Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 87)
21. Le concile de Trente, session VI, canon 50 : " Si quelqu'un dit que tout pécheur pénitent qui obtient la grâce de la justification, reçoit par-là même la remise entière de sa faute, avec celle de la peine éternelle qu'il aurait encourue, de manière à n'avoir plus à subir aucune peine temporelle soit dans ce monde, soit dans l’autre, c'est-à-dire dans le purgatoire, pour pouvoir ensuite être admis au royaume des cieux, qu'il soit anathème. "
22. Le même concile, session XXV, première partie, Décret au sujet du purgatoire : " L'Eglise catholique, instruite par le Saint-Esprit, ayant toujours enseigné, suivant les saintes Ecritures et la doctrine ancienne des Pères, comme elle l'a fait dans les conciles précédents, et tout récemment encore dans le concile général actuel, qu’il y a un purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues reçoivent du soulagement des suffrages des fidèles, et particulièrement du saint sacrifice de la messe ; le saint concile ordonne aux évêques de veiller avec un soin particulier à ce que partout on enseigne et on prêche aux fidèles, p.116 fin p.117 début sur l'article du purgatoire une doctrine conforme à celle des saints Pères et des saints conciles, et que tous également règlent là-dessus leur croyance. Quant aux questions difficiles et trop subtiles en cette matière qui ne servent de rien pour l'édification, et dont l'effet ordinaire n'est pas de nourrir la piété, elles devront être bannies des prédications qui se font devant le peuple. Les évêques ne permettront pas n on plus qu'on répande ou qu'on avance sur ce sujet des récits incertains et suspects de fausseté. Ils interdiront de plus tout ce qui sent la superstition, ou une vaine curiosité, l’amour du gain, comme pouvant prêter au scandale ou être de mauvaise édification pour les fidèles. Mais ils tiendront la main à ce que les suffrages des fidèles vivants, particulièrement les messes, les prières, les aumônes et les autres bonnes œuvres qu'on a coutume d'offrir pour les fidèles défunts, continuent de se faire avec piété et dévotion selon 1'usage de l'Eglise, et que ce qui est dû pour ces âmes, par suite de fondations testamentaires ou autrement, soit acquitté avec soin et exactitude, et non avec négligence, par les prêtres, ou autres ministres de l’Eglise, ou par tous autres enfin que cette obligation regarde. "
23. Le vénérable BEDE, exposition. allegoric.
In Samuelem, lib, IV, c. 10, sur ces paroles du dernier chapitre du premier livre des Rois, Et ils jeûnèrent sept jours : " C’est un usage louable et conforme à l'écriture, que celui de jeûner sept jours pour les morts, afin qu'ils puissent entrer dans le repos. "
24. Le quatrième concile de Carthage, auquel assistait saint Augustin, canon 79 : " Ceux qui ayant exactement observé les lois de la pénitence, mourront en voyage, ou autrement, sans avoir pu recevoir de secours, ne laisseront pas de recevoir la sépulture ecclésiastique et de participer aux prières et aux oblations. "
25. Le même concile, canon 93 (Voir sur ce canon notre Dictionnaire universel des conciles, t. I, col. 490 (Carthage, l'an 398)) : " On excommuniera, comme meurtriers des pauvres, ceux qui refusent aux églises les oblations pour les défunts ou qui les remettent avec peine. "
12 : " Par rapport à ceux qui, ayant reçu la pénitence sont sortis de cette vie avant d'être réconciliés, nous avons décrété que leur mémoire serait recommandée dans les églises et que les oblations qu'on ferait pour leurs âmes seraient acceptées par les prêtres (Voir ibidem, t. II, col. 980, et Conc. LABB., t. VI, col. 553, ad annum 675). " p.117 fin p.118 début
27. Le concile de Tribur, canon 31 : " Si quelqu'un est surpris à voler ou à exercer quelque rapine, et qu'il meure dans cet acte même qui n'aura pu lui être inspiré que par le démon, nous défendons à qui que ce soit de prier ou de donner des aumônes pour le repos de son âme ; et si néanmoins il se fait quelque aumône pour lui, nous voulons qu'elle ne profite ni aux clercs ni aux pauvres, mais qu'elle soit laissée de côté comme exécrable (Cf. LABB., Conc., t. IX, col. 456, ad annum 895). "
28. Le premier (al. 2) concile de Brague, canon 54 (al.
33) : " On ne donnera point la sépulture ecclésiastique, c'est-à-dire celle qui se fait au chant des psaumes, à ceux qui se seront tués eux-mêmes, soit par assassinat, soit par poison, soit en se précipitant, soit en se pendant, ou de quelque autre manière que ce soit, ni à ceux qui auront été punis de mort pour leurs crimes. On ne fera pas non plus mémoire d'eux dans les oblations (Voir sur ce canon et sur le suivant, c'est-à-dire sur les canons 32 et 56 de ce concile de Brague, notre Dictionnaire des conciles, t. Ier, col. 374-375, et LABBE, Conc., t. V, col. 841-842, ad annum 563, c. XVI et XVII). "
31. Le même concile, session XXII, chapitre 2 et canon 3, comme plus haut, article de l'Eucharistie, question VII, témoignage 128, tome II, page 421.
32. S. AUGUSTIN, Lib. de curâ pro mortuis gerendâ, c. 1, dit, pour répondre à la question qui lui avait été faite s'il pouvait être utile à un mort que son corps fût enterré près du tombeau d'un saint : " Il vous semble, à ce que vous me dites, que ce n'est pas sans quelque utilité réelle que les fidèles pieux procurent cet honneur aux cendres de leurs proches. Vous ajoutez encore que ce ne peut pas être sans but que 1'Eglise universelle a coutume de prier pour les morts, et qu'on peut inférer de cette pratique que les morts doivent retirer quelque profit de ce que la piété de leurs proches leur procure pour lieu de sépulture un tel voisinage, qui témoigne de la confiance qu'on a dans les suffrages des saints. Mais en même temps vous me faites savoir que, s'il en est ainsi, vous ne voyez pas comment cette opinion peut s'accorder avec ce que dit l’Apôtre, que nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ afin que chacun reçoive ce p.118 fin p.119 début qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites étant revêtu de son corps (II Cor., V, 40). Car cette sentence de l’Apôtre revient à dire que nous devons faire avant la mort ce que nous voulons qui nous serve après la mort, au lieu d'attendre pour cela le moment où il ne nous restera plus qu'à recevoir le prix de ce que nous aurons fait avant de mourir. Mais cette difficulté s'évanouit, si l'on considère que l'utilité qui peut revenir aux morts des choses dont il s'agit est le fruit de la manière dont ils auront vécu durant leur pèlerinage et qu'ainsi il est toujours vrai de dire qu'ils sont aidés par ces devoirs religieux qu'on leur rend, à proportion de ce qu'ils auront fait pendant la vie. Car il y a des morts à qui ces honneurs ne servent de rien, soit que leurs œuvres aient été tellement mauvaises, qu'ils soient devenus indignes d'être aidés en rien par tout ce qu'on fera pour eux, soit que leur vie ait été tellement sainte, qu'ils n'aient plus besoin d'aucun secours. C'est donc la manière dont nous aurons vécu sur la terre, qui décidera de l'utilité ou de l'inutilité que pourront avoir pour nous ces pieux devoirs remplis pour nous par nos proches après notre mort. Car ce serait en vain qu'on nous chercherait, pour nous faire retirer de ces pratiques quelque profit après notre mort, des mérites que nous n'aurions pas acquis avant de mourir. C'est ainsi que 1’Eglise, ou les proches mêmes des défunts peuvent être utiles à ceux-ci par toutes ces pratiques religieuses, et que cependant chacun ne reçoit que ce qui est dû à ce qu'il a fait étant revêtu de son corps. Car c'est pendant la vie seulement que chacun peut mériter que tout cela lui serve après sa mort (tout le passage cité jusqu'ici se trouve reproduit dans le livre des douze questions de Dulcitius, question II). Ce peu pourrait suffire pour répondre à votre demande : toutefois, comme on élève d'autres difficultés qu'il me semble à propos de résoudre, je vous prie de me suivre encore quelques instants. Nous lisons dans les livres des Machabées qu'un sacrifice fut offert pour les morts. Mais quand même cela ne se lirait nulle part dans les anciennes Ecritures, l'autorité de l’Eglise universelle, dont la pratique en cette matière ne saurait être révoquée en doute, n'en aurait pas moins droit à notre déférence, la recommandation des morts se faisant toujours à l'autel avec les autres prières mêlées au saint sacrifice. " Dans les chapitres suivants, le saint Docteur continue à parler de la sépulture accordée aux morts, et de l'usage de les enterrer de préférence auprès des tombeaux des martyrs.
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33. Le même, Cité de Dieu, liv. XXI, c. 16 : " Telle est la clémence de Dieu à l'égard des vases de miséricorde qu'il destine à la gloire, que la première et la seconde enfance de l'homme, l'une soumise sans défense à la domination de la chair, l'autre en qui la raison ne combat pas encore, qui n'a d'autre avantage sur la première enfance que l’usage de la parole, et où la faiblesse de l'intelligence, incapable de précepte, laisse régner toutes les machinations vicieuses ; cette première ou cette seconde enfance venant à être atteinte de la mort, du moment ou elle a participé aux sacrements du divin médiateur et est passée par conséquent de la puissance des ténèbres au royaume de Jésus-Christ, non-seulement n'est pas livré aux supplices éternels, mais n'a pas même à subir, au sortir de la vie, l'épreuve du purgatoire. Car la seule régénération spirituelle suffit pour rendre impuissante à nuire après la mort l'alliance que la génération charnelle contractée avec la mort même, etc. . . Quiconque donc désire éviter les peines éternelles, ne doit pas se contenter de recevoir le baptême ; mais il faut encore que, justifié en Jésus-Christ, il passe véritablement sous son empire. Qu'il soit bien convaincu que les peines du purgatoire ne peuvent avoir lieu qu'avant le suprême et redoutable jugement (M. L. Moreau a traduit ainsi cette dernière phrase : " Qu'il se garde de croire qu'aucune peine purifiante devance le suprême et redoutable jugement. " C'est un vrai contre-sens. La foi nous enseigne au contraire que le purgatoire n'existera plus après le jugement général. Voici au surplus la phrase de saint Augustin : Purgatorias autem pæna nullas futuras opinetur, nisi ante illud ultimum tremendumque judicium. Cela ne m’empêche pas de rendre justice à la traduction habituellement fidèle de
34. S. AUGUSTIN, De verbis apostoli, serm 32 (al.
34), c. 4 : " La pompe des funérailles, les troupes de pleureurs, la somptuosité des ornements, la magnificence des tombeaux, sont des moyens de consoler les vivants, plutôt que de soulager les morts. "
Ibidem, c. 2 : " Mais quant aux prières de l'Eglise, au saint sacrifice et aux aumônes qui se font pour leurs âmes, il n'est pas douteux que tout cela ne leur soit profitable, et n'engage le Seigneur à les traiter avec plus d’indulgence que ne l'auraient mérité leurs péchés. Car c'est une pratique observée dans toute l'Eglise, conformément à la tradition de nos pères dans la foi de prier au milieu du saint sacrifice, et de déclarer expressément que l'on offre ce sacrifice même, pour ceux qui sont morts dans la communion du corps et du sang de Jésus-Christ. Et lorsqu'on p.120 fin p.121 début se porte à faire dans cette même intention des œuvres de miséricorde, qui peut douter qu'elles leur soient utiles aussi bien que les prières qu'on fait pour eux ? Nul doute que tout cela ne serve aux défunts, pourvu que ceux-ci aient passé le temps de la vie de manière à ce que cela leur soit utile après la mort. Car quant à ceux qui au moment de la mort n'avaient pas cette foi qui opère par la charité et à qui pour cette raison les sacrements ont dû être refusés, c'est en vain qu'on leur rendrait ces pieux devoirs. . . . . Ce ne sont pas de nouveaux mérites qu'acquièrent les morts, lorsque leurs proches font pour les soulager quelques bonnes œuvres ; mais ce sont leurs mérites acquis d'avance qui leur valent ces avantages. Car ce n'est que lorsqu'ils étaient vivants, qu'ils ont pu mériter que ces choses pussent leur être utiles après la mort. Et ainsi, arrivé à la fin de sa carrière, chacun de nous ne pourra obtenir dans l'autre monde que ce qu'il aura mérité dans ce monde-ci. Qu'il soit donc permis aux cœurs sensibles de s'attrister sur la mort de leurs proches ; mais que leur douleur ait ses bornes, que leurs larmes aient leur consolation, dans l'espérance que leur donne la foi, que ceux qui les quittent par la mort, ne les quittent que pour passer à une vie meilleure. . . Qu'on prenne soin de leurs restes, et qu'on leur élève des tombeaux : 1'Ecriture nous autorise à compter ces choses parmi les bonnes œuvres, puisqu'elle loue et préconise non-seulement ceux qui ont honoré ainsi les restes mortels des patriarches et d'autres saints personnages, qui du reste n'avaient rien au-dessus de l'humanité, mais encore ceux qui ont cru honorer de même le corps de l'Homme-Dieu. Qu'on s'empresse donc, si l'on veut, de rendre à ceux qu'on regrette ces derniers devoirs, si propres à tempérer une douleur trop naturelle ; mais qu'on s'attache surtout à faire pour eux ce qui peut véritablement leur être utile, tel que des prières, des oblations, des aumônes, si l'on a une affection plutôt spirituelle que charnelle pour ceux dont les corps, il est vrai, sont privés de vie, mais dont les âmes sont toujours vivantes. "
35. S. ISIDORE de Séville, Lib. I, de officiis ecclesiasticis, c. 18 : " Nous regardons comme nous ayant été transmis par les apôtres l'usage d'offrir des sacrifices et de faire des prières pour le repos des fidèles défunts, puisque nous trouvons cet usage établi dans tout l'univers. Car il est pratiqué par toute l'Eglise catholique, qui n'ordonnerait pas pour leurs âmes des sacrifices et des aumônes, si elle n'espérait obtenir par de tels moyens le pardon p.121 fin p.122 début de leurs péchés. Et d'ailleurs Notre-Seigneur, en disant que, si quelqu'un pèche contre le Saint-Esprit, ce péché ne lui sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre, marque bien suffisamment qu'il y en a à qui leurs péchés seront remis dans l'autre monde, après qu'ils en auront été purifiés par le feu du purgatoire (quodam purgatorio igne). Aussi saint Augustin a-t-il dit quelque part (Enchirid. ad Laur., c. 71), qu'on ne saurait douter que les âmes des fidèles défunts soient soulagées par la piété de leurs parents ou de leurs amis survivants, quand ceux-ci offrent pour elles le sacrifice du divin Médiateur, ou qu'ils font des aumônes dans cette même intention, pourvu que ces âmes aient mérité pendant la vie que de telles œuvres puissent leur être utiles. Car ces secours ne profitent pas à tous les défunts. Et d'où cela vient-il, sinon de la différente vie que chacun aura menée tandis qu'il aura été en ce monde ?. . . . . Car si ces œuvres, de piété se rapportent à des âmes parfaitement pures, elles ne sont autre chose que des actions de grâces ; si elles se rapportent à des âmes médiocrement coupables, elles servent à apaiser la justice de Dieu en leur faveur, etc. " Voir plus haut, témoignage 2, page 104.
36. RABAN MAUR, Lib. II, De institutione clericorum, c. 44 : " Nous regardons comme nous ayant été transmis par les apôtres, " et le reste comme au témoignage précédent jusqu'à : Quodam purgatorio igne. Raban poursuit ainsi : " Aussi saint Grégoire dans ses dialogues, et le savant Bède dans son histoire de gestis Anglorum, rapportent de nombreux exemples ou diverses visions qui prouvent que les âmes des défunts sont puissamment secourues par les sacrifices qu'on offre pour elles. Et saint Augustin a dit quelque part qu'on ne saurait douter que les âmes des fidèles défunts soient soulagées par la piété de leurs parents ou de leurs amis, " et le reste comme vers la fin du témoignage précédent.
37. S. CYPRIEN, Epist. LII (al. 51) ad Antonianum
: " L'Eglise continue de montrer avec orgueil la couronne de ses vierges ; la pudeur et la chasteté marchent d'un pas ferme dans leur glorieuse carrière, et la continence n'est point détruite parce que l'adultère a obtenu son pardon. Autre chose est de se présenter pour solliciter sa grâce, autre chose est d'entrer tout-à-coup en possession de la gloire ; et autre chose est pour un captif de ne sortir de sa prison qu'après avoir payé jusqu'à la dernière obole, autre chose de recevoir sur-le-champ le prix de la fidélité p.122 fin p.123 début et de la vertu ; autre chose est d'être longtemps purifié par la flamme et de passer au creuset des douleurs, autre chose d'avoir lavé toutes ses iniquités dans le sang du martyre ; autre chose est enfin de rester sous le coup de la sentence divine jusqu'au jour du jugement, autre chose de recevoir aussitôt la couronne des mains de Dieu. "
38. Le même, Ad plebem et clerum Furnitanorum,
Epist. LXVI (al. 65) : " C'est en méditant ces religieuses pensées, et avec une salutaire prévoyance que les évêques nos prédécesseurs ont défendu à tout chrétien mourant d'appeler aucun ecclésiastique aux fonctions de tuteur ou de curateur, à voulu que, s'il contrevenait à cette sage disposition, son nom ne fut point mentionné à l'autel, et que le sacrifice ne fut pas offert pour le repos de son âme. Pourquoi nommer à l'autel de Dieu, dans les prières du prêtre, celui qui a voulu détourner le prêtre de l'autel ? " " En conséquence, puisque Victor, au mépris de la défense renouvelée dernièrement dans un concile, n'a pas craint de nommer tuteur le prêtre Geminius Faustinus, il n'y a pas lieu de faire d'oblation pour son âme, et son nom ne sera prononcé dans aucune prière de l'Eglise. Nous entendons par-là nous conformer au vénérable et saint décret que nos devanciers ont jugé nécessaire. "
40. S. DENIS l'Aréopagite, Lib. de eccles. hierarchiâ, c. 7 : " Le divin hiérarque rassemble le chœur sacré. Si le défunt appartenait au rang des clercs, on le place devant l'autel, et le pontife commence la prière qu'il adresse à Dieu, avec l'action de grâces. Si le défunt était de l'ordre des moines, ou du peuple saint, on le place dans l'oratoire et devant l'entrée du chœur et le pontife fait également la prière et l'action de grâces. Puis les diacres récitent les promesses véridiques contenues dans les divines Ecritures touchant notre résurrection, et chantent pieusement des hymnes empruntés aux psaumes touchant le même dogme et dans le même sens. Ensuite le premier des diacres renvoie les catéchumènes, proclame les noms de ceux qui dorment déjà dans la mort, met sur le même rang, en le nommant par son nom, celui qui vient de mourir, et invite les fidèles à demander pour leur frère défunt un doux repos en Jésus-Christ. Cependant le divin hiérarque s'avance, prononce sur le cadavre une pieuse prière ; après quoi il le salue, et tous p.123 fin p.124 début les assistants font le même salut avec lui. Cette cérémonie achevée, le pontife répand de l'huile sur le défunt, prie saintement pour toute l'assemblée et dépose le corps en un lieu honorable, à côté des corps de ceux qui occupaient durant leur vie le même rang hiérarchique. "
Saint Denis, expliquant ensuite la prière que fait l'évêque (ou le hiérarque, comme il l'appelle), ajoute : " Par cette prière, on sollicite à la clémence divine de pardonner au défunt toutes les fautes qu'il a commises par une suite de la fragilité humaine, et de le recevoir dans la lumineuse région des vivants, dans le sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, là ou il n'y a plus ni douleur, ni tristesse, ni gémissement. . . . . "
" Vous allez dire peut-être que ce sont là des choses justes, mais que néanmoins elles n'expliquent pas pourquoi le hiérarque s'adresse à la clémence divine, et demande que le défunt obtienne la rémission de ses fautes et une glorieuse place parmi les élus dans l'héritage céleste.
Car, si tous reçoivent de la justice d'en-haut la récompense de ce qu'ils ont fait ici-bas de bien ou de mal, celui donc qui est mort ayant achevé sa course et ses œuvres personnelles, quel autre partage la prière pontificale peut-elle lui valoir que celui qu'il a conquis lui-même et qui est le paiement de sa vie terrestre ? "
" Je sais très-bien et les saintes lettres nous l'apprennent, qu'il sera donné à chacun selon son mérite.
Car le Seigneur, y est-il dit (II Cor., V, 10), tient un compte exact, et chacun recevra ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites tandis qu'il aura été revêtu de son corps. Ensuite, que les prières des justes ne soient d'aucune efficacité pour les vivants ni à plus forte raison (La traduction latine porte nedùm post mortem. Canisius prouve ici par l'autorité de saint Jean-Damascène (serm. de defunctis), que ce mot nedùm a dans cet endroit le même sens que quant mugis) pour les morts, à moins qu'on ne soit digne de cette sainte intercession, c'est ce qui nous est transmis et enseigné par les Ecritures. Car quel avantage revint-il à Saül de la prière de Samuel ?. . . J'affirme donc, conformément à la parole sacrée, que les prières des justes nous sont très-utiles dans cette vie, mais à une condition : c'est que celui qui est désireux des dons divins, et pieusement disposé à les recevoir, reconnaisse intimement sa propre indignité, qu'il s'adresse à quelques pieux personnages, qu'il les conjure de lui venir en aide et de prier avec lui : alors il retirera de ce concours un immense avantage. . . . . p.124 fin p.125 début Si donc quelqu'un viole cet ordre saintement établi, et que, plein d'une déplorable présomption, il s'estime suffisamment préparé au commerce divin et dédaigne le secours des justes, s'il adresse à Dieu des demandes déplacées et profanes, sans désir bien arrêté des choses divines, assurément et par sa faute, son imprudente prière sera rejetée. "
" Quant à l'explication de ces prières que le hiérarque prononce sur le défunt, je crois nécessaire de la donner, d'après les enseignements que nous ont transmis nos maîtres inspirés. "
" Le pontife sacré. . . sait par les livres inspirés qu'une vie glorieuse et divine est réservée ; d'après une équitable appréciation et en raison du mérite de chacun, à tous ceux qui auront vécu saintement, et que la charitable indulgence de Dieu daigne fermer les yeux sur les taches qu'ils ont contractées par un effet de la faiblesse humaine : car nul n'est exempt de souillure, comme il est encore écrit (JOB, XIV, 4, d'après les Septante). Le hiérarque a lu ces promesses dans nos infaillibles oracles : il demande donc qu'elles s'accomplissent, et que les saintes récompenses soient accordées à ceux qui ont vécu dans la piété. . . . Car, interprète qu'il est de l'équité divine, il ne demanderait pas des choses que Dieu ne tiendrait point pour agréables, et qu'il n'aurait pas promis de donner. Aussi ne faut-il pas de semblables prêtres pour ceux qui meurent dans le péché. . . . . A son tour, le peuple fidèle doit obéir aux pontifes dans l'exercice de leurs fonctions, comme à des hommes inspirés, car il est dit (LUC, X, 46)
: Qui vous méprise me méprise (Les Œuvres de saint Denis Aréopagite, trad. de M. l'abbé Darboy ; id. trad.
du frère Jean de S. François, Paris, 1629, p. 119-120, 122-126). "
41. S. CLEMENT, pape, ou l'auteur de la lettre à saint Jacques frère du Seigneur : " Saint Pierre enseignait qu'il fallait régler à toute heure les actions de sa vie. . . , ensevelir les morts, faire avec soin leurs funérailles, prier et faire des aumônes pour eux, etc. "
42. Le même, ou l'auteur des Constitutions apostoliques, liv. VI, c. 29 : " Sans avoir recours à aucune des observances (qui se pratiquaient chez les juifs ou chez les gentils), réunissez-vous dans les cimetières pour faire de saintes lectures et chanter des psaumes, en mémoire des martyrs et des autres saints qui ont quitté le siècle et pour vos frères qui sont morts dans le Seigneur ; et offrez dans vos églises et dans vos cimetières p.125 fin p.126 début l'Eucharistie si agréable à Dieu, ou l'antitype (c'est-à-dire le sacrement) du corps de Jésus-Christ ; et lorsque des fidèles sont morts, accompagnez-les avec le chant des psaumes à leur dernière demeure : car la mort des saints de Dieu est précieuse à ses yeux (Ps. CXV, 5).
L'Ecriture dit encore ailleurs : (Ecclé., XLV, 4) : La mémoire du juste est en bénédiction ; et (Sag., III, 4) : Les âmes des justes sont dans la maison de Dieu. Car ceux qui ont eu foi en Dieu ne sont pas morts, quoique leurs corps soient dans le sépulcre ; c'est ce que le Seigneur disait aux Sadducéens : N'avez-vous pas lu au sujet de la résurrection des morts qu'il est écrit, je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob? Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants; car tous sont vivants par rapport à lui. Donc, puisqu'ils sont vivants devant Dieu, leurs restes mêmes sont dignes d'honneur ; et ce qui le prouve, c'est que le cadavre du prophète Elisée ressuscita un homme tué par des brigands de Syrie, par cela seul que son corps avait touché le sien : ce qui ne serait jamais arrivé, si le corps d'Elisée n'avait pas été un corps saint. "
43. S. CHRYSOSTOME, in Epist. ad Philipp. hom. III
(Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. XI, p. 217, édit des Bénéd. ; pag. 249-251, édit. de Gaume) : " Pleurons sur les pécheurs, non-seulement s'ils sont morts, mais encore s'ils sont vivants. Réjouissons- nous au sujet des justes, non-seulement s'ils sont vivants, mais encore s'ils sont passés à une autre vie. . . Poussez des gémissements au sujet de ceux qui meurent au sein de l'opulence, et qui n'ont pas songé à se servir de leurs richesses pour procurer du soulagement à leurs âmes ; qui avaient l'occasion de se purifier de leurs péchés, et qui n'ont pas voulu en profiter. . . . . Pleurons sur eux, non pas un jour ou deux seulement, mais toute notre vie. De telles larmes ne seront pas le produit d'un sentiment aveugle, mais l’effet d'un amour sincère. . . . . Pleurons leur sort, aidons-les selon nos forces, cherchons pour leur venir en aide quelque moyen, qui, si faible qu'il soit, puisse les aider cependant. Comment cela, direz-vous ? En priant pour eux, et en exhortant les autres à faire de même, en versant pour eux d'abondantes aumônes dans le sein des pauvres. On éprouve de la consolation à faire ces sortes d'œuvres. Car entendez Dieu qui vous dit : Je protégerai cette ville à cause de moi, et à cause de David mon serviteur (II Rois, XX, 6). Si le simple souvenir d'un juste a tant de p.126 fin p.127 début puissance, quel effet n'auront pas des œuvres accomplies pour les morts ? Ce n'est pas vainement qu'il a été prescrit par les apôtres de faire mémoire des morts dans les saints mystères : ils savaient qu'il en revenait pour eux beaucoup de profit et d'utilité. Car lorsque tout un peuple étend des mains suppliantes, que tout le clergé est en prières et que la victime sainte est sur l'autel, comment ne toucherions-nous pas le cœur de Dieu en le priant pour les morts ? Cela toutefois ne doit s'entendre que de ceux qui sont morts dans la foi ; quant aux catéchumènes, ils ne peuvent avoir part à cette consolation, mais ils sont privés de tous ces moyens de secours, un seul excepté. Quel est ce moyen qui peut leur servir ? C'est de donner aux pauvres en vue de les soulager ; il en résulte alors pour ces âmes un certain rafraîchissement : car la volonté de Dieu est que nous nous aidions les uns les autres. "
44. Le même, Hom. XLI in I ad Cor. ; voir plus haut, article de l'eucharistie, question VII, témoignage 105, page 411 et suiv., tome II.
45. Le même, Hom. LXIX au peuple d'Antioche
; ce sont les mêmes paroles que dans le passage cité tout-à-l’heure de l'homélie II sur l’épitre aux Philippiens.
46. S. JEAN-DAMASCENE, Orat. de defunctis, passage cité à l’article de l'Eucharistie, question VII, témoignage 107, page 413, tome II.
48. S. GREGOIRE de Nysse, cité par saint Jean-Damascène
(ibidem) : " Les hérauts et les disciples de Jésus-Christ n'ont rien enseigné ou prêché dans les Eglises de Dieu, qui n'eût sa raison et son utilité. Mais ce qui est surtout utile et agréable à Dieu, c'est de faire mémoire dans les saints offices de ceux qui sont morts dans la vraie foi. "
49. S. EPIPHANE, contre les hérésies, hérésie 75 ; ce passage se trouve rapporté déjà plus haut, article de l'Eucharistie, question VII, témoignage 113, page 415, tome II.
50. S. AUGUSTIN, livre des hérésies, adressé à Quodvultdeus, hérésie 53 : " On dit qu'Aërius ajouta quelques autres hérésies qui lui sont propres, comme celle d'enseigner qu'il ne fallait pas prier ni offrir le sacrifice pour les morts, ni observer les jeûnes prescrits à leur intention. "
51. S. JEAN-DAMASCENE, livre des hérésies, et en parlant d'Aërius : p.127 fin p.128 début " Quand il vit qu'on lui refusait l'épiscopat, il résolut de prêcher un tas d'opinions contraires à l'enseignement de l'Eglise, et il ne le céda en rien aux plus forcenés ariens. Il ajouta aux erreurs de ces derniers quelques autres qui lui sont propres, comme de combattre l'usage d'offrir le sacrifice pour les morts. "
55. Le même, livre II sur la Genèse, contra
Manichæos, c. 20 : " Celui qui aura cultivé son champ avec soin, et aura ainsi gagné son pain à force de travail, pourra bien être sujet au même travail jusqu'à la fin de sa vie ; mais, cette vie finie, il n'aura plus rien à souffrir. Celui au contraire qui n'aura pas cultivé son champ, et l'aura laissé se remplir d'épines verra pendant sa vie sa terre maudite dans tout ce qu'il fera, et de plus, une fois sorti de ce monde, il lui faudra subir ou le feu du purgatoire, ou les peines éternelles de l'enfer. C'est ainsi que personne n’échappe à cette sentence portée contre Adam : La terre sera maudite, etc. (Gen., III, 47). Toutefois, faisons en sorte de n'éprouver les effets de cette malédiction pas ailleurs que dans cette vie. "
56. S. GREGOIRE, sur le troisième psaume de la pénitence, et sur le premier verset, Domine, ne in furore tuo arguas me, neque in ira tuâ corripias me : " C'est comme si le Psalmiste disait : Je sais qu'après cette vie les uns expieront leurs péchés dans les flammes du purgatoire, les autres subiront la damnation éternelle. Mais convaincu que le feu même du purgatoire est plus intolérable que toutes les tribulations de la vie présente, je ne désire pas seulement de n'avoir pas à essuyer votre fureur en subissant la damnation éternelle, mais je crains encore d'être repris par votre colère en ayant à endurer ces autres flammes dont le supplice aura un terme. "
58. S. BERNARD, Serm. LVI sur le Cantique des cantiques
: " Gardez-vous de ces détracteurs, de ces chiens à la dent acérée. Ils nous tournent en ridicule parce que nous baptisons les enfants, que nous prions pour les morts, que nous implorons les suffrages p.128 fin p.129 début des saints. Ils se hâtent de proscrire Jésus-Christ dans tout âge de la vie comme dans tout sexe, dans les adultes comme dans les enfants, dans les vivants comme dans les morts. . . Ils privent les morts de l'assistance des vivants, et les vivants des suffrages de ceux des morts qui nous ont précédés dans la céleste patrie. . . Ils refusent de croire qu'il y a un feu purifiant après la mort ; mais ils veulent que l'âme séparée du corps passe sur-le-champ ou à 1'état de parfait repos, ou à l'état de damnation. Qu'ils demandent donc à celui qui a déclaré qu'il y a des péchés qui ne seront remis ni dans ce monde ni dans l'autre, pourquoi il a tenu ce langage, s'il n'y en a aucun qui puisse être remis dans l'autre monde (Voyez aussi sur ce sujet la lettre de Pierre le Vénérable contre les pétrobruisiens). "