereminet, etc.). Mettez de l'eau, et versez de l'huile dessus, l'huile surnagera. Mettez de l'huile, et versez de l'eau dessus, l'huile surnagera encore. Observez l'ordre, et l'huile l'emportera ; renversez l'ordre, et elle l'emportera encore. La charité ne rampe ni ne succombe jamais ; toujours elle s'élève, toujours elle garde son ascendant. " Plus loin, c. 8 : " Les lampes allumées des vierges sages étaient entretenues avec cette huile spirituelle qui est la bonne conscience, ou la gloire dont l'âme qui a la charité brille aux yeux de Dieu. "
Question II
Qu’est-ce que la charité ? La charité est une vertu divinement infuse, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même, du fond de notre cœur et notre prochain pour l'amour de Dieu. En effet, c'est Dieu que nous devons aimer avant tout, en tout et par-dessus tout. Nous devons l'aimer pour lui-même exclusivement à tout autre, comme étant lui seul le souverain bien, le bien éternel, le seul qui puisse remplir la capacité de nos cœurs et dont l'amour doit être le principe, comme sa gloire le but de tous p.248 fin p.249 début nos vouloirs et de toutes nos actions. Nous devons ensuite, et pour amour de Dieu, aimer notre prochain, c'est-à-dire tout le monde sans distinction, puisqu'il existe entre nous tous des liens d'étroit parenté, tant à cause que nous avons tous la même nature en notre commune qualité d'enfants d'Adam, qu'à cause de notre commune participation à la grâce divine et même à la gloire éternelle, pourvu seulement que nous en ayons la volonté.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, XXII, 36, 39 : " Maître, quel est le grand commandement de la loi ? - Jésus lui répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur de toute votre âme et de tout votre esprit. - C'est là le premier et le plus grand commandement.- Et voici le second qui est semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. "
2 LUC, X, 25-30, 36-37 : " Alors un docteur de la loi s'étant levé, lui dit pour le tenter : Maître que faut-il que je fasse pour posséder la vie éternelle ? - Jésus lui répondit : Qu'y a-t-il d’écrit dans la loi ? Qu'y lisez-vous ? - Il répartit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces, et de tout votre esprit ; et votre prochain comme vous-même. - Jésus lui dit : Vous avez bien répondu ; faites cela, et vous vivrez. - Mais cet homme voulant faire paraître qu'il était juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? - Jésus prenant la parole lui dit : Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, etc. - Lequel de ces trois vous semble-t-il avoir été le prochain de celui qui était tombé entre les mains des voleurs ? - Le docteur lui répondit : Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même. "
3. MARC, XII, 28-34 : " Un des scribes lui demanda quel était le premier de tous les commandements. - Jésus lui répondit : p.249 fin p.250 début Voici le premier de tous les commandements : " Ecoutez Israël : " Le Seigneur votre Dieu est le seul vrai Dieu. - Vous aimera le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces. C'est là le premier commandement. - Et voici le second, qui est semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Il n'y a pas d'autres commandements plus grands que ces deux-là. " - Le scribe alors lui répondit : Maître, ce que vous avez dit est bien vrai, qu'il n'y a qu'un Dieu, et qu'il n'y en a point d'autres que lui ; - et que l'aimer de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces, et son prochain comme soi-même, c'est quelque chose de plus grand que tous les holocaustes et tous les sacrifices. - Jésus voyant qu'il avait répondu sagement, lui dit : Vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu. "
4. I Corinthiens, X, 31 : " Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. "
5. Colossiens, III, 17 : " Quoi que vous fassiez, soit en parlant, soit en agissant, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, de doctrinâ christianâ, lib. III, c. 10 : " J'appelle charité ce mouvement intérieur qui nous porte à jouir de Dieu à cause de lui-même, et de nous-mêmes ainsi que de notre prochain à cause de Dieu. "
2. S. BERNARD, Tract. de diligendo Deo : " Vous voulez donc apprendre de moi pourquoi et comment on doit aimer Dieu. Je réponds : La cause d'aimer Dieu est Dieu même ; et la mesure de l'aimer, c'est de l'aimer sans mesure. Nous devons aimer Dieu a cause de lui-même, vous dirai-je ensuite si vous me le permettez, pour deux raisons : l'une, que rien n'est plus juste ; l’autre, que rien ne peut nous être plus profitable que de l'aimer ainsi. Il n'y a pas jusqu'à l'infidèle qui ne soit obligé d'aimer Dieu à cause de lui-même ; car, bien qu'il ne connaisse pas Jésus-Christ, il se connaît pourtant lui-même. Et cela suffit pour le rendre inexcusable, s'il n'aime pas le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Car au fond du cœur de l'infidèle lui-même, il y a un sentiment inné de justice, dont il ne tient qu'à lui de se rendre compte, qui lui crie d'aimer de toutes les forces de son âme celui à qui il ne peut p.250 fin p.251 début ignorer qu'il est redevable de tout ce qu'il est. . .
. . Ici remarquez d'abord en quelle mesure, ou plutôt combien au-dessus de toute mesure Dieu mérite d’être aimé de nous, lui qui, tout grand qu'il est, nous a aimés le premier et à un tel excès, et sans mérite de notre part, nous qui sommes si petits et surtout si misérables. Et puisque l'amour qui tend à Dieu tend à l'immense et à l'infini (car l'infini, l'immensité, c'est Dieu), dites-moi, je vous prie, quel doit être le terme, ou quelle doit être la mesure de cet amour ? Ajoutez cette autre considération que notre amour pour Dieu n'est déjà plus un amour gratuit, mais qu'il est dû doublement à titre de reconnaissance et de retour. Ainsi donc l’immensité nous aime, l’éternité nous aime, la Charité qui surpasse toute science nous aime, Dieu nous aime, Dieu dont la grandeur n'a point de bornes (Ps. CXLIV, 3), dont la sagesse est au-dessus de toute conception (Ps. CXLVI, 5), dont la paix surpasse toutes nos pensées (Phil., IV, 7) ; et nous, nous ne lui rendons amour pour amour, qu'avec mesure ! L'amour que nous avons pour Dieu n'est jamais sans récompense, quoiqu'il doive être aimé autrement qu'en vue d'une récompense. Car la vraie charité ne saurait être infructueuse, et pourtant elle n'est pas-mercenaire, puisqu'elle ne cherche point ses propres intérêts (I Cor., XIII, 5). Elle est un sentiment, et non un calcul ; elle ne s'achète ni ne se vend. Elle est spontanée et toute volontaire. Le véritable amour se suffit à lui-même. Il a bien sa récompense ; mais sa récompense, c'est l'objet même qu'il aime. Car si vous prétendez aimer une chose en vue d'une autre chose, ce que vous aimez alors ce n'est pas ce que vous croyez aimer, mais cette autre chose même à laquelle vous rapportez votre amour. Paul n'annonce pas l'Evangile dans le but de trouver de quoi manger (I Cor., IX, 18) ; mais il mange dans le but de pouvoir évangéliser, parce que ce n'est pas la nourriture qu'il aime, mais l’Evangile. Le véritable amour ne cherche pas la récompense ; il se contente de la mériter. La récompense est offerte pour appâter celui qui n'aime pas encore ; aime-t-il, déjà la récompense lui est due ; persévère-t-il, déjà elle lui est acquittée.
Ensuite, pour que l'amour du prochain soit la plénitude de la loi, il doit se fonder sur l'amour de Dieu. Eh ! comment l'amour du prochain serait-il pur, si l'on aimait le prochain autrement qu'en Dieu ? Or, celui qui n'aime pas Dieu, ne peut aimer en Dieu quoi que ce puisse être. Il faut donc aimer Dieu d'abord, pour pouvoir ensuite aimer le prochain en Dieu. Dieu, qui est l'auteur de tous les autres biens, est également l’auteur de ce bien qui consiste à l'aimer. . .
p.251 fin p.252 début Comme nous sommes charnels et nés de la concupiscence de la chair, il est nécessaire que notre affection ou notre amour commence par la chair ; mais si cet amour est bien dirigé, aidé de la grâce, il se perfectionnera graduellement, et finira par l'esprit : car ce n'est pas ce qu'il y a en nous de spirituel qui a été formé le premier, mais c'est ce qu'il y a en nous d'animal, et ce qu'il y a de spirituel n'est venu qu’à la suite (I Cor., XV, 46). Et c'est une nécessité que nous portions l'image de l'homme terrestre, avant de porter l'image de l'homme céleste (Ibidem, 49). C'est ainsi que l'homme commence par s'aimer lui-même à cause de lui-même. Car il est chair, et il ne peut pas avoir d'abord d'autre sentiment que le sentiment de lui-même. Puis, voyant qu'il ne saurait subsister par lui-même, il commence naturellement à chercher Dieu par la foi et à l'aimer. Le second degré pour lui (dans l'ordre des temps), c'est donc d'aimer Dieu, de manière toutefois que ce ne soit encore qu’à cause de soi-même personnellement, et non à cause de Dieu même qu'il l'aime. Cependant à mesure qu’à force de réflexions, de lectures, de prières, d’instructions, il sent davantage le besoin d'aimer Dieu, Dieu, dont l'idée lui est devenue de plus en plus familière, se fait connaître davantage à lui, et par conséquent aussi il le goûte avec plus de douceur ; et après qu'il a goûté combien Dieu est doux, il passe au troisième degré, qui est d'aimer Dieu à cause de Dieu lui-même et non à cause de soi-même personnellement. Parvenu à ce degré, l’homme s'y arrête longtemps ; et je ne sais même s'il existe un homme ici-bas qui puisse atteindre pleinement le quatrième degré, qui consiste à s'aimer soi-même simplement à cause de Dieu. "
3. S. AUGUSTIN, Hom. XXXVIII ex libro L Homiliarum, c. 2 : " Qu'un homme commence à aimer Dieu, et dans un homme il n'aimera que Dieu. " Ibidem, c. 3 : " Considérez avant tout, mes frères, combien il est essentiel à l'amour d'amitié d'être gratuit et désintéressé. Car ce n'est pas pour qu'il vous rapporte quelque chose, que vous devez avoir un ami ou l'aimer. Si vous l'aimez à cette fin qu'il vous procure de l'argent ou quelque autre avantage temporel, dès lors ce n'est pas lui que vous aimez, mais bien plutôt cet avantage temporel qu'il vous procure. Un ami doit être aimé sans vue d'intérêt, pour lui-même et non pour quelque autre motif. Si les lois de l'amitié vous font un devoir de montrer pour vos semblables cet amour désintéressé, combien ne vous obligent-elles pas davantage à avoir cet amour désintéressé pour Dieu, qui vous commande de les aimer ? Dieu est digne de votre p.252 fin p.253 début amour infiniment plus que tous vos semblables. Car tout homme a ses défauts : et cependant votre amitié pour tel ou tel vous fait prendre sur vous-même de tolérer en lui ces défauts à cause de l'amitié que vous lui portez. Si donc vous ne devez pas rompre votre amitié avec quelqu'un pour les défauts que vous avez à tolérer en lui, quels motifs pourriez-vous avoir de rompre votre amitié avec Dieu ? Vous ne trouverez personne plus digne de votre amour que Dieu. Ce n'est pas Dieu qui vous offensera ; puissiez-vous ne pas l'offenser vous-même ! Rien de plus aimable que lui, rien de plus doux que lui. Vous me direz peut-être : Je ne saurais voir Dieu ; comment aimer un objet que je ne vois pas ? Comment m'apprendrez-vous à l'aimer ? Je vais vous faire voir comment vous pouvez aimer un objet que vous ne voyez pas des yeux du corps. Voici un ami que vous aimez, comme je le suppose : qu'est-ce que vous aimez en lui ? Vous l'aimez sans vue d'intérêt. Mais peut-être cet ami que vous aimez est-il usé par les années, sans parler d'autres défauts. Après tout, vous pouvez avoir pour ami un homme avancé en âge. Qu'est-ce que vous aimez dans ce vieillard ? Est-ce son corps courbé sous le poids des ans ? Est-ce sa tête à cheveux blancs ? ou bien les rides de son front ? ou bien les difformités de son visage ? Si ce que vous voyez en lui c'est son corps, rien de plus difforme que ce que vous voyez en lui, attendu sa décrépitude ; et cependant vous aimez quelque chose en lui, et ce que vous aimez en lui ce n'est pas son corps, puisqu'il est difforme. Comment donc prétendez-vous voir l'objet que vous aimez ? Je vous demanderai : Pourquoi l'aimez-vous ? Vous me répondrez : Parce que c'est un homme fidèle. C'est donc sa fidélité que vous aimez. Si c'est sa fidélité que vous aimez, servez-vous de ces mêmes yeux avec lesquels vous voyez sa fidélité, et vous verrez Dieu. Commencez donc par aimer Dieu, et puis aimez l'homme à cause de Dieu. " Ibidem, c. 5 : " Si celui qui aime un objet veut le bien de cet objet qu'il aime, qu'il commence par comprendre en quoi consiste le véritable bien, qu'il aime ce bien en lui-même et que ce soit ensuite ce bien véritable qu'il aime dans son ami. "
4. Le même, in Ps. CXVIII, concione 8 : "
Tout homme est le prochain d'un autre homme ; et on doit regarder comme rien la différence des familles, dès lors que la nature est commune. Il ne connaissait pas sans doute son prochain, celui qui demandait à Jésus-Christ : Quel est mon prochain (LUC, X, 30) ? Et cependant, quand Jésus lui eut proposé l'exemple de cet homme p.253 fin p.254 début qui avait eu le malheur, en allant de Jérusalem à Jéricho, de tomber entre les mains des voleurs, le même qui avait fait cette question sut répondre à son tour, que le véritable prochain pour cet homme était celui qui avait exercé la charité envers lui, et par là nous voyons nous-mêmes, que quiconque aime son prochain ne doit considérer personne comme étranger, quand il s'agit d'un acte de charité à accomplir. . . . . Pour apprendre à aimer Dieu, il faut apprendre à le connaître ; et pour apprendre à aimer son prochain comme soi-même, on doit commencer par s'aimer soi-même en aimant Dieu. Et comment savoir s'aimer soi-même, comment savoir aimer Dieu, si l'on ne connaît ni soi-même, ni Dieu ? "
5. Le même, Serm. LIII de tempore : " Si quelqu'un me demande quel est son prochain, qu'il sache que tout chrétien est prochain pour un autre, puisque par le baptême nous sommes tous devenus enfants de Dieu, et qu'ainsi nous devons tous nous considérer comme frères spirituels les uns des autres, et comme obligés à ce litre de nous rendre mutuellement les devoirs de charité. La génération spirituelle est plus noble que la génération charnelle, et c'est de celle-là que la Vérité elle-même a dit dans l’Evangile (JEAN, III, 3) : Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Or, celui qui aime son prochain en prenant la chose de cette manière possède assurément la vraie vertu de charité. "
6. Le même, Serm. LIX de tempore : " Vous devez aimer votre ennemi, non en tant qu'il est votre ennemi, mais en tant qu'il est homme, et lui souhaiter à ce dernier titre le même bien qu’à vous-même, c'est-à-dire souhaiter qu'il revienne à de meilleurs sentiments et parvienne ainsi au royaume du ciel. Or, tout homme est le prochain d'un autre, et par la condition de sa naissance charnelle et de sa mortalité, et par l'espérance commune à tous du céleste héritage : car nous ne savons ce que chacun pourra devenir par la suite, fût-il aujourd'hui juif, ou hérétique, ou infidèle ; nous ne savons si Dieu ne le convertira pas par sa miséricorde, et ne le mettra pas au premier rang parmi ses élus. "
Question III
Combien la charité comprend-elle de devoirs ? La charité comprend deux principaux devoirs, dont le premier est d'aimer Dieu, comme cela est exprimé tant dans l’ancienne p.254 fin p.255 début loi que dans la nouvelle : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces. C'est là le premier et le plus grand commandement. Voici le second qui est semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Dans ces deux commandements sont renfermés toute la loi et les prophètes. La charité ainsi entendue est la plénitude de la loi, et renferme en abrégé tous les devoirs de la justice chrétienne. Elle est le lien de la perfection dès-lors qu'elle est véritable, ou qu'elle naît d'un cœur pur, d'une conscience droite et d'une foi sincère.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Deutéronome, VI, 4-9 : " Ecoutez, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul et unique Seigneur. - Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces. - Ces commandements que je vous donne aujourd'hui seront gravés dans votre cœur. - Vous en instruirez vos enfants, vous les méditerez assis dans votre maison, et debout en chemin, la nuit dans les intervalles du sommeil, le matin a votre réveil. - Vous les lierez comme un symbole à votre main, vous les porterez suspendus devant vos yeux. - Vous les écrirez sur le seuil et sur la porte de votre maison. "
3. Romains, XIII, 8-10 : " Celui qui aime son prochain a par-là même accompli la loi. - Parce que ces commandements de Dieu : Vous ne commettrez point d'adultère ; Vous ne tuerez point ; Vous ne déroberez point ; Vous ne porterez point de faux témoignage ; Vous ne désirerez point le bien du prochain ; et s'il y en a quelque autre semblable, tous ces commandements sont compris en abrégé dans cette parole ; Vous aimerez votre prochain comme vous-même. - L'amour qu'on a pour son prochain ne p.255 fin p.256 début souffre point qu'on lui fasse du mal, et ainsi l'amour est l’accomplissement de la loi. "
4. Colossiens, III, 12, 14 : " Revêtez-vous de tendresse et d'entrailles de miséricorde, etc. - Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. "
5. I Timothée, I, 5 : " La fin des commandements est la charité qui nait d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. GREGOIRE-LE-GRAND, lib. X moralium in Job, c. 6 : " L'amour de Dieu doit avoir trois principales qualités, Dieu nous ordonnant de l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces. Et observons ici avec soin que l'oracle divin qui nous prescrit l'amour de Dieu ne se borne pas à nous indiquer les qualités de cet amour, mais aussi l'intensité qu'il doit avoir par ces paroles, ex toto, de tout votre cœur, etc., en sorte que celui qui désire plaire à Dieu sans qu'il y manque rien, ne doit rien se réserver de lui-même. L'amour du prochain à son tour peut se subdiviser en deux préceptes : l'un qui nous est marqué par ces paroles d'un juste de l'ancien Testament : Gardez-vous bien de faire à un autre ce que vous ne voudriez pas qu’un autre vous fît à vous-même (TOB., IV, 16) ; l'autre qui nous a été indiqué par la Vérité elle-même de cette manière : Faites aux autres ce que vous voulez qu'ils vous fassent à vous-même. (MATT., VII, 12). Le premier nous défend le mal, le second nous prescrit le bien ; l'un nous interdit de nuire à nos semblables, l'autre nous invite à servir leurs intérêts. "
2. Ibidem, c. 7 : " Ce n'est pas sans raison qu'il est parlé de la multitude des préceptes de la loi de Dieu, multiplex lex ejus (JOB, XI, 6) ; car, bien qu'elle se réduise tout entière à une seule et même vertu de charité, il suffit que la charité nous anime pour qu'elle nous porte à une multitude d'actes de vertus différents. Pour rendre sensible cette diversité d'actes vertueux qui proviennent de la même vertu de charité, nous n'avons qu'à énumérer brièvement les actions louables que nous vantent à cet égard les livres saints. Dans la personne d'Abel, ce fut la charité qui offrit à Dieu les présents qu'il accepta ; c'est elle aussi qui souffrit sans résistance la mort intentée par un frère. Dans Hénoch, ce fut la charité qui fit mener à ce juste une vie toute spirituelle au milieu d'une génération toute corrompue ; ce fut p.256 fin p.257 début elle aussi qui le fit passer même corporellement à une vie différente de la vie terrestre. Ce fut la charité qui rendit Noé agréable à Dieu, à l'exclusion de tous les autres hommes de ces temps-là, comme ce fut elle qui lui inspira la constance de travailler durant de longues années à construire l'arche, et le rendit digne par ce pieux ouvrage d'échapper au déluge général pour repeupler la terre. Ce fut elle qui, par les mains de Sem et de Japhet, couvrit modestement le corps de leur père, en étendant sur lui, sans le regarder lui-même, le manteau dont ils s’étaient munis par respect. Ce fut la charité qui conduisit le bras obéissant d'Abraham pour lui faire immoler son fils ; ce fut elle aussi qui, pour prix de cette obéissance, le rendit le père d'innombrables descendants. Ce fut la charité qui conserva à Isaac sa pureté de vie ; ce fut elle aussi qui lui fit voir, à lui devenu vieux et frappé de cécité, les événements les plus reculés dans les temps à venir. Ce fut elle qui fit pousser à Jacob ses longs gémissements sur la mort présumée de son tendre Joseph ; ce fut elle aussi qui lui fît supporter avec patience la présence comme la perversité de ses autres fils. Ce fut la charité qui donna à Joseph, vendu par ses frères, le courage de conserver au milieu de sa captivité toute la liberté de son âme, comme ce fut elle aussi qui le fit plus tard commander sans orgueil sur ces mêmes frères humiliés à ses pieds. Ce fut la charité qui mit Moïse en prière et lui fit souhaiter de mourir à la vue de la prévarication de son peuple, et ce fut elle en même temps qui l'arma de zèle pour punir ce peuple prévaricateur, lui faisant faire ainsi alternativement le rôle de suppliant et celui de juge, d'ami des intérêts de son peuple et de vengeur des intérêts de son Dieu. Ce fut la charité qui fit lever à Phinées son glaive contre les coupables, pour apaiser, par cet acte sévère de justice, la colère du Seigneur irrité. Ce fut elle qui porta Josué à démentir le rapport de ses compagnons sur le pays de Chanaan qu'ils venaient de visiter, comme ce fut elle qui, quelque temps après, lui fit remporter la victoire sur les ennemis du peuple de Dieu. Ce lut la charité qui rendit Samuel humble dans l'élévation, et toujours égal à lui-même dans sa retraite, pardonnant volontiers au peuple son ingratitude, et ne regrettant pas une dignité qu'il n'avait jamais ambitionnée. Ce fut la charité qui inspira à David de se soustraire sans éclat aux persécutions d’un roi injuste, et de pardonner à ses ennemis les injures qu'il en avait reçues ; de respecter dans celui qui le persécutait la personne de son roi, et d'épargner sa vie lorsqu'il p.257 fin p.258 début l'avait en son pouvoir. Ce fut la charité qui porta Nathan à reprendre avec autorité ce roi devenu coupable, et le supplier humblement lorsque sa faute eut été réparée. Ce fut la charité qui empêcha Isaïe de rougir de sa nudité quand il eut à prédire la prochaine captivité de son peuple, et qui lui révéla les mystères célestes avec cet appareil inusité. Ce fut la charité qui fit passer Elie, tout vivant qu'il était encore, à une autre vie plus heureuse, en récompense de ce qu'il avait appris à ses disciples à mener ici-bas une vie céleste ; ce fut elle qui obtint à Elisée d’hériter du double esprit de son maître et lui fit recevoir ainsi le prix de sa fidélité. C'est aussi par charité pour son peuple que Jérémie s’opposa à sa retraite en Egypte, et que n'en ayant pas été écouté, il ne s'en détermina pas moins à le suivre dans ce pays étranger. Ce fut la charité qui souleva dans l'air le prophète Ezéchiel, parce qu'aussi c'était elle qui avait commencé par le détacher des affections terrestres. Ce fut elle qui porta Daniel à refuser les mets de la table du roi, et qui ensuite le sauva de la voracité des lions affamés. Ce fut elle qui préserva les trois jeunes hommes, et des flammes des passions de la jeunesse, et de celles de la fournaise ardente. Ce fut elle qui donna à Pierre le courage de résister aux menaces des princes des prêtres, et l'humilité de recevoir la correction de ses propres inférieurs. Ce fut elle qui engagea saint Paul à se soustraire aux perquisitions de ses persécuteurs, et quand l'occasion s'en trouva, à reprendre hardiment dans l'affaire de la circoncision un supérieur dont il corrigea la faute. Il est donc vrai que la loi de Dieu renferme une multitude de préceptes, qui en varient les applications sans en varier le principe, et, sans qu'elle change elle-même, la font s'accommoder au changement des circonstances. "
Question IV
A quelles marques se reconnaît la vraie charité ? La charité se prouve par les œuvres, ou par l'observation des commandements divins. C'est ce qui a fait dire au disciple bien-aimé : L’amour que nous avons pour Dieu consiste à garder ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles (I JEAN, V, 5). Et encore : Celui qui dit qu'il connaît Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui. Si quelqu'un au contraire garde sa parole, l’amour de Dieu est vraiment parfait en lui. C'est par-là que nous connaissons que nous sommes en lui (I JEAN, II, 4-5). p.258 fin p.259 début Bien plus, c'est ce que nous enseigne Jésus-Christ lui-même (JEAN, XIV, 18, 21, 24) : Si vous m'aimez, gardez mes commandements. . . . . Celui qui connaît et garde mes commandements, c'est celui-là qui m'aime. Or, celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je l'aimerai aussi, et je me découvrirai moi-même à lui. . . . . Celui qui ne m'aime pas, ne garde point mes paroles.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE. Voir ci-dessus, dans le corps de la réponse.
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION. S. GREGOIRE- LE-GRAND, hom. 30 in Evangelia : " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole. L'amour de Dieu se prouve donc par les œuvres. C'est ce qui a fait dire l'apôtre saint Jean : Celui qui dit qu’il connaît Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur. Nous aimerons au contraire véritablement Dieu, si nous réprimons nos passions conformément à sa volonté. Car celui qui s'abandonne à ses désirs déréglés, est convaincu par cela seul de ne pas aimer Dieu, puisqu'il ne craint pas de contredire ses volontés. "
Question V
Quels sont les commandements de Dieu qui se rapportent principalement à la vertu de charité ? Ce sont les dix paroles de Dieu nommées le Décalogue, transmises premièrement aux juifs par Moïse puis rappelées aux chrétiens par Jésus-Christ et ses apôtres. Les voici : " Je suis le Seigneur votre Dieu. p.259 fin p.260 début
10. " Vous ne désirerez point sa maison, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune autre chose qui lui appartienne. "
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Exode, XX, 1-17 : " Le Seigneur parla ensuite en ces termes : - Je suis le Seigneur votre Dieu, le même qui vous ai tire de l'Egypte, de la maison de servitude. - Vous n'aurez point de dieux étrangers en ma présence. - Vous ne vous ferez point d'images taillées, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ni de tout ce qui se cache dans les eaux. - Vous ne les adorerez point, et vous ne leur rendrez point de culte ; car je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui venge l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération, dans tous ceux qui me haïssent, - et qui fais miséricorde dans mille et mille générations, p.260 fin p.261 début à ceux qui m'aiment et qui gardent mes préceptes.
- Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu ; car le Seigneur ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris en vain le nom du Seigneur son Dieu. - Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat. - Vous travaillerez six jours, et vous ferez alors tout ce que vous aurez à faire. Mais le septième jour est celui du repos consacré au Seigneur votre Dieu ; vous ne ferez en ce jour aucun ouvrage, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de service, ni l'étranger qui sera dans l'enceinte de vos villes. - Car le Seigneur a fait en six jours le ciel, et la terre, et la mer, et tout ce qu'ils contiennent, et il s'est reposé le septième jour ; c'est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat, et l'a sanctifié. - Honorez votre père et votre mère afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera. - Vous ne tuerez point. - Vous ne commettrez point d'adultères. - Vous ne déroberez point. - Vous ne porterez point de faux témoignages contre votre prochain. - Vous ne désirerez point la maison de votre prochain ; vous ne désirerez point sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne. "
2. Exode, XXXIV, 27-29 : " Le Seigneur dit à
Moïse : Ecrivez ces paroles, par lesquelles j'ai fait alliance avec vous et avec Israël. - Moïs demeura donc quarante jours et quarante nuits avec le Seigneur sur la montagne sans manger et sans boire, et il écrivit sur les tables les dix paroles de l'alliance. - Ensuite Moïse descendit de la montagne de Sinaï, portant entre ses mains les deux tables du témoignage, et il ne savait pas que son visage jetait des rayons de lumière, qui lui étaient restés de son entretien avec le Seigneur. "
3. Lévitique, XIX, 1-4, 11-12, 37 : " Le
Seigneur parla à Moïse et lui dit : - Parlez à toute l’assemblée des enfants d'Israël, et dites-leur : Soyez saints, parce que je suis saint, moi qui suis le Seigneur votre Dieu. - Que chacun respecte avec crainte son père et sa mère. Gardez mes jours de sabbat ; je suis le Seigneur votre Dieu. Gardez-vous bien de vous tourner vers les idoles, et ne vous faites point de dieux en fonte. Je suis le Seigneur votre Dieu. - Vous ne déroberez point. Vous ne mentirez point, et personne ne trompera son prochain. - Vous ne jurerez point faussement en mon nom, et vous ne souillerez point le nom de votre Dieu. Je suis le Seigneur. - Gardez tous mes p.261 fin p.262 début préceptes et toutes mes ordonnances, et exécutez-les. Je suis le Seigneur. "
4. Deutéronome, IV, 1, 2, 5-15 : " Maintenant, ô Israël, écoute les lois et les ordonnances que je vous enseigne, afin que vous trouviez la vie en les observant, et qu'une fois entrés dans la terre que vous donnera le Seigneur Dieu de vos pères, vous la possédiez à jamais. - Vous n'ajouterez ni n'ôterez rien aux paroles que je vous dis ; gardez les commandements du Seigneur votre Dieu, que je vous annonce de sa part. Vous savez que je vous ai enseigné les lois et les ordonnances, selon que le Seigneur mon Dieu me l'a demandé : vous les pratiquerez donc dans le pays-que vous devez posséder. - Vous les observerez et vous les accomplirez effectivement ; car c'est en cela que vous ferez paraître votre sagesse et votre intelligence devant les peuples, afin qu'entendant parler de toutes ces lois, ils disent : Cette grande nation est vraiment un peuple sage et intelligent. - Il n'y a point en effet d'autre nation, quelque puissante qu'elle soit, qui ait des dieux aussi proches d'elle, que l'est le Seigneur notre Dieu, présent à toutes nos prêtres. - Car, quel est le peuple, si célèbre qu'il soit, qui ait des cérémonies, des ordonnances aussi pleines de justice, et toute cette loi que j'exposerai aujourd'hui à vos yeux? - Conservez-vous donc vous-même dans la crainte, et gardez votre âme avec un grand soin, de peur que vous n'oubliez les choses que vos yeux ont vues, et qu'elles ne s'effacent de votre cœur dans la suite de votre vie. Enseignez-les à vos enfants et à vos petits-enfants ; depuis le jour o ù vous vous êtes présents devant le Seigneur votre Dieu à Horeb, lorsque le Seigneur me parla et me dit : Faites assembler tout le peuple devant moi, afin qu'il entende mes paroles, et qu'il apprenne à me craindre tout le temps qu'il vivra sur la terre, et qu'il donne les mêmes instructions à ses enfants. - Vous vous approchâtes alors du pied de cette montagne, dont la flamme montait jusqu'au ciel, et qui était environné de ténèbres, de nuages et d'obscurité - Le Seigneur vous parla du milieu de cette flamme. Vous entendîtes la voix qui proférait ses paroles ; mais vous ne vîtes aucune forme sensible. - Il vous fit connaître son alliance qu'il vous ordonna d'observer, et. les dix commandements qu'il écrivit sur les deux tables de pierre. - Il m'ordonna en même temps de vous apprendre les cérémonies et les ordonnances qu'il vous faudra observer dans le pays que vous devez posséder. - Gardez donc soigneusement vos âmes. "
p.262 fin p.263 début
5. Deutéronome, V, 6-22 : " Je suis le Seigneur votre Dieu, le même qui vous a tiré de l’Egypte, de ce séjour de servitude. - Vous n’aurez point de dieux étrangers devant moi. - Vous ne ferez point d'images de sculpture, ni de figures de tout ce qui existe, soit en haut dans le ciel, soit en bas sur la terre, ou de ce qui vit sous la terre dans les eaux. - Vous ne les adorerez et ne les servirez point : car je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux qui punit l'iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent ; - et qui fait miséricorde jusqu'à mille et mille générations à ceux qui l'aiment et qui gardent ses préceptes. - Vous ne prendrez point le nom du Seigneur votre Dieu en vain : car le crime de celui qui aura attesté son nom pour un sujet frivole ne restera point impuni. - Observez le jour du sabbat, et ayez soin de le sanctifier, selon que le Seigneur votre Dieu l'a ordonné. - Vous travaillerez six jours, et vous ferez alors tous vos ouvrages. - Mais le septième est celui du sabbat, c'est-à-dire le jour du Seigneur votre Dieu. Vous ne ferez aucune œuvre en ce jour-là, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni votre bœuf, ni votre âne, ni aucune de vos bêtes, ni l’étranger qui est au milieu de vous, afin que votre serviteur et votre servante se reposent comme vous. - Souvenez-vous que vous avez été vous-mêmes esclaves dans l'Egypte, et que le Seigneur votre Dieu vous en a tiré par sa main toute-puissante, et en déployant toute la force de son bras. C'est pourquoi il vous a ordonné de sanctifier le jour du sabbat. - Honorez votre père et votre mère selon que le Seigneur votre Dieu vous l'a ordonné, afin que vous viviez longtemps, et que vous soyez heureux sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera. - Vous ne tuerez point. - Vous ne commettrez point d'adultères - Vous ne déroberez point. - Vous ne porterez point de faux témoignages contre votre prochain. - Vous ne désirerez point la femme de votre prochain, ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune autre chose qui lui appartienne. - Le Seigneur prononça ces paroles d'une voix forte devant vous tous sur la montagne, du milieu du feu, de la nuée, de l'obscurité, sans y rien ajouter davantage ; et il les écrivit sur les deux tables de pierre qu'il me donna. "