Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 82)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

11. S. AMBROISE, ad virginem lapsam, c. 8 : " C'est plutôt dans les actes que dans les paroles, que la pénitence doit consister. C'est dans cet esprit qu'elle s'accomplira, si vous pensez à la gloire dont vous êtes déchue, à ce livre de vie d’où vous avez été rayée, si vous vous croyez déjà toute proche de ces ténèbres extérieures où les yeux verseront des pleurs sans fin, où il se fera d'éternels grincements de dents. Lorsque vous aurez compris toutes ces peines, et que la foi, que vous avez encore sans doute, vous persuadera que toute âme qui a péché doit être livrée en proie aux supplices ou aux flammes de l'enfer, et qu'après qu'on a reçu le baptême il ne reste plus de ressource que dans la pénitence, quelles afflictions, quelles tortures ne serez-vous pas heureuse d'endurer pour échapper aux peines éternelles ? Méditez profondément en vous-même sur toutes ces considérations et rendez-vous juge, mais juge sévère de votre propre faute. Commencez par éteindre en vous tout attachement pour cette vie d'ici-bas ; regardez-vous comme morte pour la terre, et cherchez les voies qui vous assureront une vie nouvelle. Il faut ensuite vous couvrir d'habits de deuil, soumettre et votre esprit et votre corps, avec chacun de ses membres, à une rude pénitence. " Voir la suite de ce passage plus loin, question VIII, témoignage 14.

12. Le concile de Trente, session XIV, canon 5 : " Si quelqu'un dit que la contrition qu'on se procure par l'examen, le dénombrement et la détestation de ses péchés, en repassant ses années dans l'amertume de son âme, en pesant attentivement la gravité de ses fautes, leur multitude, leur difformité, la perte qu'on a faite du bonheur éternel, la damnation éternelle qu'on a méritée ; qu'une telle contrition même accompagnée du ferme propos de mener une vie meilleure, n'est pas une douleur véritable ou utile, et ne prépare pas à recevoir la grâce, mais ne fait que des hypocrites et rend l'homme plus coupable qu'il ne l'était déjà ; ou que c'est une douleur forcée et non volontaire et libre, qu'il soit anathème. " p.38 fin p.39 début

13. S. AMBROISE, Lib. I de Pænitentiæ, c. 1 : " On ne peut bien faire pénitence si l'on n'a pas l'espérance de son pardon. "

14. S. AUGUSTIN, Lib. de pæniteniæ medicinâ, c. 11, vel 4 in homiliâ L : " Que l'homme se juge donc lui-même volontairement sur le mal qu'il a commis, et qu'il améliore sa conduite, tandis qu'il le peut, pour n'être pas jugé un jour, lorsqu'il ne le pourra plus, par Dieu même malgré lui. Et après qu'il aura porté contre lui-même une sentence sévère, mais médicinale, qu'il aille trouver les pasteurs de l'Eglise, chargés de lui en ouvrir l'entrée ; que plein de respect pour l'Eglise, et se conduisant envers elle comme un bon fils à l’égard de sa mère, il se soumette à la pénitence que lui imposera le ministre des sacrements, et qu'en offrant avec ferveur le sacrifice d'un cœur contrit, il ne recouvre pas seulement pour lui-même la santé de l'âme, mais qu'il donne aussi le bon exemple aux autres. Si son péché a été cause de scandale, qu'il ne refuse pas, si 1'évêque le juge à propos, de faire pénitence aux yeux de plusieurs et même de tous les fidèles, qu'il n'oppose pas de résistance et qu'il n'envenime pas sa plaie par une honte qui lui serait funeste. Qu'il se rappelle sans cesse que Dieu résiste aux orgueilleux, et donne sa grâce aux humbles. Car qu'y aurait-il de plus malheureux, comme de plus déraisonnable, que de ne pas rougir d'être couvert de plaies qu'on ne saurait cacher, et de rougir d'y voir appliquer un appareil salutaire ? "

15. Le même, Enchirid. ad Laurentium, c.

65 : " Quelques grands que soient les crimes dont on demande à l'Eglise d'être absous, on ne doit point désespérer de la miséricorde de Dieu, pourvu qu'on fasse une pénitence proportionnée aux fautes commises. Dans la pénitence elle-même, s'il s'agit de crimes à expier par la séparation temporaire du corps de Jésus-Christ, on doit avoir égard moins à la durée de la pénitence qu'à la vivacité de la douleur : car Dieu ne méprise jamais un cœur contrit et humilié. Cependant, comme le cœur de l'homme est caché pour tout autre que pour lui-même, et que les paroles et les autres signes ne suffisent pas pour en manifester les dispositions, que connaît celui-là seul à qui le Psalmiste disait : Mon gémissement n'est pas caché à vos yeux, ce n'est pas sans sujet que ceux qui président au gouvernement des âmes ont marqué le temps que doit durer la pénitence pour satisfaire aussi à l'Eglise, dans laquelle seule on peut obtenir la rémission de ses péchés, car c'est elle qui a reçu l'Esprit-Saint en gage des promesses de son p.39 fin p.40 début divin époux, et c'est par la vertu de l'Esprit-Saint seulement que les péchés peuvent nous être remis, et que nous pouvons recouvrer nos droits à la vie éternelle. "

16. S. AMBROISE, in Psalmum XXXVII : " Celui qui fait pénitence doit se soumettre aux peines satisfactoires, afin que puni dans ce monde, il se préserve par là des châtiments éternels. . . . Une humble confession est le meilleur plaidoyer que puisse faire le pécheur : c'est en rougissant de nos fautes commises que nous échapperons à la peine qui serait inévitable, si nous cherchions à les justifier. . . Comme un mal intérieur ne peut être guéri que lorsqu'il a fait éruption par quelque abcès, ainsi le péché est une maladie qui s'aggrave tant qu'on la tient secrète et qui se dissipe au contraire dès qu'on la révèle par une humble confession. "

17. Le même, ad virginem lapsam, c. 8 : Voir ce passage plus haut, même question, témoignage 11, page 38, et la suite plus bas, question VIII, témoignage 14.

Question V

La confession est-elle nécessaire ?

Elle l'est certainement ; et non-seulement, comme quelques-uns se l'imaginent, cette confession intérieure que nous devons faire tous les jours devant Dieu, à l'exemple de David, qui s'écriait : J'ai dit : Je confesserai au Seigneur et je déclarerai contre moi-même mon injustice ; mais aussi la confession extérieure que l'on fait à un prêtre de tous les crimes dont on se souvient après l'examen sérieux qu'on a fait de sa conscience.

C'est ainsi que nous lisons des fidèles de la primitive Eglise, que plusieurs de ceux qui avaient reçu le don de la foi venaient confesser et déclarer le mal qu'ils avaient fait.

La nécessité de cette confession nous est démontrée non-seulement par les saintes lois de l'Eglise et les vénérables écrits des Pères, mais encore par le divin témoignage de Jésus-Christ, qui s'en est suffisamment expliqué par ces paroles : Les péchés seront remis à ceux à qui cous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Car, comme la fonction de remettre ou de retenir les péchés suppose l'autorité d'un juge, un prêtre ne saurait s'en acquitter comme il faut, à moins de bien connaître l'état du pécheur, ou d'être instruit de la cause sur laquelle il doit prononcer. Or, cette instruction de la cause serait im- p.40 fin p.41 début possible, si celui qui se présente au prêtre comme à son médecin et à son juge, ne lui découvrait pas les plaies de son âme par une confession volontaire, et ne le mettait à même, par ses propres aveux, de voir s'il est expédient ou non de le délier de ses péchés.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE. Actes, XIX, et JEAN, XX (comme dans le corps de la réponse).

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CHRYSOSTOME, in Matthæum, hom. XLII

: " Jugez-vous vous-même, punissez-vous vous-même de vos péchés ; pleurez, soupirez dans l'amertume de votre âme, gémissez profondément, humiliez-vous, affligez-vous, rappelez à votre mémoire tous vos péchés en particulier. Ce souvenir est un supplice secret et intérieur qui n'est connu que de celui qui est entré dans les sentiments d'une vive componction, et qui sait par sa propre expérience combien la mémoire des fautes passées est pénible pour une âme touchée d'un véritable regret. C'est pourquoi Dieu propose la justification comme prix de cette pénitence sincère : Accusez-vous de vos péchés, dit-il (ISAIE, XLIII, 26, selon les Septante), si vous voulez devenir juste. Car c'est sans doute un moyen bien propre à nous corriger, que de rassembler tous les péchés de notre vie, de les repasser dans notre mémoire et de nous en occuper sans cesse (Cf. Homélies ou sermons de S. Jean Chrysost., trad. par P.-A. de Marsilly, t. II, p. 291-292). " p.41 fin p.42 début

2. ORIGENE, in Psalmum XXXVII, Hom. I : " Jésus-Christ était, il est vrai, le médecin par excellence, pour qui aucune maladie n'était incurable ; mais ses disciples, que ce soit Paul ou que ce soit Pierre, ou tout autre, sont aussi médecins, ainsi que ceux qui ont succédé aux apôtres pour le gouvernement de l’Eglise, et qui se trouvent par-là même chargé de la cure des âmes ; car Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais il l'attend à pénitence. "

3. Le même, Homel. II in Leviticum : " Vous avez vu combien de sacrifices pour les péchés étaient ordonnés sous la loi ; voyez maintenant combien de moyens d'obtenir la rémission de nos péchés nous sont recommandés dans l’Evangile. Le premier est, etc. Il en reste un septième, quoique laborieux et pénible, qui est la pénitence, lorsque le pécheur lave son lit de ses larmes, qu'elles sont comme le pain dont il se nourrit nuit et jour, lorsqu'il ne rougit pas de confesser ses péchés au prêtre et de lui en demander le remède, à l'exemple de celui qui disait : J'ai dit : Je dénoncerai au Seigneur l'injustice dont je suis coupable, et vous m'avez pardonné mon impiété. "

5. S. GREGOIRE de Nysse, in mulierem peccatricem

: " Faites part de votre peine au prêtre, comme à un père.

Car quel est le père, si peu digne qu'il puisse être de ce nom, quelque insensible qu'il soit, qui ne souffre de voir ses enfants dans la tristesse, ou qui ne se réjouisse de les voir dans la joie ? C'est ainsi qu'un prêtre s'attriste à la vue des péchés de celui que la religion lui donne pour fils, comme Jacob éclata en cris de douleur à la vue de la tunique ensanglantée qu'il prenait pour celle de son fils Joseph, comme David pleura la mort d'Absalon, comme Héli pleura Ophni et Phinées morts sur le champ de bataille, comme Moïse pleura sur l'impiété de son peuple, qui par inconstance s'était fait un veau d'or. Ayez donc encore plus de confiance en celui qui vous a engendre à Dieu, qu'en ceux mêmes à qui vous devez votre existence physique. Découvrez-lui sans crainte les secrets de votre cœur ; montrez-lui vos plaies secrètes comme au médecin de votre âme. Il prendra les intérêts de votre honneur comme de votre guérison. Les parents sont plus sensibles au déshonneur de leurs enfants, que leurs enfants eux-mêmes. Car comme la gloire des enfants jaillit sur leurs parents, il en est de même de ce qui peut tourner à leur ignominie. Nous ignorons p.42 fin p.43 début quel sera le terme de notre vie ; prévenons-en le moment par notre vigilance. Il serait contradictoire que, tandis que ceux qui prennent soin de leur santé se purgent aux approches de la canicule, de peur que les humeurs dont ils seraient remplis ne donnent trop de prise sur eux aux chaleurs de l’été, ceux qui ont à sauver leur âme ne prévinssent pas le moment incertain de leur mort, et les ardeurs de ce feu qui ne s'éteindra jamais. Avez-vous perdu par votre négligence la drachme évangélique que vous aviez reçue et qui faisait votre richesse ? Allumez, pour la retrouver, la lampe de la pénitence. Cherchez partout avec soin. Efforcez-vous de la retrouver, ensevelie qu'elle est peut-être sous la couche de vos funestes penchants ; dès que vous l'aurez retrouvée, prenez-la pour ne plus vous en dessaisir, et invitez vos voisins, je veux dire votre prochain, à s'en réjouir avec vous, et à s'en réjouir en Jésus-Christ. "

6. PIERRE le Vénérable, abbé de Cluny,

Lib. I de miraculis, c. 5 ; voir plus haut, article de l'Eucharistie, question X, témoignage 13, page 487, tome II.

8. Ibidem, c. 4 : " Un prêtre nommé

Gilbert, voulant se convertir, entra au monastère de Saint-Jean-d'Angély, situé en Saintonge, et y passa saintement le reste du temps qu'il vécut. Or, il n'y avait pas encore longtemps qu'il était dans ce monastère, qu'une maladie dont il se trouvait atteint le réduisit à l'extrémité. Après qu'on l'eut étendu sur un cilice et sur la cendre, conformément à l'usage des chrétiens et particulièrement des religieux, les moines vinrent pour le recommander à Dieu par leurs prières en attendant le départ de son âme, et l'entourèrent en chantant des psaumes. On s'attendait à le voir rendre bientôt son dernier soupir, lorsque tout-à-coup reprenant ses esprits et ouvrant les yeux, il se mit à répéter à haute voix la profession de foi qui se chante tous les jours, et qui commence par ces mots : Quicumque vult salvus esse, etc. ; et au lieu qu'auparavant tout le monde savait qu'il était très-ignorant, même en fait de lecture, il prononçait les mots si distinctement et si bien, que ceux qui ne le connaissaient pas l'auraient pris pour un homme fort instruit et tout-à-fait verse dans les lettres. Tous ceux qui étaient présents, frappés de cette singularité, se tenaient dans l'admiration. Après être resté ainsi longtemps en suspens, l'un d'eux, le prieur, nommé Grégoire, dont c'était plus parti- p.43 fin p.44 début culièrement la partie, homme d'une grande spiritualité, comprenant qu'il avait eu quelque vision secrète, se baissa vers le moribond et lui demanda pourquoi il s'était écrié, et s'il n'avait pas eu quelque vision à leur propre insu. J'ai vu, lui répondit-il aussitôt, une personne d'un maintien grave, vêtue de blanc, et vénérable par sa vieillesse, qui m'a apporté tout-à-l’heure un vase plein d'eau, et qui m'a dit : Sachez que je suis venu pour laver vos pieds qui sont sales, et quand ils seront lavés, vous serez entièrement propre. Et comme il voyait bien que ses paroles m'avaient jeté dans l’étonnement, il ajouta : Ne savez-vous pas que vous avez besoin de cette eau pour vous purifier, vous qui avez commis tel crime que vous savez bien, mais que vous avez caché à dessein, sans le révéler à qui que ce soit ? Sachez donc bien que vous ne sauriez être sauvé, à moins que vous ne fassiez la confession salutaire de ce péché que vous avez caché jusqu'ici pour votre malheur. Dieu, dont la miséricorde est sans mesure, ne voulant pas que vous vous perdiez malgré ce crime, permet que vous repreniez l'usage de vos sens, afin que vous puissiez vous confesser de cet énorme péché et vous sauver par ce moyen. Voilà la cause qui m'a fait perdre connaissance, et qui fait aussi que je reviens à vous. Ayant dit ces mots, il pria l'assemblée de s'éloigner et ne retint que le prieur, à qui il fit la confession de ce péché secret. Après qu'il en eut reçu l'absolution ainsi que de ses autres péchés, le lendemain venu, à la première heure du jour, les moines étant en prière autour de lui, la joie peinte sur le visage, il rendit tranquillement son dernier soupir. C'est un fait que j'ai appris, comme de première main, d'un moine de ce même monastère, nommé Lectus, qui en avait été témoin oculaire. Car ce religieux étant venu à Cluny par un mouvement de piété, m'a servi d'écrivain et est devenu mon fils très-cher en Jésus-Christ. "

9. Ibidem, c. 6 : " Je crois faire plaisir au lecteur en rapportant ici un autre miracle assez frappant, dont j’ai été moi-même témoin avec plusieurs autres, ainsi qu'on va le voir. Tous les contemporains savent assez la cause qui m'a obligé d'aller à Rome avec plusieurs religieux da notre ordre. A mon retour, j'ai rapporté avec moi une de ces fièvres romaines assez violente. On me conseilla, pour m'en guérir, d'aller au pays natal respirer l'air qui avait alimenté mon enfance. Je fis choix, pour cet effet, du célèbre monastère de Soucilange, qui dépend de Cluny, et j'y passai le carême entier, en ayant plus à souffrir des accès de la p.44 fin p.45 début fièvre que des rigueurs du jeûne. Tandis que j'y vivais dans une maison séparée du reste de la communauté, voilà que mon oreille est frappée des cris presque continuels d'un moine malade, couché dans la maison voisine et à l'étage inférieur, et ses cris devenaient de jour en jour plus fatigants. Dans les commencements, ses cris avaient pour objet tout ce qui se présentait à son esprit troublé par la maladie. Mais à la fin, il ne faisait plus entendre, sans aucune interruption et de toute la force de sa voix, que cet unique cri : Hélas ! mes frères pourquoi ne venez-vous pas à mon secours ? Pourquoi êtes-vous sans pitié pour moi ? Pourquoi n'éloignez-vous pas de moi ce grand et terrible roncin (je cite son expression), qui, des ruades qu'il me lance, me fracasse la tête, me défigure le visage et me brise les dents ? Eloignez-le, messieurs, éloignez-le ; je vous en supplie, au nom de Dieu, éloignez-le ! Puis il adressait la parole au démon lui-même qui lui apparaissait sous la forme de ce cheval, et lui parlait à peu près en ces termes, que pouvaient entendre toutes les personnes présentes : Au nom de madame sainte Marie, mère de Dieu, au nom des saints apôtres, je t'adjure, ne me tourmente pas, mais laisse-moi en paix ! Ce moine, avant sa conversion, avait été un brave militaire selon le monde, et depuis son entrée en religion, je l'avais eu longtemps près de moi ;

c'était un homme plein de foi, et d'une conduite irréprochable aux yeux des hommes. J'endurai bon gré mal gré ces cris importuns pendant presque tout le carême, qu'il ne cessa de crier, sans que je pusse lui porter secours, à cause de la maladie dont j'étais moi-même affligé. Sur ces entrefaites arriva la fête de Pâques. Cette fête passée comme je me trouvais un peu mieux sans être encore rétabli, j'allai voir cet autre malade et je lui demandai ce que voulaient dire ces cris qu'il faisait entendre depuis si longtemps. Il me répondit : C'est ce roncin, oui, ce roncin, qui me tourmente sans me laisser de repos. Il ne cesse de me frapper les joues de ses coups de pieds. En même temps il me montrait l'endroit où il voyait ce cheval, et qui n'était autre que le mur où son lit s'appuyait. Puis, la vue de tous ceux qui étaient présents, il se mit à tourner la tête de côté et d'autre, et, comme s'il eût voulu la soustraire aux coups de l'animal, il cherchait à la cacher sous son oreiller ou plus bas encore. Nous prenions en pitié les peines du pauvre homme, ne pouvant rien faire de mieux pour le soulager. Je fis donc apporter de l'eau bénite, et j'en aspergeai tant le malade lui-même que la p.45 fin p.46 début place qu'il nous montrait ; après cette aspersion, je lui demandai s'il voyait toujours le même démon. Il répondit, et qu'il le voyait encore, et qu'il en était toujours également maltraité. Mais pour que personne ne s'étonne que l'aspersion de l'eau n'ait pas suffi pour mettre le démon en fuite, qu’on se rappelle seulement que, lorsque le mal est intérieur, il ne sert de rien d'appliquer à l'extérieur les meilleurs onguents.

J'appelle mal intérieur le péché mortel que ne savait guérir la réception d'aucun sacrement, tant qu'il reste caché au fond de l'âme. Cela se voit clairement dans les principaux sacrements de l'Eglise, tels que le baptême et le corps du Seigneur. Car si ces sacrements pouvaient sauver malgré le péché qu'on cacherait en soi-même, Judas ne serait pas allé se pendre après avoir reçu avec les autres disciples, le sacrement du corps de Jésus-Christ, et saint Pierre n'aurait pas dit à Simon le magicien, qui avait alors reçu le baptême : Vous n’avez point de part à cette grâce, et vous ne pouvez rien prétendre à ce ministère ; car je vois que vous êtes plein d'un fiel amer, et lié à l'iniquité (Act., VIII, 21, 23). Notre-Seigneur, en effet, ne nous a pas moins recommandé de pratiquer les œuvres de la foi que les sacrements de la foi, comme on peut s’en convaincre au sujet de ce même sacrement de baptême, d'après ce qu'a déclaré son divin auteur. Car après avoir dit : Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, il a ajouté aussitôt : Leur enseignant à mettre en pratique toutes les instructions que je vous ai données. Il a donc ordonné les 2 choses à la fois ; il a voulu qu’elles fussent observées également ; il a fait voir que l'une sans l'autre serait insuffisante pour le salut. Voilà pourquoi ce malade a pu recevoir 1'aspersion de l'eau bénite sans être pour cela délivré du démon, à cause, comme on va le voir, du péché qu'il cachait dans son cœur. Quand je vis la chose, je l'exhortai à s'examiner avec soin sur sa vie passée, et à confesser tous les péchés, surtout les plus graves, qui lui reviendraient à la mémoire. Ayant obtenu cela de lui, je ne gardai avec moi que deux témoins, congédiant tous les autres, et je m'assis à ses côtés, en tenant à la main, jusqu'à ce que tout fût fini, une petite croix de bois avec l'image de Notre-Seigneur, pour l’animer davantage à faire sa confession. Il se mit donc à la faire, et à avancer peu à peu dans ce travail ; et comme son mal l'empêchait de fois à autre de bien suivre l’ordre de ses idées, je venais à son aide en le lui rappelant autant que possible à la mémoire. C'est ainsi qu'à p.46 fin p.47 début l'aide de mes faibles efforts il reprenait la suite de ses paroles, et continuait sa confession. Et comme il avait déjà déclaré une grande partie de ses péchés et qu'il voulait passer à ce qu'il lui en restait à dire, le voilà qui détourne de nouveau la tête, et qui la retourne de toutes les façons, cherchant de fois à autre, comme il l'avait fait déjà à la cacher sous son coussin. Et comme je lui demandais ce que voulait dire ce geste désordonné : Voyez, monsieur, me dit-il ; ce roncin qui ne me quitte jamais m'inquiète plus encore que de coutume et fait tout ce qu'il peut avec ses ruades pour me fracasser les dents et la tête. Pressez-vous donc, mon frère, lui répartis-je ; c'est le malin esprit qui voudrait empêcher votre salut ; mais persévérez seulement, et vous serez vainqueur. Reprenant donc la suite de sa confession, il la continuait avec plus de ferveur encore qu'auparavant, en ne laissant rien passer de tout ce qui s'offrait à sa mémoire de ce qu'il avait fait, tant dans le monde que dans l’état monastique. Mais au plus fort de sa narration, voilà qu'il pousse de nouvelles plaintes, en adressant la parole à je ne sais quel autre qu'il croyait voir près de lui. Pourquoi m'empêche ? lui disait-il. Pourquoi m'interrompre ? Ou parle à ma place, ou laisse-moi prier tout seul. Comme je lui demandais à qui et pourquoi il disait ces choses : j'ai à mon chevet, me répondit-il, un personnage inconnu qui me dit tout le mal que j'ai fait dans ma vie. Mais en même temps qu'il me le rappelle, il m'empêche de le confesser. Tout ce qu'il me dit est vrai, et il s’oppose, malgré ma volonté, à ce que je le répète. Je lui disais que c'était encore là un démon et je l'exhortais à ne pas perdre pour cela courage. Il revenait alors à sa confession et cherchait à l'achever. Mais voici un nouveau spectacle : que de fois, forcé de changer de propos, après avoir recommencé à me confesser ses péchés, il se plaignait des démons qui le force tantôt de menaces et tantôt de coups cherchaient à lui fermer la bouche ! Un moment il disait que c'était le roncin qui le frappait à la bouche de ses coups de pieds ; un autre moment, que c'était le démon à son chevet qui lui coupait la parole. Si je ne me trompe, ce fut jusqu’à une quarantaine de fois que sa confession fut ainsi interrompue par les démons : tant cet ennemi obstiné, avide comme toujours de la perte des âmes, luttait avec fureur contre nous deux. Ce combat se continua sans relâche depuis la première heure jusqu'à la troisième du jour.

C'est à cette heure que je viens de dire, heure d'ordinaire favorisée des communications de l'Esprit-Saint, p.47 fin p.48 début que ce divin Esprit nous fit obtenir la victoire. Nous fûmes donc vainqueurs, ou plutôt le vainqueur fut cet Esprit lui-même, sans lequel le mauvais esprit ne saurait être vaincu. Assurément, ce fut par un effet de la miséricorde divine que notre ennemi fut alors défait, et que le religieux, en ce dernier moment de sa vie, rappelant à sa mémoire tous les péchés de sa vie passée et en faisant la confession, obtint par cet aveu salutaire le recouvrement complet de la paix de son âme. Admirons ici, et aimons encore plus la bonté de Dieu pour nous autres malheureux pécheurs ; elle n’a pas permis que ce religieux sortît de ce monde, qu’elle ne lui eût premièrement pardonné, au moyen de la pénitence et de la confession, ce qui aurait pu faire obstacle à son salut. J’eus aussi, en ce moment, la preuve de la fidélité avec laquelle la mémoire de ce bon religieux lui rappela les péchés de sa vie. Car, comme il dit qu’il y avait quelques années qu’il avait confié un autel bénit à un des frères, je saisis cette occasion pour m’assurer de la fidélité de sa mémoire, et ayant fait demander l’autel en question au moine qu’il m’avait nommé, je vis bientôt celui-ci m’apporter l’objet gardé par lui en dépôt.

La confession étant donc achevée, j’appelai les moines du couvent auprès du malade ; je lui donnai l’absolution selon la coutume, et je lui imposai une pénitence, en recommandant à ses confrères de l’acquitter à sa place, s’il venait à mourir. Le religieux reçut cette absolution avec beaucoup de dévotion, adora profondément la croix que je lui mis devant les yeux, et recommande avec beaucoup de ferveur son corps et son âme aux mérites de la passion de Notre-Seigneur. Toute cette cérémonie achevée, je lui demandai, en présence tant de tous les moines que de tous les laïques présents, ce qu’il disait de ce roncin dont il s’était plaint si fort, et s’il le voyait encore comme auparavant. A cette demande, le malade lève la tête d’un air alarmé, jette un regard en apparence inquiet du côté où il avait coutume de le faire précédemment, promène ensuite sa vue tout à l’entour, et, pleurant de joie, il s’écrie : J’en jure par l’âme de mon père ! il ne paraît plus rien. Je le questionne ensuite au sujet de ce mauvais conseiller qui ne quittait pas son chevet, il y avait peu d’instants ; il regarde alors à cette même place où il l’avait vu auparavant, et puis il s’écrie : Cet autre s’est aussi retiré ! Tous alors de concert nous rendons grâces à Dieu, qui sauve ceux qui espèrent en lui.

Je recommandai ensuite aux gardiens du mourant de l’observer avec la plus grande attention. Or, personne ne p.48 fin p.49 début l’entendit plus jeter le moindre cri, tandis qu'auparavant les moines qui couchaient dans la même maison ne pouvaient avoir de repos, tant ils étaient importunés par ses cris continuels. Interrogé encore de fois à autre par les moines, et aussi par les domestiques, s'il voyait quelque chose de ce qu'il avait vu auparavant, il répondait à toutes ces questions qu'il ne voyait plus rien qui lui fît de la peine, qu'il n'avait plus rien à souffrir de tout cela. Je lui réitérai les mêmes questions, et il me répondit que tout allait bien et parfaitement à son gré. Il vécut encore ce jour-là tout entier et la nuit d'après et ce ne fut que le lendemain, vers la sixième heure du jour, qu'il rendit en paix son dernier soupir, en nous laissant à peu près assurés d e son salut, et fort édifiés de la sincérité de sa pénitence. "

10. Ibidem, lib. II, c. ult. : " Comme je reprenais la route de Cluny, à mon retour d'Angleterre, en traversant la France, je m'arrêtai à un monastère de l'ordre de Cluny, qui s'appelle Rueil, où je reçus l'hospitalité. C e monastère avait alors pour prieur un religieux nommé Bernard, natif de Poitiers, jeune encore, de bonnes manières, plein d'activité et gouvernant sagement sa maison. Il était pour le moment agité d'une fièvre violente qui l'obligeait à garder constamment le lit. Je le trouvai donc dans cet état à mon arrivée. Je m'approchai de lui après la prière prescrite, et je lui demandai avec intérêt comment il se portait. Il me répondit ce qu'il suffisait d'avoir des yeux pour voir, qu'il souffrait beaucoup de ces accès de fièvre. Je l’avertis alors, comme c'était mon devoir, de s'examiner tandis qu'il avait bonne connaissance, de faire sa confession, et de ne rien omettre de ce qui pouvait assurer son salut, et rendre prospère pour lui ce grand voyage. Il se rendit volontiers à ma demande, et commença à me faire sa confession, après avoir congédié tous les autres. Quand il l'eut achevée de son mieux, je lui donnai les avis que je crus à propos, puis je lui accordai l'absolution, comme c'est l'usage. Je lui imposai une pénitence telle que me semblait la requérir la confession qu'il m'avait faite, et je pris ensuite congé de lui, en lui promettant de revenir le voir le lendemain. Le matin arrivé, je lui tins ma promesse, et ayant écarté tous les témoins, je lui continuais les avis secrets que j'avais commencé la veille à lui donner. Alors se tournant vers moi de toute son âme, s'il ne le pouvait de son corps même : J'ai péché, me dit-il, dom Pierre, oui, j’ai grièvement péché, en cachant à dessein, dans la confession que j'ai faite hier, p.49 fin p.505 début quelque chose que j'aurais dû dire. J'ai été appelé pour cela en jugement cette nuit dernière, et il m'a fallu voir des choses effrayantes. Il y avait là, d'un certain côté un nombre considérables d'hommes tout noirs et d'un si horrible aspect, qu'à peine est-il possible à un homme d’en supporter la vue. Ils ont apporté deux plats dans l'un desquels je voyais mon âme pesée, et dans l'autre mes œuvres. Ils m'accusaient de tous les côtés, et entassaient contre moi des accusations, les unes vraies, les autres fausses. Je me trouvais là comme dans les ceps, et assailli de tant d'accusateurs comme d'accusations à la fois, que la crainte m'empêchait de répondre. Après qu'ils m'ont eu ainsi tourmenté et laissé inquiet et tout tremblant, un homme de très-bonne mine s'est présenté à son tour et a dit à cette foule d'hommes, ou plutôt de démons : Que demandez-vous ? Cet homme n’est pas assurément des vôtres. La confession qu'il a faite hier à son abbé l'a arraché certainement de vos mains. Il n'en est rien, ont-ils répliqué alors ; ce que vous dites n'est pas du tout vrai. Car nous savons et nous savons très-bien, ce qu'il a dit et ce qu'il a caché. Il a supprimé très-certainement des péchés dont il a la conscience : et ce n'est pas oubli de sa part, c'est omission faite à dessein. Et comme mon excellent protecteur ne pouvait nier la vérité qui lui était objectée quoique par des menteurs, et qu'il ne voulait pourtant pas m'abandonner, j’ai passé cette nuit entière dans les transes les plus terribles. Ce n'est qu'au point du jour que je me suis réveillé et que je suis revenu à moi-même. Maintenant que je vois clairement que Dieu m’a fait, par cette vision, la grâce de me résoudre à confesser sans détour ce que j'avais eu dessein de taire, je vais déclarer tout sans réserve, non-seulement à Dieu lui-même, mais à vous aussi, mon père, pour ne pas frustrer plus longtemps mon âme du salut qui lui est préparé. Cela dit, il reprit sa confession et déclara avec la dernière exactitude tout ce qui lui restait encore à déclarer. Sa confession ainsi achevée, je lui donnai l’absolution, comme c'était mon devoir ; puis je lui donnai l’extrême-onction, je lui administrai le corps du Seigneur, en vue de lui assurer de plus en plus la vie éternelle, je le recommandai à Dieu avec instance, ainsi qu'aux prières de la communauté, et je lui fis ainsi mes adieux pour reprendre ma route avec les compagnons de mon voyage. "

11. Le grand concile de Latran, canon 21 : " Tous les fidèles parvenus à l'âge de discrétion confesseront tous leurs péchés au moins une fois l'an à leur propre prêtre ; ils accompliront la péni- p.50 fin p.51 début tence qui leur sera imposée et recevront avec respect le sacrement de l'Eucharistie au moins à Pâques, à moins qu'ils ne croient devoir s'en abstenir pendant quelque temps pour une cause raisonnable, et de l'avis de leur propre prêtre. Ceux qui ne s'acquitteront pas de ce devoir seront condamnés à être privés de leur vivant, de l'entrée de l'église et après leur mort, de la sépulture ecclésiastique. Ce statut sera publié souvent dans les églises, afin que personne n'en prétende cause d'ignorance. Que si quelqu'un veut pour une juste cause confesser ses péchés à un prêtre étranger, il en demandera et en obtiendra la permission de son propre prêtre, parce qu'autrement cet étranger ne pourrait ni le lier ni le délier. "

" Le prêtre de son côté doit être prudent et discret, panser, comme un bon médecin les plaies de son malade, verser l'huile et le vin, en prenant des informations exactes sur les circonstances relatives tant au pécheur lui-même qu'à son péché pour pouvoir juger prudemment des conseils qu'il doit lui donner, et des remèdes qu'il doit employer au besoin pour le guérir. Qu'il prenne garde par-dessus tout de découvrir par des paroles ou par des signes, ou de toute autre manière, les péchés qu'on lui confesse ; et s'il a besoin de demander lui-même conseil, qu'il le fasse avec prudence sans faire connaître la personne dont il s'agit car quiconque osera révéler un péché qui lui aura été dit au tribunal de la pénitence, sera non-seulement déposé de sa dignité sacerdotale, mais encore renfermé étroitement dans un monastère pour, faire pénitence le reste de ses jours. "

12. Le concile de Florence, Doctr. de sacramentis

: " La confession orale demande que le pécheur confesse entièrement à son propre prêtre tous les péchés dont il se souvient, etc. Le ministre de ce sacrement est un prêtre qui ait le pouvoir d'absoudre, soit ordinaire, soit par commission du légitime supérieur. "

13. Le concile de Trente, session XIV, c. 5 : " En conséquence de l'institution du sacrement de pénitence que nous avons expliquée, l'Eglise universelle a toujours entendu que la confession de tous les péchés a été dès-lors aussi instituée par Notre-Seigneur, et qu'elle est nécessaire de droit divin à tous ceux qui ont péché depuis leur baptême. Car Notre-Seigneur Jésus-Christ, devant quitter la terre pour monter au ciel, a laissé les prêtres pour être ses vicaires, ou pour juger et présider à sa place ; en sorte que les fidèles sont obligés de leur déférer tous les péchés où ils peuvent tomber, pour qu'en vertu du pouvoir des clefs p.51 fin p.52 début dont les prêtres sont investis, ils puissent, par une juste sentence, leur remettre ou leur retenir leurs péchés. Car il est manifeste qu'ils ne pourraient pas porter ce jugement s'ils n'avaient auparavant instruit la cause, ni garder l'équité dans l'injonction des pénitences, si on ne leur faisait connaître ses péchés que d'une manière générale au lieu de le faire en particulier et en détail. Il suit de là que les pénitents doivent dire en confession tous les péchés mortels dont ils se sentent coupables après une exacte discussion de leur conscience, quand même il s'agirait de péchés secrets, ou commis seulement contre les deux derniers commandements de Dieu ; car ces péchés sont quelquefois plus graves, et en même temps plus dangereux que les péchés publics. "

" Quant aux péchés véniels, qui ne nous font pas perdre la grâce de Dieu, et dans lesquels il nous est plus ordinaire de tomber, quoiqu'on fasse bien, et qu'il soit fort utile et fort sage de s'en confesser, comme le fait voir l'usage des personnes pieuses, on peut néanmoins sans péché les supprimer en confession, et les expier par plusieurs autres moyens. Mais comme tous les péchés mortels, même de simple pensée, rendent les hommes enfants de colère et ennemis de Dieu, il est nécessaire pour en obtenir le pardon, de le demander à Dieu par une confession humble et sincère. C'est pourquoi, lorsque les fidèles confessent avec soin tous les péchés qui se présentent leur mémoire, ils en obtiennent sans aucun doute le pardon général de la divine miséricorde. Mais s'ils font autrement, et qu'ils retiennent sciemment quelques-uns de leurs péchés, ils ne présentent rien à la bonté divine qu'elle puisse leur remettre par le ministère du prêtre. Car si un malade rougit de découvrir sa plaie à son médecin, celui-ci ne pourra pas guérir par son art un mal qu'il ne connaîtra pas. "

" Il s'ensuit encore qu'il faut également expliquer en confession les circonstances qui changent l'espèce du péché, parce que sans cela les péchés ne seraient ni complètement exposés par les pénitents, ni suffisamment appréciés par les juges, qui ne pourraient alors, ni juger comme il faut de leur grièveté, ni leur appliquer une pénitence convenable.

Il est donc tout-à-fait déraisonnable de dire que ce détail de circonstances a été inventé par des gens qui ne savaient que faire, ou qu'il suffit pour toutes ces circonstances de dire que c'est contre son frère qu'on a péché. C'est de plus une impiété d'ajouter que la confession prescrite en p.52 fin p.53 début ces termes est d'une pratique impossible, ou de la présenter comme le bourreau des consciences. Car il est constant que tout ce que l’Eglise demande des pénitents, c'est qu'après s'être examinés avec soin, et avoir sondé tous les plis et replis de leur conscience, ils fassent la confession des péchés par lesquels ils se souviennent d'avoir offensé mortellement leur Seigneur et leur Dieu. Quant aux autres péchés qui ne se présentent pas à l'esprit après cet examen, ils sont censés compris en général dans la même confession ; et c'est pour ces péchés que nous disons avec foi comme le Prophète : Purifiez-moi, Seigneur, de mes péchés cachés. Cependant, par cette difficulté même qu'elle présente et par la honte qu'on éprouve à découvrir ses fautes, la confession pourrait paraître un joug pénible, si ce joug n'était allégé par tant d'avantages et de consolations que l'absolution procure immanquablement à tous ceux qui reçoivent ce sacrement avec les dispositions requises. "

" Quant à la pratique de se confesser secrètement au prêtre seul, bien que Jésus-Christ n'ait pas défendre de faire la déclaration publique de ses fautes, soit pour s'en punir soi-même et s'en humilier, soit pour servir aux autres d'exemple et faire satisfaction à l'Eglise qu'on aurait scandalisée, il n'y a pas cependant de précepte divin qui en fasse une obligation, et il ne serait guère à propos d'ordonner par une loi humaine de faire la confession publique de ses péchés, surtout si ces péchés étaient secrets. Puis donc que la confession secrète sacramentelle, qui a été pratiqué dans l'Eglise dès les commencements comme elle l'est encore aujourd'hui, a de tout temps été recommandée d'un accord unanime par tous les saints Pères même les plus anciens, par cela seul est convaincue de fausseté et de calomnie la prétention de ceux qui ne rougissent pas de présenter la confession comme une invention humaine, contraire au précepte divin, et qui aurait pour première origine le statut porté au concile de Latran. Car ce que l'Eglise a décrété dans ce concile, ce n'est pas précisément l'obligation imposée aux fidèles de se confesser, puisqu'elle savait bien que cette obligation était déjà établie et certaine de droit divin ; mais l'obligation imposé à tous les fidèles de se confesser au moins une fois l'année, dès qu'ils sont parvenus à l'âge de discrétion. De là cette coutume salutaire observée dans toute l’Eglise avec tant d'avantages pour les âmes de se confesser dans le saint temps du carême qui est plus particulièrement un temps de salut : coutume que ce concile approuve extrême- p.53 fin p.54 début ment et sanctionne lui-même, comme favorable à la piété et digne d'être conservée. "

14. S. CLEMENT, ou l'auteur inconnu des Lettres au frère de Notre-Seigneur, Epist. I : " Si quelqu'un laisse son cœur s'infecter d'envie, d'infidélité ou de quelque autre des vices que nous avons nommés, qu'il n'ait pas honte, s'il a à cœur le salut de son âme, d'en faire la confession au pasteur de cette église, pour en recevoir sa guérison au moyen de quelque conseil salutaire et de la parole de Dieu que celui-ci pourra lui rappeler ; et s'il persévère ensuite dans la foi et dans la pratique des bonnes œuvres, il pourra se soustraire au supplice du feu éternel et obtenir la récompense céleste. . . Saint Pierre recommandait à chacun de veiller à tout instant sur ses propres actions, et d'avoir partout Dieu présent aux yeux de sa foi, et de bien se convaincre de la nécessité de faire à Jésus-Christ le sacrifice des mauvaises pensées qui surviennent, et d'en faire la confession aux prêtres du Seigneur. "

8 : " Mais vous, comme il paraît par votre lettre, vous avez odieusement repoussé, en vertu de je ne sais quel droit, celui que vous nommez un impie et un pécheur et qui se jetait aux pieds du prêtre en votre présence puis, comme il suppliait avec humilité, comme il confessait n'être venu que pour chercher la guérison de ses maux, vous, vous avez eu l'impudeur d'attrister par d'injurieuses paroles ce bon prêtre, parce qu'il accueillait le repentir, et qu'il jugeait un pécheur digne de miséricorde. "

8 : " On se soulage du poids de ses péchés en les confessant, autant qu'on les aggrave en les dissimulant. La confession est un commencement de satisfaction ; la dissimulation un acte de révolte. "

Ibidem, n. 9 : " Plus cette seconde et dernière pénitence est nécessaire, plus l'épreuve en doit être laborieuse : il ne suffit donc pas que le repentir soit dans la conscience ; il faut de plus qu'il se manifeste par quelque acte extérieur. C'est cet acte que nous désignons le plus ordinairement par ce mot grec exomologesis, et par lequel nous confessons au Seigneur notre péché, non pas qu'il l'ignore, mais parce que cette confession est un commencement de satisfaction, que la confession amène le repentir, et que le repentir apaise la colère de Dieu. L'exomologèse est donc un exercice qui a pour but d'humilier l'homme et de l'anéantir en lui imposant une conduite qui lui attire la miséricorde, en rendant p.54 fin p.55 début son extérieur et sa table, en le courbant sous le sac et la cendre, en lui apprenant à couvrir son corps de poussière et à plonger son âme dans la douleur, et en convertissant en moyens de pénitence tout ce qui fut l'instrument de son péché. D'ailleurs elle ne connaît du boire et du manger que ce qu'il faut pour soutenir la vie, et non pour flatter la sensualité ; elle nourrit la prière par le jeûne ; elle gémit, elle pleure, elle crie et le jour et la nuit vers le Seigneur son Dieu ; elle se roule aux pieds des prêtres, elle s'agenouille devant les amis de Dieu ; elle sollicite les prières de tous les frères afin qu'ils soient ses mandataires auprès de la divine clémence. Voilà ce que fait l'exomologèse pour donner plus de prix à la pénitence pour honorer le Seigneur par la crainte des maux dont il nous menace, pour se substituer à l'indignation divine en prononçant elle-même contre le pécheur, enfin pour éviter, que dis-je ? pour acquitter la dette des supplices éternels par les afflictions qu'elle s'impose dans le temps. Ainsi, en abattant l'homme, elle le relève ; en le souillant de poussière, elle le purifie ; en l'accusant, elle le justifie ; en le condamnant, elle l'absout. Crois-moi, moins tu te pardonneras toi-même, plus Dieu te pardonnera. "

Ibidem, c. 10 : " La plupart cependant reculent devant la pénitence comme devant une déclaration qui les affiche en public, ou bien la remettent de jour en jour, plus dociles, si je ne me trompe, à la voix de la honte qu'à celle du salut, à peu près comme ces malades qui, rougissant de découvrir à l'œil du médecin leurs plaies secrètes se laissent mourir par l'effet de leur honte. Quoi ! on ne pourra supporter la honte de satisfaire à un Dieu que l'on a offensé, et d'être réintégré dans ses droits au salut dont on s'était rendu indigne ! Belle excuse que ta honte, en vérité ; tu marchais dans le crime tête levé, tu n'oses courber ta tête pour demander grâce ! Pour moi, je ne sacrifie point à la honte, quand il m'est plus avantageux de la sacrifier elle-même lorsqu'elle semble m'adresser cette exhortation : " N'aie point égard à moi ; il vaut mieux que je périsse pour ton salut. " Assurément tu aurais à souffrir de ce sacrifice, si l'on se prévalait de ta déclaration pour t'insulter par la moquerie, comme on le fait dans le monde, où l'affliction de l'un est le triomphe de l'autre, et où l'on s'élève sur les ruines d'autrui. Mais au milieu de tes frères qui servent comme toi le même maître, qui n'ont avec toi qu'une même espérance, une même crainte, une même joie, une même douleur, une même souffrance, puisque c'est le même p.55 fin p.56 début Esprit qui anime tous ceux qui ont le même Seigneur et le même Père, pourquoi les crois-tu d'une autre nature que toi ? Pourquoi fuis-tu ceux qui sont tombés avec toi, comme s'ils devaient applaudir à ta chute ? Le corps ne peut se réjouir des douleurs d'un de ses membres ; loin de là, il faut qu'il souffre tout entier, et que tout entier il concoure à la guérison du membre malade. L'Eglise est dans un fidèle comme dans un autre ; mais l'Eglise, c'est Jésus-Christ. Ainsi quand tu fléchis les genoux devant tes frères, c'est le Christ que tu touches, le Christ que tu implores. De même quand ils répandent des larmes sur toi, c'est encore le Christ qui souffre, le Christ qui invoque son Père. Ce qu'un fils demande, il l'obtient aisément. Vraiment, la dissimulation qui cache son péché se promet de grands avantages de cette mauvaise honte ! En effet, nous parviendrons sans doute à cacher à Dieu ce que nous dérobons à la connaissance de l'homme ! Ainsi donc nous mettons en parallèle l'estime des hommes et le jugement de Dieu ? Vaut-il mieux se damner en secret, que d'être absous en public ? "

Ibidem, c. 12 : " L'exomologèse te fait peur ; pense aux flammes de l'enfer, que l'exomologèse éteindra pour toi ; réfléchis d'abord sur la grandeur du châtiment, pour ne plus hésiter sur l'adoption de ce remède. . . . .

Or, puisque le Seigneur, ainsi que tu le sais, t'a donne après la première grâce, qui est le baptême, une autre ressource dans l'exomologèse, pourquoi renoncer à ton salut ? Pourquoi faire difficulté d'employer le remède qui te guérira infailliblement ? Les animaux eux-mêmes, quoique privés du don de la parole comme de la raison, savent reconnaître au besoin les remèdes que Dieu a destinés pour les guérir (Les exemples que Tertullien va citer sont empruntés à des récits qui pourront sembler fabuleux ; mais l’instinct des animaux est incontestable, et prouvé par mille autres faits qu'on ne saurait nier). Le cerf, blessé d'une flèche, pour faire sortir de sa plaie le fer qui s'y est enfoncé avec ses pointes si difficiles arracher, se guérit lui-même en broutant le dictame. L'hirondelle a-t-elle aveuglé ses petits, elle sait leur rendre la vue par l'application de sa chélidoine. Le pécheur, qui sait que l'exomologèse est établie de Dieu pour lui rendre le salut de l'âme, négligera-t-il donc d'employer ce moyen qui replaça sur le trône le roi de Babylone ? Ce roi, en effet, offrit à Dieu durant sept années entières le sacrifice de sa pénitence, pratiquant l'exomologèse pendant un temps si long par l'humiliation ou il vivait, laissant croître ses ongles à la p.56 fin p.57 début manière de l'aigle, et ressemblant au lion par la forêt inculte de sa chevelure. Merveilleuse récompense de cet extérieur sauvage ! Celui qui était pour les hommes un spectacle d'horreur, trouvait grâce devant Dieu ! Au contraire, le monarque égyptien qui refusa si longtemps à son maître le peuple de Dieu qu'il accablait de tribulation, et qui, après l'avoir congédié, vola sur ses pas pour le combattre, malgré tant de plaies dont lui et ses sujets avaient été frappés et qui auraient dû l'avertir, périt englouti dans les flots d'une mer qui, après s'être entr’ouverte pour le peuple élu, laissa retomber ses vagues sur son persécuteur. Pourquoi ce châtiment ? c'est que l'impie avait répudié la pénitence et l'exomologèse qui en est comme le ministre. Mais pourquoi parler plus longtemps de ces deux planches du salut de l'homme, en paraissant viser plutôt à l’effet du style qu'obéir à l'impulsion de ma conscience ? Pécheur moi-même, chargé de toute espèce de flétrissures et né seulement pour la pénitence, comment me tairais-je sur elle, puisqu'Adam, le premier auteur de la vie humaine et tout à la fois de la révolte contre le Seigneur, rendu par la pénitence au paradis qui avait été fait pour lui, ne cesse de la publier ? "

18. Le même, Hom. II in Psalmum eumdem :

" Je suis donc tout prêt à recevoir les verges et les fouets pour ma correction, et j'accepte tous ces châtiments, pourvu que j'échappe par-là au supplice du feu éternel. Ainsi donc je suis préparé à recevoir tous les châtiments et ma douleur est continuellement devant mes yeux (Ps. XXXVII, 18). Oui, j'ai ma douleur toujours devant mes yeux pour racheter les peines éternelles par les afflictions présentes.

Je déclarerai mon iniquité. Nous avons dit plus d'une fois qu'il faut entendre par ces paroles la confession des péchés. Ainsi voyez le soin que prend 1'Ecriture de nous dire qu'on ne doit pas cacher son péché dans son cœur. Car de même qu'on se procure du soulagement en vomissant la nourriture mal digérée, les flegmes ou toute autre humeur que chargerait l'estomac, ainsi ceux qui gardent cachés dans leur cœur des péchés commis, s'en trouvent comme suffoqués, et ne peuvent être guéris qu'en se procurant, par l'accusation qu'ils feront eux-mêmes de leurs fautes, une sorte de vomissement salutaire. Seulement examinez avec soin quel sera celui à qui vous devrez de préférence confesser votre péché. Faites choix avant tout d'un médecin à qui vous puissiez exposer votre état d'infirmité spirituelle, qui sache pleurer avec vous, p.57 fin p.58 début souffrir avec vous, et ayant une fois acquis la certitude de l’étendue de ses lumières comme de la bonté de son cœur, suivez exactement tous les conseils qu'il vous donnera, et s'il juge à propos pour l'édification des autres et pour votre propre guérison, que vous fassiez la confession de votre maladie devant toute l’assemblée des fidèles, soumettez-vous avec prudence à une décision que vous devez croire suffisamment éclairée. "

20. S. CYPRIEN, Tractat. vel serm. de lapis : "

Ah ! combien j'aime mieux la foi et les salutaires frayeurs de ceux qui, sans avoir sacrifié aux idoles, ni porté dans leurs mains l'attestation de leur apostasie, mais seulement parce qu'ils en ont eu la pensée, viennent avec simplicité et repentir ouvrir leur conscience aux prêtres du Seigneur, déposer un fardeau qui leur pèse, et à de légères blessures appliquer un énergique remède, en se rappelant qu'il est écrit : On ne se joue point de Dieu (Gal., VI, 7). - Je vous en conjure donc, mes bien-aimés, que chacun de ceux de vous qui ont péché confesse sa faute, tandis qu'il est encore sur la terre, tandis que sa confession peut être reçue tandis que la satisfaction du coupable et l'absolution du prêtre peuvent trouver grâce devant Dieu. Revenons au Seigneur de tout notre cœur, et implorons sa miséricorde, en témoignant par des gémissements qui n'aient rien de simulés le repentir que nous éprouvons de notre crime. "

21. S. PACIEN, in Parænesi ad pænitentiam, sive in libello de pænitentiâ et confessione : " Je m'adresse d'abord à vous, qui ayant péché refusez de faire pénitence ; vous qui, si éhonté d'une part, êtes si timides de l'autre ; qui, sans rougir de commettre le péché, rougissez d'en faire la confession. . . L'Apôtre dit encore à l'évêque : N'imposez précipitamment les mains à personne, et ne vous rendez pas complice des péchés d’autrui. Que ferez-vous, vous qui trompez l'évêque ; qui, ou bien abusez de son ignorance, ou bien ne lui faites connaître qu'imparfaitement l'état de votre âme ? Je vous en conjure donc, mes frères, au nom de ce Dieu pour qui rien n'est caché, épargnez-moi moi-même en cessant de me cacher les plaies de votre conscience. Les malades qui ont à cœur leur guérison ne craignent pas de se faire connaître leurs médecins, quand même ceux-ci devraient faire sur les parties les plus secrètes de leur corps les opérations les plus douloureuses. Nous en avons connu quelques-uns qui n'ont pas p.58 fin p.59 début rougi d'exposer en pareil cas au tranchant du scalpel, au mordant de la pierre infernale, les parties mêmes que la pudeur oblige de tenir cachées. Et quels avantages après tout des hommes mortels comme eux pouvaient-ils leur procurer ? Et un pécheur craindra ! Un pécheur rougira d'acheter un bonheur sans fin au prix d'une honte d'un moment ! et il aimera mieux soustraire à la vue d'un ministre, qui offrirait pour sa guérison un sacrifice au Seigneur, des plaies que ses efforts après tout ne sauraient cacher ! Et de quoi peut rougir devant un homme celui qui n'a pas rougi de pécher devant Dieu ? Vaut-il donc mieux mourir que de faire mourir en nous cette honte que la honte nous fait craindre d'éprouver ; et ne devons-nous pas plutôt nous résigner à essuyer cette confusion qui nous fera retirer tant d'avantages du sacrifice que nous aurons fait ainsi d'une pudeur intempestive ? Si vous rougissez de paraître pécheur devant vos frères au moins ne craignez pas les regards de ceux qui ont partagé vos chutes. Un corps peut-il se réjouir du malheur arrivé à quelqu'un de ses membres ? Au contraire il en souffre comme lui, et se concerte avec lui pour y apporter remède. Nous appartenons tous à un même corps qui est l'Eglise, et l'Eglise ne fait qu'un avec Jésus-Christ ; par conséquence celui qui ne craint point de confesser ses péchés à ses frères aura pour plaider en sa faveur les larmes de 1'Eglise, et sera absous, grâce aux prières de Jésus-Christ. Maintenant adressons-nous à ceux qui, assez sages et assez avisés pour confesser leurs péchés par motif de pénitence, ignorent ce que c'est que la pénitence et quels sont les remèdes à appliquer à leurs maux ; semblables en cela à ceux qui découvrent leurs plaies à leurs médecins sans craindre de leur dire tout ce qu'ils souffrent, mais qui d'un autre côté négligent d'appliquer les remèdes qu'on leur indique, ou refusent de prendre les potions qu'on leur prescrit. "

22. S. JEROME, in caput X Ecclesiastæ, sur ces paroles, Si momorderit serpens in silentio : " Si le serpent infernal mord p.59 fin p.60 début quelqu'un à l'insu des autres, et lui donne ainsi la mort en lui infiltrant son venin mortel ; si ensuite celui qui a éprouvé ce malheur garde son mal en silence, s'il n'en fait point pénitence, s'il se refuse à découvrir sa plaie à celui qui est chargé de le diriger, il sera bien difficile à ce dernier de le guérir. Car si un malade rougit de faire connaître à son médecin l'état de sa maladie, le médecin ne guérira pas un mal qu'il ne pourra connaître. "

23. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXX in Genesim, et hom.

X in Matthæum ; voir plus haut, article de l'Eucharistie, question X, témoignage 12 et 13, page 487, tome II.

29. Le concile de Worms, c. 28 : " Les prêtres imposeront des pénitences proportionnées aux crimes des pécheurs. Ils devront par conséquent examiner à part l'état de chacun d'eux, remonter à l'origine de leurs fautes, en peser les circonstances, avoir égard aux dispositions et aux gémissements des coupables, en usant de précautions pour bien s'en assurer ; tenir compte aussi des temps et des lieux, de l'âge et de la qualité des personnes, et faire pour toutes ces circonstances diverses une juste application des saintes règles dont ils ne devront jamais détourner leur attention. "

30. ORIGENE, Hom. I et II in Psalmum XXXVII, comme plus haut, témoignage 2 et 16, pag. 42 et 57.

Question VI

Qu’est-ce que les saints Pères enseignent au sujet de la confession ?

Tous les Pères, d'un accord unanime, ne se contentent pas de recommander comme de reconnaître l'utilité et les avantages de la confession : ils en relèvent aussi l'obligation et la nécessité. p.60 fin p.61 début Pour ne produire là-dessus, entre tant d'illustres témoins de la doctrine des Pères, qu'un petit nombre des plus remarquables, voici en particulier ce que dit saint Basile-le-Grand : " Nous regardons comme obligatoire pour chacun de confesser ses péchés à ceux à qui a été confiée la dispensation des mystères de Dieu. Car nous trouvons dans l'histoire de la vie des saints que les anciens pénitents confessaient de même leurs péchés. "

Voici maintenant le témoignage de saint Cyprien : " Je vous en conjure, mes frères que chacun de ceux d'entre vous qui ont péché confesse sa faute, tandis qu'il est encore sur la terre, tandis que sa confession peut être reçue, tandis que la satisfaction du coupable et l'absolution du prêtre peuvent obtenir crédit auprès de Dieu. "

Joignons à ces témoignages celui de saint Augustin, qui s'exprime là-dessus de cette manière : " Faites pénitence comme l'usage en est établi dans l’Eglise, afin que l'Eglise prie pour vous. Que personne ne se dise à soi-même, mon action est secrète et n'a que Dieu pour témoin ; Dieu est là qui me pardonne, puisqu'il connaît le repentir qui est dans mon cœur. Ce serait donc en vain qu'il aurait été dit : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ? Ce serait donc en vain que les clefs auraient été données à l'Eglise de Dieu ? Voulons-nous donner le démenti à l'Evangile de Dieu, aux paroles de Jésus-Christ ? Pouvons-nous vous promettre ce qu'il vous refuse ? Ne serions-nous pas alors des séducteurs ? " Saint Augustin dit encore dans un autre endroit : " Certaines gens se persuadent qu'il leur suffit pour leur salut de confesser leurs péchés à Dieu seul, pour qui rien n'est caché et qui connaît le secret de toutes les consciences. Ils refusent, ou bien ils rougissent, ou bien encore ils dédaignent de se montrer aux prêtres, que Dieu cependant, dans la personne du promulgateur de sa loi, a établis pour faire le discernement entre la lèpre et la lèpre. Mais je ne veux pas vous laisser dans cette fausse opinion, ni permettre que la honte ou l'orgueil vous empêche de confesser vos péchés au vicaire du Seigneur. Car vous ne devez pas dédaigner de vous soumettre au jugement de celui que Dieu ne dédaigne pas d'avoir pour vicaire. "

Ce qu'a écrit saint Léon à ce sujet n'est pas moins formel : " La miséricorde infinie de Dieu est tellement empressée à nous relever de nos chutes, que non contente de nous avoir offert la grâce du baptême, elle nous présente encore la pénitence comme le moyen de recouvrer nos droits à la vie éternelle, en invitant p.61fin p.62 début ceux qui auraient payé d'ingratitude le bienfait de la régénération qu'ils ont reçu, à recevoir de nouveau le pardon de leurs crimes en se condamnant eux-mêmes par leur propre jugement ; de manière toutefois, que dans les desseins de la bonté divine, cette indulgence ne puisse s'obtenir que par les prières des prêtres. Car tel est le pouvoir que le médiateur entre Dieu et les hommes, Notre-Seigneur Jésus-Christ, a confié aux pasteurs de son Eglise, d'imposer la pénitence aux pécheurs sur la confession qu'ils leur font de leurs péchés, et de les admettre, une fois purifiés par une expiation suffisante, à la participation des sacrements en leur ouvrant la porte de la réconciliation. "

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE. Comme ci-dessus, à la question première. p.62 fin p.63 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

2. Le même, ibidem, quæst. 229 : "

Les fautes commises doivent-elles être déclarées sans honte devant tout le monde, ou à quelques-uns seulement ? Et dans ce dernier cas, à qui et comment convient-il de les déclarer ? - Réponse. On doit confesser les péchés de la même manière qu'on s'y prend pour découvrir les maux corporels. De même donc qu'on ne découvre pas à tout le monde indifféremment cette dernière sorte de maux, mais ceux-là seulement qui savent la manière de les guérir, de même on ne doit faire la confession de ses péchés qu'à ceux qui peuvent en procurer la guérison, conformément à ce qui est écrit : Vous qui êtes plus forts, supportez les faiblesses des infirmes (Rom., XV, 1), c'est-à-dire, portez-y remède par vos soins et votre diligence. "

3. Le même, Epist. canonicâ ad Amphilochium, can. 73 : " Si quelques-uns de ceux qui sont tombés dans les péchés dont nous avons parlé deviennent meilleurs à la suite de la confession qu'ils en ont faite, celui à qui la bonté divine a confié le pouvoir de lier et de délier ne fera rien de condamnable en abrégeant la pénitence de ceux qu'il verra dans ces dispositions, puisque l'histoire sainte elle-même nous fait voir que ceux qui confessent leurs péchés avec plus de larmes s'attirent plus promptement la miséricorde de Dieu. "

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