Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 50)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

17. I Timothée, III, 15 : " Afin que vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et la base de la vérité. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le premier concile de Tolède canon 21, ou confession de foi, art. 12 : " Si quelqu'un dit ou pense en lui-même qu'on doive admettre ou révérer d’autres Ecritures que celles que reçoit l'Eglise catholique, qu'il soit anathème (Cf. LABBE, Conc., t. II, col. 1228, ad annum 400). "

2. S. AUGUSTIN, Serm. 129 de Tempore : "

Si quelqu'un, etc. " Ce sont les mêmes paroles que celles du concile de Tolède quo nous venons de citer.

3. Le même, Lib. XIII contra Faustum manichæum, c. 4 : " Si notre adversaire produit d'autres livres qu'il dise être de nos apôtres, comment leur donnera-t-il de l'autorité si ces livres n'en ont aucune que leur aient reconnue les Eglises de Jésus-Christ établies par les apôtres eux-mêmes, et qui leur ait été continuée depuis cette époque par succession jusqu’à nous ? De quel droit, sachant que je n'ai pas foi en lui, me fait-il valoir des Ecritures, pour que je croie sur leur témoignage e qu'il me rapporte de lui-même, et prétend-il leur concilier de l'autorité tandis que je ne lui reconnais à lui-même aucune autorité ? (Cf. Opera S. Augustini, t. VIII, p. 253, édit. de Montfaucon ; col. 413, édit. de Gaume). "

4. Ibidem, c. 5 : " Qu'avez-vous donc à répondre, quels p.117 fin p.118 début témoignages voudrez-vous recevoir au sujet du Christ, vous à qui déplaisent les témoins étrangers que nous vous produisons ? L'autorité de nos livres, qui ont en leur faveur le consentement de tant de peuples, avec cette longue succession d'apôtres, d'évêques et de conciles, vous est contraire (Cf. Opera S. Augustini, tom. VIII, col. 414, édit. de Gaume). "

5. Le même, Lib. XVIII contra Faustum manichæum, c. 2 : " Si je me mets à vous lire le commencement de l’Evangile de l'apôtre saint Matthieu, où se trouve raconté au long la naissance de Jésus, vous m'interromprez aussitôt pour me dire que cette narration n'est pas de cet apôtre bien qu'elle lui soit attribuée par l'Eglise entière et par toute cette succession d'évêques continuée sans interruption depuis les apôtres jusqu’à nous. Et vous, quels livres aurez-vous à m'opposer ? Sans doute quelque livre de Manichée, qui nie que Jésus soit né d'une vierge. De même donc que je crois que ce livre est de Manichée parce qu'il s'est conservé, depuis le temps de Manichée lui-même jusqu’à vous, dans les mains de ses disciples qui se le sont transmis les uns aux autres par la succession de vos chefs particuliers ; ainsi devez-vous croire que le livre que je vous produis est de saint Matthieu, puisque l'Eglise se l'est transmis sans interruption par la suite de ses évêques depuis le temps de cet apôtre jusqu'à nos jours. Et dites-moi auquel de ces deux livres nous devons nous en rapporter de préférence, à celui de cet apôtre qui s'était mis à la suite de Jésus-Christ pendant que ce divin Sauveur vivait parmi nous, ou à celui de je ne sais quel persan, venu au monde si longtemps depuis ? Mais peut-être que vous m'opposerez aussi quelque autre livre qui porte le nom d'un apôtre du nombre de ceux qui furent choisis par Jésus-Christ, et que vous y lirez que le Christ n'est pas né de Marie ? Puis donc qu'il est inévitable que l'un de ces livres soit menteur, auquel pensez-vous que nous devions ajouter foi ? Est-ce à celui que cette Eglise établie par Jésus-Christ même, propagée par les apôtres et leurs successeurs, répandue par tout l'univers, a reçu dès le commencement, a conservé jusqu'à nos jours, et qu'elle continue de reconnaître et de révérer ; ou bien, est-ce à celui que cette même Eglise ne reconnaît pas, qu'elle réprouve même, en même temps qu'il a pour patrons des hommes amis de la vérité à ce point, qu'ils voudraient trouver des mensonges jusque dans le Christ (Cf. Ibidem, p. 439, édit. de Montfaucon ; col.

675-676, édition de Gaume) ? "

p.118 fin p.119 début

6. Ibidem, c. 4 : " Ou s'il doute que ce soit Matthieu qui ait écrit cette histoire, refusera-t-il de croire au sujet de Matthieu lui-même ce qu'il trouve admis dans cette Eglise qui montre sa suite non interrompue d'évêque depuis le temps où Matthieu vivait jusqu'à nous ; et en croira-t-il de préférence un je ne sais quel nouveau-venu, échappé de la Perse deux cents ans après et même encore plus tard, et qui veut qu'on apprenne plutôt de sa bouche ce que le Christ a fait ou dit : tandis que si l'apôtre saint Paul lui-même, appelé du haut du ciel après l'ascension de Notre-Seigneur, n'avait trouvé les apôtres vivants pour conférer avec eux (Gal., II, 2), et faire voir l'accord de sa doctrine avec la leur, l'Eglise aurait refusé de l'en croire ? Mais quand l'Eglise naissante se fut convaincue qu'il n'annonçait pas un autre évangile que celui que prêchaient ses apôtres, et qu'il vivait dans leur communion, qu'il faisait des miracles tels que ceux qu'ils opéraient eux-mêmes ; dès-lors, grâce à cette recommandation divine, il prit sur elle cette autorité qui fait qu'encore aujourd'hui ses paroles sont recueillies des fidèles comme si c'étaient les paroles du Christ en personne, ainsi qu'il a dit lui-même avec beaucoup de vérité.

Et Manichée a la prétention d’être cru d'autorité par l’Eglise de Jésus-Christ en venant déblatérer devant elle contre des Ecritures qui ont toute cette belle suite de témoignages pour garant de leur authenticité, et par lesquelles elle est particulièrement avertie de dire anathème à quiconque lui annoncera un évangile différent de celui qu'elle a elle-même reçu (Cf. Opera S. Augustini, tom. VIII, pag. 441, édit. de Montfaucon ; col. 677, édit. de Gaume) ! "

7. S. JEROME, Symbol. ad Damasum : " Novum et vetus Testamentum recipimus in eo librorum numero, quem sanctæ Ecclesiæ catholicæ tradit auctoritas. " C'est le passage cité dans le corps de la réponse.

9. Le concile de Laodicée, dans le dernier des canons qui nous en restent, fait l'énumération des livres canoniques du nouveau et du vieux Testament, qui avaient à cette époque autorité dans l'Eglise (Cf. LABBE, Conc., t. I, col. 1507-1508).

10. Le troisième concile de Carthage, canon 47

: " On ne lira point dans l’Eglise d'autres livres que ceux qui sont réputés canoniques. Ce sont : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, p.119 fin p.120 début le Deutéronome, Josué, les Juges, Ruth, les quatre livres des Rois (les 2 livres de Samuel et les 2 livres des Rois de nos jours), les deux livres des Paralipomènes (des Chroniques de nos jours), Job, les Psaumes de David, les cinq livres de Salomon, les douze livres des prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel, Tobie, Judith, Esther, les deux livres d'Esdras, les deux livres des Machabées ; dans le Nouveau- Testament, les quatre livres des Evangiles, le livre des Actes des apôtres, treize épîtres de l'apôtre Paul, une du même aux Hébreux, deux de l'apôtre Pierre, trois de l'apôtre Jean, une de l'apôtre Jude, une de Jacques, un livre de l'Apocalypse de Jean (Cf. LABBE, Conc., t. II, col. 1177, ad annum 397). " A ce concile assistait saint Augustin, qui dans son ouvrage De Doctrinâ christianâ, lib. II, c. 8, donne le même catalogue des Ecritures canoniques (Cf. Opera S. Augustini, t. III, p. 22, édit. de Montfaucon ; col. 48, édition de Gaume).

11. Le concile de Trente, session IV : " Le saint concile de Trente œcuménique et général, légitimement assemblé sous la direction du Saint-Esprit, les trois légats du siège apostolique y présidant, ayant toujours devant les yeux le devoir de conserver dans l'Eglise, en détruisant toutes les erreurs, la pureté même de l’Evangile, qui après avoir été promis d'avance par les prophètes dans les saintes Ecritures, a été ensuite publié premièrement par la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu, et puis par les apôtres auxquels il a donné la commission de l'annoncer à tous les hommes (MARC, 15), comme la source de toutes les vérités qui intéressent le salut et le bon règlement des mœurs, et considérant que cette vérité et cette règle de morale sont contenues dans les livres saints, ou conservées sans écriture dans les traditions, qui reçues par les apôtres de la bouche de Jésus-Christ même, ou communiquées par ces mêmes apôtres, selon que le Saint-Esprit les leur a dictées, sont parvenues pour ainsi dire de main en main jusqu'à nous ; le saint concile, se conformant, à l'exemple de nos Pères dans la foi, reçoit tous les livres, tant de l'Ancien que du Nouveau-Testament, puisque c'est le même Dieu qui est l'auteur de l'un comme de l'autre ; et de même les traditions, soit qu'elles regardent la foi ou les mœurs, comme dictées de la bouche même de Jésus-Christ, ou par le Saint-Esprit, et conservées dans l’Eglise catholique par une succession non interrompue, et il les embrasse avec un pareil respect et une égale dévotion. Et afin que personne ne puisse douter quels sont les livres saints que le concile reçoit p.120 fin p.121 début il a voulu que le catalogue en fût inséré dans ce décret, selon qu'ils sont ici marqués :

De l'Ancien-Testament.

" Les cinq livres de Moïse qui sont ; la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome ; Josué, les Juges, Ruth, les quatre livres des Rois (les 2 livres de Samuel et les 2 livres des Rois de nos jour), les deux des Paralipomènes (des Chroniques de nos jours), le premier d'Esdras, et le second dit de Néhémie ; Tobie, Judith, Esther, Job ; le Psautier de David, qui contient 150 psaumes ; les Paraboles (les Proverbes de nos jours), l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, avec Baruch, Ezéchiel, Daniel ; les douze petits prophètes, savoir : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie ; deux des Machabées, le premier et le second. "

Du Nouveau-Testament.

" Les quatre Evangiles selon saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, saint Jean ; les Actes des apôtres écrits par l’évangéliste saint Luc ; quatorze épîtres de saint Paul, savoir une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon et une aux Hébreux ; deux épîtres de l'apôtre saint Pierre, trois de l’apôtre saint Jean, une de l'apôtre saint Jacques, une de l'apôtre saint Jude, et l'Apocalypse de l'apôtre saint Jean. " Ibidem, canon 1 : " Que si quelqu'un ne reçoit pas pour sacrés et canoniques tous ces livres entiers avec tout ce qu'ils contiennent, tels qu'ils sont en usage dans l’Eglise catholique, et qu'ils se trouvent dans l'ancienne édition Vulgate latine, ou méprise avec connaissance et de propos délibéré les traditions dont nous venons de parler : qu'il soit anathème. "

12. S. AUGUSTIN, contra epistolam Manichæi, quam vocant Fundamenti, c. 5 : " Je demande donc, qu'est-ce que ce Manichée ? Vous répondrez : L'apôtre du Christ. Je ne le crois pas. Maintenant, que direz-vous, que ferez-vous ? Vous me promettiez la science de la vérité et voilà que vous m'obligez de croire une chose que j'ignore absolument. Peut-être que vous me lirez l'Evangile, et que vous essaierez de m'y faire trouver Manichée. Mais si vous aviez affaire à quelqu'un qui ne croirait pas encore à l'Evangile, et qu'il vous répondit : Je n'y crois pas, que pourriez-vous lui répliquer ? Pour moi, je ne croirais pas à l’Evangile, si je p.121 fin p.122 début n'avais pour me porter à y croire l'autorité de l'Eglise catholique. Puis donc que j'ai obéi à ses pasteurs lorsqu'ils m'ont dit : Croyez à l'Evangile, pourquoi ne leur obéirais-je pas de même quand ils me disent : Ne croyez pas à Manichée ? Optez pour tel parti qu'il vous plaira. Si vous me dites : Croyez-en les catholiques, ce sont eux-mêmes qui m'avertissent de n'avoir aucune foi dans vos paroles. Je ne puis donc, si je les en crois, faire autrement que de ne pas vous croire. Si vous me dites : N'en croyez pas les catholiques, vous ne pourrez pas vous servir de l'Evangile pour me faire croire à Manichée, puisque je n'ai cru à l'Evangile lui-même que sur l’enseignement de l’Eglise catholique (Cf. Opera S. Augustini, t. VIII, p. 153, édit. de Montfaucon ; col. 269-270, édit. de Gaume). "

13. Le même, contra Cresconium grammaticum, lib.

I, c. 33 : " Quoique nous ne puissions vous montrer dans l’Ecriture aucun exemple de cet usage (de ne pas rebaptiser les hérétiques), il n'en est pas moins vrai qu'en cela nous suivons la doctrine de l'Ecriture, puisque c'est là nous conformer à l’Eglise universelle, dont l’Ecriture elle-même nous recommande l'autorité : de sorte que, comme l'Ecriture sainte ne peut pas nous induire en erreur, quiconque veut démêler la vérité avec certitude dans cette question obscure, n'a qu'à consulter là-dessus cette même Eglise, sur l'autorité de laquelle l’Ecriture sainte s'est expliquée sans laisser de nuage (Cf. Ibidem, t. IX, p. 406, édit. de Montfaucon ; col. 638, édit. de Gaume). "

14. Le même, De unitate Ecclesiæ contra epistolam Petiliani, c. 22 : " Si maintenant l'hérétique me demande : Comment me recevez-vous ? je lui répondrai aussitôt. Comme vous reçoit l’Eglise elle-même, à laquelle Jésus-Christ a rendu témoignage. Est-ce que vous pouvez savoir la manière dont on doit vous recevoir, mieux que ne le sait le Sauveur lui-même, le céleste médecin de nos âmes ? Vous allez peut-être me dire ici : Lisez-moi donc le passage qui indique la manière dont Jésus-Christ ordonne que soient reçus ceux qui veulent quitter l'hérésie et rentrer dans l'Eglise. Mais ce passage, ni vous ni moi ne pouvons le lire ou le trouver, du moins en termes exprès. Comme donc nous ne trouvons dans l’Ecriture aucun exemple d'hérétiques rentrés dans l'Eglise, je pense que s'il existait quelque grave personnage à qui Notre-Seigneur Jésus-Christ aurait rendu témoignage pendant sa vie mortelle, et qu'il fût consulté de nous p.122 fin p.123 début sur cette question, nous ne ferions nulle difficulté de nous conformer à ses instructions, de peur d'encourir le reproche d'aller contre Jésus-Christ lui-même en refusant de croire celui qu'il aurait autorisé auprès de nous. Or Jésus-Christ a rendu témoignage à son Eglise. De la manière dont vous reçoit notoirement cette Eglise répandue dans le monde entier à partir de Jérusalem, de la même manière devez-vous être reçu de nous. Si vous vous y refusez, vous vous mettez en opposition, au grand détriment de votre propre salut, bien moins avec moi ou tout autre homme qui tient à ne vous recevoir que de cette manière, qu'avec le Sauveur lui-même, puisqu'en cela vous refusez de vous soumettre à l'Eglise qu'il vous recommande de suivre, lui au témoignage duquel vous avouez que c'est un crime de ne pas déférer (Cf. Opera S. Augustini,t. IX, page 379, édition de Montfaucon ; col. 897-898, édit. de Gaume) . "

15. Le concile de Trente, session IV : " Pour réprimer et contenir les esprits inquiets et entreprenants, le saint concile ordonne que dans les questions de foi et de morale qui appartiennent à l'ensemble de la doctrine chrétienne, personne n'ait l'audace, en se confiant en son propre jugement, de détourner l’Ecriture sainte de son sens particulier et de lui donner des interprétations ou contraires à celles que lui a données ou que lui donne notre mère la sainte Eglise, à laquelle il appartient de juger du vrai sens et de la saine interprétation des saintes Ecritures, ou opposées au sentiment unanime des Pères, quand bien même ces interprétations particulières ne seraient pas destinées à être rendues publiques. Les contrevenants seront dénoncés par les ordinaires, et punis par les peines de droit. "

16. VINCENT de Lérins, in Commonitorio adv.

profanas hæres. novitates, comme plus haut, question XI, témoignage 24, pages 77 et suivantes.

17. S. AUGUSTIN, de Trinitate, lib. I, c. 3 : "

Ce serait bien à tort que l'on attribuerait aux livres saints eux-mêmes les erreurs diverses de tant d'hérétiques, qui tous s'efforcent d'appuyer sur le témoignage des Ecritures leurs opinions fausses et séduisantes (Cf. Ibidem, tom. VIII, pag. 752, édit. de Montfaucon ; col. 1159, édit. de Gaume). "

18. S. HILAIRE de Poitiers, dans son livre second adressé à l'empereur Constance, et qu'il lui remit lui-même : " Considérez qu'il n'y a pas un seul hérétique qui ne se vante, bien à tort p.123 fin p.124 début sans doute, de parler conformément aux Ecritures. Ainsi en agit Marcel (d'Ancyre), qui lit la parole de Dieu sans la comprendre. Ainsi Photin, etc. Ils citent les Ecritures sans en avoir l'intelligence ; ils ont la foi à la bouche sans l'avoir dans le cœur. Car il ne s'agit pas de savoir lire les Ecritures, mais de savoir les comprendre ; et ce n'est pas par la révolte, mais par la charité qu'on leur rend hommage. "

19. VINCENT de Lerins, Commonit. adv. prof. hæres.

novitates : " Quelqu'un me demandera ici, est-ce que les hérétiques ne se servent pas aussi du témoignage des saintes Ecritures ? Au contraire, ils s'en servent beaucoup. Car voyez-les mettre à contribution tous les livres de la Bible, les livres de Moïse, ceux des Rois, les Psaumes, les écrits des apôtres, les Evangiles, les Prophètes. Qu'ils soient avec ceux de leur secte, ou avec des étrangers, en particulier ou en public, à table ou à la promenade, parlant ou écrivant, ils n'avancent presque aucun de leurs propres dogmes sans chercher à l'appuyer de quelques paroles de nos livres saints. Lisez les écrits de Paul de Samosate, de Priscillien, d'Eunomius, de Jovinien, et de tant d'autres fléaux de la chrétienté, vous y trouverez des citations sans nombre, et presque pas une page qui n'ait pour relief quelque extrait du Nouveau ou de l'Ancien-Testament. Mais nous devons d'autant plus nous défier d’eux et les craindre, qu'ils se cachent davantage sous ces spécieux dehors. Ils savent bien que leurs doctrines corrompues n'inspireraient que de l'horreur, s'ils les montraient sans voile et dans toute leur nudité : c'est pourquoi ils les assaisonnent en quelque sorte des sentences des Ecritures, pour que ceux qui n'auraient que du mépris pour leurs vaines opinions, soient arrêtés par le respect dû aux divins oracles.

Ils font donc comme ceux qui, voulant faire prendre à des enfants des breuvages amers, étendent du miel sur les bords du vase qu'ils leur présentent, afin que cet âge inexpérimenté, trompé par ce qui lui flatte le goût, prenne sans défiance ce qui lui répugne le plus. C'est aussi contre ce danger que voulait nous prémunir le Sauveur par ces paroles : Défiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous la peau de brebis, et ne sont au fond que des loups ravissants. Qu'est-ce que cette peau de brebis, sinon les paroles des prophètes et des apôtres, qui sont comme une toison dont ces brebis fidèles ont recouvert l'agneau sans tache qui ôté les péchés du monde ? Quels sont ces loups ravissants, sinon les hérétiques avec leurs dogmes pervers, qui portent p.124 fin p.125 début sans cesse la dévastation dans le bercail fidèle et y sèment la division partout où ils en trouvent le moyen ? Pour tromper plus facilement la confiance des brebis, tout en gardant la férocité des loups, ils en dépouillent l'apparence, et se couvrent comme d'une toison de la beauté des divins oracles, pour que chacun, séduit par cette laine molle et soyeuse, se persuade n'avoir rien à craindre de leurs dents meurtrières. Mais que dit le Sauveur ? Vous les reconnaîtrez par leurs fruits (MATTH., VII, 16), c'est-à-dire quand ils viendront, non-seulement à prononcer les oracles de la parole divine, mais aussi à vous les proposer, et qu'ils entreprendront de vous en donner l'interprétation. Alors vous découvrirez leur amertume et leur poison. Alors enfin vous vous apercevrez que l'on rompt la palissade, que l'on remue, que l'on renverse les bornes anciennes, que l'on divise la foi catholique, et que l'on corrompt la doctrine de l’Eglise. Tels étaient ceux que saint Paul démasque dans son épître aux Corinthiens (II Cor., XI, 13) par ces paroles : Ce sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, qui se transforment en apôtres de Jésus-Christ. Qu'est-ce à dire se transformer en apôtres de Jésus-Christ ? Le voici : les apôtres se servaient des paroles de l'Ecriture ; ces faux apôtres s'en servaient également. Les apôtres s'appuyaient de l'autorité des psaumes ; les autres en usaient aussi. Les apôtres alléguaient les prophètes ; ils les alléguaient de même. Mais quand, en venant à l'explication, ils se mettaient à interpréter autrement qu'eux ce qu'ils avaient commencé par alléguer comme eux, alors la simplicité se discernait de la fourberie, la droiture de la perfidie, la vérité du mensonge, les vrais apôtres des faux apôtres. Et en cela rien d'étonnant, nous dit saint Paul : car Satan lui-même se transforme en ange de lumière. Donc, selon cette doctrine, toutes les fois que de faux apôtres, de faux prophètes, de prétendus docteurs, font valoir des témoignages des livres saints, pour en appuyer leurs erreurs en donnant à ces paroles une fausse interprétation, il n'est pas douteux qu'ils n'imitent la perfidie de celui qui les inspire, et qui assurément n'y aurait pas recours, s'il ne savait qu'il n'y a pas pour tromper les simples de moyen plus facile, que de soutenir l'erreur par le mensonge, en la mettant sous le couvert de la parole de Dieu. Mais on me dira : Comment prouvez-vous que le démon se serve de passages de livres saints ? Qu'on lise les Evangiles où il est écrit : Alors le diable le prit (Jésus-Christ), le plaça sur le pinacle du temple, et lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas ;

p.125 fin p.126 début car il est écrit qu'il a donné ordre à ses anges à votre sujet, pour qu'ils vous protègent dans toutes vos voies ; ils vous soutiendront de leurs mains de peur que vous ne heurtiez le pied, contre quelque pierre. S'il cherche à séduire à l'aide de l'Ecriture le Dieu de toute majesté, que ne fera-t-il pas pour nous séduire de même nous autres hommes ? Si vous êtes le Fils de Dieu, lui dit-il, jetez-vous en bas. Pourquoi ? C'est qu'il est écrit, ajouta-t-il.

Ce passage de l'Evangile mérite toute notre attention et toute notre étude, afin qu'avertis par un exemple d'une si grande autorité, lorsque nous les verrons de nouveau alléguer contre la foi catholique certaines paroles des apôtres ou des prophètes nous prononcions sans hésiter que c'est le démon qui nous parle par leur bouche. Car comme ce fut alors le chef des réprouvés qui parla au chef des élus, ce sont aujourd'hui les membres du premier qui tentent les membres du second, les apostats qui s'attaquent aux chrétiens restés fidèles, les méchants aux bons, les hérétiques en un mot aux catholiques. Mais enfin que dit-il ? Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas. C'est-à-dire, si vous voulez être enfant de Dieu, et avoir part à l'héritage céleste, jetez-vous en bas, abandonnez la sublime doctrine et l'antique tradition de l'Eglise, qui elle aussi est le temple de Dieu. Et si vous demandez à l'hérétique qui vous tiendra ce langage, où il a pris et comment il prouve qu'il vous faut abandonner la foi ancienne et universelle de l'Eglise catholique, lui aussitôt de vous répondre : Car il est écrit. Et sans perdre de temps il vous étourdira de passages tirés de la loi, des psaumes, des apôtres, des prophètes dont il altère et dénature le sens, pour vous précipiter des hauteurs de la doctrine catholique où vous trouviez votre sûreté, dans l'abîme sans fond de l'hérésie. "

20. S. JEROME, adversùs Luciferianos, c.

9 : " Que les marcionites, les valentiniens, etc., ne se fassent pas illusion, en tirant vanité des textes de l’Ecriture dont ils appuient ce qu'ils disent : car le démon a aussi allégué des passages de l’Ecriture à son appui, et il s'agit bien moins de savoir lire l’Ecriture, que de savoir la comprendre. Autrement, si nous nous attachons à la lettre, rien ne nous empêchera à notre tour d'inventer des dogmes nouveaux, d'avancer, par exemple, qu'on ne doit pas recevoir à l’Eglise ceux qui ont des souliers aux pieds (MATTH., X, 10), ou qui gardent deux tuniques en leur possession (LUC, IX, 3). "

21. Le même, in caput I ad Galatas : " Marcion et Basilides, p.126 fin p.127 début et tous les autres hérétiques qu’on voudra nommer, n'ont point l'Evangile de Dieu, parce qu'ils n'ont pas l'Esprit-Saint, et qu'ainsi l’Evangile qu'ils enseignent ne peut être que l’Evangile de l'homme. Ne pensons pas en effet que l'Evangile consiste dans les paroles mêmes de l'Ecriture ; il consiste surtout dans le sens qu'on leur attache. Il consiste non dans ce qui en est comme la superficie, mais dans ce qui en fait la substance ; non dans les mots qui en sont comme les feuilles, mais dans les pensées qui en sont la racine ou le solide. Le prophète (MICH., II, 7) a dit de Dieu : Il n'a que des paroles de bonté. Des paroles, c'est-à-dire des pensées. L’Ecriture est utile à entendre, mais pourvu que celui qui la prêche soit en union avec le Christ, en union avec le Père, en union avec le Saint-Esprit. Sans cela, le démon qui se sert aussi du témoignage des Ecritures, et toutes les hérésies auxquelles on peut appliquer ce qu'a dit Ezéchiel (EZECH, XIII, 18), s'en feront des oreillers pour y appuyer la tête des personnes de tout âge. . . . C'est une fonction très périlleuse que d'avoir à parler dans l’Eglise, par le danger que l'on court de faire de l'Evangile de Jésus-Christ en l'interprétant mal, l’Evangile de l'homme, ou ce qui serait pire encore, l'Evangile du démon. "

22. S. HILAIRE, de Trinitate, lib II : " Il s'est trouvé des hommes qui, donnant aux mots des sens étranges, ont abusé de la simplicité de nos livres saints pour leur faire dire non ce que ces livres signifiaient, mais ce qu'ils voulaient eux-mêmes. Après tout, l'hérésie n'est pas dans les paroles dont elle se sert, mais dans le sens qu'elle leur prête, et ce ne sont pas les mots, mais c'est le sens des mots qui fait le crime. "

23. S. EPIPHANE, Hær. 61 contra apostolicos

: " Il faut aussi avoir recours à la tradition. Car tout ne peut pas se trouver dans l'Ecriture. C'est pourquoi les apôtres du Seigneur nous ont donné leur enseignement, moitié par écrit, moitié par tradition, selon ce qu'a dit saint Paul aux Corinthiens (I Cor., XI, 23) : " Ce que je vous ai enseigné de vive voix, Sicut tradidi vobis " ; et ailleurs (I Cor., XIV, 33) : " C'est ce que j'enseigne dans toutes les églises des saints " ; et encore (I Cor., XV, 2) : " Si vous l'avez retenu comme je vous l'ai annoncé, puisque autrement ce serait en vain que vous auriez embrassé la foi, Si tenetis, nasi frustra credidistis. "

24. S. AUGUSTIN, Lib. XI contra Faustum, c. 2 :

" Telle est la force invincible des passages des livres saints que nous vous p.127 fin p.128 début opposons, qu'il ne vous reste plus qu'à dire que ces livres ont été falsifiés. Quels livres donc pourrons-nous vous faire valoir ou vous alléguer désormais, dans quelles Ecritures irons-nous chercher des témoignages contre vos téméraires assertions, si cette prétention de votre part est une fois admise, ou qu'elle soit jugée avoir quelque valeur ?. . . . Eh ! si un autre venait vous dire avec la même témérité que vous, assez à propos toutefois pour déconcerter la vôtre : ce que vous alléguez en votre faveur, c'est ce qui est faux ; ce qui fait contre vous, c'est ce qui est vrai ; que feriez-vous pour lui répondre ? Lui opposeriez-vous un autre livre, dont tous les mots que vous en liriez pourraient être entendus dans le sens de vos erreurs ? Si c'était là ce que vous feriez, vous l'entendriez vous donner un démenti général, et vous dire non d'une partie seulement de ce livre, mais du livre entier : C'est faux. Que feriez-vous alors ? de quel côté vous tourneriez-vous ? Que diriez-vous pour lui prouver l'authenticité de ce livre, son antiquité, la suite de la tradition qui vous l'aurait transmis ? Quand même vous essaieriez de le faire, tous vos efforts n'aboutiraient à rien. Vous voyez de quel poids est ici l'autorité de l'Eglise catholique, qui repose sur une succession non interrompue d’évêques, depuis les apôtres qui lui ont donné des fondements si solides, jusqu'à nous, en même temps que sur le consentement de tant de peuples. "

25. Le même, contra Donatistas, lib. VII, c. 53 : " Il est pour nous de la prudence de ne point avancer témérairement des assertions qui n'auraient en leur faveur ni le jugement préjudiciel d'un concile particulier, ni le jugement définitif d'un concile général ; mais d'affermir avec confiance au contraire ce que nous voyons confirmé par le consentement de l’Eglise universelle, au gouvernement de laquelle préside Jésus-Christ Notre-Seigneur et notre Sauveur. "

26. Le même, in psalmum 57 : " La vérité est au sein de l'Eglise. Quiconque est hors de l’Eglise, est nécessairement hors de la vérité, n’importe qu'il n'y soit jamais entré, ou qu'il en ait été rejeté comme un avorton. "

27. Le canon 58 (al. 56) des apôtres : " Les évêques s'assembleront en concile deux fois chaque année pour conférer entre eux sur la doctrine, et terminer les contestations qui pourraient s'élever dans l’Eglise. "

28. Le premier concile de Nicée, canon 5 : " Il nous a semblé bon qu'on tienne tous les ans deux conciles en chaque province, p.128 fin p.129 début où tous les évêques traiteront en commun ces sortes de questions (touchant les excommuniés) ; et tous déclareront légitimement excommuniés ceux qui seront reconnus avoir offensé leur évêque, jusqu’à ce qu'il plaise à l'assemblée de prononcer un jugement plus favorable à leur sujet. "

29. Le grand concile de Latran, canon 6 : " Ainsi qu'il a été établi anciennement de toute notoriété par nos pères, les métropolitains n'omettront pas de tenir chaque année des conciles provinciaux avec leurs suffragants, pour y traiter avec exactitude de la répression des désordres et de la réforme des mœurs. "

30. S. JEROME, in caput XVIII Matthæi : "

Comme il (Jésus-Christ) avait dit : S'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain, et que celui qui aurait refusé d'écouter son frère aurait pu répondre ou penser en lui-même : Si vous me méprisez, je vous mépriserai ; si vous me condamnez, je vous condamnerai à mon tour ; il confère aux apôtres un pouvoir tout particulier, pour que ceux qui se verront condamnés par une telle autorité sachent bien qu'ici la sentence portée par les hommes est confirmée par la sentence divine, et que tout ce qui est lié sur la terre est lié pareillement dans le ciel. "

Tous les livres