Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 70)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

14. Ibidem, c. 19 : " Barlaam étant rentré dans la chambre du fils du roi, et y ayant célébré le sacrifice non-sanglant, le fit participer par la communion aux saints mystères. "

15. Ibidem, c. 39 : " Barlaam envoie ensuite Josaphat vers quelques frères qui demeuraient à une certaine distance de lui, pour leur porter les choses qui pouvaient être nécessaires à la célébration du saint sacrifice. Ayant donc entrepris et achevé de grand cœur ce long voyage, et fait apporter ce qu'il fallait pour célébrer les saints mystères, le divin Barlaam offrit à Dieu le sacrifice non-sanglant, et après y avoir participé le premier, il en fit part à Josaphat avec la même joie. "

16. PIERRE le Vénérable, abbé de

Cluny, Lib. I, Epist. II (cette lettre est dirigée contre les Pétrobrusiens qui niaient le sacrifice p.372 fin p.373 début de la messe) : " Ennemis de Dieu, c'est l'Eglise de Dieu qui va vous répondre que ni elle ne peut exister elle-même sans sacrifice, ni elle n'offre dans ce sacrifice autre chose que le corps et le sang de son Rédempteur. Elle offre, il est vrai aussi, au Seigneur son Dieu le sacrifice d'un esprit brisé de douleur, suivant cette parole du prophète (Ps. L, 19) : Un esprit brisé de douleur est un sacrifice digne de Dieu. Elle offre un sacrifice de justice, comme le dit le même prophète (Ps. L, 2,)

: C'est alors qu'il vous plaira d'agréer un sacrifice de justice ; elle offre un sacrifice de louange, ce sacrifice dont il est parlé au psaume précédent (Ps. XLIX, 14) : Immolez à Dieu un sacrifice de louanges. Mais elle offre en même temps un sacrifice bien plus agréable à Dieu que tous ceux-là, en lui offrant celui qui, comme dit l'Apôtre (Hébr., IX, 14), s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, pour purifier notre conscience des œuvres mortes, à nous faire rendre un vrai culte au Dieu vivant. Elle offre l'agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde (JEAN, I, 29) ;

qui ne meurt pas, même lorsqu'il est immolé ; qui est partagé sans diminution de lui-même et mangé sans destruction de son être. Elle l'offre pour elle-même puisque c'est pour elle-même qu'il s'est offert ; et ce qu’il a fait une fois en sacrifiant sa vie, elle le fait tous les jours en l'offrant en sacrifice. Mais comme je sais que ces choses sont bonnes à dire plutôt aux fidèles qui s'en édifient qu'aux infidèles qui s'en moquent, réservons ces perles précieuses, au lieu de les exposer à être foulées aux pieds par les pourceaux : c'est à vous à nous faire voir, si cela vous est possible, pourquoi vous défendez aux hommes de sacrifier au Dieu du ciel. Et comme c'est là le principal acte du culte divin, l'acte institué par Dieu même pour que l'homme lui témoigne sa dépendance, produisez vos arguments, si, contre ma conviction intime, vous en avez à faire valoir ; dites pourquoi vous ne voulez pas que les serviteurs fassent acte de soumission à l'égard de leur maître, les hommes à l'égard de Dieu, les créatures à l'égard du Créateur, ceux qui sont rachetés à l'égard de leur Rédempteur et pourquoi votre perversité met en œuvre tous les moyens pour empêcher qu'ils lui rendent le genre de culte qui n'est dû qu'à lui, et qu'ils lui doivent certainement. Dites-nous, je vous prie, pourquoi le sacrifice chrétien déplaît à des chrétiens tels que vous, si toutefois vous l'êtes encore, tandis que les sacrifices ont toujours été le signe auquel Dieu a discerné ceux qui le servent d'avec ceux qui ne le servent pas, le signe qui caractérise l'hommage qui lui est dû exclusi- p.373 fin p.374 début vement aux hommes quels qu'ils soient, et qui empêche de confondre l'honneur qui lui appartient avec ces témoignages de déférence par lesquels l'Apôtre nous recommande (Rom., XII, 10) de nous prévenir les uns les autres. Pourquoi vous porté-je défi ? Afin que, voyant que les anciens pères et tous les justes des temps passé ont plu à Dieu par la justice qu'ils ont pratiqué et les sacrifices qu'ils ont offerts ; observant que Dieu a ordonné de ne les offrir qu'à lui ; vous rappelant qu'il a exterminé ceux qui sacrifiaient à des dieux étrangers ; reconnaissant enfin que c'est là le culte qui convient à la Divinité et qui lui a été rendu par les saints de tous les siècles, vous consentiez à ce que vous avez empêché jusqu'ici, et que vous permettiez aux hommes d'offrir à Dieu les sacrifices que leur devoir est de lui offrir. Car pourquoi empêcher les enfants de suivre leurs pères ? Pourquoi ne pas leur permettre d'imiter par le principal signe de leur foi, ceux qu'ils imitent déjà par la foi ? Dieu, en même temps qu'il approuve les sacrifices offerts par les juifs, réprouverait-il ceux des chrétiens ? N'a-t-il pas plutôt pris en dégoût les sacrifices des juifs, comme il l'a témoigné par Isaïe (ISAIE, I, 11), par ces paroles : Tout cela m'est a dégoût ; je n'aime point les holocaustes de vos troupeaux, ni le sang des veaux, des agneaux et des boucs ? Ne dit-il pas par un autre prophète (Ps. XLIX, 9) : Je n'ai pas besoin de prendre des veaux de votre maison, ni des boucs de vos troupeaux ? Ne répète-t-il pas par Malachie (MALACH., I, 10) : Mon affection n'est point en vous, et je ne recevrai point de présents de votre main ? Par toutes ces manières de parler, il ne réprouve pas absolument les sacrifices établis pour ces temps-là, mais seulement la conduite perverse de ceux qui les offraient. Aussi ajoute-t-il par l'organe du prophète Isaïe (I, 15) : Vos mains sont pleines de sang. Il serait bien étonnant que le principal culte dû à la Divinité ne pût pas lui être rendu aujourd'hui, tandis qu'il lui a été rendu avec tant d'empressement et de zèle dans tous les siècles antérieurs. Il serait bien étonnant qu'on défendît aux chrétiens tout seuls d'offrir des sacrifices à Dieu, tandis que les patriarches, les prophètes, les juifs, les gentils, les fidèles, reçoivent de Dieu même l'ordre de lui en offrir. Il serait bien étonnant qu'aujourd'hui pour la première fois les sacrifices religieux fussent abolis dans le monde, tandis que jamais, dans tous les âges qui se sont succédé jusqu'ici, le monde n'a été sans sacrifices. Car jamais, même au milieu des plus profondes ténèbres de son ignorance et de sa corruption, le monde n'a telle- p.374 fin p.375 début ment oublié Dieu, qu'il ne restât toujours quelques hommes, en quelque petit nombre qu'ils fussent, qui servaient Dieu par des œuvres de justice, et montraient par leurs sacrifices qu'ils le servaient ainsi. Aujourd'hui au contraire, s'il plaît au monde d'adopter votre nouvelle doctrine, il fera ce qu'il n'avait encore jamais fait, et comme ce peuple emmené en captivité (OSéE, III, 4), il restera sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans autel, sans éphod et sans théraphins ; et cessant de sacrifier à Dieu, il cessera par là même d'être le peuple de Dieu. Il arrivera dans ces temps de grâce ce qui n'est jamais arrivé dans des temps de colère, savoir, que les chrétiens cessant de sacrifier à Dieu, le culte qui avait toujours eu cours dans le monde disparaîtra totalement du monde, et que le chrétien qui prouve sa soumission à Dieu par le culte qu'il lui rend, abandonnant le culte dû à Dieu seul, paraîtra désormais être tout-à-fait sans Dieu. "

17. S. CHRYSOSTOME, Hom. XVII in Epist. ad Hebræos

(Cf. Opera. S. Joannis Chrysostomi, t. XII, pag.168-169, édit. de Montfaucon ; pag. 241-242, édit. de Gaume) : " Quoi donc ? Est-ce que nous n'offrons pas tous les jours (Jésus-Christ) ? Sans doute tous les jours, mais par la commémoration que nous faisons de sa mort ; et cette commémoration n'est pas multiple, mais toujours la même. Comment cela? Parce qu'il n'a été offert qu'une fois, comme cette autre victime n'était introduite qu'une fois dans le Saint des saints. Celle-ci était le type de celle-là comme le sacrifice d'alors l'était de celui d'aujourd'hui ; car c'est toujours la même victime que nous offrons, et non pas un agneau un jour, et un autre jour un autre agneau, mais toujours le même : c'est donc toujours le même sacrifice. Autrement, comme il est offert en beaucoup de lieux, il y aurait donc à ce compte beaucoup de Christs ? Mais non ; c'est partout le même Christ, ici tout entier, ailleurs tout entier, partout le même corps ou la même personne. De même donc que c'est un seul et même corps, quoiqu'il soit offert en beaucoup de lieux, de même c'est partout et toujours un seul et même sacrifice. C'est ce même sacrifice que notre divin pontife a le premier offert, et qui nous a purifiés. C'est ce sacrifice que nous offrons nous-mêmes encore aujourd'hui ; car il est impérissable et nous le célébrons en mémoire de ce qui s'est fait alors. . . Mais puisque je suis venu à parler de ce sacrifice, je veux vous adresser à ce sujet quelques mots, à vous qui êtes initiés… Beaucoup d'entre p.375 fin p.376 début vous ne participent à ce sacrifice qu'une fois l'année, d'autres deux fois, d'autres plus souvent. . . "

19. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XXII, c. 8 : " Hespérius, ancien tribun, est auprès de nous ; il a sur le territoire de Fussales une métairie appelée Zubédi. S'étant assuré que l'influence des malins esprits répandait la désolation parmi ses esclaves, parmi ses troupeaux et dans toute sa maison, il vint en mon absence prier nos prêtres que l'un d'entre eux se rendit chez lui afin de conjurer par ses oraisons la puissance ennemie. Un prêtre y alla, et offrit le sacrifice du corps du Seigneur avec les plus ardentes prières pour faire cesser ces malignes attaques. Et aussitôt la miséricorde de Dieu les fit cesser. "

20. S. CHRYSOSTOME, Hom. LXXVII (al. LXXVIII) in

Joannem (Cf. Opera. S. Joan. Chrys., t. VIII, p.460, édit. de Montfaucon ; p.531, édit. de Gaume) : " Nous nous donnons le baiser les uns aux autres dans la célébration des saints mystères, pour montrer que nous ne faisons qu'un, tous tant que nous sommes ; nous prions tous en commun pour ceux qui ne sont pas encore initiés ; nous offrons le sacrifice pour les malades, pour les fruits de la terre, pour le monde entier. "

21. Le même, Hom. XVIII in Acta apostolorum

(Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., t. IX, pag.149-150, édit.

de Montfaucon ; pag.157-158, édit. de Gaume) : " Beaucoup construisent des halles, des maisons de bains ; personne ne bâtit d'église : on se procurerait tout le reste, plutôt que de se procurer des églises. Je vous prie donc et vous supplie, je vous demande en grâce, ou plutôt je vous ordonne, à vous tous qui avez des maisons de campagne, de ne pas négliger d'y avoir des églises. Ne me dites pas : L'Eglise n'est pas loin, elle est toute voisine, la dépense serait grande, et le profit modique. Si vous avez à donner aux pauvres, entrez plutôt dans cette dépense ; pourvoyez à la pension du maître d'école, du diacre et des prêtres qui y seront appelés. Conduisez-vous pour l'Eglise comme vous le feriez pour une femme que vous épouseriez, ou pour une de vos filles que vous marieriez ; payez sa dot. Si vous le faites, tout le voisinage vous bénira. Que de biens en effet en résulteront ! Est-ce peu de chose, que votre pressoir soit béni ? Est-ce peu de chose, que Dieu reçoive les prémices de tous les p.376 fin p.377 début fruits de vos terres ? Cela contribuera à rendre les cultivateurs plus heureux. Le prêtre en sera plus respecté et tout le pays en sera plus tranquille. On vous devra la continuité des prières, la régularité des offices, la célébration du saint sacrifice qui se fera tous les dimanches. Lequel, dites-moi, s'attirera le plus de louanges, de celui qui élèvera de magnifiques tombeaux pour qu'on puisse dire de lui que c'est à lui qu'on les doit, ou de vous qui aurez élevé des églises ? Songez que vous aurez votre récompense à l'avènement de Jésus-Christ si vous élevez quelque autel à la gloire de Dieu. . . Sera-ce un petit avantage, dites-moi, que votre nom soit continuellement répété dans les saints sacrifices, et que chaque jour des prières soient faites à Dieu pour le pays ? "

57 : " Nous avons aussi entendu dire qu'un homme ayant été pris et mis dans les chaînes par les ennemis, sa femme faisait offrir pour lui le saint sacrifice à des jours marqués ; que longtemps après ayant obtenu de la rejoindre, il se convainquit que les jours où les chaînes lui avaient été ôtées étaient ceux-là mêmes où à sa femme avait fait offrir le saint sacrifice. Ce récit acquiert un nouveau degré de vraisemblance par ce qui nous a été assuré à nous-mêmes avec toute certitude, il y a sept ans : Agathus, évêque de Palerme, comme me l’ont attesté et me l'attestent encore beaucoup de personnes pieuses et dignes de foi, ayant reçu l'ordre de se rendre à Rome du temps de mon prédécesseur d’heureuse mémoire, essuya dans la traversée une violente tempête au point de perdre l'espérance d'échapper au naufrage. Son nautonier, nommé Baroca, qui aujourd'hui est clerc de cette même église, conduisait le canot attaché au navire ; mais la corde s'en étant rompue, il avait disparu avec le canot lui-même au milieu des flots. Le navire, n'ayant plus alors d'autre conducteur que l'évêque, parvint enfin après beaucoup de périls et de secousses à l'île d'Ostica. Le troisième jour du débarquement, l'évêque, qui de la côte cherchait toujours des yeux le nautonier qui lui avait échappé avec son canot, vivement affligé de ne pas le voir reparaître le crut mort, et sa charité le portant à lui rendre, fût-il toujours vivant, les devoirs qu'on remplit envers ceux dont on déplora la perte, il fait offrir pour le soulagement de son âme au Dieu tout-puissant le sacrifice de la victime sainte ; ce sacrifice achevé, il remet le navire en état et fait voile vers l'Italie. Mais à peine est-il débarqué à Porto, qu'il retrouve le nautonier p.377 fin p.378 début qu'il croyait mort. Transporté de joie d'une si heureuse rencontre, il lui demande comment il avait pu subsister sur la mer pendant tant de jours, au milieu de tant de périls. Le nautonier lui apprit alors que tant que le canot, tout rempli d'eau qu'il était, avait pu se soutenir au milieu des vagues, il avait flotté ou nagé avec lui, et que le canot était venu plus tard à chavirer, il s'était assis sur sa quille ; que ce manège s'étant renouvelé plusieurs fois, tant le jour que la nuit, il allait succomber à la fatigue aussi bien qu'à la faim qui le dévorait lorsque la miséricorde de Dieu vint à son secours de la manière suivante, comme on peut encore aujourd'hui l'apprendre de lui-même. Luttant, dit-il, contre les flots, et sentant mes forces s'épuiser, je me trouvai tout-à-coup dans un accablement d'esprit qui, sans être le sommeil, n'était cependant pas pour moi l'état de veille ordinaire ; quelqu’un alors m'apparut au milieu de la mer où j'étais et me présenta du pain pour réparer mes forces.

A peine eus-je pris cette nourriture, que je me sentis fortifié et bientôt après un navire venant à passer m'accueillit, m'arracha à tous ces périls et me ramena à terre.

L'évêque entendant ces mots, lui demanda quel jour la chose était arrivée et les renseignements qu'il en obtint le convainquirent que c'était le jour même où ce prêtre de l'île d'Ostica avait offert pour lui le saint sacrifice. "

23. BEDE, Anglic. hist., lib. IV, c. 22

: " Dans le combat où périt le roi Edwin, il se passa un fait mémorable et fort authentique, dont le récit, que je ne crois pas devoir omettre, pourra contribuer au salut de ceux qui en auront connaissance. Parmi ceux de ses soldats qui périrent avec lui, se trouvait un jeune homme appelé Huma, qui après avoir passé le reste de ce jour-là et la nuit suivante parmi les cadavres, et comme s'il était lui-même du nombre des morts, reprit ses sens enfin, et se remettant sur son séant banda comme il put ses blessures. Puis, après avoir pris quelque peu de repos, il se leva, et se mit en route pour trouver, s'il pouvait, quelque ami qui lui donnât ses soins. Mais au lieu de cela, il fut découvert et fait prisonnier par des soldats de l'armée ennemie, qui le conduisirent à leur chef, savoir au comte du roi Edilrède. Interrogé par ce prince qui il était, il n'osa pas se dire soldat, et il répondit qu'il était un pauvre paysan, un homme même marié qui était venu avec d'autres de sa condition porter des vivres à l'armée. Le prince, le prenant en pitié, fit soigner ses plaies, et quand la guérison fut à peu prés opérée, il ordonna, pour l'empêcher de prendre la p.378 fin p.379 début fuite, qu'on le tînt attaché pendant la nuit ; mais ce fût en vain : car à peine ceux qui l'avaient attaché eurent-ils disparu, que ses liens se défirent. C'est qu'il avait un frère nommé Tuma, prêtre et abbé d'un monastère dans la ville qui aujourd'hui s'appelle de son nom Tumiacestir. Cet abbé à qui on avait rapporté que son frère avait été tué dans la bataille, s'était rendu sur le lieu du combat pour chercher son corps parmi les morts, et en ayant trouvé un autre qui lui ressemblait parfaitement, il avait cru que c'était lui-même, l'avait en conséquence transporté à son monastère, l'avait enseveli avec honneur, et avait fait dire plus d'une messe pour la délivrance (Nous sommes forcés de rendre par délivrance le mot absolutio qui est dans le texte original, et dont l’étymologie est solvere, dissoudre ou délier) de son âme. L'effet de ces messes fut, comme je viens de le dire, de rendre inutiles tous les efforts qu'on faisait pour lier son frère. Cependant le comte entre les mains de qui était le prisonnier, surpris de ce fait merveilleux, lui en demanda la cause, et voulut savoir de lui s'il n'avait pas en sa possession quelqu'une de ces lettres salutaires, dont on raconte tant de fables, pour rendre impuissants tous les liens dont on voulait l'attacher. Le prisonnier répondit qu'il ne connaissait rien de tous ces secrets. Mais j'ai, ajouta-t-il, un frère prêtre dans mon pays, et je sais que, me croyant mort, il fait dire pour moi souvent des messes, qui auraient pour effet, si j'étais parmi les morts, de délivrer mon âme des peines qu'elle aurait à endurer. Comme le comte le garda quelque temps près de lui, ceux qui l'étudiaient avec plus de soin virent bien à ses traits, à son maintien et à son parler, qu'il n'était pas un homme du peuple, mais plutôt de famille noble. Alors le comte, le prenant à part, le pressa davantage de lui dire d'où il était en lui promettant de ne lui faire aucun mal, s'il lui révélait simplement sa condition ou son origine. Le prisonnier déférant à sa demande, lui fit connaître qu'il avait été officier de son roi. " Je voyais bien, reprit le prince, que vous n'étiez pas un paysan. Vous méritez donc la mort, puisque tous vos frères et vos proches ont été tués dans la bataille ; et cependant je ne vous ferai pas mourir, pour ne pas manquer à la parole que je vous ai donnée. " Lorsque le blessé fut guéri, son maître le vendit à Londres à un certain Frison ; mais ce nouveau maître, pas plus que l'ancien, ne put jamais réussir à l'attacher. Ses ennemis ayant donc essayé ainsi de tous les liens, et celui qui l'avait acheté voyant qu'il ne pouvait l'attacher avec p.379 fin p.380 début aucun, lui donna la faculté de se racheter s'il le pouvait. C'était le plus souvent à la troisième heure du jour, heure à laquelle se disaient les messes, que ses liens se défaisaient. Le prisonnier, sur la promesse qu'il fit de revenir ou d'envoyer le prix de sa rançon, put se rendre à Cantica (Peut-être Cantorbéry) auprès du roi Lodheri, qui était neveu par sa mère de la reine Edildrida, et qui avait été comme lui officier de cette reine. Il lui demanda et obtint de lui la somme nécessaire pour se racheter, et fit passer cette somme à son maitre, comme il l'avait promis. Puis il s'en retourna dans son pays, et arrivé près de son frère, il lui raconta en détail les revers qu'il avait essuyés, les consolations qu'il avait éprouvées et se convainquit par les révélations que celui-ci lui fit à son tour, que ses liens s'étaient défaits aux moments précis où les messes avaient été dites. Il comprit en même temps que tout le reste qui lui était arrive d'heureux ou d'avantageux au milieu de tant de périls, il le devait à la protection du ciel, intéressé en sa faveur par les prières de son frère et par l'oblation de la victime sainte. Et beaucoup de ceux qui entendirent les récits de cet homme, se sentirent excités à prier avec plus de foi et de dévotion, à faire des aumônes, ou à offrir au Seigneur le saint sacrifice pour la délivrance de ceux de leurs proches qui pouvaient être décédés. Car ils comprirent par là que la sainte messe servait à sauver éternellement l'âme et le corps. Cette histoire m'a été racontée par des personnes qui la tenaient de celui-là même qui en était le sujet ; et c'est ce qui m'a déterminé à la donner avec confiance dans cette histoire ecclésiastique. "

24. S. CLEMENT, pape et martyr, Epist. III de officio sacerdotum et clericorum (Cf. LABBE, Conc., tom. I, col. 108. C'est une fausse décrétale ; une partie du passage cité ici paraît, avoir été prise dans une lettre du pape Félix IV (Conc., tom. IV. col, 1655), qui elle-même n'est pas authentique) : " Nous devons, tandis que nous sommes ici-bas, consulter la volonté de Dieu sur le lieu ou il nous est permis de sacrifier : car il n'est pas permis de sacrifier ou de célébrer des messes ailleurs que dans les lieux consacrés ou du moins autorises à cet effet par l'évêque de l'endroit même, légitimement ordonné. Car l'Ancien-Testament concourt, avec le Nouveau pour nous inculquer que ces choses-là ne doivent pas se pratiquer autrement. C'est ce que les apôtres ont appris du Seigneur, et qu'ils nous ont transmis ; c'est aussi ce que nous p.380 fin p.381 début enseignons nous-mêmes, et que nous recommandons à tous ceux que cela regarde d'observer et d'enseigner exactement. "

25. S. IRENEE, Adversùs hæreses, lib.

IV, c. 32 : " Ensuite, pour enseigner à ses disciples que c'est un moyen de montrer sa reconnaissance envers Dieu et de se le rendre favorable, que de lui offrir les prémices des biens de la terre, bien que Dieu cependant n'ait nul besoin de ces offrandes, il (Jésus-Christ) prit du pain, qui est un fruit de la terre, rendit grâces, et dit : Ceci est mon corps. Il offrit aussi dans le calice le vin, qui est un fruit de la terre ; mais ce vin, transformé en son propre sang, marquait la différence entre les sacrifices de l'ancienne loi et ceux de la nouvelle. C'est cette oblation du Nouveau-Testament que l'Eglise, instruite par les apôtres, réitère chaque jour par toute la terre, en offrant à Dieu les prémices de ses propres dons. C'est ce sacrifice nouveau que le prophète Malachie a d'avance annoncé quand il disait (MALACH., I, 10-11) : " Mon affection n'est point en vous, dit le Seigneur des armées, et je ne recevrai plus de présent de votre main ; car, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, mon nom est grand parmi les nations ; et l'on me sacrifie en tout lieu, et l'on offre en mon nom une oblation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées. " Le sens de cette prophétie est évidemment qu’aussitôt que l'ancien sacrifice, le sacrifice de l'ancienne loi sera aboli, le nouveau sacrifice, qui aura pour objet une offrande plus pure, et qui aura lieu par toute la terre, commencera ; et dès-lors le nom de Dieu sera glorifié par toutes les nations (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. par M. de Genoude, t. III). "

26. S. CHRYSOSTOME, Homil. III in Epist. ad Philippenses

(Cf. Opera. S. Joannis Chrysostomi, t. XI, pag.217-218, édit. de Montfaucon ; pag.250-251, édit. de Gaume) : " Ce n'est pas vainement que les apôtres ont prescrit de faire mémoire des morts dans nos redoutables mystères : ils savaient qu'il leur en revenait beaucoup de profit, beaucoup d'utilité. "

27. Le même, Hom. LXIX ad populum Antiochenum, dit encore les même choses : " Ce n'est pas sans raison que les apôtres ont prescrit de faire ainsi mémoire des morts dans nos redoutables mystères. Car ils savaient qu'il leur en revenait beaucoup de profit, beaucoup d'utilité. Lorsque le peuple entier est là tendant ses mains élevées au ciel, que le corps des prêtres est rassemblé, que l'auguste victime est sur l'autel, comment ne fléchirions-nous pas, en priant pour eux, la justice de Dieu? " p.381 fin p.382 début

28. S. JEAN-DAMASCENE, Orat. de defunctis, discours dont le sujet est que les fidèles qui ont quitté cette vie sont aidés par les messes et les bonnes œuvres des vivants : " Or les disciples du Verbe, ces témoins assidus de ses actions, ces pécheurs du monde entier, ces disciples, dis-je, du Sauveur, ces divins apôtres ont ordonné que dans ces saints et redoutables mystères qui procurent la vie à nos âmes, on ferait mémoire de ceux qui seraient morts avec la foi, etc. " Voir plus bas, témoignage 107, pour le reste de ce passage.

30. EUSEBE, Démonstration évangélique, lib. I, c. 10 : " Il a enfin offert à son Père pour notre salut, la victime la plus admirable, l'offrande la plus agréable dont il a établi que nous célébrerions la mémoire comme un sacrifice à Dieu. C'est ce que prédit David dans ses transports prophétiques lorsqu'il s'écrit : J'ai attendu le Seigneur avec une grande patience; il s'est abaissé vers moi, il a exaucé ma prière il m'a tiré de l'abîme de misère et de la boue profonde. Il a placé mes pieds sur la pierre; il a dirigé mes pas. Il m'a mis dans la bouche un cantique nouveau pour être chanté à notre Dieu. Et voici quel est ce cantique nouveau : Vous n'avez voulu ni oblations, ni sacrifices ; mais vous m'avez donné un corps. Vous n'avez pas demandé d'holocaustes même pour le péché alors j’ai dit : Me voici ; je viens (Ps. 39, 4). Il est écrit de moi à la tête de votre livre que je ferai votre volonté, je l'ai voulu. " Ce prophète ajoute : J'ai annoncé la justice dans une grande assemblée. Par ces paroles le saint roi nous apprend évidemment qu'aux anciens sacrifices et aux holocaustes d'autrefois, a succédé la présence corporelle et l'immolation du Christ à Dieu ; et dans l'effusion de sa joie, il annonce à toute l'Eglise ce grand mystère exposé à la tête du livre par l'expression prophétique. Sur le point de célébrer sur une table et par des symboles augustes la mémoire de ce sacrifice de son corps et de son sang salutaire, nous apprenons de lui à dire : Vous avez préparé une table pour moi, à la vue de ceux qui me persécutent. Vous inondez ma tête d'une huile odorante. Que votre calice, qui m'enivre de joie, est admirable ! (Ps. 22, 5) Par ces paroles le prophète désigne clairement cette onction mystique et ces redoutables sacrifices du Christ, où nous immolons, à chaque jour de notre vie, une victime non-sanglante, spirituelle et d'agréable odeur au Dieu suprême, suivant les préceptes que nous avons reçu du pontife p.382 fin p.383début le plus auguste de tous. - C'est ce qu'Isaïe, le grand prophète admirablement inspiré de l'Esprit-Saint, a vu dans l'avenir et a prédit en ces termes (ISAIE, XXV, 1) : Seigneur, mon Dieu, je vous glorifierai : je louerai votre nom, parce que vous avez opéré des merveilles. Puis il dévoile ces merveilles en ajoutant : Le Seigneur des armées préparera un festin à tous les peuples. Ils s'abreuveront de joie ; ils boiront le vin ; ils s'inonderont de parfums sur cette montagne. Annonce ces paroles aux nations ; car telle est sa volonté sur les nations. - Telles sont les merveilles qu'Isaïe a prédites ; elles faisaient espérer l'onction de parfum et d'agréable odeur, non pas aux juifs, mais aux gentils ; aussi ont-ils obtenu non-seulement cette onction précieuse, mais encore l'auguste titre de chrétiens. Le prophète leur promet même la joie du vin, laissant à entendre par là le mystère de la nouvelle alliance célébré aujourd'hui à découvert chez toutes les nations. " Un peu plus haut, parlant des gentils et des juifs convertis à Jésus-Christ, le savant apologiste avait dit encore : " Tandis que nous célébrons chaque jour la mémoire de son corps et de son sang, honorés que nous sommes de la possession d'un sacrifice bien supérieur à celui des anciens. . . . . "

31. S. CYPRIEN, ad Cæcilium, epist. LXIII

: " Si Jésus-Christ, Notre-Seigneur et notre Dieu est lui-même le pontife de Dieu le Père ; s'il s'est offert le premier à lui en sacrifice ; s'il a dit : Faites ceci en mémoire de moi, le prêtre ne tient véritablement ici-bas la place de Jésus-Christ qu'autant qu'il imite ce que Jésus-Christ a fait ; il n'offre à Dieu le Père un sacrifice complet, légitime, qu'autant qu'il l'offre à Jésus-Christ et comme Jésus-Christ. Ce n'est pas le matin, objecte-t-on, c'est après le repas du soir que le Seigneur a offert le calice mêlé d'eau et de vin. D'accord ; mais il ne suit pas de là que nous devions l'offrir à ce moment. Il fallait que le Christ l'offrît vers le déclin du jour, afin que l'heure elle-même du sacrifice figurât la chute et les ténèbres du monde, ainsi qu'il est écrit dans l'Exode : Et toute la multitude des enfants d'Israël le mangea vers le soir. Et encore dans les psaumes : L'oblation de mes mains est comme le sacrifice du soir. Mais nous, nous célébrerons le matin la résurrection du Seigneur. Et puisque, dans chacun de nos sacrifices, nous faisons mémoire de sa passion, car la passion du Seigneur est le sacrifice que nous offrons, nous ne devons pas faire autre chose que ce qu'il a fait. En effet, l'Ecriture dit : Toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous annoncerez p.383 fin p.384 début la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne.

Toutes les fois donc que nous offrons le calice en mémoire du Seigneur et de sa passion, faisons ce qu'il 'est certain qu'il a fait. "

32. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. X, c.

20 : " Aussi le vrai médiateur entre Dieu et les hommes, médiateur en tant qu'il a pris la forme d'esclave, Jésus-Christ homme, recevant comme Dieu le sacrifice avec son Père, et seul Dieu avec lui, a préféré cependant, sous la forme d'esclave, être lui-même le sacrifice, plutôt que de le recevoir, pour ne laisser aucun prétexté à croire qu'il soit permis de sacrifier à quelque créature que ce soit. Lui-même est donc le prêtre qui offre, lui-même est l'offrande ; et c'est ce mystère qu'il a voulu perpétuer dans le sacrifice que l'Eglise offre tous les jours ; l'Eglise, ce corps dont il est le chef, et qui s'offre elle-même par lui. Les antiques sacrifices des saints étaient autant de figures de ce vrai sacrifice ; sens unique, caché sous tant de signes, comme on énoncé une même pensée sous des formes différentes, pour éveiller l'attention et prévenir l'ennui. Devant ce sacrifice auguste et véritable, tous les sacrifices menteurs ont disparu. "

34. Le même, in Ps. XXXIII, conc. (Cf. Opera.

S. Augustini, tom. IV, pag. 215, édit. des bénédictins, col. 307, édit. de Gaume) : " Il se contrefit le visage dans les états de son père, qui le laissa partir, et il s'en alla. C'est que là était le sacrifice selon l'ordre d'Aaron, et qu’à la place de ce sacrifice il institua au moyen de son corps et de son sang le sacrifice selon l'ordre de Melchisédech. Il se contrefit donc le visage, en changeant, comme il fit, le sacerdoce. "

35. S. CHRYSOSTOME, Hom. LXXXIII in Matthæum

(Cf. Opera. S. Joannis Chrysostômi, tom. VII, édit.

de Montfaucon ; pag. 882-883, édit. de Gaume) : " Il dit donc : J'ai désiré ardemment de manger cette pâque, c'est-à-dire, de vous promulguer la nouvelle loi, et d'instituer une pâque qui aura la vertu de vous rendre spirituels. Et il but lui-même de ce calice. Car de peur qu'en entendant ces choses, il ne leur vînt à la pensée de dire : Quoi donc ! c'est du sang que nous buvons, et de la chair que nous mangeons ? et que cette pensée ne les jetât dans le trouble, comme en effet, la première fois qu'il avait parlé de son dessein, beaucoup d'entre eux s'était scandalisés de ses paroles ; de peur donc qu'ils ne fussent de même troublés p.384 fin p.385 début il leur donna le premier l'exemple, les engageant ainsi à prendre part avec confiance aux saints mystères. Pour cette raison donc il but lui-même le premier son sang. Quoi donc, direz-vous, faut-il faire aussi ce qui se faisait autrefois ? Nullement. Car s'il dit à ses disciples, Faites ceci, c'est pour qu'ils cessassent de faire cela. Car si ceci suffit, comme il est certain, pour la rémission des péchés, l'autre chose est désormais superflue.

C'est pourquoi il a joint au mystère le souvenir du bienfait, comme autrefois dans la pâque juive, et par là il a fermé la bouche aux hérétiques. Car lorsque ceux-ci s'en viennent nous dire : qu'est-ce qui démontre que le Christ ait été immolé ? nous avons pour les en convaincre, outre les autres moyens, nos mystères eux-mêmes. Car si Jésus n'était pas mort, de quoi le sacrifice que nous célébrons serait-il le symbole ? Voyez-vous combien il a pris à cœur de nous rappeler continuellement qu'il est mort pour nous ? Car comme il devait dans la suite paraître des hérétiques tels que les disciples de Marcion, de Valentin, de Manès, qui nieraient cet ordre des desseins de Dieu, il ne cesse de nous rappeler la mémoire de sa passion par les mystères mêmes qu'il nous ordonne de célébrer tous les jours, afin que personne ne puisse être séduit par ces fausses doctrines, et c'est ainsi qu'il nous instruit en même temps qu'il nous sanctifie au moyen de ce banquet sacré. En effet, c'est de la passion qu'il a endurée que découlent pour nous toutes les grâces. "

36. Le même, Hom. XXIV in Epist. I ad Corinthios

(Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., tom. X, p.215, édit. de Montfaucon ; pag. 249-250, édit. de Gaume) : " Comme l'ancienne loi s'adressait à des hommes trop imparfaits, il avait bien voulu alors avoir pour agréable la même espèce de sang qu'ils offraient aux idoles, afin de les éloigner des idoles mêmes, ce qui était faire preuve d'une bonté inouïe ; mais ici, comme il s'agissait d'établir un culte bien plus respectable et bien plus auguste, il change l'espèce même du sacrifice, et il veut être immolé lui-même à la place des animaux sans raison. Mais pourquoi l'Apôtre ajoute-t-il, Quem frangimus, que nous rompons ? C'est en effet ce que nous voyons pratiquer dans l'Eucharistie ; sur la croix cependant la même chose n'a point eu lieu ; ce fut plutôt tout le contraire suivant cette parole : Vous ne briserez aucun de ses os. Mais ce qu'il n'a pas souffert sur la croix, il le souffre dans l'oblation journalière par amour pour p.385 fin p.386 début nous, et il consent à être mis comme par morceaux, afin de nous rassasier tous. "

37. S. MARTIAL, Epist. ad Burdegalenses, c. 3 (C’est une épître supposée, mais qui n’a rien que de conforme à la foi de tous les temps. Elle ne paraît pas remonter plus haut que le onzième siècle. Voir NAT. ALEX., Hist. eccles. Sæc. I, c. XIII, art.11) : " Comme on réduisait en cendres les autels des démons, nous avons ordonné qu'on réservât pour nos saints mystère l'autel du Dieu inconnu, cet autel que nous avons dédié sous le nom du Seigneur Dieu d'Israël et à Etienne son témoin, qui a souffert la mort pour lui de la part des Juifs. Vous pratiquez le culte non d'un homme, mais du vrai Dieu ; car Etienne n'était pas Dieu, mais seulement son ami ; il sacrifia sa vie pour lui rendre témoignage : la table qui est dressée est teinte de sang, parce que Jésus-Christ a prouvé par l'effusion même de son sang qu'il est Dieu ; et celui qui croira, recevra la récompense de sa foi. En effet, le sacrifice offert sur l'autel ne s'offre, ni à un homme, ni à un ange, mais au Dieu Créateur. Et ce n'est pas seulement sur un autel sanctifié, mais en tout lieu que s'offre à Dieu une oblation pure, ainsi qu'il nous l'a attesté lui-même. C'est son corps et son sang que nous offrons pour la vie éternelle, en disant : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, le fassent en esprit et en vérité. Car lui-même, quoique son corps fût sans tache et exempt de péché, comme ayant été conçu du Saint-Esprit et étant né de la vierge Marie, il a souffert qu'il fût immolé sur l'autel de la croix. Mais ce corps que les Juifs ont immolé par envie, en croyant effacer son nom de dessus la terre, nous l'offrons pour notre salut sur l'autel sanctifié, bien convaincus que c'est le seul moyen pour nous de nous procurer la vie et d'éviter la mort : car c'est Jésus-Christ lui-même qui nous a ordonné de faire cela en mémoire de lui. Quant aux sacrifices qui s'offraient aux idoles, je vous ai déjà fait connaître que c'était là une des principales causes de la domination que le diable exerçait sur vous. Et comme la communion au Dieu vivant est pour vous une source de vie, ainsi la participation à la table des idoles était pour vous une cause de réprobation, de maladies, de désordres et d'autres maux sans nombre. "

38. S. DENIS l'Aréopagite, Eccles. hierarch., c. 3 : " Le hiérarque debout au saint autel, bénit les œuvres admirables que, dans sa providence, Jésus-Christ a faites pour le salut du genre humain, par le bon plaisir du Père dans le Saint-Esprit, p.386 fin p.387 début pour parler comme nos oracles. Quand donc il les a louées ; quand, par l'œil de l'entendement, il les a contemplées avec un pieux respect, il procède à la célébration mystique du sacrifice en la manière que Dieu a instituée. Ayant donc payé le tribut de louanges à la divine bonté, saisi de cette crainte que la religion réclame d'un pontife, il s'excuse d'oser approcher ces mystères si excellents, et il s'écrit vers le Seigneur : " Vous l'avez dit : Faites ceci en mémoire de moi. " Puis il demande la grâce de n'être pas indigne de ce ministère par lequel l'homme imite un Dieu, et de retracer Jésus-Christ dans la célébration, la distribution des choses sacrées et pour ceux aussi qui doivent y communier la grâce de les recevoir avec une pureté parfaite. Alors il achève l'œuvre sainte, et offre aux regards les mystères sous les symboles qui les rendent sensibles (Cf. Les Œuvres de saint Denis l’Aréopagite, trad. par M. l’abbé Darboy, p.285-286 ; Les Œuvres du divin saint Denis, trad. par le frère Jean de Saint-François, p.85-86 ; les mêmes, textes grec, édit. de Paris, 1562, p.156). "

39. S. CLEMENT, pape et martyr, ou plutôt l'auteur inconnu des Constitutions apostoliques, liv. V, c. 18 : " Le Seigneur ayant été mis en croix dans la sixième férie, et étant ressuscité le matin du dimanche, nous voyons ainsi accomplie la prophétie qui disait (Ps. LXXXI, 8) : Levez-vous (Resurge), Seigneur, jugez la terre, car vous avez pour héritage toutes les nations ; et cette autre (Ps. XI, 6) : Je me lèverai maintenant, je procurerai leur salut en les mettant en un lieu sûr, et j'agirai en cela avec une entière liberté ; cette autre enfin (Ps. XL, 11 ) : Vous, Seigneur, ayez compassion de moi, et ressuscitez-moi, et je leur rendrai ce qu'ils méritent. Vous donc aussi, maintenant que Notre-Seigneur est ressuscité d'entre les morts, offrez votre sacrifice, celui qu'il vous a recommandé par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi. Et après cela cessez votre jeûne en célébrant avec joie la résurrection de Jésus-Christ, gage elle-même de notre propre résurrection ; et que ce soit là pour vous une loi stable et perpétuelle dans toute la suite des siècles, jusqu’à ce que le Seigneur vienne. "

40. PIERRE le Vénérable, abbé de

Cluny, Lib. I, Epist. 2 : " Comme je crois avoir suffisamment démontré la vérité du sacrifice chrétien, dites maintenant pourquoi, nous enviant ce même sacrifice, je veux dire le corps et le sang de notre Rédempteur, vous ne l'accordez pas à d'autres qu'à ceux-là même qui ont assisté avec Jésus-Christ à la cène fameuse célébrée la veille de p.387 fin p.388 début sa passion. Si vous remettez toujours, comme vous l'avez fait jusqu'ici, à me répondre, je vous prouve qu'il n'a été institué, ni pour eux seulement, ni pour ces temps-là seuls ; mais que c'est un présent fait par l'auteur de tous les biens à tous les fidèles jusqu’à la consommation des siècles.

Mais je m'étonne au-delà de tout ce que je puis dire, je suis tout stupéfait de voir que cette opinion ait pu venir dans l'esprit des hommes qui se vantent de croire à l’Evangile, tandis que les paroles de Jésus-Christ qui combattent cette hérésie s'y trouvent si clairement exprimées que si elles paraissent encore douteuses ou obscures, il n'y a plus ni clarté ni certitude dans aucune de ses instructions ou de ses autres paroles. Que pouvait-il dire en effet de plus assuré comme de plus clair, contre ceux qui prétendent que le corps et le sang de Jésus-Christ n'ont été produits alors que sous forme de sacrement, n'ont été donné que pour la circonstance d'alors, que l'ordre qu'il a intimé lui-même à ses disciples en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi ? Comment l'hérétique ose-t-il donc dire : Ne faites pas ceci, pensant que Jésus-Christ donne l'ordre contraire par ces paroles : Faites ceci ? Ceci, dis-je, et non autre chose ; ceci même qui vous est donné à manger, qui vous est donné é boire, mon corps en un mot avec mon sang. Faites ceci, vous dis-je encore une fois, en mémoire de moi.

Que demandez-vous de plus ? Quelle autre assurance voulez-vous que celle-là ? Cette seule parole, si courte qu'elle soit, répond à tous les verbiages de l'erreur, de sorte que ce n'est plus que par surabondance de raisons qu'on peut chercher ailleurs encore de quoi mettre aux abois l'ennemi pervers de nos dogmes. Jésus-Christ n'a pas dit seulement : Prenez et mangez, prenez et buvez ; mais : Ce que vous mangez et buvez, faites-le de même. S'il en est ainsi, il est donc faux, malgré ce que vous dites, ô hérétiques, que ce soit alors seulement que ce sacrement ait été donné par Jésus-Christ, que ce soit alors seulement qu'il ait été reçu par les apôtres, puisque ce qu'il a fait, il leur a ordonné de le faire aussi ; ce qu'il a distribué, il a voulu qu'ils le distribuassent aussi à d'autres. "

42. Le même, contra Faustum Manichæum, lib. VI, c. 5, parlant des sacrifices de l'Ancien-Testament, ajoute ces paroles : " Ces sacrifices étaient autant de figures des nôtres et tous, malgré leurs différences particulières, représentaient un même p.388 fin p.389 début sacrifice, celui dont nous faisons maintenant mémoire. De là vient que ce sacrifice s'étant enfin accompli, ou ayant été offert en son temps, les sacrifices anciens ont été abolis quant à leur célébration, tout en ne perdant rient de leur autorité quant à la signification qu'ils renfermaient. "

43. S. HIPPOLYTE, évêque et martyr, Orat.

de consummatione mundi et Antichristo (L'authenticité de cet opuscule est soutenue par Noël Alexandre contre plusieurs critiques protestants, Hist. eccles. tertii sæculi, t. IV, c. IV, art.

4. Mais aujourd'hui on le considère généralement comme supposé, depuis qu'on a retrouvé le véritable ouvrage de saint Hippolyte sur l'Antéchrist, par la découverte faite en 1661 de son manuscrit, dont on trouvera la traduction dans les Pères de l’Eglise, trad. de M. de Genoude) : " Les églises gémiront de se voir dans le deuil, n'ayant plus ni sacrifice, ni offrande d'encens, ni culte agréable à Dieu. Mais les édifices sacrés seront dans ces temps-là comme des cabanes désertes ; on n'y offrira plus le corps et le sang de Jésus-Christ ; il n'y aura plus, ni liturgie, ni chant des psaumes, ni lecture des Ecritures sacrées. Mais les hommes seront plongés dans les ténèbres, en proie à la désolation la plus profonde, et à une complication de malheurs sans fin. "

V. NAT. ALEX., Hist. eccles. IV sæc., c. VI, art. 29), hom.

XLIX, sur ces paroles : Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation : " Ainsi les paroles du prophète se rapportent plutôt à la fin du monde, quoique la prophétie, comme Jésus-Christ nous l'enseigne, ait en vue les deux événements. Or, voici quelles étaient les paroles du prophète (DAN., IX, 27) : A la moitié de la semaine les hosties et les sacrifices seront abolis, l'abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu'à la consommation et jusqu'à la fin. Dans ce passage c'est l'armée romaine qui est surnommée l'abomination de la désolation, parce qu'elle devait réduire à la désolation le culte judaïque. Dans l'Evangile au contraire c'est l'Antéchrist qui est appelé l'abomination de la désolation, parce qu'il répandra la désolation dans les âmes qu'il séparera de Dieu. Car avant que les Romains prissent Jérusalem ou à la moitié de la semaine prédite, Jésus-Christ en promulguant sa doctrine avait abrogé le sacrifice judaïque. Il est dit en effet qu'il prêcha trois ans et demi, ce qui fait la moitié d'une semaine d'années, pour que le sacrifice qui jusque-là avait été en usage cessât d'être pratiqué, p.389 fin p.390 début et qu'on offrit à la place le sacrifice de louanges qui consiste dans les paroles, le sacrifice de justice qui consiste dans les œuvres et le sacrifice d'hostie pacifique qui est l'Eucharistie. Il y aura désolation jusqu'à la fin des siècles, parce que l'usage des sacrifices judaïques ne sera jamais rétabli. De même toute la moitié d'une semaine, c'est-à-dire pendant trois années et demie, ce sacrifice des chrétiens sera aboli par l'Antéchrist, les chrétiens fuyant loin de lui dans les déserts, sans qu'il reste personne pour fréquenter les églises, ou pour offrir à Dieu des oblations. "

62 : " Sachez le donc ; il nous a été commandé de garder la tradition en offrant le calice du Seigneur et de ne rien pratiquer que ce que le Seigneur a pratiqué lui-même le premier pour nous, c'est-à-dire de mêler l'eau et le vin dans le calice qui est offert en sa commémoration. En effet, puisque Jésus-Christ a dit : Je suis la vigne véritable, il en résulte que le sang de Jésus-Christ n'est pas de l'eau, mais du vin. L'on ne peut pas dire que son sang, par lequel nous avons été rachetés et vivifiés, soit dans le calice, quand le vin manque au calice, le vin qui représente le sang de Jésus-Christ et auquel rendent témoignage les symboles et les mystères des saintes Ecritures. En effet, ouvrons la Genèse, qu'y trouvons-nous ? Noé est un des premiers symboles qui représentent la passion de Notre-Seigneur; nous la retrouvons dans le vin que boit le patriarche, dans l'ivresse où il est plongé, dans sa nudité aperçue et scandaleusement divulguée par le second de ses fils, dissimulée et pieusement recouverte par les deux autres. Ne poussons pas plus loin les détails ; qu'il nous suffise de le remarquer : Noé, figure de la vérité à venir, ne boit pas de l'eau, mais du vin, exprimant ainsi d'avance la passion du Sauveur. L'Ecriture nous montre encore dans le grand-prêtre Melchisédech l'image de l'auguste sacrifice : Melchisédech, dit-elle, roi de Salem, offrit le pain et le vin ; car il était prêtre du Dieu tout-puissant, et il bénit Abraham. Or, que Melchisédech portât en lui-même le type du Sauveur, l'Esprit-saint le déclare dans les Psaumes, lorsque le Père s'adresse ainsi au Fils : Je t'ai engendré avant l'étoile du matin ; tu es le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech. Quel est cet ordre ? D'où prend-il son origine ? C'est que Melchisédech a été le prêtre du Dieu vivant ; c'est qu'il a offert le pain et le vin, et qu'il a béni Abraham. En effet, qui peut s'appeler à meilleur droit le prêtre du Dieu vivant, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a offert à Dieu, p.390 fin p.391 début comme autrefois le roi de Salem, le sacrifice du pain et du vin, c'est-à-dire son corps et son sang ? Afin que, dans la Genèse, le grand-prêtre Melchisédech bénit légitimement Abraham, Dieu voulut qu'il préludât par l'image du sacrifice de Jésus-Christ, qui résidait dans le pain et dans le vin.

Puis, lorsque Notre-Seigneur, complétant ce symbole, offrit le pain et le calice mêlé de vin, celui qui est la consommation de la vérité accomplit la vérité de ce qui n'était alors qu'une image. Le Saint-Esprit nous montre aussi d'avance par la bouche de Salomon une figure du sacrifice du Seigneur. L'immolation de la victime, le pain, le vin, l'autel, les apôtres eux-mêmes tout y est nommé : La sagesse, dit-il, s'est bâti une demeure ; elle l'a appuyé sur sept colonnes. Elle a immolé ses victimes ; elle a mêlé le vin, dans sa coupe ; elle a dressé sa table ; elle a envoyé ses serviteurs, et elle a appelé des lieux les plus hauts de la ville pour convier à son calice, etc. "

46. EUSEBE, Démonstration évangélique, liv. V, c. 3 : " L'évènement de l'oracle saint n'est-il pas merveilleux pour celui qui considère comment notre Sauveur, le Christ de Dieu, accomplit aujourd'hui encore par ses ministres les rites du sacrifice, selon l'ordre de Melchisédech ? Car, de même que le pontife des nations, loin d'immoler des victimes, n'offrit que le pain et le vin quand il bénit Abraham, de même notre Sauveur et Seigneur le premier, et ceux qui chez les nations tiennent leur sacerdoce de lui, et qui consomment le sacrifice spirituel suivant les lois de l'Eglise, figurent avec le pain et le vin les mystères de son corps et de son sang salutaire, que Melchisédech avait prévu par l'inspiration divine, et dont il employait la figure par anticipation, ainsi que le témoigne le récit de Moïse, ainsi conçu : Melchisédech, roi de Salem, offrit le pain et le vin, car il était prêtre du Très-Haut et il bénit Abraham (Gen., 14, 18). "

Tous les livres