Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 95)
4. Le même, ibidem, hom. V : " Le sacerdoce est une puissance plus grande, plus vénérable que la royauté même. Ne me vantez ni la pourpre, ni le diadème, ni les vêtements dorés. Tout cela passe comme une ombre, et a moins de prix que les fleurs du printemps. Car toute la gloire de l'homme est comme p.226 fin p.227 début l’herbe, dit l’Ecrivain sacré (Is., XL, 6), cette gloire fût-elle celle d'un roi. Non, ne me vantez rien de tout cela ; mais si vous voulez voir la différence qu'il y a entre un pontife et un empereur, examinez la nature du pouvoir donné à chacun, et vous verrez que le premier est placé bien plus haut que le second. Car si le trône attire notre admiration par les pierreries qui y sont incrustées, et par l'or qui lui sert de ceinture, sa puissance ne s'exerce que sur les choses de la terre, et ne s'étend pas au-delà ; au lieu que le trône du pontife a son siège dans les cieux, et porte là ses décrets. Et qui l'a dit ? Le roi même du ciel : Car vous ce que vous délierez sur la terre, a-t-il dit, sera délié dans le ciel, etc. Quelle dignité peut être comparée à celle-là ? Le ciel reçoit de la terre l'initiative de ses jugements. Ainsi le juge est sur cette terre, et le Seigneur obéit à l'esclave ; et le jugement que l'esclave prononce ici-bas, le Seigneur le confirme là-haut. Et le pontife se trouve placé entre Dieu et les hommes, tantôt faisant descendre sur nous les grâces d'en-haut, tantôt faisant monter là-haut nos prières ; ici réconciliant avec les hommes un Dieu irrité, là délivrant les hommes d'entre les mains de sa justice. C'est pourquoi Dieu a voulu que les rois abaissassent leurs têtes sous la main des pontifes, nous enseignant par-là que la puissance de ces derniers est plus grande que celle des premiers : car c'est à l'inférieur à recevoir la bénédiction du supérieur. "
5. S. GREGOIRE, Pastoral, deuxième partie, chapitre IV, s'attachant à faire voir par les livres saints avec quelle discrétion le perdre et le prédicateur doivent ouvrir la bouche, ce grand pape dit ces paroles : " Quiconque se charge du sacerdoce prend les fonctions de prédicateur. "
6. S. CYPRIEN, Epist LV (al. 54) ad Cornelium
: " Puisque le Seigneur a dit dans son Evangile : " Celui qui dira à son à frère, insensé, ou celui qui lui dira raca, sera condamné au feu de l'enfer, " je le demande, échapperont-ils à la vindicte divine ces pervers qui vomissent l'injure, je ne dirai pas seulement contre leurs frères, mais contre les pontifes auxquels Dieu a daigné conférer tant d'honneur que, dans la loi ancienne, quiconque refusait d'obéir au grand-prêtre ou au juge alors en fonction était puni de mort sur-le-champ ? Le Seigneur Dieu parle ainsi dans le Deutéronome : Celui qui s'enorgueillira en ne voulant point obéir au commandement du grand-prêtre ou du juge qui gouvernera dans ces jours-là, cet homme-là mourra, et tout le p.227 fin p.228 début peuple, entendant ce jugement, craindra, et nul désormais n’osera s'enorgueillir. " Voir plus haut la suite de ce passage, article des Commandements de l'Eglise, question XI, témoignage 9, pag. 34, tome II.
7. Le même, Epist. 68 (al 64) ad Rogatianum
: " Le Seigneur notre Dieu dit dans le Deutéronome : Celui qui s'enorgueillira en ne voulant point obéir au commandement du prêtre, ou à la sentence du juge alors en fonction, cet homme-là mourra, et tout le peuple entendant ce jugement craindra, et nul désormais ne commettra l'impiété. Pour nous convaincre que cet oracle, émane de la majesté de Dieu, avait pour but de faire honorer et respecter la personne de ses prêtres, nous voyons que trois lévites, Coré, Dathan et Abiron, ayant osé résister au grand-prêtre Aaron, lever fièrement la tête, et s’égaler au pontife qu'avait établi le Seigneur, furent engloutis à l'instant par la terre, qui s'entrouvrit sous leurs pieds, châtiment bien digne de leur sacrilège audace ! Ils ne furent pas les seuls qui périrent. Les deux cent cinquante téméraires qui avaient partagé leur révolte furent consumés par des flammes que le Seigneur fit sortir de l'autel, afin qu'il fût bien démontre que les prêtres de Dieu sont vengés par celui qui fait les prêtres. "
" Nous lisons aussi dans le livre des Rois que les Juifs ayant insulté Samuel à cause de son grand âge, comme il vient de vous arriver à vous-même aujourd'hui, le Seigneur s'écria dans son indignation : Ce n'est pas toi, c'est moi qu'ils ont méprisé. Afin de venger son prêtre, il leur suscita pour roi Saül, qui pressura ce peuple orgueilleux, l'abreuva d'outrages, et le foula aux pieds : tant il est vrai que le Seigneur venge les outrages faits à ses prêtres ! Salomon, animé par l'Esprit-Saint, nous apprend par son témoignage quelle est la grandeur et la puissance de l'autorité sacerdotale (Ecclé., VII, 31) : Crains le Seigneur de toute ton âme, et révère ses prêtres. Et ailleurs (ibid., 33) : Honore Dieu de toute ton âme, et respecte ses prêtres. Il avait ces préceptes présents à la mémoire, le bienheureux apôtre Paul, suivant ce que nous lisons dans les Actes des apôtres, puisqu'alors qu'on lui demanda pourquoi il répondait ainsi au grand-prêtre : Mes frères, dit-il, j'ignorais que ce fût là le grand-prêtre ; car il est écrit : Tu ne maudiras pas le chef de ton peuple (Act., XXIII, 5). Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, notre roi, notre juge et notre Dieu, ne cessa point, jusqu'aux derniers moments de sa passion, de rendre honneur aux pontifes et aux prêtres, quoique p.228 fin p.229 début eux-mêmes n'eussent pas gardé la crainte de Dieu, et qu'ils refusassent de reconnaître Jésus-Christ.
En effet, au lépreux qu'il vient de guérir, il adresse ces paroles : Allez vous montrer au prêtre, et offrez-lui votre don en témoignage (MATTH., VIII, 4). Avec cette humilité dont il nous a recommandé la pratique, il appelait encore du nom de prêtre celui qu'il savait bien n'être qu'un sacrilège.
De même encore, lorsque au temps de sa passion il reçoit un soufflet et qu'on lui dit : Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre ? au lieu de s'emporter contre la personne du pontife, il se contente de défendre sa propre innocence : Si j’ai mal parlé, dit-il, montrez ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous (LUC, XVIII, 23) ? Modèle d'humilité et de patience, il nous enseignait la patience et l'humilité en les pratiquant le premier. Il nous apprenait en effet à honorer les véritables prêtres quand il respectait lui-même ceux qui n'avaient plus que l'ombre du sacerdoce. Or, les diacres doivent se souvenir que Notre-Seigneur a choisi ses apôtres, et dans la personne de ses apôtres, les évêques et les autres supérieurs ecclésiastiques. Puis, quand il fut remonté au ciel, les apôtres se choisirent des diacres pour être les ministres de leur épiscopat et de l’Eglise. S'il nous est permis nous de nous élever contre Dieu, qui institue les évêques, les diacres peuvent aussi s'élever contre nous, de qui ils tiennent tout ce qu'ils sont. Le diacre dont vous vous plaignez fera donc pénitence de sa rébellion ; il rendra à son évêque l’honneur qui lui appartient, et lui donnera toutes les satisfactions possibles avec la plus profonde humilité. Le schisme et l’hérésie n'ont pas d'autre origine. On commence par se complaire dans sa propre sagesse, on affiche le mépris pour l'évêque ; insensiblement on sort de l'Eglise ; on élève au-dehors un autel profane, on trouble la paix de Jésus-Christ, on attente à l'œuvre de Dieu, et l'on brise les liens de l'unité. "
8. S. GREGOIRE, Lib. XII epistolarum, Epist. 31 ad Felicem episcopum Siciliæ : " Si David, le plus juste des rois, n'a pas osé porter la main sur Saül, qu'il savait pourtant être abandonné et rejeté de Dieu, combien ne doit-on pas se garder davantage de porter sur l'oint du Seigneur, ou sur les prédicateurs de la sainte Eglise, la main de la détraction ou du blâme, de la légèreté ou de l'outrage ? Car le mépris déversé sur eux, l'injure qui leur est faite retombe sur Jésus-Christ, dont ils sont les ambassadeurs. Tous les fidèles doivent donc bien se garder de faire de l'évêque l’objet de leurs censures ou de leur malignité, et qu'ils se rappellent l'exemple p.229 fin p.230 début de Marie, qui fut frappée d'une lèpre immonde pour avoir mal parlé de Moïse à l'occasion de l'éthiopienne, et ces paroles du Psalmiste, Gardez-vous bien de toucher à ceux que l'onction m'a consacrés, et de faire outrage à mes prophètes (Ps. CIV, 15). Nous lisons aussi dans la loi de Dieu : Vous ne parlerez point en mal des dieux, et vous ne maudirez point le prince de votre peuple (Exod., XX, 28). Les inférieurs, tant clercs que laïques, doivent donc bien faire attention à ne pas relever témérairement ce qu'ils verraient de répréhensible dans l'évêque ou dans tout autre supérieur, de peur qu'en blâmant même ce qui est mal, la pente de l'orgueil ne les fasse tomber dans un mal encore plus grand. On doit aussi les avertir de ne pas prendre prétexte des fautes de leurs supérieurs pour leur résister avec audace. Mais que bien plutôt la considération qu'ils feront en eux-mêmes des fautes de ceux-ci les pénètre d'une crainte salutaire, et ne les empêche pas de leur rester soumis : car la conduite des évêques ou des supérieurs ne doit pas être l'objet de la censure de leurs subordonnés, quelque répréhensible d’ailleurs qu'elle puisse paraître.
"
9. S. FABIEN, pape et martyr, Epist. II ad episcopos
Orientales : " En tout jugement il doit nécessairement se trouver quatre personnes, savoir le juge, l'accusateur, le défenseur et les témoins. En conformité à cet usage, nous ordonnons que les ouailles du troupeau n'aient pas la témérité de critiquer le pasteur préposé à leur garde : car la conduite des supérieurs ne doit pas être l’objet de la censure de leurs subordonnés, et le disciple ne peut pas être au-dessus du maître, selon cet oracle de la vérité : Le disciple n'est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de celui au service de qui il est. . . L'exemple de Cham fils de Noé fait voir que Dieu condamne ceux qui publient les défauts de leurs pères, ou qui osent les accuser ou en dire du mal. Car si un évêque s'écarte de la foi, ses subordonnés doivent d'abord le reprendre en secret. Mais si, ce qu’à Dieu ne plaise, il se montre incorrigible, il faut alors l'accuser devant ses primats, ou devant le siège apostolique. Pour le reste en quoi il peut être blâmable, ses subordonnés ou ses ouailles feront mieux de le supporter, que de l'accuser ou de le décrier publiquement ; car lorsque ses inférieurs se donnent cette licence, ils résistent à l'ordre de Dieu même qui les a placés au-dessus d'eux, selon ce que dit l'Apôtre, que celui qui résiste à la puissance résiste à l'ordre établi de Dieu, etc. " p.230 fin p.231 début
10. Voir la même doctrine exprimée dans les lettres 1, 2 et 3 d'Anaclet, et dans l'épître de Télesphore à tous les évêques (Il s'agit ici de fausses décrétales, et il en est de même de la précédente).
Question VII
Que faut-il penser des mauvais prêtres ?
C'est un ordre divin qu'il n'est pas donné à l'homme d'abolir, d'honorer les prêtres dans l'Eglise, qu'ils soient bons, ou même qu'ils soient mauvais. Car c'est lui-même qui veut qu'on reconnaisse, qu'on reçoive, qu'on écoute et qu'on respecte dans la personne de ses ministres celui qui a dit : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moise. Observez donc et faites tout ce qu'ils vous disent ; mais n’imitez pas leurs œuvres : car ce qu'ils disent, ils ne le font pas.
Au reste, il y a une distinction à faire entre les mauvais prêtres, et on ne doit la docilité et l’obéissance qu'à ceux d'entre eux qui, légitimement ordonnés et envoyés par leurs évêques, ont reçu la mission et le droit d'enseigner, et professent effectivement la saine doctrine de l'Eglise ; quant aux autres, on doit les éviter comme des ennemis et les fuir comme la peste.
Voici les sages avis que donne à ce sujet saint Irénée, ce Père des premiers siècles de l’Eglise : " C'est aux évêques et aux prêtres qui tiennent des mains des apôtres le dépôt de la foi, et qui ont reçu l'ordination d'après l'institution même du Christ, que nous devons nous en rapporter pour les véritables règles de notre croyance. Quant à ceux qui s'éloignent du sein de l’Eglise, quel que soit le lieu où ils se réunissent, nous devons les tenir pour suspects, à l’égal des hérétiques et des gens pervertis, ou comme des hommes égarés par l'orgueil et qui ne se complaisent qu'en eux-mêmes, ou bien enfin comme des hypocrites, qui n'ont pour mobile de leur conduite qu'un vil intérêt et une vaine gloire. . . . . Il faut donc s'éloigner avec soin de tous ceux qui ne professent pas une foi franche et sincère, et ne s'attacher qu'à ceux qui restent fidèles à la doctrine des apôtres, et dont les discours sont en tout conformes aux lois de la vérité et de la charité, et ont pour objet le salut de leurs frères. " Voilà ce qu'écrivait saint Irénée qui avait eu pour maître saint Polycarpe, disciple de l'apôtre saint Jean. Tertullien n'avait pas une doctrine p.231 fin p.232 début différente, lorsque, parlant des hérétiques de son temps, il leur faisait ce reproche : " Leurs ordinations se font au hasard, par caprice et sans suite. Tantôt ils élisent des néophytes, tantôt des hommes engagés dans le siècle, tantôt même nos apostats, pour s'attacher par l'attrait de l'ambition à ceux qu'ils ne peuvent retenir par celui de la vérité. Nulle part on n'avance en grade comme dans le camp des rebelles où la rébellion tient lieu de mérite. Aussi ont-ils aujourd'hui un évêque et demain un autre ; celui qui est diacre aujourd'hui, sera demain lecteur ; le prêtre d'aujourd'hui sera le laïque de demain, puisque tant il y a qu'ils chargent de simples laïques des fonctions sacerdotales. " Ainsi Tertullien a-t-il tracé de main de maître le portrait des sectaires, non-seulement de son temps, mais aussi du nôtre, leurs mœurs perverses, et leurs procédés tout profanes dans la mobilité de leur culte et les élections de leurs ministres.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Ecclésiastique, VII, 31-33 : " Craignez le Seigneur de toute votre âme, et ayez de la vénération pour ses prêtres. - Aimez p.232 fin p.233 début de toutes vos forces celui qui vous a créé, et n'abandonnez pas ses ministres. - Honorez Dieu de toute votre âme, révérez les prêtres "
3. LUC, X, 16 : " Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise ; et celui qui me méprise méprise celui qui m'a envoyé. "
4. JEAN, XIII, 20 : " En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque reçoit celui que j'ai envoyé, me reçoit moi-même et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. "
1. S. CHRYSOSTOME, Hom. 2 in Epist. 2 ad
Timotheum : " Obéissez, poursuit l’Apôtre, à ceux qui ont commandement sur vous, et soyez-leur soumis, sachant qu'ils veillent sur vous comme devant rendre compte a Dieu de vos âmes (Hebr., XIII, 17). De bonne foi, quand vous le voyez s'exposer pour vous seuls à tant de travaux et de dangers, où serait votre reconnaissance de méconnaître les droits qu'il a sur vous ? Quelque régularité qu'il apporte dans l'exercice de son ministère, tant qu'il vous voit conserver des préventions contre son autorité ou sa personne, peut-il être sans inquiétude, et ne pas trembler sur le compte qu'il aura à rendre ? Calculez en effet toute la sévérité de l'examen qu'il aura à subir pour chacun de vous en particulier. Quelques égards que vous puissiez lui témoigner, équivaudront-ils jamais à la sévérité du jugement auquel il doit s'attendre ? Quand vous donneriez votre vie pour lui, votre sacrifice vaut-il celui de l'homme obligé de donner la sienne des milliers de fois pour chacun de ceux qui sont confié à sa sollicitude ? Mais où est ce dévouement que nous réclamons en faveur des pasteurs ? A peine leur accorde-t-on une simple déférence dans le langage ; et voilà la source de tous les maux qui nous désolent, la chaîne des devoirs qui vous liaient à vos pasteurs est rompue ; plus de respect, plus de frein. "
" Obéissez à ceux qui ont commandement sur vous, et soyez-leur soumis. En vous demandant votre obéissance pour vos pasteurs, qu'y gagnent-ils qui ne vous soit plus avantageux à vous-mêmes ? Que vous les honoriez, ce n'est pas là ce qui les sauvera : que vous les méconnaissiez, vous augmentez leurs mérites et leurs p.233 fin p.234 début récompenses. Enfin, c'est pour vous, pour votre avantage que tout doit arriver. Car s'ils trouvent de la déférence dans leurs inférieurs, cela même leur sera reproché un jour, comme Dieu le reprochait au grand-prêtre Héli par ces paroles (I Sam., II, 28, et VIII, 7) : Je vous ai choisi de la maison de votre père ; et si au contraire leurs inférieurs leur manquent, il leur dira comme Samuel : Ce n'est pas vous qu'ils ont rejeté mais c'est moi. - Qui honore le prêtre honore Dieu ; qui le méprise s'attaque à Dieu lui-même. Ce sont les paroles de Jésus-Christ. Ce n'est pas vous, c'est moi en personne qu'ils ont dédaigné, avait dit le Seigneur à Samuel. Les Juifs ne s'éloignèrent de Dieu qu'après qu'ils eurent osé se porter contre Moïse aux excès les plus violents. Vous respectez le ministre de Dieu : à plus forte raison Dieu lui-même. "
" Ce prêtre ne mériterait personnellement aucun hommage ; Dieu ne vous saura pas moins gré de la considération que vous portez pour l'amour de lui à l'homme qui ne la mérite pas. Vous accordez l'hospitalité à l'étranger que vous ne connaissez pas, et vous en êtes récompensé : le serez-vous moins pour avoir obéi au prêtre, quand Dieu vous le commande ? Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse ; faites tout ce qu'ils vous ordonneront de faire, dit Jésus-Christ, mais ne faites pas ce qu'ils font. "
" Qu'est-ce que le prêtre ? c'est l'ange du Seigneur.
Il ne parle point de lui-même ; quand vous lui manquez, vous manquez au Seigneur qui l'a établi son organe et son représentant.
Mais, d'où sais-je qu'il tienne de Dieu un aussi auguste privilège ? Si vous en doutez, quel point d'appui reste-t-il à votre espérance ? S'il n'est pas auprès de vous le représentant de Dieu, que devient votre baptême ? Il n'y a plus qu'illusion dans la réception des sacrements, dans les bénédictions que ses mains vous confèrent ; il n'y a plus pour vous de christianisme. Quoi ! un prêtre même qui s'en est rendu indigne, tient de Dieu sa mission ? Non, mais la juridiction qu'il exerce est celle de Dieu qui agit par son ministère, pour le salut du peuple, sans avoir égard au mérite du prêtre. Il ne dédaigna point autrefois d'emprunter l'organe d'une ânesse, ni celui de l'infidèle Balaam ; il ne dédaigna pas davantage celui du prêtre établi pour le gouvernement de son peuple. S'il a pu admettre un Judas au nombre de ses apôtres, s'il a opéré par le ministère de ces prophètes menteurs à qui il sera dit : Je ne vous connais pas, retirez-vous de moi, vous qui commettez p.234 fin p.235 début l’iniquité, qui l'empêche d'agir encore par le prêtre, qu'il daigne associer à son divin ministère ? "
" En vous opiniâtrant à nous juger avec tant de sévérité, vous vous établissez à la place de Dieu pour l'ordination de vos pasteurs ; vous intervertissez l'ordre naturel ; vous bouleversez toute la hiérarchie. Saint Paul vous dira : Pour moi, il m'importe peu que vous me jugiez, vous ou quelques autres que ce soient. Et encore : De quel droit jugez-vous votre frère ? à plus forte raison, votre pasteur ? Si Dieu vous en avait donné l'injonction, vous auriez besoin de lui obéir, vous seriez même coupables d'y manquer ; mais bien loin de là, il vous le défend en termes exprès ; vous entreprenez au-delà de tous vos droits. Coré, Dathan et Abiron s'élevèrent contre Aaron, après qu'il eut laissé le peuple se faire un veau d'or. La prévarication du prêtre empêcha-t-elle les rebelles d'être rigoureusement punis ? Ne vous occupez que de ce qui vous concerne personnellement. Il est bien vrai que si votre pasteur venait vous enseigner un autre Evangile que celui de Jésus-Christ, fût-il un ange, vous ne lui devriez point l'obéissance. Dans tout autre cas, sa conduite ne vous fait rien : c'est sa doctrine, non sa vie, qu'il faut suivre. A défaut de tout autre, vous avez dans saint Paul un maître qui vous instruit par sa vie autant que par sa parole. "
" Mais ce prêtre manque de charité envers les pauvres ; il administre mal les biens de l'Eglise. - D'où le savez-vous ? Vous prononcez avant l'information. Combien d'arrêts l'on hasarde sur de simples soupçons ! Dieu n'en agit pas ainsi : avant de punir la ville pécheresse : Il faut, dit-il, que je descende, et que je voie par mes propres yeux ce qui en est ; je saurai si leur iniquité est consommée comme l'annonce ce cri qui est venu jusqu’a moi, ou si cela n'est pas. Quand vous auriez tout discuté, tout examiné, tout vu, attendez le juge ; n'entreprenez pas sur l'autorité de Jésus-Christ ; c'est à lui à prononcer, non à vous. Vous êtes au rang des serviteurs, restez donc au rang des serviteurs. Brebis, ne portez pas un œil curieux sur votre pasteur, de peur de vous rendre coupable des fautes dont vous l'accusez. "
" Mais ce qu'il m'ordonne de faire, il ne le fait pas lui-même ; ce qu'il vous ordonne ? Non : si c'était lui qui vous l'ordonnerait, vous n'auriez pas de récompense à prétendre ; mais c'est Jésus-Christ qui vous le commande. Quand ce serait Paul lui-même, il n'aurait pas droit de vous rien ordonner en son propre nom. Ce n'est donc pas à lui qu'il faut obéir, mais à Dieu qui vous parle par sa bouche. Ne jugeons donc pas les autres, mais p.235 fin p.236 début jugeons-nous nous-mêmes : bornons-nous à discuter nos propres actions. "
" Il devrait valoir mieux que moi. - Pourquoi, je vous prie ? - Parce qu'il est prêtre - Mais, s'il est prêtre, avez-vous de votre côté les charges laborieuses qui lui sont imposées ? Avez-vous ses travaux, ses sollicitudes ? Il doit valoir mieux que vous : qu'en concluez-vous ? Si cela n'est pas, est-ce pour vous une raison de vous perdre ? Toutefois où est la preuve qu'il vaille moins que vous ? On vous a dit qu'il avait commis tel crime. Mais si l'on accusait en votre présence tel officier du prince d'avoir dérobé la pourpre impériale, vous permettriez-vous de le redire ? Non, vous craindriez de vous trouver compromis en répétant d'aussi absurdes accusations ; et vous oubliez, à l'égard du prêtre, que Jésus-Christ a dit qu'au jour du jugement il vous serait demande compte de vos paroles oiseuses ! Plutôt que de vous croire meilleur, que n'imitez-vous l'action du publicain, gémissant comme lui, comme lui vous frappant la poitrine, abaissant les yeux vers la terre ? Quand même vous le seriez en effet, l'opinion que vous en auriez gâterait le mérite de l'être. Vous l'êtes réellement.
Continuez donc de l'être par votre humilité et votre discrétion : autrement vous cessez de l'être par la présomption d'une fausse confiance. Pourtant, examinez-vous bien vous-mêmes, descendez au fond de votre conscience : Que chacun interroge ses propres actions, nous dit l’Apôtre (Gal., VI, 4), et alors il trouvera sa gloire en ce qu'il verra de bon en lui-même et non en se comparant avec les autres ; car chacun portera son propre fardeau. Dites-moi, lorsque dans une maladie vous allez trouver le médecin, penseriez-vous à l'entretenir d'autre chose que de votre maladie, vous enquérir si tels et tels sont dans le même cas que vous ? Quand vous sauriez que lui-même n'est pas mieux portant que vous, cela vous empêcherait-il de penser à votre mal ? Vous arrêteriez-vous à lui dire que, puisqu'il est médecin, il ne devrait pas être malade ; et que, ne se portant pas mieux que vous, vous vous retirez avec votre mal, au risque de le rendre incurable ? En supposant ce prêtre atteint des mêmes infirmités que vous, quel profit en retirerez-vous ? Il sera puni de ses fautes ; vous ne le serez pas moins des vôtres. Si vous vous occupez de lui, que ce soit pour vous rappeler le jour où vous fûtes initié à la vie spirituelle. Un fils endure tout de la part de son père ; le respect qu'il lui doit lui ferme la bouche sur ses défauts. Ne vous glorifiez point, vous dit l'Ecclé- p.236 fin p.237 début siastique (III, 12), de ce qui déshonore votre père : car sa honte n'est pas votre gloire. Quand même il aurait perdu le sens, sachez toujours l'excuser. Or, devez-vous moins d’égard à votre père spirituel ? Honorez-le, en retour de ce qu'il vous administre tous les jours les choses saintes, qu'il vous procure l'audition des divines Ecritures, qu'il orne pour vous ce temple, qu'il veille pour vous, qu'il prie pour vous, qu'il intercède pour vous auprès de Dieu, qu'il offre pour vous des sacrifices, qu'il remplit pour vous tous les actes de son ministère. Ayez égard à tout cela, pensez à tout cela, et que votre piété ne fasse pas défaut. "
" Que ce soit un méchant homme, que vous importe ? Ce n'est pas la vertu de l'homme qui communique aux sacrements conférés par ses mains leur divin caractère. Leur efficacité tient aux dispositions que vous-même vous y apportez ; et toute la justice du ministre ne suppléerait pas au défaut de ces dispositions de votre part ; de même ses iniquités ne sauraient préjudicier à la vertu du sacrement. Une fois, Dieu se servit des vaches pour sauver son peuple, en retirant son arche sainte d'entre les mains des Philistins (I Sam., VI, 7). Est-ce que cela aurait pu être l'œuvre de la vie du prêtre de la sainteté du prêtre ? "
" Les dons que Dieu dispense ne dépendent point du plus ou moins de mérite de son ministre. Il n'y remplit d'autre fonction que celle d'instrument ; c'est la grâce qui fait tout. Le prêtre n'a qu'à ouvrir la bouche, et Dieu fait tout le reste : lui seul donne aux mystérieux symboles toute leur efficacité. Mesurez la distance qui sépare Jean-Baptiste de Jésus ; écoutez Jean lui-même lui dire : J'aurais besoin d'être baptisé par vous (MATTH., III, 14), et : Je ne suis pas digne de délier les cordons de ses souliers. Malgré toute cette distance qui les sépare, voyez-vous descendre l'Esprit-Saint, que Jean ne possédait pas lui-même ? Car c'est de la plénitude du Fils de Dieu, nous dit l'Evangéliste (JEAN, I, 16), que nous avons reçu tous tant que nous sommes. Et cependant le Saint-Esprit n'est pas descendu, que Jésus ne fût baptisé ; pourtant ce n'est pas Jean qui l'a fait descendre. Pourquoi tout ce mystère ? Pour vous apprendre que c'est au prêtre à poser le symbole, mais que toute sa fonction se borne là. La distance qui sépare un homme d'un autre homme n’égale pas celle qui séparait Jean de Jésus ; néanmoins l’Esprit-Saint descendit sur Jésus à l'action de Jean, pour vous faire voir que c'est Dieu qui fait tout, qui accomplit tout. Je vais dire quelque chose de plus fort, et qui pourra paraître paradoxal, mais qui ne doit cependant ni p.237 fin p.238 début vous révolter ni vous scandaliser. Quoi donc, direz-vous ? C'est que cette offrande, ce sacrifice, que ce soit le premier venu qui l'offre, que ce soit Paul, que ce soit Pierre, est la même offrande, le même sacrifice que celui que Jésus-Christ a distribué à ses disciples, et que les prêtres maintenant consacrent et offrent tous les jours : celle-ci n'est pas inférieure à celle-là, parce que celle-ci non plus que celle-là ne reçoit pas sa sanctification des hommes, mais de Jésus-Christ même. Car de même que les paroles que prononça dans cette occasion ce Dieu Sauveur, sont les mêmes que prononce encore aujourd'hui le prêtre, ainsi en est-il du sacrifice lui-même, ainsi en est-il des baptêmes conférés ; ainsi tout est-il constamment accordé à la foi. L'Esprit-Saint descendit sur Corneille, parce que celui-ci avait commencé par faire preuve de bonne volonté en faisant de son côté ce qui dépendait de lui-même, ou en croyant de tout sen cœur. Or, ce qui est offert ici est le corps de Jésus-Christ, comme ce qui était offert et distribué aux apôtres. S'imaginer que l'oblation actuelle a moins de prix que celle d'alors, c'est oublier que Jésus-Christ n'est pas moins présent et n'agit pas moins dans le moment actuel que dans le moment d'autrefois. "
2. Le même, Hom. LXV in Genesim : " Joseph fit une loi aux Egyptiens de donner au roi la cinquième partie de leurs récoltes, en n'exceptant de cet impôt que les terres des prêtres. Que les hommes de nos jours apprennent de là quelles attentions on avait autrefois pour les prêtres des idoles, et qu'ils soient engagés par cet exemple à ne pas rendre moins d'honneurs aux prêtres du Dieu de l'univers. Car si ces idolâtres, quoique dans l'erreur par rapport à l'objet de leur culte, honoraient ainsi les ministres de leurs idoles, parce qu'ils savaient que c'était témoigner leur reconnaissance à ces idoles mêmes, combien ne se rendraient pas coupables les chrétiens qui chercheraient à diminuer les ressources de leurs prêtres ? Ne savez-vous pas que l'honneur que vous pouvez leur rendre remonte au Dieu même de toutes choses ? Ne regardez donc point en cela les qualités personnelles de celui à qui vous rendez cet honneur. Car ce n'est pas à cause de sa personne que vous devez faire pour lui ce qui dépend de vous ; mais c'est à cause de celui qu'il sert, afin d'en obtenir avec usure la récompense de votre bonne action. . . . Ne soyons donc pas pires que les infidèles, qui honoraient ainsi les ministres de leurs idoles dans l'ignorance où ils étaient de la fausseté de leur culte ; mais autant la vérité l'emporte sur l'erreur, et les prêtres p.238 fin p.239 début du vrai Dieu sur ceux des idoles, autant l'honneur que nous rendrons à nos prêtres doit l'emporter sur celui qu'ils rendaient aux leurs, afin d'en obtenir d'en haut à proportion une abondante récompense (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IV, pag. 626-627, édit. des Bénédictins ; pag. 726-727, édit. de M. Gaume). "
3. ORIGENE, Homil. VII in Ezechielem : " Ceux qui par leur état de vie sont exposés à la vue de tous, sont plus que les autres attaqués par l'ennemi, afin que la ruine même d'un seul, ne pouvant être cachée, entraîne du scandale pour toute la multitude, et que la foi trouve un obstacle dans les mauvais exemples de ceux-là mêmes qui sont chargés de la propager. Le démon, comme nous l'avons dit, se fait des armes de tout, et des choses qui ont une apparence de bonté, toutes mauvaises qu'elles soient, et de ce qui est mauvais de sa nature, pour faire tomber dans ses pièges l’âme de chacun. C'est pourquoi celui qui voudra sauver son âme, ni ne se laissera séduire par les caresses des hérétiques qui voudraient lui infiltrer leurs erreurs, ni ne prendra scandale de la conduite de ma vie, si peu conforme qu'elle soit peut-être à la doctrine que je prêche ; mais considérant le dogme en lui-même et ne s'attachant qu'à connaître la foi de l’Eglise, il laissera de côté ma personne, et embrassera ma doctrine, selon le précepte du divin Maître qui a dit :
Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Ecoutez et faites tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas ce qu'ils font ; car ce qu'ils disent, ils ne le font pas. Ces paroles s'appliquent bien à moi, qui enseigne ce qui est bien et qui fais le contraire, et qui me vois assis sur la chaire de Moïse comme le scribe et le pharisien. O peuple, si tu n'as point à accuser ma doctrine d'erreur, ou d'opposition contre la foi de l'Eglise, et que tu aperçoives néanmoins en moi les actes criminels d'une vie coupable, tu es averti de ne pas régler ta vie sur celle de celui qui t'enseigne, mais de faire plutôt ce qui t'es enseigné. Ne nous faisons les copistes de personne, ou si nous voulons imiter quelqu'un, portons-nous à imiter Jésus-Christ. Nous avons encore les Actes des apôtres, et nous savons par les écrits mêmes des prophètes la vie qu'ils ont menée : voilà de véritables et solides modèles, et que nous pouvons chercher sans crainte à imiter.
Mais si nous cherchons au contraire de mauvais exemples pour les suivre, ou pour dire qu'un tel enseigne d'une manière et agit de l'autre, p.239 fin p.240 début nous allons contre les instructions du Seigneur, qui nous a recommandé de considérer plutôt dans nos maîtres la doctrine qu'ils nous enseignent, que leur vie. "
4. S. BERNARD, Serm. LXVI in Cantica : " Il n'y a point à nous étonner que ceux qui ne reconnaissent pas l'Eglise déprécient les ordres établis dans l’Eglise, rejettent ses institutions, méprisent ses sacrements, désobéissent à ses préceptes. Les papes, les archevêques, les évêques, les prêtres disent-ils, sont autant de pécheurs, et par là même ils ne sont propres ni à donner ni à recevoir les sacrements. Est-ce donc que jamais ces deux choses ne peuvent se rencontrer ensemble, d'être évêque et d'être pécheur en même temps ? Rien de plus faux. Caïphe était évêque, et cependant quel pécheur n’était-ce pas que lui, pour porter contre Notre-Seigneur une sentence de mort ! Si vous niez qu'il fût évêque, vous aurez contre vous le témoignage de saint Jean, qui rapporte sa prophétie en témoignage de son pontificat. Judas était prêtre, et, tout avare et tout scélérat qu’il était, élu par Notre-Seigneur. Douterez-vous de l'apostolat de celui qui a été élu en cette qualité par Notre-Seigneur lui-même ? Ne vous ai-je pas choisis tous les douze, disait-il à ses apôtres, et cependant un de vous est un démon (JEAN, VI, 71) ? Vous entendez Jésus-Christ dire du même qu'il était apôtre et qu'il était un démon, et vous refusez d'admettre qu'un pécheur puisse être évêque ? Les scribes et les pharisiens étaient assis sur la chaire de Moïse, et ceux qui ne leur ont pas obéi comme à leurs évêques se sont rendus par là coupables de désobéissance envers Notre-Seigneur lui-même, qui leur avait intimé cet ordre : Faites ce qu'ils disent : Il est évident par ces dernières paroles, que quoique scribes, quoique pharisiens, c'est-à-dire quoique très-grands pécheurs, c’est à eux cependant, en considération de la chaire de Moïse, que s'appliquait aussi cette autre parole du divin Maître : Celui qui vous écoute m'écoute et celui qui vous méprise me méprise. "
5. S. AUGUSTIN, Epist. 137 (al. 78) ad Hipponenses
: " Que font-ils à cette porte (Adversùs me insultabunt qui sedebant in portâ. P. LXVIII, 13), et que cherchent-ils autre chose, que de trouver, s'ils le peuvent, quelque évêque, quelque clerc, quelque solitaire, quelque vierge consacrée à Dieu qui tombe en faute, pour s'en autoriser à croire que tous les autres ne valent pas mieux, encore qu'ils ne soient pas en état de les convaincre faute p.240 fin p.241 début de notoriété ? Cependant lorsqu'il arrive que des femmes soient surprises en adultère, mettent-ils à la porte pour cela leurs propres femmes ? Font-ils pour cela le procès à leurs propres mères ? D'où vient donc que, dès qu'il y a quelque conviction, ou seulement quelque soupçon de crime contre ceux qui professent une vie sainte, ils conçoivent une mauvaise opinion de tous les autres, et prennent à tâche de l'inspirer à tout le monde ?. . . Les hérétiques n'ayant aucune raison pour justifier leur séparation, se rejettent sur des crimes personnels, ramassant tout ce qu'ils peuvent contre nous, et y ajoutant encore mille faussetés, afin que, s'ils ne peuvent obscurcir la vérité des oracles de l’Ecriture qui nous montre l'Eglise de Jésus-Christ répandue par toute la terre, ils puissent au moins rendre odieux ceux qui en prêchent la doctrine, et contre qui il leur est libre d'inventer tout ce qu'il leur plaît. Mais pour vous, ce n'est pas ainsi que vous avez été instruits dans l'école de Jésus-Christ, si toutefois vous avez entendu sa voix, et que ce soit lui qui vous ait enseignés. Car, quand il a dit, en parlant des pasteurs et des ministres de l'Eglise : Faites ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font, il a prémuni ses fidèles contre les mauvais dispensateurs qui font le mal que la corruption leur inspire, tout en prêchant la doctrine de Jésus-Christ. J'espère qu'avec le secours de vos prières, Dieu me fera la grâce, qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois pas réprouvé moi-même. Mais si vous vous glorifiez, que ce soit dans le Seigneur, et non pas en moi. Car, quelque régulièrement qu’on vive dans ma maison, je suis homme, et je vis parmi des hommes ; et je n'ai garde de présumer que nous soyons meilleurs que ceux qui étaient renfermés dans l'arche, où il se trouva un réprouvé, quoiqu'il n'y eût en tout que huit personnes.
Je suis bien éloigné de croire que ma maison soit plus sainte que celle d'Abraham, à qui Dieu commanda de chasser l'esclave et son fils ; ni que celle d'Isaac, qui n'avait pour tous enfants que ces deux jumeaux dont Dieu a dit : J’ai aimé Jacob, et j'ai haï Esaü (MALACH., I, 2) ; ni que celle de Jacob même, dont le fils aîné souilla la couche de son père ; ni que celle de David, dont un des enfants viola sa propre sœur, et un autre se révolta et prit les armes contre le père le plus saint et le plus doux qui fut jamais. Je n'ai garde de présumer que notre société soit plus pure que ce qui composait celle de saint Paul, dans laquelle on ne peut pas dire qu'il n'y eût que des saints, après ce que j'ai déjà cité de ce saint apôtre : Nous avons à soutenir des combats p.241 fin p.242 début au dehors, et des frayeurs au dedans (II Cor., VII, 5) ; et ce qu'il dit encore ailleurs, où après avoir fait l'éloge de la foi et de la sainteté de Timothée en disant de lui qu'il n'y avait personne qui fût plus sincèrement porté pour le bien des fidèles, il ajoute que tous cherchaient leurs propres intérêts, au lieu de ceux de Jésus-Christ (Philip., II, 20-21). Je n'ai garde de présumer que notre société vaille mieux que celle de Jésus-Christ même, où entre douze apôtres il se trouva un voleur et un traître que les autres ont été obligé de souffrir ; ni enfin que ma maison soit plus pure que le ciel même où des anges sont devenus démons (Cf. Les lettres de saint Augustin, t.
II, p. 130-135 ; S. Augustini opera, t. II, col. 185-186, édit. des Bénédictins). "
III Parallelorum, c. 45 : " Beaucoup de prêtres qui vivent dans le péché n'en célèbrent pas moins le saint sacrifice, et Dieu, loin de rejeter le sacrifice qu'ils offrent, consacre par la vertu de l'Esprit-Saint les dons posés par eux sur l'autel, en sorte que le pain devient le corps adorable du Sauveur, et le vin son précieux sang. Il en est donc qui croient agir conformément à l'équité et à la raison, en refusant de recevoir de telles mains l'aliment sacré, ignorant sans doute que leur condamnation n'en sera que plus sévère. Car qui êtes-vous pour juger le ministre chargé de vous gouverner ? N'avez-vous pas entendu l'Apôtre nous dire : Vous ne maudirez point le prince de voire peuple (Act., XXIII, 5) ? Et encore : Qui êtes-vous pour juger le serviteur d'autrui ? Qu'il se tienne debout ou qu'il tombe, c'est l'affaire de son maître (Rom., XIV, 4). Quand avez-vous vu la brebis chercher à guérir le pasteur ? Et vous, vous dressez une accusation contre votre pasteur ? Mais si un animal dépourvu de raison n'aiguise pas ses dents contre le pâtre qui le conduit, vous qui êtes doué de raison, vous devez beaucoup moins, simple brebis que vous êtes, remuer votre langue pour accuser votre pasteur. Obligé de suivre ses leçons et de l'avoir pour guide, vous n'avez pas le droit de le reprendre et de le juger ; vous devez vous conformer à ce que vous dit l'Apôtre de ne pas juger avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne, qui produira à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui manifestera les plus secrètes pensées des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due (I Cor., IV, 5). C'est à lui à porter son jugement sur vous-même. Et quant à ce qui le p.242 fin p.243 début concerne lui-même, c'est le Seigneur qui le jugera.
Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés (MATTH., VII, 1).
Vous faites ce que vous devez, en rendant l'honneur et le respect à qui il appartient, conformément à cet avis de l'Apôtre : Rendez à chacun ce qui lui est dû, le tribut à qui le tribut, l'honneur a qui l'honneur (Rom., XIII, 7). Faites en sorte d'accomplir ce que la règle demande de vous. Offrez à l'Eglise les prémices de vos fruits, sans examiner trop curieusement l'emploi qu'on peut en faire. "
5 : " On doit aimer le pasteur, tolérer le mercenaire, éviter le larron. Il y a dans l'Eglise de ces hommes dont parle l’Apôtre, qui n'annoncent l'Evangile que par occasion (Phil., I, 18), en vue d'être honorés, ou loués, ou récompensés par les hommes ; pour qui l’Evangile n'est qu'un moyen d'obtenir des faveurs, et qui cherchent moins le salut de celui à qui ils l'annoncent, que leur propre intérêt. Celui donc qui apprend le chemin du salut de celui qui refuse d'y entrer lui-même, et qui croit à celui qui lui est annoncé sans mettre son espérance dans celui qui le lui annonce, retirera du profit de la parole qui lui aura été annoncée, tandis que le ministre même de qui il l'aura reçu y trouvera sa condamnation. "
Ibidem, c. 6 : " Vous avez entendu Notre-Seigneur dire des pharisiens : Ils sont assis sur la chaire de Moïse.
Il n'y avait pas que les pharisiens que Notre-Seigneur eût en vue en disant ces paroles : car son intention n'était pas sans doute d'envoyer à l’école des Juifs ceux qui croiraient en lui, pour qu'ils pussent y apprendre les moyens d'arriver au royaume des cieux. Notre-Seigneur n'est-il pas venu dans le but de former une Eglise, et de séparer du reste de la nation, comme le froment de la paille, les Juifs qui croiraient en lui, de faire en un mot des circoncis et des incirconcis comme deux murs qu'il joindrait ensemble en s'en faisant lui-même la pierre angulaire ? Mais sous ces noms de pharisiens et de sadducéens il a voulu faire entendre qu'il y aurait dans son Eglise des hommes qui diraient et ne feraient pas, et lui-même il s'est figuré dans la personne de Moïse. Car Moïse le représentait véritablement. "
Ibidem, c. 7 : " Lorsqu'un laïque qui veut se conduire bien voit un clerc se conduire mal, que se dit-il à lui-même ? Il se dit à lui-même : Le Seigneur a dit : Faites ce qu'ils disent, et ne faites pas ce qu'ils font. Je marcherai dans la voie du Seigneur, et non sur les traces de son ministre. J'écouterai celui-ci me dire, p.243 fin p.244 début non ses paroles à lui, mais les paroles de Dieu.
Je m'attacherai à Dieu ; qu'il s'attache, lui, aux objets de ses passions. Carsi1 je voulais me défendre devant Dieu en disant, j'ai vu ce clerc attaché à votre Eglise mener une mauvaise vie, et c'est pour cela que j'ai mal vécu moi-même, ne me dirait-il pas : Méchant serviteur, n'avais-tu pas entendu ces paroles de moi, Faites ce qu'ils disent, et ne faites pas ce qu'ils font ? Mais un mauvais laïque, un infidèle du nombre de ceux qui n'appartiennent pas au troupeau de Jésus-Christ, qui n'appartiennent pas au froment de Jésus-Christ, mais qui sont tolérés comme peut l'être de la paille dans une aire, que se dit-il à lui-même lorsque la parole de Dieu le presse de sortir de ses habitudes criminelles ? Sortez ? que me dites-vous ? Les évêques eux-mêmes, les clercs eux-mêmes ne le font pas, et vous m'obligez à le faire ? Il se cherche à lui-même, non un avocat pour défendre sa cause qu'il sait mauvaise, mais un compagnon de son supplice. Car les méchants quels qu'ils soient, qu'il aura voulu imiter, ne le défendront point au jour du jugement. Et de même que le démon ne séduit pas ceux qu'il peut séduire dans l'intention de les faire régner avec lui, mais bien plutôt dans celle de les perdre avec lui, ainsi tous ceux qui suivent les exemples des méchant se cherchent à eux-mêmes des compagnons de leurs supplices, et non des avocats pour le royaume des cieux. "
8. S. CHRYSOSTOME, Hom. 85 in Joannem :
" Elle est grande, la dignité des prêtres : Tout ce que vous aurez remis sur la terre, sera remis dans le ciel. C'est ce qui faisait dire à saint Paul : Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis à leur autorité ; ayez pour eux tout le respect possible. Car pour vous, vous n'avez à vous occuper que de votre propre conduite, et, pourvu qu'elle soit bonne, vous n'aurez aucun compte à rendre de celle des autres ; au lieu que le prêtre, quand même il vivrait bien dans son particulier, s'il ne veille pas exactement sur vous et sur les autres dont il a la charge, sera envoyé en enfer avec les méchants, et souvent il arrivera que, sans avoir rien qui le condamne dans sa vie personnelle, il se trouve perdu à cause de la vôtre, ou pour n'avoir pas bien rempli à votre égard le devoir de sa charge. Connaissant donc tous les périls que vous leur occasionnez, ayez-leur-en de la reconnaissance : et c'est ce que saint Paul vous insinue en vous rappelant qu'ils veillent pour vos âmes, et non pas simplement pour vos âmes, mais comme devant en rendre compte. Il faut donc que vous ayez pour eux les plus p.244 fin p.245 début grands égards. Si au contraire vous vous joignez à ceux qui les insultent, vous vous ferez le plus grand tort à vous-mêmes. Tant que le pilote d'un navire voit les choses aller bien, les passagers eux-mêmes sont en sûreté ; mais si ceux-ci l'insultent et le maltraitent, le chagrin qu'il en éprouve l’empêche d'apporter la même vigilance, déconcerte son habileté, et fait que malgré lui il expose le vaisseau à tous les périls. C’est ainsi que le prêtre, s’il est environné de votre estime, pourra s'occuper avec succès de l'affaire de votre salut ; au lieu que si vous le faites tomber dans le découragement, il n'en sera que plus exposé avec vous aux périls de la tempête, quelque bonne volonté qu'il ait naturellement. Rappelez-vous ce que Jésus-Christ a dit du devoir des Juifs : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse ; faites donc tout ce qu'ils vous disent de faire. Mais aujourd'hui ce qu'on doit dire des prêtres, ce n'est plus qu'ils sont assis sur la chaire de Moïse, mais qu'ils sont assis sur la chaire de Jésus-Christ, puisqu'ils sont chargés d'enseigner à sa place sa doctrine. C'est ce qui a fait dire à saint Paul : Nous représentons Jésus-Christ dont nous sommes les ambassadeurs, et c'est Dieu qui vous exhorte par notre bouche. Ne voyez-vous pas quel respect on témoigne d’ordinaire aux magistrats séculiers, quoiqu'on puisse d'ailleurs les surpasser par la noblesse de la naissance, par l'honnêteté des mœurs et par l'étendue de l'intelligence ? Mais l'autorité qu'ils tiennent du souverain empêche de faire toutes ces considérations, et on respecte la volonté de ce dernier, quel que soit celui qu'il en a établi l’interprète. Ainsi, que le pouvoir vienne d'un homme, on n'a pour lui que du respect ; mais qu'il vienne de Dieu, on méprisera celui qui en sera le dépositaire, on l'insultera, on le couvrira d'outrages, et tandis qu'on s'interdira de juger ses égaux, on exercera sa critique contre les prêtres du Seigneur. Quelle excuse aurons-nous donc, de ne pas voir la poutre qui est dans notre œil et de nous échapper en railleries amères pour une paille aperçu dans l'œil d'autrui ? Ne savez-vous pas qu'en jugeant ainsi les autres, vous rendez plus sévère le jugement qui sera porté sur vous-mêmes. Si je parle ainsi, ce n'est pas pour approuver les prêtres indignes : ils excitent bien plutôt ma pitié et mes gémissements ; mais je dis que cela n'autorise pas leurs inférieurs à les juger, surtout si ces derniers sont incapables de le faire. Quand même leur vie serait tout-à-fait désordonnée, il ne vous reviendrait aucun mal de respecter en eux la charge qu'ils ont reçu de Dieu. Car si Dieu a fait parler une ânesse, et forcé p.245 fin p.246 début un prophète à prononcer des paroles de bénédictions, s’il a fait servir un animal sans raison et un prophète menteur à l’utilité d'un peuple ingrat tel que les Juifs, il pourra bien mieux encore se servir des prêtres même mauvais pour vous faire part de ses grâces, et pour vous envoyer le Saint-Esprit, s'il voit en vous des cœurs reconnaissants (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. VIII, p. 517-518, édit. des Bénéd. ; pag. 589-590, édit. de M. Gaume). "
10. Le même, ibidem, livre III, c. 2 : "
Si nous les rappelons (les hérétiques) à l'autorité de la tradition, qui nous a été transmise par les apôtres, et dont le dépôt est gardé fidèlement par les prêtres des églises, ils nous résistent en disant, qu'étant eux-mêmes doués de plus de sagesse que les prêtres, et même que les apôtres, eux seuls aussi ont découvert la vérité tout entière. "
12. Le même, ibidem, Lib. IV, c. 44 (al.
26) : " Il faut donc s'éloigner avec soin, etc. " comme dans le corps de la réponse.
14. S. EPIPHANE, hérésies 42 et 49, comme plus haut, question II, témoignages 16 et 17, page 487.
Question VIII
Quelle est la vertu de ce sacrement, et quel en est l’effet ?
La vertu de ce sacrement est des plus grandes, et ses effets des plus variés. Car ceux qui reçoivent dans de bonnes dispositions ces sept ordres dont nous avons parlé y obtiennent des grâces de Dieu et un pouvoir spirituel, pour remplir utilement les fonctions attachées à chacun de ces ordres, et se trouvent établis légitimes ministres et médiateurs, pour ainsi dire, entre Dieu et son peuple. C'est ce qui a fait dire à saint Ambroise (Ce n'est pas saint Ambroise, mais Hilaire de Sardaigne, son contemporain, qui a dit ces paroles, comme c'est lui qui est l'auteur du commentaire sur les épîtres de saint Paul, d’où elles sont extraites.
Voir NAT. ALEX., Hist. eccl. II sæc., c.VI, art. 14) : " Celui qui est investi d'une charge ecclésiastique reçoit p.246 fin p.247 début par l'exercer dignement, plutôt que pour son propre avantage, une grâce quelle qu'elle soit d'ailleurs, par la vertu de l'Esprit-Saint. "
" De plus, ceux qui sont placé dans ces ordres, ont par-là même un titre certain et honorable qui les relève, eux et leur ministère, et qui commande le respect aux autres, en les faisant connaître comme spécialement chargés du service de l'Eglise, et ayant droit en cette qualité à une estime et à des égards particuliers. Mais malheur à ceux qui, au lieu d'attendre qu'ils soient appelés de Dieu comme Aaron, s'abandonnent a une orgueilleuse présomption, en s'ingérant d’eux-mêmes comme le roi Ozias dans les fonctions sacerdotales ! C'est à ceux-là que s'adresse le reproche que Dieu faisait autrefois entendre par Jérémie (XXIII, 21) : Je n'envoyais point ces prophètes et ils couraient ; je ne leur parlais point, et ils prophétisaient. "
Ceux qui se conduisent de la sorte, l’Ecriture nous avertit de les regarder non comme des ministres de l’Eglise, mais comme des voleurs, des larrons, des renards, des chiens et des loups ; parce qu'au lieu d'entrer par la porte, ils envahissent sans vocation légitime, et contre la volonté de Dieu, les fonctions ecclésiastiques en ne prenant conseil pour cela que de leur propre témérité ou en mettant à profit leur crédit auprès de l'autorité civile ou la faveur populaire. Comment prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés, disait cet apôtre qui lui-même avait reçu en sa personne des marques si éclatantes de la mission divine ? "
" Il est indubitable que sans cette distinction d'ordres ecclésiastiques, sans ce sacerdoce spécialement institués, il n'y aurait plus de hiérarchie ecclésiastique, hiérarchie qui se compose de prêtre et d'autres ministres inférieurs, aussi bien que d'évêques légitimement ordonnés ; il n'y aurait pas même d'Eglise, d'Eglise du moins qu'on puisse comparer à une armée rangée en bataille, puisqu'il n'y aurait plus moyen de reconnaître ses vrais et légitimement ministres : de plus, la charge et l'autorité de l'enseignement seraient avilies ; l'administration des sacrements se ferait sans discernement, sans prudence, sans fruit ; enfin les fonctions ecclésiastiques seraient interverties, et comme l'expérience ne le montre que trop, des doctrines fausses autant que nouvelles seraient introduites par ces nouveaux et faux docteurs ; et l'Eglise serait exposée être ébranlée presque sans cesse par de terribles et funestes révolutions, comme celle dont nous p.247 fin p.248 début sommes déjà les victimes (Partout où les calvinistes ont eu le dessus, ils ont troublé les Etats, a dit Grotius, protestant lui-même). C'est pourquoi l'apôtre saint Paul, non content de reconnaître l’existence dans l'Eglise de ces différents degrés de ministres, nous a donné à comprendre combien cette différence de fonctions est utile et nécessaire, en ajoutant que c'est Dieu même qui l'a établie, comme nous l'avons déjà dit, afin que chacun s'occupant des fonctions particulières de son ministère tous travaillent de concert à la perfection des saints, à l'édification corps de Jésus-Christ, afin que nous ne soyons plus comme des enfants, comme des personnes flottantes, et qui se laissent emporter à tous les vents des opinions humaines, par l'effet de la tromperie des hommes, et de l’adresse qu'ils ont à engager artificieusement dans l'erreur.
Et c'est là certainement une note fort éclatante et des plus certaines de la vraie Eglise, que cette succession perpétuelle, et qui jusqu'ici n'a jamais été interrompue, d'évêques et de ministres légitimement ordonnés, que Dieu y a établis pour en régler le gouvernement. Et c'est une raison de plus de conserver intacte cette institution de ministères divers dans l'Eglise de Jésus-Christ, comme un sûr garant de sa force et de son unité, et de l'honorer, par respect pour l'ordre établi par Dieu même, jusque dans les ministres qui se conduisent indignement. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : " Quand même dans cette succession d'évêques, qui se sont suivis depuis saint Pierre jusqu'à Anastase qui occupe aujourd'hui le même siège, il s'en serait glissé quelqu'un, pendant ces temps de persécution, qui se serait rendu coupable d'avoir livré aux païens les saintes Ecritures, il n'en saurait tirer aucun préjugé contre l'Eglise ou contre les autres qui n'auraient pas trempé dans ce crime, puisque Jésus-Christ a pourvu d'avance au repos et à la sûreté des innocents, quand il a dit au sujet des mauvais pasteurs : Faites ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font. "
p.248 fin p.249 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Actes, VI, 5-6, 8-10 : " Ils élurent
Etienne, homme plein de foi et du Saint-Esprit, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas, et Nicolas prosélyte d'Antioche. Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains. - Or, Etienne qui était plein de grâce et de force, faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple. - Et quelques-uns de la synagogue, appelée la synagogue des affranchis, et de celle des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d'Asie, s'élevèrent contre Etienne, et ils disputaient avec lui. - Mais ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l'esprit qui étaient en lui. " p.249 fin p.250 début
2. Actes, XIII, 2-5 : " Or, pendant qu'ils rendaient leur culte au Seigneur, et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Saul et Barnabé pour l'œuvre à laquelle je les ai destinés. - Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent aller. - Et étant ainsi envoyés par le Saint-Esprit, ils allèrent à Séleucie, et de là ils s'embarquèrent pour passer en Chypre. - Lorsqu'ils furent arrivés à Salamine, ils prêchaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. "
3. Actes, XIV, 20-22 : " Ils retournèrent à Lystre, à Icône et à Antioche, - fortifiant le courage des disciples. - Ayant ensuite ordonnés des prêtres en chaque Eglise, non sans faire des prières et pratiquer des jeûnes, ils les recommandèrent au Seigneur. "
4. Actes, XV, 2, 41 : " Sur cela, une grande sédition s'étant élevée, et Saul et Barnabé ayant longtemps disputé avec eux, il fut résolu que Paul et Barnabé, et quelques-uns d'entre les autres iraient à Jérusalem vers les apôtres pour faire décider cette question. - Paul traversa la Syrie et la Cilicie, confirmant les églises et leur ordonnant de garder les préceptes des apôtres et des prêtres. "
5. I Timothée, IV, 14 : " Ne négligez pas la grâce qui est en vous, qui vous a été donnée suivant une révélation prophétique, par l'imposition des mains des prêtres. "
6. Tite, I, 5 : " Je vous ai laissé en Crète afin que vous y régliez tout ce qui reste à régler et que vous établissiez des prêtres en chaque ville, comme je vous l'ai dit. "
7. Nombres, XVI, 31-35 : " Parlant de la sédition de Coré, l'écrivain sacré dit ces paroles : " La terre se rompit sous leurs pieds ; - et s'entrouvrant, elle les dévora avec leurs tentes, et tout ce qui était à eux. - Ils descendirent tout vivants dans l'enfer, recouverts par la terre, et ils disparurent du milieu de la multitude. - Tout Israël qui était là autour s'enfuit au cri des mourants, en disant : Craignons que la terre ne nous engloutisse aussi. - En même temps le Seigneur fit sortir un feu qui tua les deux cent cinquante hommes qui offraient de l'encens. "
8. Hébreux, V, 4 : " Et personne ne peut s'attribuer à soi-même cet honneur ; mais il faut y être appelé de Dieu, comme Aaron. "
9. I Chroniques, XIII, 5-10 : " David fit donc assembler tout Israël depuis Sihon d'Egypte, jusqu'à l'entrée d’Emath, afin que l'on ramène l'arche de Cariathiarim. - Et David suivi de tout Israël, prit le chemin de la colline de Cariathiarim, qui est dans Juda, pour aller quérir l’arche du Seigneur Dieu assis sur p.250 fin p.251 début les Chérubins où son nom est invoqué. - On mit donc l'arche de Dieu sur un chariot neuf, de la maison d'Ahinadab. Oza et son frère conduisaient ce chariot. - Or David et tout Israël témoignaient leur joie devant l'arche, en chantant de toute leur force des cantiques, et jouant de la harpe, de la lyre, du tambour, des tymbales et des trompettes. - Mais lorsqu'on fut arrivé près de l'aire de dindon, Oza qui vit qu'un des bœufs avait fait un peu pencher l'arche en regimbant, étendit la main pour la soutenir. - Alors le Seigneur irrité contre Oza le frappa pour le punir d'avoir touché l'arche, et il tomba mort devant le Seigneur. "