Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 94)
39. Ibidem, c. 8 : " L'ordre des diacres a commencé à la tribu de Lévi. En effet, le Seigneur prescrivit à Moïse, après que celui-ci eut consacrés prêtre Aaron et ses fils, de consacrer semblablement la tribu de Lévi à la place des premiers-nés de tout le peuple pour le service du culte divin, pour la garde du temple, pour le soin de transporter l'arche et le tabernacle, ainsi que tous les divers ustensiles du ministère sacré, de faire les démarcations du camp, de déposer le tabernacle et de le lever de nouveau. Les hommes de cette tribu, du moment où ils avaient atteint leur vingt-cinquième année, étaient tenus à ce service ; et c'est aussi la règle qu'ont établie les saints Pères dans le Nouveau-Testament.
Sous la loi de l’Evangile, nous voyons les premiers commencements de cet autre ordre dans ce passage des Actes des apôtres : Les apôtres ayant convoqué la multitude des disciples, leur dirent : Il n'est pas à propos que nous abandonnions le soin d'annoncer la parole de Dieu pour le ministère des tables, etc. (Act., VI, 2). En conséquence de quoi les apôtres ou leurs successeurs ont établi que dans toutes les Eglises il y aurait sept diacres, qui seraient élevés au-dessus des autres fidèles, et qui se tiendraient comme des colonnes autour de l'autel de Jésus-Christ. Ce nombre sept n'est pas sans mystère : les diacres sont ces sept anges sonnant de la trompette, ces sept chandeliers d'or, ces sept voix de tonnerre dont il est parlé dans l’Apocalypse (I et II). Ils doivent, en effet, faire l'office de héraut en avertissant à haute voix le peuple, tantôt de prier, tantôt de fléchir les genoux, de chanter ou d'écouter les leçons qui se lisent dans l'église : ce sont eux qui nous crient de prêter l'oreille aux paroles du Seigneur ; enfin, qui nous annoncent l’Evangile : le prêtre, s'il n'est aidé de leur ministère, conserve bien son nom, mais sans pouvoir exercer son office. Car si c'est au prêtre qu'il appartient de consacrer, c'est au ministre qu'il appartient de distribuer le sacrement aux fidèles : le premier a pour fonction de prier, et le second a pour la sienne de chanter ; celui-là con- p.209 fin p.210 début sacre les choses offertes, celui-ci les distribue une fois consacrées. Il n'est pas permis aux prêtres eux-mêmes qui pourraient être tentés de sentiments d'enflure, d'enlever le calice de dessus la table du Seigneur, s'il ne leur est mis en main par le diacre. C'est aux lévites à apporter les oblations sur l'autel, aux lévites à tenir propre la table du Seigneur, aux lévites à couvrir de ses rideaux l'arche du testament.
Car il n'est pas permis à tout le monde de pénétrer dans la profondeur des mystères que les lévites en conséquence doivent couvrir d'un voile, pour qu'ils ne soient pas exposés à des regards pour lesquels ils doivent rester inaccessibles, ou touchés par des mains qui ne peuvent tenir un tel dépôt. C'est pour cela que les lévites assistent à l'autel en habits blancs, à cause de la vie céleste qu'ils doivent mener, et de la pureté intérieure en même temps qu'extérieure avec laquelle ils doivent approcher du sacrifice. Car il convient que le Seigneur ait pour ministres des hommes qui ne soient point atteints de la contagion du vice, mais qui plutôt aient une chasteté éminente. L'apôtre saint Paul explique avec détail à son disciple Timothée quelles doivent être les qualités des diacres.
Après avoir marqué celles qui conviennent à ceux qu'on choisit pour le sacerdoce, il ajoute immédiatement au sujet des diacres : Qu'on prenne pour diacres des hommes qui soient irréprochables, comme les évêques ; qui soient honnêtes et bien réglés, c’est-à-dire continents ; qui ne soient point doubles dans leurs paroles, pour ne pas porter le trouble parmi les amis de la paix ; qui ne soient point sujets à boire beaucoup de vin, puisque là ou est l'ivresse, là règnent la passion et la fureur ; qui ne cherchent point de gain sordide (I Tim., III, 8), de peur qu'ils ne se fassent d'un ministère céleste un moyen de thésauriser pour la terre. C'est encore chercher un gain sordide, que de penser aux choses présentes plutôt qu'aux biens éternels. L'Apôtre continue ainsi (Ibid., v. 10) : Ils doivent aussi être éprouvés auparavant, puis admis au saint ministère, s'ils ne se trouvent coupables d'aucun crime. Ils doivent donc être éprouvés comme les évêques avant leur ordination, et n'y être admis qu'autant qu'ils en sont trouvés dignes.
"
40. Ibidem, c. 10 : " Les sous-diacres, appelés
??????????? chez les Grecs, se trouvent mentionné dans Esdras (ESDR., VIII, 8) sous le nom de nathinéens, qui signifie servant Dieu dans l’humilité (Le sens de ce mot semble plutôt devoir être ceux qui sont donnés ou consacrés à Dieu). A leur ordre appartenait ce Nathanaël dont parle p.210 fin p.211 début l’Evangile de saint Jean (I, 45), et qui, averti par une révélation divine, eut le bonheur de confesser la divinité du Sauveur, et, par sa promptitude à répondre à la voix céleste, mérita que Notre-Seigneur dit de lui : C'est ici un vrai Israélite, en qui il n'y a pas d'artifice (JEAN, I, 47). Ils sont occupés dans le temple de Dieu à recueillir les offrandes des fidèles et à servir les lévites en présentant aux diacres auprès de l'autel les vases destinés à contenir le corps et le sang de Notre-Seigneur. Les saints Pères ont établi à leur sujet que, comme ils touchent de leurs mains les saints mystères, ils doivent être chastes, s'abstenir du commerce de leurs femmes, et être exempts de toute impureté charnelle, conformément à ce que dit le Prophète : Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur. A leur ordination, ils ne reçoivent pas l'imposition des mains comme les prêtres et les lévites, mais seulement le calice et la patène des mains de l'évêque et de celles de l'archidiacre la burette avec l'eau et le manuterge. "
6 : " L'ordre des prêtres a commencé aux enfants d'Aaron, etc. " C'est une copie de ce qu'avait écrit avant lui saint Isidore, et que nous venons de rapporter, témoignage 38, page 207.
42. Ibidem, c. 7 : " Les lévites ont emprunté leur nom de leur auteur, c'est-à-dire de Lévi, dont la tribu était occupée au service du temple. En effet, le Seigneur prescrivit à Moïse etc., " comme plus haut, témoignage 39, page 209.
43. Ibidem, c. 8 : " Les sous-diacres sont appelés de ce nom, qui est d'origine grecque, parce qu'ils servent les lévites dans leur ministère ; ils reçoivent dans le temple de Dieu les oblations des mains des fidèles et les présentent aux lévites à l'autel. Chez les Hébreux, ils sont appelés nathinéens, comme l'attestent le livre des Chroniques et celui d'Esdras, et ce mot signifie, qui servent Dieu dans l'humilité, etc. " Le reste comme dans le passage cité plus haut de saint Isidore, témoignage 40, page 210.
44. Le concile d'Aix-la-Chapelle, c. 6 : " Les sous-diacres, etc. " C'est le passage répété de saint Isidore. Ibidem, c. 7 : " L'ordre des diacres, etc. " Ce sont encore les paroles de saint Isidore. Ibidem, c. 8 : " L'ordre des prêtres, etc. " C'est toujours saint Isidore.
45. ARATOR, in Acta apostolorum, c. 13 : " Ils partagèrent le ministère des autels entre sept hommes choisis dans l'assemblée, p.211 fin p.212 début et qui pourraient être appelés lévites. Qu'elle est glorieuse cette Eglise, qui porte en ses mains le calice de vie, où est contenu le sang de l'agneau ! Ce nombre de sept renferme bien des mystères, sur lesquels les bornes que je me suis imposées ne me permettent pas de m'étendre, de crainte qu'en ayant trop de choses d dire, je n'en dise pas assez sur chacune. Que les ministres aient soin de bien se pénétrer de leurs devoirs ; qu'ils considèrent combien doivent être éclatantes les vertus de ceux dont le nombre seul est quelque chose de mystique et de sacré, qui a son modèle dans les cieux (passage en latin dans la version imprimée). "
46. S. DAMASE pape, Epist. IV de chorepiscopis
(Cette prétendue lettre de saint Damase, au jugement des critiques modernes, est une pièce supposée. V. NAT. ALEX., Hist. eccl. IV sæc, c. II, édit. de Venise. On va voir tout-à-l'heure qu'en particulier les paroles citées ici appartiennent au pape saint Léon-le-Grand), après avoir dit que les chorévèques tenaient la place des soixante-douze disciples, continue ainsi : " Qu'il ne leur soit pas permis de consacrer des prêtres, des diacres, des sous-diacres ou des vierges, ni d'ériger des autels, ni de les consacrer, ni de dédier des églises, ni de consacrer le chrême, ni d'en oindre les enfants au front, ni de réconcilier publiquement les pénitents, ni d'envoyer des lettres formées (Consulter au sujet de ces lettres formées le savant ouvrage du R. P. Perrone, intitulé : le Protestantisme et la règle de foi, tome II, pages 116, 578 et suiv., dans notre traduction), ni de bénir le peuple, ni d'entrer avant l'évêque dans le baptistère ou dans le sanctuaire, ni de baptiser ou de confirmer un enfant en présence de l'évêque, ni de réconcilier un pénitent sans son autorisation, ni de consacrer en sa présence le corps et le sang de Jésus-Christ, à moins qu'il ne le lui ordonne lui-même ni d'enseigner, ou de saluer, ou d'exhorter le peuple en sa présence ; mais que toutes ces fonctions appar- p.212 fin p.213 début tiennent aux seuls pontifes, c'est ce que vous ont appris les statuts des Pères et les saints canons. "
47. S. ISIDORE, Lib. II de Officiis ecclesiasticis, c. 7 : " C'est aux prêtres, aussi bien qu'aux évêques, qu'est confiée la dispensation des mystères de Dieu, etc. " comme plus haut, témoignage 59, page 209.
48. S. JEROME, Dial. adv. Luciferianos, passage rapporté plus haut, art. de la Confirmation, question II, témoignage 5, page 240, tome II.
49. S. LEON-LE-GRAND, Epist. 88 ad episcopos
Germaniæ et Galliæ, dit les mêmes choses que ce que nous avons rapporté comme de saint Damase (témoignage 46), et entre autres les paroles suivantes : " Quoique le ministère des chorévèques et des prêtres soit en beaucoup de choses le même que celui des évêques, ils doivent savoir cependant que certaines choses leur sont défendues, partie en conséquence d'anciennes prescriptions, partie en vertu des règles ecclésiastiques d'une date plus récente, comme de consacrer les prêtres, les diacres, ou les vierges, d'ériger des autels, etc. "
50. Le deuxième concile de Séville, canon
7, répète en parlant des chorévèques et des prêtres les paroles tout-à-l'heure citées de saint Léon.
51. S. EPIPHANE, adversùs Aerium, hær.
75, dit en exposant l'hérésie d’Aërius : " A l'entendre parler, on eût dit une furie plutôt qu'un homme, et il vociférait des paroles telles que celles-ci : Quelle différence y a-t-il entre un évêque et un prêtre ? Ils ne diffèrent en rien l'un de l'autre : c'est, d'une part comme de l'autre, le même ordre, le même honneur, la même dignité. L'évêque impose les mains ; le prêtre les impose aussi : l'évêque baptise ; le prêtre baptise de même : l'évêque règle le culte divin ; le prêtre le règle également.
" Puis entreprenant la réfutation de cette hérésie, saint Epiphane s'exprime ainsi : " Comment admettre que les prêtres soient égaux aux évêques ? L'ordre des évêques donne à l'Eglise les pères dont tous les fidèles sont les enfants ; c'est cet ordre qui engendre les uns et les autres ; l'ordre des prêtres au contraire ne peut pas engendrer des pères ou des docteurs à l’Eglise, mais seulement des enfants au moyen du, baptême. Eh ! comment le prêtre aurait-il le pouvoir d'en créer lui-même, lui qui n'a aucun droit d'imposer les mains cet effet ? Quelle raison y aurait-il donc de dire le prêtre égal à l'évêque ? N'est-il pas évident qu’Aërius s'est laissé aveugler par la jalousie ou par l'envie de disputer ? " p.213 fin p.214 début " Aërius nous objecte, à l'appui de son erreur, que l’Apôtre adresse une de ses lettres aux prêtres et aux diacres, sans parler d'évêques, et qu'ailleurs il écrit à un évêque même : Ne négligez pas la grâce qui est en vous, et qui vous a été donnée par l'imposition des mains du corps des prêtres (I Philip., I, 1; I Tim., IV, 14). Une autre de ses épîtres, ajoute-t-il, est adressée seulement aux évêques et aux diacres. L'évêque, infère-t-il de là, est donc une même chose avec le prêtre. Cet homme ignorant en histoire comme en logique ne peut donc pas comprendre que, comme à cette époque la prédication évangélique ne faisait que de commencer, le saint Apôtre n'écrivait que les choses que pouvait lui suggérer l'occasion qui se présentait à lui. Il écrivait en conséquence aux évêques et aux diacres là où il y avait des évêques ; car les apôtres ne pouvaient pas tout créer en même temps, et il fallait des prêtres et des diacres, pour faire le service de chaque église. Et dans les endroits où il ne se trouvait personne qui fût digne d’être élevé à l'épiscopat, il fallait bien se passer d'évêques ;
dans ceux au contraire où il y avait besoin d'un évoque, et où il se trouvait quelqu'un digne de remplir cette place, on établissait alors un évêque. D'un autre côté, si le peuple n'était pas assez nombreux, personne n'était fait prêtre, et on se contentait d'y mettre un évêque.
Au lieu qu'il ne peut pas y avoir de prêtre sous-diacre. Aussi l’Apôtre avait-il soin qu'un diacre fût toujours adjoint à l'évêque pour l'accomplissement de son ministère, cela pouvant, alors suffire à l'Eglise pour son gouvernement. Et c'est ainsi seulement que les rangs du ministère ecclésiastique pouvaient être remplis dans ces temps reculés. Car tout ne peut pas être complet dès le commencement, mais il a fallu du temps pour pouvoir parvenir par des degrés insensibles à combler tous les vides, etc. "
52. S. AMBROISE, in caput IV Epistolæ ad Ephesios
(Ces commentaires sur les épîtres de saint Paul, comme nous l’avons déjà observé, ne sont pas de saint Ambroise, mais d'Hilaire de Sardaigne, diacre de l'Eglise romaine), sur ces paroles, Et ipse dedit quosdam quidem apostolos, etc. : " Les apôtres ici, ce sont les évêques. Les prophètes, ce sont ceux qui expliquent les Ecritures, quoiqu'il y eût dans ces commencements de l’Eglise des prophètes proprement dits, tels qu'Agabe et les quatre vierges qui prophétisaient, comme cela se trouve rapporté dans les Actes des apôtres (Act., XXI), ce qui était alors p.214 fin p.215 début téméraire pour établir la foi dans les esprits ; mais aujourd'hui nous appelons prophètes ceux mêmes qui se bornent à expliquer l'Ecriture. Les évangélistes, ce sont les diacres, tels qu'était le diacre Philippe. Car quoiqu'ils ne soient pas prêtres et qu'ils n'aient pas de chaire en propre, ils peuvent cependant évangéliser, comme le faisaient Etienne et ce Philippe dont je viens de parler. Sous le nom de pasteurs on peut entendre les lecteurs, qui nourrissent le peuple qui les écoute de la lecture des livres saints : car l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (MATTH., IV). Les docteurs, ce sont les exorcistes, parce qu'ils sont chargés dans l'Eglise de réprimer les esprits inquiets ; on peut entendre encore ceux qui étaient chargés d'instruire les enfants, comme c'est la coutume parmi les Juifs ; coutume que nous avons adoptée, mais que notre négligence a laissé perdre. On voit aisément que le plus honorable après l’évêque, c'est celui qui est appelé prophète, à cause du talent qu'il a d'expliquer les sens cachés de l'Ecriture, et surtout les promesses de la vie à venir. On peut entendre par ce mot les prêtres. Pour l'évêque, il réunit dans sa personne tous les ordres à la fois : car il est le prince des prêtres, il est prophète, il est évangéliste, en un mot, il peut remplir tous les ministères que réclament les besoins des fidèles. Mais quand une fois il y a eu des églises établies dans tous les lieux du monde, et des fonctions particulières assignées à chaque ministre, les choses prirent une autre face que celle qu'elles avaient eue d'abord. Car dans les commencements tous étaient en possession d'enseigner et de baptiser, en tout lieu et à toute occasion. - Philippe, par exemple, ne fit point choix d'un lieu ou d'un jour particulier pour baptiser l'eunuque, et il ne se prépara pas non plus par le jeûne à cette action. De même Paul et Silas ne remirent point à quelque jour solennel le baptême du geôlier de la prison et de toute sa famille (Act., XVI, 17). Pierre ne prit pas de diacres avec lui, et ne fit point choix d'un jour pour baptiser Corneille et tous les gens de sa maison ; et ce ne fut pas lui-même qui les baptisa, mais il les fit baptiser par ceux des fidèles qui l'avaient accompagné depuis Joppé (Act., X, 48). Car il n'y avait pas d'autres diacres à cette époque que les sept diacres qui furent les premiers ordonnés. Pour favoriser donc la multiplication des fidèles on permit d'abord à tout le monde, et d'évangéliser, et de baptiser, et d'expliquer l'Ecriture dans l'Eglise. Mais depuis que l'Eglise s'est répandue partout, et qu'on p.215 fin p.216 début a établi dans chaque lieu des réunions de fidèles avec leurs conducteurs particuliers, et tout le reste des choses nécessaires pour un bon gouvernement, il a fallu statuer que personne désormais ne prétendît exercer dans l'Eglise des fonctions sans en avoir le droit en vertu de l'ordination qu'on aurait reçue ; et ainsi le gouvernement de l’Eglise sous ce rapport prit une face toute différente : car si tous avaient le droit d'exercer les mêmes charges, ces charges en seraient, avilies, en même temps que plus mal exercées. De là l'usage maintenant établi d'interdire la prédication aux diacres, la fonction de baptiser aux simples clercs et aux laïques, et de ne pas baptiser tous les jours indifféremment, si ce n'est en cas de maladie. C'est pourquoi tout ce qu'a écrit l'Apôtre ne convient pas également pour les temps où nous sommes arrivés, parce que cela se rapportait spécialement à l'époque où l'on était alors du premier établissement de l'Eglise. "
Question V
Qu’est-ce qu’ont dit les anciens Pères au sujet de ce sacrement ?
Voici en quels termes saint Augustin, ce docteur vraiment catholique, a déclaré sur ce point sa pensée, et tout à la fois celle de l’Eglise : " Ce que nous lisons, savoir que Notre-Seigneur souffla sur ses disciples peu de jours après sa résurrection, et qu'il leur dit : Recevez le Saint-Esprit, doit s'entendre du pouvoir qu'il leur a conféré de faire les fonctions ecclésiastiques. Car comme tout se fait par l’Esprit-Saint dans le ministère divinement établi, Notre-Seigneur voulant, donner à ses disciples la règle et comme le modèle de ce qu'ils auraient à faire dans la suite, leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Et pour montrer qu'il s'agit ici d'un pouvoir à exercer dans l’Eglise, il ajoute : Les péchés seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez, et ils seront remis à ceux à qui vous les remettrez. Cette communication de l'Esprit-Saint est une grâce que reçoivent comme de main en main ceux qui sont ordonnés pour que leur autorité soit respectée des fidèles.
De là vient que l'Apôtre dit à Timothée : Gardez-vous bien de négliger la grâce qui est en vous, et qui vous a été donnée par l'imposition des mains sacerdotales. Il a donc fallu que l'Esprit-Saint fût donné ainsi aux apôtres au moins une fois, pour que dans la suite on fût porté à croire que le même don continuait d'être transmis à leurs successeurs. " Ainsi s'est exprimé saint Augustin.
p.216 fin p.217 début les canons (dits) des apôtres contiennent les règles suivantes : " Que l'évêque soit ordonné par deux ou trois autres évêques ; que le prêtre soit ordonné par un seul évêque et qu'il en soit de même du diacre et des autres clercs. " On lit ensuite : " Si un évêque ou un prêtre, ou un diacre, ou un sous-diacre, ou un lecteur, ou un chantre néglige de jeûner pendant le carême, ou le mercredi ou le vendredi de chaque semaine, qu'il soit dégradé de son rang, à moins que ce ne soit la maladie qui l'empêche de remplir ce précepte. "
S. CAIUS, cet illustre pape et martyr de la fin du troisième siècle de l’Eglise, nous a laissé le dénombrement des différents ordres ecclésiastiques, dans le passage suivant : " Si quelqu'un mérite d'être évêque, qu'il commence par être ordonne portier, puis lecteur, ensuite exorciste, puis acolyte, après cela sous-diacre, puis diacre, ensuite prêtre, enfin évêque, s'il se trouve réellement le mériter.
"
Aussi voyons-nous que saint Cyprien loue le pape Corneille, " comme d'une chose qui l'honorait aux yeux du peuple et du clergé, de n'être pas arrivé subitement à l'épiscopat mais de s'être élevé de degré en degré jusqu'au faîte du sacerdoce, en passant par tous les ordres inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique, et en méritant ainsi les complaisances du Seigneur par son zèle dans l'administration des choses saintes ; de n'avoir ensuite ni brigué, ni envahi, ni même désiré l’épiscopat ; mais de s'être montré toujours paisible, toujours modeste, toujours réservé, toujours humble, en sorte qu'il n'accepta l'épiscopat que lorsqu'il y fut forcé. "
L'Eglise actuelle donc ne peut pas se dispenser de conserver et de défendre comme son héritage des ordres reconnus dès les temps apostoliques, comme le font voir les écrits des Denis, des Anaclet et des Ignace, et qui ont été maintenus de la même manière dans tous les âges suivants.
p.217 fin p.218 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, Lib. quæstionum veteris et novi
Testamenti, q. 93 : " Ce que nous lisons, savoir que Notre-Seigneur a soufflé sur ses disciples, etc. " Comme dans le corps de la réponse.
4. Canon 2 dit des apôtres : " Le prêtre sera ordonné par un seul évêque et il en sera de même du diacre et des autres clercs. "
6. Dans le décret de Gratien, distinction 59, se trouve cite le pape Urbain, qui défend par un décret (Il s'agit sans doute ici du pape Urbain II, et des canons 3 et 5 du concile de Clermont de l'an 1095, présidé par ce pontife. Cf. LABBE, Conc., t. X, col. 507) de n'admettre personne au sacerdoce, qui n'ait auparavant parcouru avec éloge les autres degrés. De même le pape saint Grégoire, dont voici les paroles : " Qu'aucun laïque, quelque mérite qu'il ait, n'aspire au souverain sacerdoce. " De même Célestin I, qui dit dans sa p.218 fin p.219 début lettre II aux évêques de la Gaule : " Que personne n'aspire au souverain sacerdoce, à moins de s'être d'abord formé à la vie et la science ecclésiastique (Cf. LABBE, Conc., t. II, col. 1620). "
7. Ibidem, distinction 60, il est fait mention d'un concile tenu à Clermont en Auvergne par le pape Urbain (Il s'agit ici du canon 5 du concile de Clermont, tenu l’an 1095, et du pape Urbain II, qui présida ce concile), et où l'on défend d'ordonner personne archidiacre, qui ne soit diacre préalablement, ni archiprêtre ou doyen, qui ne soit prêtre. On cite de même le pape Calixte (Il s'agit de même ici du pape Calixte II, et du 2e canon du concile de Toulouse de l'an 1119, que ce pape présida. Cf. LABBE, Conc., t. II, col. 857), qui porta le décret de n'ordonner personne prévôt, archiprêtre ou doyen, qui ne fût prêtre, ni personne archidiacre, qui ne fût diacre. Les décrets de ces deux papes ont été confirmés aussi par Innocent II. Gratien cite encore un autre décret (C'est le canon 5 du concile de Clermont) du pape Urbain, qui ordonne de n'élire évêque que des clercs déjà engagés dans les ordres sacrés.
8. Ibidem, distinction 61, se trouve citée la lettre de saint Grégoire-le-Grand à la reine Brunehault, qui est la cent treizième (C'est la cinquième de ce même livre dans la collection de Labbe. Cf. LABBE, Conc., t. V, col. 1289) du septième livre de ses lettres, et où il déclare que des laïques ne doivent jamais être ordonnés immédiatement prêtres. Gratien cite aussi la lettre d'Hormisdas aux évêques d'Espagne (Cf. LABBE, Conc., t. IV, col. 1467) sur les qualités que doivent avoir ceux qu'on ordonne, et qu'on choisit pour gouverner les églises. De même la lettre d'Innocent I à Aurèle évêque de Carthage (Cf. Ibidem, t. II, col. 1264), où ce pape s'exprime ainsi : " C'est une chose déplorable qu'on veuille devenir maître sans avoir jamais été disciple, et occuper le plus haut degré du sacerdoce sans avoir jamais servi dans les degrés inférieurs. " De même, la lettre du pape saint Léon aux évêques d'Afrique, que nous avons rapportée plus haut, question III, témoignage 6, page 195 ; le concile de Laodicée, canon 12, portant qu'il ne faut élire personne évêque qu'après une longue-épreuve de sa vie et de ses mœurs ; et la lettre troisième du pape Célestin I, adressée à tous les orthodoxes, c. 2 ; un autre témoignage du pape saint Léon, disant qu'il ne faut pas confier le gouvernement de l'Eglise à des ignorants ou à des novices, etc. " p.219 fin p.220 début
11. S. CAIUS, pape et martyr, Epist. ad Felicem episcopum
: " Par rapport aux ordinations d'évêques, de prêtres, de diacres, et des clercs des ordres inférieurs, comme les apôtres et leurs successeurs, particulièrement Anaclet et quelques autres en ont parlé suffisamment, il n'est pas nécessaire de revenir sur ce qu'ils ont statué, autrement que pour le confirmer. Nous dirons cependant que ce que nous voulons qui soit observé par vous comme par tout le monde, c'est qu'on n'élève aux ordres ecclésiastiques que ceux qui s'en seront rendus dignes, en sorte qu'il n'y ait d'évêques que ceux qui auront commencé par être portiers, puis lecteurs, " et le reste comme dans le corps de la réponse (Il n’est pas démontré que cette décrétale soit de saint Caïus, pape et martyr).
12. S. DAMASE, dans le Pontifical (Il s'agit ici du Liber
Pontificatis, qui est sans autorité) : " Caïus a réglé qu'on ne parviendrait que par degrés aux ordres établis dans l’Eglise : Qu'il n'y ait d'évêques, a-t-il dit, que ceux, etc., " comme dans le témoignage précédent.
14. Le pape ZOZIME, Epist. I ad Hesychium episcopum
Salomitanum : " Il a été statué d'une manière toute particulière par nos prédécesseurs, et en dernier lieu par nous-mêmes, que personne ne doit avoir la témérité d'aspirer, contrairement aux règles établies par les Pères, au plus sublime degré du souverain sacerdoce, sans s’être auparavant formé comme par degrés successifs à l'accomplissement régulier des devoirs ecclésiastiques ; et que non-seulement une ambition de ce genre ne devait pas être tolérée, mais qu'il fallait la punir même dans ceux qui auraient ordonné le sujet indigne, et par-là mérité d'être destitués eux-mêmes des fonctions d'un ordre qu'ils se seraient permis de conférer irrégulièrement contre les canons. . . . . Opposez-vous à des ordinations de cette espèce ; mettez une barrière invincible à l'orgueil et à la témérité. Vous avez pour vous y engager les lois de vos pères, et l'autorité du siège apostolique. Car si, dans le p.220 fin p.221 début siècle même, on n'obtient pas de prime abord les plus hauts emplois, mais qu'on ne puisse y parvenir que par degrés, et à la suite de longues épreuves, quel sera l’homme assez téméraire, assez éhonté, pour vouloir enseigner avant d'avoir appris soi-même, et commander avant d'avoir fait ses première armes dans la milice céleste, qui est d'une tout autre importance, et où chacun a besoin d'être éprouvé comme l'or dans le feu ? Qu'on commence par prendre les habitudes de cette milice sacrée, qu’on commence, si l'on veut, par les humbles fonctions de lecteur ; qu'on ne dédaigne pas ensuite d'exercer celles d'exorciste, d'acolyte, de sous-diacre, de diacre ; et qu'on ne passe pas de l'un à l'autre de ces ordres comme par saut, mais qu'on observe à cet égard les interstices réglés par nos pères. Puis, qu'on n'ordonne prêtre que celui à qui son âge donne en quelque sorte le droit de s'attribuer ce titre, en même temps qu'il s'en sera rendu digne par de longues années passées dans la pratique de toutes les vertus. C'est après cela seulement qu'il sera permis d'aspirer à la dignité de souverain pontife. . . Voici quels sont les interstices à observer pour chaque degré. Que celui qui aura été destiné dès son enfance au service des autels demeure dans l'ordre des lecteurs jusqu’à la vingtième année de son âge ; s'il ne s'engage que déjà grand, mais immédiatement cependant après son baptême, qu'il reste cinq ans lecteur ou exorciste ; puis, qu'il soit acolyte ou sous-diacre l'espace de quatre années ; qu'il se mette de cette manière en état d’être élevé au diaconat, où il restera cinq ans, supposé qu'il se conduise sans reproche. Après avoir ainsi fourni les preuves de la solidité de sa foi, il pourra être admis à recevoir l'ordre de la prêtrise ; et si sa vie paraît de plus en plus exemplaire, il pourra à la fin espérer d’obtenir le plus haut degré du sacerdoce.
On observera en tout cas cette loi, de n'admettre à ces divers ordres ni bigames, ni pénitents, ni époux de veuves. Et que cette loi oblige aussi les défenseurs (ou avocats) de l'Eglise, qui voudraient passer de l'état laïque à la cléricature. "
15. S. DENS l'Aréopagite, Lib. de eccles. hierarchiâ, c. 5 : " Celui qui doit être élevé à la dignité épiscopale fléchit les genoux devant l'autel. Là, on lui met sur la tête le livre des divines Ecritures ; le prélat consécrateur étend la main sur lui, et récite de pieuses invocations. C'est ainsi que se fait l'ordination des évêques. " " Le prêtre se met aussi à genoux devant l’autel. L'évêque p.221 fin p.222 début alors lui impose la main droite sur la tête, prononce de saintes prières et opère ainsi la consécration sacerdotale. " " Le diacre amené devant l'autel ne fléchit qu'un genou ; sa tête est ombragée par la main droite du pontife, et sa consécration s’achève par les prières marquées pour la consécration des diacres. " " Au reste, le hiérarque consécrateur trace sur chacun d'eux le signe de la croix ; on publie leur nom et l'ordre qu'ils reçoivent et on termine par la cérémonie d’un saint baiser, tous les membres de la hiérarchie, l’évêque à leur tête, saluant ainsi celui qui est promu à quelqu'un des ordres sacrés (Cf. Les Œuvres de saint Denis l'Aréopagite, trad. de M. l’abbé Darboy ; id. trad. du frère Jean de S. François, p. 406 ; ??? ???????? ?????????, ?. ?. ?., p. 192-193, Paris, 1562). "
16. Le même, lettre VIII au moine Démophile
: " Tous ne sont pas admis à nos saints mystères avec une faveur égale ; les évêques sont au premier rang ; puis viennent les prêtres et ensuite les diacres. Hors de l'enceinte réservée aux clercs se trouvent les moines ; c'est là, c'est près des portes qu'on les initie, c'est près des portes qu'ils se tiennent, non qu'ils en soient les gardiens, mais parce que telle est leur place, et pour leur apprendre qu'ils font plutôt partie du peuple que des ordres sacrés. C'est pourquoi, d'après les sages constitutions de l’Eglise, les moines sont appelés à la participation des choses saintes ; mais le soin de les administrer est confié à d’autres, à ceux du sanctuaire : car ceux qui environnent l’autel avec piété y voient et entendent les mystères augustes qui leur sont révélés à découvert ; puis s'inclinant avec amour vers la foule que n'admet pas l'enceinte voilée, ils les manifestent aux moines dociles, au peuple saint, à ceux qui se purifient encore, à chacun selon son mérite. "
17. S: ANACLET, pape et martyr, Epist. II ad omnes episcopos et reliquos Christi sacerdotes, parle en détail des deux degrés du sacerdoce, de l'ordination et de l'institution des évêques et des prêtres ; des degrés de classification à observer par rapport aux évêques et aux villes. Tout cela a déjà été rapporté en partie ci-dessus, question II, témoignage 20, page 188 (On y verra aussi que c'est une pièce supposée).
18. S. IGNACE, Epist. ad Antiochenos ; ce passage a été rapporté plus haut, question IV, témoignage 7, page 200. p.222 fin p.223 début
Question VI
Quel est l’ordre le plus fréquemment exercé dans l’Eglise ?
C'est l'ordre de prêtrise, où le sacerdoce, sur l'excellence et la dignité duquel saint Chrysostôme et saint Ambroise ont écrit des livres entiers. Le grand saint Ignace en parle également en ces termes : " Le sacerdoce est le comble de tous les honneurs qui puissent s'obtenir parmi les hommes : l'outrager, c'est outrager Dieu même et le Seigneur Jésus-Christ premier-né de toute créature, et seul par nature souverain prêtre de Dieu. " Nous avons même pour le prouver les oracles divins : " Les lèvres du prêtre, y lisons-nous, sont dépositaires de la science, et c'est de sa bouche que l'on s'empressera de recueillir la connaissance de la loi, parce qu'il est l'ange du Seigneur des armées. " Nous lisons encore : " Celui qui, s'enflant d'orgueil, ne voudra point obéir au commandement du pontife, qui en ce temps-là sera le ministre du Seigneur votre Dieu, ou à l'arrêt du juge, sera puni de mort, et vous ôterez le mal du milieu d'Israël, afin que tout le peuple entendant ce jugement soit saisi de crainte, et qu'à l'avenir nul ne s'élève d’orgueil. " C'est pourquoi l’Apôtre fait la recommandation suivante : " Ne recevez d'accusation contre un prêtre que sur la déposition de deux ou trois témoins. " Et c'est à Timothée, évêque d’Ephèse, que l'Apôtre donne cet avis, aussi bien que cet autre déjà cité plus haut : " Que les prêtres qui gouvernent bien soient doublement honorés, mais principalement ceux qui travaillent à la prédication de la parole et à l'instruction des peuples.
"
p.223 fin p.224 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MALACHIE, II, 7 : " Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science, etc., " comme dans le corps de la réponse.
1. S. IGNACE, Epist. ad Smyrnenses, comme dans le corps de la réponse, et plus haut, article des Commandements de l’Eglise, question XII, témoignage 4, page 97, tome II.
2. S. CHRYSOSTOME, livre II du Sacerdoce : " Le sacerdoce s’exerce sur la terre, mais on le range avec raison dans l’ordre des choses célestes ; car ce n’est ni un homme, ni un ange, ni un archange, ni aucune puissance créée qui l’a instituée ; c’est au Saint-Esprit lui-même que nous devons de pouvoir remplir une fonction toute angélique avec un corps mortel. Le prêtre qui en est chargé doit donc être aussi pur que s’il était déjà placé dans le ciel parmi les esprits bienheureux. . . . . Si l’on réfléchit que c’est un homme enveloppé de chair et de sang qui se rapproche ainsi d’une nature sainte et immortelle, on concevra toute l’excellence des dons que la grâce de l’Esprit-Saint répand sur les prêtres, car c’est par eux que s’opèrent ces grandes choses et d’autres non moins précieuses, dans l’intérêt de la dignité et du salut des hommes. Eh ! quoi ! des êtres nés et rampants sur la terre sont les dispensateurs des trésors du ciel, et ont reçu une puissance que Dieu a refusée aux anges et aux archanges ! Car ce n’est pas à ces derniers qu’il a été dit : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Ce pouvoir de lier, les princes de la terre l’exercent aussi, sans doute, mais sur les corps seulement ; au lieu que le lien sacerdotal s’applique à l’âme, et étend sa vertu jusque dans le ciel ; l’acte qu’exécute le prêtre sur la terre, Dieu le confirme dans le séjour de sa gloire, et le maître ratifie la sentence qu’a portée le serviteur. C’est de la puissance des êtres supérieurs que Dieu a revêtu ses ministres d’ici-bas ; car tous ceux, dit-il, de qui vous remettrez les péchés, leurs péchés leur seront remis ; tous ceux de qui vous les retiendrez, ils leurs seront retenus. Y a-t-il un pouvoir plus grand que celui-là ? Le Père a donné au Fils tout pouvoir de juger ; ce pouvoir, le Fils l’a transmis p.224 fin p.225 début aux prêtres. Ce grand empire qu'l1s doivent à sa libéralité semble en faire des habitants du ciel, supérieur à toutes les faiblesses de la nature humaine, et affranchis du joug des passions terrestres. Si jamais un roi venait à accorder à un de ses sujets le droit de jeter dans les fers et d'en retirer qui bon lui semblerait, cet heureux favori serait l'objet des respects publics, et tous les regards seraient tournés sur lui ; quel homme donc chargé d’un pouvoir aussi supérieur à celui-là que le ciel l'est à la terre, et que l'esprit l'est au corps, pourra s'imaginer que le présent qu'on a daigné lui en faire ait assez peu de valeur pour qu'il ne mérite que ses mépris. Erreur et folie ! Folie manifeste, de repousser avec dédain une puissance qui seule nous ouvre la route du salut et nous assure les biens à venir. Car s'il est impossible d'entrer dans le royaume des cieux à moins d'avoir été régénéré par l'eau et par l'esprit, et si celui qui ne mange pas la chair, qui ne boit pas le sang du Seigneur, est privé de la vie éternelle, bienfaits qui ne peuvent nous arriver que par des mains sanctifiées, c'est-à-dire, par les mains des prêtres, qui donc, je vous le demande, échappera, sans leur ministère, aux feux de l'enfer, ou ceindra la couronne d'immortalité ? C’est le prêtre oui, c'est lui seul qui peut nous enfanter à la vie spirituelle et nous régénérer par le baptême. . . . "
" Les prêtres nous revêtent de Jésus-Christ, nous ensevelissent avec le Fils de Dieu, et nous font les membres de ce chef divin. C'est pourquoi nous devons non-seulement respecter leur pouvoir plus que celui des rois et des princes, mais les révérer plus que les auteurs de nos jours. Nos père nous ont engendrés par le sang et la chair, au lieu que les prêtres nous ont engendrés à Dieu ; c'est à eux que nous devons notre régénération bienheureuse, la véritable liberté et notre adoption selon la grâce. Guérir de la lèpre du corps, ou plutôt juger seulement de sa guérison, tel était le privilège des prêtres dans la loi de Moïse ; et cependant vous savez avec quel empressement on se disputait la dignité sacerdotale. Or ce n'est pas la lèpre du corps, c'est l'impureté de l'âme que guérissent les prêtres de la loi nouvelle ; ce n'est pas le droit de juger de la guérison, c'est le droit même de guérir qu'ils exercent ; d'où il suit que ceux qui les méprisent sont plus coupables, encourent des peines plus rigoureuses que Dathan et ses complices. . . . . "
" Ce n'est pas seulement le droit de punir, c'est surtout celui de faire du bien qui constitue, en faveur des prêtres, un pri- p.225 fin p.226 début vilège supérieur à celui des parents.
Il y a entre le pouvoir des uns et celui des autres la même différence qu'entre la vie présente et la vie future. Les uns nous engendrent pour le temps, les autres pour l’éternité, etc. "
3. Le même, Hom. IV de verbis Isaïæ
Vidi Dominum (Cf. S. Joannis Chrys. opera, t. VI, p. 127 et 132, édit. de Bénéd., pag. 146-147 et 152-153, édit.
de Gaume ; Biblioth. choisie des Pères de l’Eglise, Paris, 1700, tome IV, page 294) : " Autre est l'objet du pouvoir de la royauté, autre est celui du sacerdoce ; mais celui-ci est plus grand que celui-là. Car ce n'est pas ce qui paraît au dehors qui fait la royauté, et ce n'est pas des pierreries qui brillent sur sa personne, et des dorures dont il est couvert, que le prince tire sa grandeur. Les droits du prince ne s'étendent que sur les choses de la terre, mais ceux du sacerdoce vont plus loin, puisqu'il est dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Le prince est chargé des intérêts d’ici-bas ; moi, je le suis des intérêts du ciel ; et quand je dis moi, je veux dire le pontife. Si donc vous voyez un prêtre indigne, n'accusez pas pour cela le sacerdoce : ce n'est pas la chose qu'il faut alors condamner, mais celui qui en fait un mauvais usage. Car que Judas ait trahi son divin maître ce n'est pas la faute de l'apostolat dont il était honoré, mais c'était la faute de ses dispositions personnelles. De même, ce n'est pas le sacerdoce qu'il faut condamner, mais c'est celui dont l'âme est pervertie. N'accusez donc pas le sacerdoce ; n'accusez que la perversité de celui qui en est revêtu. . . . . "
" Les corps sont soumis au prince, et les âmes au pontife, le prince remet les dettes qui pèsent sur les biens ; le pontife remet celles qui chargent les âmes. L'un contraint, l'autre persuade ; l'un emploie les moyens physiques, l'autre la force morale ; les armes de l'un sont matérielles, celles de l'autre sont spirituelles ; l'un fait la guerre contre les barbares, l'autre la fait contre les démons. L’autorité du pontife est donc plus grande que celle du prince ; et c'est pour cela que le prince baisse la tête sous la main du pontife, et que dans l'Ancien-Testament c'étaient les prêtres qui oignaient les rois. "