Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 34)
13. S. DAMASE, pape, Lib. pontifical. in vitâ Sylvestri : "
C'est de son temps (de saint Sylvestre) que l'empereur Constantin bâtit et orna plusieurs églises, entre autres la basilique Constantinienne, où il déposa les offrandes suivantes : un faîte d’argent portant sur le devant l'image du Sauveur assis sur un siège de cinq pieds de haut, pesant cent vingt livres (d'autres exemplaires portent trois cent dix). Et les douze apôtres ayant chacun cinq pieds, pesant quatre-vingt-dix livres avec des couronnes de pur argent. Sur le derrière vers l'apside était de nouveau représenté le Sauveur assis sur un trône de cinq pieds d'un argent très-pur, pesant cent quarante livres. De plus, quatre anges d'argent de cinq pieds, pesant chacun cent cinquante livres et ornés de pierreries d'Alabande (cum gemmis alabandenis). . . . . Sur le bord de la fontaine, un agneau d'or très-pur qui, tenant la fontaine elle-même par un tuyau d'amiante (annexum ex stypâ ammianti), y verse l'eau ; cet agneau pèse trente livres. A sa droite, le Sauveur représenté en argent très-pur de la hauteur de cinq pieds, et pesant cent soixante-dix livres. A la gauche de l'agneau, un saint Jean-Baptiste en argent, de la hauteur de cinq pieds, portant cette inscription : Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi, et p.379 fin p.380 début pesant cent livres. . . . . Sur le tombeau de saint Pierre, et sur le couvercle de ce tombeau, Constantin fit représenter une croix d'un or très-pur, du poids de cent cinquante livres. Une croix d'or aussi sur la châsse de l’apôtre saint Paul, et qui pese cent cinquante livres. "
14. S. ATHANASE, in libello de passione imaginis Domini nostri Jesu christi, qualiter crucifixa est in Syriâ, in urbe Beryto, c. 4 (On donna lecture de cet écrit de saint Athanase au septième concile général tenu à Nicée, act. IV, comme nous l'avons déjà rapporté plus haut, et comme on peut le voir dans la collection des conciles de Labbe, t. VII, col. 217 et seq. Le passage reproduit ici ne s'y trouve pas cependant. Voir sur l’autorité de cet écrit ce que nous en avons dit plus haut, témoignage 7, page 376) : " Après que tous les malades eurent été guéris (en frottant leurs plaies avec le sang qui avait coulé de l'image), les juifs tous ensemble coururent à l’église de la même ville, où ils trouvèrent le métropolitain. Ils se jetèrent à ses pieds, et confessèrent leur crime en poussant de grands cris. Le métropolitain leur ayant demandé les détails de cette histoire, ils lui montrèrent la sainte image de Notre-Seigneur, et lui racontèrent toutes les indignités qu'ils avaient exercées sur elle, le miracle du sang et de l'eau qui avaient coulé de son côté au moment où ils l'avaient percé d'une lance, et enfin les miracles de guérison qu'elle avait opérés. L'évêque leur demanda comment ils avaient trouvé cette image, ou de quelle personne ils l'avaient reçue. Ils lui répondirent qu'elle venait d'un chrétien qui avait demeuré près de leur synagogue, et qui l'avait laissé par oubli dans cette maison, en changeant de demeure. Aussitôt le métropolitain manda ce chrétien, et dès que celui-ci fut venu, il le fit comparaître à son tribunal. Aux interrogations qui lui furent faites, ce chrétien répondit que cette image venait de Nicodème, le même qui était venu trouver Jésus pendant la nuit, qui l'avait faite de ses propres mains, et l'avait laissée à Gamaliel au moment de sa mort. Gamaliel, dont Paul, le docteur des gentils, avait été le disciple, voyant sa fin approcher, l'avait remise à Jacques, Jacques à Siméon, Siméon à Zachée, et elle avait ainsi continué à passer de main en main dans la ville de Jérusalem, jusqu'à l’époque de la destruction de cette ville, arrivée quarante-trois ans après l'ascension de Notre-Seigneur. Mais deux ans avant que Titus et Vespasien détruisissent cette ville, les fidèles et les disciples de Jésus-Christ furent avertis par l'Esprit-Saint de sortir p.380 fin p.381 début de la ville et de se réfugier dans les états du roi Agrippa, qui avait fait alliance avec les Romains. En quittant Jérusalem, les chrétiens emportèrent avec eux dans ce nouveau pays tout ce qui servait au culte de notre religion, ou qui pouvait y avoir rapport. Ainsi transportée en Syrie, cette image y est restée jusqu'à notre temps ; je l'ai reçu de mes parents à leur mort, et je l'ai possédée ainsi par droit d'héritage jusqu’à ce jour. Voilà ce qui explique d'une manière claire et certaine comment cette sainte image de notre divin Sauveur est passée de Judée en Syrie. "
15. S. GRGOIRE, Lib. IX, epist. IX, ad Serenum Massiliensem episcopum : " On nous avait rapporté que, par un zèle inconsidéré, vous aviez brisé les images des saints, sous prétexte qu'on ne devait pas les adorer. Nous vous avons loué et avec raison, d'avoir défendu de les adorer, mais nous vous avons blâmé de les avoir brisées. Dites-moi, mon frère, connaissez-vous un prêtre qui ait jamais fait ce que vous avez fait ? Si vous n'en connaissez point, cela seul ne devait-il pas vous détourner de le faire, au lieu de vous croire le seul saint et le seul sage, au mépris de tous vos collègues. Car autre chose est d'adorer un ouvrage de peinture, autre chose est de s'aider d'un ouvrage de peinture pour savoir ce qu'on doit adorer. Car ce que l’Ecriture est pour ceux qui savent lire, la peinture l'est pour ceux qui ne savent pas lire, et qui, malgré leur ignorance des lettres, peuvent y apprendre facilement leurs devoirs. C'est pourquoi la peinture est le principal livre du peuple. Et c'est ce que vous deviez particulièrement considérer, vous qui vivez parmi un peuple ignorant ; vous deviez craindre de scandaliser ces hommes grossiers, en vous laissant emporter, quoique avec les meilleures intentions du monde, par un zèle imprudent. Il ne fallait pas briser ce qui avait été placé dans les églises, non pour y être un objet d'adoration, mais uniquement pour servir d'instruction aux simples. Et puisque nos pères ont sagement permis de peindre dans les églises les vies des saints, si vous aviez assaisonné votre zèle d'un peu plus de discrétion, vous auriez pu certainement obtenir avec bonheur ce que vous aviez en vue, et au lieu de disperser votre troupeau, le retenir ou le rassembler autour de vous ; et alors le nom de pasteur vous appartiendrait à juste titre, au lieu de celui de dissipateur que vous avez peut-être mérité. "
16. Le même, Lib. VII, indict. Secundâ, epist. LIII ad
Secundinum : " Nous vous avons envoyé les images que vous nous p.381 fin p.382 début avez prié de vous adresser par le diacre Dulcide. Votre demande nous a été d’autant plus agréable que le désir d’avoir cette image prouve que vous aimez celui que cette image représente. Ce n'est pas sans utilité que nous nous servons des choses visibles pour nous élever à la contemplation des choses invisibles.
Ainsi un homme qui désire avec ardeur voir un autre homme, ou telle autre personne qu'il aime, se place sur la route par où cette personne doit passer en se rendant, soit à l'église, soit au bain, pour jouir de sa vue, ne serait-ce qu'un instant. Je sais bien que vous ne demandez pas l'image du Sauveur pour honorer cette image elle-même comme votre Dieu, mais pour que, vous rappelant le Fils de Dieu, elle vous embrase d'amour pour celui que vous y voyez représenté. Et nous aussi, nous ne nous prosternons pas devant cette image comme devant une divinité ; mais nous adorons celui que cette image nous rappelle être venu au monde, avoir souffert sur la croix, et être maintenant sur son trône dans le ciel. Et en même temps que cette image nous sert comme d'écrit pour nous rappeler le Fils de Dieu, elle réveille en nous les sentiments, soit de joie à la pensée de sa résurrection, soit de componction au souvenir de sa mort. C'est pourquoi nous vous avons envoyé par notre fils déjà nommé l'image de notre divin Sauveur, celle de sa sainte Mère et celles des bienheureux apôtres Pierre et Paul, une croix et une clef qui a reçu sa bénédiction de l'attouchement du très-saint corps de Pierre, prince des apôtres, afin que vous soyez protégés contre les pièges du démon par celui dont vous garderez le signe pour votre sauvegarde ; qu'il vous défend contre celui qui voudrait continuellement réveiller en vous les passions de la jeunesse ; et que, persévérant dans les bonnes œuvres, vous inspiriez aux autres l'amour de celui qui vous a fait tout ce que vous fîtes, pour qui vous devez vivre, et pour qui vous devriez même mourir. Vivez toujours sous la protection de Jésus, qui a daigné racheter le monde. "
17. Le même, ibidem, epist. CIX ad Serenum Massiliensem episcopum : " Sachez qu'il nous a été rapporté que votre fraternité ayant vu quelques personnes adorer des images exposées dans des églises, avait brisé ces images et les avait fait disparaître. Nous vous louons de votre zèle, qui n'a pas permis qu'on adorât des ouvrages faits de main d'homme ; mais nous croyons en même temps que vous n'auriez pas dû briser ces mêmes images. Car la peinture est employé dans les églises pour que ceux qui ne p.382 fin p.383 début connaissent pas les lettres puissent lire sur les murailles ce qu'ils ne peuvent lire dans les lèvres. "
18. S. JEAN-DAMASCENE, Lib. IV Orthod. fidei, c. 17 (alias 16). Ce passage est le même que celui que nous avons rapporté plus haut, témoignage 3, page 370 et suiv.
14 : " Puisque j'en suis venu à parler de cette ville (Césarée de Philippe, dite aussi Panéade), il est bon de rapporter ici une histoire qui me paraît tout-à-fait digne d'être transmise à la postérité. On dit que la femme qui souffrait d'une perte de sang, et qui, au rapport des évangélistes (MATT., IX, MARC, V, LUC, VIII), fut guérie par Notre-Seigneur, était native de cette ville, qu'on y montre encore sa maison, et qu'on y voit encore un admirable monument du bienfait qu'elle avait reçu. C'est, à la porte même de cette maison, une statue de bronze placée sur une pierre construite en forme de piédestal, représentant cette femme à genoux, en état de suppliante et les mains étendues ; vis-à-vis d'elle, une autre statue de même matière représentant un homme décemment vêtu d'une robe qui lui descend jusqu'aux talons ; cet homme présente la main à la femme. Il pousse aux pieds de cette statue, et sur son piédestal, une herbe rare et étrangère qui, lorsqu'elle s'élève à la hauteur de la frange du vêtement représenté en bronze, acquiert la vertu de guérir toute espèce de maladies. On dit que cette statue représente fidèlement les traits du Sauveur, et nous-mêmes étant allés à cette ville, nous l'y avons vue encore debout. Et il n'y a point à s'étonner que des hommes sortis de la gentilité se soient portés à cet acte de reconnaissance pour des bienfaits qu'ils avaient reçus du Sauveur, tandis qu'il était parmi eux, puisque nous-mêmes nous voyons des images des apôtres Pierre et Paul, peintes de diverses couleurs, aussi bien que celle de Jésus-Christ, soigneusement conservées jusqu’à nous (Le fait rapporté ici par Eusèbe l’a été aussi par Nicéphore.
Hist. eccl., lib. Vi, c. 18). "
20. SOZOMENE, Hist. eccles., lib. V, c. 20 : " Je vais dire ce qui est arrivé sous le règne même de Julien, et qui fournit la preuve de la puissance de Jésus-Christ en même temps que de la colère de Dieu contre cet empereur. Ayant appris qu'il y avait à Césarée de Philippe, ville de Phénicie appelée aussi Panéade, une fort belle statue de Jésus-Christ que la femme guérie d'un flux de sang y avait fait élever en reconnaissance de sa guérison, ce prince fit p.383 fin p.384 début renverser cette statue, et mettre la sienne à la place. Alors un feu violent descendu du ciel fondit à la hauteur de la poitrine de la statue de Julien, et renversa à terre la tête et le cou, ainsi séparé de la poitrine. Depuis ce moment jusqu'aujourd'hui, on voit cette statue noircie comme par un coup de foudre. Dans ce même temps donc les gentils traînèrent la statue de Jésus-Christ avec tant de violence, qu'ils la brisèrent. Mais les chrétiens en ramassèrent les fragments, et les déposèrent dans l'église, où on les garde encore aujourd'hui. A la base sur laquelle était dressée cette statue, poussait une herbe, comme le rapporte Eusèbe, qui avait la vertu de guérir toute sorte de maladies ; aucun médecin n'a pu dire la nature de celle herbe, quelle que fût leur habilité ou leur expérience.
"
21. NICEPHORE-CALLISTE, Hist. eccl., lib. II, c. 7 : " Abgare (ou Augare) n'ayant pu persuader à Jésus-Christ par la lettre qu'il lui avait envoyée (de se rendre près de lui pour le guérir d'un mal invétéré qui l'affligeait depuis longtemps), désespérant de voir Jésus à cause de la réponse qu'il en avait reçue, et ne sachant plus quel parti prendre, fut inspiré par le désir qu'il avait toujours de le voir, de députer vers lui un peintre habile, à qui il donna l'ordre de prendre exactement ses traits pour lui rapporter son portrait. Le peintre se rendit donc près de Jésus, et se tenant en un lieu élevé, il essayait de la de copier ses traits. Mais comme il ne pouvait venir à bout de son tableau, offusqué qu'il était par l'éclat du visage et par la grâce qui brillait dans tous les traits du Sauveur, celui-ci, qui s'en aperçut, lui demanda un tissu de lin, qu'il trempa dans l'eau et appliqua ensuite sur son visage ; puis il le rendit au peintre pour le porter à Abgare. On dit aussi que le roi de Perse envoya un peintre aussi ingénieux qu'habile, et qu'au comble de ses vœux, il put obtenir bientôt par ce moyen non-seulement l'image de Jésus-Christ, mais aussi celle de son admirable mère. Tout cela est tiré des tablettes ou des archives de la ville d'Edesse, qui était alors le siège d'une monarchie : car ces faits avaient été consignés dans les registres publics. L'histoire du règne d'Abgare contenait aussi le même récit traduit du syriaque. "
22. Ibidem, c. 43 : " On dit que ce fut saint Luc qui le premier fît le portrait de Jésus-Christ, de la Vierge qui l'enfanta, et des principaux apôtres, et que c'est de là que se sont répandues dans tout l'univers ces images si vénérables et si précieuses. "
23. Le même, Lib. VI, c. 16 : " Nous n'ignorons pas que l'on conserve jusqu'à ce jour en bien des lieux les images coloriées p.384 fin p.385 début des saints apôtres Pierre et Paul, de Jésus-Christ lui-même et de la Vierge mère qui l'enfanta si miraculeusement. C'est à l'apôtre Luc que l'on doit ces ouvrages ; ce fut lui qui peignit ces images de ses propres mains ; et à son exemple d'autres anciens ont témoigné de la même manière leur reconnaissance à ceux à qui ils devaient le bienfait de la foi. "
24. NICETAS CHRONIATE, Lib. V de rebus gestis Manuelis Comneni imperatoris : " Après avoir vaincu les Pannoniens, l'empereur, au comble de la joie de cette victoire, en rendit grâces à Dieu, et dépêcha des courriers sur-le-champ pour en porter la nouvelle à Constantinople : et lui-même, peu de jours après, de retour à la ville impériale, il y entra en triomphe par la porte orientale, qui regarde la citadelle, en donnant toute la pompe possible à cette cérémonie pour célébrer une victoire qui lui rapportait tant de gloire, et pour ainsi dire, sans effusion de sang. On étendit tout ce qu'on possédait de draperies de pourpre et d'or, et les habitants accourant de toutes parts comme un torrent qui descend d'une montagne, laissèrent déserts les temples, les maisons, les ateliers, les places publiques, tous les quartiers enfin de cette ville immense. On fit paraître aussi les captifs à ce triomphe. On dressa sur la place même des échafaudages à deux et à trois étages, et tout jusqu'au toit était comblé de spectateurs. Un char tout étincelant d’or et d'argent, attelé de quatre coursiers d'une blancheur plus éclatante que celle de la neige, précédait l'empereur, et sur ce char était l'image de l'invincible mère de Dieu qui avait si puissamment aidé le prince dans cette guerre (" Quibus imposita crat imago invictæ adjutricis et insuperabilis commilitonis matris Dei. "). Derrière ce char paraissaient les parents de l'empereur, ses amis, les sénateurs, les magistrats et les autres dignitaires. Puis l'empereur lui-même s'avançait monté sur un coursier généreux, et relevait par l'éclat de ses ornements la gloire qu'il venait d'acquérir. "
23. Le même, de imperio Joannis Comneni : " Voici une preuve qu'il donna de sa grande piété : Les phalanges romaines ayant peine à soutenir l'effort de leurs audacieux ennemis, il jeta un regard suppliant sur l'image de la mère de Dieu en poussant un gémissement qui témoignait de l'ardeur de sa prière rendue plus vive encore par l'ardeur du combat, et ce ne fut point en vain (" Imaginem Dei genitricis cum gemitu et miserabilibus gestibus intuens, lacrymas bellicis sudoribus calidiores fundebat, nec frustra. "). Car, se sentant aussitôt fortifié par le secours d'en-haut, il battit p.385 fin p.386 début l'armée scythe, de la même manière qu'autrefois Moïse en étendant ses mains vers le ciel, avait exterminé les troupes d'Amalec. "
26. JONAS, évêque d’Orléans a écrit sous le règne de Louis-le-Débonnaire trois livres sur le culte des images, contre Claude, évêque de Turin, partisan de Félix, évêque d'Urgel, le même qui avait été condamné au concile de Francfort, tenu sous Adrien Ier et sous Charlemagne : " Claude avait, au rapport de Jonas qui s'en explique ainsi au commencement de son livre Ier, fait disparaître de toutes les églises de son diocèse, et détruit absolument non-seulement les peintures qui représentaient les faits de l'histoire sainte, mais encore les croix portatives dont la sainte Eglise a coutume de se servir en mémoire de son rédempteur. "
27. S. JEAN-DAMASCENE, a écrit trois livres ou discours contre ceux qui blâment et condamnent les saintes images, et particulièrement contre Léon l’Isaurien, empereur iconomaque ; il y réfute savamment les arguments des iconoclastes, et soutient et défend l'antique tradition de l’Eglise au sujet de l'usage et du culte des saintes images, en citant à son appui de nombreux témoignages des anciens Pères, et beaucoup d'exemples tirés de l'histoire, mais qu'il serait trop long de rapporter.
28. Le second concile de Nicée, Act. VII, dans sa définition
: " Le saint concile s'écria : C'est la foi des apôtres, c'est la foi des Pères, c'est la foi des orthodoxes, c'est la foi à laquelle s'est converti l'univers entier. Nous vénérons les saintes images, en même temps que nous croyons en un seul Dieu subsistant en trois personnes. Que ceux qui agissent autrement, soient frappes d'anathème. Que ceux qui ne pensent pus de même soient chassés de l’Eglise. Nous nous en tenons à l'antique législation de l'Eglise, nous gardons les décrets des Pères, nous anathématisons ceux qui voudraient y ajouter ou en retrancher quelque chose. Nous recevons avec vénération les saintes images. Nous frappons d'anathème ceux qui se conduisent autrement. Anathème à quiconque prétend appliquer aux saintes images ce que l’Ecriture dit des idoles. Anathème à ceux qui appellent idoles les saintes images. Anathème à ceux. qui disent que les chrétiens adorent les images comme autant de divinité. Anathème à quiconque communique sciemment avec ceux qui pensent mal ou qui affectent le mépris des saintes images. Anathème à ceux qui osent accuser l'Eglise d'avoir admis quelquefois un culte idolâtrique. "
29. Le huitième concile général, canon VII :
" Quoiqu'il soit utile de peindre de saintes images et d'enseigner les sciences p.386 fin p.387 début divines et humaines, toutefois il est bon que cela ne se fasse que par des personnes sages. C'est pourquoi nous défendons à tous ceux que le saint concile anathématise de peindre des images et d'enseigner, jusqu’à ce qu'ils se soient convertis. Si donc quelqu'un admet dans les églises de saintes images faites par des personnes qui aient encouru l'anathème du concile, ou leur permet de quelque manière que ce soit d'enseigner, qu'il soit déposé s'il est clerc, ou excommunié s'il est laïque. "
30. NICEPHORE, Hist. eccl., lib. XVI, c. 27 : " Il y avait un certain Xenaïas, nom qui revient en grec à celui de Philomène, perse de nation, esclave de condition, et très-digne suppôt de Satan. S'étant enfui de la maison de son maître sous l'épiscopat de Calandion, il vint à l’Eglise de Dieu en se donnant pour clerc, tandis qu'il n'était pas même régénéré par l'eau du baptême. Calandion ne l'eut pas plus tôt connu pour ce qu'il était et démêlé sa malice, qu'il le chassa de l'Eglise. Mais ensuite Pierre-le-Foulon ayant succédé à Calandion, non-seulement reçu Xenaïas, mais encore il le fit évêque d'Hiérapolis sans même qu'il fît baptisé, et le nomma Philomène. Puis, ayant appris trop tard que celui qu'il avait consacré évêque n'avait pas encore reçu le baptême, il dit, à ce qu'on rapporte, que sa consécration lui en tiendrait lieu. C'est ce Xenaias qui le premier vomit cet audacieux et impudent blasphème : qu'il ne fallait pas vénérer les images de Jésus-Christ et des amis de Dieu. Ce suppôt d'impiété vint donc à la capitale où il fit beaucoup de tumulte avec la multitude de laïques et de moines de la première Syrie et du monastère Cynégétique ou Vénétique dont il s'était fait accompagner ; et il prétendit par ses violences obliger Flavien à condamner le concile de Chalcédoine et la lettre de Léon. "
31. S. GREGOIRE-LE-GRAND, epist. lib. IX epist. IX ad Serenum Massiliensem episcopum. C'est le passage rapporté plus haut, témoignage 15, page 381.
32. Le concile de Trente, sess. XXV, in decreto de invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum et sacris imaginibus : " (Enjoint le saint concile à tous les évêques, etc., d'enseigner au peuple) qu’on doit avoir et conserver principalement dans les églises les images de Jésus-Christ, de la Vierge mère de Dieu, et des autres saints, et qu'il leur faut rendre l'honneur et la vénération qui leur est due ; non que l'on croie qu'il y ait en elles quelque divinité ou quelque vertu pour laquelle on leur doive rendre ce culte, ou qu'il faille leur demander quelque chose, ou mettre en elles sa p.387 fin p.388 début confiance, comme faisaient autrefois les païens qui mettaient leur espérance dans les idoles, mais parce que l'honneur qu'on leur rend se rapporte aux originaux qu'elles représentent ; de manière que par le moyen des images que nous baisons, et devant lesquelles nous nous découvrons la tête et nous prosternons, nous adorons Jésus-Christ et nous rendons nos respects aux saints dont elles portent la ressemblance, ainsi qu’il a été défini et prononcé par les décrets des conciles, et particulièrement du second concile de Nicée contre ceux qui attaquaient les images. "
" Les évêques auront soin aussi de faire entendre au peuple que les histoires des mystères de notre rédemption exprimées par peintures, ou par d'autres représentations, sont faites pour instruire le peuple, l'accoutumer et l'affermir dans la pratique de se souvenir continuellement des articles de la foi ; de plus, que l'on tire encore un avantage considérable de toutes les saintes images, non-seulement en ce qu'elles servent au peuple à lui rafraîchir la mémoire des faveurs et des biens qu’il a reçus de Jésus-Christ, mais parce que les miracles que Dieu a opérés par les saints et les exemples salutaires qu'ils nous ont donnés, sont par ce moyen continuellement exposés aux yeux des fidèles pour que ceux-ci en rendent grâces à Dieu, et qu'ils soient excités à conformer leur vie et leur conduite aux exemples des saints, en s'attachant à adorer Dieu, à l'aimer et vivre dans la piété. Si quelqu'un enseigne quelque chose de contraire à ces décrets, ou qu'il ait d'autres sentiments, qu'il soit anathème. "
33. PAUL diacre, de gestis Longobardorum lib. VI, c. 14: " Dans ce temps-là l'empereur Léon brûla à Constantinople les images des saints. Puis il ordonna au pontife romain de faire de même, s'il voulait conserver la faveur impériale. Mais le pontife rejeta avec mépris cette proposition. Toutes les troupes des pays de Ravenne et de Venise résistèrent d’un commun accord à de semblables ordres, et se seraient donné un empereur, si le pontife ne s'y fût opposé. Alors l'empereur Léon en vint aux derniers excès, obligeant tous les habitants de Constantinople, moitié par violence, moitié par caresses, à lui remettre tout ce qu'ils avaient d'images du Sauveur, de sa sainte Mère et de tous les saints, et il les fit brûler toutes ensemble au milieu de la ville. Et comme beaucoup de personnes d'entre le peuple voulaient empêcher un pareil attentat, il fit trancher la tête à quelques-uns, et mutiler les autres. Le patriarche Germain, ayant refusé de partager l'erreur du prince, fut déposé de son siège, et le prêtre Anastase ordonné à sa place. "
p.388 fin p.389 début
35. JEAN, patriarche de Jérusalem, in vitâ S. Joannis
Damasceni : " L'univers entier était enveloppé de ténèbres profondes et d'une nuit horrible, et l'éclat des saintes images en était obscurci. L'auteur de ces ténèbres n’était pas un homme de la lie du peuple qui n'aurait pu répandre sa malice que dans quelque coin ignoré de la terre ; mais celui qui tenait en quelque sorte les deux bouts de l'empire du monde, l'empereur des Romains lui-même. Ce prince, enflé de sa puissance, faisait tous ses efforts pour abolir en tous lieux le culte des saintes images. C'est pourquoi avec la fureur d'un lion, et vraiment digne de son nom de Leo, il faisait déchirer le corps de ceux qui vénéraient ces images, ou bien il les faisait fuir par ses rugissements, et inspirait partout une telle terreur, que la plupart des fidèles se cachaient dans des souterrains, et se croyaient plus en sûreté avec les lions et les dragons, qu'avec l'empereur et ses officiers. Quelques-uns même saisis d'épouvante s'enfuirent jusqu'aux extrémités du monde. Car, qui pouvait ne pas trembler en entendant les rugissements du lion ? Ils fuyaient devant lui comme ils eussent fait devant un serpent. Mais Jean (Damascène) qui tirait, lui, son nom de la grâce de Dieu (Le mot Jean signifie en hébreu grâce de Jéhovah), et non de la férocité du lion, rempli qu'il était de l'Esprit-Saint, et enflammé de courroux contre ce serpent d'une espèce nouvelle (car on peut appeler courroux le zèle ardent dont il était animé), ne s'enfuit ni chez les Sarmates avec les Thraces, ni jusqu'aux colonnes d'Hercule avec ceux de Constantinople, ni dans les lieux déserts loin de ce palais où rugissait le lion ; mais tant à Damas où il demeurait, que dans cette solitude de Palestine où il menait la vie monastique, il combattait avec intrépidité contre le lion furieux. Tout éloigné qu'il était du tyran par la distance des lieux, il ne lui en causait pas moins de tourments par ses discours et ses écrits qui lui perçaient le cœur comme autant de pointes acérées trempées et rebattues au feu de l'Esprit-Saint. " Le même auteur rapporte dans cette même histoire que saint Jean Damascène recouvra par l'intercession de la sainte Vierge la main qui lui avait été coupée en punition de son zèle à défendre les saintes images.
p.389 fin p.390 début
Question X
Qu’est-ce qui nous est prescrit par le second commandement ? Le second commandement défend l'abus du nom de Dieu, et les irrévérences dont on se rendrait coupable à cet égard en se parjurant, en blasphémant et en invoquant témérairement le nom de Dieu, ceux des saints et des choses saintes, conformément à ce qui est marqué dans l'Ecriture : Ne jurez point ; contentez-vous de dire, cela est, si cela est, ou cela n'est pas, si cela n’est pas. Ce même commandement nous proscrit ensuite de bien user de notre langue en ne prononçant le nom de Dieu qu'avec beaucoup de respect, de garder nos serments, d'acquitter nos vœux faits à Dieu et à son Eglise, enfin de traiter avec respect la parole de Dieu.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE. 1. Exode, XX, 7 : " Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu, car le Seigneur ne tiendra pas pour innocent celui qui aura pris en vain le nom du Seigneur son Dieu. "
2. Lévitique, XIX, 12 : " Vous ne jurerez point faussement en mon nom, et vous ne souillerez point le nom de votre Dieu. Je suis le Seigneur. "
3. Ibidem, V, 1, 4-6 : " Si un homme pèche, en ce qu'ayant entendu quelqu'un qui faisait un serment, et pouvant être témoin de la chose, ou pour l'avoir vu, ou pour en être très-assuré, il n'aura pas voulu en rendre témoignage, il portera son iniquité. - Si un homme ayant juré et prononcé de ses lèvres ; et confirmé par serment et par sa parole, qu'il ferait quelque chose de bien ou de mal, l’oublie ensuite, et, après cela se ressouvient de la faute qu’il a commise, - qu'il fasse pénitence pour son péché, - et qu'il prenne dans les troupeau une jeune brebis ou une chèvre, qu'il offrira ; et le prêtre priera pour lui et pour la rémission de son péché. " p.390 fin p.391 début
4. Ecclésiastique, XXIII, 9-14,17-20 : " Que votre bouche ne s'accoutume point au jurement ; car en jurant on tombe en bien des manières. - Que le nom de Dieu ne soit point sans cesse dans votre bouche ; ne mettez point dans vos discours le nom des saints, parce que vous ne serez pas en cela exempt de faute. - Car comme un esclave qu'on met sans cesse à la torture en porte toujours les marques ; ainsi tout homme qui jure et qui nomme sans cesse le nom de Dieu ne sera point pur de péché. - Celui qui jure souvent sera rempli d'iniquité et la plaie ne sortira point de sa maison. - S'il ne fait pas ce qu’il a promis avec serment, son péché sera sur lui, et s'il y manque par mépris, il pèchera doublement. - S'il jure en vain, ce ne sera pas une excuse qui le justifie devant Dieu, et sa maison sera remplie de la peine qu'il en souffrira. - Que votre bouche ne s'accoutume point à des paroles indiscrètes, car il s'y trouvera toujours du péché.
- L'homme accoutumé à dire des paroles outrageuses ne se corrigera jamais. "
5. Ibidem, XXVII, 13 : " Le discours de celui qui jure souvent fera dresser les cheveux à la tête, et à ces mots horribles on se bouchera les oreilles. "
6. ZACHARIE, V, 2-4 : " Je vois un livre volant. - Et l'ange ajouta : C'est là la malédiction qui va se répandre sur la face de toute la terre ; car tout voleur sera jugé par ce qui est écrit dans ce livre ; et quiconque jure, sera jugé de même par ce que ce livre contient. - Je le ferai sortir, dit le Seigneur des armées ; il entrera dans la maison du voleur, et dans la maison de celui qui jure faussement en mon nom, et il demeurera au milieu de cette maison, et il la consumera avec tout le bois et toutes les pierres. "
7. Ibidem, VIII, 16-17 : " Que chacun parle à son prochain dans la vérité, etc. ; - N'aimez point à faire de faux serments, car ce sont là toutes choses que j’ai en haine, dit le Seigneur. " 8. Lévitique, XXIV, 14-16 : " Faites sortir du camp le blasphémateur, dit Dieu à Moïse, et que tous ceux qui l'ont entendu lui mettent les mains sur la tête, et qu'il soit lapidé par tout le peuple. - Vous direz aussi aux enfants d'Israël : Celui qui aura maudit son Dieu portera son péché : - Que celui qui aura blasphémé le nom du Seigneur soit puni de mort. Tout le peuple le lapidera, n'importe qu'il soit citoyen ou qu'il soit étranger. Que celui qui aura blasphémé le nom du Seigneur soit puni de mort. "
9. MATTHIEU, V, 33-37 : " Vous savez qu’il a été dit aux anciens : Vous ne parjurerez point ; mais vous vous acquitterez p.391 fin p.392 début envers le Seigneur des serments que vous aurez faits. - Et moi, je vous dis de ne point jurer du tout ; ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; - ni par la terre, parce qu'elle est l'escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi. - Vous ne jurerez pas non plus par votre tête parce que vous ne pouvez en rendre un seul cheveu blanc ou noir : Mais que votre parole soit : Oui, si c'est oui ; non, si c'est non ; mais ce qui se dit de plus vient du mal. "
10. JACQUES, V, 12 : " Avant toutes choses, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par quelque autre chose que ce soit, mais contentez-vous de dire : Cela est, ou cela n'est pas ; afin que vous ne soyez pas condamnés. "
11. Psaume XXXIII, 1 : " Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma bouche. " 12. JEREMIE, IV, 1-2 : " Israël, si vous revenez, dit le Seigneur, convertissez-vous à moi. Si vous ôtez de devant ma face la cause de vos chutes, vous ne serez point ébranlés. - Vous jurerez dans la vérité, dans l'équité et dans la justice, en disant : vive le Seigneur, et les nations béniront le Seigneur, et publieront ses louanges. " 13. Psaume XIV, 1-4 : " Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle, etc. ? - Ce sera celui qui ayant fait un serment son prochain, ne le trompe point. " 14. Psaume LXXV, 12 : " Faites des vœux au Seigneur, et acquittez-vous de ces vœux. "
15. Ecclésiaste, V, 3-4 : " Si vous avez fait un vœu à
Dieu, ne différez point de vous en acquitter ; car la promesse infidèle et imprudente lui déplaît ; mais accomplissez tous les vœux que vous aurez faits. - Il vaut beaucoup mieux ne point faire de vœux, que d'en faire et ne pas les accomplir. "
16. I Timothée, V, 11-12 : " N'admettez point de trop jeunes veuves, parce que la mollesse de leur vie les portant à secouer le joug de Jésus-Christ, elles veulent se remarier, - s'engageant ainsi dans la condamnation, par le violement de la foi qu’elles lui avaient donnée auparavant. "
17. Deutéronome, XXIII, 21-23 : " Lorsque vous aurez fait un vœu au Seigneur votre Dieu, vous ne différerez point de l'accomplir ; parce que le Seigneur votre Dieu vous en demandera compte ; et que si vous différez, il vous sera imputé à péché. - Vous ne pécherez point en ne vous engageant par aucune promesse ; mais lorsqu'une fois une parole sera sortie de votre bouche, p.392 fin p.393 début vous l'observerez, et vous ferez selon ce que vous aurez promis au Seigneur votre Dieu, l'ayant fait par votre propre volonté, et l'ayant déclaré par votre bouche. "
18. Psaume XLIX, 14-16 : " Immolez à Dieu un sacrifice de louanges, et rendez vos vœux au Très-Haut. - Mais Dieu a dit au pécheur : Pourquoi racontez-vous mes justices ? Et pourquoi avez-vous mon alliance dans la bouche ? " 19. II Corinthiens, II, 17 : " Nous ne sommes pas comme plusieurs qui altèrent la parole de Dieu, mais nous la prêchons avec une entière sincérité, comme de la part de Dieu, en présence de Dieu, et dans la personne de Jésus-Christ. " 20. Ibidem, IV, 2 : " Nous rejetons loin de nous les passions qui se cachent parce qu'elles sont honteuses, ne nous conduisant point avec artifice, et n'altérant point la parole de Dieu ; mais n'employant pour nous rendre recommandables envers tous les hommes, qui jugeront de nous selon le témoignage de leur conscience, que la sincérité avec laquelle nous prêchons devant Dieu la vérité de son Evangile. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. Le huitième concile de Tolède, can. 2, s'élève fortement contre les jurements téméraires. Il insiste particulièrement sur l'inviolabilité des serments, conformément à cette parole : Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu. Il enseigne du reste qu'on n'est pas tenu d'observer les serments illicites, comme le témoigne saint Ambroise dans le passage suivant, extrait de son livre I de officiis : " Ce serait quelquefois agir contre le devoir que d'acquitter sa promesse ou de garder son serment, comme fit Hérode qui avait juré d'accorder à la fille d'Hérodiade tout ce qu'elle lui demanderait, et qui fit mettre à mort Jean-Baptiste pour ne pas manquer à sa promesse. Eh ! que dirai-je de Jephté qui immola sa fille venue la première à sa rencontre après sa victoire, pour acquitter le vœu qu'il avait fait de sacrifier à Dieu le premier objet qui s'offrirait à lui ? Il eût mieux valu sans doute ne rien promettre, que d'acquitter sa promesse au moyen d'un parricide. " Saint Ambroise dit de même au livre III : " Il est donc indispensable que nos sentiments soient purs et sincères, que chacun de nous use de simplicité dans son langage, que nous conservions nos corps dans la sainteté, et que personne ne circonvienne son frère par des paroles perfides. On ne doit rien promettre qui ne soit honnête.
p.393 fin p.394 début Que si l'on avait fait une promesse qui ne le fût pas, on serait plus excusable, - de ne pas l'acquitter, que de faire pour l'acquitter quelque chose de criminel. Beaucoup se lient avec facilité par des serments, et lors même qu'ils viennent à s'apercevoir qu'ils n'auraient pas dû faire telle promesse, ils n'en exécutent pas moins ce qu'ils ont promis, par respect, disent-ils, pour le serment qu'ils en ont fait. C'est ce que nous avons déjà rapporté d'Hérode, qui, pour acquitter une honteuse promesse qu'il avait faite à une danseuse, se porta à une action d'une cruauté inouïe. Car quoi de plus honteux, que de promettre un royaume pour prix d'une danse ? Quoi de plus cruel, que d'ordonner la mort d'un prophète pour acquitter un serment ? Combien le parjure dans ce cas n'aurait-il pas été plus excusable que le serment lui-même ? "
Puis, à quelques lignes de là, parlant de Jephté :
" Admirable nécessité, s'écrie-t-il, qui se résout par un parjure ! Il vaut mieux ne pas faire de vœux, que d'en faire que refuse d'accepter celui à qui ils s'adressent. " Le saint docteur dit encore un peu plus loin : " Il ne faut donc pas toujours acquitter ce qu'on peut avoir promis. Dieu lui-même, comme nous l'atteste l’Ecriture (JON., III, 10), rétracte souvent ce qu’il a résolu de faire. " Voilà ce que le concile de Tolède citait de saint Ambroise dans son deuxième canon. Puis le même concile rapporte les paroles suivantes de saint Isidore (Lib. II sentant., c. 31) : " On ne doit pas garder un serment qu'on aurait fait pour appuyer une promesse injuste ou imprudente, tel que celui que ferait quelqu'un de garder la fidélité à une adultère. Car il vaut mieux ne pas garder son serment, que de continuer une union criminelle. " Et ces autres du même saint docteur (de Synonimis): " N'observez point les promesses qui renferment quelque mal, n'acquittez point les vœux de choses honteuses que vous auriez prononcées. N'exécutez point ce que vous auriez imprudemment fait vœu d'exécuter. Ce serait accomplir par un crime une promesse impie. " Les Pères du concile disaient encore à ce sujet : " Lorsque nous nous parjurons, nous offensons le Créateur, mais enfin nous ne blessons que nous-mêmes. Au lieu que lorsque nous accomplissons une promesse nuisible, en même temps que nous faisons acte d'un mépris superbe des volontés de Dieu, nous nuisons à notre prochain avec une cruauté impie, et plus cruels encore envers nous-mêmes, nous nous donnons à nous-mêmes la mort. "
2. Le concile de Trente, sess. IV, in decreto de éditione et usu p.394 fin p.395 début sacrorum librorum : " Après cela, le saint concile désirant encore réprimer l’abus insolent et téméraire d'employer à tout propos les paroles et les passages de l’Ecriture sainte, en les faisant servir à des railleries, à des applications vaines et fabuleuses, à des adulations, à des détractions, et même, à des pratiques superstitieuses, à des charmes impies et diaboliques, à des divinations, à des sortilèges et à des libelles diffamatoires, ordonne et prescrit, en vue d'abolir cette irrévérence et ce mépris des paroles saintes, et pour qu’à l'avenir personne ne soit assez hardi pour en abuser de cette manière ou de quelque autre que ce puisse être, que les évêques répriment par les peines de droit, et autres qu'ils jugeront à propos, tous ceux qui s'en rendront coupables, comme profanateurs et corrupteurs de la parole de Dieu. "
Question XI
Que nous est prescrit par le troisième commandement ?
Le troisième commandement nous ordonne d'employer à de bonnes œuvres le sabbat chrétien qui est le dimanche, et les jours de fête marqués par l’Eglise. Il demande donc de nous, que libres de tout autre soin, nous nous portions tout entiers ces jours-là à rendre à Dieu le culte intérieur et extérieur par la pratique des vertus de foi, d'espérance et de charité. Il demande de nous que, sans nous occuper d'autre chose, nous méditions sur les bienfaits divins, nous accomplissions avec exactitude nos devoirs religieux, et que nous vaquions à la prière tant privée que publique, en nous attachant surtout à adorer Dieu en esprit et en vérité.
D'un autre côté, ce commandement nous défend de travailler les jours de fêtes, de nous y occuper de travaux mécaniques ou de soins profanes, afin que nous puissions nous donner tout entier à un saint repos, fréquentant l’église, et y assistant aux offices publics, mais particulièrement à la messe, et à l'instruction qu'on y donne, de la manière que les personnes appliquées à leurs devoirs religieux ont coutume d'observer ce précepte. p.395 fin p.396 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Exode, XX, 8-11 : " Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat. - Vous travaillerez durant six jours, et vous y ferez tout ce que vous aurez à faire. Mais le septième jour est le jour du repos consacré au Seigneur votre Dieu ; vous ne ferez en ce jour aucun ouvrage, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de service, ni l'étranger qui sera dans l'enceinte de vos villes. - Car le Seigneur a fait en six jours le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui y est renfermé, et il s'est reposé le septième jour ; c'est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l'a sanctifié. "
2. Exode, XXXII, 13-17 : " Ayez soin d'observer mon sabbat, parce que c'est la marque que j'ai établie entre moi et vous, et qui doit passer après vous à vos enfants, afin que vous sachiez que c'est moi qui suis le Seigneur qui vous sanctifie. - Observez mon sabbat, parce qu'il doit être saint à vos yeux ; celui qui l'aura violé sera puni de mort. Si quelqu'un travaille ce jour-là, il périra du milieu de son peuple. - Vous travaillerez pendant six jours ; mais le septième jour est le sabbat et le jour consacré au Seigneur. Quiconque travaillera ce jour-là sera puni de mort. - Que les enfants d'Israël observent le sabbat, et qu'ils le célèbrent d'âge en âge. C'est un pacte éternel - entre moi et les enfants d'Israël, et une marque qui durera toujours. Car le Seigneur a fait en six jours le ciel et la terre, et il a cessé d'agir le septième. "
3. Deutéronome, V, 12-15 : " Observez le jour du sabbat, et ayez soin de le sanctifier, selon que le Seigneur votre Dieu vous l'a ordonné. - Vous travaillerez pendant six jours, et vous y ferez tous vos ouvrages. - Mais le septième jour est le jour du sabbat, c'est-à-dire le jour du repos du Seigneur votre Dieu : vous ne ferez aucune œuvre ce jour-là, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni votre bœuf, ni votre âne, ni aucune de vos bêtes, ni l'étranger qui est au milieu de vous ; afin que votre serviteur et votre servante se reposent comme vous. - Souvenez-vous que vous avez été vous-mêmes esclaves dans l’Egypte, et que le Seigneur votre Dieu vous en a tirés par sa main toute-puissante, et en déployant toute la force de son bras. C'est pourquoi il vous a ordonné d'observer le jour du sabbat. "
4. Lévitique, XXIII, 1-6, 15, 16, 24, 25, 27-32, 34-37 : "
Le Seigneur parla encore à Moïse et lui dit : " Parlez aux p.396 fin p.397 début enfants d'Israël, et dites-leur : Voici les fêtes du Seigneur que vous appellerez saintes. - Vous travaillerez pendant six jours : le septième s'appellera saint, parce que c'est le repos du sabbat. Vous ne ferez en ce jour-là aucun ouvrage, car c'est le sabbat du Seigneur qui doit être observé partout où vous demeurerez.
- Voici donc les fêtes du Seigneur qui seront saintes, que vous devez célébrer chacune en son temps. - Au premier mois, le quatorzième jour du mois, sur le soir, c'est la Pâque du Seigneur. - Et le quinzième jour du même mois, c'est la fête solennelle des azymes du Seigneur. - Vous compterez donc depuis le second jour du sabbat, auquel vous aurez offert la gerbe des prémices sept semaines pleines, - jusqu'au jour d'après que la septième semaine sera accomplie, c'est-à-dire cinquante jours ; et alors vous offrirez au Seigneur un sacrifice nouveau dans tous les lieux où vous demeurerez. - Au premier jour du septième mois, vous célébrerez par le son des trompettes un sabbat pour servir de monument, et ce jour sera appelé saint. - Vous ne ferez en ce jour-là aucun œuvre servile, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. - Le dixième jour de ce septième mois sera le jour des expiations ; il sera très-solennel et s'appellera saint. Vous affligerez vos âmes en ce jour-là, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. - Vous ne ferez aucune œuvre servile dans tout ce jour, parce que c'est un jour de propitiation, afin que le Seigneur votre Dieu vous devienne favorable. - Tout homme qui ne se sera pas affligé en ce jour-là, périra du milieu de son peuple. - J'exterminerai encore du milieu de son peuple celui qui en ce jour-là fera quelque ouvrage. - Vous ne ferez donc aucun ouvrage, en ce jour-là ; et cette ordonnance sera éternellement observée par toute votre postérité et dans tous les lieux où vous demeurerez.
- Ce jour-là sera pour vous un jour de repos de sabbat, et vous affligerez vos âmes le neuvième jour du mois. Depuis le quinzième jour de ce septième mois, la fête des Tabernacles se célèbrera en l'honneur du Seigneur pendant sept jours. - Le premier jour sera très-solennel et très-saint. Vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour-là. - Et vous offrirez au Seigneur des holocaustes pendant ces sept jours ; le huitième sera aussi très célèbre et très-saint, et vous offrirez au Seigneur un holocauste ; car c'est le jour d'une assemblée solennelle ; vous ne ferez aucune œuvre servile pendant ce jour. - Ce sont là des fêtes du Seigneur, que vous appellerez très-solennelles et très-saintes, etc. "
5. JEREMIE, XVII, 21-22 : " Voici ce que dit le Seigneur : Veillez p.397 fin p.398 début sur vos âmes, ne portez point de fardeaux au jour du sabbat, n'en faites point entrer par les portes de Jérusalem. - Et n'en faites point sortir hors de vos maisons, aux jours du sabbat, et ne faites point en ce jour d’œuvres serviles ; sanctifiez le jour du sabbat, selon que je l'ai ordonné à vos pères. "
6. ISAIE, LVI, 4-7 : " Voici ce que dit le Seigneur aux eunuques : Pour ceux qui gardent mes jours de sabbat, qui embrassent ce qui me plaît et qui demeurent fermes dans mon alliance ; - je leur donnerai dans ma maison et dans l'enceinte de mes murailles une place avantageuse, et un nom qui leur sera meilleur que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui ne périra jamais. - Et si les étrangers s'attachent au Seigneur pour l'adorer, s'ils aiment son nom pour se donner à son service, et si quelqu'un, quel qu'il soit, garde mes jours de sabbat pour ne pas les violer, et demeure ferme dans mon alliance ; - je les ferai venir sur ma montagne sainte, je les remplirai de joie dans ma maison de prière ; les holocaustes et les victimes qu'ils m'offriront sur mon autel me seront agréables, parce que ma maison sera appelée la maison de prière pour tous les peuples. "
7. Apocalypse, I, 10 : " Je fus ravi en esprit un jour de dimanche. "
8. Actes, XX, 7 : " Le premier jour de la semaine, les apôtres s'étant assemblés pour rompre le pain, Paul leur fit un discours, etc. " 9. I Corinthiens, XVI, 1-2 : " Quant aux aumônes qu'on recueille pour les saints, faites la même chose que ce que j'ai ordonné aux églises de Galatie. - Que chacun de vous mette quelque chose à part chez soi le premier jour de la semaine, l'amassant peu à peu selon sa bonne volonté, afin qu'on n'attende pas à mon arrivée recueillir les aumônes. "
10. JEAN, IV, 23-24 : " Mais le temps vient, et il est déjà venu, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que recherche le Père. - Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. "
12. Nombres, XV, 32-36 : " Or, les enfants d'Israël étant dans le désert, il arriva qu'ils trouvèrent un homme qui ramassait du bois le jour du sabbat. - Et l'ayant présenté à Moïse, Aaron et à tout le peuple, ils le firent mettre en prison, ne sachant ce p.398 fin p.399 début qu'ils devaient faire de lui. -Alors le Seigneur dit Moïse : Que cet homme soit puni de mort, et que tout le peuple le lapide hors du camp. - Ils le firent donc sortir dehors, et ils le lapidèrent et il mourut selon que le Seigneur l'avait commandé. "
13. Lévit. XXIII ; voir plus haut, même question, témoignage
4, page 397.
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, epist. CXIX (al. LV) ad Januarium, c. 12 : " De tous les dix commandements, il n'y a que celui qui regarde le sabbat dont l'observation soit figurative : figure qu'il faut entendre spirituellement, plutôt que de la perpétuer en cessant ce jour-là les œuvres serviles. Car, comme le sabbat était la figure de ce repos spirituel dont le Psalmiste a dit (Ps. XLV, 11) : Soyez en repos, et considérez que c'est moi qui suis le Seigneur ; de ce repos auquel le Seigneur lui-même invite les hommes par ces paroles (MATTH., XI, 28-29) : Venez à moi, vous tous qui gémissez sous le poids de vos peines, et je vous soulagerai ; prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes ; ce précepte fait exception aux autres que nous observons en les prenant à la lettre, sans y chercher de figures. Car nous avons appris à ne point adorer les idoles, à ne point prendre le nom de Dieu en vain, à honorer nos parents, a ne point commettre d’adultères, de meurtres, ni de larcins, ni de faux témoignages, à ne point convoiter la femme de notre prochain, ni tout autre bien qui lui appartienne, sans que ces divers préceptes aient à nos yeux un sens mystique qui nous dispense de les observer à la lettre ; mais nous les observons dans la teneur où ils nous sont intimés. Au lieu que pour le repos du sabbat, nous ne sommes pas obligés de l'observer à la lettre, en étendant ce repos à celui du corps, comme font les juifs, dont l'exactitude à l'observer n'est que ridicule, s'ils ne le rapportent en même temps à un repos spirituel dont ce repos des membres est la figure. Ce n'est donc pas sans raison que nous nous servons, pour exciter en nous le désir de ce saint repos, de tout ce que nous voyons rapporté figurément dans les saintes Ecritures, puisqu'il n'y a d'exprimé ainsi dans le Décalogue que le précepte qui nous prescrit le repos, ce repos que nous cherchons en tout, mais que nous ne pouvons trouver qu'en Dieu (Cf. Les lettres de saint Augustin, Paris, 1684, t. Ier, p. 557-559). "