Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 80)
17. S. CYPRIEN, ad Cornelium Epist. LIV (al. LIII)
: " Le divin législateur a dit lui-même que ce qui serait lié sur la terre le serait aussi dans le ciel, et que ce qui serait délié sur la terre par les mains de l'Eglise le serait également dans le ciel. "
18. S. HILAIRE, in Matthæum Can. 16 : " Heureux portier du ciel, à qui sont confiées les clefs de l'éternel séjour et dont le jugement prononcé ici-bas fait autorité dans le ciel, en sorte que ce qui est lié ou délié sur la terre, l'est en conséquence dans le ciel même ! "
19. S. PACIEN, ad Sympronianum novatianum Epist. I
: " Jamais Dieu ne ferait entendre de menaces au pécheur qui ne se convertit pas, s'il n'était disposé à pardonner à celui qui se convertit. C'est là, dit notre adversaire, une chose que Dieu seul peut faire. J'en conviens ; mais ce qu'il fait par le ministère des prêtres n'est que l'exercice de sa puissance. Car que signifient ces paroles qu'il dit ses apôtres : Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ? Pourquoi ces paroles, si les hommes n'avaient pas le pouvoir de lier et de délier ? Est-ce aux apôtres seuls qu'appartient ce pouvoir ? C'est donc à eux seuls aussi qu'appartient le pouvoir de baptiser, à eux seuls le pouvoir de donner l'Esprit-Saint, a eux seuls le pouvoir de purifier les hommes de leurs péchés, puisque tout cela n'a pas été enjoint à d'autres qu'aux apôtres ? Si le pouvoir de conférer le baptême n'a pas été conféré d'une autre manière que celui de lier et de délier, il faut dire ou que l'un et l'autre à la fois nous ont été transmis par succession des apôtres, ou que ni l'un ni l'autre ne nous appartient aujourd'hui. L'Apôtre a dit : J’ai posé le fondement, mais c'est un autre qui sur ce fondement élève l'édifice (I Cor., III, 10). Il est donc vrai que l'édifice que nous élevons est celui dont les apôtres ont jeté le fondement. Enfin les évêques aussi sont appelé apôtres, et c'est de ce nom que Paul appelle Epaphrodite (Phil., II, 25) : Mon frère Epaphrodite, dit-il, qui est mon aide dans mon ministère, et mon compagnon dans mes combats, et qui est aussi votre apôtre. Si donc le pouvoir de baptiser et celui de conférer le chrême, qui sont des dons bien supérieurs, sont passés des apôtres aux évêques, assurément ceux-ci ont dû également hériter de celui de lier et de délier. Et quoique nos péchés nous rendent indignes de nous attribuer ce pouvoir, l'honneur que p.15 fin p.16 début nous avons d'occuper la chaire des apôtres nous autorise à croire que Dieu ne nous le retirera pas, puisqu'il voit dans les évêques les représentants de son Fils unique.
Que les défauts personnels de l'évêque n'engagent personne à mépriser son caractère. Souvenons-nous que l'apôtre saint Pierre appelle Notre-Seigneur lui-même du nom d'évêque : Maintenant, dit-il (I PIERRE, II, 25), vous êtes retournés à l'évêque et au pasteur de vos âmes. Qu'est-ce que Dieu pourra refuser à l'évêque, en qui son nom seul marque un pouvoir divin ? Il est vrai qu'il aura à rendre compte de son administration, s'il s'y montre infidèle, s'il est injuste et partial dans ses jugements. Dieu, n'en doutons pas, se gardera bien de ratifier de tels arrêts. Si au contraire 1'évêque juge avec équité, il est vraiment alors le coopérateur de Dieu. C'est à des laïques que saint Paul disait : Ce que vous accordez à quelqu'un par indulgence, je l'accorde aussi, car si j'use moi-même d'indulgence, je le fais à cause de vous, au nom et en la personne de Jésus-Christ, afin que Satan n'emporte rien sur nous, car nous n'ignorons pas ses pièges (II Cor., II, 40-11). Si l'Apôtre témoigne que c'est lui-même qui accorde les grâces que peuvent accorder de simples laïques, comment répudierait-t-il celles qu'accorderait un évêque ? Donc ni la confirmation, ni le baptême, ni la rémission des péchés, ni la reproduction sur l'autel du corps de Jésus-Christ, ne sont l'effet du simple pouvoir de l'évêque, rien de tout cela ne lui appartient en propre ; tout lui vient de l'autorité apostolique. "
20. S. JEROME, ad Heliodorum Epist. I, c. 7 : "
A Dieu ne plaise que je parle mal de ceux qui tiennent dans l'Eglise la place des apôtres ; qui consacrent le corps de Jésus-Christ par la vertu des paroles qu'ils prononcent ; qui nous ont faits chrétiens ; qui, ayant les clés du royaume du ciel, jugent en quelque façon avant le jour du jugement, et qui veillent à ce que l'épouse de Jésus-Christ se conserve chaste et pure (Cf. Lettres de saint Jérôme, trad. par D. Roussel, t. I, p. 15-16). "
9 : " Et je vis des trônes et j'en vis plusieurs s'asseoir sur ces trônes, et la puissance de juger leur fut donnée (Apoc., XX, 12). Il ne faut pas croire que ces paroles regardent le jugement dernier : il s'agit ici de trônes de juges, et de ces juges mêmes qui gouvernent l'Eglise. Et cette puissance de juger qui leur est donnée ne saurait mieux s'entendre que de cette promesse : Ce que vous lierez sur la terre p.16 fin p.17 début sera lié dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Et de là ce mot de l'Apôtre : Pourquoi entreprendrais-je de juger ceux qui sont hors de l’Eglise ? N'est-ce pas à ceux qui sont dans l'Eglise que vous avez droit de juger ? (I Cor., V, 12) "
22. S. CHRYSOSTOME, Hom. V de verbis Isaiæ, Vidi
Dominum : " Quoique le trône d'un roi excite l'admiration par les pierreries qu'on y voit incrustées et par les dorures qui en font l'ornement, son utilité après tout se borne à la terre, et sa puissance ne va pas plus loin. Mais un prêtre a son trône placé dans les cieux, et c'est de là qu'il exerce ses jugements. Qui est-ce qui a dit cela ? Le roi du ciel lui-même : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Qu'y a-t-il de comparable à cet honneur ? Le ciel emprunte à la terre ses décisions. Le juge siège ici-bas, et le Seigneur obéit à son ministre, et ratifie du haut du ciel le jugement qu'il a porté. "
23. Le même, liv. III du Sacerdoce : " Guérir la lèpre du corps, ou plutôt juger seulement de la guérison, tel était le privilège des prêtres dans la loi de Moïse : et cependant vous savez avec quel empressement on se disputait la dignité sacerdotale. Mais ce n'est pas la lèpre du corps, c'est l'impureté de l'âme que guérissent les prêtres de la loi nouvelle ; ce n'est pas le droit de juger de la guérison, c'est le droit de guérir qu'ils exercent : d'où il suit que ceux qui les méprisent sont à mon avis beaucoup plus coupables, encourent des peines beaucoup plus rigoureuses que Dathan et ses complices. "
4 : " Quel autre ressuscitera un pécheur mort dans ses péchés que celui qui, après avoir fait lever la pierre du sépulcre, a crié : Lazare, sortez dehors ? Mais qu'est-ce que sortir dehors, sinon produire au dehors ce qui était caché ? Celui qui confesse ses péchés, c'est celui-là qui sort du sépulcre. Mais pour sortir du sépulcre, il faut être déjà vivant. Pour être ainsi vivant, il faut être ressuscité. Donc s'accuser soi-même en confession, c'est rendre gloire à Dieu. " Ibidem, c. 2 : " Quelqu'un dira en conséquence : A quoi sert le ministère de l'Eglise, si celui qui confesse ses péchés est déjà ressuscité par la voix divine qui le fait ainsi sortir du tombeau ? A quoi sert à celui qui se confesse le ministère de l'Eglise, de l'Eglise à laquelle il a été dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ! Pour le savoir, considérez Lazare lui-même ; il sort du sépulcre, mais les mains et les pieds liés. Il vivait déjà p.17 fin p.18 début ce pécheur, puisqu'il confessait ses péchés, mais il ne marchait encore qu'avec peine, embarrassé de ses liens. Que fait donc l'Eglise, l'Eglise à laquelle il a été dit : Ce que vous délierez sera délié, sinon exécuter cet ordre que Notre-Seigneur donna immédiatement après à ses disciples : Déliez-le, et laissez-le aller ? "
25. Ibidem, Serm. XLIV, c. 6 : " Il est donc nécessaire que celui qui est rendu à la vie soit délié, et mis en état de marcher. C'est la charge qu'il a imposée à ses disciples en leur disant : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. "
26. Le même, Tract. LXIX in Joannem : " Qu'est-ce que sortir dehors, sinon montrer à découvert ce qu'on a de secret dans le cœur ? Mais pour vous donner la force de faire cet aveu, il faut que Dieu vous appelle à haute voix, c'est-à-dire par un puissant effort de sa grâce. C'est pourquoi, après que fut sorti du tombeau, encore chargé de liens, ce mort, image fidèle de celui qui se confesse et qui n'a pas encore reçu l'absolution de ses crimes, le Seigneur dit aux ministres qui l'accompagnaient : Déliez-le et laissez-le aller. Que veulent dire ces paroles, Déliez-le et laissez-le aller ? La même chose que ces autres-ci : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. "
27. Le même, in Libro L homiliarum, hom. XXVII
(al. Serm. CCCLII), c. 3 : " Lazare leva la tête et sortit du tombeau ; mais il était lié, comme le sont les hommes qui ont confessé leurs péchés et qui font pénitence. Ils sont déjà sortis de l'état de mort ; car ils ne confesseraient pas leurs péchés, s'ils n'étaient pas en voie de sortir de cet état. L'acte même de confesser ses péchés est une preuve qu'on sort de cet abîme. Mais que dit le Seigneur à son Eglise ? Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. C'est-à-dire que ce Lazare, ce mort soustrait aux regards des vivants, ce cadavre en putréfaction, revenant à l'état de vie et sortant du tombeau par la confession des péchés, l'œuvre de la miséricorde divine étant ainsi accomplie, c'est à l'Eglise à remplir à son tour son ministère en obéissant à ces autres paroles : Déliez-le et laissez-le aller (Cf. S. Aurelii Augustini opera omnia, t. V, p. 1370, édition des Bénédictins ; col. 2032, édition de Gaume). "
28. Le même, in Psalmum CI Concione II :
" Qu'eût-il servi à Lazare d'être sorti du sépulcre, si Jésus-Christ n'eût dit en même temps : Déliez-le, et laissez-le aller ? Il est vrai que Jésus-Christ lui-même le ressuscita du tombeau par la force de sa voix toute- p.18 fin p.19 début puissante ; il est vrai que le cri qu'il jeta fit rentrer son âme dans son corps ; il est vrai qu'il fit ôter lui-même cette pierre dont on l'avait recouvert, et qu'alors on le vit sortir encore lié. Il en sortit non de lui-même mais par la force de celui qui le ressuscitait. Voilà ce qui se fait véritablement dans le cœur d'un pénitent. Lorsqu'un homme se repent de ses péchés, il est déjà ressuscité lorsqu'il s'accuse lui-même et que par une humble confession il découvre ce qu'il y avait de plus caché dans sa conscience, il est déjà tiré du tombeau ; mais il n'est pas encore délié. Quand est-il délié et quels sont ceux qui le délient ? Ce sont ceux à qui Jésus-Christ a dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. L'Eglise a le pouvoir de délier les péchés mais le mort ne peut être ressuscité que par le cri puissant que Jésus-Christ fait entendre au fond de son cœur. C'est là, mes frères, ce que Dieu fait au dedans de vous (Cf. Sermons de S. Augustin sur les Psaumes, t. V, p. 395-396). "
Question II
Pourquoi le sacrement de pénitence nous est-il nécessaire ? Le sacrement de pénitence est nécessaire à l'homme pour que, s'il vient à perdre la grâce de son baptême et à5 se faire de nouveau ennemi de Dieu, il puisse par ce moyen obtenir le pardon de ses péchés, se réconcilier avec son Dieu, et repasser ainsi de la mort à la vie, et de l'état d'impiété à un état de sainteté et de justice. C'est pourquoi les Pères ont appelé non sans raison la pénitence une seconde planche après le naufrage, puisqu'elle nous retire du gouffre du péché mortel où notre vertu aurait fait naufrage, et qu'elle nous fait recouvrer la faveur et l'amitié de Dieu, quelque nombreux et quelques énormes que soient les crimes que nous ayons pu commettre. p.19 fin p.20 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. EZECHIEL, XVIII, 30-32 : " Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités et l'iniquité n'attirera plus votre ruine. - Ecartez de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un mur nouveau et un esprit nouveau. Et pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël ? - Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Venez à moi, et vivez. "
2. Ibidem, XXXIII, 11-16 : " Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que je ne veux point la mort de l’impie, mais que l'impie se convertisse, qu'il quitte sa voie, et qu'il vive. Convertissez-vous, convertissez-vous, quittez vos voies toutes corrompues ; pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël ? - Vous donc, fils de l'homme, dites aux enfants de mon peuple : En quelque jour que le juste pèche, sa justice ne le délivrera point ; et en quelque jour que l'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point : et en quelque jour que le juste vienne à pécher, il ne pourra point vivre dans sa justice. - Si, après que j'aurai dit au juste qu'il vivra, il met sa confiance dans sa propre justice, et commet l'iniquité, toutes ses œuvres de justice seront mises en oubli, et il mourra dans l'iniquité qu'il aura commise. - Si, après que j'aurai dit à l'impie : vous mourrez très certainement, il fait pénitence de son péché et agit selon la droiture et la justice ; - si cet impie rend le gage qu'on lui avait confié, s'il restitue le bien qu’il avait ravi, s'il marche dans les commandements de vie, et s'il ne fait rien d'injuste, il vivra très certainement : non, il ne mourra point. - Tous les péchés qu'il avait commis ne lui seront point imputés : il a fait ce qui était droit et juste, et ainsi il vivra très-certainement. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AMBROISE a écrit sur la pénitence deux livres entiers, sur lesquels il s'explique de la manière suivante dans le préambule de son commentaire sur le psaume XXXVII : " J'ai déjà composé deux petits traités sur la pénitence, et je crois que je ferai bien de traiter encore ce sujet de nouveau : 1 parce qu'il est utile de demander tous les jours le pardon de ses fautes ; 2 parce que l'exhortation à la pénitence, qui fait l'objet de ces deux traités, ne peut servir, qu'autant qu'on la met en pratique : il reste donc à expliquer de quelle manière la pénitence doit p.20 fin p.21 début s'accomplir. Car ce n'est pas tout de la faire ; il faut de plus la faire comme il faut. "
2. S. AUGUSTIN, Lib. I de adulterinis conjugiis, c. 28 : " Il y a pour la réconciliation (avec Dieu par la pénitence) la même nécessité que pour le baptême, si le pénitent se trouve en danger de mort. Car l'Eglise, cette mère commune de tous les fidèles, ne peut pas vouloir qu'aucun d'eux sorte de ce monde sans l'assurance d'être en paix avec Dieu. "
3. Ibidem, Lib. II, c. 16 : " Si un pécheur s’accuse d'avoir tué sa femme coupable d'adultère, comme ce péché est dès lors passé et qu'il ne suppose pas que le pécheur persévère dans l'habitude du crime, il est effacé par le baptême, s'il s'agit d'un catéchumène ou par la pénitence et la réconciliation, s'il s'agit d'un fidèle baptisé (Cf. S. Aurelii Augustini opera omnia, t. VI, p. 413, édition des Bénédictins ; col. 697, édition de Gaume). "
4. Le grand concile de Latran, canon 1 : " Si, après avoir reçu le baptême quelqu'un tombe dans le péché, il peut toujours recouvrer son innocence pur la pénitence. "
5. Le concile de Trente, session XIV, c. 2 : " Au reste, il est évident que ce sacrement diffère du baptême en plusieurs manières. Car outre que la matière et la forme, qui font l'essence du sacrement, en sont fort dissemblables, il est constant que le ministre du baptême n'a point à exercer l'office de juge, puisque l'Eglise n'exerce sa juridiction que sur ceux qui sont préalablement entrés dans son sein par la porte du baptême. Car pourquoi, dit l’Apôtre (I Cor., V, 12), entreprendrais-je de juger ceux qui sont hors de l'Eglise ? Il en est autrement des domestiques de la foi, que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faits une fois membres de son corps en les purifiant dans l'eau du baptême : car pour ces derniers, s'ils viennent à se souiller de quelque péché, il a voulu, non qu'ils soient de nouveau lavés par un second baptême, ce qui ne saurait être permis dans l'Eglise catholique, mais qu'ils comparaissent comme coupables devant ce tribunal de la pénitence, pour pouvoir être acquittés par la sentence sacerdotale, non pas une fois seulement, mais toutes les fois que, se repentant de leurs péchés, ils y auront recours. De plus, autre est l'effet du baptême, autre est celui de la pénitence. Par le baptême en effet nous sommes revêtus de Jésus-Christ, et, devenus en lui des créatures tout-à-fait nouvelles, nous obtenons une rémission p.21 fin p.22 début pleine et entière de tous nos péchés ; par la pénitence, au contraire, nous ne pouvons parvenir à ce renouvellement total et complet, qu'à force de gémissement et d'expiations, ainsi que l'exige la divine justice. Aussi ce sacrement est-il appelé par les Pères et avec raison, un baptême laborieux, et il n'est pas moins nécessaire pour le salut quand on est retombé après le baptême, que le baptême lui-même ne l'est avant qu'on ait reçu cette nouvelle naissance. "
7. S. JEROME, Lib. II adversùs Pelagianos, rapporte plusieurs passages de 1'Ecriture qui servent à montrer les heureux effets de la pénitence. "
8. S. PACIEN, ad Sympronianum novatianum Epist. I
: " Craignons de pécher, mais ne craignons pas de nous repentir ; ayons honte d'être tombés dans le péril, mais n'ayons pas honte de chercher notre délivrance. Qui serait assez inhumain pour enlever à un naufragé la planche qui pourrait lui sauver la vie ? Qui pourrait envier à un blessé le remède qu'on lui offre pour guérir ses plaies ? "
9. S. JEROME, in caput III Isaiæ : " La seconde planche après le naufrage, c'est la pénitence ; et notre consolation dans notre misère, c'est de faire oublier à notre Dieu notre impiété passée. "
10. Le même, Epist. VIII ad Demetriadem, c. 6 : " Ceux qui ont été assez malheureux pour s'engager dans le crime, peuvent se servir de la pénitence comme d'une planche après le naufrage ; mais une vierge doit conduire son vaisseau de manière à ce qu'il ne soit jamais endommagé par la tempête (Cf. Lettres de saint Jérôme, trad. par
11. S. AMBROISE, ad virginem lapsam, c. 8 : " La pénitence est aussi nécessaire aux pécheurs que les médecins le sont aux malades. Mais de quelle nature et de quelle étendue pensez-vous que doive être cette expiation ? Elle ne peut que surpasser ou tout au moins égaler la faute commise. . . . . C'est plutôt dans les actes que dans les paroles, que la pénitence doit consister. . . . . Lorsque vous aurez compris. . . . qu'après le sacrement de baptême, il ne vous reste plus d'espoir que dans la pénitence, quelles afflictions, quelles tortures ne serez-vous pas heureuse d'endurer pour échapper aux peines éternelles? . . . . Vous qui déjà êtes entrée dans les voies de p.22 fin p.23 début la pénitence, persistez, malheureuse, persistez à en faire les œuvres ; attachez-vous fortement à cette planche de salut, dans l'espérance qu'elle pourra vous aider à vous retirer de ce gouffre de crimes. "
12. Le concile de Trente, session VI, c. 14 : " Les saints
Pères appellent à nôtre propos (le sacrement de pénitence) la seconde planche après le naufrage de la grâce qu'on a perdue. "
13. Le même, session XIV, canon 2 : " Si quelqu'un, confondant les sacrements, dit que c'est le baptême même qui est le sacrement de pénitence, comme si ces deux sacrements n'étaient pas distincts l'un de l'autre, et qu'ainsi c'est mal à propos qu'on appelle la pénitence une seconde planche après le naufrage, qu'il soit anathème. "
14. TERTULLIEN, Lib. de Pænitentiâ, c. 7 : " Que personne n'abuse de la bonté de Dieu en se rendant plus criminel, et en péchant de nouveau à chaque fois qu'il reçoit son pardon. Mais il viendra un temps où, si nous pouvons encore pécher, nous ne pourrons plus échapper à la colère de Dieu. Nous avons échappé une fois ; nous jetterons-nous de gaieté de cœur dans le danger, dans l'espérance d’y échapper encore ? Voyez la plupart de ceux qui se sont sauvés d'un naufrage : ils renoncent à la navigation, et rendant hommage à Dieu qui leur a sauvé la vie, ils ne perdent jamais le souvenir du péril qu'ils ont couru. J'aime cette modestie timide qui craint de se rendre importune à Dieu en lui demandant de nouveau la même faveur ; ils tremblent de hasarder ce qu'ils ont déjà obtenu; ils évitent de courir une seconde fois les risques d'un évènement qu'ils ont déjà appris à redouter.
L'homme qui craint son Dieu, l'honore. Mais notre opiniâtre ennemi ne s'endort jamais dans sa malice. C'est surtout quand il voit l'homme échappé à ses liens qu'il redouble sa fureur, qui ne fait que s'enflammer de ce qui devrait l'éteindre. Il faut bien qu'il s'afflige et qu'il gémisse quand il voit que par le pardon accordé au repentir, tant d'œuvres de mort sont détruites dans l'homme, et tant de titres de condamnation annulés. Il pleure de rage en pensant que ce pécheur devenu serviteur du Christ, doit un jour le juger, lui et ses anges. Voilà pourquoi il l'épie, il l'attaque, il l'obsède, pour voir s'il lui sera possible de faire pécher ses yeux par la concupiscence charnelle, d'envelopper son âme dans les filets du siècle, d’ébranler sa foi par la crainte des puissances terrestres, ou de le détourner du droit chemin par des doctrines perverses. Il n'épargne pour cela ni les tentations ni les scandales.
p.23 fin p.24 début Dieu donc, prévoyant tous ces stratagèmes de l'esprit infernal, après avoir fermé, il est vrai, la porte de ce pardon sans réserve qu'il nous accorde dans le baptême a ouvert au pécher relaps un dernier refuge. Il a placé à l'entrée du vestibule la seconde pénitence, qui laisse entrer ceux qui frappent ; mais une fois seulement, parce que c'est déjà la seconde : il ne faudrait pas revenir plus souvent (Ici Tertullien donne dans l’exagération des montanistes). Pouvez-vous dire que ce ne soit pas assez ? C'était déjà plus que vous ne méritiez, puisqu’on vous rendait ce que vous aviez perdu. Si Dieu a été assez indulgent ; pour vous le rendre, montrez-vous au moins reconnaissant de ce bienfait nouveau, et même plus grand que le premier ; car rendre, c'est plus que donner, comme c'est pour vous-même un plus grand malheur d'avoir perdu, que de n'avoir jamais obtenu. Toutefois, ne vous découragez pas, si vous venez à avoir besoin de cette seconde pénitence. Craignez de pécher de nouveau, mais ne craignez pus de vous repentir de nouveau ; évitez de vous relancer dans les périls, mais non d'en obtenir la délivrance. Point de fausse honte ; à de nouvelles maladies, il faut de nouveaux remèdes. Le moyen de témoigner votre reconnaissance an Seigneur, c'est de ne pas rejeter le don qu'il vous offre. Vous l'avez offensé, mais vous pouvez encore vous réconcilier avec lui. Vous savez à qui il faut satisfaire, et vous savez aussi qu'il recevra votre satisfaction. "
Question III
Quand est-ce que ce sacrement est reçu comme il faut, et qu’il produit son effet ?
C'est lorsque celui qui implore la rémission de ses péchés accomplit ces trois actes, savoir, la contrition, la confession et la satisfaction : trois conditions qui embrassent l'ouvrage entier de la conversion de l'homme et de sa pénitence extérieure, en même temps que de son renouvellement spirituel. Saint Chrysostôme en parle ainsi : " La pénitence, quand elle est parfaite, fait que le pécheur se soumet à tout ; elle met dans son cœur la contrition, dans sa bouche la confession de ses fautes, dans ses œuvres enfin l'humilité. "
L'utilité de cette pénitence résulte, comme l'enseigne saint Chrysostôme, de ce que, comme nous pouvons offenser Dieu en trois manières, savoir, par les directions de notre cœur, par nos paroles et par nos actions, elle nous présente aussi trois moyens p.24 fin p.25 début de nous réconcilier avec lui, savoir, la contrition du cœur, les aveux de la bouche, et les œuvre de satisfaction. C'est à la contrition que font allusion ces paroles du Psalmiste : Le sacrifice que Dieu demande est une âme brisée de douleur ; vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié.
La confession nous est indiquée par ces paroles de saint Luc : Beaucoup de ceux qui avaient reçu le don de la foi venaient confesser et déclarer ce qu'ils avaient fait de mal. Elle nous est de même enseignée par ces autres paroles de l'apôtre saint Jacques : Confessez vos péchés les uns aux autres.
Enfin, c'est à la satisfaction que se rapportent ces dignes fruits de pénitence dont Jean-Baptiste prêchait la nécessité et parmi ces fruits de pénitence, il faut compter l'aumône, que recommandait à son tour le prophète Daniel dans les termes suivants : Rachetez vos péchés par des aumônes, et vos iniquité par la miséricorde que vous exercerez envers les pauvres. " On ne répare les grands crimes, dit saint Ambroise, que par de grandes expiations. " C'est à cela aussi que nous devons rapporter les paroles par lesquelles saint Paul exprimait la crainte de voir plusieurs des Corinthiens à qui il écrivait de ne pas faire pénitence des impuretés, des fornications et des dérèglements infâmes qu'ils avaient commis, et dont la triste nouvelle avait fait couler ses larmes.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. II Samuel, XVI, 5-8, 11-13 : " Le roi David vint donc jusqu'auprès de Baliurim, et il en sortit un homme de la maison p.25 fin p.26 début de Saül appelé Séméï, fils de Géra, qui s'avançant dans son chemin, maudissait David, - lui jetait des pierres ainsi qu'à tous ses gens, pendant que tout le peuple et tous les hommes de guerre marchaient à droite et à gauche à côté du roi. - Et il maudissait le roi en ces termes : Sors, sors, homme de sang, homme de Bélial. - Le Seigneur a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Saül. . . . . - Laissez-le me maudire, dit le roi, selon l'ordre du Seigneur ; - peut-être que le Seigneur verra mon affliction, et me fera quelque bien pour ces malédictions d'aujourd’hui. - David continuait son chemin, escorté de ses gens, et Séméï qui le suivait, marchant à côté sur le haut de la montagne, le maudissait, lui jetait des pierres et faisait voler la poussière. "
2. Psaume L, 19, 5-6 : " Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un cœur touché de repentir ; vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu ! un cœur contrit et humilié. - Car je reconnais ma faute, et mon crime est sans cesse présent à mes yeux. - C'est devant vous, devant vous seul, que j'ai osé pécher ; quelque sentence donc que vous prononciez, elle sera toujours juste ; vous serez irréprochable dans tous vos jugements, etc. "
3. Psaume VI, 7 : " Je me suis épuisé à force de gémir chaque nuit ; j'arrose mon lit de mes pleurs ; j'inonde ma couche de mes larmes. "