Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 86)
15. Ecclésiastique, VII, 37 : " La libéralité plaît à tous ceux qui vivent ; ne vous refusez pas à l'étendre jusque sur les morts. "
16. Ibidem, XVII, 18-19 : " L'aumône de l'homme est devant Dieu comme un sceau, et il en conservera le bienfait comme la prunelle de son œil. - Dieu s'élève enfin, et il rendra à chacun son salaire, et il précipitera les méchants au fond de l'abîme. "
17. Ibidem, XXXVII, 24 : " Que la paix, où le mort est entré apaise en vous le regret de sa mort, et vous console de ce que son âme s'est séparée de son corps. "
18. JEREMIE, XVI, 5-7 : " Car voici ce que dit le Seigneur
: N'entrez point dans une maison de deuil, et n'y allez point pour pleurer ou pour consoler ceux qui y sont : car j'ai retiré ma paix de ce peuple, dit le Seigneur ; j'en ai retiré ma pitié et mes miséricordes. - Ils mourront en cette terre, grands et petits ; ils ne seront ni pleurés ni ensevelis ; on ne se fera point d'incisions à leur mort, et on ne se rasera point les cheveux. - On ne donnera point de pain à l'enfant, resté orphelin, pour le soulager ; on ne lui présentera point la coupe pour le consoler de la mort de son père et de sa mère. "
19. II Timothée, I, 16-18 : " Que le Seigneur répande sa miséricorde sur la famille d'Onésiphore, parce qu'il m'a souvent assisté, et qu'il n'a point rougi de mes chaînes ; - mais qu'au contraire, étant venu à Rome, il m'a cherché avec empressement, jusqu'à ce qu'il m'eût trouvé. - Que le Seigneur lui fasse la grâce de trouver miséricorde devant lui en ce grand jour. "
20. I JEAN, V, 16-17 : " Si quelqu'un voit son frère commettre un de ces péchés qui ne vont point à la mort, qu'il prie, et Dieu donnera la vie à cet homme dont le péché ne va point à la mort. Mais il y a un péché qui va à la mort, et ce n'est pas pour ce péché-là que je dis qu'il faut prier. - Toute iniquité est péché ; mais il y a un péché qui va à la mort. " p.103 fin p.104 début
21. MATTHIEU, XII, 31-32 : " Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. - Et quiconque aura parlé contre le Fils de l'homme, obtiendra la rémission de son péché ; mais si quelqu'un parle contre le Saint-Esprit, son péché ne lui sera remis ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir. "
22. Ibidem, V, 25-26 : " Accordez-vous promptement avec votre adversaire, pendant que vous êtes en chemin avec lui, de peur que votre adversaire ne vous livre au juge, et que le juge ne vous livre au ministre de la justice, et que vous ne soyez mis en prison. - Je vous le dis en vérité, vous ne sortirez point de là que vous n'ayez payé jusqu'à la dernière obole. "
23. MALACHIE, III, 1-3 : " Voici le dominateur qui vient, dit le Seigneur des armées. - Qui pourra soutenir le jour de son avènement ? qui restera debout à sa vue ? Car il sera comme le feu qui fond les métaux et comme l'herbe dont se servent les foulons. - Il sera comme un homme qui s'assied pour faire fondre et pour épurer l'argent ; et il purifiera les enfants de Lévi comme l'or et l'argent qu'on passe par le feu ; et ils offriront au Seigneur leurs sacrifices avec des mains pures. "
24. Philippiens, II, 10-11 : " Afin qu'au nom de
Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, - et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père. "
25. Apocalypse, V, 3, 13 : " Mais nul ne pouvait ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre ni le regarder. - Et j'entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, dans la mer et dans toute son étendue s'écrier : A celui qui est assis sur le trône, et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. MANASSE, roi de Juda, dans la prière qu'il fit lorsqu'il était captif à Babylone (Nous plaçons cette prière de Manassé parmi les témoignages de la tradition, parce qu'elle a citée avec éloge par plusieurs Pères ; mais nous ne la rangeons pas parmi les témoignages de l’Ecriture parce qu'elle n'a pas été admise dans le canon des livres saints par le concile de Trente) : " Vous donc, Seigneur, Dieu des justes, vous n'avez pas établi la pénitence pour les justes qui n'ont pas péché tels qu'Abraham, Isaac et Jacob ; mais pour moi, pauvre Pécheur. " p.104 fin p.105 début
2. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, n. 110
(Cf. S. Aurel. Augustini opera, t. VI, p. 236-238, édit des Bénéd., col. 402-403, édit. de Gaume ; Traités choisis de saint Augustin, t. II, pag. 460-462) : " On ne peut nier que les âmes des fidèles défunts soient soulagées par la piété de leurs parents ou de leurs amis survivants, quand ceux-ci offrent pour elles le sacrifice du divin Médiateur ou qu'ils font des aumônes dans cette même intention. Mais ces œuvres de charité et de religion ne sont utiles qu'à celles d'entre ces âmes qui, pendant qu'elles ont été sur la terre, ont mérité d'en pouvoir tirer du soulagement après leur mort. Car il y a des fidèles dont la vie n'est ni assez sainte pour n'avoir pas besoin de ces secours après leur mort, ni assez mauvaise pour n'en pouvoir tirer aucun avantage. Il y en a, au contraire, dont la vie a été assez pure pour que leurs âmes n'aient pas besoin de cette assistance ; comme il y en a d'autres aussi dont les péchés sont de telle nature, que les œuvre de piété dont il s'agit, après leur départ de ce monde, ne peuvent leur être d'aucun secours. Il suit de là que ce n'est que durant cette vie que chacun se rend digne, ou de pouvoir être soulagé, ou d'être traité sans miséricorde après la mort. "
" Que personne donc ne se flatte de pouvoir mériter de Dieu, après qu'il sera sorti de ce monde, ce qu'il aura négligé de se procurer durant la vie. Ainsi, les prières et les bonnes œuvres que l’Eglise pratique pour obtenir le soulagement des défunts n'ont rien de contraire à cette vérité que nous enseigne l’Apôtre, que nous comparaîtront tous devant le tribunal de Jésus-Christ afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il aura été revêtu de son corps. Car si une âme mérite que ces bonnes œuvres puissent lui être utiles, c'est qu'elle l'aura mérité pendant son union avec le corps. Il est certain, en effet, que ces secours ne profitent pas à tous les défunts. Et d'où cela vient-il, sinon de la différente vie que chacun aura menée tandis qu'il aura été en ce monde ? Lors donc qu'on offre pour les fideles défunts le sacrifice de l'autel ou quelque aumône que ce soit, ces œuvres de piété, si elles se rapportent à des âmes parfaitement pures, ne sont autre chose que des actions de grâces ; ou, si elles se rapportent à des âmes médiocrement coupables, elles servent à apaiser la justice de Dieu en leur faveur ; ou enfin, si on les rapporte à des pécheurs impénitents, ce ne sont nullement des secours qui les soulagent, mais uniquement des conso- p.105 fin p.106 début lations telles quelles pour ceux qui leur survivent. Quant aux âmes auxquelles ces œuvres de religion sont utiles, l'utilité qu'elles en retirent consiste, ou à obtenir une rémission pleine et entière, ou à recevoir de l'adoucissement dans les peines auxquelles elles sont condamnées. " Saint Augustin répète absolument les mêmes paroles dans son livre De octo Dulcitii quæstionibus, q. II, en déclarant que c'est d'ici qu'il les a prises. Il explique la même doctrine au livre XXI de la Cité de Dieu, chapitre 24.
3. Le vénérable BEDE, in caput XI Proverbiorum
: " Il faut observer que, quoique les impies n'aient aucun pardon à espérer après la mort, ceux néanmoins qui sont morts sans avoir sur la conscience autre chose que des péchés légers peuvent en obtenir la rémission même après leur départ de ce monde, soit au moyen des peines qu'ils endurent, soit grâce aux prières de leurs proches, aux aumônes et aux messes rapportées à leur soulagement. Toutefois cela ne peut servir que pour les péchés légers, et jusqu'au jour du jugement. "
4. S. AUGUSTIN, in Psalmum XXXVII : " Seigneur, ne me reprenez pas dans votre colère, et ne me châtiez pas dans votre courroux. Que je ne sois pas du nombre de ceux à qui vous direz : Allez au feu éternel, qui a été préparé pour le démon et pour ses anges. Ne me reprenez pas dans votre colère ; mais purifiez-moi plutôt dans cette vie, et rendez-moi tel qu'il n'y ait plus rien en moi qui ait besoin d'être purifié même par ce feu, que devront endurer ceux qui ne seront sauvés qu'après avoir passé comme par le feu (I Cor., III, 15). Et pourquoi ? parce qu'ici-bas ils élèvent sur le fondement (de Jésus-Christ) un édifice de bois, de foin ou de paille. S'ils avaient élevé un édifice d'or, d'argent ou de pierres précieuses, ils seraient en sûreté contre le premier de ces feux aussi bien que contre le second : contre le feu éternel qui tourmentera éternellement les impies, et contre ce feu purifiant qui n'empêchera pas d'être sauvés ceux qui en endureront les ardeurs. Car tout en déclarant que ces derniers seront sauvés, l’Apôtre ajoute : Mais cependant après être passé comme par le feu. Parce qu'il est dit de ces personnes qu'elles seront sauvées, on tient peu de compte du feu par lequel elles passeront. Et cependant, quoiqu'il n'entraîne pas avec lui la damnation éternelle, ce feu ne laissera pas d'être plus épouvantable que tous les tourments qu'un homme peut endurer dans la vie présente. Vous savez combien les méchants ont souffert de maux ici-bas, et combien on pourrait encore leur en faire souffrir. Ils n'ont rien souffert néanmoins que p.106 fin p.107 début ce que peuvent endurer les plus innocents. Car qu'ont pu souffrir les magiciens, les voleurs, les adultères, les scélérats, les sacrilèges, par les lois de la justice séculière, qu'un saint martyr n'ait souffert en confessant le nom du Sauveur ? Les maux de la vie présente sont donc beaucoup plus supportables que ceux de l'autre vie ; et pourtant, que ne font pas les hommes, que ne se soumettent-ils pas à faire pour être exempts de ces maux !
A combien plus forte raison ne devraient-ils pas se porter à faire ce que Dieu leur ordonne, pour n'avoir pas un jour à souffrir ces autres maux beaucoup plus intolérables (Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, Paris, 1683, t. II, p. 177-178) ? "
5. Le même, Cité de Dieu, liv. XXI, c. 26 : " Celui qui ne donne pas à ces affections humaines (qu'il peut avoir pour une épouse, pour un père pour des enfants, etc.) la préférence sur l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ et qui, en cas d'épreuve, renoncerait aux objets de sa tendresse plutôt qu'à Jésus-Christ ; celui-là sera sauvé en passant comme par le feu, car il est inévitable que la douleur de telles séparations soit d'autant plus cuisante, que les attaches de son amour auront été plus profondes. "
6. Le même, Lib. de fide et operibus, c.
16, explique ainsi ce passage : Fundamentum aliud, etc. (I Cor., III, 13) : " Prenons pour exemple celui qui demanda à notre bon maître quel bien il lui fallait faire pour gagner la vie éternelle et qui en obtint pour réponse que, s'il voulait entrer dans la vie, il devait garder les commandements ; qui demanda ensuite quels commandements il devait garder, et à qui il fut répondu : Les commandements, Vous ne tuerez point, etc., et vous aimerez votre prochain comme vous-même ; à condition sans doute, en observant tout cela, d'avoir la foi en Jésus-Christ et la foi, comme c'est assez évident, qui opère par la charité. Eh bien! s'il eût fait de plus ce que Notre-Seigneur lui recommanda en outre par ces paroles : Si vous voulez être parfait, etc., il aurait élevé sur le fondement dont je viens de parler, de l'or, de l'argent et des pierres précieuses ; car il ne se serait alors occupé d'autres pensée que de Dieu et des moyens de lui plaire, et de semblables pensées ont, si je ne me trompe, de l'or, de l'argent et des pierres précieuses. Mais s'il lui restait, au contraire, une affection charnelle pour ses richesses, sans négliger toutefois de s'en servir pour faire d'abondantes aumônes, et sans chercher à les augmenter par des moyens injustes, pas plus que de consentir à quelque mauvaise action par la crainte p.107 fin p.108 début de les perdre ou de les diminuer (puisque consentir à cela, ce serait se séparer du fondement) ; la seule affection charnelle qu'il garderait, comme je l'ai dit, pour ses richesses, et qui ferait qu'il ne pourrait s'en voir privé sans douleur, serait comme du foin, du bois ou de la paille qu'il superposerait sur le fondement : surtout, si l'on suppose en outre qu'il aurait une épouse à laquelle, comme c'est naturel, il chercherait à plaire, et qui l'obligerait par conséquent à s'occuper des choses du monde. Ainsi, comme ces objets, pour lesquels on conserve une affection charnelle, ne sauraient être perdus sans qu'on en ressente du regret ; ceux qui les possèdent de cette manière tout en restant attaché au fondement de la foi qui opère par la charité, fondement qu'ils ne voudraient pas sacrifier pour tout au monde même à ces sortes de biens, seront sensiblement affectés de la perte qu'il leur en faudra faire, et par conséquent ne parviendront au salut qu'après avoir passé par le feu ou le creuset de la douleur. Mais cette douleur sera pour eux un feu d'autant plus supportable, qu'ils auront été moins attachés à la possession de ces richesses, ou qu'ils les auront regardées avec plus d'indifférence. " Ce même passage se trouve répété dans le livre De octo Dulcitii quæstionibus, q. I.
7. Le même, in Psalmum LXXX : " Que personne ne croie qu'en élevant sur ce fondement (de Jésus-Christ) des adultères, des blasphèmes, des sacrilèges des idolâtries ou des parjures, on puisse être sauvé quoique en passant par le feu, comme si ces crimes étaient le bois, le foin et la paille dont parle saint Paul. Cela doit s'entendre de celui qui bâtit l'amour des choses de la terre sur le fondement du ciel, c'est-à-dire sur Jésus-Christ. Cet amour qu'il a pour les choses temporelles et périssable brûlera mais il sera sauvé lui-même à cause de la solidité du fondement qu'il aura posé (Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, etc., t. IV, p. 422). "
8. ORIGENE, Homélie XII sur Jérémie
: " Et voyez si cela n'est pas raisonnable. Qui est celui qui est sans péché ? C'est celui qui ne pèche plus depuis qu'il a embrasse la foi, qu’il a reçu le baptême et qu'il a entendu le Seigneur lui dire : Vos péchés vous sont remis.
Mais si, après avoir obtenu le baptême et le pardon de nos péchés, nous nous souillons de nouveau ; si, toujours imparfaits, nous nous écartons de la voie tracée par les apôtres ; si nous commettons quelque injustice, ou si, sans cesser d'être justes, nous nous laissons néanmoins tomber dans quelques fautes, p.108 fin p.109 début examinons quel traitement nous aurons alors à subir : au sortir du siècle présent, notre vie se trouvant mélangée de vices et de vertus, recevrons-nous la récompense de ces vertus, avec le pardon de ces vices dont nous nous trouverons coupables ? ou bien serons-nous punis pour nos fautes, sans être récompensés pour nos vertus ? Ni l'un ni l'autre ; mais il faut dire plutôt que nous serons, et punis pour nos fautes, et récompensés pour nos vertus. Car si, sur le fondement de Jésus-Christ établi dans votre cœur vous superposez, non pas seulement de l'or, de l'argent et des pierres précieuses (car je suppose que vous en avez), mais aussi du bois, du foin et de la paille, que voulez-vous qui vous arrive, lorsque votre âme sera séparée de votre corps ? Voudriez-vous entrer dans le saint des saints avec ce bois, ce foin ou cette paille, et souiller ainsi le royaume de Dieu ? ou bien trouveriez-vous juste d'être jeté dehors à cause de ce bois, de ce foin ou de cette paille, sans qu'il vous soit tenu compte de votre or, de votre argent et de vos pierres précieuses ? Mais cela ne serait pas juste non plus. Que conclure de là sinon que le feu devra d'abord vous être appliqué pour consumer ce bois, cette paille, ce foin, etc. . . ? Nous souffrirons premièrement pour nos injustices commises ; puis nous serons récompensés pour la justice que nous aurons pratiquée. "
9. Le même, homélie XIII sur Jérémie
: " Si quelqu'un reste fidèle à la grâce de son baptême, il aura part à la gloire de la première résurrection. Mais celui qui est réservé pour la seconde résurrection, c'est celui qui a péché et qui a besoin du baptême de feu, qui le purifiera en consumant tout ce bois, tout ce foin et toute cette paille qu'il aura amassés autour de lui. Puis donc que nous voyons que les choses se passeront ainsi pour nous après la mort, étudions l’Ecriture avec soin, et conformons-nous à ses préceptes que nous aurons gravés profondément dans nos cœurs afin de nous trouver, s'il est possible, parfaitement purifiés de nos péchés au sortir de cette vie, et d'être en état d'être admis dans la société des saints. "
10. Le même, homélie XXIV sur les Nombres
: " Cette vie est pour nous un temps de guerre et de combat contre les Madianites, c'est-à-dire contre les vices de notre propre chair et contre les puissances ennemies. Nous avons pour témoins la troupe des anges et des vertus célestes, qui attendent avec anxiété quand et comment nous sortirons de ce combat, et quelles dépouilles nous pourrons en remporter ; ils observent avec attention, ils notent avec le plus grand soin, quels sont ceux d'entre nous qui p.109 fin p.110 début se seront enrichis d'une plus grande quantité d'or, ou du moins d'argent, ou enfin de pierres précieuses. Ils examinent aussi si quelqu'un se trouve n'avoir que de l'airain, ou du fer, ou du plomb ; si tel autre n'est pas porteur de vaisseaux de bois ou de terre, ou de quelque autre matière semblable, tels qu'il en faut pour les usages d'une grande maison. Car dans une grande maison, dit l'Apôtre, il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent, mais il y en a aussi de bois et d'argile (II Tim., II, 20). Ils regardent donc avec soin ce que chacun de nous peut emporter avec soi au moment de son départ d'ici-bas ; et ils assigneront à chacun sa place, selon le prix des objets qu'il aura apporté avec lui, et qui prouveront la manière dont il aura combattu ou travaillé. Toutefois ce ne sera pas, sans que tout cela ait été éprouvé auparavant, telle chose par le feu, et telle autre par l'eau. Car le feu éprouvera l'ouvrage de chacun (I Cor., III, 13). C'est pour cela que nous lisons (Nom., XXXI, 21-24) : Voici ce qu'ordonne la loi que le Seigneur a donné à Moïse : Que l'or, l'argent, l'airain, le fer, le plomb et l’étain et tout ce qui peut passer par les flammes, soit purifié par le feu ; et que tout ce qui ns peut souffrir le feu, soit sanctifié par l'eau d'expiation. Vous laverez vos vêtements le septième jour, et après avoir été purifiés, vous rentrerez dans le camp. Voyez-vous comme tout le monde a besoin d'être purifié au sortir du combat de cette vie, etc. ? "
11. Le même, homélie VI sur l'Exode : " Les actes louables de la vie humaine sont de trois espèces ; car ils peuvent consister ou dans des pensées ou dans des paroles, ou dans des actions. C'est ce que l'Apôtre nous fait entendre lorsqu'il dit (I Cor., III) : Celui qui élève sur ce fondement de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, etc., distinguant ainsi trois sortes d'actes louables. Puis il indique aussi trois sortes d'actes blâmables, qu'il désigne par le bois, le foin et la paille.
. . . . Celui qui est sauvé, est sauvé en passant par le feu, parce que, s'il y a du plomb dans le passé de sa vie, ce plomb est liquéfié par le feu, et qu'une fois qu'il est séparé du reste, il ne se trouve plus à la fin que de l'or pur. Comme l'or est le métal le plus estimé ici-bas, il représente la sainteté ; aussi-bien l'or a-t-il coutume d’être éprouvé par le feu, comme les justes doivent l'être par la tentation (Ecclé., II, 5). Il faudra donc que tous nous soyons mis en contact avec le feu ; tous, il faudra que nous passions par cette épreuve. Le Seigneur sera comme un homme qui s'assied pour faire fondre et pour épurer l'argent, et il purifiera les enfants de Juda (MALACHIE, III, 3). Une fois arrivé là, p.110 fin p.111 début si quelqu'un se présent avec beaucoup de bonnes œuvres et quelques mauvaises pourtant qui y soient entremêlées, celles-ci seront comme le plomb qui se fondra et se volatilisera, et bientôt il ne restera que de l'or pur. Si un autre apporte une plus grande quantité de plomb avec quelque peu d'or, le feu aura sur lui plus de prise, exercera une action plus violente, afin que l'or, en quelque petite quantité qu'il soit, puisse être dégagé de tout cet alliage.
Enfin, si quelque autre ne présente en lui-même que du plomb, il arrivera de lui ce qui est écrit : Il sera submergé sous la violence des eaux, et il tombera comme une masse de plomb (Exode, XV, 10). "
12. S. GREGOIRE, livre IV de ses Dialogues, c. 39, répond en ces termes à la question, s'il y a un feu du purgatoire après la mort : " Le Seigneur dit dans 1'Evangile : Marchez tandis que vous avez la lumière (JEAN, XII, 35). Il a dit aussi par son prophète : Je vous ai exaucé au temps favorable, et je suis venu à votre secours au jour du salut (Is., XLIX, 8). Paroles que l'apôtre saint Paul développe ainsi : Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut (II Cor., VI, 2). Salomon a dit de même : Faites promptement tout ce que votre main pourra faire, parce qu'il n'y aura plus ni action, ni raison, ni sagesse, ni science dans le tombeau où vous courez (Eccles., IX, 10). David a dit aussi : Sa miséricorde s'étend à tous les siècles.
Il résulte de tous ces textes, que chacun paraîtra au jugement tel qu'il aura été en sortant de ce monde. Nous n'en devons pas moins croire fermement qu'il y aura avant le jugement un feu destiné à purifier les âmes de leurs péchés légers, puisque la Vérité a dit : Si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, ce péché ne lui sera remis ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir (MATTH., XII, 32). Ce qui nous donne à entendre qu'il y a des péchés qui sont remis dans ce siècle et d'autres qui le seront dans le siècle à venir. Car, par-là même qu'il est nié de quelques péchés seulement qu'ils puissent être remis dans l'autre monde, il s'ensuit qu'il y en a qui pourront y être remis. Mais il n'y a toutefois que les péchés légers dont nous devions croire qu'ils peuvent être remis dans l'autre monde : de ce nombre sont, par exemple, les paroles inutiles, les ris immodérés, les péchés qui se commettent si aisément dans les ménages et dont ne peuvent s'abstenir ceux-là même qui savent se préserver du péché dans tout le reste ; les péchés d'ignorance en matières peu importantes : tous ces péchés chargent la conscience après la mort, si l'on n'en a pas obtenu le pardon p.111 fin p.112 début durant cette vie. Car, puisque l’Apôtre a dit que Jésus-Christ est le fondement, et qu'il ajoute aussitôt après : Si quelqu'un élève sur ce fondement, etc., il sera sauvé, mais en passant comme par le feu (I Cor., III, 15) ; quoique ces paroles puissent s'entendre du feu de la tribulation qui peut nous éprouver pendant la vie présente, si néanmoins on veut les entendre du feu du purgatoire qui nous sera réserva après la mort, on fera bien de considérer que ceux dont l’Apôtre déclare qu'ils pourront être sauvés en passant par le feu, ce ne sont pas ceux qui placeront sur le fondement divin du fer, de l'airain ou du plomb, c'est-à-dire les péchés les plus graves, et par-là même les plus difficiles à détruire, mais ceux qui n'y apporteront que du bois, du foin ou de la paille, c'est-à-dire des péchés légers que le feu consumera facilement.
Sachons bien toutefois qu'il n'y aura à pouvoir être purifié dans l'autre vie des péchés même légers que ceux qui dans la vie présente auront mérités par leurs bonnes œuvres de pouvoir l’être. "
13. Le vénérable BEDE, in III caput Lucæ, sur ces paroles, Il vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu : " Il y en a qui entendent ce baptême de l'Esprit- Saint de ce qui se fait dans la vie présente et ce baptême de feu de ce qui se fera dans la vie future, en ce sens que, de même que nous renaissons présentement de l'eau et de l'Esprit-Saint en obtenant la rémission de nos péchés, nous serons purifiés après la mort et avant le dernier jugement des péchés légers qui nous seront restés, par le baptême du feu du purgatoire, conformément à ces paroles de l’Apôtre : Si quelqu'un élève sur ce fondement de l’or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille, le feu fera l'épreuve de l’ouvrage de chacun. Si l'ouvrage de quelqu'un demeure sans être brûlé, il recevra la récompense, si au contraire ; l'ouvrage de quelqu'un brûle dans cette épreuve, il en éprouvera de la perte ; il ne laissera pas toutefois d'être sauvé, mais ce ne sera qu'en passant, comme par le feu. Quoique ces paroles puissent s'entendre du feu de la tribulation qui peut nous éprouver pendant la vie présente, si néanmoins on veut les entendre du feu du purgatoire qui nous sera réservé après la mort, on fera bien de considérer que ceux dont l'Apôtre déclare qu'ils pourront être sauvés en passant par le feu, ce ne sont pas ceux qui placeront sur le fondement divin du fer, de l'airain ou du plomb, c'est-à-dire les péchés les plus graves, etc. " Le reste comme à la fin du témoignage précédent.
14. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XXI, c. 24 : " Il y en a p.112 fin p.113 début parmi les morts pour qui les prières de l'Eglise ou de certaines âmes pieuses sont exaucées : ce sont ceux qui, après avoir été régénérés en Jésus-Christ, n'ont, ni tellement mal usé du temps et de la vie qu'on les juge indignes de la clémence suprême, ni tellement bien, qu'ils n'aient encore besoin de la miséricorde de Dieu. Et de même à la résurrection des morts, après l'expiation que subissent les âmes des trépassés, plusieurs obtiendront la grâce d'être sauvée du feu éternel. Car il ne serait pas vrai de dire qu'il en est auxquels il ne sera pardonné ni en ce monde ni en l'autre, s'il n'y en avait à qui il sera pardonné dans l'autre vie, quoiqu'ils n'obtiennent pas encore leur pardon dans celle-ci. "
15. Le même, Hom. XVI in libro L homiliarum
(Cette homélie, au moins dans sa plus grande partie, n'est pas de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist. eccl. V sæc., p. 103, édit de Venise) : " Ceux qui auront commis des péchés pour lesquels il leur faudra subir des peines temporelles, c'est-à-dire, ceux à qui s'appliquent ces paroles de 1Apôtre : Si l'ouvrage de quelqu'un brûle, il en éprouvera de la perte, il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais en passant comme par le feu ; ceux-là auront à passer par ce fleuve de feu auquel le Prophète faisait allusion par ces paroles : Un fleuve de feu courait devant lui ( DAN., VII, 10 ) ; ils passeront, dis-je, par ce fleuve de feu dont les ondes se dérouleront d'une manière effroyable. La durée du passage sera d'autant plus longue, que les péchés à expier seront plus graves et plus nombreux.
La flamme intelligente proportionnera ses ardeurs à la culpabilité de chacune des âmes ; et autant on aura fait preuve de folie en se laissant entraîner au mal, autant le châtiment témoignera de discernement par la manière dont il sévira. Et comme Dieu compare quelque part l'âme pécheresse d une chaudière d'airain, en disant : Mettez cette chaudière vide sur des charbons ardents, afin qu'elle s'échauffe, que l’airain se brûle, que son ordure se fonde au-dedans, et que sa rouille se consume (EZECH., XXIV, 11) ; c'est là que seront soumises à l'action du feu les paroles inutiles, les pensée mauvaises ou impures, toute cette multitude de péchés légers qui avaient altéré la pureté de l'âme ; là aussi sera consumée l'étain ou le plomb, je veux dire ces fautes de toute espèce qui se commettent sans qu'on s'en aperçoive et qui avaient obscurci dans cette âme l'éclat de sa ressemblance avec Dieu : fautes qui toutes auraient pu être effacées dès ici-bas, et avec bien moins de peine, au moyen des aumônes et des œuvres de pénitence. C'est ainsi que demandera compte à chacun de p.113 fin p.114 début nous celui qui s'est livré pour nous, et s'est soumis aux lois de la mort en souffrant le supplice de la croix. "
16. Le même, Serm LI de sanctis sive L de animabus defunctorum (Le passage cité ici est plutôt un extrait de S. Césaire, sermon XXXVII. Voir le t. Ier des Sermons de saint Césaire, Paris, 1760, p. 319-331. Le traducteur de ces sermons était l'abbé de Villeneuve, curé au diocèse de Sens) : " Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus-Christ ; que si on élève sur ce fondement un édifice d'or, d'argent, de pierres précieuses, de bois, de foin, de paille, l'ouvrage de chacun paraîtra enfin ; car le jour du Seigneur le fera connaitre, parce qu'il sera manifesté par le feu, et que le feu mettra à l'épreuve l'ouvrage de chacun. Celui qui aura élevé sur ce fondement un ouvrage qui subsiste, en recevra la récompense, celui dont l'ouvrage sera consumé par le feu, en éprouvera de la perte : il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais ce sera comme en passant par le feu. Plusieurs, prenant mal le sens de ce passage, se font illusion à eux-mêmes et demeurent dans une sécurité qui les trompe. Ils croient qu'en élevant des crimes capitaux sur le fondement de Jésus-Christ, ces péchés pourront être purifiés par le feu passager dont parle l'Apôtre ; mais que, pour eux, ils ne laisseront pas de parvenir à la vie éternelle. C'est trop se flatter, mes très-chers frères, c'est se séduire soi-même que d'attribuer ce sens aux paroles de saint Paul ; c'est une façon de les entendre qu'il faut corriger et réformer. Quand l’Apôtre dit : Il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé mais comme en passant par le feu, ce ne sont pas les péchés capitaux, mais les péchés légers qui seront purifiés par ce feu passager. . . Le feu passager dont parle L’Apôtre ne pourra purifier les péchés considérables ; c'est le feu éternel qui tourmentera sans relâche celui qui aurait laissé dominer en lui quelques-uns de ces péchés à moins qu'il ne se corrige sérieusement, qu'il ne s'abstienne réellement de ces péchés, qu'il n'en fasse une longue pénitence, s'il en a le temps, et qu'il ne répande des aumônes abondantes. . . Si nous reconnaissons avec une vraie et sincère humilité que nous souffrons beaucoup moins encore que nous ne le méritons, c'est un moyen de nous purifier assez bien en ce monde de ces sortes de péchés pou r que le feu du purgatoire ne trouve rien, ou que très-peu de chose à brûler et purifier dans le siècle à venir. Si au contraire nous ne nous mettons pas en peine de rendre grâces à Dieu dans les tribulations qu'il nous envoie, si nous ne sommes pas fidèles à racheter nos péchés par nos bonnes œuvres, nous resterons dans ce feu p.114 fin p.115 début du purgatoire, jusqu'à ce que ces petits péchés dont je viens de parler, comme du bois, du foin et de la paille, soient absolument consumés et détruits. "
" Mais qu'est-ce que cela me fait d'être longtemps en purgatoire, me dira quelqu'un, pourvu que je parvienne à la vie éternelle ? Est-ce faire usage de sa raison que de parler ainsi, mes très-chers frères ? Ignorez-vous donc que ce feu du purgatoire sera plus sensible et plus cuisant que tout ce qu'on peut sentir et voir de peines en ce monde, et même que tout ce qu'on peut en imaginer ? Un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour, dit le roi prophète (Ps. LXXXIX, 4), en parlant du jour du jugement : d'où savez-vous donc, vous qui parlez ainsi, si vous passerez seulement quelques jours, quelques mois ou des années entières dans ce feu du purgatoire ? Vous ne voudriez pas aujourd'hui mettre un de vos doigts au feu ; comment donc ne craignez-vous pas d'y être tourmentés en corps et en âme, même pour peu de temps?. . . "
" Lors donc que vous entendrez lire ce texte de l'Apôtre : Si quelqu'un élève sur le fondement de Jésus-Christ de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, vous vous souviendrez qu'il, est question des saints et des chrétiens parfaits, qui, comme un or épuré, mériteront de recevoir les récompenses éternelles ; que par ceux qui élèvent sur ce fondement du bois, du foin, de la paille, il faut entendre les bons chrétiens, mais qui négligent de se purifier de leurs péchés légers ; vous vous souviendrez, dis-je, qu'à moins que la justice divine ne les purifie de ces péchés par beaucoup de tribulations, ou que chacun d'eux ne les rachète par d'abondantes aumônes, ce ne sera que par des douleurs très-cuisantes que s'accomplira en eux ce que dit 1'Apôtre : Celui dont l'ouvrage sera consumé par le feu, en éprouvera de la perte ; il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais en passant comme par le feu. "
18. S. BERNARD, Serm. de obitu Humberti monachi
: " Sachez qu'après cette vie, ce qu'on aura négligé d'acquitter ici-bas, sera exigé au centuple et jusqu'à la dernière obole. "
19. S. JEAN-DAMASCENE, dans son discours qui a pour titre
: Que ceux qui sont morts dans la foi sont aidés par les messes et les bonnes œuvre des vivants ; ce passage a été rapporté d'avance à l'article du sacrement de l'Eucharistie, question VII, témoignage 107, tome II, page 413. p.115 fin p.116 début
20. Le concile de Florence, dans ses lettres d'union:
" Nous définissons. . . . . que les âmes de ceux qui, vraiment pénitents, l sont morts dans la grâce de Dieu, avant d'avoir fait de dignes fruits de pénitence pour expier leurs péchés d'action (Ce mot action doit être pris ici lato sensu, et comme comprenant les péchés de parole et de pensées, qui sont aussi des actions, ou pour mieux dire, des actes, à leur manière. Le texte latin porte : de commissis satisfecerint et omissis) ou d'omission, sont purifiées après la mort par les peines du purgatoire, et qu'elles sont soulagées de ces peines par les suffrages des fidèles vivants, tels que le sacrifice de la messe, les prières, les aumônes et les autres bonnes œuvres que les fidèles ont coutume de faire les uns pour les autres, selon les usages pratiqués dans 1'Eglise ; et que les âmes de ceux qui n'ont point péché depuis leur baptême, ou celles qui, après avoir contracté la tache du péché, en ont été purifiées, soit avant la mort, soit depuis la mort, ainsi que nous venons de le dire, entrent aussitôt dans le ciel, et voient clairement tel qu'il est le Dieu unique en trois personnes, les unes cependant plus parfaitement que les autres, suivant les mérites de chacune d'elles ; mais que les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel commis depuis l’âge de raison, ou même seulement avec le péché originel, descendent aussitôt en enfer, quoiqu’elles ne doivent pas toutes y recevoir un égal châtiment. "