Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 60)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

21. S. CYPRIEN, Epist. 2 ad Donatum : "

Plongé dans les ténèbres d'une nuit épaisse et flottant au hasard sur la mer orageuse de ce monde, j'errais çà et là, sans savoir quelle route il fallait tenir, étranger à la vérité comme à la lumière. La bonté divine m'assurait que pour être sauvé, il me fallait naître une seconde fois, prendre une vigueur nouvelle dans le baptême, y déposer le vieil homme, et tout en gardant le même corps, me renouveler dans mon esprit et dans mon cœur. Mystère incompréhensible pour moi, et que repoussaient alors mes désordres ! comment un pareil changement est-il possible, me disais-je ? Comment dépouiller en un moment des penchants naturels qui ont vieilli avec nous, ou des habitudes qui se sont fortifiées par le temps ? Non ; ils ont jeté dans notre âme des racines trop profondes (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. par M. de Genoude, t. V bis). "

22. S. BERNARD, Serm. de cænâ Domini

: " Je vous l'ai dit bien des fois, et vous ne devez jamais l'oublier : nous sommes tous tombés par la chute du premier homme. Nous sommes tombés comme sur un tas de pierres et dans la boue ; et nous nous en sommes trouvés non-seulement souillés, mais encore blessés, et blessés mortellement. Nous pouvons, il est vrai, nous laver en peu de temps de nos souillures ; mais il faut bien du temps et des soins pour nous guérir de nos plaies. Nous sommes lavés de nos souillures dans le baptême qui efface le décret de condamnation porté contre nous, et qui nous confère en même temps une telle grâce, que la concupiscence ne peut plus nous nuire, pourvu toutefois que nous ne consentions pas à ses mouvements ; et par-là même est arrêtée l'humeur vicieuse et fétide de cet ulcère invétéré qui ne nous sera plus imputé à damnation, et ne sera plus pour nous une réponse de mort. "

23. S. CYPRIEN, Serm. de baptismo Christi, et manifestatione

Trinitatis (Ce sermon n'est pas de saint Cyprien, et il en est de même du suivant. V. NAT. ALEX., Hist. eccles. III sæc) : " Souvent le ministère des méchants est employé à l'avantage des bons. Il ne faut donc pas s'étonner que l'humilité du Rédempteur lui fasse abaisser sa tête sacrée sous la main d'un homme, et qu'il veuille recevoir le baptême de Jean, quelque faible qu'en fût l'efficacité. Jean préparait la voie au Seigneur en lavant extérieurement les corps, pour que cette purification extérieure servît comme d'annonce au baptême qui bientôt serait donné pour purifier les âmes et remettre les péchés. L'imparfait a paru d'abord, pour que le parfait parût ensuite. " p.219 fin p.220 début

24. Le même, De ablutione pedum: " L'Eglise a été ornée et parée comme un paradis, et Dieu a placé au milieu d'elle une fontaine d'où découle une grâce singulière, des fleuves qui jaillissent jusqu’à la vie éternelle, source d'eau vive, fontaine intarissable. C'est de là que sont sortis les quatre fleuves de l'Evangile, pour porter avec eux par tout l'univers l'eau salutaire de la régénération et répandre par une opération secrète et mystérieuse de l'Esprit-Saint une grâce dont la vertu est telle pour nous purifier de la tache contractée par la faute de nos premiers parents, qu'il n'y a plus en nous après cela aucun vestige d'un péché quelconque, soit originel, soit actuel. Les fautes antérieures étant ainsi effacées, nous pouvons désormais vivre en toute liberté, de sorte que, quand même nous retomberions dans des péchés actuels, le péché originel ne nous serait pas imputé pour cela, et ne pourrait par conséquence devenir la cause de notre damnation, puisqu'il nous a été pardonné une fois pour toutes dans le baptême. Notre nature corrompue dans son origine avait mérité, il est vrai, d'être réprouvée et maudite ; mais comme cette faute originelle n'était pas l'effet de notre propre volonté, il a plu à Dieu de placer un remède à côté du mal de la sentence générale de damnation portée contre nous tous, et de tempérer la rigueur de sa justice, en déchargeant les enfants de la peine de ce péché hérité de leurs pères, et en les guérissant de la corruption originelle par la vertu médicinale de ce bain et de cette onction salutaires. "

25. ORIGENE, in caput VI epistolæ ad Romanos

: " C'est sans doute de ce péché des enfants que David a dit cette parole que nous avons déjà rapportée : Ma mère m'a conçu dans le péché. Car du reste l'histoire ne rapporte aucun péché commis personnellement par la mère de David. C'est pour ce péché que l’Eglise a appris des apôtres par tradition à donner le baptême même aux enfants. Car ces hommes à qui ont été confié les secrets des mystères divins, savaient bien que le péché ayant souillé toute la race humaine, personne ne pouvait en être purifié que par l'eau et le Saint-Esprit. "

26. Le même, Homil. 14 in Lucam :

" On baptise les enfants pour leur procurer la rémission de leurs péchés. De quels péchés et en quel temps ont-ils pu les commettre ? ou comment le baptême est-il applicable aux enfants, si ce n'est a cause de ce que nous avons rapporté plus haut, que personne n'est exempt de souillures, quand même il n'y aurait pas plus d'un jour qu'il serait sur la p.220 fin p.221 début terre (JOB, XIV, 4, d'après les Septante) ? Et comme le baptême a la vertu de nous purifier de ces souillures contractées dès notre naissance, c'est pour cela qu'on baptise même les enfants. Car si chacun ne renaît de l’eau et de l'Esprit, il ne pourra entrer dans le royaume des cieux. "

27. S. RETICE, évêque d’Autun, cité par saint Augustin, Lib. I contre Julianum, c. 3, dit en parlant du Baptême : " Personne n'ignore que c'est le principal moyen de pardon employé dans l'Eglise ; que c'est par lui que nous sommes déchargés des funestes suites de la faute originelle, ainsi que des péchés commis par notre propre faiblesse, et que nous nous dépouillons du vieil homme et de ses perverses habitudes. " " Entendez-vous, ajoute saint Augustin, ces mots antiqui criminis pondus, prisca facinora, cum sceleribus ingenitis hominem veterem (Ce sont les paroles de saint Rétice rapportées par saint Augustin, que nous avons d'abord traduites, mais que nous reproduisons ici dans leur forme textuelle, pour qu'on ne reproche pas à notre traduction de leur ôter quelque chose de leur force) ? Comment oserez-vous élever contre des expressions si claires, contre une autorité si accablante, vos téméraires et frivoles assertions. "

28 Le concile de Trente, session V, Décret touchant le péché originel, canon 5 : " Si quelqu'un nie que l'offense du péché originel soit remise par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, telle qu'elle est conférée dans le baptême ou soutient que tout ce qu'il y a de péché proprement dit n'est pas ôté, mais est simplement rasé, pour ainsi dire, ou n'est pas imputé : qu'il soit anathème. Car Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régénérés, il n'y a point de condamnation pour ceux qui sont véritablement ensevelis dans la mort avec Jésus-Christ par le baptême etc. "

29. S. AUGUSTIN, Lib. I de nuptiis et concupiscentiâ, c. 23 : " La concupiscence, que le sacrement de la régénération peut seul expier, transmet sans contredit par la génération charnelle le péché d’Adam à toute sa postérité, et si l'on n'en obtient le pardon par la régénération spirituelle (car, quant à la concupiscence même elle n'est pas un péché dans ceux qui sont une fois régénérés, quand ils ne donnent pas leur consentement au mal, et que la raison, qui doit régner en eux sur leurs membres, ne leur donne pas licence de le commettre, de sorte que, si l'on n'accomplit pas ce qui est écrit dans un endroit de l'Ecriture p.221 fin p.222 début (Exod., XX, 17) : Ne convoitez point, on accomplisse du moins ce qui se lit ailleurs (Ecclé., XVIII, 30) : Ne vous laissez point aller à vos convoitises ; cependant la concupiscence est appelée péché en une certaine manière de parler, parce qu'elle vient du péché, et que, si elle n'est réprimée, elle y porte de nouveau), elle est imputée à péché à chaque homme. Mais la grâce de Jésus-Christ s'oppose à ce que cette imputation se fasse à l'égard de ceux qui ont été régénérés en obtenant la rémission de tous leurs péchés, pourvu qu'ils n'obéissent p as aux injonctions que la concupiscence leur fait en quelque sorte de commettre le mal. Or, la concupiscence est appelée péché parce que le péché lui a donné naissance, quoiqu'elle ne soit plus un péché dans ceux qui sont régénérés ; de même que le mot langue se prend quelquefois pour la parole, parce que c'est elle qui forme le parler, et le mot main pour l'écriture, parce que c'est par son moyen qu'on écrit. C'est ainsi que la concupiscence est appelée péché, parce que, si elle n'est réprimée, elle le fait commettre ; de même que le froid est dit pigrum par les latins, non qu'il soit paresseux lui-même, mais parce qu'il porte à la paresse. "

30. Ibidem, c. 23 : " Si l'on demande comment il se fait que la concupiscence de la chair subsiste toujours même après qu'on a reçu le pardon de tous ses péchés par le baptême, puisque c'est elle qui préside à la conception et à la naissance de ceux mêmes des enfants dont les parents ont été baptises ; nous répondrons que la concupiscence de la chair est pardonnée dans le baptême, non qu'elle cesse alors d'exister, mais parce que dès-lors elle cesse d'être imputée.

Mais quoiqu'elle ne soit plus imputable, elle n'en subsiste pas moins en nous, jusqu’à ce que, l'homme intérieur se renouvelant de jour en jour, et l'homme extérieur lui-même venant à se revêtir d'incorruptibilité ce mal de notre nature finisse par disparaître : car la concupiscence n'est pas une chose qui ait sa subsistance propre, comme un corps ou un esprit ; c'est simplement une affection vicieuse comme le serait une maladie. Le baptême ne laisse donc en nous aucun péché qui ne soit remis, puisque, comme il est écrit (Ps. CII, 3), le Seigneur nous pardonne toutes nos iniquités ; mais jusqu'à ce que s'accomplisse ce qui est dit ensuite, qu'il guérit toutes nos infirmités et qu'il rachète notre vie de la mort, la concupiscence charnelle demeure toujours dans ce corps de mort (Rom., VI, 12). C'est à ses désirs déréglés qui nous portent à commettre le mal que nous devons résister, afin que le péché ne règne pas dans notre corps p.222 fin p.223 début mortel ; cependant elle s'affaiblit tous les jours de plus en plus dans les fervents et dans ceux en particulier qui gardent la chasteté, surtout à mesure que ceux-ci avancent en âge. Au lieu qu'elle acquiert une si grande force dans ceux qui ont la faiblesse de lui obéir que souvent même dans la décrépitude de l'âge, et lorsque le corps ne peut plus se prête à ce qu'elle commande, elle redouble d'impudence et de fureur. "

31. Le même, Lib. I contra duas epistolas pelagianorum, c. 13 : " La concupiscence de la chair s'appelle péché, il est vrai, non qu'elle soit un péché en elle-même, mais parce qu'elle a le péché pour origine, de même qu'on appelle main l'écriture de quelqu'un, parce que c'est la main qui en est l'instrument. Ce qui est un péché, c’est ce qu'on fait, ce qu'on dit ou ce qu'on pense contrairement à la loi et conformément à la concupiscence de la chair ; et une fois commis, le péché subsiste, jusqu'à ce qu'il obtienne son pardon. Cette concupiscence de la chair est pardonnée dans le baptême de sorte que, quoique contractée dés la naissance, elle ne préjudicie plus en rien à ceux qui sont régénérés. Néanmoins, si ces derniers viennent à avoir des enfants, la concupiscence paraît de nouveau en ceux-ci, et elle leur serait pareillement funeste, si elle ne leur était pardonnée par la même voie, et mise ainsi hors d'état de leur nuire pour la vie éternelle, la régénération faisant pardonner alors ce que la génération charnelle leur a fait contracter : dès ce moment elle n'est plus un péché, et cependant on continue de l'appeler péché, soit parce qu'elle a le péché pour origine, soit parce qu'elle a pour mobile le désir de pécher, lors même que l'amour de la justice, prévalant sur ce désir injuste, empêche de lui donner son consentement. Et puisque le baptême en détruit toute la culpabilité, ce n'est pas pour en obtenir le pardon que les fidèles baptisés disent dans leurs prières, Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons a ceux qui nous ont offensés ; mais pour obtenir le pardon des péchés qu'ils peuvent avoir commis, soit en leur donnant leur consentement, le plaisir alors l'emportant sur le devoir, soit en faisant par ignorance le mal qu'ils auraient pris pour un bien. "

32. Le même, Lib. I retractationum, c. 15

: " Mais ce qu'il a plu à l’Apôtre d'appeler péchés et appelé en effet de ce nom, parce qu'il a le péché pour origine et qu'il en est la peine : car c'est de la concupiscence de la chair qu'il parle dans cet endroit (Rom., VII, 13 et suiv.), comme le font voir les paroles qui suivent (Rom., VII, 16) : Je suis qu’il n'y a rien de bon en moi, p.223 fin p.224 début c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais je ne trouve point le moyen de l'accomplir, c'est-à-dire de l'accomplir parfaitement. Car pour l'accomplir ainsi, il faudrait que le désir même du péché ne fût plus dans l'homme. Il est vrai que ceux qui vivent bien résistent à ce désir ; néanmoins en cela même ils n'accomplissent pas parfaitement le bien, parce qu'il reste toujours ce désir mauvais, qui est une imperfection lors même qu'on lui résiste ; et quoique le baptême empêche qu'il ne soit imputé à crime, c'est toujours une infirmité qui, tant qu'elle n'est pas guérie, est un objet de lutte pour quiconque veut avancer dans la vertu. "

33. Le même, de Trinitate, lib. XII, c. 16

: " Quoique la mort corporelle ait pour cause originelle le péché du premier homme, elle n'en a pas moins servi dans les vues de la Providence à faire les martyrs. Et ainsi non-seulement la mort, mais tous les maux de ce monde, les afflictions, les peines quelles qu'elles soient, quoiqu'elles soient le châtiment du péché et particulièrement du péché originel, en sorte que, pour l'expier, la vie elle-même a voulu subir les liens de la mort, elles ont dû cependant rester dans le monde même après cette grande expiation, pour servir au chrétien fidèle de matière de combat et d'exercice de sa vertu, et pour que le nouvel homme formé à l'école de l’Evangile, trouvât dans ses maux un motif de rechercher avec plus d'ardeur les biens de la vie future, d'endurer avec une prudente longanimité les misères qui sont comme le triste apanage de la vie présente et de se réjouir sagement de leur fin prochaine, d'attendre enfin avec une vive foi le bonheur sans fin de l'autre vie. "

34. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 39 : " La grâce de Dieu procurée aux enfants par le baptême de celui qui s'est revêtu d'une chair semblable à la chair de péché, a certainement pour effet d'empêcher cette chair de péché de produire ses œuvres de mort, avantage qu'elle procure, non en détruisant sur-le-champ la concupiscence qui est innée au corps de l'homme, mais en l'empêchant de nuire après la mort à celui qui l'a apporté avec lui en venant au monde. Que s'il vit après son baptême et qu'il puisse parvenir à l'âge d'observer les préceptes divins, il trouve dans sa concupiscence un ennemi à combattre et à vaincre avec l'aide de Dieu, s'il n'a pas reçu en vain la grâce divine, et qu'il ne veuille pas être réprouvé. Car les grandes personnes elles-mêmes, à moins d'un miracle inouï de la toute-puissance divine, n'obtiennent point par le baptême d’être p.224 fin p.225 début entièrement délivrées de cette loi du péché qui est dans les membres et qui combat contre la loi de l'esprit, mais seulement d'être absoutes de tout le mal qu'elles ont pu faire par pensées, par paroles ou par actions, lorsqu'elles suivaient aveuglément l'instinct de cette concupiscence. Le péché qu'elle faisait commettre, et qui rendait celui qui l'avait commis esclave du démon, étant une fois remis, et la barrière qui séparait l'homme de son créateur étant rompue, quel mal y a-t-il après cela que cette concupiscence nous reste dans le combat où, pour n'être pas vaincus, nous châtions notre corps et le réduisons en servitude, si nous ne lui cédons que dans les choses permises et nécessaires, ou si nous la réprimons par la continence ? "

35. Ibidem, Lib. II, c. 33 : " Ils ne conçoivent pas comment il se fait que Dieu laisse pour matière de combat et pour moyen d'instruction et d'épreuve à ceux qui combattent pour la justice, des choses dont il a écarté toute culpabilité pour qu'elles ne soient point après la mort un sujet de damnation. "

36. Ibidem, c. 34 : " Mais comme il y a des gens de ce caractère, de même que nous répondons à la question qu'ils nous font là-dessus que ces choses sont la peine du péché tant qu'il n'est pas remis, et que, lorsqu'il est remis, elles sont la matière des combats et l'objet de l'exercice des justes ; de même nous devons répondre à ceux pour qui la mort est également une énigme, que la mort est la suite du péché, et que lorsque le péché est remis, elle nous est laissée pour matière de combat, et pour que ses appréhensions mêmes fortifient notre courage. . . . Ne soyons donc point donnés, et que la mort ne soit venue qu'à la suite du péché dont elle est le châtiment, et que l'homme y soit toujours sujet, même après que ses péchés lui ont été remis, afin de lui fournir l'occasion de montrer sa force d'âme en surmontant la crainte qu'elle fait naître. . . . De même que nos premiers parents, quoiqu'ils aient passé le reste de leurs jours dans la justice, ce qui fait croire qu'ils sont eux-mêmes sauvés, grâce aux mérites du Sauveur, n'ont pas été pour cela admis à rentrer à la fin de leur vie dans le paradis terrestre, ainsi, quand même un homme, après avoir obtenu la rémission de ses péchés continuerait à vivre sans reproche dans sa chair mortelle, il n'en serait pas moins sujet à la mort, dont le péché héréditaire lui a fait contracter la dette. Quelque chose de semblable nous est insinué dans le livre de Samuel (II Sam., XII, 13), où nous lisons qu'un prophète ayant été envoyé vers le roi David pour lui annoncer p.225 fin p.226 début les maux que la colère de Dieu allait faire fondre sur lui en punition de son péché, David obtint son pardon en faisant l'aveu de son crime, et reçut même l'assurance du prophète que ce crime lui était remis, et cependant les maux dont Dieu lui avait fait la menace lui arrivèrent et l'enfant de son crime ne lui en fut pas moins enlevé par la mort. L'historien sacré ne se demande pas ici pourquoi, si c'est à cause du péché de David que Dieu l'avait menacé de ce malheur, on le voit accomplir sa menace après même qu'il lui a pardonné son péché ; c'est que, si l'on faisait cette demande, il serait facile de répondre que ce pardon du péché de David devait avoir pour effet de lui rendre ses droits à la vie éternelle, en même temps que l'exécution de la menace devait avoir celui de servir d'exercice et d'épreuve à la vertu de ce roi par l'humiliation qui lui en est résulté. C'est de la même manière que Dieu a infligé à l'homme la mort temporelle à cause du péché primitif, et qu'il laisse subsister cette peine pour l'exercice de la vertu, même après que ce péché a été pardonné.

"

Question IV

A quoi nous oblige l’avantage d’avoir reçu un sacrement si salutaire ?

Un si grand bienfait demande avant tout que nous en témoignions continuellement à Dieu une vive reconnaissance, en aimant, louant et exaltant celui qui, à cause de sa miséricorde, nous a sauvés par l’eau de la régénération et par le renouvellement du Saint-Esprit, qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion par Jésus-Christ Notre-Seigneur, afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous soyons héritiers de la vie éternelle selon l'espérance qu'il nous en a donnée. En second lieu, nous ne devons pas rappeler à notre mémoire un sacrement si auguste sans nous remettre en même temps sous les yeux l'engagement solennel que nous y avons contracté, et la profession de foi que nous avons faite sur ces fonts sacrés par la bouche de nos parrains et de nos marraines. Que le chrétien se souvienne donc que, d'enfant de colère et d'esclave de Satan, il est devenu dès-lors enfant de Dieu, membre et cohéritiers de Jésus-Christ et temple vivant de l'Esprit-Saint.

" Vous êtes entrés dans le saint lieu où s'est opéré votre renaissance, a dit saint Ambroise ; redites-vous à vous-même les questions qu'on vous y a faites, remettez-vous à l'esprit ce que vous y avez répondu. Vous avez renoncé au démon et à ses p.226 fin p.227début œuvres au monde et à ses impures voluptés.

Rappelez-vous votre engagement, et que les clauses qu'il renferme ne sortent jamais de votre mémoire. " Elle est belle aussi cette exhortation de l'apôtre saint Paul adressée à tous les fidèles baptisés : Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ? Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché ; afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts dans la gloire de son père, nous marchions aussi dans une nouvelle vie.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. Romains, VIII, 1-2, 14-17 : " Il n'y a donc point maintenant de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne se conduisent pas selon la chair ; - parce que la loi de l’esprit de vie, qui est en Jésus-Christ m’a délivré de la loi du péché et de la mort. - Tous ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu sont les enfants de Dieu. - Aussi n'avez-vous point reçu un esprit de servitude qui vous retienne encore dans la crainte, mais vous avez reçu l'esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba, mon Père ! - Et cet Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. - Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ ; pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. " p.227 fin p.228 début

3. Galates, IV, 4-7, 28-31 : " Mais lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme, et assujetti à la loi, - pour racheter ceux qui étaient sous la loi, et pour nous faire recevoir l'adoption des enfants de Dieu. - Et parce que vous êtes des enfants de Dieu, il a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui vous fait crier : Abba, mon Père ! - Aucun de vous n'est donc plus serviteur, mais enfant de Dieu, et s'il est enfant de Dieu, il est aussi son héritier par Jésus-Christ. Nous sommes donc, mes frères, les enfants de la promesse figurés dans Isaac. - Pour nous, mes frères, nous ne sommes point les enfants de la servante, mais de la femme libre, et c'est Jésus-Christ qui nous a acquis cette liberté. "

4. I Corinthiens, VI, 19 : " Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui réside en vous, et qui vous a été donné de Dieu, et que vous n'êtes plus à vous-mêmes ? "

5. Galates, III, 27 : " Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. ORIGENE, Hom. XII in Numeros : " Que chaque fidèle, etc. " Voir ce passage rapporté plus haut, section des sacrements en général, question VIII, témoignage

2. S. DENIS l'Aréopagite, Ecclesiast. Hierarch, c. 7 : " Les enfants élevés dans la pratique de la religion contractent des habitudes de sainteté en se conservant libres de toute erreur et exempts de toute souillure. C'est ce que nos maîtres ont compris ; il leur a paru bon de recevoir les enfants de la manière suivante : les parents charnels de l'enfant qu'on présente au baptême le confient à quelqu'un de nos initiés qui puisse l'instruire convenablement des choses divines, et qui en prenne soin désormais comme son père spirituel et comme responsable du salut de son protégé. Quand donc ce fidèle a promis de former l'enfant à une vie sainte, le pontife lui ordonne de prononcer les abjurations et de contracter les engagements prescrits, non pas qu'ici, comme le disent par moquerie les infidèles, l’un reçoive l'initiation au lieu de l'autre ; car le parrain ne dit pas : C'est à la place de cet enfant que je fais les abjurations et les promesses, mais il affirme que c'est son pupille lui-même qui abjure et qui promet, comme s'il disait : Je m'engage, lorsque cet enfant pourra comprendre les choses saintes à lui persuader par mes religieuses instructions de renoncer aux choses mauvaises, et de faire et p.228 fin p.229 début d'effectuer les mêmes, promesses de vertu. Je ne vois donc rien d’absurde à ce qu'un enfant soit présenté au saint baptême par le ministère d'un guide et d'un protecteur pieux qui formera en lui l’habitude des choses divines, et préserver son inexpérience des atteintes du vice (Cf. Les Œuvres de saint Denis l'Aréopagite, trad. de M. l’abbé Darboy, p. 290-291 ; les Œuvres du divin Denis, trad. par le frère Jean de Saint-François, p. 128-129 ; ??? ???????? ?????????, etc., p. 234-236, édit. Paris, 1562). "

4. Le même, De peccatorum meritis et remissione,

Lib. I, c. 19 : " Si c'est avec raison que les enfants sont appelés fidèles parce qu'ils professent la foi en quelque manière par la bouche de ceux qui les présentent, pourquoi ne pas les considérer aussi d'abord comme pénitents, lorsqu'également par la bouche de ceux qui les présentent, il témoigne renoncer au démon et à ce siècle pervers ? Tout cela se fait présomptivement en vertu du sacrement et de la grâce divine, dont l’Eglise a été établie dispensatrice. "

24 : " Lorsque des étrangers répondent pour les enfants qu'il s'agit d'admettre au sacrement de baptême cette déclaration qu'on fait pour eux ne les engage pas moins, parce qu'ils sont dans l'impuissance de répondre par eux-mêmes. Mais il en serait autrement, si un autre s'avisait de répondre pour quelqu'un qui serait en état de répondre par lui-même. A cela se rapporte ce que nous lisons dans l’Evangile (JEAN, IX, 21), et qui paraît si naturel à quiconque en entend la lecture : Il a l'âge, qu'il réponde pour lui-même. "

7. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXI ad populum Antiochenum

: " Rappelez-vous cette parole que vous avez prononcée lorsqu'on vous a initié à la religion : Je renonce à toi, Satan, et à tes pompes et à ton culte. La vanité qu'on apporte à se parer de perles, est une pompe de Satan. L'or vous a été donné, non pour vous en faire des bracelets, mais pour acquitter les dettes et payer le pain des pauvres. Dites donc sans cesse : Je renonce à toi, Satan. Rien de plus salutaire que cette parole, si vous la réalisez dans vos actions. Appliquez-vous à vous en pénétrer, vous aussi qui vous disposez à recevoir le baptême. . . Disons donc : Je renonce à toi, Satan, comme devant rendre compte au dernier jour de cet enga- p.229 fin p.230 début gement que nous avons pris, et sachons y être fidèles, pour rendre alors exactement le dépôt qui nous est confié. . . De même qu'aucun de vous ne voudrait paraître sur la place publique sans chaussures ou sans vêtements, de même ne paraissez jamais en public sans vous munir de cette pensée ; mais avant de sortir de votre maison, répétez en vous-même cette parole : Je renonce à toi, Satan, et je m'attache à toi, ô Jésus. Ne sortez jamais sans cette parole présente à votre mémoire ; qu'elle soit votre bâton, votre armure, votre rempart et votre défense. Que ce soit avec cette parole que vous imprimiez la croix sur votre front : de cette manière, non-seulement aucun homme, mais pas même les puissances infernales ne pourront vous nuire, lorsqu'elles vous verront ainsi défendu. "

8. S. AUGUSTIN, de Symbolo ad catechumenos, lib. IV, c. 4 : " Vous avez fait profession de renoncer au démon ; ce n'est pas seulement devant les hommes, mais devant Dieu et ses anges, qui en ont pris acte, que vous avez dit : Je renonce. Renoncez non pas seulement en paroles, mais surtout en actions ; non-seulement par l'émission de votre voix, mais par le changement de votre vie ; non-seulement par le mouvement de vos lèvres, mais par le témoignage de vos œuvres. Sachez que vous avez entrepris la guerre contre un ennemi rusé, retors et fertile en stratagèmes ; du moment où vous avez renoncé à lui obéir, qu’il ne retrouve plus en vous ses œuvres ; qu'il ne reconquière plus le droit de vous remettre sous son esclavage. C'est vous avilir, c'est renoncer à vous-même, Chrétien, que d'agir contrairement à votre profession ; fidèle de nom, infidèle d'effet, et trahissant ainsi vos promesses. Qu'avez-vous de commun avec les pompes du démon auxquelles vous avez renoncé ? Disciple de Jésus-Christ, qu'avez-vous de commun avec les pompes du diable ? Ne vous faites point illusion ; Dieu hait et désavoue pour être des siens ceux qu'il voit s'écarter de sa voie. "

9. S. AMBROISE, de Sacramentis, lib. I, c. 2 :

" Quand le lévite vous a demandé : Renoncez-vous au démon et à ses œuvres ? qu'avez-vous répondu ? J'y renonce. Renoncez-vous au siècle et à ses voluptés ? qu'avez-vous répondu ? J'y renonce. Rappelez-vous votre engagement, et que ses clauses ne sortent jamais de votre mémoire. Si vous signiez un billet à un de vos semblables, vous vous tiendriez pour engagé à lui représenter son argent ; si vous en faisiez difficulté, il vous en demanderait les intérêts ; si vous vous y refusiez, vous auriez à répondre devant le juge, qui p.230 fin p.231 début vous convaincrait par votre signature. Considérez ici en quel lieu et à qui vous avez engagé votre promesse. Vous aviez un lévite devant vos yeux, mais ce lévite est le ministre de Jésus-Christ. Vous l'avez vu qui exerçait son ministère devant les autels. Ainsi donc votre engagernent n'est pas pris seulement sur la terre, il est écrit dans le ciel. "

10. S. CYRILLE de Jérusalem, Catechesi mystagog.

I, parlant de l'acte de renoncement qu'ont à faire les catéchumènes, dit ces paroles : " Sachez que tout ce que vous dites, particulièrement en ce moment redoutable, est écrit dans les livres que Dieu tient en réserve, et qu'il vous condamnera comme prévaricateur si vous agissez jamais contrairement à ce que vous aurez déclaré. "

11. S. AUGUSTIN, De fide et operibus, c. 26 : "

Qu'à un baptême où tout est saint réponde une conduite toute chrétienne : la vie éternelle n'est promise qu’à cette double condition. Car celui qui a dit : Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il n'entrera point dam le royaume de Dieu (JEAN, III, 5), a dit aussi : Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux (MATTH., V, 20). C'est de ces mêmes hommes qu'il a dit (MATTH., XXIII, 2) : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : faites ce qu'ils disent, ne faites pas ce qu'ils font, car ils disent et ne font pas. Donc leur justice consiste à dire d'une manière et il agira de l'autre ; et par conséquent, pour que notre justice surpasse la leur, il faut que nous disions et fassions de même ; si ce n'est pas là notre justice, nous n'entrerons pas dans le royaume des cieux. "

12. S. AVITE, archevêque de Vienne, Lib. IV, c.

dernier : " L'arche de Noé, c'est l’Eglise de Jésus-Christ, dans laquelle tout le monde peut être sauvé, et hors de laquelle personne ne saurait l'être : donc qui que vous soyez qui, grâce au baptême dans lequel vous avez été plongé, êtes dans l’arche de Jésus-Christ, demandez ardemment et avec larmes, que vos péchés ne reviennent pas, que plongés au fond de la mer ils ne surnagent pas de nouveau, que morts une fois ils ne revivent pas, que domptés désormais ils ne reprennent pas l'empire sur vous, qu'absous vous ne couriez pas de nouveaux périls, que les flammes enfin vous épargnent, garanti que vous êtes par cette eau salutaire (passage latin dans la version imprimée). " p.231 fin p.232 début

ARTICLE II. - DU SACREMENT DE CONFIRMATION.

Question I

Quel est le sacrement qui vient après le Baptême ? La Confirmation, autre sacrement de la nouvelle loi, qui n’est pas moins saint ni moins auguste, comme le dit saint Augustin, que le baptême lui-même Il est conféré à ceux qui sont déjà baptisés, au moyen de l'imposition des mains de l'évêque et de l'onction du saint chrême.

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

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