Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 88)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

59. S. AUGUSTIN, Enchirid., c. 110 : " On ne peut nier que les âmes des fidèles défunts soient soulagées par la piété de leurs parents ou de leurs amis survivants, quand on offre pour elles le sacrifice du divin Médiateur, etc. " Voir plus haut le reste de ce passage, témoignage 2, page 104.

60. Le même, Lib. de curâ pro mortuis gerendâ, ad Paulinum episcopum, c. 4 : " Vous dites que vous ne sauriez croire dépensés en pure perte les soins que se donnent les pieux fidèles pour obtenir le soulagemen1 des âmes de leurs proches. . . " Voir plus haut le reste de ce passage, même question, témoignage 29, page 118.

61. Ibidem, c. 4 : " C'est un témoignage touchant de l'affection que l'on conserve pour les morts, que de ménager leur sépulture auprès des tombeaux des saints : car si ce n'est pas vainement qu'on prend soin de les ensevelir, on ne peut pas regarder non plus comme vain le choix du lieu où on les ensevelira. Mais lorsque les vivants cherchent à consoler leur douleur par ces témoignages qu'ils donnent de leurs regrets, je ne vois pas en quoi cela peut servir au soulagement de leurs amis défunts, si ce n'est en ce que le souvenir du lieu où reposent les corps de ceux qu'ils pleurent, les engage à recommander leurs âmes à l'intercession des saints, sous la protection spéciale desquels ils les ont ainsi placés : chose toutefois qu'ils pourraient faire également quand bien même ils ne pourraient pas procurer aux corps de leurs proches un tel lieu de sépulture. " Puis, expliquant pourquoi les tombeaux sont appelés monuments (sans doute, dit-il, parce qu'ils nous servent de moniteurs), il ajoute : " Toutes les fois donc qu'un pieux fidèle p.129 fin p.130 début se rappelle le lieu où est déposé le corps de celui dont la mémoire lui est chère et que le nom de l'illustre martyr auprès duquel ce corps est déposé lui revient à la pensée, il se sent aussitôt porté à recommander à ce martyr cette âme pour laquelle il s’intéresse si particulièrement. Et il n'est pas douteux que cette attention des fidèles pour les âmes de leurs amis ou de leurs proches, ne profite à ceux qui s'en sont rendus dignes pendant leur vie. Mais quand même on se trouverait empêché, soit de donner à certains morts aucune sépulture, soit de les ensevelir dans de semblables conditions, on n'en devrait pas moins faire pour eux des prières, ne fût-ce que sous une dénomination générale et sans exprimer leurs noms, comme l’Eglise a coutume de le pratiquer en recommandant à Dieu en général tous ceux qui sont morts dans la foi chrétienne et catholique, afin que ceux qui n'ont laissé sur la terre ni parents ni amis pour leur rendre ccs derniers devoirs, ne soient pas abandonnés du moins par cette mère commune de tous les fidèles Mais si ces prières elles-mêmes faisaient défaut, je ne vois pas à quoi il servirait aux morts d'être inhumés dans des lieux saints.

"

62. Ibidem, c. 18 : " Ces principes étant établis, nous devons croire qu'il ne revient aux morts de tout ce que nous faisons pour eux, que le fruit des sacrifices, des prière et des aumônes que nous offrons pour leur soulagement : encore tout cela ne leur sert-il pas à tous, mais à ceux-là seulement qui, pendant la vie, se sont mis en état de se le rendre utile. Mais comme nous ne pouvons pas faire nous-mêmes ce discernement, nous devons faire ces bonnes œuvres ou ces prières indistinctement pour tous ceux qui ont été baptisé, afin de n'omettre aucun de ceux à qui elles peuvent et doivent être applicables. Car il vaut mieux faire quelque chose de trop pour des âmes à qui cela ne pourra ni nuire ni être utile, que de l'omettre pour d'autres à qui cela servirait. Toutefois, c'est une obligation qui regarde plus spécialement les proches parents des défunts, pour qu'à leur tour ils puissent réclamer le même office de leurs propres héritiers. "

Question VIII

Quelle est l’excellence et quels sont les avantages de la pénitence ?

C'est la pénitence qui a marqué le début de la prédication évangélique ; elle fait encore tous les jours la joie des anges dans le p.130 fin p.135 début ciel ; elle est cette voie étroite de la vie présente, cette porte basse par laquelle les fidèles cherchent à entrer dans la vie bienheureuse, et à ravir avec violence le royaume des cieux. C'est elle qui relève les pécheurs de leurs chutes, les guérit de leurs blessures, les fortifie dans leur faiblesse, les rappelle de la mort à la vie, et répare en eux toutes leurs pertes ; enfin, quelques maux que le péché puisse faire à l'âme, la pénitence en fournit le remède.

Par elle nous témoignons la haine que nous avons de nos péchés commis, le mépris de nous-mêmes, notre soumission aux lois divines ; affligés, elle nous console ; blessés, elle cicatrise nos plaies ; humiliés, elle nous fait reconquérir la gloire. C'est par elle que nous triomphons des démons et de tous nos vices ; par elle, que nous détournons de dessus nous les châtiments que nous avons mérités ; par elle, que nous apaisons la colère de Dieu, que nous nous attirons sa grâce, que nous nous procurons une gloire éternelle.

De là ces paroles que Jésus-Christ nous adresse dans son Evangile : Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche ; Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence ; Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous. Mais ceux-là seulement font une vraie pénitence qui, pour conclure cette réponse par une pensée de saint Cyprien, fidèles au précepte divin et dociles au ministre de Dieu, fléchissent le Seigneur par leur soumission et par la justice de leurs œuvres.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. MATTHIEU, III, 1-8 : " Or, en ce temps-là, Jean-Baptiste vint prêcher au désert de Judée, - en disant : Faites pénitence p.131 fin p.132 début car le royaume des cieux est proche. - C'est de lui que le prophète Isaïe a parlé lorsqu'il a dit : Voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. - Or, Jean avait un vêtement de poil de chameau, et une ceinture de cuir autour de ses reins, et sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage. - Alors il attira à lui toute la ville de Jérusalem et toute la Judée et tout le peuple des environs du Jourdain. - Et lui confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par lui dans les eaux du Jourdain. - Mais voyant plusieurs des pharisiens et des sadducéens qui venaient à son baptême, il leur dit : Race de vipères qui vous a averti de fuir la colère à venir ? Faites donc de dignes fruits de pénitence. "

3. MARC, I, 4, 14-15 : " Jean était dans le désert baptisant et prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. - Jésus vint dans la Galilée, prêchant l'Evangile du royaume de Dieu, - et disant : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Faites pénitence et croyez à l’Evangile. "

4. LUC, XV, 7-10 : " Je vous dis de même, dit le

Sauveur aux pharisiens et aux scribes, qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. - Ou, quelle est la femme qui ayant dix drachmes, si elle en perd une, n'allume sa lampe, et balayant sa maison, ne la cherche avec grand soin, jusqu'à ce qu'elle la trouve ? - Et après l'avoir trouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai retrouvé la drachme que j'avais perdue. - Je vous le dis de même, il y aura une grande joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fera pénitence. "

5. MATTHIEU, VII, 13-14 : " Entrez par la porte étroite

; car la porte de la perdition est large, et la voie qui y mène est spacieuse, et grand est le nombre de ceux qui s'y engagent. - Que la porte de la vie est petite ! Que la voie qui y mène est étroite, et qu'il y en a peu qui la trouvent ! "

6. Idem, XI, 12 : " Or, depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume du ciel s'obtient par violence, et les violents seuls le ravissent. " p.132 fin p.133 début

8. JEREMIE, XVIII, 6-9 : " Comme l'argile est dans la main du potier, dit le Seigneur, ainsi vous êtes dans ma main, maison d'Israël. - Quand j'aurai prononcé contre un royaume ou une nation l'arrêt de sa destruction et de sa ruine ; - si cette nation fait pénitence des désordres pour lesquels je l'aurai menacée, je me repentirai aussi moi-même du mal que j'aurai résolu de lui faire, - et en même temps je prononcerai un autre arrêt sur cette nation ou sur ce royaume, pour qu'il se relève et s'affermisse. "

9. EZECHIEL, XVIII, 21-23 : " Si l'impie fait pénitence de tous les péchés qu'il a commis, s'il garde tous mes préceptes et agit selon l'équité et la justice, il vivra certainement ; non, il ne mourra point. - Je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il aura commises ; il vivra en récompense des œuvres de justice qu'il aura accomplies. - Est-ce que je veux la mort de l'impie, dit le Seigneur Dieu ? Ne veux-je pas plutôt qu'il se convertisse, qu'il se retire de sa mauvaise voie et qu'il vive. "

10. Idem, 26-28 : " Lorsque le juste se sera détourné de sa justice, qu'il aura commis l'iniquité et qu'il sera mort en cet état, il mourra en punition des œuvres d'iniquités qu'il aura commises. - Et lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété où il avait vécu et qu'il agira selon l'équité et la justice, il rendra ainsi la vie à son âme. - Comme il a considéré son état, et qu'il s'est détourné de toutes les œuvres d'iniquité qu'il avait commises, il vivra certainement et, ne mourra point. "

11. Idem, 30-32 : " Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités et votre iniquité ne vous attirera plus votre ruine. - Ecartez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un esprit nouveau et un cœur nouveau. Eh ! pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël ? - Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Revenez donc à moi, et vivez. "

12. Idem, XXXIII, 10-16 : " Vous donc, fils de l'homme, dites à la maison d'Israël : Voici la manière dont vous avez coutume de parler : Nos iniquités, dites-vous, et nos péchés sont sur nous ; nous languissons et nous nous consumons dans nos crimes : comment donc pourrions-nous vivre ? - Dites-leur donc ces paroles : Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que je ne veux point la mort de l'impie, mais qu'il se convertisse, p.133 fin p.134 début qu'il quitte sa voie et qu'il vive. Convertissez-vous, quittez vos voies toutes corrompues ; pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël? - Vous donc, fils de l'homme, dites aux enfants de mon peuple : En quelque jour que le juste pèche, sa justice ne le délivrera point : et en quelque jour que l'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point : et en quelque jour que le juste vienne à pécher, il ne pourra point vivre, quelle qu'ait été sa justice. - Si, après que j'aurai dit au juste qu'il vivra, il met sa confiance dans sa propre justice et commet l'iniquité, toutes ses œuvres de justice seront mises en oubli, et il mourra en punition de l'iniquité qu'il aura commise. - Si, après que j'aurai dit à l'impie : Vous mourrez très-certainement, il fait pénitence de son péché, et agit selon la droiture et la justice ; - si cet impie rend le gage qu'on lui avait confié, s'il restitue le bien qu'il avait ravi, s'il marche dans la voie des commandements qui donnent la vie, et qu'il ne fasse rien d'injuste, il vivra très-certainement ; non, il ne mourra point. - Tous les péchés qu'il aura commis ne lui seront point imputés ; il aura fait ce qui est droit et juste, et ainsi il vivra très-certainement. "

14. MATTHIEU, III, 7-8 : " Race de vipères qui vous a avertis de fuir la colère à venir ? - Faites donc de dignes fruits de pénitence. "

15. II Corinthiens, VII, 10 : " Car la tristesse qui est selon Dieu, produit pour le salut une pénitence qui ne laisse point de regrets ; au lieu que la tristesse de ce monde produit la mort. "

16. Actes, XI, 18 : " Ils ont glorifié Dieu en disant : Dieu donc a fait part aussi aux gentils du don de la pénitence qui mène à la vie. "

18. LUC, XIII, 1-9 : " En ce temps-là même, quelques personnes se trouvèrent là qui lui parlèrent des Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec leurs sacrifices. - Sur quoi Jésus prenant la parole, leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens fussent les plus grands pécheurs de toute la Galilée parce qu'ils ont été traités de la sorte ? - Non, je vous l'assure ; mais si vous ne faites pénitence vous périrez tous aussi bien qu'eux. - Croyez-vous aussi que ces dix-huit hommes sur lesquels la tour de Siloé est tombée, et qu'elle a tués fussent plus coupables que tous lus habitants de Jérusalem ? - Non, je vous l'assure, p.134 fin p.135 fin mais si vous ne faites pénitence vous périrez tous aussi bien qu'eux. - Et il leur dit cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne ; et venant pour, chercher du fruit, il n'y en trouva point. - Alors il dit à son vigneron : Il y a déjà trois ans que je viens chercher du fruit ce figuier sans y en trouver ; coupez-le donc, car pourquoi occupe-t-il inutilement la terre? - Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année afin que je laboure au pied, et que j'y mette du fumier. - Peut-être portera-t-il du fruit ; sinon, vous le ferez couper. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, ou l’auteur quel qu'il soit du livre De verâ et falsâ pænitentiâ, c. 1 : " Toutes les autorités les plus respectables, tous les exemples les plus édifiants conspirent pour nous convaincre du mérite de la pénitence. Elle guérit les langueurs, elle purifie les lépreux, elle ressuscite les morts, elle met les vices en fuite, elle perfectionne les vertus, elle protège et affermit l'âme, elle supplée à tout, elle renouvelle tout, elle porte partout la joie, la santé et le contentement. Elle rend aux perclus l'usage de leurs membres, aux aveugles celui de la vue. Elle réprime la joie immodéré corrige les excès et tempère le zèle. Celui qui ne se connaît pas lui-même, apprend par elle à se connaître, celui qui se cherche lui-même, apprend par elle à se trouver. C'est la pénitence qui rapproche l'homme de la nature angélique, et qui rend la créature à son créateur. C'est elle qui a rendu au bon pasteur sa brebis perdue, qui a fait retrouver à la femme désolée la drachme qu'elle cherchait. C'est elle qui a ramené l'enfant prodigue à son père, qui a remis l'homme blessé par les voleurs entre les mains de l'hôtelier chargé de soigner ses plaies. Par elle on obtient et on conserve tous les biens; elle dissipe les ténèbres, ramène la lumière et est comme le feu qui rend à un précieux métal sa pureté et son éclat. "

2. S. BASILE a composé une homélie entière sur la pénitence ; c'est la dernière de ses homélies sur divers sujets. Consulter ses Œuvres complètes.

3. S. CHRYSOSTOME a écrit dix belles homélies sur la pénitence, qu'on trouvera au tome V de ses Œuvres (ou dans les tomes I et II de l'édition des Bénédictins) ;

elles sont suivies d'un sermon sur la pénitence, ou se trouve ce passage : " O pénitence, qui par l'effet de la miséricorde divine remets les péchés et p.135 fin p.136 début rouvres le ciel ; qui guéris l'homme brisé par la douleur de ses fautes, et lui rends la joie qu'il avait perdue ; qui rappelles les morts à la vie, et rétablis dans sa condition primitive l'homme déchu par le péché, qui nous fais rentrer dans le chemin de la gloire, et éloigner de nous le désespoir qui répare nos forces, et nous donnes droit à une plus grande abondance de grâces : ô pénitence que n'aurais-je pas encore à dire ta louange ? Tu brises tous les liens, tu fais tomber toutes les chaînes et tu calmes toutes les tempêtes ; tu ramènes dans les âmes l'espérance, l'ordre, la paix et la sérénité. O pénitence, plus éclatante que l'or, plus brillante que le soleil, tu triomphes du péché, tu surmontes la lâcheté, tu résistes au désespoir. La pénitence combat la cupidité, crucifie la mollesse, abat la colère, affermit la concorde, foule aux pieds l'orgueil, met un frein à la langue, règle les mœurs déteste la malice, exclut l'envie. La pénitence, quand elle est parfaite, met le pécheur dans la disposition de se soumettre volontiers à tout, de céder à la violence, de souffrir l'injustice, de présenter la joue gauche à celui qui le frappe à la joue droite. L'oblige-t-on à faire mille pas, il en fait encore mille autres ; le maltraite-t-on, il en rend grâces ; l'injurie-t-on, il se tait ; lui parle-t-on avec aigreur, il répond par des caresses ; à genoux devant son supérieur, il s'abaisse encore devant son inférieur même : la contrition est dans son cœur, la confession dans sa bouche, l'humilité dans toutes ses œuvres. Telle est la vraie pénitence, la pénitence vraiment profitable. Ce sont de tels pénitents que Dieu exauce : affamés, il les nourrit ; altérés, il les désaltère.

Ce qui passe pour folie est sagesse à leurs yeux ; ce qui effraie la nature est ce qui a des attraits pour eux ; ce qui la flatte au contraire est ce qu'ils ne peuvent supporter ; ce qui sent la volupté est ce qui leur inspire de la répugnance. O pénitence, mère de la miséricorde et maîtresse des vertus, qui dira la grandeur de tes œuvres ? Tu absous les coupables, tu redresses les pécheurs, tu les relèves de leurs chutes, tu les sauves du désespoir. C'est toi que Jésus-Christ nous montre comme l'avant-courrière du royaume des cieux : Faites pénitence, nous dit-il, car le royaume des cieux est proche. Jean-Baptiste ne tient pas à son sujet un autre langage : Faites de dignes fruits de pénitence parce que le royaume des cieux est près d'arriver. Par toi Jésus-Christ a gagné le bon larron pour l'emmener au ciel avec lui ; par toi David, après son péché, a eu le bonheur de recevoir de nouveau l'Esprit-Saint ; par toi Manassé a fait oublier tous ses crimes ;

p.136 fin p.137 début par toi le pardon a été accordé à l'apôtre saint Pierre, après qu'il se fut rendu coupable d'un triple reniement ; par toi l'enfant prodigue a été ramené à son père et a mérité d'obtenir non-seulement ses caresses et ses baisers, mais encore les honneurs d'un festin où il s'est vu servir le veau gras, après qu'on l'a eu revêtu de sa première robe ; par toi la femme pécheresse en est venue répandre un torrent de larmes, dont elle a arrosé les pieds de son divin Maître, qu'elle a essuyés ensuite de ses cheveux; par toi la grande ville de Ninive et tout son peuple s'est tout d'un coup tourné vers Dieu, a senti ta vertu, a aspiré ton parfum, a goûté ta douceur, a revêtu ton cilice, s'est nourri de ta cendre, a prolongé tes jeûnes, a laissé couler tes larmes, a connu tes soupirs et tes gémissements, a recueilli enfin l'abondante moisson de tes fruits, et, grâce à tes œuvres non-seulement a échappé à sa ruine qui déjà était décrétée, mais encore a reçu la couronne réservée à la vertu. A quoi comparerai-je la pénitence ? Elle est comme un champ fertile, comme une vigne féconde, comme un arbre chargé de fruits : le pécheur affamé, vient apaiser sa faim, ranimer sa confiance en Dieu, et prendre tous les jours des forces nouvelles. "

4. S. CYPRIEN, Epist. XIV (al. 13) ad Clerum

: " Qui fait pénitence ? Celui qui, fidèle au précepte divin, doux, patient, docile aux prêtres de Dieu, fléchit le Seigneur par sa soumission et la justice de ses œuvres. "

ARTICLE V. - DU SACREMENT DE L’EXTREME-ONCTION.

Question I

Que devons-nous croire au sujet du sacrement de l’extrême-onction ? Nous devons croire, conformément à l’enseignement constant de l'Eglise, que l’extrême-onction est un signe sacré qui a pour matière l'huile sainte à laquelle, d'après l'institution divine, est attachée une vertu céleste pour procurer aux malades le salut, tant de l’âme que du corps. L'apôtre saint Jacques rend un témoignage bien remarquable à la vérité de ce sacrement, par ces paroles de l'épître qu’il nous a laissée : Quelqu'un parmi vous est-il malade ; qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et que ceux-ci prononcent sur lui des prières en p.137 fin p.138 début lui faisant des onctions avec de l'huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur lui donnera du soulagement, et s'il a des péchés ils lui seront remis.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Le concile de Constance, session XV, a condamné l’article VIII de Jean Huss ainsi conçu : " Les prêtres qui vivent mal pensent contrairement à la foi au sujet des sept sacrements de l’Eglise. "

2. Le concile de Florence, in Doctrina de Sacramentis

: " Le cinquième sacrement est l'extrême-onction, dont la matière est l'huile d'olive bénie par l'évêque. Ce sacrement ne doit se donner qu'aux malades en danger de mort, et on doit leur faire les onctions aux parties du corps que nous allons dire : aux yeux à cause de la vue, aux oreilles à cause de l'ouïe, aux narines à cause de l'odorat, à la bouche comme à l'organe du goût et de la parole, aux mains comme à l'organe du toucher, aux pieds à cause des démarches dont ils ont été l'instrument, aux reins à cause des voluptés qui y ont leur siège. La forme de ce sacrement consiste dans ces paroles : " Que par cette sainte onction et sa tendre miséricorde le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par la vue, etc. " Et ainsi sur tous les autres organes. Le ministre de ce sacrement, c'est le prêtre. L'effet qu'il produit, c'est la guérison de l'âme, et aussi celle du corps lui-même, autant que cela peut être à propos. L'apôtre saint Jacques s'exprime au sujet de ce sacrement en ces termes : Quelqu'un parmi vous est-il malade, etc. "

3. Le concile de Trente, session XIV, Doctrine au sujet du sacrement de l’extrême-onction : " Le saint concile a jugé à propos d'ajouter à ce qui vient d'être exposé de la pénitence ce qui suit p.138 fin p.139 début touchant le sacrement de l'extrême-onction que les saints Pères ont considéré comme la consommation, non-seulement de la pénitence, mais de toute la vie chrétienne qui doit, être une pénitence continuelle. Premièrement donc, à l’égard de l'institution de ce sacrement, le saint concile déclare et enseigne que notre divin Rédempteur, qui dans sa clémence infinie, a voulu pourvoir ses serviteurs de moyens de défense pour tous les temps contre tous les traits des divers ennemis de leur salut, en même temps qu'il nous a préparés dans les autres sacrements de puissants secours pour nous garantir pendant la vie de tout ce qui pourrait apporter un dommage notable notre bien spirituel, nous présente dans l'extrême-onction une ressource infaillible pour assurer un heureux terme à notre carrière. Car, bien qu'il soit vrai que l'ennemi de notre salut épie à tous les instants de notre vie toutes les occasions qui peuvent s'offrir à lui de dévorer nos âmes, il n'y a pas de circonstances où il fasse plus d'efforts et emploie plus de stratagèmes pour nous perdre entièrement en nous ôtant, s'il le pouvait, la confiance en la divine miséricorde, que lorsqu'il nous voit menacé d'une mort prochaine. "

Ibidem, chapitre 1 : " Or, cette sainte onction des malades a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ comme un sacrement véritable et proprement dit de la nouvelle alliance : insinué dans l'Evangile de saint Marc, elle se trouve surtout recommandée aux fidèles et promulguée en quelque sorte par l'apôtre saint Jacques, frère de Notre-Seigneur. Quelqu'un parmi vous, écrivait cet épître, se trouve-t-il malade ; qu'il fasse venir les prêtres de l'Eglise, qui prononceront sur lui des prières et l'oindront d'huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur lui donnera du soulagement, et s'il a des péchés ils lui seront remis. Par ces paroles, comme l’Eglise l'a appris de la tradition apostolique, transmise comme de main en main jusqu’à nous, l’Apôtre nous enseigne quels sont à la fois la matière, la forme, le ministre et l'effet de ce sacrement salutaire. Car, quant à la matière, l’Eglise a compris que ce devait être l'huile bénie par l'évêque : et en effet l'onction représente avec beaucoup de convenance la grâce de l'Esprit-Saint, dont l'âme du malade est fortifiée invisiblement. Elle a compris de même que la forme devait être dans des paroles semblables à celle-ci : Que par cette onction, etc. "

Ibidem, chapitre 2 : " Quant à l'effet réel de ce sacrement, il est indiqué par les paroles suivantes : Et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur lui donnera du soulagement, et s'il a p.139 fin p.140 début des péchés, ils lui seront remis. Car cet effet n'est autre que la grâce du Saint-Esprit, dont l'onction purifie le malade des restes de ses péchés, et de ses péchés mêmes, s’il lui en reste à expier, et le soulage et l’affermit en même temps, en l'animant de confiance en la miséricorde de Dieu ; en sorte que, soutenu par ce moyen, il supporte plus aisément les incommodités et les peines de son mal, résiste plus facilement aux tentations du démon qui, comme l'antique serpent, cherche à le mordre au talon, et il obtient de fois à autre la santé du corps, si elle peut être avantageuse au salut de son âme. "

Ibidem, chapitre 3 : " Pour ce qui est de déterminer quels sont ceux qui doivent, soit recevoir ce sacrement, soit en être les ministres, les paroles rapportées plus haut nous le disent encore d'une manière assez intelligible. Car nous y voyons que les véritables ministres de ce sacrement ce sont les prêtres de l'Eglise, et par ce mot il faut entendre ici non les plus anciens ou les principaux du peuple, mais soit les évêques, soit les prêtres ordonnés légitimement par eux, et par l'imposition des mains sacerdotales. Ces paroles font voir en même temps, que c'est aux malades que cette onction doit être faite, et à ceux-là surtout dont l'état présente tant de danger, qu'ils semblent sur le point de mourir ; et de là vient qu'on l'appelle aussi le sacrement des mourants. Que si les malades reviennent en santé après avoir reçu cette onction, ils pourront encore recourir à ce même sacrement, quand ils viendront à retomber dans le même danger. "

" Il ne faut donc nullement écouter ceux qui, contrairement à la doctrine si claire et si précise de l'apôtre saint Jacques, enseignent que cette onction n'est qu'une invention humaine, ou un usage reçu des Peres, qui n'est fondé sur aucun précepte divin, et ne renferme aucune promesse de grâce ; ni ceux non plus qui prétendent que l'usage de cette onction n'existe plus, comme s'il devait se rapporter uniquement au don de guérir les maladies dont avait été favorisé la primitive Eglise ; ni ceux qui disent que le rit observé par l'Eglise romaine dans l'administration de ce sacrement est incompatible avec la doctrine de l'apôtre saint Jacques, et doit par conséquent être changé en un autre ; ni ceux enfin qui affirment que cette dernière onction peut être dédaignée sans péché par les fidèles : car toutes ces assertions contredisent évidemment les paroles si claires de ce grand apôtre. Et il est incontestable que l’Eglise romaine, qui est la mère et la maîtresse de toutes les autres Eglises, n'observe dans l’admi- p.140 fin p.141 début nistration de ce sacrement, pour ce qui en constitue la substance, que les choses prescrites par saint Jacques : de sorte qu'on ne pourrait dédaigner d'en tenir compte sans se rendre coupable d'un péché grave, et sans faire injure à l'Esprit-Saint lui-même. "

" Voilà ce que le saint concile œcuménique fait profession de croire et d'enseigner par rapport aux sacrements de pénitence et d'extrême-onction, et ce qu'il veut qui soit également cru et professé par tous les chrétiens.

Et il ordonne que les canons qui vont suivre soient inviolablement observés en même temps qu'il condamne et anathématise à jamais ceux qui soutiendraient la doctrine opposée. "

Ibidem, canon 1 : " Si quelqu'un dit que l'extrême-onction n'est pas véritablement et à proprement parler un sacrement institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et promulgué par l'apôtre saint Jacques, mais un simple rite reçu de nos pères et une invention purement humaine, qu'il soit anathème. "

Ibidem, canon 2 : " Si quelqu'un dit que cette sainte onction ne confère pas la grâce, ou ne remet pas les péchés, ou n'apporte aux malades aucun soulagement, mais que l'usage en est actuellement aboli, comme si ce n'eût jamais été autre chose que le don d'opérer des guérisons autrefois commun dans l’Eglise, qu'il soit anathème. "

Ibidem, canon 3 : " Si quelqu'un dit que le rite et l'usage de l'extrême-onction, tel qu'il est observé par l'Eglise romaine, est incompatible avec la doctrine de l'apôtre saint Jacques, et doit être changé par conséquent, ou qu'il peut être méprisé sans péché par les chrétiens, qu'il soit anathème. "

Ibidem, canon 4 : " Si quelqu'un dit que, par ces prêtres de l'Eglise, que l'apôtre saint Jacques exhorte à faire venir pour oindre les malades, il faut entendre non les prêtres ordonnés par l'évêque, mais les plus anciens de chaque communauté et qu'ainsi le ministre proprement dit de l'extrême-onction n'est pas le prêtre seul, qu'il soit anathème. "

4. Le pape Innocent 1, Epist. I ad Decentium Eugubinum episcopum, c. 8 : " Puisqu'il a plu à votre fraternité de me consulter sur ce point comme sur le reste, mon cher fils Célestin diacre a ajouté dans sa lettre que vous me demandiez l'explication de ce passage de l'épître de l'apôtre saint Jacques : Si quelqu'un parmi vous est malade, qu'il appelle les prêtres auprès de lui, et que ceux-ci prononcent sur lui des prières en lui faisant en même temps des onctions avec de l'huile au nom, du Seigneur, et la prière p.141 fin p.142 début de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le rétablira, et s'il a des péchés ils lui seront remis. Il n'est pas douteux que ces paroles ne doivent s'entendre des fidèles malades, qui peuvent recevoir l’onction du saint chrême (Sancto oleo chrismatis. De ce que l'huile mêlée de baume pour la confirmation, etc., est appelée plus particulièrement saint chrême, quelques-uns croient pouvoir inférer que le même nom ne convient pas à l'huile des infirmes. C'est une erreur. Ce nom de chrême, à en considérer l'étymologie, ne signifie pas autre chose qu'onction, quelle que soit d'ailleurs la bénédiction qui puisse y être ajoutée), consacré par l'évêque, et auquel non-seulement les prêtres, mais aussi tous les autres chrétiens peuvent recourir pour leur propre besoin ou pour celui de leurs proches (" Tout ce qui peut faire quelque embarras là-dessus (sur la question du ministre de l'extrême-onction), ce sont ces paroles de la même décrétale (du pape Innocent 1 à l'évêque de Gobio) : Quod non est dubium de fidelibus ægrotis accipi, vet intelligibi debere, qui sancto oleo chrismatis perungi possunt, quod ab episcopo confectum, non solùm sacerdotibus, sed et omnibus uti christianis licet, in suâ aut in suorum necessitate ungendum (Au lieu de quod ab episcopo confectum. . . ungendum, Canisius lisait : quo ab episcopos confecto. . . ungendo, ce qui semble quelque peu plus correct, sans satisfaire encore absolument. La collection des conciles de Labbe porte : quo ab episcopo confecto. . . inungendo, et en marg, pour variante à ce dernier mot : ad ungendum, qui pourrait satisfaire mieux que tout le reste, si l'on ne devait pas lire plutôt inungendis, leçon, il est vrai, que je n'ai lue nulle part, mais que semble exiger tout le contexte. Il serait bon de consulter sur ces leçons les anciens manuscrits. V. Conc. LABBE, t. II, col. 1247-1248). Je dis que ces paroles peuvent faire quelque embarras, parce qu'elles semblent faire entendre qu'il était permis aux fidèles de s'oindre de celle huile faite et consacrée par l'évêque, et d'en oindre les autres dans leurs maladies. M. de Tillemont (t. X, p. 665) ne voyait point d'autre sens donner à ces paroles ; mais il semble qu'étant par elles-mêmes assez équivoques, il vaut mieux les entendre conformément à la tradition et à la pratique constante de l'Eglise, qui a toujours confié ce ministère aux prêtres et aux évêques. Ainsi je rendrais ce texte en cette sorte : " Il ne faut pas douter que (ce passage de saint Jacques) ne doive s'entendre des fidèles malades, lesquels peuvent être oints de cette huile sainte, qui a été consacrée par l'évêque, et qui doit être employée, non-seulement pour les prêtres, mais pour tous les chrétiens, tant dans leurs maladies que dans celles de leurs proches. " (CHARDON, Histoire des sacrements, Extrême-Onction, ch. V, col. 768, t. XX ; Theologiæ curs. compl., édit. Migne)). Du reste, il me paraît superflu d'ajouter qu'il n'y avait point à élever sur le droit des évêques en cette matière un doute, qui ne serait pas admissible par rapport à celui des prêtres. Car si les prêtres sont seuls nommés dans le passage en p.142 fin p.143 début question, c'est parce que les évêques, embarrassés d'autres soins, ne peuvent pas aller à tous les malades. Si cependant l'évêque le pouvait, ou qu'il jugeât plus convenable de visiter en personne quelque malade, de le bénir et de lui faire les onctions, nul doute qu'il n'en ait le droit, puisque c'est à lui qu'il appartient de consacrer le chrême lui-même. Quant à ceux qui sont encore en pénitence, ils ne peuvent recevoir cette onction, qui est une espèce de sacrement. Car comment ceux à qui les autres sacrements sont refusés pourraient-ils avoir droit à recevoir celui-ci ? "

5. S. PIERRE DAMIEN, Serm. I in dedicatione Ecclesiæ

: " Le troisième sacrement est l'onction des infirmes. Lorsque nous tombons malades et que la fièvre de nos péchés nous rend la mort imminente, l'esprit de piété vient à notre secours, et il se souvient que nous sommes poussière. Car voici ce qu'a dit saint Jacques : Quelqu'un parmi vous est-il malade, qu'il fasse venir près de lui les prêtres de l’Eglise, et que ceux-ci prononcent sur lui des prières en l'oignant d'huile en même temps au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera, et s'il a des péchés, ils lui seront remis. Onction admirable, précieux onguent, qui rend la santé, efface le péché, imprime la crainte de Dieu ! Voyez comme la main du prêtre soulage la personne du malade, et apaise au moyen de l'onction sainte les mouvements désordonnés des sens. C'est pour cela que les saints Pères ont vu dans cette onction un sacrement. "

6. S. BERNARD, in Vitâ S. Malachiæ episcopi

: " Un noble avait sa demeure près du monastère de Bangor.

Son épouse se trouvant atteinte d'une maladie mortelle, Malachie fut prié de se rendre auprès d'elle avant qu'elle mourût et de lui administrer l'extrême-onction : il s'y rendit, et entra dans sa chambre. La vue du saint remplit la malade de joie, comme de l'espérance de recouvrer la santé. Comme il s'apprêtait à lui faire les onctions, on jugea plus à propos de remettre cette cérémonie au lendemain matin, car on approchait de la nuit. Malachie y consentit, et se retira avec les gens de sa suite, après avoir toutefois donné sa bénédiction à la malade. Peu d'instants s'étaient écoulés, lorsqu'il s'éleva tout-à-coup un grand cri, et qu'on entendit beaucoup de gémissements et de tapage dans toute la maison ; et le sujet de tout cela, c'était que la personne venait de mourir. Malachie, ayant entendu ce bruit, s'empressa d'accourir suivi de ses disciples. Il s'approche du lit, et voyant qu'elle était réellement morte, il s'en désolé, en se reprochant à lui-même de l'avoir laissée mourir p.143 fin p.144 début sans la grâce du sacrement. Puis, élevant ses mains vers le ciel ; Pardonnez, Seigneur, s'écria-t-il, j'ai agi en insensé ; c'est moi qui ai péché en lui différant le sacrement, et non pas elle qui voulait le recevoir. En disant ces mots, il protesta devant tout le monde, qu'il n'admettrait aucune consolation, et ne donnerait aucun repos à son esprit, s'il n'était remis à même de faire la chose pour laquelle il était venu.

Et debout en présence du cadavre, il ne cessa toute la nuit de pousser des gémissements en répandant sur ce corps inanimé un torrent de larmes, qui remplaçaient en quelque sorte l'huile sainte dont il n'avait pu lui faire les onctions. En même temps qu'il s'acquittait de ce pieux devoir, il disait à ses disciples : Veillez et priez. C'est ainsi qu'ils passèrent les uns et les autres la nuit entière sans prendre de sommeil, tout occupés à gémir, et ses disciples à réciter des psaumes. Le jour venu, le Seigneur exauça son serviteur, parce que son divin esprit, qui prie pour les saints par des gémissements ineffables, priait avec lui. Bref, le cadavre ouvre les yeux, et celle qu'on avait pleurée comme morte, se frottant de ses mains, le front et les tempes, comme ont coutume de faire ceux qui sortent d'un profond sommeil, se dresse sur son lit, et reconnaissant Malachie, le salue avec respect. Le deuil se trouvant ainsi changé en joie, tout le monde est saisi d'admiration de ce qu'on voit ou de ce qu'on entend dire. Malachie de son côté bénissait le Seigneur, et se répandait en actions de grâces. Il n'en fit pas moins les onctions saintes sur la personne ressuscitée, sachant bien que ce sacrement remet les péchés, et que la prière de la foi a pour effet de soulager les malades. Ensuite il s'en alla, laissant la personne ressuscité achever de se guérir ; car elle vécut encore quelque temps pour manifester la gloire de Dieu en elle, et après avoir accompli la pénitence que Malachie lui avait imposée, elle mourut de nouveau en odeur de sainteté, et son âme s'envola vers Dieu pleinement assurée de son éternelle félicité. "

Enfin saint Bernard s'exprime ainsi sur les derniers moments de saint Malachie lui-même : " Le jour de sa mort n'était déjà plus si éloigné, et le saint ordonna qu'on lui fit les onctions saintes. Comme l'assemblé des moines s'avançait en conséquence pour donner à la cérémonie toute la solennité possible, le saint ne souffrit pas qu'ils prissent la peine de monter jusqu'à lui, mais il descendit lui-même vers eux, car sa chambre était située à l’étage supérieur de la maison. En cet état, il reçoit les onctions, et puis, ayant pris le viatique, il retourne à son lit en se p.144 fin p.145 début recommandant aux prières des moines et en les recommandant eux-mêmes à Dieu. "

8. Le concile de Worms, canon 72 (Cf. LABBE, Conc., t. VIII, col. 958, ad annum 868. Au reste ce canon, et il en est de même de tous les autres à partir du 46e, ne se trouve pas dans toutes les éditions) ; le concile, après avoir rapporté les paroles de saint Jacques, ajoute : " Ces paroles doivent s'entendre sans aucun doute des fidèles malades, etc. Quant aux pénitents on ne doit pas leur accorder l’extrême-onction, parce que c'est une sorte de sacrements. Car comment serait-il permis d'accorder celui-là seul à ceux à qui tous les autres sont refusés ? " Il est aisé de voir que ces dernières paroles sont empruntée la lettre de saint Innocent 1 cité plus haut, témoignage 4, page 141.

9. Le vénérable BEDE, in caput V Jacobi,

Ungentes eum oleo, etc. : " C'est ce que l’Evangile nous dit qu'ont fait les apôtres, et c'est la coutume qu'observe toujours l'Eglise, en prescrivant aux prêtres d'oindre les malades d'huile bénie à cet effet, et de leur procurer leur guérison en faisant sur eux des prières. Et ce n'est pas seulement aux prêtres, mais c'est aussi à tous les autres chrétiens qu'il est permis de recourir à cette onction pour leur propre besoin ou pour celui de leurs proches. Il n'y a néanmoins que l'évêque qui ait le droit de consacrer l'huile employée à cet usage. Car ces paroles, au nom du Seigneur, signifient que l'huile dont il est question a dû être consacrée au nom du Seigneur, A moins qu'on n'aime mieux les entendre en cet autre sens, que les prêtres en faisant cette onction aux malades doivent invoquer sur eux le nom du Seigneur. Et s'il a des péchés, ils lui seront remis.

Bien des gens sont frappés de maladie ou même de mort à cause des péchés qu’ils gardent dans leur âme. De là vient que l'Apôtre écrivait aux Corinthiens, dont plusieurs ne se faisaient pas scrupule de recevoir le corps du Seigneur en mauvais état : C'est à cause de cela qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et que plusieurs dorment du sommeil de la mort (I Cor., XI, 30). Si donc un malade est en état de péché, et qu'il en fasse la confession aux prêtres de l'Eglise, ses péchés lui seront remis, pourvu qu'il y renonce de tout son cœur et qu'il prenne soin de s'en corriger. Car les péchés ne peuvent être remis qu'autant qu'on les confesse et qu'on s'en corrige. "

p.145 fin p.146 début

Question II

Qu’est-ce que l’Apôtre nous enseigne par ces paroles (Infirmatur quis in vobis) ? L'Apôtre nous fait voir premièrement que l'élément et la matière de ce sacrement, c'est l'huile consacrée par la bénédiction pontificale, comme le dit fort bien le vénérable Bède. Or, l'huile signifie la joie intérieure et la force spirituelle, que le malade puise dans ce sacrement par la grâce de Dieu. L'Apôtre indique ensuite quel en est le ministre proprement dit, savoir le prêtre, qui doit faire ces saintes onctions d'une manière décente en les accompagnant de prières. Et ce n'est pas sans dessein qu'il a été écrit des apôtres, qu'ils oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient. Saint Jacques nous marque de plus que ce sont les malades qui ont à recevoir ce sacrement, parce qu'en effet, suivant la pratique de l’Eglise, on ne fait cette sainte onction que dans les cas de maladies graves et dangereuses.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE. S. MARC, VI, 43, comme dans le corps de la réponse.

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

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