Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 81)
4. Ps. XXXVII, 7-8, 18-19 : " Je succombe à mes maux et suis courbé vers la terre ; je marche accablé de tristesse tout le jour. - Mes entrailles sont pleines d'un feu dévorant, et il n'y a plus dans ma chair aucune partie qui soit saine. - Je suis prêt à subir le châtiment et la peine qui m'est due est toujours présente à mes yeux. - Je fais l'aveu de mon iniquité, et la pensée de mon crime m'agite. "
5. Ps. CI, 4-5, 10 : " Mes os se sont desséchés comme le bois que consume la flamme. Mon cœur navré s'est flétri comme l’herbe. - Je mangeais la cendre avec mon pain, et je mêlais mes larmes avec mon breuvage. "
6. II Samuel, XII, 13-14 : " David dit à
Nathan : J'ai péché contre le Seigneur. Nathan lui répondit : Le Seigneur vous a remis en conséquence votre péché : vous ne mourrez point. - Cependant comme vous avez été cause des blasphèmes que les ennemis du Seigneur ont proférés contre lui, le fils qui vous est né mourra d'une mort certaine. "
7. Ibidem, XXIV, 10-13 : " Après ce dénombrement du p.26 fin p.27 début peuple, David sentit un remords dans son cœur, et dit au Seigneur : J'ai commis un grand péché dans cette action ; mais je vous prie, Seigneur, de pardonner l'iniquité de votre serviteur, parce que j’ai agi comme un insensé. - Le matin, lorsque David fut levé, le Seigneur adressa sa parole à Gad, prophète et voyant de David, et lui dit : - Allez dire à David : Voici ce que dit le Seigneur : Je vous donne le choix de trois fléaux ; choisissez celui que vous voudrez que je vous envoie. - Gad étant donc venu vers David, lui dit de la part du Seigneur : Ou votre pays sera affligé de la famine pendant sept ans ; ou vous fuirez pendant trois mois devant vos ennemis qui vous poursuivront ; ou la peste sera dans vos états pendant trois jours. Délibérez donc maintenant, et voyez ce que vous voulez que je réponde à celui qui m'a envoyé. "
8. I Rois, XXI, 23-29 : " Achab n'eut point son pareil en méchanceté, ayant été comme vendu pour faire le mal aux yeux du Seigneur ; car il y était excité par Jézabel sa femme. - Et il devint tellement abominable, qu'il suivait les idoles des Amorrhéens que le Seigneur avait exterminés à l'entrée des enfants d'Israël. - Achab, ayant entendu ces paroles, déchira ses vêtements, couvrit sa chair d'un cilice, jeûna, dormit avec un sac pour vêtement et marcha la tête baissée. - Alors le Seigneur adressa sa parole à Elie de Thesbé et lui dit : - N'avez-vous pas vu Achab humilié devant moi ? Puis donc qu'il s'est humilié à cause de moi, je ne le frapperai point de son vivant des maux dont je l'ai menacé ; mais, sous le règne de son fils, je les ferai tomber sur sa maison. "
9. JONAS, III, 7-10 : " Il fit crier partout et publier dans Ninive cet ordre de la bouche du roi et de ses princes : Que les hommes et les bêtes, les bœuf et les brebis, ne mangent rien : qu’on ne les mène point aux pâturages, et qu’ils ne boivent point d'eau. - Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, et qu'ils crient au Seigneur de toute leur force : que chacun se convertisse ; qu'il quitte sa mauvaise voie et l’iniquité dont ses mains sont souillées. - Qui sait si Dieu ne se retournera point vers nous pour nous pardonner, s'il n’apaisera point sa fureur et sa colère, et s'il ne changera point l'arrêt qu'il a porté pour nous perdre ? - Dieu considéra leurs œuvres ; il vit qu'ils s'étaient convertis en quittant leur mauvaise voie, et la compassion qu'il eut d’eux l'empêcha de leur envoyer les maux qu’il avait résolu de leur infliger. " p.27 fin p.28 début
11. Nombres, V, 6-7 : " Lorsqu'un homme ou une femme auront commis quelqu'un des péchés qui arrivent d'ordinaire aux hommes, et qu'ils auront violé par négligence le commandement du Seigneur, et seront tombés en faute, - ils confesseront leur péché, et ils rendront à celui contre qui ils auront péché le juste prix du tort qu'ils lui auront fait, en y ajoutant encore le cinquième par-dessus. "
15. Actes, XXVI, 20 : " Mais j’annonçai premièrement à ceux de Damas, dit Paul, et ensuite dans Jérusalem, dans toute la Judée, et aux Gentils, qu’ils se repentissent de leurs péchés, et qu'ils se convertissent à Dieu en faisant de dignes œuvres de pénitence. "
17. II Corinthiens, XII, 21 : " Lorsque je serai revenu auprès de vous, je crains que Dieu ne m'humilie et que je ne sois obligé d'en pleurer plusieurs, qui étant déjà tombés dans des impuretés, des fornications et des dérèglements infâmes, n'en ont point fait pénitence. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. Le concile de Florence, dans sa Doctrine sur les sacrements
: " Le quatrième sacrement est la Pénitence, dont les actes du pénitent forment comme la matière, et ces actes sont au nombre de trois. Le premier est la contrition du cœur, qui demande qu'on ait de la douleur des péchés commis et la résolution de ne plus en commettre de nouveaux. Le second est la confession qui doit se faire de bouche, et qui consiste en ce que le pécheur confesse entièrement à son propre prêtre tous les qu’il se rappelle avoir commis. Le troisième est la satisfaction qu'on doit offrir pour ses péchés de la manière que le prêtre le juge à propos, et qui coexiste principalement dans la prière, le jeûne et l'aumône. La forme de ce sacrement, ce sont les paroles de l’absolution que le prêtre prononce en disant : Je vous absous, etc. " p.28 fin p.29 début
2. Le concile de Trente, session XIV, exposition de la doctrine, etc., c. 3 : " Les actes du pénitent lui-même, qui sont la contrition, la confession et la satisfaction, sont comme la matière de ce sacrement. Ces actes du pénitent, étant requis d'institution divine pour l'intégrité du sacrement ou pour qu'on obtienne la pleine et entière rémission de ses péchés sont appelés pour cette raison les parties de la pénitence. " Le concile avait commencé par déclarer que " la forme du sacrement de pénitence qui fait principalement sa force et sa vertu, est renfermé dans ces paroles que prononce le ministre, Je vous absous, etc. A ces paroles la sainte Eglise a la louable coutume de joindre quelques prières mais qui ne tiennent nullement à l'essence de la forme de ce sacrement, et ne sont point nécessaires pour son administration. "
3. Même session, canon 4 : " Si quelqu’un nie que trois actes soient requis dans le pénitent pour l'entière et parfaite rémission de ses péchés, savoir, la contrition, la confession et la satisfaction, qui sont comme la matière du sacrement de pénitence, et en font les trois parties ; ou si encore quelqu'un ose dire que la pénitence n'a que deux parties, savoir, les terreurs d'une conscience agitée à la vue du péché qu'on a commis, et la foi ou l'assurance que peut donner l'Evangile ou l'absolution, qu'on a obtenu la rémission de ses péchés par la grâce de Jésus-Christ, qu'il soit anathème. "
4. S. CHRYSOSTOME, Serm. de Pænitentiâ
: " La pénitence, quand elle est parfaite, etc., " comme dans le corps de la réponse, page 24 et plus bas, question X, témoignage 3.
V Epistolæ S. Jacobi : " Découvrons au prêtre, comme nous le prescrit la loi, l'impureté de la lèpre qui nous afflige, et prenons soin de nous en purifier de la manière et tout le temps qu'il juge à propos de nous le prescrire. "
6. S. AMBROISE, ad virginem lapsam, c. 8, comme plus bas, question VIII, témoignage 14.
Question IV
Qu’est-ce que la contrition ?
La contrition est une douleur intérieure d'avoir offensé Dieu, et une détestation des péchés qu'on a commis, jointe à un ferme propos de ne plus les commettre. Pour parvenir à obtenir cette contrition, on doit considérer soigneusement la laideur des péchés p.29 fin p.30 début dont on se trouve coupable, leur grandeur et leur multitude ; penser avec amertume au malheur qu'on a eu d'offenser la souveraine bonté, de perdre la grâce de Dieu et ses autres dons ; envisager avec crainte l'inévitable nécessité d'une mort dont on ignore d'ailleurs le jour, l'effroyable rigueur du jugement à venir, et les châtiments éternels préparés aux pécheurs.
C'est à quoi reviennent ces paroles d'Ezéchias : Je repasserai devant vous toutes les années de ma vie dans l'amertume de mon âme ; ainsi que celles-ci de David : J’ai été saisi de frayeur à la pensée de vos jugements ; ce cri de douleur du même roi : Je tombe en défaillance, et je suis brisé par la douleur ; dans l'affliction où mon âme est plongée, je pousse des rugissements ; ces autres paroles qu’il dit ensuite : Je fais l'aveu de mon iniquité, et la pensée de mon crime m’agite.
Dieu lui-même fait entendre ainsi sa voix au pécheur : Tu t'es relâché de ta première ferveur ; souviens-toi de l'état d’où tu es déchu, et fais pénitence.
Jésus-Christ a dit aussi dans l'Evangile : Craignez celui qui, après avoir ôté la vie, a le pouvoir de jeter dans l'enfer. Oui, je vous le répète, c'est celui-là qu'il faut craindre.
Or, cette douleur de contrition nous dispose à recevoir le pardon de nos péchés si elle est accompagnée en nous de la confiance en la miséricorde divine, et du désir sincère d'accomplir toutes les conditions requises pour le sacrement de pénitence.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Hébreux, IX, 27 : " Il est arrêté que les hommes meurent une fois, et qu'ensuite ils soient jugés. " p.30 fin p.31 début
2. SOPHONIE, I, 15-16 : " Ce jour sera un jour de colère, un jour de tristesse et de serrement de cœur un jour d'affliction et de misère, un jour de ténèbres et d'obscurité, un jour de nuages et de tempêtes, - Un jour où les villes fortes et les hautes tours trembleront au son et au retentissement de la trompette. "
4. MARC, IX, 42-43 : " Il vaut mieux pour vous d'entrer dans la vie n'ayant qu'une main, que d'en avoir deux et d'aller en enfer, dans un feu qui ne s'éteindra jamais, - où le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu qui les brûle ne s'éteint point. "
5. II Corinthiens, XII, 21 : " Lorsque je serai revenu auprès de vous, je crains que Dieu ne m'humilie, et que je ne sois obligé d'en pleurer plusieurs, qui étant déjà tombé dans des Impuretés, des fornications, et des dérèglements infâmes, n'en ont point fait pénitence. "
6. II Corinthiens, VII, 9-10 : " Maintenant je me réjouis, non de ce que vous avez eu de la tristesse, mais de ce que votre tristesse vous a portés à la pénitence. La tristesse que vous avez eue a été selon Dieu ; et ainsi la peine que nous vous avons causée ne vous a été nullement préjudiciable. - Car la tristesse qui est selon Dieu, produit pour le salut une pénitence qui ne laisse point de regrets ; au lieu que la tristesse de ce monde produit la mort. "
1. Le concile de Trente, session XIV, c. 4 : " La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent, est une douleur intérieure et une détestation du péché que l'on a commis, avec le ferme propos de ne plus pécher à l'avenir. Or, ce mouvement de contrition a été nécessaire de tout temps pour obtenir le pardon des péchés, et il sert de préparation à la rémission des péchés dans l'homme tombé après son baptême, s'il est accompagné de confiance en la miséricorde divine, et du désir sincère de faire d’ailleurs tout ce qui est requis pour recevoir comme il faut le sacrement de pénitence. Le saint concile déclare en conséquence que cette contrition ne renferme pas seulement la cessation du péché, le dessein et même le commencement d'une vie nouvelle ; mais qu'elle comprend de plus la détestation de la p.31 fin p.32 début vie passée, d'après cette parole du Prophète : Rejetez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Et certes, si l'on fait réflexion sur ces cris de douleur qu'ont laissés échapper les saints : C'est contre vous seul que j'ai péché, c'est en votre présence que j'ai commis le mal; Je me suis épuisé à force de gémir, chaque nuit j'arrose mon lit de mes pleurs ; Je repasserai devant vous ma vie entière dans l’amertume de mon âme, et sur d'autres paroles semblables, on comprendra sans peine qu'elles avaient pour principe une haine formelle de la vie passée et une vive détestation des péchés commis. Le saint concile déclare en outre que, quoique la contrition puisse être parfaite par son motif, qui serait alors la charité, et qu'ainsi elle réconcilie quelquefois l'homme avec Dieu avant qu'il ait reçu par le fait le sacrement de pénitence, on ne doit pourtant pas attribuer cette réconciliation à la contrition elle-même, indépendamment du vœu que renferme cette contrition de recevoir le sacrement. Quant à la contrition imparfaite, qu'on appelle attrition, et qui a pour motif ordinaire, soit la considération de la laideur du péché, soit la crainte des peines de l'enfer, si elle exclut la volonté de pécher et qu'elle renferme l'espérance du pardon, le saint concile déclare que non-seulement cette sorte de contrition ne rend pas l'homme hypocrite ni plus grand pécheur, mais qu'elle est même un don de Dieu, et l'effet du mouvement de l'Esprit-Saint, qui, sans habiter encore le cœur du pénitent, le touche cependant, et lui ouvre les voies de la justification. Et quoiqu'elle ne puisse le justifier par elle-même sans le sacrement de pénitence, elle ne l'en dispose pas moins à obtenir la grâce de Dieu attachée à ce sacrement. Car ce fut celle crainte qui, ébranlant les Ninivites à la prédication et aux menaces effrayantes de Jonas, leur fit faire pénitence et obtenir miséricorde du Seigneur. C'est donc contre toute vérité, comme contre toute justice, que certaines gens accusent les écrivains catholiques d'enseigner que le sacrement de pénitence confère la grâce sans que ceux qui le reçoivent y coopèrent en rien, ce qui a de tout temps été contraire à la doctrine et aux sentiments de 1'Eglise ; et il n'est pas moins faux que la contrition soit, comme on voudrait aujourd'hui le faire croire, un acte contraint ou forcé et non volontaire et libre. "
2. Le concile de Florence : " La contrition du cœur demande du pénitent qu'il ait de la douleur du péché qu'il a commis, avec la résolution de ne plus le commettre. " p.32 fin p.33 début
3. S. AUGUSTIN, Serm. III in Natali Domini, qui est septimus de tempore : " La pénitence n'est rendue certaine que par la haine que l'on conçoit du péché et par l'amour qu'on ressent pour Dieu. Quand vous vous repentez de telle sorte, que vous trouviez amer pour votre âme ce qui auparavant vous semblait doux, et que les même choses qui vous causaient un plaisir sensible ne soient plus pour votre esprit qu'un objet d'affliction, c'est vraiment alors que vous poussez vers Dieu ce gémissement : J'ai péché devant vous, et j’ai commis le mal en votre présence. C'est avec raison que vous dites, J'ai péché devant vous, car nul homme n'est sans péché ; et, J'ai péché devant vous seul, parce qu'on peut être sans péché devant les hommes, mais on ne peut pas l'être devant Dieu. Faites, Seigneur, miséricorde à un misérable, vous qui l'avez si longtemps supporté dans sa vie criminelle. Que l'humilité de son repentir vous engage à lui accorder sa guérison, vous que sa longue persistance n'a pu porter à l'abandonner. (Au pécheur) : Dites-lui d'un cœur nageant dans les larmes : Que votre infinie bonté ait compassion de ma misère ; que votre miséricorde qui n'oublie personne, me fasse pardonner ma perversité. Dans mon désespoir, j'invoque votre toute-puissance ; dans les maux qui affligent mon âme, je n'ai que vous pour pouvoir me guérir. Déployez votre bonté sur moi, après avoir si longtemps suspendu le glaive de votre vengeance ; effacez mes crimes sans nombre par la multitude de vos miséricordes. . . . . La vraie pénitence est celle qui convertit tellement, qu'on ne retourne plus à ses anciens désordres ; qui inspire un tel repentir, qu'on ait horreur de pécher de nouveau. . . . Que les pécheurs pénitents ouvrent, pour écouter les leçons de Jésus-Christ, des oreilles que peut-être ils ont ouvertes jusqu'ici à des discours profanes et criminels. Qu'ils ouvrent pour contempler la beauté de la vertu, des yeux qu'ils ont ouverts pour contempler le vice. Qu'ils se pénètrent du repentir de leurs crimes, ceux qui jusqu'ici ne se sont occupés que de voluptés. Que la vertu relève ceux que le vice a fait déchoir. Que les consolations que la pénitence fait naître produisent le dégoût des habitudes criminelles. "
4. Le même, Lib. de pænitentiæ medicinâ, c. 2, sive lib. L homiliarum homiliâ quinquagesimâ, c. 2 : " Celui qui a le discernement de ce qu'il fait, et qui veut recevoir la grâce attachée aux sacrements de l'Eglise, ne peut entrer dans les voies d'une vie nouvelle, à moins qu'il ne se repente de l'ancienne qu'il a menée p.33 fin p.34 début
5. Ibidem, c. 15 (al. 5) : " Qu'est-ce que David offrit au Seigneur pour se le rendre propice ? Si vous aviez souhaité un sacrifice, lui dit-il, je n’aurais pas hésité à vous en offrir ; mais un holocauste n'aurait aucun prix à vos yeux. Le sacrifice que Dieu demande est un cœur touché de repentir ; vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié (Ps. L, 18-19) Non content d'offrir lui-même un sacrifice digne de Dieu, il nous montre par ces paroles quel sacrifice doit faire aussi le nôtre. Car il ne suffit pas d'amender ses cœurs et de cesser de faire le mal ; il faut de plus satisfaire à Dieu pour le passé par les larmes de la pénitence, par les gémissements de la douleur, par le sacrifice d'un cœur contrit et par le mérite de l'aumône. Heureux les miséricordieux, parce que Dieu leur fera miséricorde (MATTH., V, 7). On ne vous dit pas seulement, en effet, de vous abstenir du péché ; mais l'Ecriture vous dit de plus d'implorer de la bonté du Seigneur le pardon des péchés déjà commis (Ecclé., XXI, 4). Pierre était déjà disciple de Jésus-Christ ; déjà il avait baptisé au nom de Jésus-Christ plusieurs nouveaux fidèles. Considérez donc Pierre, tout-à-l'heure si présomptueux, renonçant à son divin maître puis saisi de crainte, et redevable de sa guérison aux larmes de sa pénitence (MATTH., XXVI, 75). Après la descente du Saint-Esprit, un certain Simon voulut acheter à prix d'argent les dons de cet Esprit-Saint, méditant ainsi un trafic impie et criminel, quoiqu'il eût reçu déjà le baptême de Jésus-Christ ; repris par saint Pierre, il reçut de lui le conseil de recourir à la pénitence. L'apôtre saint Paul dit aussi dans quelqu'une de ses lettres, adressées, comme on le sait, à des fidèles : Je crains que Dieu ne m’humilie lorsque je serai revenu près de vous, et que je ne sois obligé d'en pleurer plusieurs, qui étant déjà tombés dans des impuretés, des fornications et des dérèglements infâmes, n'en ont pas fait pénitence (II Cor., XII, 21). Nous ne manquons donc ni de préceptes pour bien vivre, ni d'exemples non seulement de personnes qui ont bien vécu, mais aussi de personnes qui ont fait pénitence pour recouvrer la santé de l'âme qu'elles avaient perdue par le péché. "
6. S. FULGENCE, évêque de Ruspe, Lib.
1 de remissione peccatorum ad Euthymium, c. 42 : " Quelques-uns, effrayés à la vue de leurs crimes, gémissent, il est vrai, et prient pour en obtenir le pardon, mais sans cesser pour cela d'en suivre le cours. Ils avouent leurs méfaits, et ils refusent d'y mettre un terme. Ils s'accusent humblement devant Dieu des péchés dont ils sentent p.34 fin p.35 début le poids, et ces péchés qu'ils détestent de bouche, ils les accumulent par leur attachement obstiné à des habitudes perverses. Ils implorent le pardon par d'humbles gémissements et ils l’éloignent par la malice de leurs œuvres. Ils demandent au médecin de les guérir et ils prêtent pour leur malheur de nouvelles forces à leur maladie. Les gens de ce caractère n'effaceront jamais leurs péchés par leurs larmes, faute d'accompagner leurs gémissements d'un changement de vie. "
7. S. CHRYSOSTOME a deux homélies sur le Psaume
L ; voici comme il s'exprime dans la seconde : " Ayez pour registre votre conscience, et écrivez-vos péchés de chaque jour.
Lorsqu’ensuite vous serez couchés sans avoir à craindre d'être dérangé par personne, en attendant que le sommeil vous prenne, compulsez ce registre que votre conscience vous offrira, en rappelant à votre mémoire tous les péchés que vous aurez commis, soit par paroles, soit par actions, soit par pensées. C'est l'avis que vous donne le roi- prophète : Indignez-vous contre vous-mêmes, et ne péchez plus, vous dit-il ; étendus sur vos lits, ouvres vos cœurs à la réflexion et au repentir dans le silence. . . . (Ps. IV, 7). Dites-vous à vous-même : Voici un jour de plus que nous venons de passer, ô mon âme ; or, quel bien, avons-nous fait, ou quel mal, avons-nous commis ? Et si vous y avez fait quelque bien, rendez-en grâces à Dieu ; si au contraire vous avez commis quelque mal, promettez-vous bien de ne plus le faire. . . . . Appliquez-vous à vous bien pénétrer de la crainte de l'enfer ; faites-vous à vous-même une amputation qui ne vous causera pas de douleur ; érigez contre vous-même au fond de votre conscience un tribunal sévère, instruisez votre cause sans retard, afin que, le jour qui suivra, vous ne vous portiez plus si facilement à commettre le péché (Cf. Opera S. Joan. Chrysost., t. V, p. 589, édit. des Bénédictins ; pag 716-717, édit. de Gaume. Le savant éditeur bénédictin, c'est-à-dire D. Montfaucon, d'accord avec Fronton-le-Duc, range cette homélie parmi les pièces faussement attribuées à saint Chrysostôme). "
8. Le même, Lib. I de Compunctione cordis, vers la fin : " Que font, dites-le-moi, les forces du corps, lorsque nous avons à châtier notre cœur, à prier attentivement, à repasser nos péchés, à dépouiller l'insolence et l’orgueil, à humilier notre esprit ? Car c'est là ce qui apaise la colère de Dieu envers nous, et certes tout cela ne demande pas beaucoup de peine ; cependant nous ne le faisons pas. L'expression de la douleur ne se manifeste pas p.35 fin p.36 début seulement en se couvrant d'un sac, en s'enfermant dans une cellule, en vivant dans les ténèbres ; elle se témoigne encore par un retour continuel sur nos fautes, par un examen entier de notre conscience, par l'appréciation exacte du chemin que nous avons à parcourir et de la distance qui nous sépare du royaume des cieux. Comment pratiquer tout cela, me demanderez-vous ? Quel moyen faut-il employer ? Avoir sans cesse devant les yeux les flammes de l'enfer, les anges peuplant l'espace et recueillant de tous les coins du monde ceux qu'ils doivent y précipiter ; penser quel malheur doit être pour une âme, en laissant même de côté les tourments de l'enfer, la privation de la vue de Dieu. Oui, quand nous n'aurions pas à redouter ces feux éternels, ces supplices sans fin, la pensée seule d'être séparé de Jésus-Christ, lui si bon, si dévoué à l'homme, lui qui s'est livré à la mort pour nous sauver, qui a tout souffert pour nous arracher au châtiment et nous réconcilier avec son Père que nos péchés avaient irrité contre nous ; cette pensée, dis-je, devrait suffire pour nous empêcher de faillir, même sans avoir égard aux biens infinis qui peuvent être notre partage ; la crainte de la haine de Jésus-Christ doit être pour nous au-dessus de tous les supplices, et doit suffire pour nous réveiller de notre engourdissement. N'est-il pas vrai qu'au récit de ces cinq vierges exclues du lit nuptial pour n'avoir pas entretenu l'huile de leur lampe, nous ressentons la douleur mortelle qui dut les accabler ? Quel sera donc le cœur assez dur pour ne pas gémir de voir qu'un pareil malheur le menace ? quelle sera l'âme assez faible pour faire le mal en ayant sous les yeux un tel exemple ? "
9. Le même, de Compunctione cordis lib. II, vers la fin : " Il y a tant d'avantages à recueillir de l'examen que l'on fait de ses fautes, que saint Paul n'était pas à confesser à toute occasion les siennes, quoiqu'il pût penser qu'elles étaient depuis longtemps effacées. Car les péchés mêmes, dont il avait reçu le pardon dès avant son baptême, il se les rappelait continuellement, quelque vertu qu'eût pu avoir son baptême, pour s'en purifier encore davantage, quelque pure qu'eût été ensuite sa vie, au point que sa conscience ne lui faisait aucun reproche et qu'il n'avait à gémir sur aucuns péchés nouveaux. . . En considérant la multitude de nos péchés passés, nous n'apprécierons que mieux le prix de la grâce divine, en même temps que cette considération servira à nous humilier et à nous guérir d'une vaine enflure. Car, plus p.36 fin p.37 début nous nous verrons coupables, plus nous aurons honte de nous-mêmes. Paul donc rappelait à sa mémoire ses péchés même pardonnés ; et nous, nous ne voulons pas seulement rappeler à la nôtre les péchés dont nous nous sommes rendus coupables depuis notre baptême des péchés qui mettent notre âme en danger, et dont il nous faudra rendre un compte rigoureux. Et lors même que, sans que nous le voulions, ils nous reviennent à la pensée, nous les éloignons au plus tôt de notre esprit, de peur de nous en faire de la peine même un moment. Or, quels maux n'entraîne pas à sa suite une délicatesse aussi déraisonnable ? Il en résulte en effet, qu'apathiques et lâches pour tout bien faire, nous sommes réduits à l'impuissance de confesser même des péchés passés.
Car comment pourrons-nous le faire, si nous sommes dans l'habitude de n'en supporter pas même le souvenir ? Il en résulte encore que nous retombons facilement dans des péchés nouveaux. Car si nous avions toujours présentes à notre mémoire nos fautes passées, ce souvenir serait comme un aiguillon qui nous piquerait d'ardeur pour faire mieux à l'avenir, et qui, en nous imprimant la crainte, nous ferait surmonter notre mollesse et notre insouciance. Mais si vous vous ôtez à vous-même ce frein, qui vous retiendra dès-lors sur le penchant du précipice où vous entraîne votre témérité et vous empêchera de tomber dans le gouffre de la perdition (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. Ier, pag. 151-152, édit. des Bénédictins ; pag. 186-187, édit. de Gaume) ? "
10. S. AUGUSTIN, Lib. de pænitentiæ medicinâ, c. 9, vel. 4 in Hom. L : " Que l'homme érige contre lui-même le tribunal de sa raison, qu'il réfléchisse que nous avons tous à comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ pour recevoir chacun la rétribution de ce que nous aurons fait ici-bas, soit en bien, soit en mal ; qu'il se reproche lui-même ce qu'il a fait, pour n'être pas forcé plus tard de subir ce supplice. Car c'est la menace que Dieu fait au pécheur par ces paroles : Je vous convaincrai, et je vous dévoilerai à vos propres yeux (Ps. XLIX, 21). Déféré ainsi par lui-même à son propre tribunal, qu'il ait pour accusateur le remords, pour témoin la conscience, pour bourreau la crainte. Qu'ainsi flagellé, il laisse couler ses larmes en confessant ses crimes. Enfin, qu'il porte contre lui-même cette sentence, qu'il ne mérite pas de participer au corps et au sang de Jésus-Christ, et que pour n'être pas sevré des joies du ciel par l'arrêt définitif p.37 fin p.38 début du souverain juge, il consente à l'être du céleste aliment par les pasteurs de l'Eglise. Qu'il se représente vivement le jugement à venir, et que, tandis que les autres s'approcheront de l'autel dont il se verra lui-même éloigné, il considère quel affreux malheur ce serait pour lui d'être précipité dans la mort éternelle au lieu de cette vie éternellement heureuse qui sera le partage des élus. "