Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 7)
22. Sagesse, II, 1, 12-21 : " En effet, les méchants ont dit dans l'égarement de leurs pensées : Faisons tomber le juste dans nos pièges, parce qu'il nous incommode, qu'il est contraire à p.43 fin p.44 début notre manière de vivre, qu'il nous reproche les violements de la loi, et qu'il nous déshonore en décriant les fautes de notre conduite. - Il assure qu'il a la science de Dieu, et il se donne le nom de Fils de Dieu. - Il est devenu le censeur de nos pensées mêmes. - Sa seule vue nous est insupportable, parce que sa vie n'est pas semblable à celle des autres, et qu'il suit une conduite bien différente. - Il nous considère comme des gens qui ne s'occupent qu'à des niaiseries ; il s'abstient de notre manière de vivre, comme d'une chose impure ; il préfère ce que les justes attendent à la mort, et il se glorifie d'avoir Dieu pour père. -Voyons donc si ses paroles sont véritables : éprouvons ce qui lui arrivera, et nous verrons quelle sera sa fin. - Car s'il est véritablement le Fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le délivrera des mains de ses ennemis. - Eprouvons-le par les outrages et les tourments, afin que nous reconnaissions quelle est sa douceur, et que nous fassions l'épreuve de sa patience. - Condamnons-le à la mort la plus infâme ; car si ses paroles sont véritables, Dieu prendra soin de lui. - Les impies ont en ces pensées, et ils se sont égarés, parce que leur propre malice les a aveuglés. "
23. Ibidem, XII, 24 : " Jetant les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était proposé, a souffert la croix, en méprisant la confusion, et est maintenant assis à la droite du trône de Dieu. - Pensez donc en vous-mêmes celui qui a essuyé une si grande contradiction de la part des pécheurs, afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez point dans l'abattement ; - car vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang, en combattant contre le péché. "
24. Philippiens, II, 8 : " Il s'est rabaissé lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. "
26. MATTHIEU, XVII, 59-60 : " Joseph ayant donc reçu le corps, l'enveloppa dans un linceul blanc, - et le mit dans un sépulcre tout neuf qu'il s'était fait tailler pour lui-même. dans la pierre. "
27. Tite, II, 14 : " Qui s'est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de nous purifier, pour se faire un peuple particulièrement consacré son service. et fervent dans les bonnes œuvres. "
28. Galates, I, 4 : " Qui s'est livre lui-même pour nos péchés, et pour nous retirer de la corruption du siècle présent selon la volonté de Dieu notre Père. " p.44 fin p.45 début
30. I PIERRE, I, 18-19 : " Sachant que ce n'a point été par des choses corruptibles, comme de l'or ou de l'argent, que vous avez été rachetés de la vaine superstition où vous avait fait vivre la tradition de vos pères ; - mais par le précieux sang de Jésus-Christ, cet Agneau sans tache et sans défaut. "
31. I JEAN, I, 7 : " Mais si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en société avec lui comme lui avec nous ; et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. "
33. Ephésiens, I, 7 : " En qui nous trouvons la rédemption par son sang, et la rémission de nos péchés selon les richesses de sa grâce. "
34. Romains, VIII, 16-18 : " Puisque l'Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. - Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritier de Dieu, et cohéritier de Jésus-Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. - Car je suis persuadé que les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion, etc. "
36. II Timothée, II, 10-12 : " C'est pourquoi j'endure tout pour le salut des élus, afin qu'ils acquièrent aussi le salut qui est en Jésus-Christ, avec la gloire du ciel. - C'est une vérité très-assurée que si nous mourons avec Jésus-Christ, nous vivrons aussi avec lui ; si nous souffrons avec lui, nous règnerons aussi avec lui. "
57. Hébreux, V, 8-9 : " Quoiqu'il fût le Fils de Dieu, il a appris l'obéissance par tout ce qu'il a souffert : - et ayant consommé son œuvre, il est devenu l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. "
Question XII
Quelle utilité et quel fruit pouvons-nous retirer du signe de la croix ?
Cette pratique usitée constamment dans l'Eglise parmi tous les pieux fidèles, à partir même de l'origine du christianisme, se recommande fortement par cela seul à notre respect et à notre piété. Et d'abord elle sert à réveiller en nous le sentiment de la p.45 fin p.46 début reconnaissance pour le mystère qui s'est accompli en notre faveur sur la croix, et pour toutes les grâces dont ce mystère a été pour nous la source.
Elle nous excite en second lieu à mettre dans-la croix du Sauveur toute notre gloire, comme toute l'espérance de notre salut.
Elle est de plus, de notre part, une protestation continuelle que nous n'avons rien de commun avec les juifs ni avec les gentils, qui les uns et les autres sont ennemis de la croix de Jésus-Christ, et qu'en dépit de leurs mépris comme de leur haine, nous ne voulons pas avoir d'autre maître que Jésus, et Jésus crucifié.
Ce signe nous sert encore d'exhortation à la pratique de la patience, en nous offrant la perspective de la gloire éternelle à laquelle nous devons aspirer, et il nous est un avertissement muet d'embrasser sans répugnance la croix et les saintes voies de la croix, sons la conduite de Jésus-Christ notre divin chef. Il nous fournit en même temps des armes victorieuses contre Satan, dont l'empire a été renversé par la vertu de la croix, et il nous rond forts en général contre tous les ennemis de notre salut.
Enfin nous prenons en main, pour ainsi parler, cet illustre trophée de la croix, pour commencer plus heureusement nos entreprises et les poursuivre avec plus de succès, assurés que nous sommes de vaincre par ce signe, et c'est pour tous ces motifs que nous répétons si fréquemment : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, XVI, 24 : " Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. " p.46 fin p.47 début
2. LUC, IX, 23 : " Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suive. "
3. I PIERRE, III, 14, 17-18 : " Si vous souffrez pour la justice, vous serez heureux, - car il vaut mieux être maltraité si Dieu le veut ainsi, en faisant bien qu'en faisant mal ; - puisque Jésus-Christ même a souffert une fois la mort pour nos péchés, c'est-à-dire, le juste pour les coupables, afin qu'il pût nous offrir à Dieu, étant mort en sa chair, mais vivifié néanmoins par l'esprit. "
4. Ibid., II, 19-21 : " Car ce qui est agréable à Dieu, c'est que nous endurions en vue de lui plaire les peines qu'on nous fait souffrir avec injustice. - Aussi quel sujet de gloire aurez-vous, si c'est pour vos fautes que vous endurez les soufflets ? Mais si, au contraire, faisant du bien, vous souffrez avec patience, c'est là ce qui est agréable à Dieu. - Car c'est là à quoi vous avez été appelés, puisque Jésus-Christ même a souffert pour nous, vous laissant son exemple, afin que vous marchiez sur ses traces. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. TERTULLIEN, De coronâ militis, faisant l'énumération des traditions non écrites, dit en particulier ces paroles : " S'agit-il de nous mettre en voyage et de changer de lieu, d'entrer ou de sortir, de nous habiller, de nous chausser, de descendre au bain, de nous mettre à table, de prendre de la lumière de nous asseoir, ou d'entrer au lit, quelque chose que nous fassions, nous marquons notre front du signe de la croix : Quæcumque nos conversatio exercet, frontem crucis signaculo terimus. "
2. S. BASILE-LE-GRAND, Lib. de Spir. Sancto, c.
27, ayant à rapporter les traditions non écrites venues des apôtres : " Pour commencer, dit-il, par la première de toutes comme par la plus vulgaire, qui est-ce qui nous a enseigné par écrit à marquer du signe de la croix ceux qui ont mis leur espérance dans le Christ ? "
3. S. AUGUSTIN, Lib. de catech. rudibus, c. 20
: " Votre front va être aujourd'hui marqué du signe de la croix ou de la passion du Christ, comme chaque israélite marquait autrefois du sang de l'agneau pascal le dehors de la porte de sa maison, et c'est ainsi que tous les chrétiens ont coutume d'imprimer sur eux le même signe. "
4. Le même, Tract. 118 in Evang. Joan. :
" Quel est, comme chacun sait, le signe de Jésus-Christ, sinon la croix de Jésus-Christ ? p.47 fin p.48 début Ce signe est tellement prescrit aux chrétiens, que s'il n'est imprimé sur le front de ceux qui reçoivent le baptême, ou sur l'eau même dans laquelle ils sont régénérés, ou sur l'huile employée en qualité de chrême à les confirmer, ou sur le sacrifice dont ils nourrissent leur âme, il n'y a rien de tout cela qui soit fait dans l'ordre. "
5. S. GREGOIRE de Nazianze, Orat. I, contr. Julian.
Apost. : " Julien, voulant s'instruire de l'avenir, consultait les démons, et descendait dans je ne sais quel antre obscur, inconnu et inaccessible à la plupart des hommes. L'aspect en était horrible. Hé ! plût à Dieu qu'il fût tombé dans l'enfer, avant de se porter à de telles abominations ! Il était accompagné, à la descente de ce lieu ténébreux, d'un homme, digne, comme lui, d'être enseveli dans les plus noirs abîmes, qui passait pour fort habile dans l'art de la divination, mais qui n'était qu'un fourbe et un imposteur. C'est l'usage de ces sortes de devins, d'aller consulter les démons dans certains endroits obscurs et souterrains, soit parce que les ténèbres plaisent aux démons, puisqu'ils sont des esprits de ténèbres, aimant les ténèbres où s'enveloppe le crime, soit parce que les imposteurs, en général, évitent l’œil des gens de bien, ouvert sur leurs artifices. "
" Julien, avec tout son courage, tremblait en y entrant, frappé dit-on, d'un bruit inconnu de voix confuses, qui prenaient par intervalles un accent plus formidable, de l'infection des odeurs qui s'exhalaient, de la vue de spectres tout en flammes, et de prestiges ridicules, mais inattendus. Dans son épouvante, l'habitude qu'il avait du signe de la croix le fit recourir à cette armure, et à la protection de celui-là même dont il était le persécuteur.
Les détails qui suivent ont encore quelque chose de plus effrayant. Le signe de la croix eut son effet. Les démons sont vaincus, ils fuient, et les terreurs avec eux. L'empereur, rassuré, revient à son premier dessein : mêmes spectacles, mêmes terreurs. Le disciple éperdu ne sait ce qu'il doit faire. Son maître vient à la charge ; il finit par triompher des alarmes de son prosélyte, pour l'entraîner avec lui dans les abîmes du crime. "
6. S. JEROME, Epist. 22 ad Eustoch. de custod. virg.
: " Que votre main trace le signe de la croix à chacune de vos actions, à chacun de vos pas : Ad omnem actum, ad omnem incessum manus pingat crucem. "
128 : " Ce que signifiait autre fois la lame d’or placée sur le front du grand-prêtre p.48 fin p.49 début (Exod., XXVIII, 36, 38), le signe de la croix la signifie aujourd'hui parmi nous. Autrefois aussi, suivant le prophète Ezéchiel, un signe libérateur était marqué sur le front aux juifs affligés (EZECH., IX, 4) ; aujourd'hui, en portant la croix, nous pouvons dire avec le Psalmiste : " La lumière de votre visage, Seigneur, est gravée sur nous (Ps. IV, 7). "
8. Le même, in IX Ezech. sup. ea verba, Omnem autem super quem videritis Thau ne occidatis : " Dans l'ancien alphabet des hébreux, dit-il, qu'ont conservé les samaritains, la dernière lettre, qui est le thau, a la ressemblance de la croix que les chrétiens ont coutume de marquer sur leur front, et de tracer souvent avec leur main. "
10. Le même, in Matt. Hom. 54, al.
55 : " Portons gaiement la croix de Jésus-Christ, comme nous porterions une couronne. Car tout ce qui concerne notre salut reçoit de là sa perfection. A-t-on besoin d'être régénéré, vite la croix ; s'agit-il de se nourrir de l'aliment mystique, de recevoir l'ordination, ou de toute autre chose semblable, encore et toujours notre symbole de victoire. Aussi avons-nous soin de représenter partout la croix, dans nos maisons, sur nos murailles, sur nos fenêtres, sur nos fronts, sur nos cœurs, aussi-bien que dans nos pensées, car c'est bien là le signe de notre salut, de la liberté du monde et de la douceur de notre divin Maître si bien exprimée par ces paroles : Il s’est laissé mener à la mort comme une brebis qu'on allait égorger (Act., VIII, 32 ; Is., LIII, 7). Lors donc que vous vous signez, rappelez-vous le mystère entier de la croix, et étouffez en vous la colère et les autres passions déréglées. Lorsque vous vous signez, mettez la confiance sur votre front et la liberté dans votre âme. Vous savez sans doute les moyens d'acquérir cette liberté telle qu'elle convient à des chrétiens. Rappelez-vous seulement ce que dit le grand Paul pour nous exhorter à l'acquisition de ce bien précieux, lorsque, mettant sous nos yeux et la croix et le sang de notre commun Maître, il ajoute : Vous avez été rachetés à un grand prix, ne vous faites pas les esclaves des hommes (I Cor., VII, 23). C'est comme s'il nous eût dit : Pensez quel est le prix qui a été payé pour vous, et vous ne vous ferez l'esclave d'aucun homme quel qu'il soit. Et par ce prix, il entendait la croix. Car il ne s'agit pas de l'imprimer simplement avec le doigt, mais il faut avant tout qu'une foi vive nous la grave dans le cœur. Si c'est de cette manière que p.49 fin p.50 début vous la représentez sur votre front, aucun esprit impur n'osera s'approcher de vous, en vous voyant ainsi armé de l'épée dont il a été frappé déjà, de l'arme terrible qui lui a fait une plaie mortelle. En effet, si nous-mêmes en voyant les lieux ou l'on exécute les condamnés, nous ne pouvons nous défendre d'un certain frisson, concevez, je vous prie, ce qu'éprouveront les démons et Lucifer à leur tête, en apercevant ce glaive avec lequel le Christ a renversé leur puissance, avec lequel il a coupé la tête au dragon infernal. Gardez-vous donc de rougir d'un bien qui vous est si avantageux, si vous ne voulez pas que le Christ rougisse de vous quand il viendra dans sa gloire, en faisant briller devant lui son étendard rendu plus éclatant que tous les rayons du soleil. Car ce sera la croix qui paraîtra alors, et la seule vue de la croix sera pour tout l'univers une prédication éloquente en faveur du Maître que nous servons, un témoignage péremptoire de l'immensité de son sacrifice. C'est ce signe encore qui, et du temps de nos pères, et de nos jours mêmes, a plus d'une fois ouvert les portes des prisons, arrêté l'effet mortel des plantes vénéneuses, neutralisé les poisons les plus subtils, guéri des piqures des serpents et des aspics. Eh ! qu'y a-t-il d'étonnant, si après avoir forcé les portes de l'enfer, rouvert celles du ciel, rendu facile de nouveau l'accès du paradis, ruiné la puissance du démon, ce signe peut aussi empêcher les poisons, et les animaux venimeux, et les autres choses semblables de nous faire du mal ? Gravez donc avec soin la croix dans votre cœur et embrassez avec amour ce gage précieux du salut de nos âmes, etc. "
11. L'auteur de l'Histoire tripartite (CASSIODORE, qui a traduit en latin pour ses moines de Viviers les trois histoires grecques de Socrate, de Sozomène et de Théodoret, collationnées ensemble), Lib. VI, c. I, ex hist, eccles. Theodoreti, lib. III, c. 3 : " Julien en vint donc à ambitionner le trône impérial. Dans cette pensée, il se mit à parcourir toute la Grèce, cherchant partout des devins qui pussent l'assurer qu'il parviendrait à l'empire, et il finit par en trouver un qui se rendit à ses vœux. En conséquence, ils se transportèrent de compagnie dans un lieu rempli d'idoles, et là, après avoir introduit le prince dans l'appartement le plus secret, le prétendu prophète se mit en travail d'évoquer les démons séducteurs. A leur aspect effrayant, Julien, glacé d'effroi, forme comme malgré lui un signe de croix sur son front. Les démons n’eurent pas plus tôt aperçu l'image du trophée du Christ, que se souvenant de leur défaite, ils prirent p.50 fin p.51 début sur-le-champ la fuite. Le magicien s'en aperçut et quand Julien, qui pour se défendre lui fit part de la terreur dont il avait été saisi, et de l'admiration où l'avait jeté la vertu de la croix, dont le seul aspect avait suffi pour faire disparaître les démons. Ne pensez pas, mon prince, lui répliqua le magicien, que les démons aient craint comme vous le dites ; mais c'est plutôt l'horreur qu'ils ont eue de ce signe qui a causé leur retraite. Et par cette nouvelle imposture, il inspira à ce malheureux prince une haine de plus en plus forte pour le signe du chrétien. "
12. S. EPHREM de Syrie, Lib. de verâ pænit., c. 3 : " Chrétiens, tenons-nous séparés des gentils et des juifs, et ornons nos portes de l'image précieuse et vivifiante de la croix, en disant avec l'apôtre Paul : A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Imprimons ce signe salutaire, et sur nos portes, et sur nos fronts, et sur nos lèvres, et sur nos poitrines, et sur tous nos membres. Armons-nous de cette arme, qui doit être invincible entre les mains de tout vrai disciple de Jésus-Christ. Elle a vaincu la mort ; elle est l'espérance des fidèles ; elle est la lumière du monde ; elle est la clef du paradis ; elle est le fléau des hérésies, la consolation des solitaires, l'appui de la foi, la sauvegarde et la gloire éternelle des orthodoxes. Chrétien que cette armure t'accompagne en tous lieux, et tous les jours de ta vie, la nuit comme le jour, à tous les instants ; n'entreprends rien sans elle ; que tu dormes ou que tu veilles, ou que tu sois en voyage ou que tu sois occupé de quelque ouvrage, que tu manges ou que tu boives, que tu traverses les mers ou les fleuves, couvre-toi de cette cuirasse, revêt chacun de tes membres de ce signe protecteur, et les maux ne pourront t'atteindre. A l'aspect de ce signe, les puissances ennemies s'effraient, tremblent et se retirent. C'est la croix du Christ qui a sanctifié le monde, elle en a dissipé les ténèbres en y ramenant la lumière. Elle a exterminé les erreurs ; elle a montré à tous la véritable route.
Elle a recueilli les nations des quatre parties du monde, et les a faites toutes entrer dans la même Eglise, pour n'avoir toutes qu'une même foi, sous un même chef, avec le lien commun de la charité.
La croix est l'invincible rempart des chrétiens. "
13. ORIGENE, Hom. VIII in div. Evang. locos : "
L'humilité du Fils de Dieu est notre orgueil ; sa croix est notre victoire ; son gibet est notre triomphe. Portons avec joie cet étendard, élevons avec orgueil ce signal de victoire. Imprimons sur nos fronts ce p.51 fin p.52 début signe de notre salut éternel. Les démons trembleront en l'apercevant. Ils ne craignent pas les capitoles dorés ; mais ils craindront la croix. Les sceptres des rois, la pourpre et le luxe des Césars ne leur font aucune peur ; mais les haillons et les jeûnes du chrétien leur commanderont le respect. Quoi de plus ? Nous voyons dans Ezéchiel que l'ange exterminateur ayant commencé ses exécutions par le peuple de Dieu, il n'y eut d'épargné que ceux qui portaient sur le front le signe du Tau, lettre qui représente la croix. Réjouissons-nous donc, mes frères et élevons vers le ciel des mains innocentes en forme de croix : les démons nous voyant ainsi armés, seront terrassés par cette seule vue. Tant que Moïse tenait ses mains élevées en haut, Amalec pliait. S'il les abaissait, Amalec reprenait le dessus. Les vergues et les mats des navires, destinés à soutenir les voiles, ne représentent-ils pas aussi la croix ? Les oiseaux eux-mêmes quand ils planent dans les airs avec leurs ailes étendues, tracent l'image de la croix. Que dis-je ? Les trophées de victoires, les étendards portés en triomphe, sont des croix. Mais ne nous bornons pas à les porter sur nos fronts, ayons-les surtout gravées dans nos cœurs, et ainsi défendus, nous pourrons à la suite du Christ marcher sans crainte sur l'aspic et le basilic (Ps. XC). "
14. RUFFIN, Eccles. Hist. lib. II, c. 29 : " Voici un fait dont la ville d'Alexandrie fut témoin : les bustes de Sérapis, qui étaient des images peintes dans toutes les maisons, sur tous les murs, à toutes les portes et à toutes les fenêtres se trouvèrent tellement effacés, qu'il n'en resta plus de traces, ni même le nom, et il en fut de même des autres démons ou faux dieux, qui peuplaient auparavant la ville ; et à leur place on vit l'image de la croix de Notre-Seigneur dépeinte par chacun à l'envi sur les portes, dans les vestibules, aux fenêtres, aux murs et aux colonnes. Les païens qui restaient, voyant cela, se rappelèrent un fait mémorable fondé parmi eux sur une ancienne tradition. C'est que les Egyptiens comptent, dit-on, la croix parmi les lettres de leur alphabet, qu'ils appellent hiératiques ou sacerdotales, et que cette lettre a pour eux le même sens que pour nous la vie à venir. Ceux donc d'entre eux que la vue de tant de prodiges déterminait à embrasser la foi, disaient avoir appris des anciens que leur culte d'alors subsisterait jusqu'a ce qu'ils vissent paraître le signe dans lequel était la vie. De là vient que ces conversions eurent lieu encore plus parmi les prêtres et les ministres des temples, que parmi le peuple qui aimait à se bercer dans ses erreurs. " p.52 fin p.53 début
18. NICEPHORE, Hist. eccles., lib. XVIII, c. 20
: " L'empereur, voyant que les Turcs que Chosroès avait envoyés à Constantinople portaient sur le front en guise de stigmates des croix imprimées à l'aide d'une certaine encre, leur demanda pourquoi ils portaient sur eux des signes qui n'étaient pas l'objet de leur culte. Ils lui répondirent qu'une peste affreuse s'était déclarée il y avait quelques années en Perse et dans leur patrie, et que comme ce fléau faisait beaucoup de victimes, des chrétiens qui se trouvaient parmi eux leur avaient persuadé que, s'ils avaient recours ce moyen, ils n'auraient plus rien à craindre, et que le fléau cesserait dans le pays, et qu'ils s'étaient bien trouvés d'avoir suivi ce conseil. "