Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 90)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

15. Actes, XIII, 2-4 : " Or, pendant qu'ils rendaient leur culte au Seigneur et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : séparez-moi Paul et Barnabé pour l'œuvre à laquelle je les ai destinés. - Alors, après avoir jeûnes et priés, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent aller. - Et étant ainsi envoyés par le Saint-Esprit, ils allèrent à Séleucie, et de là s'embarquèrent pour passer en Chypre. "

16. Tite, I, 5-6 : " Je vous ai laissé en

Crète, afin que vous y régliez tout ce qu'il y a à régler que vous y établissiez des prêtres en chaque ville, d'après l'ordre que je vous en ai donné - choisissant celui qui sera irréprochable, etc. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. XX contra epistolam Parmeniani, c. 43 : " Quant à ce que quelques-uns d'entre eux, cédant à la force de la vérité, s’étaient pris à dire, que celui qui se sépare de l'Eglise ne perd pas le caractère du baptême, mais que cependant il perd le droit de le donner à d'autres, je pourrais par bien des raisons en démontrer l’inconséquence. D'abord, on est dans l'impuissance de dire pourquoi celui qui ne peut pas perdre le caractère du baptême, peut perdre le droit de le donner. Car l'un comme l'autre est un sacrement ; et il faut une certaine consécration pour recevoir l'un aussi bien que l'autre, je veux dire, pour être baptisé aussi bien que pour être ordonné : aussi, dans l'Eglise catholique, l'un ne peut-il pas plus être réitéré que l'autre. En effet, si quelques-uns de leurs chefs, reconnaissant le crime de leur schisme, reviennent à nous, et que nous les recevions pour le bien de la paix ; si, de plus, nous jugeons à propos de leur accorder le même rang de dignité qu'ils occupaient dans leur parti, nous ne les ordonnons pas pour cela de nouveau, mais nous reconnaissons que leur ordination est valide, aussi bien que leur baptême, parce que le mal était dans leur séparation même d'avec nous, mal qu'a dû suffisamment corriger leur rentrée dans l'unité ; mais il n'était pas dans les sacrements, qui ont toujours leur vérité, quelle que soit la main qui les confère. Et, lorsque l’Eglise juge à propos que ceux de leurs chefs qui rentrent dans son sein n'y exercent pas le pouvoir dont ils jouissaient dans le parti qu'ils ont quitté, elle ne leur ôte pas pour cela le sacrement de leur ordination, mais elle le reconnaît p.163 fin p.164 début toujours en eux. C'est pourquoi on ne les soumet pas comme ceux du peuple à la cérémonie de l'imposition des mains (C'est-à-dire à la pénitence publique), de peur de faire injure, je ne dis pas à leur personne, mais au sacrement dont ils conservent le caractère. Ou si quelquefois il nous arrivait de le faire par ignorance, on voudrait bien nous pardonner une erreur que nous nous garderions de soutenir avec opiniâtreté, et que nous désavouerions plutôt dès que nous l'aurions connue.

Car notre Dieu n'est pas un Dieu de dissension, mais un Dieu de paix (I Cor., XIV, 35) ; et ce ne sont pas les sacrements de l'Eglise, qu'emportent avec eux ceux qui se séparent de l'Eglise, que Dieu peut avoir en abomination ; ce sont leurs personnes elles-mêmes. Or, de même qu'ils reçoivent dans le baptême ce qu'ils peuvent ensuite communiquer à d'autres, ainsi reçoivent-ils dans l'ordination le droit de la conférer à leur tour, pour leur perte il est vrai dans un cas comme dans l'autre, tant qu'ils n'ont pas la charité qui ne peut être l'apanage que de l'unité.

Mais après tout, autre chose est de n'avoir un bien d'aucune manière, autre chose est de l'avoir pour son malheur, autre chose enfin est de l'avoir pour son salut. . . Si nous sommes répréhensibles, qu'ils expliquent eux-mêmes pourquoi le sacrement de baptême serait inadmissible, tandis que celui de l'Ordre ne le serait pas, puisque, selon eux, celui qui se sépare de l'Eglise ne perd pas son baptême tout en perdant son ordination. Car si, comme personne n'en doute, l'un est un sacrement aussi bien que l'autre, pourquoi perd-on celui-ci et ne perd-on pas celui-là ? L'un de ces sacrements ne mérite pas plus que l'autre qu'on lui fasse injure. "

2. Le même, Lib. de bono conjugali, c. 24

: " Quoique les ordinations des clercs se fassent pour la desserte des églises, ceux qui sont une fois ordonnés conservent toujours leur ordination, quand même on ne leur donnerait ensuite aucune église à desservir ; ou si certaine faute qu'ils viennent à commettre leur fait perdre leur emploi, ils n'en conservent pas moins le sacrement qui leur a été conféré, encore que ce soit pour leur condamnation. "

3. Le même, Lib. I de Baptismo contra donatistas, c. 1 : " Le sacrement de baptême, voilà ce que reçoit celui qui est baptisé ; et le sacrement qui confère le droit de donner le baptême, voilà ce que reçoit celui qui est ordonné. Or, de même que celui qui est p.164 fin p.165 début baptisé, s'il vient à se séparer de l'unité, ne perd pas pour cela le baptême qu'il a reçu, ainsi celui qui est ordonné, s’il vient à se séparer de l'unité, ne perd pas pour cela le droit de donner le baptême, droit qui se confond avec son ordination même. Car on ne doit pas faire injure à un sacrement plus qu’à un autre. Si l'un des deux se perd avec la sainteté, l'autre doit se perdre aussi ; si l'un subsiste dans les méchants, l’autre doit subsister de même. De même donc que l'on considère comme toujours valide le baptême qu'ont reçu ceux qui se séparent de l'unité, même après cette séparation accomplie, on doit considérer aussi comme valide le baptême que donnent ceux qui se sont séparés de l'unité, et qui, en se séparant, n’ont pas pu perdre le droit de donner le baptême qu'ils avaient avant leur séparation. Et comme on ne rebaptise pas ceux qui rentrent dans l’Eglise, et qui avaient été baptisés avant de faire schisme avec elle, ainsi n'ordonne-t-on pas de nouveau, lorsqu'ils reviennent à l'Eglise, ceux qui étaient ordonnés avant de s'être séparés d’elle, mais, ou on leur rend la fonction qu'ils remplissaient auparavant, si le bien de l'Eglise le demande, ou, si on ne la leur rend pas, on leur laisse toujours faire valoir le sacrement qu'ils ont reçu tellement qu'on ne leur impose pas les mains comme on le fait aux laïques. Félicien (Donatiste qui avait fait schisme d'avec les donatistes mêmes, en prenant le parti de Maximien, principal auteur du schisme qui s'était déclaré parmi eux. On voit que saint Augustin oppose ici à Parménien qu'il combat, un argument ad hominem), par exemple, en se séparant des autres donatistes avec Maximien, avait-il perdu le pouvoir de conférer le baptême plus que le baptême même qu'il avait reçu ? Ceux dont il s'était séparé ne l'ont-ils pas reçu sans difficulté quand il est revenu à eux, et n'ont-ils pas reçu de la même manière ceux qui sont revenus avec lui, et qui n'avaient d'autre baptême que celui qu'il leur avait conféré dans le temps qu'il partageait le schisme de Maximien ? "

4. S. LEON-LE-GRAND, Epist. LXXXI ad Dioscorum Alexandrium

: " Ce que nous savons que nos pères ont observé avec le plus grand soin, nous demandons que vous le pratiquiez vous-mêmes, savoir de ne pas ordonner des prêtres ou des ministres tous les jours indifféremment, mais seulement la veille du jour de la résurrection, et que le jeûne soit alors observé, tant par ceux qui reçoivent l'ordination, que par ceux qui la donnent. On observera le même règlement, si, en gardant toujours p.165 fin p.166 début le jeûne de la veille (C'est-à-dire en s'abstenant de prendre aucune nourriture depuis le milieu de la nuit du vendredi au samedi jusqu'à ce que l'ordination soit terminé, n'importe qu'elle se fasse le samedi ou le dimanche au matin), on ne fait l'ordination que dans la matinée du dimanche même, qui s'identifie pour ainsi dire avec la soirée du jour précédent, comme la nuit qui les joint l'une à l'autre appartient sans contredit au jour de la résurrection, ainsi que l’Eglise a coutume de le proclamer dans les offices de la fête de Pâques. Outre la coutume qui fait autorité en ce point, et que nous savons fondée sur la doctrine des apôtres, nous avons le témoignage de l'écrivain sacré qui nous apprend (Act., XIII) que les apôtres ayant résolus d’après la volonté de l'Esprit-Saint, d'envoyer Saul et Barnabé prêcher l'Evangile aux gentils, jeûnèrent et se mirent en prières pour leur imposer les mains, nous faisant entendre par-là avec quel respect et quelle ferveur ce sacrement, qui renferme tant de grâces, doit être administré aussi bien qu'être reçu. Ce sera donc vous conformer avec un zèle digne de tout éloge aux règlements apostoliques, que de maintenir vous-même cette discipline relative à l'ordination des prêtres dans les églises sur lesquelles le Seigneur vous a donné juridiction, de ne jamais faire ces sortes de consécrations en d'autres temps que le jour de la résurrection de Notre-Seigneur, que l'on doit compter à partir du samedi soir, et qui nous rappelle de si grands mystères afin que tout ce que Notre-Seigneur a institué de plus remarquable, s'observe de préférence dans ce jour privilégié. C’est en ce jour-là même qu'a commencé le monde, comme c'est le même jour que Notre-Seigneur, en ressuscitant, a détruit l a mort et inauguré la vie. C'est en ce même jour que les apôtres ont reçu de leur divin maître la trompette évangélique qu'ils devaient faire entendre à tous les peuples, et la mission de propager le sacrement de baptême dans l'univers entier. C'est en ce jour, comme l'atteste saint Jean l'Evangéliste, que Notre-Seigneur étant entré, quoique portes fermées dans l'appartement où les disciples étaient rassemblés, souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (JEAN, XX, 22-23). Enfin c'est en ce jour qu'est descendu l'Esprit-Saint conséquemment la promesse que Jésus-Christ en avait faite ses apôtres, afin que nous sachions que c'est une règle qui nous a été tracée par le Ciel même, de pratiquer les mystérieuses cérémonies des p.166 fin p.167 début consécrations sacerdotales le jour même où sont descendues sur nous toutes les grâces. "

5. S. GREGOIRE, in caput X libri I Regum : " Samuel conféra à Saül l'onction royale, et Dieu donna en même temps au nouveau roi un cœur nouveau (I Sam., X, 9), pour que nous apprenions de là que, si ceux qui sont préposés au gouvernement des Eglises font la cérémonie extérieure de nous conférer les ordres sacrés, c’est Dieu lui-même qui fait pénétrer en nous par sa puissance la vertu des sacrements. Or, la vertu des sacrements, c'est la grâce septiforme de l'Esprit-Saint. Et ceux qui reçoivent cette grâce sont intérieurement renouvelés comme s'ils recevaient un cœur nouveau : car, quand l'Esprit-Saint fortifie un cœur par l'infusion de sa grâce, il le fait devenir tout autre qu'il n'était auparavant. "

6. Le même, in caput X libri I Regum : "

David reçoit l’onction au milieu de ses frères, ce qui signifie que celui qui est choisi pour enseigner les autres, ne doit point se glorifier de la dignité à laquelle il est élevé, mais garder pour ses frères une charité égale à son élévation même. Et comme c'est par le ministère des hommes que les dons spirituels sont communiqués abondamment à ceux qui sont choisis pour gouverner les autres, l'Ecriture ajoute : Depuis ce temps-là l'Esprit du Seigneur fut toujours en David (I Sam., XVI, 13). L'Esprit du Seigneur en effet entre à la suite de l'onction reçue, parce que c'est une loi que nous recevions les sacrements par une action extérieure pour recevoir intérieurement la grâce du Saint-Esprit. L'homme agit au-dehors ; mais c'est Dieu, et non pas l'homme, qui agit au-dedans. L'homme se remue au-dehors, l'Esprit s'insinue au-dedans ; l'homme communique à l'homme l'ordination sainte, mais en même temps l'Esprit pénètre intimement celui qui la reçoit, et autant ce dernier est élevé aux yeux des hommes par la sublimité de l'Ordre qui lui est conféré, autant aux yeux de Dieu il reçoit de force de l'Esprit-Saint. L'Ordre lui est conféré au-dehors, pour qu'il s'occupe désormais de l'œuvre de Dieu ; la grâce lui est communiquée au-dedans, pour qu'il remplisse avec succès la charge qui lui est confiée. Car autrement, comment une chair si fragile pourrait-elle soutenir un si pesant fardeau ? Puis donc que cette charge, si lourde qu'elle soit, est confiée à la faiblesse même, l'Esprit vient en aide à celle-ci, et lui rend le fardeau non-seulement facile, mais même doux à porter, tant il lui communique de force par sa toute-puissante vertu. "

p.167 fin p.168 début

7. S. GREGOIRE de Nysse, Orat. de sancto baptismo

: " L'ordination épiscopale rend vénérable celui qui la reçoit ; elle le tire du commun des autres fidèles ; de simple particulier qu'il était, il devient tout d'un coup le précepteur, le supérieur, le docteur de la piété et le dispensateur des sacrés mystères : tout cela lui arrive, sans qu'il paraisse en lui aucun changement au-dehors, et son âme est ainsi transformée en mieux par l'action invisible de la grâce (Cf. Bibliothèque portative des Pères de l'Eglise, Paris, 1759, tome II, page 540). "

8. Le concile de Florence, in Doctrinâ de sacramentis

: " Le sixième sacrement est celui de l'Ordre, dont la matière est l'instrument que l'évêque met en main pour indiquer l'Ordre reçu comme le calice avec le vin, et la patène avec le pain, pour la prêtrise ; le livre des Evangiles pour le diaconat ; le calice vide avec la patène vide aussi pour le sous-diaconat : et ainsi des autres Ordres qui se trouvent désignés par les instruments particuliers de leurs fonctions. La forme de l'Ordre de la prêtrise consiste dans ces paroles : " Recevez le pouvoir d'offrir dans l'Eglise le sacrifice pour les vivants et pour les morts, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. " Et ainsi de la forme particulière chacun des autres Ordres. Le ministre ordinaire de ce sacrement, c'est l'évêque. "

9. Le concile de Trente, session XXIII, chapitre 1 : "

Le sacrifice et le sacerdoce sont tellement liés ensemble dans l'ordre des desseins de Dieu, que, sous quelque loi qu'on se considère, l'un n'a jamais existé sans l'autre. Puis donc que dans le Nouveau-Testament, Jésus-Christ a laissé à son Eglise un sacrifice visible qui est celui de la sainte Eucharistie, il faut avouer aussi qu'il doit y avoir dans cette Eglise un nouveau sacerdoce, visible et extérieur comme l'ancien, qu'il est destiné à remplacer. Or, que ce sacerdoce ait été institué par ce même Sauveur, et que Jésus-Christ a donné à ses apôtres et leurs successeurs dans le sacerdoce le pouvoir de consacrer, d'offrir et d'administrer son corps et son sang, aussi bien que celui de remettre ou de retenir les péchés, c'est ce que nous attestent les livres saints, et ce qu'a constamment enseigné la tradition de l'Eglise catholique. "

Ibidem, chapitre 2 : " Mais comme un tel sacerdoce est un ministère vraiment divin, il convenait, pour qu'il pût s'exercer p.168 fin p.169 début avec plus de dignité et de respect, qu'il y eût dans la hiérarchie si sagement ordonnée de l'Eglise catholique plusieurs Ordres de divers degrés, subordonnés au sacerdoce lui-même et tellement distribués entre eux, que la simple tonsure leur servît d’entrée, et qu'ensuite les Ordres mineurs fussent comme autant de degrés pour s'élever successivement aux Ordres majeurs. Les livres saints font en effet une mention expresse non-seulement des prêtres, mais aussi des diacres, et indiquent en termes remarquables ce qu'on doit particulièrement observer dans leur ordination. Nous voyons ensuite que dès le berceau de l'Eglise les noms des Ordres inférieurs étaient en usage, aussi bien que les fonctions propres à chacun d'eux, savoir, les noms et les fonctions de sous-diacres, d'acolytes, d'exorcistes, de lecteurs et de portiers, quoique à degrés inégaux : car les Pères et les conciles, en même temps qu'ils font une mention fréquente des autres Ordres inférieurs, rangent le sous-diaconat parmi les Ordres majeurs. "

Ibidem, chapitre 3 : " Puisqu'il est manifeste, d’après le témoignage de l’Ecriture, la tradition venue des apôtres et le consentement unanime des Pères, que l'ordination confère la grâce, en même temps qu'elle est un rite extérieur, consistant en paroles et en signes visibles, il est indubitable que l'Ordre est véritablement dans la rigueur du terme un des sept sacrements de l'Eglise catholique. Car voici ce que disait l'Apôtre à son disciple Timothée (II Tim., I, 6-7) : Je vous avertis de rallumer ce feu de la grâce de Dieu, que vous avez reçu par l'imposition de mes mains ; car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse. "

Ibidem, chapitre 4 : " Or, comme le sacrement de l'Ordre imprime, aussi bien que le baptême et la confirmation, un caractère que rien ne peut ni effacer ni ôter, le saint concile condamne à bon droit le sentiment de ceux qui disent que les prêtres de la nouvelle loi n'ont qu'une autorité purement temporaire, et que, quoique légitimement ordonnés, ils peuvent repasser à l'état laïque s'ils cessent d'exercer le ministère de la parole de Dieu. Affirmer que tous les chrétiens indifféremment sont prêtres de la loi nouvelle, ou qu'ils jouissent tous les uns comme les autres d'un égal pouvoir dans l'ordre spirituel, ce n'est autre chose que jeter le désordre dans cette hiérarchie ecclésiastique comparable (par l'ordre qui y règne) à une armée rangée en bataille, comme si, contre la doctrine de saint Paul, tous devaient être apôtres, p.169 fin p.170 début tous prophètes, tous évangélistes, tous pasteurs, tous docteurs. Le saint concile déclare en conséquence, qu’indépendamment des autres degrés ecclésiastiques, les évêques, qui ont pris la place des apôtres, appartiennent en première ligne cet ordre hiérarchique, et qu'ils ont été placés par le Saint-Esprit, comme le dit le même Apôtre, pour régir l’Eglise de Dieu ; qu'ils sont supérieur aux prêtres, que c'est à eux à donner le sacrement de confirmation, à ordonner les ministres de l’Eglise, et à remplir plusieurs autres fonctions qui surpassent le pouvoir des autres ministres d'un ordre inférieur. Le saint concile enseigne en outre que le consentement, ou l'autorité, comme on voudra l'appeler, du peuple et de la puissance ou de la magistrature séculière n'est pas tellement nécessaire pour l'ordination des évêques, des prêtres et des autres ministres, que l'ordination devienne nulle si cette condition n'est pas remplie ; il déclare au contraire que ceux qui, sans être appelés et institués par d'autres que par le peuple, par la puissance séculière ou par le magistrat, se portent à exercer ce ministère, ou qui s'y ingèrent d'eux-mêmes par leur propre témérité, ne doivent pas être considérés comme des ministres de l’Eglise, mais comme des voleurs et des larrons, qui ne sont point entrés par la porte du bercail. "

" Voilà ce que le saint concile a jugé à propos de rappeler en général aux chrétiens au sujet du sacrement de l'Ordre ; et il a pris le parti de condamner par les canons ci-dessous les erreurs contraires, afin que tous s'attachent, avec l'aide de Jésus-Christ, à suivre la règle de foi, et puissent avec moins de peine reconnaître et embrasser la vérité catholique au milieu des ténèbres que répandent tant d'erreurs. "

Ibidem, canon 1 : " Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas sous la loi nouvelle un sacerdoce visible et extérieur, et qu'il n'existe pas de pouvoir particulier de consacrer et d’offrir le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, et de remettre ou de retenir les péchés ; mais que tout se réduit à la commission et au simple ministère de prêcher l’Evangile, et que ceux qui ne prêchent pas cessent dès-lors d'être prêtres, qu'il soit anathème. "

Ibidem, canon 2 : " Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas dans l'Eglise catholique, outre le sacerdoce, d'autres Ordres, soit majeurs, soit mineurs, par lesquels on puisse s'élever au sacerdoce comme par autant de degrés, qu'il soit anathème. "

Canon 3 : " Si quelqu'un dit que l'Ordre ou l'ordination n'est pas un sacrement véritable et proprement dit, institué par Notre- p.170 fin p.171 début Seigneur Jésus-Christ ; mais que c'est une pure invention humaine, imaginée par des hommes étrangers aux questions ecclésiastiques, ou bien une simple forme établie pour élire les ministres de la parole de Dieu et des sacrements, qu'il soit anathème. "

Canon 4 : " Si quelqu'un dit que le Saint-Esprit n'est pas donné par l'ordination sacrée, et qu'ainsi c'est en vain que les évêques disent alors, Recevez le Saint-Esprit ; ou que l'ordination n'imprime pas le caractère ou que celui qui a été une fois ordonné prêtre peut redevenir laïque, qu'il soit anathème. "

Canon 5 : " Si quelqu'un dit que l'onction sacrée qu'emploie l'Eglise dans la sainte ordination, non-seulement n'est pas nécessaire, mais doit être méprisée et rejetée comme pernicieuse, aussi bien que les autres cérémonies du sacrement de l'Ordre, qu'il soit anathème. "

Canon 6 : " Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas dans l'Eglise catholique une hiérarchie établie par l'ordre de Dieu, et composée d’évêques, de prêtres et de ministres, qu'il soit anathème. "

Canon 7 : " Si quelqu'un dit que les évêques ne sont pas supérieurs aux prêtres ou qu'ils n'ont pas le pouvoir de confirmer et d'ordonner ; ou que ce pouvoir qu'ils ont, les prêtres le partagent avec eux ; ou que les Ordres qu'ils confèrent sans le consentement ou l'intervention du peuple ou de la puissance séculière sont nuls ; ou que ceux qui n'ont été ni ordonnés ni envoyés selon les règles par la puissance ecclésiastique et légitime, mais qui viennent d'ailleurs, sont de légitimes ministres de la parole et des sacrements, qu'il soit anathème. " Canon 8 : " Si quelqu'un dit que les évêques promus par l’autorité du souverain pontife ne sont pas de vrais et légitimes évêques, mais une institution purement humaine, qu'il soit anathème. "

10. S. AMBROISE, in caput XII prioris ad Corinthios, sur ces paroles, Il y a différentes sortes de grâces : " Celui qui est chargé d'un ministère ecclésiastique reçoit par une opération de l'Esprit-Saint, une grâce, quelle qu'elle soit d'ailleurs, qui ne lui est pas personnelle, mais qui se rapporte à l'Ordre qu'il est chargé d'exercer. "

11. THEOPHYLACTE, in caput XIX Lucæ : " Le maître donna dix dragmes à ses serviteurs. Ces serviteurs, ce sont ceux à qui est confié un ministère dans l'Eglise, et qu'on appelle doyens (decemviri, du nombre dix) à cause de la perfection de la présidence ecclésiastique. Car rien de plus parfait que cette hiérarchie p.171 fin p.172 début formée de degrés différents dans le nombre justement requis pour sa perfection, tellement qu'un moindre nombre de ces degrés serait un défaut, et un plus grand, un excès. Trois états de vie apparaissent dans l’Eglise, la vie purgative, l'illuminative et la vie parfaite. Or, chacun des Ordres établis dans la hiérarchie répond à chacun de ces trois états. Les diacres purifient les âmes par l'instruction et la doctrine. Les prêtres introduisent la vie illuminative par le baptême. Les évêques constituent la perfection de l'ordre sacerdotal, par le pouvoir qu'ils ont d'ordonner. Voilà trois ordres dans l'Eglise avec les opérations propres à chacun, et il n'y a ni plus ni moins d'ordres de ministres chargés de gouverner les fidèles que ces trois. Le maître donc a distribué à ces serviteurs dix mines, c'est-à-dire dix dons différents, donnés à chacun à faire valoir. Car tous ceux qui sont revêtus de quelque pouvoir dans l’Eglise ont reçu certains dons, quelque indignes qu'ils puissent en être, en vertu de leur onction (ou consécration) même : preuve éclatante, de la miséricorde divine à notre égard (Voyez aussi sur ce sujet l'ouvrage de saint Denis l’Aréopagite sur la hiérarchie ecclésiastique, chap. 5 et 6) ! "

12. PIERRE le Vénérable, abbé de

Cluny, lib. VI, Epist. I ad Theobaldum abbatem : " Pourquoi l'onction que reçoivent les mains des prêtres pour offrir et administrer le saint sacrifice n'est-elle jamais réitérée ; et pourquoi en est-il de même de cette autre plus abondante qui est faite sur la tête d'un évêque ? C'est qu'il n'y a aucune raison de le faire de nouveau, de consacrer par une nouvelle onction les mains d'un prêtre ou la tête d'un pontife. Car le sacrement qu'ils ont une fois reçu de l'Esprit-Saint ne peut être effacé ou détruit en eux par aucun moyen, pas même par la suspense ou la déposition qu'ils auraient justement encourue. C'est ce que démontre l’usage général et public de l’Eglise, qui ne réitère jamais la cérémonie de la consécration à un prêtre qu'elle réintègre, quelque long que soit le temps qu'il ait été dégradé, pas plus qu'elle ne fait une nouvelle ordination pour les évêques qui sont transférés d’un siège à un autre. "

3 : " Comme quelques-uns, prenant le masque de la piété sans en avoir l'esprit, comme le dit l’Apôtre (II Tim., III, 5), s'at- p.172 fin p.173 début tribuent d'eux-mêmes le droit d'annoncer la parole de Dieu, tandis que le même apôtre dit en termes formels : Comment prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés ? Nous ordonnons que tous ceux qui, malgré la défense qui leur en aurait été faite, ou sans être envoyés par le Saint-Siège ou par l'évêque particulier du lieu, ont la témérité d'usurper l'office de la prédication, soit en particulier, soit en public, soient frappés d’excommunication, et que s'ils ne se corrigent pas au plus tôt, ils encourent les autres peines qu'on jugera à propos de leur infliger. "

16. Le pape INNOCENT III, Epist. I ad universos fideles, tam in urbe Metensi quàm in ejus diœcesi constitutos, tit. de hæreticis, c. Cùm ex injuncto : " Comme, en vertu de la charge apostolique qui nous est confiée, nous sommes, pour nous servir du langage de l'Apôtre, débiteur envers les savants comme envers les ignorants (Rom., I, 14), nous devons procurer selon notre pouvoir le salut de tous, en retirant les méchants de leurs vicieuses habitudes, et en soutenant les bons dans la pratique de la vertu. Nous avons besoin pour cet effet d'un discernement tout spécial lorsque les vices se déguisent sous les apparences de la vertu, et que l’ange de Satan se transforme en ange de lumière (II Cor., XI, 1 4). Notre vénérable frère l’évêque de Metz nous a fait savoir par une lettre qu'il nous a adressée, qu'un nombre considérable de laïques et de femmes, tant de la ville de Metz que du reste du diocèse, se prenant en quelque sorte du désir de connaître les Ecritures, se sont fait traduire en français les évangiles, les épîtres de saint Paul, le psautier, les morales de Job, et plusieurs autres livres encore ; qu'ils s'adonnent à cette étude avec une telle ardeur, et plût à Dieu que nous pussions dire avec une telle prudence, qu'ils osent se réunir pour cet objet, hommes et femmes, en assemblées secrètes, où ils font eux-mêmes, les uns à l’égard des autres, l'office de prédicateurs en même temps qu'ils témoignent du mépris pour ceux qui ne veulent pas se joindre à eux, et qu'ils traitent comme étranger ceux qui refusent de prêter l'oreille à leurs discours ou d'applaudir à leur conduite. Quelques curés ayant voulu les en reprendre, ils leur ont résisté en face, et ils ont cherché dans les Ecritures des raisons pour prouver qu'ils n'avaient pas à leur obéir. Quelques-uns même d'entre eux se font un jeu de la simplicité de leurs prêtres ; et lorsque ceux-ci leur proposent la parole de vie, ils murmurent sourdement qu'ils trouvent cela mieux expliqué dans leurs livres, et qu'ils pourraient eux-mêmes p.173 fin p.174 début le dire plus habilement. Or, quoique le désir de comprendre les divines Ecritures, et l'attention règle sur elles ses discours, ne soient pas blâmable, mais plutôt dignes de louanges, plusieurs de ces laïques méritent de justes reproches, de ce qu'ils s'assemblent en sociétés secrètes, de ce qu'ils usurpent l'office de la prédication, de ce qu'ils se jouent de la simplicité des prêtres, et se séparent de leur communion. Car Dieu, cette vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde, déteste à un tel point les œuvres de ténèbres, qu'avant d'envoyer ses apôtres dans le monde entier prêcher l’Evangile à toute créature, il leur donna cet ordre en termes formels : Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le à la lumière du jour ; et ce que vous m'entendez vous dire a l’oreille, prêchez-le sur les toits (MATTH., X, 27) ; faisant clairement entendre par ces paroles, que la prédication évangélique ne doit pas se faire en secret dans des conventicules, mais en public dans les Eglises, comme cela se pratique dans tout le monde catholique. Car, suivant le témoignage de la vérité même, celui qui fait le mal déteste la lumière et la fuit, de peur que ses œuvres ne soient blâmées ; celui au contraire qui se conduit selon la vérité aime la lumière et ne craint pas que ses œuvres paraissent, parce qu'elles ont pour principe l'esprit de Dieu (JEAN, III, 20-21). Aussi lisons-nous que le grand-prêtre des Juifs ayant interrogé Jésus au sujet de ses disciples et de sa doctrine, il leur répondit : J’ai parlé publiquement à tout le monde, j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret (JEAN, XVIII, 20). Que si l’on objecte que Notre-Seigneur a défendu d'un autre côté de donner les choses saintes aux chiens, et de jeter des perles devant des pourceaux (MATTH., VII, 6), et que lui-même a dit, non à tout le monde, mais à ses seuls apôtres : Il vous a été donné, à vous, de connaître les mystères du royaume des cieux, mais pour les autres, ils ne leur sont proposés qu'en paraboles (LUC, VIII, 10) ; qu'on sache que les chiens et les pourceaux ne sont pas ceux qui reçoivent les choses saintes avec action de grâces, ou qui recueillent les perles avec amour, mais ceux qui dilacèrent les choses saintes et qui font des perles l'objet de leurs dédains ; tels que ceux, par exemple, qui, bien loin de vénérer comme le font les catholiques, les paroles de l’Evangile et les sacrements de l’Eglise, les ont plutôt en abomination : comme ces hérétiques qui ne savent qu'aboyer et blasphémer, et dont l'apôtre saint Paul nous avertit de fuir la société, après p.174 fin p.175 début qu'ils auront refusé de se rendre à nos avertissements réitérés (Tit., III, 10). Si les mystères de la foi ne doivent pas être exposés indifféremment à tout le monde, c'est que tout le monde n'est pas également capable de les comprendre. Voilà pourquoi on doit le faire seulement à ceux qui peuvent en avoir l'intelligence. C'est pour cela aussi que l'Apôtre disait à certains fidèles : Je ne vous ai nourris que de lait comme des enfants, et non pas de viandes solides (I Cor., III, 1-2) ; car c'est aux forts que conviennent les viandes solides (Hébr., V, 14) ;

et qu'il disait à d'autres : Nous prêchons la sagesse aux parfaits, au lieu que je n'ai point fait profession parmi vous de savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (I Cor., II, 2, 6). Telle est en effet la profondeur des saintes Ecritures, que non-seulement les gens simples et sans lettres, mais même les savants et les sages ne sauraient parvenir à en avoir une parfaite intelligence. C'est ce qui a fait dire à l'écrivain sacré : Ils se sont épuisés inutilement dans leurs recherches (Ps. LXIII, 7). De là cette ancienne prescription de la loi divine : Tout être vivant qui touchera à la montagne sera lapidé (Exod., XIX, 12) ; et dont le sens est, que les simples et les ignorants ne doivent pas prétendre à atteindre jusqu'aux hauteurs de la céleste doctrine. Car il est écrit : Ne recherchez point ce qui est au-dessus de vous (Ecclé., III, 22). C'est pourquoi l'Apôtre nous donne cet avis, de ne point nous élever au-delà de ce que nous devons dans les sentiments que nous avons de nous-mêmes (Rom., XII, 3).

Car, comme un corps est composé de plusieurs membres, et que tous ces membres n'ont pas la même fonction (ibid., 4), ainsi, y a-t-il divers ordres dans l'Eglise, dont chacun a son emploi particulier ; car, dit encore le même Apôtre Jésus-Christ a donné à son Eglise quelques-uns pour être apôtres, quelques autres pour être prophètes, d’autres pour être docteurs (Eph., IV, 11). Puis donc que l'ordre des docteurs est des plus distingué dans l'Eglise, tout le monde indifféremment ne doit pas usurper l'office de la prédication. Car, comme dit l'Apôtre, comment prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés (Rom., X, 48) ? Et la Vérité elle-même recommande à ses disciples, de prier le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour la faire (MATTH., IX, 38). Si quelqu'un allègue que c'est Dieu qui envoie invisiblement les hommes dont il s'agit, bien qu'ils ne soient pas envoyés par les hommes, la mission invisible étant d’un bien plus grand prix que la mission visible, et la mission qui vient de Dieu ayant une tout autre dignité que celle qui vient des hommes, nous p.175 fin p.176 début serons en droit de répondre que, comme cette mission invisible est cachée, il ne suffit pas d'affirmer simplement qu'on est envoyé de Dieu, puisque tout hérétique pourrait également le faire, mais qu'il faut de plus justifier sa mission par la puissance des miracles ou par quelque témoignages de l’Ecriture. Aussi le Seigneur, voulant envoyer Moïse en Egypte vers les enfants d'Israël, pour que celui-ci pût justifier sa mission à leurs yeux, lui donna en signe de cette mission le pouvoir de changer sa baguette en serpent, et ensuite ce serpent en sa baguette. Jean-Baptiste, à son tour, prouva sa mission par ce témoignage de l'Ecriture : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, comme dit le prophète Isaïe (JEAN, I, 23). Nous ne devons donc point en croire celui qui se dit envoyé de Dieu sans avoir reçu de mission des hommes, s'il ne produit en sa faveur quelque témoignage de l'Ecriture, ou s'il n'opère quelque miracle. Car l’Evangéliste témoigne de ceux que nous savons avoir été envoyés de Dieu, qu'étant partis, ils se mirent à prêcher en tous lieux, le Seigneur agissant avec eux et appuyant leur prédication par des miracles (MARC, XVI, v. ult.). Et quoique la science soit absolument nécessaire aux prêtres pour l'enseignement dont ils sont chargés, puisque, comme le dit le Prophète, les lèvres du prêtre sont dépositaires de la science, et que c'est de sa bouche qu'on recueille la connaissance de la loi (MALACH., II, 7), on ne doit pas pour cela médire des prêtres peu instruits ou même qui ne sont qu'étudiants, puisqu'on doit toujours honorer en eux le caractère sacerdotal : ce qui fait que le Seigneur a dit dans sa loi : Vous ne parlerez point mal des dieux (Exod., XXII, 28), entendant par-là les prêtres, qui sont appelés dieux à cause de l'excellence de leur ordre et de la dignité de leur emploi. C'est dans le même sens qu'il est dit de l'esclave qui aurait demandé rester chez son maître, qu’il fallait que son maître le présentât devant les dieux (Exod., XXI, 28). Car, comme, selon la parole de l’Apôtre, soit que l'esclave tombe, soit qu'il demeure ferme, cela regarde son maître (Rom., XIV, 4) ; un prêtre n'a de correction à recevoir que de l'évêque auquel il est subordonné et qui la lui administrera dans un esprit de douceur, plutôt que de la recevoir du peuple qu'il est chargé de corriger lui-même, et qui ne pourrait l'exercer par conséquent que dans un esprit d'orgueil ; et si, comme il est écrit, on ne doit pas maudire son père ou sa mère, mais plutôt les honorer, cela doit s'entendre encore beaucoup mieux du père spirituel, que du p.176 fin p.177 début père selon la chair. Et que personne ne prétende justifier sa présomption par ce que nous lisons d'un prophète qui fut repris par son ânesse (Nom., XXII), ou par ce défi porté aux juifs par Notre-Seigneur : Qui de vous me convaincra de péché (JEAN, VIII, 46) ? Car autre chose est de reprendre en secret son frère quand on a à se plaindre de lui (ce qui est un devoir pour chacun d’après l'Evangile, et c'est de cette manière que Balaam fut repris par son ânesse), autre chose est de reprendre en public son frère qu'on croit en faute, ce qui n'est permis à personne selon la vérité de l'Evangile. Au contraire, celui qui dit à son frère vous êtes un fou, mérite le feu de l'enfer (MATTH., V, 22).

Autre chose est encore, qu'un supérieur assuré de son innocence consente de lui-même à s'entendre accuser par ses inférieurs (et c'est en ce sens que nous devons entendre la parole de Jésus-Christ qu'on nous objecte) ; autre chose est de voir un inférieur s’élever témérairement contre son supérieur dans l'intention de le décréditer plutôt que de le corriger charitablement, tandis que son devoir se borne à lui être soumis. Que s'il devenait nécessaire qu'un prêtre fût écarter de son troupeau comme indigne ou incapable, l'ordre veut en ce cas qu'on porte l'affaire au tribunal de l’évêque à qui il appartient, comme on sait, de destituer les prêtres comme c'est à lui de les instituer. "

Question II

Tous les chrétiens ne sont-ils pas également prêtres ?

Tous les chrétiens peuvent être appelés prêtres en ce sens, que de même que les prêtres ont coutume d'exercer certains ministères sacrés et d'offrir des sacrifices visibles, ainsi tous ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ peuvent et doivent tous les jours offrir des sacrifices spirituels, tels que des prières des actes de louanges, des actions de grâces, des pratiques de mortification et d'autres actes de ce genre par lesquels ils rendent à Dieu un continuel hommage ; et c'est pour cela qu'ils sont appelés prêtres dans l’Ecriture, et qu'ils sont dits offrir à Dieu des victimes spirituelles, ou exercer devant lui un sacerdoce spirituel.

Mais si nous prenons ce mot de sacerdoce dans son sens propre, il est faux que tous les chrétiens indifféremment soient prêtres ; car, à vrai dire, il n'y a de prêtres que ceux que l'Eglise a chargés d'être les ministres proprement dits des sacrements, et à qui elle a conféré le droit de consacrer, d'offrir, de distribuer la sainte Eucharistie, et de remettre ou de retenir aux fidèles leurs péchés.

p.177 fin p.178 début C'est des prêtres de la loi nouvelle, dans le sens que nous venons d’expliquer, que saint Paul a dit ces paroles : Que les prêtres qui gouvernent bien soient doublement honorés, principalement ceux qui travaillent à la prédication de la parole de Dieu, et à l'instruction des peuples. Chose qui assurément ne saurait convenir aux femmes, à qui le même apôtre défend d'enseigner dans l’Eglise, et ordonne au contraire de se taire ; ni en général à ceux qui composent le peuple chrétien proprement dit, et dont le devoir est de suivre le pasteur comme de dociles agneaux, et non de conduire eux-mêmes le troupeau, et qui ne doivent pas se préférer aux pasteurs, mais qui doivent se soumettre à eux, et écouter, observer, mettre en pratique, selon le précepte de l’Evangile, tout ce que leur disent ceux-ci du haut de la chaire de vérité, soit que ces derniers le pratiquent eux-mêmes, soit qu'ils ne le pratiquent pas. De même donc que dans l’Eglise triomphante les anges ne sont pas tous du même ordre, n'ont pas tous le même pouvoir, mais se tiennent chacun à la place qui lui est assignée pour observer et exécuter fidèlement les choses qui leur sont prescrites ; ainsi l’Eglise militante, qui est la maison de Dieu et comme une armée rangée en bataille, a de même ses ministres particuliers, qu'elle sépare du reste des chrétiens et qu'elle range dans un ordre admirable pour remplir ici-bas les fonctions publiques de son ministère, et pour procurer le commun avantage du peuple chrétien en s'adonnant d'une manière toute spéciale et selon la place qu'ils occupent, à ce qui regarde le service de Dieu et le salut des âmes.

p.178 fin p.179 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Apocalypse, I, 5-6 : " Il nous a lavés de nos péchés dans son sang, - et nous a faits rois et prêtre de Dieu son Père. "

3. I PIERRE, II, 9, 5 : " Quant à vous, vous êtes la race choisie, l'ordre des prêtres-rois, la nation sainte, le peuple conquis. - Entrez vous-même aussi dans la structure de cet édifice comme des pierres vivantes, pour former un édifice spirituel et un sacerdoce saint, afin d'offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui soient agréables par Jésus-Christ. "

4. Romains, XII, 1 : " Je vous conjure donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, de lui offrir vos corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à ses yeux, en sorte que le culte que vous lui rendez soit un culte raisonnable. "

6. Ps. L, 19 : " Le sacrifice qui plaît à

Dieu, c'est un cœur touché de repentir : vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu ! un cœur contrit et humilié. "

7. Philippiens, IV, 18 : " Maintenant j'ai tout, et en abondance ; je suis comblé de biens depuis que j'ai reçu d’Epaphrodite ce que vous m’avez envoyé comme une oblation d'excellente odeur, comme une hostie que Dieu accepte volontiers, et qui lui est agréable. "

8. Hébreux, XIII, 15-16 : " Offrons donc sans cesse à Dieu par Jésus-Christ un sacrifice de louanges, c'est-à-dire le fruit des lèvres qui rendent gloire a son nom. - Souvenez-vous d'exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres, car c'est par de semblables hosties qu'on se rend Dieu favorable. "

9. I Timothée, V, 17 : " Que les prêtres qui gouvernent bien, etc. (comme dans le corps de la réponse). p.179 fin p.180 début

10. Ibidem, II, 11-12 : " Que les femmes se tiennent en silence, et dans une entière soumission lorsqu'on les instruit : - car je ne permets point aux femmes d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur leurs maris ; mais qu'elles demeurent dans le silence. "

11. I Corinthiens, XIV, 34-36 : " Que les femmes se taisent dans l’Eglise, car il ne leur est pas permis d'y parler ; mais elles doivent être soumises, selon que la loi l'ordonne. - Si elles veulent s'instruire de quelque chose, qu'elles le demandent à leurs maris, lorsqu'elles seront dans leurs maisons ; car il est honteux à une femme de parler dans l'Eglise. - Est-ce de vous que la parole de Dieu est sortie, ou êtes-vous les seuls à qui elle soit venue ? "

12. JEAN, X, 11, 16 : " Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. - J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, il me faut aussi les amener, et elles entendront ma voix, et il n'y aura plus qu'un même troupeau et un même pasteur. "

14. I PIERRE, V, 2, 4 : " Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, etc. Et lorsque le prince des pasteurs paraîtra, vous remporterez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais. "

15. Idem, II, 13-14, 17-18, 25 : " Soyez donc soumis pour l'amour de Dieu a toute sorte de personnes : soit au roi, comme au souverain ; - soit aux gouverneurs, comme à ceux qui sont envoyés de sa part, etc. - Rendez à tous l'honneur, aimez vos frères, etc. - Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect ; non-seulement ceux qui sont bons et doux, mais a ceux aussi qui sont rudes et fâcheux. - Car vous étiez comme des brebis égarées ; mais maintenant vous êtes retournés à celui qui est le pasteur et l'évêque de vos âmes. "

16. Hébreux, XIII, 17 : " Obéissez à vos conducteurs, demeurez soumis a leurs ordres ; afin qu'ainsi qu'ils veillent pour vos âmes, comme devant en rendre compte, ils s'acquittent de ce devoir avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait pas avantageux. "

17. Romains, XIII, 1-2, 5 : " Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures ; car il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont p.180 fin p.181 début sur la terre. - Celui donc qui résiste aux puissances, résiste à l'ordre de Dieu ; et ceux qui y résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes. - Il est donc nécessaire de vous soumettre à elles non-seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par un devoir de conscience. "

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