Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 33)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

63. Le concile de Gangres, dans le préambule de ses décrets

: " La sainte assemblée des évêques. . . . ayant trouvé beaucoup de choses à reprendre dans ce que font les partisans d'Eustache, a définitivement arrêté en rendant en même temps sa décision publique, qu'il fallait au plus tôt réprimer les excès dont lui et les siens se rendent coupables. . . Il résulte de notre enquête, qu'ils méprisent les lieux saints ou les basiliques des martyrs (Ces mots ne se trouvent pas dans le grec, mais seulement dans la version latine de l'édition de Labbe, Conc. II, col. 415-416), ainsi que tous ceux qui tiennent à s'y rassembler. " Et, canon XX : p.349 fin p.350 début " Si quelqu'un, inspiré d'orgueil, témoigne de la répugnance pour les tombeaux des martyrs, et blâme les assemblées qui s'y font et les offices qui s'y célèbrent, qu’il soit anathème. "

64. S. AUGUSTIN, de Civit. Dei, l. XXII, c. 8 : " Le miracle qui arriva à Milan lorsque nous y étions, quand un aveugle recouvra la vue, a pu être connu de plusieurs, parce que la ville est grande, que l'empereur y tenait alors sa cour, et que cela se passa à la vue d'une infinité de monde, accouru pour voir les corps des saints martyrs Gervais et Protais, qui avaient été révélés en songe à l'évêque Ambroise, et par la vertu desquels cet aveugle fut guéri. " Entre autres miracles rapporté dans ce même chapitre, saint Augustin raconte au sujet d'un oratoire bâti avec sa propre permission par un ancien tribun, originaire d'Italie, et où l'on conservait avec respect de la terre sainte apportée de Jérusalem, qu'un jeune homme atteint de paralysie y ayant été porté par ses parents, avait recouvré la liberté de ses membres immédiatement à la suite de la prière qu'il y avait faite. Saint Augustin mentionne encore quelques autres miracles, et en particulier ceux qui étaient dus aux reliques de saint Etienne, et dont il raconte le premier dans les termes suivants : " L’évêque Projectus ayant apporte à Tibilis des reliques du très-glorieux martyr saint Etienne, il se fit un fort grand concours de peuple à ce reliquaire. Une femme aveugle des environs pria qu'on la menât à l'évêque qui portait ce sacre dépôt, donna des fleurs pour les faire toucher aux reliques, et après qu'on les lui eut rendues, les porta à ses yeux et recouvra sur-le-champ la vue. Tous ceux qui étaient présents furent extrêmement surpris de ce miracle, en la voyant marcher la première devant eux sans avoir plus besoin de guide. " Puis il passe à celui-ci : " Lucille, évêque de Synite, ville dans le voisinage d'Hippone, portant en procession les reliques du même martyr, fut guéri tout d'un coup d'une fistule qui l'incommodait fort, et que les médecins étaient sur le point de percer. " Après avoir fait l'énumération de plusieurs autres miracles, que Dieu avait opéré par l'entremise du même saint, saint Augustin ajoute : " Si je voulais seulement rapporter toutes les guérisons qui se sont opérées à Calame (Chelme) et à Hippone par le glorieux martyr saint Etienne, elles contiendraient plusieurs volumes, encore ne serait-ce que celles dont on a dressé des relations pour les lire au peuple. Il rapporte ensuite l'histoire de sept frères et de trois sœurs, qui, par un effet de la malédiction de leur mère et de la vengeance divine, étaient dans un tremblement continuel p.350 fin p.351 début de tous leurs membres, au point d'attirer sur eux l'attention de tous ceux qui les voyaient. Deux d'entre eux, le frère et la sœur étant entré dans la ville épiscopale de saint Augustin, et ayant fait leurs prières au lieu où l'on conservait des reliques du glorieux martyr saint Etienne, y reçurent leur guérison à la vue de tout le peuple qui en rendit gloire à Dieu. "

65. S. JEAN-DAMASCENE, Lib. IV orthodoxæ fidei, c. 16 : " Notre

Seigneur Jésus- Christ nous offre les reliques des saints comme des sources salutaires, d'où découlent sur nous des bienfaits sans nombre, et comme un baume précieux. Et que personne n'entreprenne ici de nous contredire. Car si l'eau a jailli d'un dur rocher dans le désert ; si, par la volonté de Dieu, elle est sortie d'une mâchoire d’âne pour calmer la soif de Samson, pourquoi trouver incroyable qu'il s'exhale un suave parfum des reliques des martyrs ? Il suffit, pour se le persuader au contraire, d'être bien convaincu de la puissance de Dieu et de l'honneur qu'il fait à ses saints. Il est vrai que, dans l'ancienne loi, on regardait comme souillé quiconque avait touché à un mort. Mais les martyrs ne doivent pas être comptés au nombre des morts. Car du moment où l'auteur de la vie est descendu parmi les morts, nous ne devons plus appeler morts ceux qui, en rendant leur dernier soupir, ont conservé la foi en lui et l'espérance de leur résurrection future. Eh ! comment un corps mort pourrait-il opérer des miracles ? Comment donc se fait-il que par eux les démons soient mis en fuite, les infirmités domptées, les malades de toute espèce guéris, les tentations et les peines d'esprit dissipées ; enfin, que tout don excellent, tel qu'on peut en attendre du Père des lumières, descende par leur entremise sur ceux qui les invoquent avec une vive foi ? Que de peines ne vous donneriez-vous pas pour vous procurer un protecteur qui voulût bien vous présenter à un roi mortel, et vous recommander à sa bienveillance ? Comment donc ne pas honorer ceux qui se portent pour protecteurs de tout le genre humain, pour nos avocats auprès de Dieu ? Assurément nous devons les honorer : et c'est ce que nous ferons en élevant des temples en leur nom, en faisant des offrandes, en célébrant leur mémoire par des fêtes, mais par des fêtes qu'ils puissent agréer et non par des fêtes qui les offensent et les irritent contre nous. Car il n'y a que les choses qui honorent Dieu, qui puissent convenir à ses serviteurs. Au contraire, tout ce qui offense Dieu, offense par la-même ceux qui le servent. Fêtons donc les saints par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, par la componction p.351 fin p.352 début de nos cœurs par la charité exercé envers les indigents, car c'est là surtout ce que Dieu demande ; élevons-leur des statues, des images qui les représentent, ou plutôt soyons nous- mêmes leurs images vivantes en imitant leurs vertus. Honorons la sainte Vierge comme la vraie mère de Dieu, Jean-Baptiste comme son précurseur, son apôtre et son martyr : car, parmi les enfants des femmes, au témoignage de la vérité même, nul n'a été plus grand que Jean, et, le premier de tous, il a annoncé le royaume des cieux. Honorons de même les apôtres comme étant les frères de Notre-Seigneur, les témoins de ses miracles, les ministres de ses travaux, que Dieu le Père a prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils : premièrement les apôtres, ensuite les prophètes, enfin les pasteurs et les docteurs, les martyrs du Seigneur, choisis de tous les rangs pour être les soldats de Jésus-Christ ; qui ont eu le bonheur de boire son calice, d’être baptisés du baptême vivifiant de sa mort, compagnons à la fois de ses souffrances et de sa gloire, et à la tête desquels se montre le premier martyr saint Etienne, premier diacre et en même temps apôtre de Jésus-Christ : puis aussi les saints moines, nos pères divinement inspirés, qui ont enduré un long et rude martyre par les luttes intérieure qu'ils ont eu à soutenir, errants dans les déserts, couverts de peaux de brebis ou de chèvres, abandonnés, affligés, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne (Hébr., XI, 37-38) :

enfin, ceux-là mêmes qui, par le temps où ils ont vécus ont précédé la grâce, les prophètes, les patriarches, les justes, qui ont annoncé d'avance la venue du Christ. Considérons quelle a été la vie de tous ces saints personnages, imitons leur foi (Hébr., XIII, 7), leur charité, la vivacité de leur espérance, l'ardeur de leur zèle, leur patience dans les tourments, leur longanimité à toute épreuve. C'est par ce moyen que nous pourrons parvenir à partager un jour leurs couronnes de gloire. "

66. S. BASILE, homélie sur le psaume CXV : " Chez les Juifs, d'après leurs lois, le corps d'un homme mort était considéré comme un objet d'horreur. Chez nous, au contraire, si quelqu'un meurt pour Jésus-Christ, on attache beaucoup de prix à conserver ses restes. Dans l'ancienne loi, il bit dit aux prêtres et aux nazaréens de ne pas se rendre impurs à l'occasion de la mort de leurs frères (Lévit., XXI, 2) ; et : Si quelqu'un touche un cadavre, il sera impur (Nom., VI et XIX), et : il lavera ses vêtements. Maintenant au contraire, qui que ce soit qui touche aux ossements d'un martyr, est sanctifié en quelque sorte par la grâce qui semble p.352 fin p.353 début s'y attacher. C'est donc véritablement une chose précieuse devant Dieu que la mort de ses saints. "

67. S. CHRYSOSTOME, Serm. in Juventium et Maximum martyres (Voir

Opera S. Joannis Chrysostomi, t. II, p. 698-696, édition de Gaume, p. 583, édit de D. Bernard de Montfaucon) : " On peut avec raison les comparer à des taureaux, à des tours, à des colonnes, à des rochers, des flambeaux. Car ils soutiennent l'Eglise comme des colonnes ; comme des tours, ils la protègent ; comme des rochers, ils ont repoussé loin d'elle les vagues ennemies en la faisant jouir elle-même de la paix au milieu des tempêtes ; comme des flambeaux, ils ont dissipé les ténèbres de l'impiété ; comme des taureaux enfin, ils ont porté de concert le joug de Jésus-Christ avec une ardeur que rien n'a découragée.

Visitons-les donc souvent, employons notre zèle à orner leurs tombeaux, approchons de leurs reliques avec une vive foi, pour qu'il nous en revienne quelque bénédiction particulière. Car de même que des soldats parlent avec confiance à leur roi, quand ils peuvent lui montrer les blessures reçues dans les batailles ; ainsi ces généreux martyrs, portant dans leurs mains leurs têtes tranchées et les montrant en spectacle, peuvent obtenir du roi des cieux tout ce qu'ils désirent. Soyons donc pleins de foi et d'ardeur pour visiter ce lieu, où nous pouvons amasser bien des trésors en considérant les monuments qui nous rappellent les vertus des saints et nous font penser à leurs récompenses ; et conformons-nous tellement à la volonté de Dieu dans tout le cours de la vie présente que nous puissions entrer avec une riche cargaison de mérite dans le port de l'éternité, ou nous trouverons tout un royaume, qui est celui des cieux, en Jésus-Christ Notre-Seigneur. "

68. Le même, Lib. contra gentiles, de vitâ S. Babylæ

Antiochéni episcop ac martyris (Opera S. Joannis Chrys., p. 662- 663, édit. de Gaume ; p. 555, édit. de Montfaucon) : " Il aurait pu être transporté comme Hénoch, ou enlevé comme Elie, puisqu'il avait été l’imitateur de leurs vertus ; mais Dieu, qui est infiniment bon, et qui nous donne des moyens sans nombre de nous sauver, nous a fourni entre autres celui-ci, qui est de nous porter à la vertu en nous laissant pour trésor les reliques des saints. Car les tombeaux des saints sont après la parole évangélique ce qui a le plus de vertu pour porter à mener une vie sainte ceux qui viennent les visiter : et si l'on veut en avoir la preuve par soi-même, on n'a p.353 fin p.354 début qu’à s'approcher de la châsse que vous avez sous les yeux. Or il suffit de sa vue pour jeter l'âme dans l'admiration, et pour inspirer au visiteur les mêmes dispositions que si le saint paraissait lui-même à ses yeux, priant avec lui. De là vient que, rempli d'une ardeur nouvelle, il se retire de ce lieu tout autre qu'il n'y était venu. Pour se convaincre de l'impression que produit sur les vivants la vue des tombeaux, il n'y a qu'il se remettre sous les yeux ce que font les personnes qui visitent les tombeaux de leurs parents morts : elles ne sont pas plus tôt arrivées auprès de ces tombeaux, que s'imaginant avoir sous les yeux leurs parents eux-mêmes au lieu des tombeaux qui renferment leurs restes, elles les appellent de leurs noms comme s'ils pouvaient les entendre. On en voit même souvent, qui ne pouvant supporter le poids de leur douleur, viennent fixer leur demeure auprès de ces tombeaux, ce qui n'aurait pas lieu, s'ils ne retiraient de ce voisinage quelque sorte de consolation. Eh ! qu'ai-je besoin de parler de tombeaux ? La vue même des vêtements des personnes décédées, le souvenir de quelqu'une de leurs paroles, rappelle à la mémoire leurs personnes oubliées.

C’est pour de semblables raisons que Dieu nous a laissé les reliques des saints. . . . . Car tel est le pouvoir des saints, que, tandis qu'ils sont vivants, les démons ne peuvent supporter même leur ombre non plus que leurs vêtements et que, lorsqu'ils sont morts, ils redoutent jusqu'a leurs tombeaux. "

69. Le même, Serm. in adorationem venerabilium catenarum et gladii sancti et apostolorum principis Petri (Nous n'avons pu trouver cette homélie dans l'édition des Œuvres de saint Chrysostôme, donnée par M. Gaume) : " Pierre, cette merveille du monde, digne de tous les éloges de la terre et du ciel, dont l'ombre et les linges suffisaient pour mettre en fuite les démons, et dont les chaînes, pour avoir touché à son corps sacré, ont d'autant plus de vertu pour opérer des miracles, que leur contact avec ses membres a été plus immédiat : chaînes vénérables et précieuses qui ont tenu lié ce corps d'apôtre, qui ont enchaîné ces mains puissantes en miracles, et qui par cela seul remplies de la grâce divine, sont devenues elles-mêmes une source féconde de miracles, qui guérissent les malades de leurs maladies, qui rendent saints ceux qui en approchent avec foi ; qui ont le mystérieux secret de purifier les âmes de leurs taches, et cet autre non moins mystérieux, d'écarter les influences funestes de la santé du corps ; qui enfin, s'élevant au-dessus de la p.354 fin p.355 début terre et pénétrant jusqu'au plus haut des cieux, se rattachent au trône même de Dieu comme à une ancre solide.

Ces chaînes sont l'effroi du prince des puissances rebelles, qui tremble devant elles et en fuit jusqu’à l'aspect. Elles mettent en fuite la multitude des esprits malins répandus dans l'air, et sont comme des traits qui en les atteignant leur font des blessures mortelles. Car ils ne peuvent supporter l'influence de la grâce divine qui pénètre ces chaînes, ni l'ardeur du feu divin qui en laisse échapper des étincelles, et qui venant à les atteindre, leur font endurer d'horribles douleurs. Elles sont l'ouvrage du Verbe de Dieu, consubstantiel et coéternel au Père qui a voulu qu'elles fussent le trophée de la victoire de son apôtre. Elles ont été chauffées à l'aide de ce charbon qu'aperçut en vision le prophète Isaïe, et qui a la vertu de procurer la vue de Dieu (ISAIE, VI, 7). L'Esprit consolateur, de son souffle divin, a imprimé au feu que ce charbon fait sentir la vertu parfaitement appropriée à l'effet qu'il doit produire. Et c'est pourquoi, bien que ces chaînes soient de fer, elles sont remplies de la grâce et de la puissance divines. Par elles les malins esprits sont enchaînés et détruits. Par elles le prince de ce monde, garrotté en quelque manière, est emmené captif, et devient le jouet des fidèles, c'est-à-dire de ceux qui se trouvent délivré des liens des péchés où ils étaient auparavant engagés et qui ont rompu les filets de la mort pour revenir à la vie. Elles forment comme une ceinture autour du céleste héritage et empêchent qu'il ne puisse être envahi par les puissances ennemies. Elles sont pour les chrétiens comme une couronne sur leurs têtes, et les protègent en même temps contre les insidieuses attaques de leurs ennemis invisibles. Elles forment comme le collier précieux, comme le vêtement doré, comme la couronne de fleurs de l'Eglise, cette épouse chaste et pure de Jésus-Christ, qui, fière d'un tel ornement, prend place à la droite de son épouse.

Et nous tous aussi, peuple chrétien, nous embrassons ces chaînes en ce jour avec un pieux respect, nous les vénérons avec amour, nous les considérons comme un spécifique des plus efficaces pour la guérison de nos âmes. Nous croyons, en y appliquant nos membres et tout notre corps, nous communiquer à nous-même leur sainteté, et faire pénétrer dans nos âmes elles-mêmes la grâce de l'Esprit-Saint. Il conviendrait sans doute de vénérer singulièrement, non pas seulement les chaînes qui ont lié les mains de l'apôtre, mais encore tout ce qui a pu toucher à ses membres, et faire de chacun de ces objets l'objet d'un jour de fête et d'un p.355 fin p.356 début panégyrique particulier. . . L'épée aussi, dont il a armé son bras, est traitée avec le même honneur et la même vénération que ses chaînes, dans ce palais royal où un temple a été élevé au glorieux apôtre, et où on la conserve comme un trésor sacré et digne du ciel, propre à faire naître de saintes pensées aux pieux empereurs et à la multitude des fidèles.

Car il procure les grâces célestes, sert d'instrument à des guérisons ans nombre, protège ceux qui se mettent sous sa garde, et relèvent le courage de ceux qui lui demandent le salut. Si cette parole courte et mal faite, elle ne doit pas être dédaignée pour cela, puisqu'elle n'en a pas moins la vertu d'opérer des miracles, héritière en ce point des droits de Pierre, qui s'en est servi comme du glaive du Tout- Puissant. Raisonnons de même des vêtements de l'apôtre, qui, quelque vils, quelque abjects qu'ils paraissent, n’en sont pas moins remplis de la grâce divine, et comparables aux miracles mêmes qu'ils opèrent, pour quiconque envisage leur beauté spirituelle. Que dis-je ? il suffit de penser à ces objets, pour obtenir les mêmes grâces que si l'on invoquait l'apôtre lui-même. Pour moi, je regarderais comme digne de toute louange, ainsi que de tout respect, la prison même où il a été renfermé, puisqu'elle a été jugé digne de servir de demeure à celui dont la personne était elle-même comme le temple de la sainteté. Et la terre sur laquelle il a étendu son corps enchaîné, est à mes yeux une terre sacrée, et toute pénétrée de cette même grâce que l'apôtre répandait partout autour de lui. Quelqu'un voudra peut-être douter que telle puisse être la vertu d'objets si vils en eux-mêmes. Mais on n'a, pour s'en convaincre, qu’à se rappeler l'ombre de Pierre et les linges de Paul (Act., V et XIX), et qui, l'une par le simple effet de l'approche du corps du prince des apôtres, et sans contact de lui-même, les autres pour avoir simplement touché le corps de l'apôtre, ont eu la même vertu pour opérer des miracles. Que s'il m'était permis de voir les sandales et les vêtements que l'ange lui ordonna de prendre, je les embrasserais moi-même avec amour ; et je voudrais les mettre dans mon cœur comme un don que j'aurais reçu du ciel. En voyant donc à la fois cette épée et ces chaînes, il nous semble voir l'apôtre lui-même et en les touchant, toucher l'apôtre, sans nous inquiéter de ce que ces objets sont éloignés de l'apôtre par la distance des lieux ; mais les réunissant par la pensée, nous les considérons des yeux de la foi comme les instruments des souffrances de l'apôtre. En les embrassant, nous croyons le voir lui-même ; comme en pensant à lui, nous nous imaginons lui voir p.356 fin p.357 début aux mains ces chaînes qu’il a portées. Nous ne sommes donc pas absolument privés des grâces que nous aurions à attendre de sa présence personnelle. Car encore que ce soit l'ancienne Rome qui possède son corps, puisque c'est le lieu où il a reçu la sépulture, nous n'en devons pas moins être fiers de posséder nous-mêmes son épée et ses chaînes. Posséder ces objets, c'est comme posséder une partie de lui-même ; et comment douter de sa présence dans ces objets, lorsque nous recevons par eux les mêmes grâces que s’il était au milieu de nous ? "

70. S. AMBROISE, ad sororem suam de inventione corporum sanctorum Gervasii et Protasii, Epist. LXXXV (alias XXII) : " Certes, il faut avouer que le Seigneur a jeté un regard sur les humbles, puisqu’il a révélé à son Eglise les reliques de ses saints, cachées sous un vil gazon, tirant ainsi de la poussière celui qui était dans l’indigence, et relevant le pauvre de dessus le fumier (Ps. CXV, 7 et 8), pour le placer avec les princes, oui, avec les princes de son peuple. Quels sont les princes du peuple de Dieu, sinon les saints martyrs ? Et voici que parmi eux se montrent aujourd'hui Gervais et Protais jusque-là ignorés, et qui réjouissent des actes de leur martyre retrouvés, de leurs exemples rappelés à notre mémoire, l'Eglise de Milan auparavant stérile en martyrs, mais maintenant mère de nombreux enfants. . . . . Vous savez, que dis-je ? vous avez vu de vos yeux que beaucoup ont été délivrés des démons, un plus grand nombre encore guéris de leurs infirmités au simple contact des vêtements qui ont touché aux corps de ces saints. Vous voyez se renouveler les miracles des temps anciens, de ces temps tout voisins de la venue de Notre-Seigneur et par là même plus favorisé de la grâce ; vous voyez des malades en grand nombre guéris par l'ombre en quelque sorte de ces même saints dont les âmes sont au ciel, mais dont les corps sont au milieu de vous. Combien de suaires et de vêtements jetés sur les saintes reliques, pour devenir, par l'effet de cet attouchement, des instruments de guérison ! Tous s'empressent d'en toucher seulement les bords, et quiconque peut le faire se trouve guéri. Nous vous remercions, Seigneur Jésus, de nous avoir procuré ces secours de nos saints martyrs, dans un temps comme celui-ci où votre Eglise en a le besoin le plus urgent. Que tout le monde apprenne de là de quels défenseurs j’invoque l'appui, défenseurs qui ne savent que défendre et qui n'ont pas coutume d'attaquer. Ce sont là ceux que je vous ai acquis, peuple fidèle ; utiles à tous, ils ne feront de mal à personne. Voilà l'escorte que j'ambitionne ; je p.357 fin p.358 début n'ai point besoin d'autre garde pour me défendre. Leur protection sera d'autant plus efficace, qu'ils sont plus élevés devant Dieu. . . . . Nous avions des patrons, et nous n'en savions rien. . . . . Que ces victimes triomphales soient apportées au même lieu où le Christ est lui-même notre hostie ; mais que celui-ci soit sur l'autel même, comme la victime immolée pour tous ; que ceux-là au contraire soient placés sous l'autel, comme rachetés par les souffrances de la grande victime. Cette place, il est vrai, je me l'étais destinée à moi-même : car il convient que le pontife repose après sa mort là où il avait coutume d’offrir de son vivant. Mais je cède l'honneur à ces saintes victimes ; c'est aux martyrs, avant les autres, que cette place appartient. Déposons donc ces reliques vénérables dans un lieu digne d'elles, et fêtons ce jour entier par des actes religieux. "

71. Le même, Serm. XCI de invent. corporum sanctorum Gervasii et Protasii : " Votre fête excite le dépit de nos envieux.

Et comme elle leur est insupportable, ils en décrient le sujet, et en viennent à ce point d’extravagance de nier les mérites de ces martyrs, dont les œuvres sont sont confessées par les démons eux-mêmes. Mais il n'y a point à s'en étonner. Car telle est la perversité des incrédules, que nous lui préférons la franchise des démons. En effet le démon disait à Jésus : Jésus, fils du Dieu vivant, pourquoi êtes-vous venus nous tourmenter avant le temps (MATT., VIII, 29) ? Les juifs, au contraire, témoins de cet aveu, n'en persistaient pas moins de nier que Jésus fût le fils de Dieu. Vous aussi vous avez entendu les démons confesser hautement la puissance des martyrs, s’écrier qu'ils ne pouvaient supporter la peine que leur cause leur présence, et leur dire : pourquoi êtes-vous venus nous tourmenter si cruellement avant le temps ? tandis que les ariens disent au contraire : ce ne sont pas des martyrs ; ils ne peuvent ni tourmenter le démon, ni délivrer personne ; et cela, lorsque les souffrances qu'endurent les démons sont attestées par leurs cris, et que les bienfaits des martyrs sont rendus manifestes par la guérison des aveugles et la délivrance des possédés. Ils nient qu'un aveugle ait recouvré la vue, tandis que cet aveugle lui-même guéri déclare sa guérison, et qu'il vous crie qu’il a recouvré la vue, du moment où il a touché la frange du drap qui sert d'enveloppe aux saintes reliques,. . . . Mais je demande si, en refusant de croire que les martyrs puissent opérer des guérisons, ils ne refusent pas par là-même de croire au Christ. Car le Christ a dit lui-même : Vous ferez de plus grands miracles p.358 fin p.359 début que ceux que je fais (JEAN, XIV, 12). Ou bien, croient-ils que des guérisons ne puissent être opérées en particulier par ceux-ci, dont les mérites seraient apparemment surannés, quoique leurs corps aient été récemment découverts ? Ici je demanderai, si c'est à moi ou aux saints martyrs qu'ils portent envie ? Si c'est à moi, est-ce que je m'attribue à moi-même ces miracles ? Est-ce qu'ils ont été opérés par mon ministère ou en mon nom ? Pourquoi donc m'envieraient-ils ce qui ne m'appartient nullement ? Mais si c'est aux martyrs qu'ils portent envie, car il faut bien que ce soit à eux qu'ils le fassent, si ce n'est pas à moi, ils font bien voir par-là que leur foi est autre que n'était celle des martyrs. Car ils ne leur envieraient pas leurs miracles, s'ils n'étaient convaincus que ces martyrs avaient une foi différente de la leur, à savoir cette foi qui a son fondement dans l'ancienne tradition, que les démons eux-mêmes ne peuvent nier, mais que nient les ariens. Non que j’invoque en ma faveur le témoignage du démon, mais je prends acte de son aveu.

Cet aveu, le démon l'a fait malgré lui sans doute, mais parce qu’il a cédé à la violence de ses tourments. Ce que la perversité dissimule, la violence des tourments le fait avouer. Le démon cède au mal qu'il endure, mais les ariens ne savent pas encore le faire. Les démons disaient aujourd'hui et hier, ou la nuit dernière : Nous savons que vous êtes des martyrs.

Et les ariens disent : Nous ne savons pas, nous ne voulons pas nous en convaincre, nous ne voulons pas le croire. Les démons disent aux martyrs : Etes-vous venus pour nous perdre ? Les ariens disent au contraire : Ce ne sont pas de vrais tourments que souffrent les démons, ce ne sont que des jeux, des farces concertées. Je sais qu'on se joue de bien des choses ; mais c'est la première fois que j'entends dire que quelqu'un veuille de propos délibéré se faire passer pour possédé du démon. "

72. Le même, Serm. XCIII (alias XCII) in natali sanctorum martyrum Nazarii et Celsi : " Les peuples des différentes villes se croient au comble du bonheur, s'ils peuvent posséder les reliques au moins d'un martyr. Et nous, nous possédons tout un peuple de martyrs. Que notre contrée se réjouisse d'avoir produit tant de soldats pour le ciel, d'avoir enfanté tant de vertus. Ainsi la sainte Eglise de Milan possède le corps du bienheureux martyr Nazaire : elle le possède dis-je, tout entier ; quant aux grâces qui résultent pour elle de ce trésor, elle les communique à l’univers.

Car telle est la prérogative des martyrs, de mettre le monde entier en possession de la plénitude de leurs mérites, encore que p.359 fin p.360 début chaque pays ne puisse recevoir qu'une très-petite partie de leurs cendres. . . Bien que cet illustre témoin de Jésus-Christ, recommandable par la générosité de sa confession, plus recommandable encore par le sang qu’il a verse, et surtout par l'énormité de ses tourments, d'autant plus pur devant Dieu que son sacrifice a été plus complet, appartienne à la ville de Milan par son tombeau, il n'en appartient pas moins à tout le monde par la communion de son suffrage. Car à Dieu ne plaise que votre charité et votre foi, en quelque sorte avare, atténue les mérites du martyr en voulant se les approprier exclusivement, en sorte que le bienfait de sa protection ne s'étende pas au-delà de cette ville même ! La communication des mérites ne connaît point de limites locales. En quelque lieu que vous invoquiez un martyr, celui-là vous exauce que vous honorez dans la personne du martyr. Celui donc qui pèse vos vœux et juge vos offrandes, celui-là même vous rendra l'intercession du martyr que vous invoquez d'autant plus présente que vous l'aurez invoqué avec une foi plus vive. . . . . Honorons les saints martyrs comme les coryphées de la foi, comme les avocats du monde entier, comme les hérauts du royaume des cieux, comme les cohéritiers de Dieu. Que si vous me dites : Pourquoi l'honorer dans sa chair, qui n'est plus qu'une chair tombée en corruption, et dont Dieu lui-même ne s'occupe plus ? que devient donc, répondrai-je, ce que dit la vérité elle-même par son prophète, que c'est une chose précieuse devant Dieu que la mort de ses saints (Ps. CXV, 14) ? Et ce que le même prophète dit ailleurs (Ps. CXXXVIII, 17) : Je dois, ô mon Dieu, honorer vos amis d'une façon toute particulière (Cette manière d'interpréter ce verset du psaume 138, est aussi à peu près celle de Théodoret. Voir le commentaire de Génébrard in Psalmos, dans le cours complet d'Ecriture sainte de Migne, t. 16) ? Si les serviteurs de Dieu méritent déjà d’être honorés, combien les amis de Dieu ne le méritent-ils pas davantage ? C'est d'eux qu'il est dit en un autre endroit (Ps. XXXIII, 21) : Le Seigneur conserve tous leurs os, il ne s'en brisera pas un seul. J’honore donc dans la chair d'un martyr les cicatrices dont il a été couvert au nom de Jésus-Christ ; j'honore sa mémoire toujours vivante dans les exemples qu’il a laissés de sa vertu ; j'honore ses cendres consacrées par sa glorieuse confession ; j'honore dans ces cendres même autant de semences d'éternelle vie ; j'honore un corps qui m'a appris à aimer mon Dieu, et à ne pas craindre de mourir pour lui. Et pourquoi les fidèles n'honoreraient-ils pas un corps que les dé- p.360 fin p.361 début mons révèrent eux-mêmes ? Car si ces derniers l'ont tourmenté sur le chevalet, ils lui rendent gloire dans son tombeau. J'honore enfin un corps auquel Jésus-Christ accorde l'honneur de partager ses souffrances, et qui partagera sa gloire dans le ciel. "

73. S. GREGOIRE de Nazianze, in carmine iambico XVIII, quod est de virtute : " Ils (les martyrs) répandent comme des astres leur éclat dans tout l'univers ; les trônes élevés à leur honneur et qui rappellent sans cesse leur mémoire, les tribunes sacrées qui retentissent partout de leurs doctrines, l'affluence des peuples à leurs tombeaux, les hymnes par lesquels on s'efforce de célébrer leur gloire, tout contribue à mêler leurs noms à celui de l'agneau qui a vaincu par sa mort. Tel est le tribut de vénération payé de toutes parts à la vérité, qu’un peu de leurs cendres seulement, un faible débris de quelqu'un de leurs os, quelques cheveux, quelques restes à peine reconnaissables de vêtements usés sont honorés à l'égard du corps entier de chacun de ces martyrs. Il suffit même quelquefois qu'un lieu porte le nom de leurs saintes reliques, pour qu'on y voie s'opérer les mêmes merveilles que si l'on y possédait leurs corps tout entiers. O miracle ! Il suffit de leur souvenir pour procurer le salut. Que n'aurais-je pas à dire de tant de guérisons obtenues, de tant de démons expulsés par la vertu qui sort de leurs tombeaux ? Telles sont les merveilles opérées tous les jours par ces généreux athlètes (passage en grec dans la version imprimée). "

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74. S. BERNARD, serm. de quatuor modis orandi : " Il en est qu'épouvante et que tourmente en même temps le remords de leurs péchés, sans qu'ils aient encore pourtant la force d'en sortir ; ce sont ceux que le soleil de vérité commence à éclairer de ses premiers rayons dans la fange même du péché où ils vivent, et qui, rougissant de leur état, et redoutant la justice de Dieu à la vue de l'énormité de leurs crimes et de l’exigüité de leurs mérites, se représentent de plus les flammes de l'enfer, ne trouvant enfin en eux-mêmes aucun bien, cherchent ailleurs qu'en eux-mêmes de quoi les protéger. Car ils savent bien qu'il est dangereux de paraître devant Dieu les mains vides, contrairement à ce que la loi ordonne ; encore moins osent-ils le faire avec des mains pleines d'ordures. Craignant donc et avec raison de paraître par eux-mêmes devant ce divin tribunal, ils prennent le parti de supplier par d'autres qui intercèdent pour eux. C'est à quoi revient cette formule de prière à laquelle il nous arrive souvent d'avoir recours : Saint Pierre, priez pour nous, et autres semblables ; mais surtout celle-ci : Par votre passion, délivrez-nous, Seigneur, et d'autres qui reviennent à celle-là. Il convient donc qu'un pécheur dans un pareil état n'approche point par lui-même de Jésus-Christ ; mais il doit se borner à toucher, pour ainsi dire, la frange de son vêtement, en prenant pour son avocat le dernier même des ministres de l’Eglise ; car l’Eglise est comme le vêtement de Jésus-Christ, et par conséquent le dernier de l'Eglise, ou celui qui a choisi pour sa part d'être au dernier rang dans la maison de Dieu, est comme la frange de ce vêtement, et nul doute que le parfum spirituel répandu sur la tête du divin chef ne descende jusqu'a cette frange (Ps. CXXXI, 3). Si le pécheur touche cette frange, je veux dire ce dernier de l’Eglise de Dieu, par quelque bonne œuvre ou par quelque humble prière, ou enfin par le sincère aveu qu'il fait de ses fautes, pour l'engager par là à compatir à lui-même qu'il ait seulement la foi, et il sera infailliblement guéri. Que la frange cependant sache bien que ce n'est pas d'elle, mais de Jésus-Christ qu'est sortie cette vertu salutaire ; car c'est en quelque sorte Jésus-Christ lui-même que l'on touche en touchant son vêtement. "

75. VICTOR Africain, Lib. III, de persecutione Wandalorum, vers la fin : " Venez, anges de mon Dieu, vous qui êtes toujours prêts à nous secourir, chargés que vous êtes d'exercer votre ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut éternel ; voyez cette Afrique autrefois protégée par tant d'églises p.362 fin p.363 début si puissantes, aujourd'hui tout entière laissée dans la solitude ; autrefois se faisant gloire de sa nombreuse hiérarchie de pontifes, maintenant veuve et délaissée. Priez pour nous, patriarches de la race desquels est née cette Eglise, actuellement si affligée. Priez pour nous, saints prophètes vous qui voyez l'affliction que vous nous aviez d'avance annoncée. Soyez nos défenseurs, glorieux apôtres qui après l'ascension de notre divin Maître, avez parcouru l'univers comme d'ardents coursiers pour nous réunir tous en un seul peuple. Vous surtout, saint Pierre, comment n'élèveriez-vous pas la voix en faveur de tant d'agneaux et de brebis que notre commun maître a confié à votre sollicitude ? Et vous, saint Paul, docteur des nations, qui avez prêché l'Evangile depuis Jérusalem jusqu'à l’Illyrie, voyez les ravages que nous causent les Wandales ariens, et la captivité où gémissent vos enfants.

Gémissez sur nous, vous tous saints apôtres. Mais, hélas ! nous sommes indignes que vous priiez pour nous, puisque ce n'est pas pour nous éprouver, comme cela peut arriver aux saints, mais pour nous punir que ces malheurs nous arrivent. Eh bien ! priez pour vos fils même méchants, puisque Jésus-Christ a prié même pour les Juifs ses ennemis. Que les maux que nous avons justement essuyés suffisent pour notre correction ; demandez grâce pour des pécheurs. Qu'il soit dit à l'ange exterminateur : C'est assez, retenez votre bras. Qui pourrait ignorer que ce sont nos crimes qui nous ont attiré tout cet opprobre, que c'est pour nous être écartés des commandements de Dieu, pour n'avoir pas voulu marcher suivant les préceptes de sa loi ? Mais nous vous prions, prosternés à vos pieds, de ne pas mépriser vos frères, quelque pécheurs, quelque misérables qu'ils soient ; nous vous en prions par celui qui, de l'humble état de pécheurs, vous a élevés au faîte de l'apostolat. "

76. S. AUGUSTIN, cont. Faust, manich., Lib. XX, c. 21. C'est le passage cité plus haut, même question, témoignage 37, p. 331.

77. Le même, in Psalmum LXXXVIII, concione, 2, à la fin : " Célébrez par des actes de sobriété les fêtes des saints, pour imiter les exemples de ceux qui nous ont précédés et qu'ils s'applaudissent eux-mêmes de prier pour nous ; et c'est ainsi que la bénédiction du Seigneur pourra demeurer sur vous éternellement. Fiat, fiat. "

78. Le même, Serm. XLVII de Sanctis (le même qui est intitulé de martyribus dans les œuvres de S. Léon : " Toutes les fois, mes frères, que nous célébrons les fêtes des martyrs, ne p.363 fin p.364 début demandons au Seigneur les biens temporels par leur intercession, qu'avec la disposition de mériter aussi, en imitant leurs exemples, les biens éternels. Car ceux-là seuls célèbrent véritablement leurs fêtes qui suivent l'exemple de leurs vertus. Les fêtes des martyrs sont des exhortations au martyre, et nous ne devons pas craindre d'imiter ce que nous aimons à préconiser. Mais, quoi ? nous voulons triompher avec les saints, et nous ne voulons pas supporter avec eux les tribulations de ce monde. Celui donc qui refuse d'imiter autant qu'il est en lui les saints martyrs, ne parviendra jamais à partager leur béatitude. C'est ce que prêche l'apôtre saint Paul par ces paroles : Nous participerons aux consolations, si nous participons aux souffrances (II Cor., I, 5). Et le Seigneur a dit dans l’Evangile : Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier (JEAN, XV, 18). C'est refuser d'appartenir au corps, que de ne vouloir pas partager les ignominies du chef. " 79. S. BERNARD, in vigilia Petri et Pauli apostolorum. C'est le passage cité plus haut, même question, témoignage 12, p. 506.

80. S. ISIDORE, Lib. I de ecclesiasticis officiis, c. 34 : " Nos pères ont voulu qu'on célébrât les fêtes des apôtres et des martyrs, soit pour nous engager à imiter les saints, soit pour que nous puissions nous approprier leurs mérites, et nous aider de leurs suffrages ; de telle manière cependant, que ce ne soit pas aux martyrs, mais à Dieu même qui a fait les martyrs, que nous offrions nos sacrifices, quoique ce soit sur les cendres des martyrs que nous élevons nos autels. Car quel est le prêtre qui, à l'autel où se trouve quelqu'un de ces corps sacrés, s'est jamais pris à dire : Nous vous offrons à vous, Pierre, ou Paul, ou Cyprien ? Mais ce que nous offrons, nous l'offrons à Dieu qui a couronné les martyrs, sur les tombeaux de ceux-là mêmes qu’il a couronnés, afin que la circonstance particulière de ces lieux enflamme notre amour, et pour ceux qu'il nous est donné d'imiter, et pour celui qui nous donne la force de le faire. Nous honorons donc les martyrs de la même manière (co cultu dilectionis et societatis) que nous honorons parmi même les vivants les saints hommes de Dieu, que nous saurions disposés à endurer les mêmes tourments pour la défense de l’Evangile ; avec cette différence que notre culte envers les premiers est d'autant plus accompagné de confiance, qu'ils sont eux-mêmes plus assurés de leur victoire et de leur triomphe, tandis que ceux qui combattent encore ici-bas ne sauraient partager la même assurance. "

81. Ibidem, c. 35 : " Toutes ces fêtes en l'honneur des mar- p.364 fin p.365 début tyrs, distribuées entre tous les temps de l'année, ont été établies avec sagesse, de peur que de plus rares occasions de s'assembler n'attiédissent la dévotion. C’est pour cela qu'on a désigne certains jours, afin que la vue de tous les fidèles réunis réveille la foi de chacun, et augmente l'allégresse commune. "

Question IX

L’usage des images de Jésus-Christ et des saints, tel qu’il est reçu dans l’Eglise, est-il contraire au premier précepte du décalogue ?

L'usage des saintes images, tel qu'il est reçu dans l'Eglise, n'est nullement contraire au premier commandement, puisque, bien différents des païens, nous n'adorons pas les figures sculptées, le bois, les pierres, comme autant de dieux (car c'est là précisément ce qui est défendu par ce précepte) ; mais nous rendons par là à la personne même de Jésus-Christ et à celles des saints un culte chrétien et pieux, en nous les représentant sous ces images exposées à nos regards.

Tel est l'enseignement unanime de l’Eglise, tant des premiers siècles que des temps modernes, qui recommande à notre vénération ces saintes images, et nous invite à retenir cet usage qu'elle a reçu de la tradition apostolique, et que des conciles œcuméniques ont formellement approuvé. Nous pouvons même ajouter que Dieu avait prescrit à l'ancienne synagogue elle-même un usage semblable en quelque façon.

C'est pourquoi l'Eglise a condamné l'erreur des iconoclastes, qui ne faisaient pas de différence entre les simulacres des faux dieux et les images de Jésus-Christ et des saints, et qui refusaient de considérer que nous sommes sous la loi de grâce, où Dieu, en se faisant homme, a revêtu lui-même sa propre image et sa propre ressemblance créée par lui dès le commencement, et s'est ainsi rendu visible parmi nous. Et nous n'avons pas à plaindre seulement leur ignorance ; nous avons aussi à détester en eux cette fureur, qui les porte à dépouiller nos temples des images qu'ils y trouvent, du signe même de notre salut, et à détruire de leurs mains sacrilèges presque tous les objets sacrés, partout où ils en ont le pouvoir.

p.365 fin p.366 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Baruch, VI, 38, Jérémie exhorte fortement les Juifs à ne pas imiter les Babyloniens dans leur idolâtrie. Il leur prouve par plusieurs raisons le néant et la vanité de leurs idoles, et leur dit entre autres choses : - " Ces Dieux qu'ils honorent sont semblables à des pierres qu'on tire d'une montagne. Ce sont des Dieux de bois, de pierre, d'or et d'argent. Ceux qui les adorent seront couverts de confusion. "

2. Deutéronome, IV, 15-19 : " Vous n'avez vu aucune figure ni ressemblance au jour que le Seigneur vous parla à Horeb du milieu du feu ; - de peur qu'étant séduits, vous ne fassiez quelque image de sculpture, quelque figure ou d'homme ou de femme, ou de quelqu'une des bêtes qui sont sur la terre, ou des oiseaux qui volent sous le ciel ; - ou des animaux qui rampent et se remuent sur la terre ; ou des poissons qui sont sous la terre dans les eaux ; - ou qu'élevant vos yeux vers le ciel, et y voyant le soleil, la lune et tous les astres, vous ne tombiez dans l'illusion ou dans l'erreur, et que vous ne rendiez un culte d'adoration à des créatures que le Seigneur votre Dieu a faites pour le service de toutes les nations qui sont sous le ciel. "

3. Ibidem, V, 8-9 : " Vous ne vous ferez point d'image de sculpture, ni de figures de tout ce qui est soit en haut dans le ciel, soit en bas sur la terre, ou qui vit sous la terre dans les eaux. - Vous ne les adorerez et ne les servirez point. "

4. Sagesse, XIV, 12-22, 27-31 : " Le premier essai d'idoles a été le commencement de la prostitution, et leur perfection a été l'entière corruption de la vie humaine. - Car les idoles n'ont point été des le commencement, et elles ne seront point pour toujours. - C'est la vanité des hommes qui les a introduites dans le monde ; c'est pourquoi on en verra bientôt la fin. - Un père affligé de la mort précipité de son fils, fit faire l'image de p.366 fin p.367 début celui qui lui avait été ravi si tôt ; et il commença à adorer comme Dieu celui qui était mort un peu auparavant comme tous les autres hommes ; il lui établit parmi ses serviteurs un culte et des sacrifices. - Cette conduite criminelle s'étant accrue de plus en plus dans la suite des temps, l'erreur fut observée comme une loi, et les idoles furent adorées par le commandement des princes. - Les hommes ne pouvant honorer ceux qui étaient bien loin d'eux, firent apporter leur tableau du lieu où ils étaient et ils proposèrent devant tout le monde l'image du roi à qui ils voulaient rendre honneur, pour révérer ainsi, comme présent, avec une soumission religieuse, celui qui était éloigné. - L'adresse admirable des sculpteurs augmenta encore beaucoup ce culte dans l'esprit des ignorants. - Chacun d'eux voulant plaire à celui qui l'employait, épuisa tout son art pour faire une figure parfaitement achevée. - Et le peuple ignorant, surpris par la beauté de cet ouvrage, commença à prendre pour un Dieu celui qu'un peu auparavant il avait honoré comme un homme. - Telle a été la source de l'illusion de la vie humaine, que les hommes, ou pour satisfaire leur affection particulière ou pour se rendre trop complaisants aux rois, ont donné à des pierres et à du bois un nom incommunicable. - Il n'a pas même suffi aux hommes d'être dans ces erreurs touchant la connaissance de Dieu ; mais vivant dans une grande confusion causée par l'ignorance, ils donnent le nom de paix à des maux si grands et en si grand nombre. - Le culte des idoles abominables est la cause, le principe et la fin de tous les maux. - Car, ou ils s'abandonnent à la fureur dans leurs plaisirs, ou ils font des prédictions pleines de mensonges, ou ils vivent dans l'injustice, ou ils se parjurent sans aucun scrupule, - parce qu'ayant mis leur confiance en des idoles qui n'ont point d'âme, ils ne craignent point d'être punis de leurs parjures. - Mais ils recevront la punition de ce double crime, parce qu'ils ont eu des sentiments impies de Dieu, en révérant les idoles, et parce qu'ils ont fait de faux serments, sans se mettre en peine de blesser la justice par leur perfidie. - Car ce n'est point la puissance de celui par qui on a juré mais la justice armée contre les pécheurs qui punit toujours l'infidélité des hommes injustes. "

5. Psaume CXIII, 12-16 : " Les idoles des nations sont d'argent et d'or, et l'ouvrage des mains des hommes. - Elles ont une bouche et ne parlent pas ; des yeux, mais elles ne voient pas. - Elles ont des oreilles, et n'entendent pas ; des narines, et ne p.367 fin p.368 début sentent pas. - Elles ont des mains, et ne peuvent toucher ; elles ont des pieds, et ne peuvent marcher ; et elles ne tirent aucun son de leur gosier. - Puissent leur ressembler ceux qui les font, et tous ceux qui mettent en elles leur confiance. "

6. Psaume CXXXIV, 15, 17 : " Les idoles des nations sont des figures d'argent et d'or, ouvrage de la main des hommes ; - il n'y a point dans leurs narines de souffle de vie. "

7. I Corinthiens, X, 7 : " Ne devenez point idolâtres comme quelques-uns d'eux, dont il est écrit : Le peuple s'assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent ensuite pour jouer. " 8. Ibidem, VIII, 4-6 : " Pour ce qui est de manger des viandes offertes aux idoles, nous savons que les idoles ne sont rien dans le monde, et qu'il n'y a nul autre Dieu que le seul Dieu. - Car encore qu'il y en ait qui sont appelé dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, et qu'ainsi il y ait plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, - il n'y a néanmoins pour nous qu'un seul Dieu, qui est le Père duquel toutes choses tirent leur être, et qui nous a faits pour lui ; il n'y a qu'un seul Seigneur, qui est Jésus-Christ et c'est par lui que nous sommes ce que nous sommes. "

9. Lévitique, XXVI, 1 : " Vous ne vous ferez point d'idoles ni d'images taillées ; vous ne dresserez point de colonnes ni de monuments, et vous n'érigerez point dans votre terre de pierres remarquables pour les adorer. Car je suis le Seigneur votre Dieu. "

10. Exode, XXV, 18-22 : " Vous mettrez aux deux extrémités de l'oracle deux chérubins d’or battu ; - un chérubin d’un côté, et un chérubin de l'autre. - Ils tiendront leurs ailes étendues des deux côtés du propitiatoire et de l'oracle, qu'ils en couvriront, et ils se regarderont l'un l'autre ayant le visage tourné vers le propitiatoire qui couvrira l'arche, - où vous mettrez les tables de la loi que je vous donnerai. - C'est de là que je vous donnerai mes ordres. Je vous parlerai de dessus le propitiatoire, du milieu des deux chérubins qui seront au-dessus de l'arche du témoignage pour vous faire savoir tout ce que je voudrai commander aux enfants d'Israël. "

11. Ibidem, XXXVII, 7-9 : " Comme aussi deux chérubins d'or battu, qu'il mit aux deux côtés du propitiatoire ; - un chérubin à l'extrémité d'un des côtés ; et l'autre chérubin à l'extrémité de l'autre côté ; ainsi chacun des deux chérubins était à l'une des extrémités du propitiatoire. - Ils étendaient leurs ailes p.368 fin p.369 début dont ils couvraient le propitiatoire, et ils se regardaient l'un l'autre aussi bien que le propitiatoire. "

12. Nombres, VII, 8-9 : " Quand Moïse entrait dans le tabernacle de l'alliance pour consulter l'oracle, il entendait la voix de celui qui parlait du haut du propitiatoire placé sur l'arche du témoignage entre les deux chérubins : de là Dieu parlait à Moïse. "

13. Ibidem, XXI, 7-9 : " Moïse pria pour le peuple, - et le

Seigneur lui dit : Faites un serpent d'airain, et placez-le pour signe. Quiconque étant blessé le regardera, sera guéri. - Moise fit donc un serpent d'airain, et le mit pour servir de signe ; et ceux qui ayant été blessés le regardaient, étaient guéris. "

14. I Rois, VII, 23-35 : " Il plaça dans l'oracle deux chérubins de bois d'olivier, qui avaient dix coudées de haut. - L'une des ailes du chérubin avait cinq coudées et l'autre avait aussi cinq coudées : ainsi il y avait dix coudées depuis l'extrémité de l'une des ailes jusqu’à l'extrémité de l'autre.

- Le second chérubin avait aussi dix coudées, avec les mêmes dimensions, et l'ouvrage de tous les deux était le même. - C'est-à-dire que le premier chérubin avait dix coudées de haut, et le second avait aussi la même hauteur. - Il mit les chérubins au milieu du temple intérieur, et ils avaient leurs ailes étendues ; l’une des ailes touchait l'une des murailles, et l'aile du second chérubin touchait l'autre muraille ; et leurs autres ailes venaient se joindre au milieu du temple. - Il couvrit aussi d'or les chérubins. - Il orna toutes les murailles du temple, tout à l'entour, de moulures et de sculptures ; et il fit des chérubins et des palmes en bas-relief, et diverses peintures qui semblaient se détacher de leur fond et sortir de la muraille. - Il couvrit aussi d'or le pavé du temple, au-dedans et au dehors. Il fit à l'entrée de l'oracle de petites portes de bois d'olivier, et des poteaux qui étaient à cinq pans. - Il fit deux portes du bois d'olivier, et il y fit tailler des figures de chérubins et des palmes, et des basses-tailles avec beaucoup de reliefs ; et il couvrit d'or, tant les chérubins que les palmes, et le reste. - Il mit à l’entrée du temple des poteaux de bois d'olivier taillés à quatre faces, - et deux portes de bois de sapin, l'une d'un côté, et l'autre de l'autre ; chaque porte était brisée, et elle s'ouvrait ayant ses deux parties unies ensemble. - Il fit sculpter des chérubins et des palmes, et d'autres ornements en saillie, et il couvrit le tout de lames d'or. "

15. Genèse, I, 26, 27 : " Faisons l'homme à notre image et p.369 fin p.370 début à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les quadrupèdes, et sur tous les reptiles qui se meuvent sur la terre. - Dieu créa donc l'homme à son image et à sa ressemblance, il le créa à l’image de Dieu. " 16. Philippiens, II, 6-7 : " Qui ayant la nature de Dieu, n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s'égaler à Dieu ; - et qui cependant s'est anéanti lui-même, en prenant la nature d'esclave, en se rendant semblable aux hommes, et paraissant tel que les autres hommes. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. TERTULLIEN, contra Marcion., L. II, c. 22 : " De même, quand il dit : " Tu ne te feras point d'idoles taillées, ni aucune image de ce qui est au ciel, ni de ce qui est sur la terre, ni de ce qui est sous les eaux, " il ne veut par ces défenses que prévenir l'idolâtrie. Car il ajoute : " Tu ne les adoreras point ; tu ne les serviras point. " Quant au serpent d'airain, que Moïse façonna dans la suite d'après les ordres du Seigneur, étranger à toute idée d'idolâtrie, il était destiné à guérir ceux que les serpents avaient blessés. Je te fais grâce du remède divin dont il était l'emblème.

Il en est de même des chérubins et des séraphins d'or battu qui couvraient le propitiatoire de l'arche d’alliance : c'étaient des décorations innocentes, en harmonie avec la majesté de l'arche sainte, et placées là pour des raisons bien différentes du principe idolâtrique qui avait provoqué l'interdiction de toute image taillée ; ils ne contredisaient point la défense portée plus haut, puisqu'ils n'avaient rien de commun avec les idoles que proscrivait la loi. "

2. S. BASILE-LE-GRAND, Lib. de Spiritu sancto ad S. Amphilochium Iconii episcopum, c. 18 : " On dit de l'image du roi que c'est le roi, et on n'en fait pas pour cela un deuxième roi. Par là on ne divise ni l a puissance, ni la majesté royale. Et de même que l'autorité souveraine subsiste dans son intégrité sans être aucunement divisée, de même la gloire que nous lui rendons lui est déférée sans partage. L'honneur décerné à l'image se rapporte donc à son modèle.

"

3. S. JEAN-DAMASCENE, Orthodoxæ fidei, lib. IV, c. 16 (édit.

de Lequin, Paris, 1702) : " Comme quelques-uns nous accusent l'occasion de ce qu'ils nous voient adorer ou vénérer les images du Sauveur, de Notre-Dame et des autres saints et serviteurs de Jésus-Christ, qu'ils se souviennent que dès le commencement p.370 fin p.371 début Dieu a créé l'homme à son image. Pourquoi donc nous honorons-nous (Il y a dans la traduction latine : Qui fit igiter ut alii alios adoremus, nisi quia ad Dei imaginem facti sumus ?) les uns les autres, si ce n'est parce que nous sommes faits à l'image de Dieu ? Car, comme l'a dit le grand Basile, cet homme si instruit dans les choses divines, l'honneur décerné à l'image retourne à son modèle. Or le modèle, c'est celui dont la figure est représentée, dont les traits sont reproduits. Pourquoi le peuple que conduisait Moïse se mettait-il en adoration tout autour du tabernacle, qui était la figure et le symbole du ciel, ou plutôt de toute la création ? Car Dieu avait dit à Moïse (Exod., XXV, 24) : Faites tout conformément au modèle qui vous a été montré sur la montagne. Et les chérubins qui couvraient le propitiatoire n'étaient-ils pas l'ouvrage de la main des hommes ? et le temple si célèbre de Jérusalem n'était-il pas aussi fait de main d'homme, dû à l'habileté des ouvriers ? L'Ecriture condamne, il est vrai, ceux qui adoraient les ouvrages de sculpture ; mais elle condamne aussi ceux qui sacrifiaient aux démons. Les gentils sacrifiaient, les juifs sacrifiaient aussi. Mais les gentils sacrifiaient aux démons au lieu que les juifs sacrifiaient à Dieu. Aussi, tandis que les sacrifices des gentils étaient abominables et réprouvés, ceux des juifs étaient reçus favorablement de Dieu. Noé sacrifia, et Dieu accepta son sacrifice comme un encens d'agréable odeur (Gen., VIII, 21), parce qu'il savait la droiture de ses intentions, et les sentiments pieux dont il était animé. Ainsi, les ouvrages sculptées des gentils n'étaient rejetés et interdits, que parce qu'ils étaient des simulacres des démons. De plus, qui est-ce qui pourrait tracer l'image d'un Dieu invisible, incorporel, infini, inaccessible à nos sens ? Il y aurait donc folie et impiété extrême à vouloir représenter Dieu. Voilà pourquoi, dans l'ancien Testament, l'usage des images n'était pas encore établi. Mais depuis que Dieu, consultant les entrailles de sa miséricorde, s'est fait véritablement homme dans l'intérêt de notre salut, non en revêtant seulement la figure humaine comme il avait fait aux yeux d'Abraham, ou comme il avait apparu aux prophètes, mais en prenant réellement la nature humaine ; depuis qu’il a paru sur la terre et conversé parmi les hommes, qu'il a fait des miracles, qu’il a souffert, qu'il est ressuscité, qu'il est monté au ciel, depuis que toutes ces choses ont été réellement accomplies, et qu'elles ont été vues des hommes, elles ont été mises par écrit p.371 fin p.372 début pour se perpétuer dans la mémoire et servir à l'instruction de ceux qui devaient venir, afin que, croyant sans avoir vu, nous soyons bénis de Dieu en récompense de notre foi.

Mais comme tout le monde ne connaît pas les lettres ou n'a pas le temps de lire, nos pères ont jugé à propos de représenter ces faits, ou du moins les principaux, au moyen de la peinture et de la sculpture, qui en donnent comme l'histoire abrégée. Souvent il arrive qu'au moment où nous ne pensons pas à la passion du Sauveur, nous nous en rappelons la mémoire à la vue de l'image qui nous représente son crucifiement, et que nous nous prosternons alors en terre pour adorer, non cette image matérielle, mais celui qu'elle représente ; de même que nous n'adorons pas la matière dont se compose le livre des évangiles, pas plus que celle dont se compose la croix, mais celui qui nous y est représenté.

Car en quoi diffère au reste la croix qui représente le Sauveur, d'une autre croix qui ne le représente pas ? Il en est de même du culte qui concerne la mère de Dieu ; l'honneur que nous lui rendons se rapporte à celui qui s'est incarne dans son sein. De même des belles actions des saints, qui ont pour effet d'animer notre courage, et de nous exciter à imiter leurs vertus en même temps qu'à glorifier Dieu. Car, comme nous l'avons dit, l'honneur que nous rendons à ceux de nos frères qui ont vécu saintement en servant le même maître que nous, est un témoignage de notre fidélité envers ce maître lui-même, et l'honneur décerné à l'image remonte à son modèle.

Or, nous avons appris cela par tradition, encore que cela ne se trouve pas consigne dans les Ecritures, comme d'adorer en nous tournant du côté de l'orient, de nous prosterner devant la croix, et beaucoup d'autres pratiques semblables. Voici une histoire rapportée quelque part : Abgare, roi de la ville d'Edesse, avant envoyé à un peintre pour lui procurer l’image du Sauveur, et le peintre n'ayant pu réussir à la lui peindre à cause de l'éclat éblouissant du visage qu'il avait à considérer, le Sauveur imprima lui-même son image sur son manteau, en appliquant celui-ci sur son visage divin, et par le don qu'il fît ensuite de son manteau, il satisfît au désir d'Abgare (EVAG., lib. hist., c. 27). Paul, apôtre des gentils, nous atteste que beaucoup de choses ont été transmises par les apôtres sans le secours de l'Ecriture. Mes frères, dit-il aux Thessaloniciens (II Thess., II, 13), demeurez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises, soit par nos paroles, soit par notre lettre. Il dit encore aux Corinthiens (I Cor., XI, 2) : Je vous loue, mes frères, de ce que vous p.372 fin p.373 début vous souvenez de moi en toutes choses, et de ce que vous gardez les traditions et les règles que je vous ai données. "

4. S. ATHANASE, Serm. IV contra arianos : " Dans l'image du roi se montrent son visage et ses traits, dans le roi les traits de son image : car les traits du visage du roi sont si vivement reproduits dans son portrait, qu'il suffit de voir le portrait pour croire avoir vu le roi ; et réciproquement, en voyant le roi, on se rappelle les traits de son visage qu'on a remarqué dans son portrait. Et comme la ressemblance est parfaite entre les deux, si quelqu'un après avoir vu le portrait demandait à voir le roi, le portrait pourrait lui répondre : le roi et moi nous sommes la même chose ; je suis en lui, et il est en moi ; ce que vous trouvez en moi, vous le trouverez en lui ; ce que vous verrez en lui, vous l'aurez d'avance vu en moi. Celui donc qui honore (adorat) l'image, honore (adorat) en elle le roi lui-même, puisque cette image n'est autre chose que la représentation du roi. "

5. Le second concile œcuménique de Nicée, ou septième général, où se trouvèrent trois cent cinquante évêques, fut assemblé pour confondre ceux qui ne permettaient pas dans les églises les images de Jésus-Christ et des saints, et qui blâmaient le culte qu'on leur rendait. Ses actes se divisent en sept actions ou sessions. Dans la seconde, on lut la lettre synodique d'Adrien I, pontife de Rome, à l'empereur Constantin et à Irène, sa mère ; entre autres choses remarquables, on y lit le passage suivant : " Le prince des apôtres, le bienheureux Pierre, qui a le premier occupé le siège apostolique, est celui-là même qui a laissé aux pontifes qui lui succéderaient sur ce siège auguste dans toute la suite des siècles les droits souverains de son apostolat et de sa charge pastorale ; et c'est lui qui, par l'ordre de Dieu, a conféré et transmis à ses successeurs la suprême autorité, telle qu'elle lui avait été accordée à lui-même par notre divin Sauveur : or, c'est conformément à la tradition des pontifes qui nous ont précédés, que nous vénérons les saintes images qui nous représentent Jésus-Christ, sa bienheureuse mère, les apôtres et tous les saints. Car depuis que la paix et la tranquillité ont été données à l’Eglise de Jésus-Christ notre Dieu, de ce moment et jusqu'à ce jour les images et les peintures sacrées ont orné nos églises comme l'atteste le bienheureux et très-saint pape Sylvestre (Nous avons suivi dans tout ce passage la version d'Anastase le bibliothécaire, au lieu du texte grec qui présente des différences notables, et que paraît avoir suivi Canisius.

Voir la collection des conciles de Labbe, t. VII, col. 101 et suiv). " p.373 fin p.374 début Ensuite, après avoir rapporté comment le grand Constantin, sur l'avertissement qu'il avait reçu pendant la nuit des apôtres Pierre et Paul, se fit instruire dans la foi et inviter au baptême par saint Sylvestre, le pape Adrien II ajoute : " Après avoir terminé son récit, l'empereur demandait quels dieux c'étaient que ce Pierre et ce Paul, qui l'avaient visité pour son salut et lui avaient découvert tant de secrets. A quoi Sylvestre répondit : Ce ne sont pas des Dieux, mais de dignes serviteurs de Jésus-Christ, des apôtres choisis de lui et envoyés pour inviter les peuples à se sauver par la foi qu'on aurait en lui. Et comme le pape continuait à lui parler ainsi, l'empereur lui demanda s'il n'avait pas quelque portrait de ces apôtres, afin qu'il pût juger par leur ressemblance que c'étaient bien eux qui lui avaient apparu. Alors saint Sylvestre fit apporter par un diacre les images qui représentaient les apôtres ; et l’empereur ne les eut pas plutôt considérées, qu'il s'écria que c'étaient ceux-là mêmes qu'il avait vus, et qu'il ne fallait pas différer plus longtemps de lui montrer cette piscine que lui avait déjà fait voir l'Esprit-Saint, et que les apôtres, disait-il, lui avaient assurée devoir être l'instrument de son salut. C'est ainsi, comme il a dit déjà, que les images des saints ont été dès le principe de notre foi en vénération chez tous les chrétiens, qu'elles ont été peintes et représentées dans les églises, afin que les païens voyant dans ces tableaux l'histoire même des livres saints, quittassent le culte des idoles et les prestiges des démons pour suivre la lumière du christianisme et s'attacher au vrai Dieu, et que, comme l'a dit saint Grégoire, ce grand docteur, évêque de ce même siège apostolique, ceux qui ne connaîtraient pas les lettres pussent lire au moins sur les cœurs ce qu'ils ne pourraient pas lire dans les livres. C'est pour cela, en effet, que les Pères dont la doctrine a le plus d'autorité ont prescrit de représenter dans les églises les faits de la divine Ecriture et les actions des saints, et tous les empereurs orthodoxes et pieux, tous les prêtres et les religieux serviteurs de Dieu, toute la société des chrétiens en un mot, fidèles à la tradition qu'ils ont reçu des saints Pères dès les temps les plus anciens, ont conservé avec respect ces images et ces peintures pour s'en servir comme de mémorial et s'exciter à la componction, et même dans cette partie où est le siège de votre empire, les même habitudes de piété se sont conservées jusqu'au règne de votre bisaïeul. Mais celui-ci, suivant les inspirations de certains impies, a renversé ces saints images ; p.374 fin p.375 début et telle est la source de cette grande erreur répandue aujourd'hui dans l'empire grec, de cet énorme scandale donné au monde entier. Mais malheur, comme l'atteste la vérité elle-même, à celui par qui les scandales sont venus dans le monde ! " Dans la suite de cette même lettre, le pape produit des exemples et des témoignages de nos livres saints, et il ajoute l'extrait suivant du discours de saint Grégoire de Nysse sur le patriarche Abraham : " J'ai vu bien des fois le tableau de ce sacrifice (d'Isaac), et à chaque fois je n'ai pu m'empêcher de verser des larmes, en voyant l'art avec lequel le peintre avait pu mettre cette histoire sous nos yeux. . . . . Dans la lettre écrite par saint Basile contre Julien l'apostat, ce grand saint disait : . . . . . Je confesse que la personne du Fils envoyé du ciel s'est incarnée, et que sainte Marie qui l'a enfanté selon la chair est mère de Dieu. . . Je vénère aussi les saints apôtres, les prophètes, les martyrs, qui intercèdent pour moi auprès de Dieu, afin que, par leur intervention, notre Dieu qui est toute bonté me soit propice, et m'accorde miséricordieusement le pardon de mes péchés : c'est pourquoi je me fais gloire d'honorer et de vénérer les images qui les représentent.

Car cet usage nous ayant été transmis par les saints apôtres, nous ne pouvons pas l'abolir, et nous nous faisons au contraire un devoir de mettre ces saintes images dans toutes nos églises. " Le pape invoque ensuite les témoignages de saint Chrysostôme, de saint Cyrille, de saint Athanase, de saint Ambroise, de saint Etienne, évêque de Bostra ; voici en particulier ce qu'il rapporte des écrits de ce dernier : " Toute image est sainte, dès-là qu'elle représente Notre-Seigneur, les anges, les prophètes, les apôtres, les martyrs ou les justes. Car ce n'est pas le bois que nous honorons, mais celui qui est représenté et reproduit sur ce bois. Nous honorons bien et nous saluons révérencieusement les princes, quoique ce soient des pécheurs. Pourquoi donc n'honorerions-nous pas les saints serviteurs de Dieu, et ne ferions-nous pas représenter des images en leur mémoire, afin de nous empêcher de les oublier ? " Cette lettre du pape Adrien fut lue à la seconde session du concile général de Nicée, qui l'approuva (La lecture de cette lettre au concile souffrit, il est vrai, des difficultés, comme le rapporte Anastase (LABB., Conc., t. VII, col. 115) ; mais ces difficultés avaient un tout autre objet que le culte des images. Sur ce dernier point, la lettre du pape Adrien obtint une adhésion unanime).

p.375 fin p.376 début

6. Dans le même concile, act. III, on approuva la lettre des évêques d'Orient (Le passage cité ici est plutôt de la lettre synodique de Théodore, patriarche de Jérusalem, qui fut également approuvée dans cette même session du concile) à Taraise, patriarche de Constantinople, où les évêques disaient entre autres choses : " Nous révérons les saintes images, savoir, celle de Jésus-Christ, Verbe de Dieu, Notre-Seigneur et notre Sauveur, qui s'est incarné pour nous, et a pris la forme d'esclave. . . . . Nous vénérons aussi l'image de sa très-pure et très-sainte Mère, notre maîtresse, qui l'a conçu et enfanté d'une manière ineffable. Nous honorons semblablement les images des saints apôtres, des prophètes, des glorieux martyrs, des confesseurs et des justes, comme d'autant d'amis de bien ; non que nous nous fassions un objet de culte de la matière ou des couleurs qui constituent ces images, mais nous nous en servons pour témoigner à ceux qu'elles représentent l'honneur qui leur est dû, persuadés de ce que dit Basile-le-Grand, que l'honneur décerné a l'image se rapporte à son modèle. "

7. Dans le même concile, act. IV, on produisit grand nombre de témoignages de l’Ecriture-Sainte et des saints Pères et quelques histoires propres à montrer que le culte des images est pieux et utile. Parmi ces traits, qu'il serait trop long de rapporter tous, est celui dont saint Chrysostôme fait mention dans son panégyrique de saint Mélèce, que beaucoup de personnes avaient fait représenter le portrait de ce saint évêque sur leurs anneaux sur leurs coupes, sur les murs de leurs chambres, partout enfin. Dans le discours où il avait à prouver que le législateur du nouveau Testament est le même que celui de l'ancien, le saint docteur disait encore : " J'ai vu avec ravissement un tableau très propre à inspirer là piété, et qui était de cire fondue.

" Le concile citait encore l'extrait suivant du discours de saint Grégoire de Nysse sur la divinité du Fils et de l'Esprit-Saint, et sur Abraham : " J'ai vu souvent ce tableau, et en le voyant je n'ai pu retenir mes larmes, tant il retraçait vivement cette touchante histoire. On voyait Isaac à genoux devant l'autel du sacrifice, les mains retournées sur le dos. " On lut aussi l'écrit de saint Athanase sur l'image de Jésus-Christ qui se voyait à Béryte, et que les juifs avaient crucifiée (Noël Alexandre soutient (Hist. eccles., sæc. IV, c. VI, art. VIII, p. 294, édit. de Venise), contre Combefils, que cet écrit n'est pas du saint patriarche d'Alexandrie, et qu'il doit être plutôt du huitième siècle que du quatrième. Adhùc sub judice lis est). On lut encore dans p.376 fin p.377 début cette même session la lettre de saint Nil au proconsul Olympiodore, qui avait résolu de bâtir un temple : " Il est de la sagesse d'un chrétien ferme dans sa foi, de ne placer qu'une croix à l'orient dans le sanctuaire du temple, puisque c'est par la vertu d'une seule croix que le genre humain a été racheté, et que c'est dans une seule croix aussi que les plus désespérés doivent retrouver l’espérance. Toutefois, je souhaiterais qu'un habile peintre pût retracer sur les murs latéraux et sur les deux côtés du temple les histoires du nouveau et de l'ancien Testament, afin que ceux qui ne connaissent pas les lettres, ou qui ne peuvent lire l’Ecriture sainte, se rappellent en voyant ces tableaux le souvenir de ceux qui ont fidèlement servi le vrai Dieu, et qu'ils soient excités par ce spectacle, qui leur mettra sous les yeux des faits dont ils n'auront pu être eux-mêmes témoins, à imiter ces grandes et belles actions, qui ont valu à ceux qui les ont accomplies les biens du ciel en échange des misères de la vie présente. "

8. A la fin de la session IV, le même concile dit ces paroles

: " Nous vénérons les saintes images. Attachons-nous aux antiques lois de l'Eglise ; maintenons les règlements de nos pères. Nous disons anathème à ceux qui ajoutent ou retranchent quelque chose dans les pratiques de l’Eglise. Nous disons anathème à l'erreur nouvelle des accusateurs des chrétiens. Nous saluons les saintes images. Nous anathématisons ceux qui les rejettent ; anathème aux accusateurs des chrétiens, c'est-à-dire aux iconoclastes, etc. "

9. L'action ou session VI contient une réfutation des hérétiques qui avaient condamné les images dans le conciliabule de Constantinople, sous l'empereur hérétique Léon : leurs arguments avec leurs erreurs sont rapportés par un certain Grégoire de Néo-Césarée, qui avait été de la secte, mais l'avait quittée et réfutée avec solidité par le diacre Epiphane, au nom de tout le concile. Cette action ou session est divisée en six tomes ou parties. Le quatrième de ces tomes contient le passage suivant : " Que le culte des images nous vienne par tradition, comme bien d'autres pratiques qui s'observent dans l'Eglise sans que l’Ecriture en dise rien, c'est ce que nous montre l'histoire de tous les temps, à remonter jusqu’à celui des apôtres, et en particulier ce que rapportent beaucoup d'écrivain de ce groupe de sculpture qui représentait l'hémorroïsse aux pieds de Notre-Seigneur, et que cette femme avait fait élever elle-même. Elle y était représentée p.377 fin p.378 début tenant par la frange le vêtement de Notre-Seigneur, de la manière que le rapporte l'évangéliste, action qui lui valut la guérison. En outre, le grand Basile, dont les écrits ont été répandus dans le monde entier, fait mention des images dans plusieurs de ses opuscules. Grégoire, évêque de Nysse, doublement son frère, et par le sang, et par l’esprit qui l'animait, fait voir qu'il pensait de même dans son discours sur Abraham. L'autre Grégoire (de Nazianze), surnommé le Théologien, dit la même chose dans son poème sur la vertu. Jean, surnommé la bouche d'or (Chrysostôme) à cause de son éloquence, ne parle pas autrement dans son éloge funèbre de Mélèce, évêque d'Antioche, et dans celui de ses discours qui a pour titre, que le législateur du nouveau Testament est le même que celui de l'ancien. Cyrille, ce grand adversaire de l'hérésie de Nestorius, dans sa lettre à Acace évêque de Scythopolis, Anastase évêque de Théopolis, Sophronius, Maxime, et pourquoi en nommer seulement quelques-uns ? tous nos pères sans exception ont admis les images. En disant donc que la tradition des Pères est pour eux, nos adversaires se convainquent eux-mêmes de mensonge. "

10. Enfin, dans la septième session ou action, le concile œcuménique de Nycée dit dans sa définition de foi : " Nous déclarons d'une voix unanime que les traditions ecclésiastiques, soit consignées dans les écrits, soit attestées seulement par la coutume, doivent être maintenues fidèlement ; et de ce nombre est la vénération des images, qui est en rapport parfait avec l'histoire évangélique, comme très-propre à nous affermir dans la foi de l'incarnation véritable et non fantastique du Verbe divin, et à nous procurer d'autres semblables avantages. " Puis vient la définition rapportée dans la question précédente, témoignage 62, page 347 et suivantes. Après que tous les Pères eurent souscrit, le concile s'écria : " Nous croyons tous ainsi, nous avons tous le même sentiment, nous avons tous souscrit en témoignage de notre approbation. Cette foi est celle des apôtres, celle des Pères, celle de tous les orthodoxes, celle de l'univers entier. Comme nous croyons en un seul Dieu subsistant en trois personnes, ainsi vénérons-nous les images. "

11. Le huitième concile général, tenu à

Constantinople, dit dans son canon 3 : " Nous décidons que l'image sacrée de Jésus-Christ Notre-Seigneur et Sauveur de tous les hommes, ne doit pas être moins honorée (adorari) que le livre des saints évangiles. Car de même que chacun trouve un principe de salut dans p.378 fin p.379 début les paroles que contient ce livre sacré, de même savants et ignorants profitent sans peine de l'instruction qu'offrent ces images enrichies de couleurs. Car ce que prêchent les paroles est également prêché par les peintures sacrées. Et il convient que, comme le veut la raison ainsi que l'antique tradition, on rende, à cause de l'honneur que l'on doit aux originaux, un honneur secondaire aux images qui les représentent, tout aussi bien qu'au livre sacré des évangiles et à l'image de la croix. "

12. S. AUGUSTIN, Lib. I De consensu evangelistarum, c. 10, parlant de ceux qui prétendaient faussement avoir trouvé des livres de Jésus-Christ adressés à saint Pierre et à saint Paul, et qui contenaient des leçons de magie, dit ces paroles : " Comme ils voulaient faire accroire que Jésus-Christ avait écrit de semblables choses à ses disciples, ils cherchèrent en eux-mêmes quels pouvaient être ceux à qui Jésus-Christ aurait écrit de préférence et confié plus volontiers de tels secrets, qu'il honorait en un mot de sa familiarité ; et ils pensèrent tout de suite à Pierre et A Paul, sans doute parce qu'ils avaient vu souvent ces apôtres représentés sur un même tableau avec lui, et aussi parce que Rome réunit dans une même solennité la fête de ces deux apôtres, couronnés le même jour par le martyre. "

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