Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 53)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

10. S. CHRYSOSTOME, Homiliâ 60 ad populum

Antiochenum, et hom. 83 (al. 82) in Matthæum : " Ce que Dieu nous donne (dans le sacrement de l’Eucharistie) n'a rien de sensible : tout y est spirituel, quoique revêtu d’emblèmes qui tombent sous les sens. C'est ainsi que dans le baptême l'action est sensible, mais ce que cette action produit, savoir la naissance et la régénération ou rénovation de l'homme, est tout spirituel. Sans doute que si vous étiez un être incorporel, Dieu ne vous eût fait aussi que des dons purement incorporels ; mais comme votre âme est unie à un corps, il vous donne les biens spirituels sous des enveloppes sensibles. "

Question III

Qu’est-ce qu’un sacrement ? Un sacrement est un signe extérieur et visible de la grâce invisible dont Dieu est l'auteur, institué par Jésus-Christ pour nous conférer cette grâce, et par là-même notre sanctification. Ce ne sont donc pas des signes indifférents, que les sacrements de l’Eglise, comme il plaît de les appeler : ce sont des signes certains, sacrés et efficaces, qui ont Dieu même pour auteur et pour garant de leur efficacité. Ce sont des signes, puisqu’ils nous représentent, par ce qui se passe extérieurement dans leur administration, les effets spirituels que Dieu opère invisiblement en nous. Ce sont des signes certains, sacrés et efficaces, puisque non-seulement ils signifient la grâce, mais qu'ils la contiennent en p.147 fin p.148 début outre et nous la confèrent très-certainement pour la sanctification de nos âmes. Car les sacrements, autant qu'il est en eux, pour parler comme saint Cyprien, ne peuvent être sans une vertu qui leur soit propre, et les divins mystères conservent leur majesté, lors même qu'ils sont administrés par des indignes. Dans le sacrement de baptême, par exemple, l'ablution extérieure, qui a pour effet naturel de nettoyer le corps, est un symbole efficace de la purification intérieure, en présentant le témoignage indubitable du changement heureux opéré dans l'âme. De même, dans les autres sacrements, les huiles saintes, les espèces du pain et du vin, et autres semblables matières visibles, ont été convenablement instituées pour nous indiquer et nous conférer en même temps la grâce divine et le salut de notre âme, qui en est l'effet infaillible, à moins que nous n'en approchions dans d'indignes dispositions. Par le Baptême en effet, nous sommes régénérés et renouvelés ; par la Confirmation, nous croissons et nous nous fortifions dans la grâce que nous avons reçu ; par l'Eucharistie, nous sommes nourris et sustentés ; par la Pénitence, nous recouvrons la santé ou même la vie spirituelle que le péché nous aurait fait perdre ; nous recevons de même par les autres sacrements, ainsi que nous le montrerons dans son lieu, des secours analogues à la nature de chacun d'eux. p.148 fin p.149 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Tite, III, 5-6 : " Il nous a sauvés par l’eau de la régénération et par le renouvellement du Saint-Esprit - qu'il a répandu sur nous avec une riche profusion par Jésus-Christ notre Sauveur. "

2. Romains, VI, 3, 7 : " Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort. - Celui qui est mort est délivré du péché. "

3. I Corinthiens, VI, 9-11 : " Ni les fornicateurs, etc., - ne seront héritiers du royaume de Dieu. - C'est ce que quelques-uns d'entre vous ont été autrefois ; mais vous avez été lavés, sanctifiés et justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu. "

6. Actes, VIII, 14, 17 : " Les apôtres qui étaient à Jérusalem ayant appris que ceux de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, etc. - Alors ils leur imposaient les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit. "

7. Ibidem, I, 8 : " Vous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous me rendrez témoignage dans Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. "

8. LUC, XXIV, 49 : " Je vais vous envoyer le don que mon

Père vous a promis ; cependant tenez-vous dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d'en-haut. "

9. JEAN, VI, 52, 56, 58-59 : " Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement : et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. - Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. - Celui qui me mange, vivra aussi par moi. - Celui qui mange ce pain vivra éternellement. "

10. Ibidem, XX, 23 : " Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. BERNARD, Serm. de cænâ Domini

: " On appelle sacrement ou un signe sacré, ou un secret religieux. . . Aux approches p.149 fin p.150 début de sa passion, Notre-Seigneur s'occupa de pourvoir ses disciples d'une multitude de grâces, qu'il lui plut d'attacher, tout invisibles qu'elles sont par leur nature, à des signes visibles. C'est dans ce but qu'il institua tous les sacrements. Chaque grâce particulière eut dès-lors son sacrement ou son sigle particulier. "

4. S. AMBROISE, Lib. IV, de sacramentis, c. 4 :

" Quel est l'auteur des sacrements, sinon le Seigneur Jésus ? C'est du ciel que ces sacrements nous ont été apportés. "

IV aux Arméniens (Cf. LABBE, Conc., t. XIII, col. 534) :

" Les sacrements de l'ancienne loi ne produisaient pas la grâce, mais figuraient seulement qu'elle serait donnée en vertu des mérites du Christ. Nos sacrements au contraire contiennent la grâce, et la confèrent à ceux qui les reçoivent dignement. "

6. Le concile de Trente, session VI, canon 4 des Sacrements en général : " Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle loi n'ont pas été institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ ou qu'il y en a plus ou moins de sept, qui sont le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage ; ou que quelqu'un de ces sept n'est pas proprement et véritablement un sacrement : qu’il soit anathème. " Canon 2 : " Si quelqu’un dit que les sacrements de la nouvelle loi ne diffèrent des sacrements de la loi ancienne, qu'en ce que les cérémonies et les pratiques extérieures en sont différentes : qu'il soit anathème. " Canon 6 : " Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle loi ne contiennent pas la grâce qu'ils signifient ; ou qu'ils ne confèrent pas cette grâce à ceux qui n'y mettent point d'obstacle, comme si c'était seulement des signes extérieurs de la justice, ou de la grâce qui a été reçue par la foi, ou de simples marques distinctives de la religion chrétienne, par lesquelles on reconnaît dans le monde les fidèles d'avec les infidèles : qu'il soit anathème. " Canon 7 : " Si quelqu'un dit que la grâce, en tant que son effet dépend de Dieu, n'est pas donnée à tout le monde ni tou- p.150 fin p.151 début jours par ces sacrements, quand même on les recevrait avec toutes les conditions requises ; mais qu'elle n'est donnée que quelquefois à quelques-uns : qu'il soit anathème. " Canon 8 : " Si quelqu'un dit de ces mêmes sacrements de la nouvelle loi, qu'ils ne confèrent pas la grâce par la vertu même qu'ils contiennent ; mais que la seule foi aux promesses de Dieu suffit pour obtenir la grâce : qu'il soit anathème. "

7. S. AUGUSTIN, Epist. 23 ad Bonifacium

: " Si les sacrements n'avaient pas quelque ressemblance avec les choses dont ils sont les sacrements, ce ne serait plus des sacrements. "

8. Le même, Lib. de catechizandis rudibus, c. 26 : " Après qu'on lui aura bien inculqué (au catéchumène) que ces signes de choses divines, tout visibles qu'ils sont, se rapportent à des choses invisibles qu'on honore en eux. . . . . "

9. Le même, in psalmum 73 : " Il y a des sacrements qui causent par eux-mêmes le salut, comme il y en a d'autres qui ne font que promettre le Sauveur. Les sacrements de la nouvelle alliance causent par eux-mêmes le salut ; ceux de l'ancienne ne faisaient que promettre le Sauveur. Les sacrements ont été changé, et sont devenus plus faciles, moins nombreux, plus salutaires, plus avantageux. "

10. Le même, in psalmum 77 (Cf. Opera

S. Augustini, t. IV, page 815, édition de Montfaucon ; col. 1166, édition de Gaume) : " Quoique les sacrements fussent communs à tous, la grâce n'était pas à tous commune, et par cette grâce j'entends la vertu des sacrements. "

11. Le même, contra Faustum manichæum, lib. XIX, c. 11 : " Les sacrements ont une vertu merveilleuse, et on ne saurait les mépriser sans sacrilège. Car il y a de l'impiété à mépriser ce que la piété réclame comme lui étant rigoureusement indispensable. "

12. Le même, ibidem, c. 13 : " Les premiers sacrements ont été abrogés, parce que ce dont ils étaient la figure a eu son accomplissement ; et d'autres leur ont été substitués qui sont plus efficaces, plus utiles, en plus petit nombre, et qui s'obtiennent à moins de frais. "

13. Ibidem, c. 16 : " Que sont en effet tous ces sacrements matériels, sinon des choses visibles qui ont une sorte de langage, langage sacré sans doute, mais de nature muable et passagère ? Car si Dieu est éternel, l’eau du baptême et les autres céré- p.151 fin p.152 début monies qui accompagnent ce sacrement, ne sont pas éternelles pour cela ; et d'un autre côté, si ces paroles rapides et qui nous font entendre le nom de Dieu n'étaient pas prononcées, il n'y aurait pas de consécration (ou de sacrement). Ces actions sont transitoires, des sons qui s'évanouissent aussitôt ; mais leur vertu n’en est pas moins permanente, et le don spirituel, qui nous est accordé par leur moyen, a son effet pour l'éternité. "

10 : " Le baptême de Jésus-Christ formulé avec les paroles de l'Evangile est toujours saint, quand bien même il serait administré par des adultères et conféré à des adultères : sa sainteté intrinsèque ne saurait être vicié par l'impudicité personnelle de ceux qui le reçoivent ou qui l'administrent, et il conserve toujours sa divine vertu, soit pour le salut de ceux qui le reçoivent bien disposés, soit pour la perte de ceux qui le reçoivent mal. Si la lumière du soleil, ou même celle d'un simple flambeau, ne contracte aucune souillure de la fange sur laquelle elle se porte, comment le baptême de Jésus-Christ pourrait-il être souillé par les mauvaises dispositions de ceux qui le reçoivent ? "

16. Le même, contra Donatistas, lib. V, c.

20 : " Si Dieu prête sa vertu aux sacrements, et qu'ils soient administrés avec les paroles qu'il a instituées, quels que soient d'ailleurs ceux qui les administrent, ils sont toujours saints, comme ceux à qui ils sont inutiles A cause des mauvaises dispositions avec lesquelles ils les reçoivent, restent toujours mauvais. "

18. S. PROSPER, Sententiâ 69, ex Augustino in psalmum 142 desumptâ : " Le sacrement de la piété peut être reçu par un indigne, mais pour sa condamnation. Car ce qui est bon ne peut convenir à celui qui est mal disposé pour le recevoir. "

IV aux Arméniens (Cf. LABBE, Conc., t. XIII, col. 534-535)

: " De ces sept sacrements, les cinq premiers ont pour objet le bien spirituel particulier à l'individu qui le reçoit ; les deux derniers, le bon gouvernement de l’Eglise et la multiplication de ses enfants. Par le Baptême en effet, nous renaissons à la vie de la grâce. Par la Confirmation, nous croissons en grâce p.152 fin p.153 début et nous sommes fortifiés dans la foi. Ainsi régénérés et fortifiés, nous recevons dans l'Eucharistie un aliment divin. Si le péché a fait contracter quelque maladie à notre âme, la Pénitence est instituée pour nous en guérir. Enfin nous trouvons dans l'Extrême-Onction un remède tant spirituel, que corporel même, selon que cela peut être avantageux à notre âme. Par l'Ordre, l'Eglise entretient ses moyens de gouvernement et de fécondité spirituelle ; par le Mariage, la multiplication même matérielle de ses enfants. "

Question IV

De quelles parties se compose chaque sacrement ? Chaque sacrement se compose de certaines paroles et d'un certain élément matériel. Dans les paroles, qui doivent être certaines et déterminées consiste ce qu'on appelle la forme du sacrement. Dans l'élément extérieur, tel que l'eau, l'huile, le pain, le vin et autres choses semblables, consiste sa matière. A ces deux choses, qui réunies font la substance du sacrement, il faut ajouter les autres conditions nécessaires pour qu'il soit dignement reçu ou convenablement administré, savoir l'institution divine, les qualités particulièrement requises dans le ministre, la droiture d'intention qu'il doit apporter, la foi que doit avoir le fidèle qui le reçoit, et autres accessoires de ce genre.

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le concile de Florence, dans le décret d’Eugène

IV aux Arméniens : " Chacun de ces sacrements requiert trois conditions, un élément qui en soit la matière, des paroles qui en soient la forme, et la personne du ministre qui le confère avec l'intention de faire ce que fait l’Eglise. Si une seule de ces conditions manque, il n'y a pas de sacrement. "

2. S. AUGUSTIN, Tractat. 80 in Joannem :

" Omettez les paroles (du baptême), et l'eau n'est plus autre chose que de l'eau. p.153 fin p.154 début Que la parole s'adjoigne à l'élément, et dès lors le sacrement existe, n'étant lui-même qu'une parole visible. D'où vient à l'eau cette vertu de purifier le cœur en même temps qu'elle lave le corps, sinon de l'efficacité que lui donne la parole, non parce qu'elle est prononcée, mais parce qu'elle est accompagnée de la foi ? Car dans la parole elle-même, autre chose est la parole qui s'évanouit bientôt, autre chose est la vertu qui subsiste. "

3. Le concile de Trente, session VII, canon 10 des

Sacrements en général : " Si quelqu'un dit que tous les chrétiens ont l'autorité et le pouvoir d'annoncer la parole de Dieu et d'administrer tous les sacrements : qu'il soit anathème. " Et canon 11 : " Si quelqu'un dit que l'intention, au moins celle de faire ce que fait l'Eglise, n'est pas requise dans les ministres des sacrements, lorsqu'ils les font et les confèrent : qu'il soit anathème. "

4. Le concile de Florence, décret déjà cité plus haut, témoignage 1, page 153.

Question V

Combien y a-t-il de sacrements ? Il y a sept sacrements, dont Jésus-Christ a fait don à ses apôtres, et par eux à l’Eglise, et que depuis, cette épouse de Jésus-Christ, cette colonne de la vérité, a toujours conservés et dispensés fidèlement. Ces sacrements sont : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage. Peu importe sans doute que les noms de ces sacrements se trouvent ou ne se trouvent pas dans l'Ecriture, pourvu que la chose s'y trouve, et que la parole de Dieu nous atteste leur vérité et leur vertu. Il suffirait de la tradition apostolique manifestée par la pratique constante et universelle de l’Eglise, ainsi que nous l'avons déjà fait voir, pour justifier notre confiance dans la vertu de ces sacrements, quand même l’Ecriture n'en ferait aucune mention. Nous parlerons à part, et à mesure que l'occasion s'en présentera, de l'institution de chacun d'eux. " Les sacrements, comme l'a dit saint Augustin, ce fidèle interprète de l’Ecriture sainte, ont une vertu merveilleuse, et on ne saurait les mépriser sans sacrilège. Car il y a de l’impiété à mépriser ce que la piété réclame comme lui étant rigoureusement indispensable. " Et, comme le même docteur l'enseigne ailleurs : p.154 fin p.155 début " Celui qui méprise cette chose visible que nous appelons sacrement, se rend indigne de toute sanctification invisible. "

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. I Timothée, III, 15 : " Afin que vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et la base de la vérité. "

5. MATTHIEU, XXVI, 26-28 : " Jésus prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. - Et prenant le calice, il rendit grâce, et le leur donna en disant : Buvez-en tous, - car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandue pour plusieurs pour la rémission des péchés. "

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